Les ventes d’armement de 2021 à 2025

Publié le 12 mars 2026 | Temps de lecture : 4 minutes


 
L’importation d’armes

Au cours des cinq dernières années, les pays européens ont augmenté de 210 % leurs achats d’armement en comparaison avec les cinq années antérieures (soit de 2016 à 2020).

Ces achats massifs ont fait en sorte que le marché mondial d’armement s’est accru de 9,2 % en dépit d’une diminution des ventes en Afrique et en Asie-Océanie.

Si bien qu’à eux seuls, les pays européens représentent 33 % de toutes les importations militaires.

De ce 33 %, l’Ukraine en a reçu 9,7 % tandis que les autres pays européens (notamment la Pologne et la Grande-Bretagne) se partagent le 23,3 % restant.

L’hystérie provoquée par la crainte d’une invasion russe au-delà de l’Ukraine, couplée avec les incertitudes quant à la détermination des États-Unis à défendre l’Europe, sont les deux moteurs de la course aux armements dans l’Union européenne.

Tandis que les pays européens ont pu compter sur leurs propres industriels pour leur fournir des obus et des blindés, elles ont préféré acheter des avions de combat et des systèmes de défense aérienne de longue portée auprès des États-Unis plutôt que d’en acheter de leurs voisins qui en font.

Cette préférence vient de l’avertissement de Donald Trump que s’ils veulent être protégés par Washington, ils doivent acheter de l’armement américain.

Si bien que les grands industriels européens exportent la majeure partie de leurs armes hors d’Europe.

En Asie, les trois plus grands importateurs d’armes sont l’Inde, le Pakistan, le Japon.

Bien qu’en légère baisse, les achats de l’Inde en font le deuxième plus grand importateur d’armes au monde en raison de ses craintes quant à la montée en puissance de la Chine et de la présence de son belliqueux voisin qu’est le Pakistan.

La course aux armements déclenchée en 2014 par les pays de l’Otan a incité la Russie à réduire ses exportations, notamment vers l’Inde, afin d’augmenter ses stocks. L’Inde a comblé la différence en se tournant vers des fournisseurs occidentaux.

En comparaison avec la période 2016-2020, le Pakistan a augmenté ses achats d’armement de 66 % au cours des cinq dernières années. À 80 %, son principal fournisseur est la Chine.

De son côté, le Japon et Taïwan ont augmenté respectivement leurs importations de 76 % et de 54 %.

Ce qui plombe les statistiques relatives aux achats d’armement en Asie-Océanie, c’est la chute importante des importations chinoises (-72 %). Celle-ci résulte des investissements massifs de ce pays pour se doter d’une industrie militaire destinée à satisfaire ses besoins.

Trois des dix plus grands importateurs d’armement se trouvent au Moyen-Orient. Ce sont l’Arabie saoudite (6,8 % des importations mondiales), le Qatar (6,4 %) et le Koweït (2,8 %). Des trois, le Qatar et le Koweït ont substantiellement augmenté leurs achats au cours des cinq dernières années alors que l’Arabie saoudite a réduit les siens.

Ce sont trois pays armés jusqu’aux dents, mais dont les forces armées ont peu d’expérience des combats, se contentant — au sein de coalitions internationales mises sur pied par les États-Unis — de bombarder des pays une fois que l’armée américaine a pris le contrôle de l’espace aérien du pays cible.

Les pays producteurs

Premier exportateur mondial, les États-Unis ont augmenté leurs ventes de 27 % au cours des cinq dernières années, comparativement aux cinq années antérieures.

De 2016 à 2020, les États-Unis fournissaient 36 % des armes achetées à travers le monde, un pourcentage haussé à 42 % de 2021 à 2025.

Loin derrière les États-Unis, la France (à 9,8 % des ventes mondiales) est le deuxième plus grand fournisseur d’armes, en progression de 21 %.

Puisque ses voisins préfèrent acheter de l’armement américain, ses principaux clients sont l’Inde (24 % de ses exportations), l’Égypte (11 %) et la Grèce (10 %).

Malgré la chute importante de ses exportations militaires (-64 %), la Russie est au troisième rang mondial avec 6,8 % des ventes. Ses principaux clients sont l’Inde (48 %), la Chine (13 %) et la Biélorussie (13 %).

Suivent l’Allemagne, la Chine, l’Italie, et Israël.

Références :
Les flux mondiaux d’armes bondissent de près de 10 % tandis que la demande européenne s’envole
Trends in International Arms Transfers, 2025
Why have China’s arms imports plummeted by 72% over the past 5 years?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le partenariat nucléaire indo-canadien

Publié le 10 mars 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

Contrairement à l’Union européenne qui espère atteindre ses cibles climatiques en délocalisant son industrie lourde et son secteur agricole, l’Inde compte sur l’énergie nucléaire pour garantir sa croissance économique sans accroitre ses émissions de GES.

Actuellement, le nucléaire ne compte que pour trois pour cent du mix énergétique du pays, composé principalement du charbon, de l’hydroélectricité, du solaire et de l’éolien.

L’objectif qu’il s’est fixé est de faire passer la production nucléaire de 8 GW (actuellement) à 100 GW en 2050.

Pour assurer le financement de nouvelles centrales, le gouvernement indien a légalisé l’investissement privé dans son programme nucléaire civil, jusque-là propriété exclusive de l’État.

Mais pour ce faire, l’Inde doit garantir l’approvisionnement de ses centrales en combustible.

Actuellement, ses 8 GW sont produits à partir de l’uranium fourni par le principal producteur mondial, soit le Kazakhstan.

Situé à seulement 1 200 km de l’Inde, cet allié mou de la Russie est le pays le plus étendu d’Asie centrale.

Malheureusement, il est séparé de l’Inde par des pays qui sont soit des nids de terroristes ou des pays hostiles à l’Inde.

Pour acheminer l’uranium du Kazakhstan à l’Inde, on doit les contourner. Ce qui signifie, à l’Est, passer par la Chine. Ou à l’Ouest, passer par l’Iran.

Afin d’assurer ses approvisionnements en dépit des bouleversements géostratégiques que pourrait connaitre la région, l’Inde s’est rapprochée du Canada, deuxième producteur mondial d’uranium.

Cela a été rendu possible grâce à une volteface de la politique étrangère du Canada.

À l’époque où Justin Trudeau était premier ministre, le Canada tenait un discours moralisateur et menaçant qui était perçu dans les pays du Sud global comme une tentative de présenter leurs mœurs et leur culture traditionnelle comme arriérées.

En particulier, dans ces pays, la promotion de la théorie du genre ne passe pas et est jugée comme l’expression de la décadence occidentale.

De plus, dans le cas particulier de l’Inde, ce pays reprochait au Canada d’être devenu une pouponnière de terroristes sikhs opérant grâce à l’impunité que leur accordaient les autorités politiques du pays.

L’entente intervenue entre le Canada et l’Inde est principalement un effort de diversification de nos partenaires commerciaux.

Mais accessoirement, il annonce que le discours haineux envers l’Inde qu’entretient une minorité influente au sein de la diaspora sikhe ne sera plus toléré.

Références :
India’s 100GW nuclear push was missing one thing. Canada just provided it
La politique étrangère woke du Canada ou l’art de se peinturer dans le coin
Le conflit indo-canadien
Mark Carney arrive en Inde, qui convoite l’énergie canadienne

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Cuba : le silence du Vatican

Publié le 9 mars 2026 | Temps de lecture : 7 minutes

Les conséquences d’un embargo total

Sur l’industrie touristique

Le 22 janvier dernier, tous les Cubains qui louent une partie de leur logement à des touristes pour une courte durée ont été avisés par Airbnb que leurs réservations avaient été annulées en raison de l’impossibilité d’honorer leurs engagements.

Cette annulation n’a toutefois pas affecté les réservations effectuées dans la devise du pays puisque, selon toute probabilité, il s’agissait d’offres d’hébergement conclues entre Cubains.

Le 8 février suivant, les autorités ont informé les compagnies aériennes qui desservent l’ile que le pays serait bientôt incapable de les ravitailler pour tout vol de retour.

À l’annonce de cette nouvelle, les agences de voyages ont avisé leur clientèle de quitter l’ile dans les plus brefs délais.

Dans les jours qui suivirent, au fur et à mesure que se vidaient les hôtels des grandes villes du pays, on a concentré le nombre décroissant de touristes dans un nombre toujours plus petit de lieux, de manière à diminuer les couts de leur hébergement.

Sur le transport et le travail

Le 7 février, l’achat de carburant n’était possible qu’en dollars américains (à environ huit dollars du litre). Et ce, jusqu’à une limite de vingt litres par véhicule.

Précisons que la production cubaine de pétrole correspond à environ le tiers des besoins du pays.


 
Dans les rues des grandes villes du pays, les iconiques bagnoles américaines ont fait place aux tricycles (électriques ou non), aux poussepousses et aux voitures à traction animale.

En raison de la paralysie presque totale du transport en commun, les travailleurs se rendent à pied à leur lieu de travail lorsque celui-ci n’est pas trop éloigné.

Dans le cas contraire, ils comptent sur le covoiturage de collègues ou déménagent temporairement chez des amis capables de les héberger à proximité de leur lieu de travail.

Le gouvernement cubain a réduit à quatre jours la semaine de travail. Quant au télétravail, sa popularité soudaine est entravée par les fréquentes coupures d’électricité. Celles-ci peuvent atteindre seize heures consécutives.

En absence d’éclairage artificiel, les médecins réaménagent leur cabinet près d’une fenêtre alors qu’un grand nombre de chirurgies sont reportées.

Sur l’enseignement et les communications

À l’université de La Havane, la résidence étudiante a été privée d’eau potable pendant plusieurs jours. Ce qui a motivé de nombreux étudiants originaires des régions rurales du pays (moins affectées par les pénuries alimentaires) à retourner chez leurs parents.

Si bien que plusieurs facultés ou écoles ont temporairement cessé de prodiguer leur enseignement. Par contre, certains professeurs se sont adaptés en recourant au télé-enseignement grâce à la création d’outils didactiques que leurs étudiants peuvent télécharger.

Le jour, c’est l’arrivée soudaine de toute une série de messages sur son téléphone portable qui révèle que les tours de communication viennent d’être approvisionnées. C’est alors le moment de se jeter sur son téléphone pour obtenir des nouvelles de parents ou d’amis.

Sur l’alimentation

Autrefois, quand une crise économique frappait l’ile, les Cubains qui avaient accès à des fonds de la diaspora organisaient des cuisines populaires.

Mais cette fois-ci, l’administration Trump a interdit le transfert électronique d’argent (en particulier par Western Union).

Puisque le salaire mensuel moyen des travailleurs cubains est d’environ 19 $ par mois, presque plus personne ne peut s’acheter de la volaille, dont le prix varie de 35 à 55 dollars US du kilo.

Dans les faits, les seules poules qu’on abat sont celles qui sont trop vieilles pour pondre.


 
À Cuba, les œufs sont une importante source de protéine animale. À défaut de combustible, il est facile de cuire une omelette dans une poêle foncée exposée au soleil.

De plus, les boulangeries peuvent encore cuire le pain dans des fours à bois.

De manière générale, les mères de famille préparent les aliments la nuit, lorsque le courant électrique reprend. Elles s’empressent alors de cuire les mets du lendemain, de faire le café, et de recharger les périphériques mobiles de tous les membres de la famille.

Et le silence du Vatican dans tout cela ?

Cuba a déjà connu une époque semblable à ce que le pays traverse actuellement. À l’effondrement de l’URSS, la Russie a cessé d’approvisionner Cuba en pétrole. En conséquence, de 1991 à 2000, le pays connut une très sévère crise économique.

Dès les trois premières années de cette crise, le PIB cubain s’est effondré de 35 %. La disette alimentaire qui en a résulté a provoqué une perte pondérale moyenne de 9 kg par adulte. Sous-alimentées, les mères qui allaitaient voyaient leur nourrisson emporté par la maladie (généralement une infection respiratoire).

C’est ce qui attend Cuba.

À l’occasion d’une visite à Cuba en 1996, le pape Jean-Paul II dénonçait les « mesures économiques restrictives imposées de l’extérieur du pays, injustes et éthiquement inacceptables », faisant ainsi allusion à l’embargo américain de l’époque, moins sévère qu’actuellement.

Cette prise de position courageuse tranche avec la timidité dont fait preuve le Vatican ces jours-ci.

Le 27 février dernier, InfoVaticana publiait un communiqué affirmant que le Vatican jouerait un rôle de ‘médiateur’ entre les États-Unis et Cuba.

En réalité, le Vatican se bute à une fin de non-recevoir; la volonté irrévocable de Washington est de provoquer un changement de régime à Cuba, au prix d’une famine généralisée s’il le faut.

Le Vatican a une occasion de rappeler à l’administration Trump que la Volonté de Dieu prime sur la sienne.

En tant que vicaire du Christ sur terre, le pape Léon XIV devrait, sans demander l’avis de Washington, organiser une vaste collecte pour venir en aide à Cuba.

Toutes les églises catholiques seraient invitées à recueillir les dons des fidèles.

L’archevêché d’un pays voisin (en République dominicaine ou au Mexique) se servira de la somme collectée pour acheter des vivres qui seront placés à bord d’un bateau pour Cuba.

Idéalement, le pape en personne devrait s’y trouver de manière à décourager Washington de bombarder le navire.

Aux yeux de l’Histoire et dans le souvenir qu’en conserveront les dix-millions de Catholiques à Cuba, condamner l’injustice des puissants afin de préserver l’autorité morale de l’Église est ce que Jean-Paul II a fait en 1996.

J’invite respectueusement le pape actuel à faire de même.

Références :
Cuba’s economy on edge: Fuel shortages and rising hardship
In the other US target of regime change, Cuba, I saw real hardship – and resilience
Le Vatican agit comme médiateur entre les États-Unis et Cuba dans un contexte diplomatique complexe
Vatican – Cuba. Visite du pape Jean-Paul II à Cuba

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 + objectif Lumix 12-35mm
1re photo : 1/200 sec. — F/4,5 — ISO 200 — 35 mm
2e  photo : 1/320 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 25 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les menaces personnelles de Zelensky contre Orbán

Publié le 7 mars 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

Introduction

Exaspéré par le véto de la Hongrie au plan européen d’aide de 90 milliards d’euros à l’Ukraine, le président Volodymyr Zelensky a menacé son homologue hongrois, Viktor Orbán, plus tôt cette semaine.

Faisant allusion à ce dernier, Zelensky a déclaré en substance que si Orbán empêchait l’armée ukrainienne de toucher les sommes qu’elle espère obtenir, il donnerait à ses soldats l’adresse civique d’Orbán pour qu’ils aillent lui parler dans le nez.

Il est à noter que les traductions française et anglaise des propos du président ukrainien varient selon les sources. Toutes s’entendent pour dire qu’il s’agirait de révéler l’adresse (et non le numéro de téléphone) du président hongrois afin que des hommes armés ‘communiquent’ ou ‘appellent’ Viktor Orbán, ou lui ‘parlent dans leur langue’. Chacune de ces versions varie en dangerosité.

Plusieurs chefs d’État européens ont jugés inacceptables les propos de Zelensky. Tout comme la Commission européenne.

Dans ce dernier cas, le blâme n’est pas venu de la bouche d’Ursula von der Leyen ni de sa ministre des Affaires étrangères, mais d’un simple porte-parole. Ce qui, en terme protocolaire, est l’équivalent d’un blâme du bout des lèvres.

La position hongroise

La Hongrie reproche à l’Ukraine trois choses; deux griefs récurrents et un grief récent.

Le premier grief récurrent concerne la violation par l’Ukraine des droits de sa minorité magyare (c’est-à-dire des Ukrainiens de langue hongroise). Et ce, malgré les engagements pris par l’Ukraine en signant les accords de Minsk.

Le second grief récurrent concerne les hommages publics rendus dans la partie ouest de l’Ukraine aux alliés zélés de l’Allemagne nazie qui ont massacré des dizaines de milliers de civils hongrois au cours de la Deuxième Guerre mondiale.

Ces commémorations joyeuses sont des insultes pour les descendants de ceux qu’ils ont tués.

De loin le plus important pour comprendre la situation actuelle est le dernier grief : la Hongrie reproche à l’Ukraine d’interrompre volontairement le transit sur son territoire des hydrocarbures russes à destination de la Hongrie depuis janvier dernier.

Le gouvernement de Kyiv soutient que cette interruption aurait été causée par une frappe russe. Une version dont la Hongrie doute.

Précisons que Zelensky interdit que des inspecteurs de l’UE viennent sur place enquêter à ce sujet et promet que la livraison de ces hydrocarbures reprendrait uniquement si l’UE le demande. Sachant très bien qu’elle y est opposée.

Dans un autre ordre d’idée, l’Ukraine peut invoquer qu’elle est souveraine, donc libre de laisser transiter ce qu’elle veut sur son territoire. Ce à quoi Orbán répond que c’est son devoir de défendre les intérêts de son pays en recourant à son droit de véto contre l’Ukraine.

Bref, c’est un dialogue de sourds.

La saisie d’un convoi de fonds

Les propos menaçants de Zelensky plus tôt cette semaine font suite à la saisie par la Hongrie de deux camions blindés transportant quarante-millions de dollars américains, trente-cinq-millions d’euros et de neuf lingots d’or d’un kilo chacun (d’une valeur approximative de 1,5 million de dollars US).

Cette cargaison proviendrait d’une succursale bancaire autrichienne, au nom d’un ou de plusieurs de ses clients. Tout cela était destiné à l’institution bancaire Ochtchadbank, propriétaire de milliers de succursales en Ukraine.

En dépit du fait que ce réseau bancaire appartient au gouvernement ukrainien, on ne doit pas le confondre avec la Banque centrale ukrainienne (détentrice de l’or et des devises auxquelles est adossée la monnaie nationale, soit l’hryvnia).

Le transfert massif de devises étrangères est très inhabituel entre simples institutions bancaires puisque les épargnants y effectuent généralement leurs dépôts et leurs retraits dans la monnaie du pays.

La Hongrie a donc ouvert une enquête afin de s’assurer qu’on n’a pas affaire à un transfert d’argent liquide destiné à alimenter la corruption généralisée qui prévaut en Ukraine.

De leur côté, les menaces de Zelensky s’expliquent par la situation désespérée dans laquelle il se trouve, à la tête d’un État mafieux où oligarques, groupes criminalisés, et miliciens néonazis n’entendent pas à rire.

Références :
Bras de fer entre Orban et Zelensky
Convoi ukrainien saisi en Hongrie : lingots d’or, millions et un ex-général du renseignement
EU blasts Zelenskyy over veiled threat against Orbán
Hungary seizes millions of euros in cash and gold from Ukrainian convoy

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les drones en bambou

Publié le 4 mars 2026 | Temps de lecture : 2 minutes

S’il existe un sujet tabou que même les ONG qui luttent en faveur de l’environnement n’osent pas aborder, c’est le cout environnemental des guerres.

En raison de cette omerta, même les bonnes nouvelles passent inaperçues dans nos médias.

C’est le cas de l’annonce ce matin de la mise au point en Chine d’un drone en bambou, en remplacement de la fibre de carbone (qui n’est pas biodégradable).

Théoriquement, la fibre de carbone peut-être recyclée. Mais dans les faits, aucune armée au monde récupère la fibre de carbone des drones abimés. Ce sera le cas des drones en bambou. Sauf que ces derniers ont l’avantage de la biodégradabilité.

Comme on peut s’en douter, l’engin n’est pas complètement en bambou. Mais c’est le cas de son fuselage, de ses ailes, et son empennage (c’est-à-dire de ses ailes arrières).

Si bien que la structure du drone — ce qui exclut son moteur, ses circuits électroniques et sa charge explosive — est vingt pour cent plus légère et ses couts de production, réduits des trois quarts.

Le prototype mis au point par les chercheurs chinois possède une envergure de 2,5 mètres et pèse sept kilos. Son autonomie est d’une heure à la vitesse de 100 km/h.

Comme bien d’autres, il est capable de décoller et d’atterrir à la verticale.

Au-delà des applications militaires, on peut espérer qu’un jour prochain, les millions de drones grand public cessent d’être faits en plastique, réduisant d’autant leur empreinte environnementale.

Références :
Le cout environnemental de la guerre
75% cost cut: China unveils world’s first fixed-wing drone made of bamboo fibre

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le délit de frontiérisation

Publié le 2 mars 2026 | Temps de lecture : 6 minutes

L’usurpation du pouvoir législatif par les tribunaux

Sous l’appellation de ‘sanctions économiques’, l’Union européenne livre une guerre économique et financière à la Russie depuis quatre ans.

Après avoir rompu une bonne partie de ses relations commerciales avec ce pays, après avoir financé et armé l’Ukraine, après avoir menacé les avoirs souverains russes de confiscation (ce qui est illégal), l’Union européenne a décidé de ‘militariser’ ses tribunaux en entamant une guerre juridique avec la Russie.

Indépendamment du pouvoir législatif du parlement européen, la Cour européenne des droits de la personne (CEDH) estime avoir le pouvoir de fabriquer le droit en rendant justice.

En effet, depuis 1969, la Cour s’est affranchie d’une interprétation littérale des lois européennes au profit d’une interprétation dite téléologique des textes.

Cela signifie que si la Cour estime qu’un article de loi vise à atteindre un objectif, elle peut créer toute une série de délits non prévus explicitement par la législation sous le prétexte que les interdictions ainsi créées rejoignent, à son avis, l’intention du législateur.

C’est ainsi qu’en octobre dernier, cette cour a créé le délit de ‘frontiérisation’.

Ne cherchez pas ce délit dans les traités internationaux, dans les résolutions contraignantes de l’Onu ou dans n’importe document juridique qui ferait partie du Droit international; c’est une invention de la CEDH.

Concrètement, de quoi s’agit-il ?

La guerre russo-géorgienne de 2008

Comme dans une bonne partie des anciennes républiques soviétiques, la Géorgie adopta, à la suite de son indépendance en 1991, toute un série de mesures afin d’affirmer son identité nationale.

L’une d’elles fut l’adoption de la langue géorgienne en tant que seule langue officielle. L’imposition du géorgien ne se fit pas seulement au niveau du gouvernement central, mais également dans chacune des provinces du pays.

L’une d’elles était l’Ossétie du Sud. C’est là que vivait la minorité ossète, dernière descendante des grands peuples nomades d’origine iranienne, qui était majoritaire dans cette province.

Toujours en vertu de sa politique hypernationaliste, le gouvernement central annonça son intention d’abolir la province d’Ossétie du Sud en la fusionnant avec la province voisine (la Karthlie supérieure), beaucoup plus populeuse.

Résultat ? Les Ossètes n’auraient formés qu’environ quinze pour cent de la population de la Karthlie supérieure agrandie (où leur langue n’aurait plus été enseignée). Ce qui provoqua l’indépendance de l’Ossétie du Sud, une indépendance validée par voie référendaire en 1992.

Par la suite, la république indépendante d’Ossétie du Sud devint de facto un protectorat russe.

Mais en 2008, le gouvernement géorgien donna l’ordre à ses forces armées d’envahir cette province sécessionniste. Aussitôt, le parlement de cette dernière demande la protection de la Russie.

Depuis le Sommet mondial de l’Onu (tenu trois ans plus tôt), la Responsabilité de protéger (R2P) fait partie du Droit international. C’est ce qui permit à la Russie d’envahir l’Ossétie du Sud à la demande de son gouvernement.

La guerre russo-georgienne qui s’en suivit dura du 7 au 16 aout 2008. Pour l’armée géorgienne, cette guerre fut un désastre.

Non seulement une partie considérable de son matériel fut anéantie, mais elle fut totalement empêchée d’envahir la province sécessionniste.

L’armée russe avança même jusqu’à une trentaine de kilomètres de la capitale géorgienne pour ensuite se retirer volontairement à l’intérieur des frontières ossètes. Ce qui était une manière implicite de dire au gouvernement géorgien : ‘Nous aurions pu vous conquérir. Que cela vous serve de leçon.’

La Géorgie porte plainte

Le 22 aout 2018, la Géorgie porta plainte contre la Russie devant la CEDH. À l’époque, les deux pays en étaient membres.

La Géorgie fit valoir que l’érection d’une frontière entre l’Ossétie du Sud et le reste du pays entraina un certain nombre de violations des droits de la personne, dont la perte de vie ou l’arrestation des personnes qui tentaient de la traverser, la séparation des familles qui vivaient de part et d’autre de la frontière, et la perte — pour les Géorgiens demeurés dans le reste du pays — de la jouissance de leurs biens en Ossétie du Sud, etc.

Le 14 octobre 2025, dans son jugement final à ce sujet, la CEDH condamnait la Russie à payer la somme de 253 millions d’euros au gouvernement géorgien (au nom des victimes).

Les conséquences

La ‘frontiérisation’ de l’Ossétie du Nord a pénalisé moins de trente-mille Géorgiens. Par contre, ce nouveau délit a pénalisé des millions de personnes en Ukraine.

Si la CEDH avait eu à sévir contre la ‘frontiérisation’ dans ce pays, on peut extrapoler que la sanction infligée à la Russie représenterait des sommes considérables.

Toutefois, en juin 2022, la Russie adoptait une loi selon laquelle elle n’appliquera pas les décisions de la CEDH prises après le 15 mars 2022, date à laquelle elle a quitté le Conseil de l’Europe.

En principe, cela signifie que la sanction du 24 octobre 2025 et toutes les autres qui pourraient suivre demeureront sans effet… à moins que la Russie perde la guerre russo-ukrainienne et soit forcée d’abroger sa loi de juin 2022.

Ce qui est peu probable.

Références :
Cour européenne des droits de l’homme
Décision de la CEDG
ECtHR Orders Russia to Pay Georgia 253 Million Euros Over Post-2008 War Rights Violations
La Géorgie (2e partie) : le sommet de Bucarest et la guerre
Résumé de la décision de la CEDG

Pour consulter en ordre chronologique tous les textes de cette série consacrée à l’histoire récente de la Géorgie, veuillez cliquer sur ceci.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’aide d’Ottawa à Cuba est insuffisante

Publié le 26 février 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

Introduction

Alors que l’ex-premier ministre Pierre-Elliott Trudeau (le père de l’autre) avait développé d’excellentes relations avec Cuba au point de devenir un ami personnel de Fidel Castro, son fils a détruit ce capital de sympathie par son désir narcissique de se définir comme un champion international des droits de la personne.

Depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, la grenouille canadienne a cessé de se croire aussi grosse que le bœuf américain.

En raison de l’attitude plus pragmatique de Mark Carney, le gouvernement canadien annonçait hier sa décision d’accorder huit-millions de dollars d’aide à Cuba. Ottawa espère pouvoir acheminer cette somme par l’intermédiaire des agences des Nations unies.

Peu importe le canal par lequel cette aide se rendra, elle est la bienvenue. Mais elle est insuffisante.

Dans le texte qui suit, nous envisagerons cette question non pas d’un point de vue humanitaire, mais du strict point de vue des intérêts canadiens.

Nos intérêts à Cuba

Jusqu’ici, Ottawa a gaspillé des milliards de dollars pour soutenir l’Ukraine dans une guerre perdue d’avance.

Pourtant, ce pays ne vend au Canada aucun produit essentiel à notre économie et, en contrepartie, l’Ukraine a toujours été un marché d’exportation insignifiant pour le Canada.

Par contre, les entreprises canadiennes ont investi des milliards de dollars dans les infrastructures touristiques de Cuba.

À titre d’exemple, l’ile de Cayo Largo — où n’existe aucun peuplement cubain permanent — est le lieu d’implantation d’une dizaine de complexes touristiques détenus conjointement par une entreprise d’État (le groupe hôtelier Gran Caribe) et le grossiste en voyages Sunwing (détenue par la compagnie aérienne WestJet).

En raison des investissements canadiens dans l’électrification des transports de l’ile et l’abondance des panneaux solaires, les Canadiens qui y séjournent vivent protégés de la grande majorité des vicissitudes qui font partie du quotidien des habitants de l’ile principale de Cuba.

Ces jours-ci, Sunwing perd quotidiennement des millions de dollars en raison de la fermeture forcée de ses installations.

Et puisque les tout inclus ailleurs qu’à Cuba sont sensiblement plus dispendieux, beaucoup de voyageurs ont renoncé à leurs vacances hivernales, privant Air Canada, Air Transat et WestJet de millions de dollars de revenus.

Et ce, sans compter les pertes subies par les agences de voyage.

Une occasion d’aider Cuba à s’électrifier

La transition énergétique coute cher. Voilà sans doute pourquoi Cuba est demeurée si dépendante des hydrocarbures importés. Ceux-ci représentent environ 60 % de sa consommation puisque Cuba est un producteur mineur de pétrole.

Même si Washington a décidé d’alléger son blocus pétrolier contre Cuba, le Canada devrait profiter de cette crise pour acheminer vers ce pays des produits canadiens susceptibles d’aider Cuba à s’électrifier. Un peu comme Sunwing l’a fait à Cayo Largo.

Toutefois, l’électrification de cette dernière s’est faite à l’aide de produits chinois (véhicules électriques, panneaux solaires et accumulateurs électriques destinés à palier les pannes).

L’aide canadienne devrait s’inscrire dans une stratégie industrielle destinée à promouvoir les solutions canadiennes en faveur de la transition énergétique.

Le ministère canadien de l’Industrie devrait normalement posséder une liste exhaustive de toutes des entreprises qui ont quelque chose à proposer pour décarboner l’économie.

Certaines de ces solutions sont couteuses, d’autres moins.

Il serait souhaitable que l’aide canadienne à Cuba — majorée de beaucoup — serve essentiellement à donner un coup de pouce à nos entrepreneurs, tout en aidant le peuple cubain.

N’oublions jamais qu’à la suite de la Seconde Guerre mondiale, le plan Marshall n’avait pas seulement pour but d’aider l’Europe, mais également de la rendre dépendante de la technologie américaine.

Comme quoi l’un n’empêche pas l’autre.

Références :
La Grenouille qui se veut faire aussi grosse que le bœuf
Le Canada enverra 8 millions $ d’aide aux Cubains
US to allow Venezuelan oil sales to Cuba as alarm grows in the Caribbean

Complément de lecture : Trump et Cuba : nuire pour nuire

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Ukraine : le quatrième anniversaire d’une guerre inutile

Publié le 24 février 2026 | Temps de lecture : 8 minutes

Introduction

Selon un rapport publié récemment par le Center for Strategic and International Studies, depuis le 1er janvier 2025, l’armée russe a grugé moins de deux pour cent de plus du territoire ukrainien. En somme, l’essentiel de ses avancées date de 2024.

Il serait tentant d’y voir une stagnation du conflit.

En réalité, si le front n’a pas bougé, c’est que la guerre russo-ukrainienne s’est transformée.

Nous verrons ci-après que cette guerre n’a jamais eu pour but la conquête territoriale de l’ensemble de l’Ukraine (contrairement à ce que certains milieux aiment répéter).

Après avoir conquis presque tout ce qu’elle espérait, la Russie a entrepris la destruction fine de ce qui reste de l’effort de guerre ukrainien.

Ce qui signifie deux choses,

Premièrement, couper l’alimentation électrique des ateliers de fabrication des drones et la charge des batteries qui les alimentent.

Dans un autre ordre d’idée, on se rappellera qu’au début de cette guerre, l’Allemagne avait obligé la France à expédier par train ses chars Leclerc vers l’Ukraine par crainte que leur poids abime la chaussée des autoroutes allemandes.

Ce qui signifie que tout le matériel militaire lourd occidental arrive en Ukraine par voie ferroviaire.

La deuxième raison vise donc à la paralysie des trains électriques ukrainiens (les plus performants) qui transportent le matériel militaire occidental vers le front.

Les souffrances que cela occasionne pour la population civile en Ukraine ne sont donc que des dommages collatéraux, selon le jargon technocratique des armées de ce monde.

Après quatre ans de guerre, récapitulons : ce conflit a une cause profonde et un facteur déclenchant.

La cause profonde

La cause profonde est le désir de l’Ukraine d’adhérer à l’Otan.

En 1962, il était inacceptable pour les États-Unis que la Russie déploie à Cuba des ogives nucléaires pointées vers le territoire américain.

Ou, quelques décennies plus tard, tout aussi inacceptable que Saddam Hussein détienne, croyait-on, des armes de destruction massive. Lui dont le pays est pourtant situé à des milliers de kilomètres de l’Europe.

De la même manière, il est inacceptable pour la Russie que ses ennemis militaires puissent déployer dans sa cour arrière des armes susceptibles de l’anéantir.

Puisque le processus d’adhésion à l’Otan prend généralement des années, cela n’explique pas pourquoi c’est le 24 février 2022 que cette guerre a éclaté.

Le facteur déclenchant

Le coup d’État du 20 février 2014 — qu’on appelle en Occident la ‘révolution’ de Maïdan — et l’annonce, quelques semaines plus tard, que la langue russe serait officiellement interdite d’enseignement dans les provinces ukrainiennes peuplées majoritairement de locuteurs russophones ont déclenché une guerre civile dans l’Est du pays.

De 2014 à 2016, le gouvernement de Kyiv payait secrètement des milices néonazies provenant de l’Ouest du pays pour venir tuer la population, principalement russophone, qui vivait dans la partie orientale du pays.

Ce conflit a fait plus de quatorze-mille morts et d’innombrables blessés.

Depuis le Sommet mondial de l’Onu en 2005, la Responsabilité de protéger (R2P) fait partie du Droit international. Cette responsabilité a servi de prétexte à l’Occident pour déclencher la guerre en Syrie.

La Russie aurait pu invoquer cette responsabilité dès 2014. Mais elle s’est fait leurrer par les accords de Minsk en vertu desquels Kyiv s’engageait à respecter les droits de ses minorités linguistiques. Un engagement garanti par l’Allemagne et la France, mais qu’aucun de ces deux pays n’avait la moindre intention de faire respecter.

Comme l’ont avoué plus tard François Hollande et Angela Merkel, tout cela servait à étirer le temps afin de permettre à l’Ukraine de s’armer en vue d’une guerre avec la Russie souhaitée par l’Otan.

L’espoir de Moscou de voir les choses s’améliorer s’est arrêté net quand Volodymyr Zelensky, en vertu d’un décret signé 21 mars 2021, ordonnait à l’armée ukrainienne de donner l’assaut contre la population civile des provinces peuplées majoritairement d’Ukrainiens russophones.

Réalisant qu’on s’était moqué de lui, Poutine ordonna à l’armée russe de masser ses troupes à la frontière ukrainienne à partir d’avril 2021 et déclencha la guerre le 24 février de l’année suivante. Ce déclenchement aurait pu se faire plus tôt ou plus tard; la date exacte n’avait pas d’importance.

Saboter la paix

Depuis quatre ans, les pays européens n’ont pas cessé de saboter toutes les initiatives qui auraient pu déboucher sur une entente entre Kyiv et Moscou.

Dès le début de la guerre, Boris Johnson, alors premier ministre britannique, décourageait l’administration de Zelensky d’entériner l’accord intervenu en Turquie entre les négociateurs russes et ukrainiens.

Depuis, les dirigeants européens ne font que proposer des ‘plans de paix’ qui n’ont aucune chance d’être acceptés et dépenser des dizaines de milliards d’euros afin de financer la poursuite des hostilités.

Le bilan

Pour l’Ukraine

De nos jours, le gouvernement de Kyiv vit sous le respirateur artificiel de l’Occident.

Il n’a plus les ressources fiscales pour payer ses fonctionnaires, ses médecins, ses enseignants, ses policiers, ses éboueurs, ses pensionnés, ses soldats et, de manière générale, tous ceux qui dépendent de l’État.

Plus de la moitié des terres arables d’Ukraine — les plus fertiles d’Europe — sont maintenant la propriété de spéculateurs américains.

La conquête russe des provinces orientales du pays ne représente pas seulement une perte territoriale pour Kyiv; c’est une perte de revenus puisque n’importe quelle usine vétuste du Donbas rapporte bien davantage en taxes et impôts qu’une petite exploitation agricole située dans le reste du pays.

Puisque le temps joue contre l’Ukraine, ce pays risque également de perdre son accès à la mer Noire et devenir ainsi un pays enclavé si la région d’Odessa tombe aux mains de l’armée russe.

Pour l’Europe

Depuis quatre ans, les pays européens ont dépensé des centaines de milliards de dollars à soutenir une guerre perdue d’avance. Des sommes qu’ils n’ont plus pour se préparer aux défis qui les attendent.

Pendant tout ce temps, ils ont maintenu l’illusion (auprès de leurs contribuables) que tout cela serait éventuellement payé par la Russie.

Depuis que le premier ministre belge a révélé publiquement ce que tous les experts en Droit international savaient déjà, le chat est sorti du sac; ce sont les contribuables européens qui paieront la note de la poursuite de ce conflit.

Les dirigeants européens ont fait perdre à leur industrie lourde (sidérurgie, construction automobile, fabrication du verre et industrie chimique) l’avantage concurrentiel que leur donnait l’accès aux hydrocarbures russes (les moins chers au monde).

D’où l’accélération du déclin industriel de l’Europe, couplé au sabotage volontaire de son secteur agricole par le biais d’accords de libre-échange insensés.

Pour la Chine

Lors des deux premières guerres mondiales, l’Europe s’est fait harakiri. Ce qui a propulsé les États-Unis au premier rang des puissances mondiales.

Le 2 mars 2023, l’Institut australien de politique stratégique publiait une étude qui concluait que la recherche chinoise était en avance dans 37 des 44 technologies de pointe étudiées.

Pendant que la Commission européenne s’entête à poursuivre un délire normatif et règlementaire vertueux qui étouffe son économie, et pendant que l’administration de Donald Trump s’applique à prolonger les belles années de l’âge thermo-industriel et à freiner la transition vers le futur, la Chine construit ses routes de la soie et modernise son économie.

On peut facilement présumer d’une Troisième Guerre mondiale — au cours de laquelle les Occidentaux (ce qui comprend les Russes) s’entretueront — rétablira la Chine au premier des puissances économiques mondiales.

Une position qu’elle a occupée pendant des millénaires, plus précisément jusque dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Voilà où nous mènent les va-t-en-guerre que sont une bonne partie des dirigeants occidentaux.

Références :
Après quatre ans de guerre, la ligne de front stagne en Ukraine
La personnalité de l’année 2025
L’engrenage ukrainien
Le statut des provinces ukrainiennes conquises par la Russie
Les Ukrainiens face à la capitulation
Mercosur : la perte de souveraineté alimentaire face à la guerre
Ukraine : l’histoire secrète de la révolution de Maïdan
Ukraine : quand l’Europe sabote les efforts de paix de Trump

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Trump et Cuba : nuire pour nuire

Publié le 22 février 2026 | Temps de lecture : 4 minutes


 
On ne sait pas très bien quel est le but du président Donald Trump en ajoutant un blocus pétrolier aux ‘sanctions’ américaines déjà en vigueur contre Cuba.

Avant d’aller plus loin, précisons qu’on punit une personne ou une entreprise pour une faute commise. En réalité, on appelle ‘sanctions’ les divers volets de la guerre commerciale et financière asymétrique livrée par les États-Unis contre Cuba. Asymétrique parce ce que sans contrepartie de cette dernière.

Si Trump veut recourir à la force militaire pour provoquer un changement de régime, ou faire effondrer l’économie cubaine afin que la population cubaine se révolte contre ses dirigeants, cela a peu de chance d’arriver.

L’industrie touristique cubaine s’est déjà mise à l’arrêt au cours du confinement sanitaire. Et deux décennies plus tôt, l’économie cubaine s’est sévèrement contractée lors de l’effondrement de l’URSS. Ce qui arrive de nos jours, c’est un peu la somme des deux.

Contrairement à ce que pense Donald Trump, Cuba n’est pas un ‘fruit mûr’; c’est un diamant poli par l’épreuve.

La jeunesse cubaine d’aujourd’hui ne partage pas les idéaux révolutionnaires de ses prédécesseurs. Mais en dépit de ces différences générationnelles, ce qui fait la résilience de Cuba et son aptitude à travers les crises, c’est la solidarité de son peuple.

Parce que l’individualisme a du bon, mais pas en période de crise.

Tous les Cubains aimeraient vivre dans l’aisance matérielle. Mais ils savent que la mauvaise situation économique du pays est le résultat de la guerre économique que Washington leur livre depuis trop longtemps.

Contrairement à l’objectif poursuivi par Washington, les six décennies de ‘sanctions’ américaines ont tellement appauvri Cuba qu’elles y ont rendu le communisme indispensable.

Tout comme, dans n’importe quel pays, le rationnement devient indispensable en temps de guerre, quand l’essence ou les vivres viennent à manquer.

Ce qui distingue le communisme du socialisme ou du capitalisme, c’est l’importance de la redistribution de la richesse par l’État. Parce que, étymologiquement, le communisme est la mise en commun. Cette répartition est d’ailleurs la distinction fondamentale entre un régime d’extrême gauche et un régime d’extrême droite.

Si j’exclus la Corée du Nord (que je connais mal), Cuba est probablement le pays au monde où l’État attache la plus grande importance à combattre les inégalités sociales. Elles existent, mais moins que partout ailleurs.

Ceux qui croient la propagande américaine selon laquelle Fidel Castro menait une vie de château ne connaissent rien. Il suffit de consulter les innombrables reportages au sujet de la maison que le chef révolutionnaire habitait dans le quartier autrefois chic de Vedado pour constater que le luxe dont il était entouré correspond à celui d’une maison moyenne en banlieue de Montréal.

Comme l’a démontré mon récent photoreportage au sujet des complexes touristiques sur l’ile de Cayo Largo, les véritables écarts sociaux à Cuba se situent entre la population du pays et les touristes qui le visitent.

À Cuba, la redistribution de la richesse prend la forme de mesures sociales qui permettent à ce pays d’avoir une mortalité enfantine moindre que celle des États-Unis, une espérance de vie plus grande et un taux d’alphabétisation supérieur.

Dans un pays où le salaire moyen est de 19$ par mois, les Cubains savent très bien que sans cette répartition de la richesse — en somme, sans communisme — ceux qui sont en position de profiter de l’effondrement du régime connaitront un enrichissement colossal aux dépens du reste de la population.

En conclusion, depuis plus de six décennies, Cuba est le grain de sable dans le soulier des États-Unis.

En s’acharnant contre ce pays inoffensif, Donald Trump ne fait pas la démonstration de la puissance américaine puisque selon l’alexandrin de Pierre Corneille, à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

Ce que prouve Donald Trump, c’est le pouvoir de nuisance d’un grand pays aux mains d’un tyran.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif Lumix 12-35mm — 1/100 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 20 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les simulacres de piraterie occidentale en haute mer

Publié le 31 janvier 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

Le 30 septembre dernier, un pétrolier en provenance de Russie était arraisonné en eaux internationales par la marine française au large de Saint-Nazaire.

Le navire est accusé d’appartenir à la ‘flotte fantôme’ russe en plus d’être soupçonné d’avoir servi, quelques jours plus tôt, de plateforme de lancement des drones qui ont mystérieusement survolé le Danemark.

Après cinq jours, le bateau a repris le large et son capitaine chinois a été relâché sous la promesse de revenir en France dans quelques mois pour faire face à la Justice française. Ce qui n’arrivera pas.

Le 7 janvier, les États-Unis ont arraisonné en mer du Nord le pétrolier russe Marinera — soupçonné de transporter du pétrole iranien — et ont confisqué sa cargaison en invoquant l’extraterritorialité du droit américain.

Le 22 février dernier, un autre pétrolier en provenant de Russie a été arraisonné par la marine française alors qu’il naviguait lui aussi en eaux internationales, cette fois en Méditerranée.

L’opération se veut conforme aux sanctions occidentales décrétées contre Moscou.

On doit savoir que ces sanctions ne font pas nécessairement partie du Droit international. Dans certains cas, elles vont même à son encontre.

À titre d’exemple, un pays est parfaitement libre de cesser d’acheter des biens produits en Russie. En principe, un tel refus est parfaitement légal… du moment qu’il ne s’agit pas d’une rupture de contrat.

À l’opposé, confisquer les intérêts courus sur les avoirs russes saisis pour les donner à l’Ukraine est une violation du Droit international.

De la même manière, les actes de piraterie contre les pétroliers russes sont acceptables de la part de l’Ukraine puisque celle-ci est en guerre contre la Russie. Mais ils ne le sont pas lorsqu’ils sont commis par des pays qui, officiellement, ne sont pas engagés dans un conflit armé contre cette dernière.

Dans un autre ordre d’idée, on doit savoir que désigner un pétrolier comme faisant partie de la flotte ‘fantôme’ russe veut simplement dire que ce navire n’est pas assuré par la Lloyd’s de Londres. Ce qui n’est pas obligatoire en vertu du Droit international.

Quant au fait que ce pétrolier, s’il appartenait à la Russie, battait un pavillon autre que celui de ce pays, cela est sans importance; à des fins d’optimisation fiscale, tous les armateurs au monde font en sorte que leurs cargos battent un pavillon de complaisance (Panama, Libéria ou autre). C’est ce que Paul Martin, ex-premier ministre canadien, faisait lui-même.

Conclusion

Il y a deux ans, nous écrivions :

[…] la soumission au droit international est facultative; on le respecte lorsque cela fait son affaire et on le viole lorsqu’il ne convient plus.

Cet avis, autrefois controversé, a gagné en crédibilité depuis qu’il a été repris par le premier ministre canadien le 20 janvier dernier à Davos.

Jusqu’ici, les sanctions décrétées contre la Russie par les pays européens ont fait plus de tort à leurs économies qu’à celle de la Russie.

Pour bien montrer qu’on fait vraiment quelque chose, ces simulacres de piraterie — qui ne le sont qu’à moitié puisque généralement les pétroliers sont libérés avec leur cargaison intacte — ne sont que des irritants pour la Russie.

Mais ces irritants sont susceptible de constituer des éléments d’escalade. Bref, encore une fois, c’est jouer avec le feu.

Références :
Droit international et géopolitique (deuxième partie)
Écoutez le discours de Mark Carney, premier ministre du Canada, à Davos
How will China respond as US expands foreign ship seizures?
La marine américaine a saisi deux pétroliers, dont le navire russe Marinera dans l’Atlantique
L’ancien empire maritime de Paul Martin au cœur des Paradise Papers
Le mystère des drones en Europe occidentale
Navire « Pushpa » de la flotte fantôme russe : les questions s’accumulent autour de ce pétrolier immobilisé au large de Saint-Nazaire
Un pétrolier « en provenance de Russie » arraisonné par la marine française en Méditerranée

Paru depuis : Russia threatens to deploy navy to protect vessels from ‘western piracy’ (2026-02-17)

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Écrit par Jean-Pierre Martel