Groenland : Trump est sérieux

Publié le 18 janvier 2026 | Temps de lecture : 6 minutes

Vers le plus grand pays du monde

Selon toute vraisemblance, les États-Unis annexeront le Groenland. Et ce, pour trois raisons.

Premièrement, parce que Donald Trump le veut. Deuxièmement, parce qu’il le peut. Et troisièmement, parce qu’indépendamment du succès ou de l’échec de ses politiques économiques, l’annexion du Groenland est un évènement qui le fera passer à l’histoire.

Dans un siècle, personne aux États-Unis ne se rappellera que Barack Obama s’est vu décerner le prix Nobel de la paix en 2009. Mais tous les petits écoliers américains apprendront que grâce au bon président Trump, les États-Unis ont accru leur territoire de 22,5 %, devenant ainsi le deuxième pays le plus étendu au mande, avec leurs 11 797 505 km², devançant le Canada avec ses 9 984 670 km².

D’autre part, bien après Trump, si l’Otan devait réussir son rêve de conquérir et de démanteler la Russie (actuellement le plus vaste pays du monde), l’annexion groenlandaise fera passer le territoire américain au premier rang mondial.

Pour un être narcissique comme Donald Trump, l’occasion est irrésistible.

L’annexion du Groenland violerait-elle le Droit international ?

Oui. Et après ?

Dans l’état normal des choses, le fort impose sa volonté au faible.

Toutefois, ce qui empêche un pays de sombrer dans le chaos et l’anarchie, c’est que l’État dispose de quatre moyens répressifs; la police, les tribunaux, les prisons et l’armée.

Grâce à ses moyens répressifs, l’État devient le plus fort de tous et conséquemment, impose sa volonté à l’ensemble de sa population.

À la différence de nos gouvernements municipaux, provinciaux et fédéral, aucune instance supranationale ne possède de moyen répressif capable de faire respecter le Droit international.

Or l’histoire du Monde nous enseigne que la scène internationale est le théâtre de la brutalité des nations. Ceux qui ignorent cette vérité fondamentale sont condamnés à vivre dans l’indignation perpétuelle en raison de leur méconnaissance des ressorts du monde.

La double impuissance d’Emmanuel Macron

Il y a quelques jours, Emmanuel Macron déclenchait l’opération ‘Arctic Endurance’ (notez l’anglais, qui fait tellement plus sérieux), afin d’obliger Donald Trump à respecter le Droit international.

Une quinzaine de soldats français, appuyés par d’autres soldats européens, auront pour mission de protéger le Groenland des visées impérialistes des États-Unis.

À l’annonce de cette nouvelle, j’ai écrit sur Facebook qu’il suffira à Donald Trump d’imposer à la France de nouveaux tarifs douaniers pour que Macron, repenti, vienne lui lécher les bottes et lui demander pardon.

Or il semble bien que ce soit exactement ce qui est en train de se produire.

Si Emmanuel Macron voulait faire oublier son impuissance à faire obstacle à l’adoption européenne du traité EU-Mercosur, ce deuxième revers constitue une humiliation publique de la France, mise échec et mat par l’incapacité de son chef d’État à voir plus loin que le bout de son nez.

L’Otan et le conflit américano-danois

En juillet 1974, la Turquie (membre de l’Otan) s’est emparée de 38 % de l’ile méditerranéenne de Chypre qui, jusque-là, appartenait en totalité à la Grèce (également membre).

L’Otan ne s’en est pas mêlée.

En dépit de cela, nombreux sont les commentateurs qui, sur l’internet, s’imaginent que l’Otan pourrait sévir contre les États-Unis (le principal financier de l’Otan) si Donald Trump envahissait le Groenland.

Comment peut-on être à ce point stupide ?

Le lombric et le merle d’Amérique

Il y a de ces petites bêtes qu’on craint en raison de leur pouvoir vénéneux. Ce n’est pas le cas du Danemark. Ce royaume est un petit pays inoffensif dont la sécurité repose sur la bienveillance de ses voisins. Aussi nu qu’un ver de terre.

À la suite du sabotage des gazoducs Nord Stream, survenu en septembre 2022, les enquêteurs danois n’osèrent pas imaginer l’hypothèse que le méfait puisse avoir été commis par les États-Unis alors que Joe Biden lui-même a avoué son intention de le commettre après en avoir obtenu la permission du chancelier allemand Olaf Scholz en visite à Washington.

Quand le territoire danois est survolé par de mystérieux drones à batterie, le premier réflexe des dirigeants du pays est de déclarer que ‘ça ne peut être que la Russie’.

Il est vrai que Moscou, ces jours-ci, est capable de bien des méfaits. Mais où sont les preuves dans le cas de ces drones ?

Peut-on imaginer que ces engins — qui ont aussi survolé la Norvège, la Belgique et la France sans qu’on ait trouvé le moindre coupable — puissent faire partie d’une vaste campagne de manipulation de l’opinion publique occidentale ?

Menacé ouvertement d’annexion territoriale par les États-Unis, le Danemark s’entête à croire que son principal danger est une invasion militaire russe alors que jamais au grand jamais Moscou n’a manifesté la moindre intention d’envahir un pays de l’Otan.

Et pour se protéger d’un danger inexistant, le Danemark achète à tour de bras de l’équipement militaire américain, notamment des chasseurs-bombardiers qui ne peuvent décoller sans une clé numérique émise par les États-Unis et renouvelée aux 72 heures par le Pentagone.

Bref, ces pauvres Danois peuvent bien manifester par milliers à Copenhague contre l’intention trumpienne d’envahir le Groenland, mais tant qu’ils voteront pour des politiciens atlantistes qui, aveuglément, remettent le sort du royaume entre les mains des États-Unis, ils doivent s’attendre au pire.

Bref, aide-toi et le ciel t’aidera.

Références :
Des projets pour l’éclatement de la Russie
Droit international et géopolitique (deuxième partie)
Groenland : Trump durcit le ton, l’Europe se dit prête à se défendre
Groenland : une mission militaire européenne débute avec des soldats français
La tentation groenlandaise de Trump
Le mystère des drones en Europe occidentale/a>
Le sabotage des gazoducs Nord Stream par les États-Unis
Ukraine et Russie : l’échec cuisant de Victoria Nuland

Complément de lecture : Emmanuel Macron lance un vif rappel à l’ordre aux industriels de la défense

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Géopolitique de l’opération Maduro

Publié le 14 janvier 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

Après avoir mis en place un blocus maritime empêchant le Venezuela d’exporter son pétrole, les États-Unis ont procédé à l’exfiltration vers les États-Unis du président Nicolás Maduro (et de son épouse) pour y être jugé.

Dès le lendemain, la Cour suprême du Venezuela a ordonné à la vice-présidente Delcy Rodriguez d’assumer le pouvoir, forte de l’appui de l’armée.

Plutôt que de remplacer Nicolás Maduro par la cheffe de l’opposition qui avait remporté les dernières élections présidentielles, l’administration Trump a préféré procéder chirurgicalement à une révolution de palais, planifiée depuis des semaines, et qui permet de maintenir en place le régime vénézuélien, purgé des dirigeants militaires les plus fidèles à l’ancien président, et notamment sa garde rapprochée cubaine qui a été liquidée au cours l’opération mortelle menée par les forces américaines.

Comme le prévoyait le scénario écrit d’avance par Washington, la nouvelle présidente s’est empressée de condamner l’intervention américaine et déclaré sa volonté de défendre de toutes ses forces son pays contre l’impérialisme américain.

Le but de l’opération américaine n’était pas de défendre la démocratie au Venezuela. Si cela avait été le cas, la gagnante des dernières élections présidentielles serait aujourd’hui à la tête du pays. Elle se sera peut-être un jour, mais cela n’était pas la priorité de l’administration Trump.

Le but n’était pas non plus de s’emparer du pétrole vénézuélien; celui-ci repose dans le sous-sol du pays et le demeurera, essentiellement, pendant encore de nombreuses années.

Cette intervention militaire est une étape en vue d’établir le contrôle mondial de l’énergie par les États-Unis.

Dans ce cas-ci, cela consiste à forcer la Chine (qui, jusqu’ici, achetait 68 % du pétrole vénézuélien) à se trouver une autre source d’approvisionnement. Puisque le Venezuela était un fournisseur pétrolier mineur de la Chine, la gifle infligée à la Chine n’est pas catastrophique, mais elle est significative.

Dans leurs luttes respectives pour l’hégémonie mondiale, la Chine et les États-Unis ont deux stratégies opposées.

Les États-Unis veulent prolonger indéfiniment l’époque actuelle où les ressources énergétiques (notamment les hydrocarbures) occupent une place stratégique dans le développement économique. En somme, le but de l’administration Trump est de prolonger l’âge thermo-industriel, en dépit de ses conséquences climatiques.

De son côté, la Chine a misé sur l’émergence de l’extractivisme minéral en tant que pilier de l’économie de demain. Pour ce faire, la Chine s’est assurée du monopole de l’extraction et de la purification des métaux stratégiques.

Le résultat, c’est que même lorsque les États-Unis auront comblé leur retard technologique, la Chine percevra sa part (sa ‘cut’) de chaque éolienne et de chaque panneau solaire produit en Occident en raison des terres rares essentielles à leur fabrication.

Références :
Deep in the vaults: the Bank of England’s £1.4bn Venezuelan gold conundrum
Capture de Nicolás Maduro par les États-Unis
Le cout de la dé-Merkellisation de l’Allemagne
Le mystère vénézuélien
Les conséquences géostratégiques du basculement vers les énergies vertes
Venezuela : le président déchu par les États-Unis Nicolás Maduro comparaîtra lundi devant un juge à New York

Paru depuis : Cuba rend hommage à ses militaires tués au Venezuela dans l’attaque américaine contre Nicolas Maduro (2026-01-17)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Sur la rue Adam

Publié le 5 janvier 2026 | Temps de lecture : 1 minute
Église du Très-Saint-Sacrement (3530 rue Adam)
4760 rue Adam


Résidence Sainte-Émélie (4837 rue Adam)
4904 rue Adam

Détails techniques : Appareil Olympus OM-D e-m5 infrarouge à spectre complet + objectif Lumix 14-45mm + les filtres de l’infrarouge Jaune 3629.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Lectorat du blogue en 2025

Publié le 1 janvier 2026 | Temps de lecture : 1 minute

Du 1er janvier au 31 décembre 2025, des lecteurs provenant de 114 pays ont consulté des textes sur le blogue. La grande majorité de ces lecteurs habitent en Chine, en France et au Canada.

Avant octobre 2025, les Chinois représentaient pour moins d’un pour cent du lectorat du blogue. Mais soudainement, 72,4 % des textes consultés en octobre l’étaient à partir de Chine, 78,2 % en novembre et 72,5 % en décembre 2025.

Autre bizarrerie; presque jamais un texte n’est consulté deux fois dans la même journée à partir de Chine.

Mon hypothèse est que les articles du blogue, entre autres, servent à entrainer l’intelligence artificielle chinoise depuis trois mois.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La personnalité de l’année 2025

Publié le 31 décembre 2025 | Temps de lecture : 4 minutes

Bart De Wever

Bart De Wever est premier ministre belge depuis le 3 février 2025.

Toute sa carrière politique a été axée sur la défense des intérêts de la Flandre, c’est-à-dire de la partie néerlandophone de la Belgique, au point de militer en faveur de son indépendance.

Toutefois, dès son accession à sa fonction actuelle, ce politicien de droite s’est transformé en chef d’État.

Le 1er décembre dernier, il avait créé la surprise aux Grandes Conférences catholiques.

Devant ce public francophone, ultra conservateur, et attaché autant à la monarchie qu’à l’unité du pays, l’ex-indépendantiste flamand soulignait son respect pour la fonction royale, l’importance qu’il attache à son rôle de premier ministre de tous les Belges, précisant même que « la Flandre n’est pas un but en soi

À cette occasion, il donnait un avant-gout de ce qui allait suivre en déclarant : « Qui […] croit vraiment que la Russie va perdre en Ukraine ? C’est une fable, une illusion totale. [D’ailleurs] cette défaite ne serait pas souhaitable, car cela rendrait instable un pays doté de l’arme nucléaire

Deux semaines plus tard, un sondage montrait qu’il demeurait le politicien le plus populaire de Flandre. La surprise fut chez les Belges francophones où sa popularité grimpa de sept point dans la capitale et de deux points dans la Wallonie, faisant de lui une des personnalités les plus aimées chez… les Francophones.

Si bien que les auditeurs de deux chaines de télévision flamande l’ont élu ‘Belge de l’année’.

Le grain de sable dans l’engrenage

Depuis mai 2022, nous soutenons sur ce bloque qu’en vertu du Droit international, on peut geler les avoirs d’un pays ennemi, mais on ne peut pas les confisquer. En d’autres mots, on peut empêcher un pays de jouir de son argent, mais on ne peut pas le dépenser à sa place.

Depuis le début de la guerre russo-ukrainienne, les pays alliés de Kyiv prétendent le contraire. Pourquoi ?

Le but était de rassurer les contribuables face aux sommes colossales dépensées à soutenir l’Ukraine. Implicitement, le message était qu’au final c’était la Russie qui paierait la note.

À la télévision et dans nos grands médias, tous les journalistes et tous les chroniqueurs participaient à ce lavage des cerveaux.

Toutefois, au Sommet européen du 18 décembre dernier, quelle fut donc la surprise d’entendre le premier ministre Bart De Wever rompre cette omerta et déclarer que son pays s’oppose catégoriquement à la confiscation des avoirs russes en Belgique.

Or c’est dans ce pays que se trouve la chambre de compensation Euroclear qui détient la majorité des avoirs russes gelés en Occident.

Sans Bart De Wever, environ 135 milliards d’euros auraient été utilisés à prolonger de deux ans l’agonie de l’Ukraine.

Et une fois cette somme dépensée (partiellement à alimenter la corruption dans ce pays), nous aurions appris que la confiscation des avoirs russes était illégale. Donc, que nous devons rembourser la Russie pour les sommes confisquées illégalement par nos gouvernements.

Pour son courage et son audace, ce blogue lui décerne le titre de personnalité de l’année 2025.

Références :
Bart De Wever a-t-il convaincu les francophones ?
Bart De Wever, le nationaliste flamand devenu défenseur des intérêts belges
Bart De Wever, ou l’histoire d’un nationaliste flamand devenu figure incontournable des scènes belge et européenne : « C’est un évolutionniste, pas un révolutionnaire »
La saisie fictive des avoirs d’oligarques russes au Canada
« Les dix prochaines années seront difficiles » : Bart De Wever avertit les Belges, à quelques heures de 2026

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Aperçu de géopolitique agricole

Publié le 29 décembre 2025 | Temps de lecture : 1 minute

Étienne Lombardot est un diplômé de l’École de guerre économique (qui n’a pas d’équivalent au Québec). Cet expert est l’auteur du rapport L’agriculture dans la guerre économique, paru en septembre 2024.

Les chapitres de la présentation vidéo ci-dessus sont les suivants :
 0:00 Introduction
 1:48 Comment définir l’agriculture ?
 5:40 La place de la France dans l’agriculture mondiale
 9:26 La France a choisi la qualité
12:35 Les normes agricoles de l’Union Européennes
16:34 L’industrie du poulet
19:36 L’Ukraine, leader de l’agriculture
23:49 L’agriculture en Chine et en Inde
30:58 L’agriculture en Afrique
35:55 Conclusion

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Mercosur : la perte de souveraineté alimentaire face à la guerre

Publié le 28 décembre 2025 | Temps de lecture : 8 minutes

Introduction

Depuis 1991, l’Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay font partie du Marché commun du Sud, surnommé Mercosur.

Ces jours-ci, l’Union européenne (UE) s’apprête à signer un traité de libre-échange avec ces pays.

Le texte de l’accord prévoit que, sur un échéancier de quinze ans, les pays du Mercosur supprimeront leurs droits de douane sur 91 % de leurs importations européennes (notamment sur les voitures européennes, actuellement taxées à 35 %).

En contrepartie, sur une décennie, l’UE abolira ses droits de douane sur 92 % de ses importations mercosuriennes. Ce qui privera l’UE de quatre-milliards d’euros de revenus tarifaires.

D’abord la délocalisation industrielle…

En octobre 2022, au sujet des sanctions européennes contre la Russie, nous écrivions :

Ne pouvant plus compter sur les hydrocarbures bon marché en provenance de Russie, le prix de l’énergie dans l’Union européenne sera plus élevé que dans la plupart des pays concurrents de l’Europe. Et ce, pour quelques années.

On peut donc anticiper que cette remondialisation s’accompagne d’une délocalisation industrielle.

C’est effectivement ce qui s’est produit. Mais ce n’est pas tout.

Le 27 juillet 2025, l’accord de Turnberry, conclu entre Donald Trump et Ursula von der Leyen prévoit que l’UE garantira 600 milliards d’euros d’investissements européens supplémentaires aux États-Unis.

Essentiellement, cette fortune servira à transférer des capacités européennes de production vers les États-Unis. En d’autres mots, l’UE s’engage à accroitre, voire à financer, son propre déclin industriel.

…puis la perte de souveraineté alimentaire

Après ce sabotage industriel, l’UE s’attaque maintenant à son agriculture.

Le modèle néolibéral qui prévaut en Europe, c’est que les grands groupes agro-alimentaires maximisent leurs profits en mettant en concurrence les producteurs d’aliments de base.

Et puisqu’il est beaucoup plus facile de rendre unique un produit transformé et donc, de faire accepter au consommateur de payer plus cher pour l’obtenir, la marge de profit des produits transformés est beaucoup plus grande que celle des aliments de base. D’où la précarité des paysans européens.

Cette précarité s’est accrue avec l’abandon de la gestion de l’offre en 1992 et l’augmentation considérable des exigences règlementaires de Bruxelles.

Le poulet ukrainien

Dans le cas du poulet, l’UE a soumis ses propres producteurs à une concurrence déloyale en permettant au demi-milliard de poulets produits annuellement en Ukraine d’entrer librement sur le marché européen sans respecter les normes qui y sont en vigueur.

Les règles concernant la traçabilité ne permettent pas aux consommateurs de s’opposer à ce tsunami puisque les poulets ukrainiens se retrouvent dans des croquettes et cordons-bleus avec l’estampille de l’UE.

Les légumineuses et le blé canadiens

D’autre part, en raison de la morphologie du territoire européen, les agriculteurs y sont menacés par tout traité de libre-échange avec des pays où il est possible de réaliser des économies d’échelle grâce aux immenses terres agricoles qu’on y trouve. C’est le cas du Canada.

En dépit du fait que certains pays européens refusent de ratifier l’Accord économique et commercial global conclu entre le Canada et l’UE, la Commission européenne l’applique illégalement depuis 2017.

Cela permet aux légumineuses canadiennes empoisonnées au glyphosate d’être vendues en Europe moins cher que les légumineuses soumises à la règlementation de Bruxelles (qui interdit cette pratique).

De la même manière, de 2019 à 2023, les exportations de blé canadien vers l’UE ont explosé. Ce qui fait que ce blé produit massivement (également empoisonné au glyphosate) fait une concurrence déloyale aux producteurs européens, avec la bénédiction de Bruxelles.

La viande du Mercosur

Le traité de libre-échange avec le Mercosur que s’apprête à signer Bruxelles permettra aux vastes exploitations agricoles d’Amérique du Sud d’inonder l’Europe de leurs aliments. Des aliments produits selon des normes moins exigeantes et donc moins couteuses que celles auxquelles sont astreints les producteurs agricoles de l’UE.

En contrepartie, les constructeurs automobiles allemands espèrent se lancer à la conquête du marché sud-américain sans soupçonner que la population du Mercosur pourrait préférer acheter des voitures chinoises (électriques ou non) qui offrent un bien meilleur rapport prix-qualité.

La souveraineté alimentaire de la France

Dans le secteur agricole, jusqu’en 2004, la France avait un excédent commercial non seulement à l’égard des pays membres de l’Union européenne, mais également face au reste du monde.

À partir de 2004 — ce qui correspond à l’entrée dans l’UE de pays agricoles de l’ancienne Union soviétique — l’excédent avec le reste de l’Europe a diminué alors qu’il s’accroissait avec les pays hors de l’Europe.

Au total, de nos jours, la balance commerciale de l’agriculture française est excédentaire de 7 à 9 milliards d’euros par année.

Cet excédent, elle le doit grâce à sa production de vins et de spiritueux (excédentaire de quinze-milliards d’euros), ce qui est compensé par un déficit commercial de 4 milliards pour la production de fruits et de légumes, à quoi s’ajoute un déficit d’environ 4 autres milliards pour la viande.

En somme, pour nourrir sa population, la France dépend maintenant de l’Étranger.

L’entrée en vigueur en 2026 d’un traité de libre échange avec les pays du Mercosur produira des effets analogues à ceux produits en 2004 par l’élargissement de l’UE vers l’Est.

Cela entrainera la disparition d’un certain nombre de producteurs agricoles incapables de résister à la concurrence déloyale de leurs collègues sud-américains (ces derniers étant exemptés des exigences phyto-sanitaires de Bruxelles).

En cas de guerre

À partir du moment où un pays doit importer une partie de ses aliments de base, cela signifie qu’il doit imposer un rationnement alimentaire à sa population dès qu’il entre en guerre.

Et c’est sans compter les protéines végétales (soya et tourteaux), importées principalement des États-Unis et du Brésil, dont les éleveurs français ont absolument besoin pour nourrir leurs cheptels.

La France n’aura aucune difficulté à s’approvisionner auprès de pays voisins.

Toutefois, au sujet des vivres importés d’Europe de l’Est, il faudra anticiper que des groupes malveillants détournent vers d’autres pays des aliments destinés à la France. Comme ce fut le cas des masques N95 au début de la pandémie au Covid-19.

Quant à l’importation de denrées en provenance des pays du Mercosur ou des provinces canadiennes productrices de céréales et de légumineuses — les uns et les autres situés à six-mille kilomètres des côtes européennes — tout cela devra se faire en traversant un océan infesté de sous-marins hostiles.

D’où la question :

Face à l’ennemi, quelle force peuvent opposer des pays armés jusqu’aux dents, mais dont les soldats ne mangent pas à leur faim ?

Conclusion

Après avoir favorisé la délocalisation de leurs industries manufacturières vers le Sud global et ainsi saboté la puissance industrielle nécessaire à tout effort de guerre, après avoir poussé à la faillite une partie de leur paysannerie, certains pays européens s’imaginent qu’il suffit de se doter d’armes puissantes pour triompher de tout.

En réalité, en cas de guerre, leur population sera condamnée à vivre sur des tickets de rationnement parce que la production de denrées aura été délocalisée en 2026 par la dictature technocratique de Bruxelles.

Références :
Aides d’État à l’agriculture : plus de 18 milliards d’euros depuis 2021
À l’heure du mercosur, quel avenir pour l’agriculture française ? (vidéo)
Guerre russo-ukrainienne et désindustrialisation de l’Europe
Le loup dans le poulailler de l’Europe
Les lentilles canadiennes empoisonnées au défoliant avant la récolte
Les Etats-Unis et l’UE ont « conclu un accord » commercial de droits de douane généraux de 15 %, annoncent Donald Trump et Ursula von der Leyen
Les insatiables ambitions du roi du poulet ukrainien
Marché commun du Sud
Que contient l’accord UE-Mercosur et quels sont les points contestés ?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Souhait du jour

Publié le 25 décembre 2025 | Temps de lecture : 1 minute
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Écrit par Jean-Pierre Martel


90 milliards d’euros pour prolonger l’agonie de l’Ukraine

Publié le 20 décembre 2025 | Temps de lecture : 2 minutes

Depuis des années, l’État ukrainien vit sous le respirateur artificiel de l’Occident.

En effet, ce sont les sommes que lui versent les pays occidentaux qui permettent à ce pays de payer non seulement la solde de ses soldats, mais également les pensions de vieillesse et le salaire de tous ceux qui dépendent de l’État; les fonctionnaires, les professeurs, les médecins, les éboueurs, etc.

Puisque Washington refuse maintenant de poursuivre ses aides militaire et financière à Kyiv, l’Union européenne (UE) cherche depuis ce temps à prendre la relève. Ce dont elle n’a pas les moyens.

Dernièrement, les dirigeants européens se sont fait dire publiquement ce que nous soutenons sur ce blogue depuis le début de la guerre; on peut geler les avoirs d’un pays ennemi, mais pas les confisquer.

Pour pallier cette contrainte, l’UE a décidé en faveur d’un prêt de 90 milliards d’euros (dont dix-sept payés par la France) qui couvrirait une bonne partie des 135 milliards dont l’État ukrainien a besoin au cours des deux prochaines années.

Ces sommes ne serviront pas à la reconstruction de l’Ukraine, mais permettront plutôt à ce pays de s’acquitter de ses dépenses courantes.

Et pendant que l’UE tente de retarder de deux ans la capitulation inévitable de l’Ukraine, l’administration Trump a compris qu’il est plus pragmatique d’en tirer profit.

Pour ce faire, Trump maintient deux équipes de négociateurs, chacune sympathique au belligérant avec lequel elle transige.

Celle qui négocie avec le vainqueur (soit la Russie) a pour mandat d’établir la place des États-Unis dans la reconstruction de l’Ukraine.

Pendant ce temps, pour donner aux vassaux de Washington l’illusion qu’ils comptent encore dans les affaires du monde, Trump leur offre le hochet d’une négociation parallèle qui mène nulle part.

Référence : L’UE trouve 90 milliards d’euros pour l’Ukraine, sans recours aux avoirs russes

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’intelligence artificielle au temps des Fêtes

Publié le 19 décembre 2025 | Temps de lecture : 1 minute

Kelly-Eldridge Boesch est une artiste numérique installée à Los Angeles.

Après dix-sept ans passés en production cinématographique, en marketing et en création graphique, madame Boesch s’intéresse maintenant à la vidéo pilotée par intelligence artificielle.

Ses images surréalistes se distinguent par :
• leurs teintes sous-saturées, automnales ou froides,
• leurs personnages insolites, habillés de la tête aux pieds,
• leurs animaux chimériques,
• leurs machines et objets volants rétrofuturistes, et
• leurs lents travelings.

En dépit de la froideur inexpressive qui s’en dégage, ses vidéos impressionnent par leur beauté.

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Écrit par Jean-Pierre Martel