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Avant-propos : Alors que nous sommes entrés dans la troisième semaine de ce conflit, le nuage de la propagande — si opaque au début de n’importe quelle guerre — commence à se dissiper.
Si bien qu’on peut y voir suffisamment clair pour tenter d’analyser ses tenants et ses aboutissants.
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Introduction
La guerre actuelle en Iran vise des objectifs différents selon les attaquants.
La motivation israélienne est double, politique et sécuritaire, tandis que celle des États-Unis est le fruit d’une vision géostratégique beaucoup plus vaste.
La motivation israélienne
• L’aspect politique
Le succès de Benyamin Netanyahou et la longévité de sa carrière politique reposent en bonne partie sur la crainte de l’Iran. Une crainte qu’il entretient et qu’il exacerbe parmi la population israélienne.
Son discours apocalyptique a besoin que l’Iran soit perçu comme une menace imminente et terrifiante. Et que lui apparaisse comme le politicien le plus déterminé à y faire face.
De plus, il sait que, dès qu’il perdra le pouvoir, la justice israélienne procèdera dans les causes en suspens où il est accusé de corruption.
• L’aspect sécuritaire
La sécurité d’Israël nécessite que le pays soit armé jusqu’aux dents et qu’il soit entouré de voisins inoffensifs.
Voilà pourquoi l’armée israélienne a décimé le Hezbollah au Liban et a profité de l’effondrement du régime de Bachar el-Assad en Syrie pour détruire les installations militaires du pays.
C’est maintenant au tour de l’Iran d’être ‘dégriffé’ sous les tonnes de bombes qu’Israël fait pleuvoir sur lui. Par la même occasion, les dirigeants israéliens rêvent d’une capitulation iranienne en vertu de laquelle ce pays renoncerait à son financement du terrorisme régional.
Malheureusement, la pacification du Moyen-Orient n’est possible qu’à la condition supplémentaire qu’aucun des pays de la région ne se démocratise.
Actuellement, le Liban est le seul voisin d’Israël où se tiennent des élections dignes de ce nom. Celles prévues cette année ont été reportées de deux ans en raison des attaques israéliennes.
Pourquoi la démocratisation du Proche et du Moyen-Orient est-elle contraire aux intérêts d’Israël ? En raison de la colonisation de la Palestine.
En Occident, celle-ci se fait dans l’indifférence générale. Mais ce n’est pas le cas dans les pays musulmans, où elle est suivie quotidiennement.
Voilà pourquoi les Musulmans de ces pays détestent les dirigeants israéliens. Et ils détestent également le peuple israélien. Et ce, pour le sort qu’ils font subir aux Palestiniens.
Donc, si les citoyens de ces pays pouvaient voter, ils éliraient des politiciens qui tiennent un discours haineux à l’égard d’Israël. Un discours qui ne peut mener qu’à des affrontements militaires.
Le moment choisi pour déclencher la guerre en Iran
Pourquoi maintenant ?
L’initiative israélienne est la deuxième tentative en moins d’un an de saboter les négociations américano-iraniennes au sujet du programme nucléaire iranien.
En juin 2025, la Guerre des 12 jours a été déclenchée par Israël juste avant l’ouverture d’un nouveau cycle de négociations à ce sujet.
Cette fois-ci, l’attaque survient alors que ces négociations avaient repris et que Washington répétait à qui voulait l’entendre que les discussions étaient positives, du moins quant au programme nucléaire iranien.
C’était bien la dernière chose que Netanyahou voulait entendre.
La perspective de voir Trump annoncer fièrement la conclusion d’un Big & Beautiful Deal avec l’Iran, c’est-à-dire d’une entente ‘garantissant’ une paix durable au Moyen-Orient, n’est-ce pas suffisant pour faire de l’insomnie lorsqu’on s’appelle Benyamin Netanyahou ?
D’où l’idée de saboter dans les plus brefs délais cette négociation avant qu’elle n’aboutisse. Comme Boris Johnson l’a fait au sujet des négociations russo-ukrainiennes en mars 2022.
L’éclatante victoire que constitue l’assassinat du Guide suprême et de centaines de dirigeants du pays ne doit pas nous empêcher que soupçonner que les frappes israéliennes visaient, entre autres, les négociateurs iraniens.
Ce qui rappelle qu’Israël a précédemment tenté d’assassiner ses vis-à-vis du Hamas lors des négociations israélo-palestiniennes au Qatar.
L’emprise de Netanyahou sur Trump
Le 17 mars, Joseph Kent, directeur du Centre national américain de lutte contre le terrorisme — l’organisme du gouvernement américain responsable de la lutte contre le terrorisme national et international — écrivait dans la lettre de démission qu’il adressait à Trump :
…il est clair que [les États-Unis] sont entrés dans cette guerre en raison des pressions d’Israël et de son puissant lobby américain.
[…]
Dès le début de [votre] administration, des officiels Israéliens haut placés et des membres influents des médias américains ont procédé à une campagne de désinformation afin de miner votre programme America First et de susciter le sentiment guerrier contre l’Iran.
En effet, Donald Trump a été entrainé dans cette guerre malgré lui parce qu’il a été incapable d’empêcher Netanyahou d’aller de l’avant. Et ce, même s’il était parfaitement conscient que le premier ministre israélien sabotait ainsi les négociations américaines avec l’Iran.
Trump aurait pu menacer de couper les milliards de dollars d’aide militaire versés annuellement à Israël par Washington. Une menace que Biden ou Obama n’aurait pas hésité à brandir derrière des portes closes.
Mais l’actuel président américain ne peut pas le faire en raison de l’importance capitale des sionistes chrétiens au sein de sa base électorale. En somme, si l’armée israélienne était partie seule au combat et que tout avait tourné à la catastrophe pour elle, jamais ces gens n’auraient pardonné la ‘trahison’ de Trump.
Pris de court, Trump a tenté de justifier cette guerre différemment chaque jour. Si bien que les chroniqueurs ont soutenu que Trump était une girouette qui ne savait pas ce qu’il faisait.
La stratégie américaine
• La domination énergétique
Pour maintenir leur puissance hégémonique dans le monde en dépit de leur déclin industriel, les États-Unis entendent consolider leur domination énergétique.
Pour ce faire, Donald Trump a décidé de prolonger autant que possible l’ère thermo-industrielle puisque les États-Unis y jouent un rôle central en tant que plus grand producteur mondial de pétrole et de gaz fossile.
Cela implique l’opposition aux mesures destinées à la transition énergétique parce que les outils pour y parvenir sont produits par la Chine.
Le 14 février 2025, Donal Trump signait un décret présidentiel créant le Conseil national de la domination énergétique. Son objectif n’est pas seulement de favoriser l’augmentation de la production américaine, mais également de transformer les exportations américaines un moyen de vassalisation des pays importateurs.
Dans le cas des pays qui s’approvisionnent ailleurs qu’aux États-Unis (notamment la Chine), Washington entend asservir leurs fournisseurs.
En effet, pour Washington, il ne suffit pas que les États-Unis soient le plus grand producteur d’hydrocarbures. Pour dominer le monde, il faut que l’ensemble des autres producteurs d’hydrocarbures soient soumis à la volonté américaine.
• Le Venezuela
Après s’être secrètement engagée à ne vendre le pétrole vénézuélien qu’aux pays désignés par Donald Trump, la vice-présidente du Venezuela a été placée à la tête de son pays.
Aussitôt, Washington lui a ordonné de ne plus vendre de pétrole à Cuba. Ce qu’elle a fait. Une fois ce test réussi, les Américains ont acquis l’assurance que si elle reçoit l’ordre de ne plus vendre de pétrole à la Chine, elle obéira de nouveau.
• L’Iran
Enhardi par la facilité avec laquelle s’est opéré l’asservissement du Venezuela à la volonté américaine, Donald Trump s’est tourné vers une autre fournisseur de pétrole à la Chine; l’Iran.
Les toutes dernières négociations irano-américaines sont antérieures au déclenchement de la Troisième guerre du Golfe. Cela signifie que les concessions iraniennes n’avaient pas pour but de faire cesser la guerre, mais de faire lever les sanctions américaines.
Très rapidement, l’Iran avait fait des concessions majeures au sujet de son programme nucléaire. La pierre d’achoppement concernait le pétrole.
Rappelons que les seuls pays qui ont refusé de se plier aux sanctions américaines contre l’Iran sont la Chine, la Corée du Nord et la Russie.
Environ quatre-vingts pour cent du pétrole iranien est exporté vers la Chine. Sans ces revenus d’exportation, l’Iran serait en faillite.
De plus, même si l’Iran n’a pas de traité militaire avec la Chine ou la Russie, elle est néanmoins liée à ces pays par des accords de coopération militaire qui comprennent la fourniture de drones et de missiles, de même que des transferts technologiques.
Washington n’a aucune intention, pour l’instant, d’instaurer un blocus pétrolier contre la Chine. Toutefois, il est déterminé de se doter du pouvoir discrétionnaire de le faire afin de soumettre la Chine à son pouvoir hégémonique.
Si la visite de Trump en Chine a été retardée, c’est que le président américain n’a dans son jeu qu’un ‘deux de pique’ vénézuélien, sans le ’roi de cœur’ iranien dont il espérait se doter à l’issue d’une guerre de courte durée.
Or, du point de vue iranien, accepter que les exportations pétrolières iraniennes vers la Chine soient soumises au bon vouloir de Donald Trump, c’est trahir un de ses plus importants alliés. Et c’est sans compter sur le fait que cela signifierait échanger un tiens pour deux tu l’auras.
L’Iran se rappelle qu’il a suffi que les États-Unis changent de président pour que le nouveau (Donald Trump) déchire l’accord sur le nucléaire iranien conclu par son prédécesseur Barack Obama. Donc, aux yeux de l’Iran, les États-Unis n’ont pas de parole.
Conclusion
Alors qu’ils ont perdu une bonne partie de leur puissance industrielle en délocalisant leurs usines vers la Chine et alors qu’ils sont aux prises avec une dette colossale, les États-Unis ont une position dominante dans le monde en raison du rôle central de leur devise dans les échanges internationaux, de l’importance de leur marché intérieur, et surtout du pouvoir de dissuasion de leurs armées.
Strictement parlant, ce n’est pas la puissance militaire en tant que telle qui est déterminante, mais la conviction, partagée par ses ennemis, que les États-Unis sont invulnérables. Or c’est précisément cette réputation d’invulnérabilité qui est en jeu dans la Troisième guerre du Golfe.
Incapable de tenir tête à Benyamin Netanyahou, Donald Trump s’est engagé imprudemment dans une guerre alors que les pays occidentaux, ses alliés, ont des stocks d’armement à leur plus bas.
Cette précipitation sabote, pour l’instant, les objectifs géostratégiques que poursuivait l’administration Trump par le moyen de la domination énergétique américaine sur le monde.
Cette guerre survient également à un moment où la grande majorité de la population des États-Unis est opposée à une invasion de soldats américains en Iran.
La mutinerie à bord du porte-avion Gerald-Ford (le plus grand au monde) en dit long sur la hâte des soldats américains à fouler le sol iranien. Ce qui rappelle l’histoire du cuirassé Potemkine.
En face des États-Unis se dresse un pays millénaire, à l’identité forte, qui, acculé au mur, est décidé à lutter jusqu’au bout.
Références :
Accord de Vienne sur le nucléaire iranien
États-Unis : l’importance politique des sionistes chrétiens
Géopolitique de l’opération Maduro
Guerre Iran-Israël (2025)
How ignorance, misunderstanding and obfuscation ended Iran nuclear talks
Incendie à bord, toilettes bouchées… Le porte-avions américain USS Gerald R. Ford quitte la mer Rouge pour des réparations
La troisième guerre du Golfe, un tournant majeur de l’architecture régionale
Les vraies raisons pour lesquelles Israël déclenche une guerre contre l’Iran
La vraie raison pour laquelle les troupes américaines entrent en Iran (vidéo – version courte)
L’expert de la guerre en Iran : 20 ans de simulations. Voici ce qui nous attend (vidéo – version intégrale)
National Counterterrorism Center
Pékin et Washington «restent en communication» sur une visite de Trump
Potemkine (cuirassé)
Qatar : Israël bombarde les négociateurs du Hamas à Doha et saborde encore l’espoir d’une trêve
Trump salue de « très bonnes » discussions avec l’Iran
UK security adviser attended US-Iran talks and judged deal was within reach
US counterterrorism chief quits, says Israel ‘trapped’ Trump into joining Iran war
US war on Iran isn’t likely to go as planned
‘You are all worse than each other’: anti-regime Iranians turn on Trump
Why Trump’s push for China to help reopen the Strait of Hormuz may hurt trade talks
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Écrit par Jean-Pierre Martel







