Introduction
Le diésel (qu’on appelle gazole en France) est pour les industries ce que l’essence est pour les automobiles américaines. Les bateaux, les avions, les camions, et les moteurs industriels carburent généralement au diésel.
Même si les États-Unis sont le principal pays producteur de diésel (suivis de la Russie), leur production est insuffisante à assurer la totalité de leurs besoins. D’où la nécessité d’en importer.
Les modalités de l’entente
Le 9 octobre dernier, Donald Trump rendait publique une entente en vertu de laquelle la Russie s’engageait à vendre des millions de tonnes de diésel, acheminés aux États-Unis ou écoulés sur les marchés mondiaux :
• 300 000 tonnes (soit 2,2 millions de barils) dans les plus brefs délais,
• 500 000 tonnes (soit 3,7 millions de barils) en novembre,
• 1 000 000 tonnes (soit 7,4 millions de barils) peu après, et
• 3 000 000 tonnes (soit 22,3 millions de barils) brièvement par la suite.
Ce total de 35,6 millions de barils équivaut à 5,7 milliards de litres de diésel. Aussi impressionnant que cela puisse paraitre, tout cela ne représente que quelques jours de consommation intérieure américaine.
Le but est de faire en sorte que l’offre de diésel dépasse de manière éphémère la demande aux États-Unis. Ce qui fera baisser les prix à la pompe afin de permettre à Trump de s’en attribuer le mérite.
Si la Russie écoulait ce diésel sur les marchés internationaux (comme elle le fait déjà), l’effet aux États-Unis prendrait trop de temps.
Pour accélérer les choses, Poutine a compris qu’il lui fallait écouler son diésel directement sur le marché américain s’il veut obtenir de Trump une reconnaissance ‘éternelle’. Ce qui dure généralement un ou deux jours…
Quant à l’acheminement de ce diésel, on présumait que cela serait confié à des pétroliers américains.
Au contraire, on apprenait plus tôt cette semaine que les trois premières livraisons sont acheminées à bord de pétroliers russes.
Pourquoi par des pétroliers russes ?
Depuis des années, la marine américaine commet des actes de piraterie à l’encontre des pétroliers de la flotte ‘fantôme’ russe en les arraisonnant et en dérobant leur cargaison.
Or, dans les semaines qui viennent, les pétroliers russes seront accueillis dans les ports américains comme s’il s’agissait de navires appartenant à un pays allié.
Pour expliquer ce revirement, l’hypothèse la plus vraisemblable est que ce diésel est vendu à prix d’ami par la Russie. Pour éviter qu’une pétrolière américaine augmente simplement ses marges de profit et vende ce diésel au prix courant, la Russie s’est chargée d’acheminer elle-même le carburant.
Arrivé aux États-Unis, ce diésel entrera en concurrence directe avec celui produit en territoire américain et conséquemment, fera une pression à la baisse sur les prix payés par les consommateurs.
Aparté au sujet de la flotte ‘fantôme’ russe
Lorsqu’on entend parler de la flotte ‘fantôme’ russe, on imagine des navires à bord desquels les matelots ressemblent aux personnages du clip vidéo Thriller de Michael Jackson; des gens aux yeux cernés, aux cheveux longs et gras, et qui gesticulent comme des zombies venus d’un film d’horreur.
En réalité, désigner un pétrolier comme faisant partie de la flotte ‘fantôme’ russe veut simplement dire que ce navire n’est pas assuré par la Lloyd’s de Londres. Ce qui n’est pas obligatoire en vertu du Droit international.
Quant au fait que ce pétrolier ne bat pas un pavillon russe, cela est sans importance; à des fins d’optimisation fiscale, tous les armateurs au monde font en sorte que leurs cargos battent un pavillon de complaisance (Panama, Libéria ou autre). C’est d’ailleurs ce que faisait Paul Martin, ex-premier ministre du Canada.
Sanctuariser la production russe
En vertu de l’entente sur le diésel, toute attaque ukrainienne contre les sites de production et de raffinage des hydrocarbures russes correspond à une attaque contre les intérêts américains.
Volodymyr Zelensky a fait fi de l’interdiction publique de Donald Trump de bombarder les raffineries russes. Même si le président ukrainien avait voulu respecter cet interdit, il n’est pas certain que ses ordres auraient été respectés.
Contrairement à l’armée russe, très hiérarchisée, les régiments ukrainiens jouissent d’une grande autonomie, tout particulièrement les dronistes. Ceux-ci n’ont pas besoin d’un ordre formel pour attaquer les positions ennemies.
Ceux qui collaborent étroitement avec des conseillers militaires britanniques auraient très certainement désobéi à Zelensky puisque la Grande-Bretagne n’a cessé de pousser les Ukrainiens à la guerre.
Le refus de Zelensky d’obéir à l’administration Trump a obligé celle-ci à brider le réseau satellitaire Starshield de manière à ce que les soldats ukrainiens perdent la connexion avec leurs drones ou leurs missiles guidés au-delà d’une certaine distance.
Les dirigeants européens, dindons de la farce
Un peu partout en Europe, les stocks de carburants sont au plus bas en raison de la guerre en Iran.
Sous la menace d’être privés de diésel américain, les principaux pays européens ont accepté au début du mois de puiser en plus dans leurs réserves stratégiques dans l’espoir de faire baisser les cours actuels des hydrocarbures.
Tout cela augmente le risque de voir apparaitre cet hiver une crise énergétique en Europe si la saison froide devait s’y avérer rigoureuse.
Ces temps-ci, les peuples européens ont déjà la mèche courte. Imaginez leur réaction lorsqu’on exigera d’eux qu’ils se privent par solidarité avec l’Ukraine…
Alors que l’Union européenne (UE) vient d’adopter plus de quinze-mille sanctions supplémentaires contre la Russie, portant le total à plus de 45 000, l’UE pourrait devoir, paradoxalement, acheter auprès des États-Unis du diésel que ceux-ci auront obtenu… de la Russie.
Références :
Accord UE-États-Unis : acheter 750 milliards de dollars d’énergie américaine, un objectif « irréaliste dans les conditions actuelles »
Donald Trump et Vladimir Poutine signent un accord sur le gazole, au grand dam de l’Ukraine et de ses alliés
Gazole
Pétrole brut et Gazole: les pays du G7 vont puiser dans les réserves stratégiques
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Ukraine war briefing: Russian diesel tankers headed for North America, says Moscow, as US tries to revive peace talks
Un premier pétrolier chargé de diesel russe en route vers New York
What to know about U.S. oil production and consumption in 6 charts
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Écrit par Jean-Pierre Martel


