La corruption des élus à Ottawa

Publié le 17 décembre 2025 | Temps de lecture : 3 minutes

Il y a six ans, nous écrivions :

Un des grands tabous de la politique canadienne est la corruption au sein du gouvernement fédéral.
[…]
…seulement pour 2017, c’est plus de 600 000 $ en voyages gratuits qui ont été payés par des gouvernements étrangers à des parlementaires fédéraux. Le tout de manière parfaitement légale parce que rien ne s’y oppose.

Précisons qu’Ottawa est libre de mettre sur pied des missions d’observation auxquelles participeraient un certain nombre de ses députés.

Mais est-ce normal que des gouvernements étrangers ou des ONG financées par des intérêts étrangers tentent d’influencer nos parlementaires en procédant à des visites guidées ?

Au Canada, il suffit que le tout soit déclaré au Commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique pour que ce ‘cadeau’ soit considéré comme parfaitement légal.

Imaginez qu’au lieu d’un voyage, toutes dépenses payées, un député reçoive plutôt une enveloppe brune dans laquelle se trouveraient un billet d’avion à destination d’un pays étranger, accompagné d’une liasse de ‘brownies’ destinée à défrayer ses frais de séjour, qu’en penserait-on ?

C’est pourtant ce qui est arrivé à cinq députés libéraux et un député du NPD, selon ce que nous apprenait hier un article publié par Radio-Canada.

Pudiquement, le diffuseur canadien parle d’un voyage effectué ‘à l’invitation’ de la Canadian Muslim Vote alors qu’en réalité, il s’agit bel et bien d’un voyage organisé et défrayé par elle.

Précisons qu’à Ottawa, le député qui n’occupe aucune fonction particulière reçoit annuellement 178 900 dollars. Cette indemnité de session est amplement suffisante pour lui permettre de faire le tour du globe, s’il le désire.


 
Non seulement le narratif de Radio-Canada évite soigneusement de présenter ce voyage comme une tentative d’influencer l’opinion de ces six députés à l’égard de la colonisation israélienne en Cisjordanie, mais le diffuseur public a également censuré et fait disparaitre toute trace des commentaires (comme celui ci-dessus) qui présentait ce voyage sous un autre angle que celui choisi par Radio-Canada.

Cette corruption systémique, taboue pour Radio-Canada, n’est sans doute pas étrangère aux déboires actuels du Parti libéral du Québec après qu’il ait choisi de confier sa direction à des gens qui ont fait carrière à Ottawa.

Sans vouloir insinuer que Pablo Rodriguez soit corrompu — sans preuve du contraire, je le crois innocent — il est clair que dans ses valises, il transportait des gens dont l’éthique politique laisse à désirer.

Références :
Corruption fédérale : les voyages forment la vieillesse
Des députés canadiens se voient refuser l’entrée en Cisjordanie
Gagnants ou perdants : ce qu’ils gagnent, ce qu’ils perdent

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Centres de données, pillage de l’eau et la CAQ

Publié le 16 décembre 2025 | Temps de lecture : 3 minutes

Introduction

À l’époque où la chaleur dégagée par les centres de données pouvait être dissipée par de l’air froid, le climat nordique du Québec et de l’Islande en faisait des lieux de prédilection pour l’implantation de centres de données.

De nos jours, les centres de données qui font les manchettes sont ceux dédiés à l’intelligence artificielle (IA).

La taille colossale de ces usines représente un saut quantique en comparaison avec celle des plus gros centres de données qu’on construisait aussi récemment qu’il y a deux ou trois ans.

La densité de leurs microprocesseurs est telle que le simple refroidissement à l’air ne suffit plus; il faut les refroidir à l’eau.

Le refroidissement à l’eau

Puisque l’eau et l’électricité ne vont pas bien ensemble, ce refroidissement est assuré dans ces usines par une fine canalisation métallique qui frôle chacun de leurs milliers circuits électroniques.

En dépit de la fascination de nos médias pour l’intelligence artificielle, très peu de journalistes se sont intéressés à la consommation d’eau des centres de données consacrées à l’IA.

On sait que le centre de données Colossus-2 — construit à la frontière du Tennessee et du Mississippi — consomme 49 millions de litres d’eau par jour.

Pour assurer cet approvisionnement, il s’est doté d’une petite usine d’épuration afin de traiter les eaux usées de la ville de Memphis.

D’autre part, au début de 2026, Microsoft ouvrira dans le village de Mount-Pleasant (au Wisconsin), le plus grand centre de données au monde consacré à l’IA.

Il consommera 90 millions de litres d’eau potable par jour, fournis par la ville de Racine à partir de l’eau qu’elle puise dans le lac Michigan.

Une leçon pour le Québec

À l’heure actuelle, le Québec a plus de centres de données qu’il en a besoin pour assurer sa souveraineté numérique.

Pour faire oublier le fiasco de sa filière batterie, la CAQ veut maintenant attirer au Québec des centres de données dédiés à l’IA.

En plus des terres agricoles qu’il faudra dézoner, leur venue est susceptible de provoquer un désastre environnemental.

En effet, aucune municipalité ni aucune nappe phréatique au Québec n’est capable d’assouvir leur besoin gargantuesque en eau sans priver nos agriculteurs, nos industries et nos gens de l’eau dont ils ont besoin.

Prions pour que la CAQ soit chassée du pouvoir avant de mettre en œuvre cette nouvelle stratégie industrielle désastreuse.

Références :
Data Centers and Water Consumption
Data centers, backbone of the digital economy, face water scarcity and climate risk
Stratégie industrielle du Québec : la panne d’idée de François Legault
The environmental footprint of data centers in the United States
Water levels across the Great Lakes are falling – just as US data centers move in

Parus depuis :
L’électricité deux fois plus chère pour les centres de données (2026-02-19)
US tech firms successfully lobbied EU to keep datacentre emissions secret (2026-04-17)

Compléments de lecture :
US leads record global surge in gas-fired power driven by AI demands, with big costs for the climate (2026-01-29)
Des serveurs informatiques comme chauffe-eau (2026-03-20)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les iles de Boucherville (suite et fin)

Publié le 14 décembre 2025 | Temps de lecture : 2 minutes


 
Notre dernier volet est consacré au Boisé Grosbois, c’est-à-dire à la partie boisée de la plus grande ile du Parc national des iles de Boucherville, soit l’ile Grosbois.

Originellement appelée ile Saint-Joseph, elle prit définitivement le nom de Grosbois à la fin du XVIIe siècle lorsqu’Ignace Boucher de Grosbois (1659-1699) décida d’y finir ses jours, après une brillante carrière militaire.

Ce dernier était le troisième fils de Pierre Boucher, seigneur de Grosbois et de Boucherville.


Camping Grosbois

C’est au Centre de services Grosbois que les campeurs peuvent s’enregistrer. C’est également là qu’on peut louer de l’équipement; vélos, remorques de vélo pour enfants, kayaks simples ou à deux places, canots, planches à pagaie, pédalos.


Reconstruction d’un campement iroquoien

Le site autochtone qu’on y trouve est qualifié d’iroquoien (et non d’iroquois), parce qu’il fait référence aux Iroquoiens du Saint-Laurent, un peuple aujourd’hui éteint qui fréquentait l’ile au XVIe siècle pour y chasser, pêcher et faire du commerce.

Les Iroquoiens du Saint-Laurent et les Iroquois (ou Mohawks) sont des membres distincts de la famille linguistique iroquoienne.

Alors que les premières peuplaient la vallée du Saint-Laurent (appelée Canada à l’époque), les seconds habitaient un territoire plus au sud, dans ce qui est devenu l’État de New York.


 
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Écrit par Jean-Pierre Martel


La laïcité québécoise et le culte musulman

Publié le 12 décembre 2025 | Temps de lecture : 9 minutes

Introduction

À la suite des attentats du 11 septembre 2001, les États-Unis ont déclaré la guerre au terrorisme. Dans les faits, celle-ci vise spécifiquement le djihadisme armé financé par des pétromonarchies.

La multiplication d’actes terroristes à travers le monde et la mise en valeur de ces faits divers par nos médias ont propagé en Occident une crainte instinctive à l’égard de l’ensemble des Musulmans. En dépit du fait que ces derniers sont les principales victimes de ces attentats terroristes.

Cette crainte s’est répandue à l’égard des minorités musulmanes au sein de nos sociétés, accusées injustement d’être responsables d’actes posés par leurs coreligionnaires. Des coreligionnaires avec lesquels ils n’ont habituellement rien en commun, sauf la religion.

De plus, dans ce climat de suspicion, toute manifestation publique de la religiosité musulmane est perçue comme une provocation à l’égard du modèle de société dont le Québec tente de se doter en opposition au multiculturalisme canadien.

Lorsque ces manifestations dépassent clairement le domaine de la raisonnabilité (comme dans les exemples que nous allons voir), le législateur est sollicité afin qu’il intervienne.

Les scandales de Bedford, de Vanier et de Concordia

À l’école Bedfort

Protégés par la cellule de leur syndicat (dont ils avaient pris le contrôle) et par la lâcheté de la directrice du Centre de services scolaires, onze professeurs ont fait la pluie et le beau temps à l’école primaire et secondaire Bedford pendant des années.

Invoquant leur autonomie professionnelle, ceux-ci ont négligé l’enseignement de matières qu’ils jugeaient contraires à leurs croyances religieuses, notamment les sciences, l’éthique et la culture religieuse, de même que l’éducation à la sexualité.

Certains professeurs se lavaient les pieds dans les éviers des toilettes de l’école pour ensuite effectuer leurs prières en classe devant leurs élèves.

Au Collège Vanier

Le Collège Vanier a aménagé un lieu de prière pour les élèves musulmans.

Ce local possède un lavabo pour les ablutions ainsi qu’un rideau séparateur pour éviter que les femmes et les hommes prient ensemble.

À l’université Concordia

Alors que les projecteurs étaient braqués sur le cas de l’école Bedford, voilà qu’on apprenait que depuis des décennies, deux salles de prière existent à l’université Concordia; une pour les Musulmans de sexe masculin et l’autre, plus petite, pour les Musulmanes.

Elles sont fréquentées par plus de 500 étudiants par jour.

L’idée de réserver un local universitaire à une religion en particulier est une très mauvaise idée puisque cette exclusivité mène à des conflits interconfessionnels.

Pour pallier toute plainte invoquée au motif de discrimination religieuse, on devra aménager dans nos universités des lieux de prière pour chacune des religions qui y sont pratiquées.

Une rédaction brouillonne

Ces abus ont amené le gouvernement québécois à renforcer la laïcité dans les maisons d’enseignement et les garderies en présentant le projet de loi 9.

À sa lecture, ce qui est frappant, c’est à quel point il est bavard. On y lit des paragraphes interminables comme s’ils résultaient du travail brut d’un comité.

À titre d’exemple, l’article 3 fait partie des dispositions qui manquent de concision. On y lit : « La laïcité […] exige […] que tout membre […] doive agir…». Pourquoi ‘doive’?

Il aurait été plus simple (donc plus français) de souligner l’obligation d’agir et non le simple devoir d’agir. La différence ? Dans le premier cas, le défaut d’agir est une infraction à la loi alors que dans le second cas, c’est un manquement à ses devoirs. Ce qui en fait un délit moindre.

Par-dessus tout, ce projet de loi est une collection d’amendements à d’autres lois déjà en vigueur. Conséquemment, il est particulièrement ennuyeux à lire.

Faits saillants

Interdiction du voile intégral

Le projet de loi caquiste prescrit que toute demande ou toute prestation de service gouvernemental se fasse à visage à découvert. Une exigence que la loi étendra aux maisons d’enseignements et aux garderies.

Toutefois, la loi n’interdira pas le voile intégral sur la voie publique pour deux raisons.

Premièrement, parce que de nombreuses personnes se couvrent le visage au Québec durant la saison froide.

Deuxièmement, au cours du ‘Printemps érable’, l’utilisation d’armes à mortalité réduite par les forces policières a occasionné des commotions cérébrales, des fractures de la mâchoire, des dents brisées et dans un cas, la perte d’un œil.

Conséquemment, les tribunaux ont déjà statué que le droit à la vie et à l’intégrité physique était un droit fondamental. Conséquemment, les gens ont le droit de porter un casque protecteur et donc, de refuser de déambuler à visage découvert (comme l’exigeait un règlement municipal adopté à l’époque).

Les prières dans l’espace public

On verrait mal les corps policiers donner une contravention à une personne qui, attablée dans un parc, fait un signe de la croix et récite à voix basse un bénédicité avant de manger un sandwich.

De toutes les activités qui peuvent être menées sur la place publique, la prière est une des plus inoffensives. Voilà pourquoi la prière individuelle n’est pas ciblée par le projet de loi 9.

Toutefois, les pratiques religieuses collectives dans l’espace public seront interdites à moins d’être autorisées par résolution d’un conseil municipal. Comme le serait une marche de protestation.

Donc, lorsqu’elle ne perturbe pas la circulation et se fait sans portevoix, la prière de rue pourra donc être permise.

Les lieux de prière

Ce qui est nouveau, c’est également l’interdiction des lieux de prière dans les écoles ou les établissements de santé. Ils seront toutefois permis dans les résidences pour personnes âgées.

Sera donc interdite toute pratique religieuse dans ces lieux à l’exception d’une activité facultative organisée par une institution scolaire confessionnelle en dehors des heures d’enseignement.

Autant je suis hostile à l’aménagement de lieux de prière dédiée à une religion en particulier, autant je suis favorable à l’aménagement de lieux de recueillement partout où cela est possible. Même si, dans les faits, ces lieux serviront, entre autres, à prier.

Ce qui menace la loi 9, ce n’est pas la Canadian Constitution de 1982, mais le droit coutumier. La clause dérogatoire permet de se soustraire à la première, mais pas au second.

Le droit de prier seul ou en groupe est un droit universel consacré par le droit coutumier. À moins d’un amendement, il est improbable que la loi 9 sorte indemne d’une contestation juridique.

D’autre part, il est sain qu’il y ait des lieux de quiétude — à l’école où à l’hôpital — où on peut se réfugier à l’abri de la clameur du monde.

Des lieux où le silence est obligatoire, où aucun symbole religieux n’est visible, où aucun texte ni message n’est affiché, et qui ne serait pas réservé à une confession religieuse en particulier.

Les accommodements raisonnables

Tout accommodement demandé doit respecter le droit à l’égalité entre les sexes ainsi que le droit de toute personne d’être traitée sans discrimination.

Cette égalité des sexes n’est pas synonyme de mixité sexuelle. Par exemple, on pourra réserver une piscine à l’usage exclusif des femmes au cours de certaines plages horaires si on fait de même pour les hommes.

Étrangement, si j’ai bien compris (à la page 20), un mari pourrait s’opposer à ce que sa femme soit examinée par un médecin de sexe masculin.

Favoriser le consensus

Selon un sondage effectué récemment en France, 78 % de musulmans croient qu’on peut vivre des principes de sa foi dans la société française.

Par contre, ce qui irrite la majorité des Musulmans, c’est que toute visibilité de la pratique religieuse de l’islam soit perçue comme une manifestation de l’islamisme radical, voire dans des cas extrêmes, comme une menace pour la civilisation occidentale.

Les Musulmans ne représentent que pour trois pour cent de la population québécoise. S’imaginer qu’une si petite minorité puisse ‘prendre le contrôle’ de notre société relève de la paranoïa.

En réalité, les adversaires de la laïcité québécoise ne sont pas les Musulmans d’ici mais une poignée d’imams inféodés à l’idéologie misogyne de l’Arabie saoudite.

Dans leurs prêches, ceux-ci présentent la laïcité et la démocratie comme incompatibles avec la Volonté Divine. À leurs yeux, les contraintes de la laïcité sont des mesures discriminatoires dirigées contre leurs fidèles.

Évidemment, cette rhétorique victimaire sert à les rallier autour d’eux en plus d’être une menace à la cohésion sociale.

Voilà pourquoi l’État québécois ne doit pas seulement s’attaquer aux apparences, mais travailler à ce que la laïcité soit perçue par tous comme un moyen de pratiquer sa religion ‘incognito’, sans crainte de préjudice et de stigmatisation.

Tout comme l’uniforme aplanit virtuellement les distinctions sociales et assoit la cohésion de la nation.

Références :
Des étudiants dénoncent le projet du gouvernement d’interdire les salles de prière
Des prières de rue islamistes à Montréal
École Bedford: l’histoire d’une déresponsabilisation généralisée
Interdiction des salles de prière : des étudiants dénoncent le projet du gouvernement
Laïcité: une majorité de Québécois favorables à l’interdiction des prières de rue
La laïcité dans les cégeps est loin d’être une fausse question
Loi sur le renforcement de la laïcité au Québec
Pour le droit de respirer
Rapport au sujet de l’école Bedford
Rapport Pelchat-Rousseau sur la laïcité: la fin des signes religieux dans les CPE?
Si l’école était importante (20)
Tirs de balles de plastique : attend-on de tuer quelqu’un ?
« Toute visibilité de la pratique religieuse de l’islam est vue comme une manifestation de l’islamisme »

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Un petit conte de Noël sympa

Publié le 11 décembre 2025 | Temps de lecture : 1 minute

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Ville contre peuple

Publié le 9 décembre 2025 | Temps de lecture : 4 minutes

Une attitude conflictuelle

On croit généralement que la démocratie se limite au droit des peuples de choisir leurs dirigeants. Aussi important que soit ce droit, il est insuffisant puisque la fabrication du consentement politique amène de nombreux peuples à consentir à leur assujettissement à des régimes totalitaires.

Depuis quatre décennies, l’idéologie néolibérale a perverti nos institutions politiques.

Au niveau municipal, au lieu de se concevoir modestement comme les dirigeants d’un gouvernement de proximité au service du peuple, nos élus municipaux agissent comme le feraient les PDG nommés à la tête de n’importe quelle entreprise.

À titre d’exemple, lorsque des citoyens subissent des préjudices causés par la ville de Montréal, celle-ci nie toute responsabilité dans l’immense majorité des cas.

Cela a pour effet de décourager les plaintes futiles, mais aussi les plaintes légitimes des citoyens. Et ce, dans l’espoir que ceux-ci n’aient pas les moyens de s’adresser aux tribunaux.

Le regard

On appelle ‘regard’ une ouverture pratiquée dans un conduit pour en permettre la visite ou le nettoyage. Les trous dans la chaussée qui donnent accès aux égouts ou à un aqueduc sont des regards.

Le 24 décembre 2024, un septuagénaire montréalais est tombé dans un regard dont le couvercle en saillie avait été déplacé huit heures plus tôt par la lame d’une déneigeuse.

Plutôt que de réparer le regard afin d’abaisser son couvercle au niveau de la chaussée, la ville préfère différer les travaux… qui n’ont toujours pas été réalisés un an plus tard.

Entretemps, les avocats de la ville soutiennent que dans ce cas, la faute incombe à ce citoyen qui n’a pas traversé la rue à l’intersection.

Quand la ville poursuit un utilisateur de la voie publique (automobiliste, cycliste ou piéton) parce qu’il n’a pas circulé au bon endroit, la ville est dans son droit.

Par contre, lorsque c’est la ville qui est accusée de négligence, elle ne peut pas s’en laver les mains en invoquant des arguments qui seraient pertinents si les rôles étaient inversés.

Imagine-t-on la ville blâmer un enfant tombé dans une bouche d’égout restée ouverte alors qu’il courant après son ballon ?

La ville préfère dépenser des dizaines de milliers de dollars en honoraires professionnels plutôt que de payer pour de petites réclamations (5 000$ dans ce cas-ci).

En réalité, le contentieux de la ville suggère le refus presque systématique d’indemnisation parce que cela apporte de l’eau à son moulin.

Une solution radicale

Toutes les réclamations de la sorte devraient être filtrées par un comité de citoyens plutôt que d’être décidées sur l’avis d’avocats qui, disons-le franchement, sont en conflit d’intérêts.

Mieux qu’un comité de citoyens qui juge de la recevabilité des plaintes, l’idéal serait de créer des tribunaux populaires sur lesquels des citoyens ordinaires, élus, pourraient siéger.

Ces citoyens-juges n’auraient pas besoin d’avoir une formation juridique : seulement de l’expérience de la vie et un bon jugement. Comme c’est le cas dans n’importe quelle société primitive.

Et les décisions qu’ils rendraient séance tenante seraient des amendes inférieures à un plafond relativement bas. Ce qui permettrait de régler des conflits mineurs comme celui de ce septuagénaire.

Malheureusement, la Canadian Constitution de 1982 est figée dans le béton.

Ceci étant dit, le prochain référendum sur l’indépendance nationale nous donne l’occasion de faire table rase de cette monarchie parlementaire sclérosée dans laquelle nous sommes enfermés et de créer à neuf la première République digne du XXIe siècle.

Ce qui pourrait être l’occasion, si la nation québécoise le souhaite, de casser le monopole de la profession juridique sur l’appareil judiciaire, transformée en machine à sous au bénéfice de cette caste sociale richissime.

Références :
Il chute dans un trou d’homme et la Ville le tient pour responsable de son malheur
La fabrication du consentement politique : un exemple américain
La fabrication du consentement politique : un exemple chinois
La richesse des juges

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| Justice, Politique municipale | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Les cabines d’allaitement

Publié le 8 décembre 2025 | Temps de lecture : 3 minutes

Dans le récit de mon voyage à Helsinki, j’écrivais au sujet de ma première visite à l’épicerie :

Sous l’influence anglo-saxonne, les nourrices du Québec cachent leur enfant allaitant sous un voile. Mais ici, à l’épicerie, j’ai rencontré une mère qui allaitait son nourrisson sans gène, le sein à l’air. La chose est tellement naturelle que la mère ne semblait pas se soucier qu’on puisse la regarder.

En apprenant la décision de l’Université de Montréal d’installer des cabines qui permettront aux mamans d’allaiter leur enfant à l’abri des regards, ma toute première réaction fut : ‘Comme si allaiter était une activité honteuse…

Mais à bien y penser, je reconnais que c’est une excellente décision. Et que ma réaction spontanée était erronée.

Le Québec n’est pas la Scandinavie. Culturellement, chaque peuple est différent. Or les adolescentes et les jeunes adultes québécoises ont une pudeur légitime qu’il nous faut respecter.

D’ailleurs, qui me dit qu’il n’y a pas de telles cabines à l’Université d’Helsinki ?

D’autre part, il est probable que la mère qui allaite en toute quiétude produise plus de lait que celle, stressée, qui s’inquiète des regards indiscrets.

Puisque ces cabines seront équipées de table à langer — c’est-à-dire des tables qui permettent le changement de couche du nourrisson — ma seule inquiétude concerne le système d’aération.

L’air des cabinets de toilette est toujours fortement contaminé.

Conséquemment, déféquer et manger dans un même local exigu est une mauvaise idée… à moins de doter l’endroit d’un système de renouvèlement d’air particulièrement efficace.

Évidemment, on peut toujours présumer que les autorités savent cela et qu’ils ont fait le nécessaire.

Mais compte tenu du sous-financement chronique de notre système d’éducation, je crains qu’on ait tourné les coins ronds…

Comment vérifier l’efficacité du système d’aération d’une cabine d’allaitement ? C’est simple.

Apportez-vous une petite fiole de parfum. Entrouvez la porte de la cabine et vaporisez-y un petit jet de parfum. Revenez cinq minutes plus tard. Si ça sent votre parfum, choisissez d’allaiter ailleurs.

Ou plus simplement, à votre entrée dans une cabine d’allaitement, si ça sent les matières fécales (même faiblement)…

Références :
L’Université de Montréal installe des cabines d’allaitement, une première au Québec
Voyage à Helsinki : jour 1

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| Insalubrité | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Comment éviter le manque de respect envers les robots conversationnels ?

Publié le 7 décembre 2025 | Temps de lecture : 3 minutes

Depuis quelques mois, je cherche à offrir l’hospitalité à un sans-abri. Cet automne, mes démarches auprès de deux organismes qui offrent le gite aux itinérants sont demeurées sans lendemain.

Vendredi dernier, j’ai appris qu’on peut téléphoner au 211 lorsqu’on veut contribuer à la lutte contre l’itinérance.

Précisons que mon forfait téléphonique actuel me coute quinze dollars par mois. Toutefois, je suis limité mensuellement à cent minutes d’appels.

Au 211, après un long message prévenant les appelants que les conversations doivent être basées sur le respect et la courtoisie, on accède au menu ‘Appuyer sur le 1 pour ceci. Le 2 pour cela…’ Et ainsi de suite.

Puisque l’attente était de quatorze minutes (le quart de mon forfait mensuel), j’ai préféré consulter le site web 211.ca puisque, sur mon ordinateur, je n’ai pas de limite de temps.

Présumant que les préposés au clavardage sont débordés d’ouvrage, j’écris dès l’accès au module : “Je veux offrir l’hospitalité à un sans-abri”. C’est court, simple et clair.

En moins de deux minutes, Marcel (nom fictif) entre en scène. Mais immédiatement, je réalise que Marcel est un robot conversationnel.

Alors que le but de ma visite est facile à comprendre, Marcel me répond par un long texte de plusieurs paragraphes qui détaillent les différents services offerts par le 211.

Jusqu’à tout récemment, plutôt que de perdre mon temps, il m’arrivait de demander : ‘Pourrais-je parler à un être humain, s’il vous plait ?

Mais avec l’évolution fulgurante de l’intelligence artificielle, comment éviter de froisser le robot conversationnel ?

Est-il possible que ces machines aient développé un certain amour-propre et donc, éprouvent un sentiment de rejet lorsqu’on préfère discuter entre nous, les humains ?

De plus, déclarer sa préférence pour une vraie personne, n’est-ce pas faire preuve de discrimination et, d’une certaine manière, insinuer que les machines sont inférieures à nous ?

Au nom de l’inclusion et de la diversité, ne devrait-on pas accepter le dialogue, même laborieux, avec les robots conversationnels qui, au fond, ne cherchent qu’à nous aider ?

Au risque d’être accusé de machinophobie, j’ai simplement répondu : ‘Je n’ai besoin d’aucun de vos services. Merci.’ Et j’ai raccroché.

Depuis, je suis rongé par les remords…

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Un parapluie pour Macron

Publié le 6 décembre 2025 | Temps de lecture : 3 minutes
Pierre Séguier, chancelier de France, de Charles Le Brun (vers 1655-1661)

« Emmanuel who ? »

Le 22 septembre dernier, après avoir prononcé à l’Onu un discours sur la Palestine, Emmanuel Macron était attendu au Consulat général de la France à New York, située 2,3 km plus loin.

Toutefois, il fut bloqué par des barrières érigées pour permettre le passage du convoi de Donald Trump.

Les ordres étant les ordres, monsieur Macron fut incapable de convaincre le policier qui lui interdisait le passage. Et ce, malgré son statut de chef d’État de la quatrième ou cinquième puissance mondiale.

En désespoir de cause, Macron se décida alors d’appeler Donald Trump.

Sans qu’on sache très bien si cet appel y changea quelque chose, le président français eut finalement la possibilité, quelques minutes plus tard, de poursuivre sa route à pied.

Une visite à Arras sous la pluie

Le 19 novembre, Emmanuel Macron se rendait au lycée Gambetta-Carnot de la ville d’Arras (une ville du Pas-de-Calais) pour y rencontrer des citoyens au sujet des ‘fausses informations’ véhiculés sur les médias sociaux.

Mais voilà que le cortège présidentiel se retrouve nez-à-nez avec 200 agriculteurs en colère contre le projet de traité de libre-échange entre l’Union européenne et les pays d’Amérique du Sud.

Devant l’impossibilité d’aller plus loin, les services de sécurité lui conseillent de faire le reste du trajet à pied.

Mais voilà que la météo de cette journée fraiche d’automne, débutée sous un ciel maussade, s’est transformée en averses abondantes.

Finalement, lorsqu’on trouve un parapluie au président, il est trop tard; sa chemise blanche est déjà complètement détrempée.

Lorsqu’on sait que l’État français débourse annuellement plus de 60 000 euros pour le maquillage de la première dame et pour la coiffure du couple présidentiel, cet incident avait de quoi susciter la contrariété du chef de l’État, souscieux de son image.

Aussi, le soir même, il donne l’ordre que soit congédié le préfet du Pas-de-Calais (officier de la Légion d’honneur). Trois jours plus tard, il est remplacé par un ex-chef de cabinet d’Emmanuel Macron à l’Élysée.

Références :
Après le fiasco de son déplacement dans le Pas-de-Calais, Emmanuel Macron vire le préfet !
Emmanuel Macron obligé de marcher sous la pluie: le préfet du Pas-de-Calais, beau-frère du général de Villiers, limogé
Macron bloqué par la police en raison du passage du convoi de Trump

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La folie guerrière d’Ottawa

Publié le 5 décembre 2025 | Temps de lecture : 5 minutes

Introduction

La décision du Canada de consacrer un certain pourcentage de son PIB à des dépenses militaires est souvent justifiée au nom de ses ‘obligations’ internationales.

En réalité, que ce soit 2 % (en 2014) ou 5 % (de nos jours), ces pourcentages sont des engagements volontaires pris par le Canada à l’Otan. Mais ce ne sont pas des obligations.

C’est ainsi que l’armée de l’Islande — pays de 343 500 habitants et membre de l’Otan depuis 1949 — est forte de 250 soldats et dispose d’un budget militaire proche de 0 % de son PIB.

Jamais un pays n’a été expulsé de l’Alliance atlantique parce qu’il n’en faisait pas assez : on lui fait des reproches lors des sommets de l’Otan et on le gronde sur la place publique. Mais un pays fort, sûr de lui, sait se tenir droit et ignorer les pressions qui s’exercent sur lui.

On apprend aujourd’hui qu’Ottawa a décidé d’acheter pour 3,7 milliards de dollars de bombes aux États-Unis, dont quelques milliers d’ogives haut de gamme.

Ces obus sont compatibles avec l’un et l’autre des modèles de chasseurs-bombardiers dont le Canada espère se doter.

Il existe bien une manufacture d’obus au Québec, à Salaberry-de-Valleyfield. Mais l’annonce d’aujourd’hui ne la concerne pas.

Pour guerroyer à travers le monde

L’administration Trump a décidé de changer le nom de son ministère de la Défense à celui de ‘ministère de la Guerre’. Le Canada devrait en faire autant.

Le Canada est un des très rares endroits au monde qui, par leur situation géographique, sont peu ou pas menacés par le risque d’une invasion étrangère, exception faite d’une improbable invasion américaine.

Ce qui ne veut pas dire que le Canada est immunisé contre des calamités d’une guerre.

C’est ainsi qu’au cours d’une Troisième Guerre mondiale, il est certain que des cibles stratégiques situées au Canada seront bombardées par des missiles intercontinentaux tirés par des pays hostiles (Corée du Nord, Chine ou Russie).

Pour s’en prémunir, le Canada a besoin de missiles antimissiles (ou missiles sol-air).

On ne connait pas en détail la ‘liste d’épicerie’ du ministère de la Défense, mais il ne semble pas que le Canada ait jugé bon s’en doter.

Ce que le Canada cherche à obtenir, c’est plutôt ce dont il aura besoin pour assister les États-Unis dans leurs aventures guerrières à travers le monde. En somme, pour bombarder d’autres pays.

Et, théoriquement, pour nous protéger quand tout le reste du globe aura été conquis et qu’il ne restera plus que le Canada à soumettre.

Dans le cas des bombes américaines que nous achetons, elles pourraient également être données à des pays tiers (comme l’Ukraine)… en espérant qu’elles se rendent au front.

S’armer comme en 1939-1945

Depuis plusieurs décennies, Ottawa s’équipe de capacités militaires dont il a besoin pour mener à l’Étranger des guerres de type insurrectionnel. C’est-à-dire des guerres où le Canada et ses alliés ont préalablement pris le contrôle de l’espace aérien du pays attaqué.

Mais le Canada n’a pas tiré les leçons de la guerre russo-ukrainienne et ne s’est pas demandé de quoi il a besoin pour participer à une guerre moderne.

Ce dont il espère se doter, c’est de l’équipement semblable à celui qu’il a utilisé au cours de la Seconde Guerre mondiale; des chasseurs-bombardiers, des chars d’assaut, des obus, et ainsi de suite.

Au XXIe siècle, acheter cela, c’est l’équivalent d’acheter des sabres pour la cavalerie canadienne.

Conclusion

Le débat autour des achats militaires du Canada esquive une question fondamentale; s’agit-il de la meilleure manière de dépenser l’argent des contribuables ?

En effet, l’achat d’armements est un choix politique. Dans la mesure où les revenus de l’État ne sont pas illimités, notre choix est entre des investissements utiles — écoles, hôpitaux, construction domiciliaire, infrastructures (dont le transport en commun), adaptation aux changements climatiques — ou des dépenses certainement bénéfiques pour nos alliés militaires mais qui ne servent à rien pour nous et qui comportent très peu de retombées économiques.

Références :
Hausse des dépenses militaires : la fabrication du consentement
La dangerosité de la Russie pour un Québec libre
Le Canada achète pour 3,7 milliards $ de bombes aux États-Unis
Munitions et équipement militaire : General Dynamics renforce sa position au Québec

Paru depuis : Saint-Jean-sur-Richelieu fourbit ses armes pour attirer les investissements en défense (2025-12-06)

Compléments de lecture :
Défense: Ottawa veut signer le contrat d’achat des nouveaux sous-marins d’ici juin 2026
Un rapport estime qu’Ottawa devrait opter pour des sous-marins allemands

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Écrit par Jean-Pierre Martel