Les prérequis iraniens à la paix

Publié le 18 mai 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

Aux discussions américano-iraniennes qui servent de préalable à l’ouverture de négociations de paix, la position iranienne nous parvient au travers du filtre de l’administration Trump.

Or ce que celle-ci nous transmet, c’est une liste où les demandes iraniennes sont présentées pêlemêle alors qu’il est clair qu’elles ne peuvent pas avoir toutes la même importance aux yeux de Téhéran.

Le 12 mai dernier, sur son compte X, Ali Hashem (qui œuvre pour Alzajeera) fournissait des précisions indispensables pour bien comprendre la position iranienne. Selon ce journaliste…

Les prérequis iraniens à l’ouverture de négociations de paix avec les États-Unis sont :
• la fin de la guerre sur tous les fronts,
• la levée de toutes les sanctions économiques contre l’Iran,
• le déblocage des avoirs iraniens gelés,
• l’indemnisation des dommages et pertes de guerre, et
• la reconnaissance de la souveraineté de l’Iran sur le détroit d’Ormuz.

C’est seulement après l’acceptation de ces prérequis par Washington que Téhéran décidera de participer à des négociations de paix au sujet de son programme nucléaire.

Par expérience, les dirigeants iraniens savent qu’on ne doit jamais faire confiance à la parole des États-Unis. En obligeant, par exemple, ces derniers à débloquer préalablement les avoirs iraniens gelés, il suffit à l’Iran de les encaisser pour que cela soit irréversible. Même si Donald Trump voudrait revenir en arrière, il ne le pourra pas. Voilà pourquoi c’est un prérequis.

D’autre part, contrairement à ce que laisse entendre l’Iran, ces prérequis sont négociables à la marge.

À titre d’exemple, au cours de leur histoire, les États-Unis n’ont jamais accepté de payer pour des réparations de guerre. Mais dans ce cas-ci, ils pourraient accepter que la reconstruction de l’Iran soit financée par une taxe iranienne sur le pétrole qui transite par le détroit d’Ormuz. Pour l’instant, Washington considère cela comme inacceptable. La montée inexorable du prix de l’essence devrait les amener à changer d’idée.

Bref, il y a toujours moyen de moyenner.

Parallèlement, les dirigeants iraniens répètent à tous ceux qui veulent les entendre que l’utilisation civile (c’est-à-dire pacifique) de l’énergie nucléaire est un droit inaliénable et que son programme nucléaire actuel jouit de l’assentiment de la vaste majorité des Iraniens.

Déjà, dans des négociations antérieures, l’Iran a déjà consenti à renoncer à l’enrichissement de l’uranium, à confier ses stocks d’uranium à une puissance amie — la Russie, qui l’approvisionnerait au fur et à mesure de ses besoins civils — et à ce que les inspecteurs de l’Onu visitent ses installations.

De nombreuses voix en Iran soutiennent que si l’Iran possédait déjà l’arme nucléaire, Washington et Tel-Aviv n’auraient pas osé l’attaquer.

Pourtant, l’Inde n’hésite pas à riposter militairement au Pakistan en dépit du fait que ce dernier est une puissance nucléaire. L’Ukraine s’attaque à des cibles situées en Russie, puissance nucléaire. Et l’Iran bombarde Israël, autre puissance nucléaire.

Bref, une arme de dernier recours que personne n’ose utiliser est moins utile qu’on pense.

En réalité, l’Iran n’a pas intérêt à posséder l’arme nucléaire. Grâce à ses drones, ses missiles et le blocage du détroit d’Ormuz, l’Iran exerce depuis peu une puissance hégémonique incontestable sur l’ensemble du Moyen-Orient.

Si ce pays se dote de l’arme nucléaire, l’Arabie saoudite, à portée de tir d’Israël et d’Iran, voudra faire pareil.

Et les Émirats, coincés entre l’Arabie saoudite et l’Iran, voudront eux aussi appartenir au club des puissances nucléaires.

Quand plusieurs pays du Golfe rejoindront ce club, l’Iran perdra l’effet dissuasif de la possession de la bombe nucléaire.

En somme, quand l’Iran prétend que jamais elle ne renoncera à enrichir son uranium, son but est de faire en sorte que l’acceptation des exigences iraniennes par Trump lui permettra de présenter cette capitulation comme une grande victoire pour son pays.

Quant au programme balistique iranien, on ne doit pas se surprendre de son absence de la discussion; il n’est pas négociable. L’Iran a acquis une expertise mondiale dans la fabrication de ses missiles. C’est ce qu’Israël a appris à ses dépens.

Il est maintenant évident pour tous que les missiles de l’Iran confèrent à ce pays une puissance dissuasive plus grande que l’arme nucléaire possédée par Israël.

Voilà pourquoi l’Iran n’y renoncera jamais.

Références :
Al Jazeera Insider reveals Iran’s actual demnds – w/ Journalist Ali Hashem (vidéo en anglais)
Iran Specifies 5 Demands To Restart Peace Talks With US
Message d’Ali Hashem sur X

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la Troisième guerre du Golfe, veuillez cliquer sur ceci.

Un commentaire

| Géopolitique, Guerre en Iran | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


90 milliards d’euros pour prolonger l’agonie de l’Ukraine

Publié le 20 décembre 2025 | Temps de lecture : 2 minutes

Depuis des années, l’État ukrainien vit sous le respirateur artificiel de l’Occident.

En effet, ce sont les sommes que lui versent les pays occidentaux qui permettent à ce pays de payer non seulement la solde de ses soldats, mais également les pensions de vieillesse et le salaire de tous ceux qui dépendent de l’État; les fonctionnaires, les professeurs, les médecins, les éboueurs, etc.

Puisque Washington refuse maintenant de poursuivre ses aides militaire et financière à Kyiv, l’Union européenne (UE) cherche depuis ce temps à prendre la relève. Ce dont elle n’a pas les moyens.

Dernièrement, les dirigeants européens se sont fait dire publiquement ce que nous soutenons sur ce blogue depuis le début de la guerre; on peut geler les avoirs d’un pays ennemi, mais pas les confisquer.

Pour pallier cette contrainte, l’UE a décidé en faveur d’un prêt de 90 milliards d’euros (dont dix-sept payés par la France) qui couvrirait une bonne partie des 135 milliards dont l’État ukrainien a besoin au cours des deux prochaines années.

Ces sommes ne serviront pas à la reconstruction de l’Ukraine, mais permettront plutôt à ce pays de s’acquitter de ses dépenses courantes.

Et pendant que l’UE tente de retarder de deux ans la capitulation inévitable de l’Ukraine, l’administration Trump a compris qu’il est plus pragmatique d’en tirer profit.

Pour ce faire, Trump maintient deux équipes de négociateurs, chacune sympathique au belligérant avec lequel elle transige.

Celle qui négocie avec le vainqueur (soit la Russie) a pour mandat d’établir la place des États-Unis dans la reconstruction de l’Ukraine.

Pendant ce temps, pour donner aux vassaux de Washington l’illusion qu’ils comptent encore dans les affaires du monde, Trump leur offre le hochet d’une négociation parallèle qui mène nulle part.

Référence : L’UE trouve 90 milliards d’euros pour l’Ukraine, sans recours aux avoirs russes

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la guerre russo-ukrainienne, veuillez cliquer sur ceci.

Laissez un commentaire »

| Géopolitique, Guerre russo-ukrainienne | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Un tournant majeur dans la guerre en Ukraine

Publié le 19 février 2025 | Temps de lecture : 3 minutes

Le 12 février dernier, lors d’un appel téléphonique, Donald Trump et Vladimir Poutine se sont entendus pour entamer incessamment des pourparlers en vue de mettre fin à la guerre en Ukraine.

Depuis, les dirigeants européens ont appris qu’à la table des négociations, l’Occident parlera d’une seule voix. Et cette voix sera celle de Donald Trump.

En clair : les ténors de l’administration Trump excluent toute participation de l’Europe aux pourparlers.

Le grand problème de l’Union européenne (UE), c’est qu’elle s’est peinturée dans le coin. Elle n’a pas anticipé le bouleversement de la politique étrangère qu’occasionnait l’arrivée au pouvoir de Donald Trump.

Plus précisément, la diplomatie de l’UE a été confiée le 27 novembre dernier à Kaja Kallas. À l’époque où celle-ci était première ministre d’Estonie, elle s’était fait remarquer par sa rhétorique particulièrement belliqueuse à l’égard de la Russie.

Depuis qu’ils ont adhéré à l’Otan, les chihuahuas baltes sont protégés par le bouledogue américain. Enhardis par cette protection, ils n’ont cessé de japper contre la Russie et de réclamer des sanctions de plus en plus sévères contre elle alors qu’eux n’y ont contribué que de manière marginale.

Le basculement de la politique étrangère des États-Unis vers l’Asie, décidé par Donald Trump dès son premier mandat, nécessite que son pays pacifie le continent européen afin de passer à autre chose.

En s’entêtant à poursuivre cette guerre coute que coute, l’Europe s’est disqualifiée comme partenaire des États-Unis en vue de régler le conflit.

En catastrophe, Emmanuel Macron a décidé de réunir de manière informelle à l’Élysée les principaux chefs d’État européens en vue de discuter de la situation en Ukraine.

Malheureusement pour lui, le concert des impuissants n’enterrera jamais la voix des deux grandes puissances qui menaient cette guerre jusqu’ici et qui ont décidé de faire cesser ce carnage.

Au final, Ursula von der Leyen aura peut-être droit à un joli strapontin derrière les vrais négociateurs et Volodymyr Zelinsky signera là où les États-Unis lui diront de signer.

Références :
Guerre en Ukraine : Emmanuel Macron annonce des nouvelles réunions organisées en France ce mercredi
Guerre en Ukraine : Trump et Poutine lancent les négociations de paix, mais sans les alliés
Kaja Kallas
Lâchés par Trump, les Européens cherchent la parade face à Poutine
L’intégrale du discours de Vance à Munich en anglais et en français !

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la guerre russo-ukrainienne, veuillez cliquer sur ceci.

Un commentaire

| Géopolitique, Guerre russo-ukrainienne | Mots-clés : , , , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel