Le rapatriement des terroristes canadiens de Syrie

23 janvier 2023
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Introduction

On apprend aujourd’hui qu’à l’instar de plusieurs pays occidentaux, le Canada devrait rapatrier prochainement 23 prisonniers détenus dans les prisons kurdes de Syrie : quatre hommes, six femmes et treize enfants.

Il s’agit de quatre djihadistes canadiens et “d’épouses” (c’est-à-dire d’esclaves sexuelles) de Canadiens morts depuis pour l’État islamique. Ces dernières ne sont pas des citoyennes canadiennes puisque la citoyenneté à notre pays ne se transferre pas par le sperme. Quant aux enfants, dix d’entre eux sont nés en Syrie de mères étrangères et de djihadistes canadiens tués là-bas.

L’avocat canadien de vingt-deux de ces prisonniers, Me Lawrence Greenspon, estime que ce rapatriement était inévitable en vertu de la Charte canadienne des droits et libertés.

Celui-ci croit également que les poursuites criminelles qui pourraient être intentées contre eux se dérouleraient dans un contexte plus juste au Canada que si leur procès avait lieu en Syrie.

Selon l’ONG américaine Human Rights Watch, une partie des gens concernés auraient été victimes de traite de personnes et se seraient retrouvés malgré eux dans les rangs de l’État islamique.

Le procès ‘juste’

Afin de déposer des accusations criminelles, les enquêteurs canadiens devront d’abord faire enquête. Ce qui signifie recueillir les témoignages des complices potentiels et des victimes demeurées sur place.

Pour ce faire, ils auront besoin de la collaboration du gouvernement de Syrie. Or non seulement le Canada a rompu ses relations diplomatiques avec ce pays, mais il a cherché à abattre le régime de Bachar al-Assad et procédé à des bombardements ‘humanitaires’ (sic) contre sa population.

En supposant que ce régime collabore à ce sujet, il faudra également qu’il accepte, une fois les accusations portées, d’homologuer les citations à comparaitre émis par les tribunaux canadiens afin que les personnes concernées témoignent par vidéoconférence.

Pour Bachar al-Assad, le meilleur moyen de se venger de l’agression militaire canadienne contre son pays, c’est de se trainer les pieds de manière à ce que tous ces procès s’éternisent et avortent en vertu de l’arrêt Jordan.

Si par bonheur, certains de ces terroristes acceptaient de plaider coupables, leur longue détention dans les prisons syriennes sera soustraite de la sanction imposée par les tribunaux canadiens. Bref, ils seront probablement remis en liberté peu de temps après leur condamnation.

Voilà ce que signifie un procès ‘juste’ dans ce contexte.

La pseudo traite de personnes

Sans exception, tous les Canadiens qui ont accepté de combattre dans les rangs de l’État islamique l’ont fait de leur plein gré.

Ils se sont d’abord renseignés au sujet des moyens pour se rendre en Syrie et ont obtenu les coordonnées des passeurs qui leur ont permis de traverser la frontière turco-syrienne. Ils ont demandé un passeport, acheté leurs billets d’avion, menti aux douaniers quant aux motifs de leur voyage en Turquie, se sont rendus clandestinement aux lieux de passage frontaliers, etc.

Bref, l’idée du jeune adulte qui s’endort le soir au Canada et se réveille le lendemain en Syrie dans les rangs d’une organisation terroriste a peu de chance de devenir un scénario de film tellement tout cela est invraisemblable.

Conclusion

La seule manière d’assurer aux terroristes canadiens un procès juste et équitable, c’est qu’ils soient jugés dans le pays où auraient été commis les méfaits dont on les accuse. En effet, c’est là que se trouvent ceux qui pourraient leur fournir un alibi ou témoigner en leur faveur.

La guerre en Syrie a fait plus de 350 000 morts, dont 175 000 femmes. Les survivants d’actes terroristes dans ce pays ont droit de connaitre la vérité eux aussi.

C’est seulement après leur procès en Syrie qu’il sera opportun de les rapatrier au pays. Quitte à leur permettre, une fois les témoignages entendus et consignés là-bas, de faire appel au Canada de leur condamnation syrienne, le cas échéant.

Au sujet des djihadistes canadiens, plaider leur rapatriement est une manière détournée d’obtenir leur libération à l’issue d’un procès canadien bâclé où on n’aura ni la preuve de leur culpabilité ni la preuve de leur innocence.

Or un seul djihadiste canadien qui rentre au pays pour y commettre un attentat terroriste est un djihadiste de trop.

Paru depuis :
Qui sont les Canadiens détenus dans des camps en Syrie? (2023-01-24)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Rapatriement des terroristes canadiens de Syrie : l’humanisme niais du Devoir

7 octobre 2020

Introduction

Sous le titre ‘Pour que justice soit rendue’, le quotidien Le Devoir publie aujourd’hui une chronique qui réclame le rapatriement des terroristes canadiens de Syrie afin qu’ils soient jugés ici.

Les limites de la justice

En droit criminel, il vaut mieux innocenter cent coupables que de condamner un seul innocent.

Voilà pourquoi un tribunal ne condamnera un accusé que s’il ne subsiste plus, dans l’esprit du juge, aucun doute raisonnable quant à sa culpabilité.

C’est ce qui explique l’incapacité intrinsèque du système judiciaire de punir les coupables de certains crimes à caractère sexuel lorsque la parole d’une victime (généralement une femme) s’oppose au témoignage du coupable (généralement de la même classe sociale que le juge).

Malgré cela, il arrive parfois que l’on condamne à tort un innocent. Le 26 septembre dernier, l’émission Josélito au cœur du monde en présentait trois exemples, dont celui — à faire pleurer les roches — d’Aaron Faucher-Laprise.

Beaucoup plus souvent rencontre-t-on la situation inverse.

Un des plus importants homicides de l’histoire du Québec fut celui de 47 personnes à Lac-Mégantic en 2013.

Après avoir échoué à faire condamner trois employés subalternes — boucs émissaires dans cette histoire — les avocats de la poursuite ont renoncé à accuser les vrais coupables, soit les dirigeants de la compagnie ferroviaire. Bref, personne n’a été condamné pour cette tragédie.

La corruption sous le gouvernement libéral de Jean Charest est un autre cas où personne n’a été condamné, grâce à la complicité probable de la DPCP et à celle évidente de l’UPAC.

Des questions sans réponse

Peut-on croire sérieusement qu’il sera possible de réunir les preuves irréfutables de crimes commis par les terroristes canadiens en Syrie alors que les témoins et les survivants de leurs méfaits vivent à des milliers de kilomètres d’ici ?

Comment un tribunal pourrait-il faire respecter un ordre de venir témoigner au Québec quand notre pays n’entretient plus aucune relation diplomatique avec le gouvernement officiel de Syrie ?

Les vols internationaux ayant été suspendus dans presque tous les pays en raison de la pandémie, est-on certain de pouvoir faire témoigner des victimes par vidéoconférence alors que l’aviation canadienne a gracieusement contribué à détruire 98 % des infrastructures syriennes, dont l’accès à l’internet ?

Par-dessus tout, comment peut-on condamner par erreur quiconque s’est rendu en Syrie pour servir de mercenaire à Daech ?

Conclusion

La seule manière d’assurer aux terroristes canadiens un procès juste et équitable, c’est qu’ils soient jugés dans le pays où auraient été commis les méfaits dont on les accuse. En effet, c’est là que se trouvent ceux qui pourraient leur fournir un alibi ou témoigner en leur faveur.

La guerre en Syrie a fait plus de 350 000 morts, dont 175 000 femmes. Les survivants d’actes terroristes dans ce pays ont droit de connaitre la vérité eux aussi.

Au sujet des djihadistes canadiens, plaider leur rapatriement en invoquant un humanisme de peccadille est une manière détournée d’obtenir leur libération à l’issue d’un procès bâclé où on n’aura ni la preuve de leur culpabilité ni la preuve de leur innocence.

Or un seul djihadiste canadien qui rentre au pays pour y commettre un attentat terroriste est un djihadiste de trop.

Références :
Pour que justice soit rendue
Syrie : Terroristes à donner

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La revue de géopolitique par Alain Juillet

3 août 2019

 

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Alain Juillet est un ancien directeur du renseignement de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE).

En d’autres mots, il était l’homologue (ou l’équivalent français) du directeur de la CIA.

Voici l’entrevue d’un peu plus de deux heures qu’il donnait à la chaine Thinkerview, une entrevue qui portait principalement sur sa vision des conflits internationaux.

Parmi les sujets abordés :
• la guerre d’Irak,
• la guerre de Yougoslavie,
• la Palestine,
• la Jordanie,
• Daech,
• la fin du dollar,
• Edward Snowden,
• le scandale Alstom,
• importance du Golan.

Il est à noter que l’ex-chef du renseignement français affirme — de 38:14 à 40:01 — que la guerre en Syrie a été provoquée par le refus de Bachar el-Assad d’autoriser le passage d’un gazoduc qatari sur son territoire, une thèse défendue sur ce blogue depuis 2015.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Syrie : Terroristes à donner

28 février 2019

Introduction

À l’appel, entre autres, de l’État islamique, des milliers de mercenaires étrangers sont venus combattre en Syrie.

Maintenant que la guerre y tire à sa fin se pose la délicate question de savoir quel sort doit être réservé aux mercenaires (et leurs familles) qui ont survécu au conflit.

Rappel afghan

À la fin officielle de la guerre en Afghanistan, l’armée du Nord — victorieuse, grâce à l’appui des Américains — avait désarmé et renvoyé dans leurs villages respectifs les Talibans afghans capturés.

Pour les vainqueurs, leurs concitoyens étaient essentiellement de pauvres jeunes paysans enrôlés par des fanatiques financés de l’Étranger.

Quant aux autres Talibans prisonniers, reconnaissables à leur langue ou leur accent, la très grande majorité d’entre eux furent massacrés.

Ce massacre se déroula en deux étapes :
• à l’occasion d’une mutinerie à la prison de Qalat-e-Janhi, où environ 470 Talibans trouvèrent la mort, et
• le transport à la forteresse de Kalai Zeini de cinq-mille Talibans étrangers sous le soleil de plomb de l’Afghanistan.

Ceux-ci étaient entassés dans des conteneurs à l’intérieur desquels la presque totalité d’entre eux sont morts d’hyperthermie et de déshydratation. Les rares survivants ont succombé aux mauvais traitements infligés une fois rendus à destination.

À l’heure actuelle, le sort qui attend les prisonniers en Syrie est incertain.

La politique américaine à ce sujet

Le 16 février dernier, Donald Trump a été clair : les pays européens doivent rapatrier et juger 800 de leurs ressortissants capturés en Syrie.

Mais cinq jours plus tard, le président américain s’opposait au retour aux États-Unis d’une Américaine ayant rejoint l’État islamique en 2014.

Comme souvent, le message américain est : faites ce que je dis et non ce que je fais.

La politique française

Lors de la reconquête de Mossoul (la deuxième ville d’Irak), 1 200 membres des forces spéciales françaises ont rémunéré des soldats irakiens afin qu’ils traquent et exécutent les mercenaires français dotés de pouvoirs de commandement au sein de l’État islamique.

À cette fin, les militaires français leur ont fourni les noms (et noms de guerre) d’une trentaine de Français recherchés, de même que les photos de quelques-uns d’entre eux.

Ceci est en Irak. Mais qu’en est-il en Syrie, où se trouve la grande majorité des djihadistes français toujours en vie ?

En octobre dernier, les forces kurdes de Syrie ont fait savoir aux pays occidentaux que l’emprisonnement des mercenaires étrangers représentait un fardeau financier et qu’à défaut d’être pris en charge par leurs gouvernements respectifs, ces centaines de terroristes seraient remis en liberté.

Cela deviendrait inévitable si la Turquie devait profiter du retrait américain pour lancer une vaste offensive contre les forces kurdes de Syrie. La défense de leurs installations carcérales deviendrait alors le moindre de leurs soucis.

Les prisons kurdes comptent 800 hommes étrangers, 700 femmes et 1 500 enfants.

Légalement, le seul pays qui a autorité pour juger ces mercenaires, c’est celui où leurs crimes ont été commis, soit la Syrie.

Au cours de cette guerre, la France a violé à de multiples reprises l’espace aérien syrien, a bombardé ce pays et y a soutenu les forces rebelles. Bref, la France est ennemie du gouvernement syrien actuel.

On voit mal ce qui motiverait le régime de Bachar el-Assad à rendre service à la France en acceptant de juger ses ressortissants

Voilà pourquoi la France procède à des négociations avec l’Irak pour que ce pays accepte de les prendre en charge et de les juger.

Aux défenseurs des droits de la personne qui s’inquiètent d’une possible condamnation à la peine de mort en Irak, Paris affirme que la France interviendra alors auprès des autorités pour demander — du bout des lèvres, évidemment — que cette peine ne soit pas exécutée.

Tout cela est un peu académique puisqu’il est douteux que les tribunaux irakiens aient autorité pour sanctionner des crimes commis hors des frontières du pays.

La politique britannique

On compte au moins 700 citoyens britanniques partis vers la Syrie ou l’Irak, dont environ 300 en sont revenus.

Dans 90 % des cas, les tribunaux britanniques innocentent les djihadistes pour insuffisance de preuve.

Conséquemment, Londres estime que ses ressortissants doivent être jugés dans la région où leurs crimes ont été commis.

Et tout comme la France, la Grande-Bretagne s’est préparée à la fin de la guerre.

Plutôt que des assassinats ciblés, Londres a choisi la déchéance de citoyenneté comme moyen d’empêcher les djihadistes anglais de revenir chez eux.

Le droit international interdit la déchéance de citoyenneté lorsqu’elle crée des êtres apatrides. Seules les personnes qui ont plusieurs nationalités peuvent être déchues de l’une d’entre elles.

D’où l’intérêt de se hâter à déchoir. Depuis 2016, la Grande-Bretagne a déchu de leur citoyenneté environ 120 de ses ressortissants. C’est ça de moins au pays.

En comparaison, l’Italie a retiré la citoyenneté italienne à environ deux-cents personnes.

La politique canadienne

Pour revenir au pays, les djihadistes canadiens ont besoin d’un nouveau passeport puisque celui qu’ils avaient à leur arrivée en Syrie a été confisqué par Daech (afin d’empêcher les désertions).

Pour rentrer au pays, le djihadiste doit non seulement s’enfuir du califat, mais contacter une ambassade ou un consulat canadien afin d’obtenir un nouveau passeport qui lui permettra d’acheter un billet d’avion pour le Canada.

Le pays est tenu d’honorer toute demande de ses ressortissants en vertu de ses obligations internationales.

La soixantaine de djihadistes canadiens qui l’ont fait ne sont que la pointe de l’iceberg. Leur nombre n’a pas augmenté en 2017, ce qui témoigne en réalité des difficultés à s’échapper du califat encerclé.

Une bonne partie de ceux qui y sont encore mourront probablement les armes à la main.

Le nombre de djihadistes à rapatrier devait augmenter substantiellement après la chute d’Idlib.

Devenue une prison à ciel ouvert, cette province syrienne accueille depuis des années des milliers de djihadistes encerclés qui ont accepté de quitter les lieux pour Idlib à chaque fois que l’ONU négociait une trêve.

Après avoir laissé ces milices s’entretuer entre elles, l’Occident a eu la surprise de voir Al Qaïda prendre le contrôle d’Idlib le mois dernier.

Le jour où l’assaut sera donné par les forces gouvernementales et leurs alliés, un nombre inconnu de djihadistes canadiens seront capturés et s’ajouteront à ceux qui devront être jugés quelque part.

Un seul djihadiste canadien qui rentre au pays pour y commettre un attentat terroriste est un djihadiste de trop.

Le mirage d’un procès juste au pays

Au Québec, la Direction des poursuites criminelles et pénales (DPCP) n’a pas réussi à réunir suffisamment de preuves pour obtenir la condamnation d’un seul des dirigeants d’une compagnie ferroviaire qui a tué 47 personnes à Lac-Mégantic.

On peut donc douter que la DPCP soit capable de réunir suffisamment de preuves pour faire condamner n’importe quel djihadiste qui a commis ses méfaits à des milliers de kilomètres d’ici.

Il s’agit ici de preuves qu’il faudrait obtenir de témoins qui parlent kurde ou arable. Et auprès de gens qui pourraient être réticents à venir témoigner au Québec, le premier endroit en Occident où des Musulmans en prière se font tirer dans le dos.

Seul un procès dans le pays où les crimes ont été commis peut se dérouler normalement.

Un citoyen canadien qui commet un homicide aux États-Unis est passible de la peine de mort. S’il commet le même crime en Irak, c’est pareil. Où est le problème ?

L’idée de rapatrier les djihadistes pour les juger ici est d’autant plus difficile à justifier lorsqu’on tient compte de l’engorgement des tribunaux canadiens.

En prison, les accusés auront tout le temps de faire des convertis à leur cause.

Pour chaque procès finalement avorté contre un djihadiste au Canada, on retarde l’ensemble des causes en attente. Et certains malfaiteurs profiteront de l’arrêt Jordan pour obtenir l’abandon de toutes les procédures contre eux.

Bref, rapatrier les djihadistes canadiens est une très mauvaise idée.

Références :
Donald Trump demande aux Européens de rapatrier leurs jihadistes prisonniers en Syrie
En Irak, le sort des djihadistes français “est plus diplomatique que juridique”
France’s Special Forces Hunt French Militants Fighting for Islamic State
La Belgique pourra expulser vers le Maroc Malika El-Aroud, « la veuve noire du djihad »
La voie à suivre
Le Canada sommé de rapatrier ses djihadistes
Le sort des djihadistes français en Irak
L’Europe divisée sur le sort de ses ressortissants partis rejoindre l’Etat islamique en Syrie
Massacre de Dasht-i Leili
Ottawa n’appréhende pas de retour massif de djihadistes
Sidération à Idlib après la conquête éclair des djihadistes
Trump demande aux alliés européens de rapatrier leurs ressortissants retenus en Syrie
Trump s’oppose au retour au pays d’une femme ayant rejoint l’EI
Who has been stripped of UK citizenship before Shamima Begum?

Parus depuis :
Les pays nordiques opposés au retour des djihadistes (2019-03-05)
Comment gérer le retour des combattants partis en Syrie? (2019-03-16)
Le Danemark aurait préféré voir ses djihadistes mourir en Syrie (2019-03-27)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Une fin de guerre en Syrie

26 février 2019

Carte de la Syrie
 
Comme toujours, les grands gagnants de la guerre en Syrie sont les marchands de canons.

Puisque rien ne stimule mieux l’économie que de la jeter par terre, les deuxièmes grands gagnants seront les institutions financières; celles-ci prendront leurs honoraires sur la moindre transaction dont le but sera la reconstruction du pays. Un pays dont l’économie est détruite à 98 %.

Parmi les belligérants, il y a officiellement quatre gagnants : le gouvernement syrien, l’Iran, la Russie, et la minorité kurde de Syrie.

Le régime de Bachar el-Assad hérite d’un champ de ruines. Mais il a préservé l’intégrité territoriale du pays. Et tout pays qui réussit à repousser ses ennemis hors de ses frontières est habilité à déclarer avoir gagné la guerre.

L’influence régionale de l’Iran s’est accrue; un trio de pays alliés (Iran, Irak et Syrie) isole maintenant la péninsule arabique de l’Europe.

En conséquence, aucun oléoduc saoudien ne peut acheminer directement des hydrocarbures vers le marché européen sans traverser l’un ou l’autre de ces pays alliés de l’Iran.

En somme, l’Arabie saoudite est forcée d’exporter son pétrole par voie maritime, une solution plus dispendieuse que le transport par pipeline.

Le prestige de la Russie est en partie restauré. Perçue comme une éternelle perdante depuis la chute du rideau de fer, la Russie a fait la démonstration qu’elle ne laisse pas tomber ses alliés et qu’elle peut encore avoir une influence régionale déterminante.

Le territoire du Kurdistan syrien s’est considérablement agrandi. Profitant des déplacements de population et plus précisément du nettoyage ethnique qui a accompagné cette guerre, les Pechmergas ont regroupé le peuple kurde sur un grand territoire contigu, ce qui facilite son administration.

Parmi les gagnants il faut compter officieusement Daech. Né d’Al Qaïda en Irak au bord de l’extinction, Daech est arrivée ruiné en Syrie et la quitte aujourd’hui riche aux as.

Lors de la conquête de Mossoul — la deuxième ville d’Irak, où se trouvaient les réserves d’or et de devises de la banque de ce pays — Daech a fait main basse sur un butin de guerre de plus d’un milliard de dollars. Caché depuis dans des paradis fiscaux grâce à la complicité de banques libanaises et de cabinets d’avocats spécialisés dans l’évitement fiscal.

Débarrassé des corvées reliées à la gestion administrative de son califat, Daech pourra clandestinement se consacrer à ce pourquoi il excelle : l’attentat terroriste.

Plaidant pour l’abandon des rancunes et l’oubli des vieilles discordes, l’Arabie saoudite promettra de participer au financement de la reconstruction du pays… à la condition que la charia ait dorénavant force de loi et que les mosquées sunnites du pays soient dirigées par des imams à sa solde. Bref, comme si la dictature saoudienne avait gagné la guerre.

Quant aux pays occidentaux, ils promettront une aide dont le versement sera constamment différé d’une fois à l’autre parce que leurs exigences croissantes n’auront pas été respectées.

D’où la question : à quoi cette guerre a-t-elle servie ?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Angélisme vs les réalités de la guerre

10 juillet 2018

Préambule : Le quotidien Le Devoir publiait ce matin une lettre adressée à Justin Trudeau dans laquelle plusieurs signataires demandaient que le Canada exige un cessez-le-feu immédiat destiné à secourir les civils d’une province située au sud-ouest de la Syrie.

Légèrement modifié, voici le commentaire que j’adressais aux signataires de cette lettre.


 
La guerre en Syrie prendra fin lorsque le régime syrien prendra le contrôle de l’ensemble du pays.

L’opposé — la victoire des rebelles — signifierait le début d’une autre guerre; celle des diverses factions de mercenaire entre eux.

Mais pour que le régime étende son contrôle sur le sud-ouest du pays, le front de la guerre doit s’y déplacer. Or dans toute guerre, les civils fuient à l’approche du front.

C’est l’armistice et non un cessez-le-feu qui marque la fin de la guerre. Un cessez-le-feu permet aux belligérants de reprendre leurs forces et de se taper dessus plus fort lorsque le conflit reprend.

Jusqu’ici, les cessez-le-feu ont été demandés par l’ONU lorsque des milices affiliées à Al-Qaïda étaient encerclées.

Dans le sud-ouest de la Syrie, les milices d’Al Qaïda sont soutenues par Israël en vertu du principe selon lequel les ennemis de mes ennemis (l’Iran et le Hezbollah) sont mes amis.

Si cette guerre a fait près d’un demi-million de morts et plus de douze-millions de personnes déplacées (dont plus de cinq millions de réfugiés) ce n’est pas à cause de la répression sanglante du printemps arabe en Syrie, mais parce que cette révolte a été le prétexte à une guerre de procuration qui a suivi.

Cette guerre de procuration a été financée par trois pays (l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie), appuyés par les pays occidentaux, toujours heureux de foutre le bordel dans un pays producteur de pétrole, surtout quand c’est un allié de Moscou.

Bref, le Canada, comme bien des pays occidentaux, a du sang syrien sur les mains et il devrait apprendre à se mêler de ses affaires.

Animés par de nobles intentions, les signataires de cette lettre servent une mauvaise cause; le prolongement de la guerre sous de beaux grands principes creux.

Référence :
La situation est désespérée à Deraa, en Syrie

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Tuer pour sauver des vies

17 avril 2018

En 1939, si Hitler n’avait pas quitté plus tôt que prévu une brasserie de Munich — où la bombe de Georg Elser devait le tuer à 21h20 — combien de millions de vies humaines aurait-on épargnées au cours de la Deuxième Guerre mondiale ?

Tuer préventivement pour protéger la Patrie, pour délivrer un peuple ou pour sauver des personnes en danger, est la motivation habituelle des comploteurs.

Obsédé depuis des mois par le danger d’attaques terroristes contre ses proches, l’auteur de l’attentat de Québec était convaincu qu’en tuant les fidèles dans une mosquée, il sauvait des gens des attaques terroristes.

« Je me suis dit hier que, peut-être grâce à ce que j’ai fait, il va peut-être y avoir une centaine de personnes qui vont être sauvées.»

Devant un tel raisonnement, il est facile de présumer que le jeune auteur de l’attentat est un simple d’esprit.

Mais n’est-ce pas aussi notre cas lorsque nous applaudissons les dirigeants de nos pays qui ordonnent des bombardements ‘humanitaires’ à l’Étranger ?

Les Américains ont cru majoritairement que leur pays avait le devoir de faire une guerre ‘préventive’ en Irak dans le but de sauver des millions d’Européens à portée de tir des armes de destruction massive de Saddam Hussain.

Et ce, malgré le fait que la vaste majorité des Européens s’opposaient à cette guerre et doutaient (à juste titre) de l’existence de ces armes.

D’autre part, nos éditorialistes et nos lecteurs de nouvelles, n’ont-ils pas critiqué nos gouvernements, les accusant d’être impassibles devant la répression cruelle du Printemps arabe en Syrie ? Une répression qui faisait des centaines de morts, parmi lesquels de pauvres petits enfants.

Et n’ont-ils pas applaudi à cette guerre qui a causé entre 350 000 à 500 000 morts, principalement des civils, dont beaucoup plus de pauvres petits enfants ?

Quand un remède est mille fois plus mortel que la maladie, quel médecin s’entête à le prescrire ? Grâce à Dieu, médecine et journalisme sont des professions différentes.

Le plus sérieusement du monde, nos dirigeants militaires nous ont promis qu’avec plus de bombardements, nous réussirons enfin à délivrer les gens qui ont survécu à nos bombardements antérieurs.

Malheureusement, plus on bombarde, moins il en reste. Mais, dans la mesure où ce sont des gens qu’on ne voudrait surtout pas voir immigrer chez nous, un peu plus ou un peu moins, quelle importance…

Même après sept ans de guerre, nous n’apprenons pas de nos erreurs. Il suffit de nous monter les images choquantes des gens gazés en Syrie pour que, de nouveau, nous réclamions vengeance.

Il y a eu en Syrie des dizaines d’attaques chimiques depuis le début de cette guerre, dont trois qui ont scandalisé l’opinion publique internationale.

L’attaque chimique à Kan al-Assad

La première eut lieu en mars 2013, soit environ un an après que le président Obama ait tracé sa célèbre ligne rouge.

L’enquête de l’ONU effectuée sur place a conclu qu’elle avait commise par les rebelles et non par les forces gouvernementales. Ces rebelles étaient affiliés à Al-Qaida.

L’attaque chimique à Khan Cheikhoun

La deuxième attaque chimique eut lieu en avril 2017.

Le premier témoignage à ce sujet a été une vidéo diffusée par les médias européens. On y voyait un secouriste présenter les conséquences horribles de cette tragédie.

Cette vidéo a été retirée des ondes dès qu’on s’est rendu compte que ce secouriste était un médecin tortionnaire d’Al-Qaida condamné pour terrorisme en Grande-Bretagne.

Il y a plusieurs autres vidéos qui circulent sur l’internet à ce sujet.

Lorsque le jour s’est levé en Amérique, les médias québécois ont choisi de nous montrer celle où on voit un garçon aux yeux bleus suffoquant dans un décor stylisé qui aurait pu être construit à Hollywood.

Trois jours plus tard, les États-Unis réagissaient en bombardant une base aérienne syrienne, tuant un petit nombre de militaires syriens.

Cette fois, les enquêteurs de l’ONU ne se sont pas rendus sur place : ils ont basé leurs conclusions sur les preuves présentées par différents pays occidentaux, dont la Turquie. L’ONU a conclu à la responsabilité du régime de Bachar el-Assad.

L’attaque chimique à Douma

La troisième attaque est celle survenue il y a dix jours. De nouveau, l’attaque a eu lieu dans un fief d’Al-Qaida.

Les pays occidentaux ont immédiatement blâmé le régime de Bachar el-Assad pour cette attaque au chlore.

Trump manipulé par la dictature soudienne

Sans attendre une résolution habilitante de l’ONU, les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France ont illégalement bombardé des sites de production et de stockage d’armes chimiques (notamment de chlore) en Syrie.

Malheureusement, dans ce pays comme chez nous, le chlore — sous forme gazeux, sous forme d’hypochlorite de sodium ou de bioxyde de chlore — sert principalement à l’épuration des eaux.

On peut donc craindre l’apparition d’épidémies de choléra dans certaines villes syriennes qui auront été incapables de s’approvisionner en chlore. Et ce, au grand scandale des pays occidentaux qui accuseront le cruel régime syrien de procéder à une guerre bactériologique contre son propre peuple.

Quand cesserons-nous de tuer dans le but de sauver des vies et de suivre le raisonnement simpliste du terroriste de Québec ?

Références :
Attaque chimique de Douma
Attaque chimique de Khan Cheikhoun
Attaque chimique de Khan al-Assal
Georg Elser
Guerre d’Irak
Le tueur qui croyait sauver des vies
Menaces de tirs américains en Syrie : « Ça peut déraper », estime un observateur
Trump : un président manipulable et impulsif

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Syrie : du vide américain au flop élyséen

2 avril 2018

Préambule

Le 30 mars dernier, cinq douaniers français armés ont pénétré en territoire italien afin d’y mener une enquête. Cette violation de la souveraineté italienne a fait grand bruit. Si bien que l’ambassadeur français a été sommé de venir s’expliquer auprès des autorités italiennes.

Il est donc ironique de se rappeler que ces deux pays, si soucieux du respect des frontières, ont assisté, impassibles, à l’invasion de la Syrie par l’armée turque en janvier dernier.

La reconquête de la Ghouta orientale

Le 20 janvier 2018, sous le nom charmant d’Opération ‘Rameau d’olivier’, des soldats et chars d’assaut turcs ont envahi la province d’Afrin, située à l’extrémité nord-ouest de la Syrie. Ils ont fait la conquête de la capitale de cette province le 18 mars suivant.

En vertu du droit international, le régime de Bachar el-Assad était justifié de déclarer la guerre à la Turquie.

Mais ses soldats avaient d’autres choses à faire. Ils en ont profité pour procéder à la conquête de la Ghouta orientale, la banlieue orientale de Damas (la capitale syrienne).

Depuis janvier dernier, les rebelles qui s’y trouvaient ont fait pleuvoir plus de 2 575 obus et missiles sur la population de la capitale. Ce qu’aucun pays au monde ne tolèrerait.

C’est dans cette banlieue qu’est né le Printemps arable syrien. Huit ans plus tard, c’est là que se trouvaient encore les derniers vrais rebelles modérés de Syrie, de même que des mercenaires d’Al Qaida. Se détestant les uns les autres et tous armés jusqu’aux dents, ces milices possédaient jusqu’à des chars d’assaut.

On devine donc la férocité des combats.

La conquête de cette banlieue était une étape indispensable à la pacification du pays. De manière générale, il ne peut y avoir de paix en Syrie sans que l’État syrien étende son autorité sur l’ensemble du territoire national, au premier rang duquel se trouvent les abords de la capitale.

La conquête turque d’Afrin

Dans la province d’Afrin, les choses se sont assez bien déroulées. L’armée turque a fait relativement peu de pertes civiles. Relativement peu si on tient compte qu’il s’agit d’une guerre, ce qui cause inévitablement des morts.

Les ‘supplétifs’ de l’armée turque — c’est le joli nom donné aux mercenaires islamistes qui l’ont aidé à conquérir cette province — ont évidemment commis des exactions dans le but de terroriser les Kurdes syriens et de les inciter à quitter les lieux. C’est voulu. Ils en ont profité pour piller les maisons abandonnées par ces derniers.

Le but de la Turquie est de procéder à une épuration ethnique en remplaçant les Kurdes syriens d’Afrin par des Syriens arabophones. Or personne ne veut déménager dans un champ de ruines.

Voilà pourquoi la Turquie y a fait relativement peu de dommages matériels. Ce qui, de toute façon, n’était pas nécessaire, la population y étant peu armée.

Je soupçonne qu’Erdoğan en a profité pour vider quelques uns de ses camps de réfugiés syriens et d’installer ceux-ci dans leurs nouvelles demeures d’Afrin.

La levée du verrou américain

L’intention avouée d’Erdoğan est de nettoyer tout le nord de la Syrie de la présence kurde.

Mais voilà. Quelques centaines de soldats américains sont stationnés à 97 km d’Afrin, dans la ville de Manbij, capitale de la province du même nom. Or si la Turquie envahissait ensuite la province de Manbij, ses soldats se retrouveraient face à face avec des soldats américains.

Il suffirait de l’indiscipline de quelques ‘supplétifs’ islamistes — détestant par-dessus tout les mécréants occidentaux — pour mettre le feu aux poudres.

Afin d’éviter cela, la Turquie fait pression depuis des semaines afin que les Américains quittent les lieux.

Mais comment les Américains peuvent-ils céder à la Turquie sans passer pour des lâches ?

Le 29 mars, Donald Trump a trouvé la solution. Les États-Unis, dit-il, ont gagné la guerre contre Daech : ils n’ont plus rien à faire en Syrie. Ils vont donc partir très vite de ce pays.

Même s’il est toujours hasardeux de prévoir si demain Donald Trump dira la même chose que la veille, il est probable qu’il maintiendra cette position puisque celle-ci est du Trump tout craché.

En d’autres mots, Donald Trump demande à Erdoğan de patienter encore quelque temps : les Américains lui laisseront le champ libre pour poursuivre son nettoyage ethnique vers l’Est syrien.

Le flop diplomatique de l’Élysée

Comme dans bien d’autres domaines, en politique internationale, la nature a horreur du vide.

Avec l’effondrement du califat et la diminution du financement saoudien de cette guerre, Emmanuel Macron y a vu une occasion pour la France d’accroitre son influence dans cette partie du monde.

Le 29 mars, l’Élysée a donc reçu une délégation de Kurdes syriens.

À l’issue de cette rencontre, les représentants kurdes se sont dit heureux d’apprendre que la France enverra des troupes dans le territoire syrien sous leur contrôle. Précisons qu’il s’agit d’une déclaration que la France n’a pas commentée ce jour-là.

Mais le lendemain, après avoir appris que Trump voulait que des États-Unis déguerpissent de Syrie, le Palais de l’Élysée s’est empressé de préciser qu’il était hors de question que la France envoie des troupes en Syrie. Tiens, tiens.

Résultat : Erdoğan est furieux que l’Élysée ait reçu officiellement des gens qui sont des ‘terroristes’ à ses yeux.

Et les Kurdes sont déçus de découvrir que la France mobiliserait en leur faveur une armée de mots, mais rien de plus.

L’initiative de Macron visait évidemment à faire rayonner la diplomatie française.

Mais à la suite de ce flop, on se demande comment Emmanuel Macron pourrait espérer passer pour un Jules César lorsque son ami américain le contraint à jouer les Ponce Pilate…

Conclusion

La dure réalité est que l’Occident a perdu la guerre en Syrie et que moins les pays étrangers se mêleront des affaires de ce pays, mieux celui-ci s’en portera.

Quant à la reconstruction éventuelle de la Syrie, nous savons par expérience que même si cette dernière devait se soumettre à toutes les conditions qu’exigeront les pays occidentaux, ceux-ci verseront à peu près rien de ce qu’ils auront promis.

Parlez-en aux Afghans et aux Irakiens.

Quant à Daech, vaincu sur les champs de bataille, il fait comme Al Qaida après sa défaite militaire en Afghanistan : il disparait dans la clandestinité.

Délivré de la gestion administrative de son califat, Daech pourra dorénavant se consacrer à ce pour quoi ses mécènes le paient et là où il excelle; l’attentat terroriste. Celui du 30 mars dernier en France nous en donne un aperçu…

Références :
Attaques dans l’Aude : Daech vise une nouvelle fois le cœur de la France
Bataille d’Afrine
Bataille de la Ghouta orientale
L’Élysée dément l’envoi de troupes en Syrie en soutien aux Kurdes
Les Etats-Unis vont partir « très vite » de Syrie, assure Donald Trump
Macron assure les Kurdes syriens du « soutien » de la France lors d’une rencontre à l’Elysée
Syrie: Macron assure les FDS du soutien de Paris dans le nord-est
Syrie: scènes de pillage à Afrine après l’entrée des forces pro-turques
Un contrôle douanier de la police française en Italie vire au clash diplomatique
Washington et Ankara tentent de régler leurs différends sur la Syrie

Paru depuis :
Only Assad’s victory will end Syria’s civil war. The west can do nothing (2018-04-09)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Syrie : Le baiser de Judas

25 janvier 2018

Un Kurdistan improbable

Démographiquement, les Kurdes constituent le peuple le plus important au monde qui n’ait pas son propre pays. Ce peuple parle le kurde et non l’arabe. Ils sont plus de quarante-millions de personnes dispersées sur un vaste territoire qui chevauche quatre pays.

Mais comme les Catalans en font l’expérience, il ne suffit pas d’avoir droit à un pays pour pouvoir le créer officiellement.

Kurdistan
 
Malheureusement pour les Kurdes, aucun pays ne veut d’un Kurdistan indépendant. Pour ce faire, l’Iran, l’Irak, la Syrie et la Turquie devraient être démantelés. Or quel allié de l’un d’eux peut se permettre le luxe d’en faire un ennemi ?

La guerre en Syrie s’est accompagnée d’une épuration ethnique. Les combattants kurdes, alliés des États-Unis, ont concentré la population kurde de Syrie dans une bande presque continue au sud de la Turquie (ce que ne reflète pas la carte ci-dessus).

Mais ces combattants, appelés Peshmergas, ont également conquis dans ce pays de vastes territoires occupés par des Arabes. Ces derniers les perçoivent de plus en plus comme des envahisseurs.

Une Turquie belliqueuse

Depuis des décennies, la Turquie opère un lent génocide contre ses ressortissants kurdes.

Les Pechmergas syriens et irakiens, sympathiques à la cause des leurs persécutés en Turquie, sont une menace aux yeux de la Turquie.

Le 14 janvier dernier, en annonçant la création d’une armée de trente-mille hommes dans le Kurdistan syrien, les États-Unis provoquaient la colère de la Turquie et lui fournissaient le prétexte pour déclencher une opération de nettoyage au sud de sa frontière.

Cette opération vise à dégager une zone tampon au sud de la frontière turque. Une zone tampon qu’Erdoğan souhaite créer depuis des années.

En affaiblissant les Peshmergas par ses bombardements, la Turquie veut également permettre aux milices islamistes qu’elle supporte de reconquérir les territoires sunnites actuellement aux mains des milices kurdes.

Les États-Unis insouciants

Quant à la réaction américaine, elle a consisté à demander à la Turquie de faire preuve de retenue. En langage diplomatique, cela signifie : « Allez-y. Tuez des Peshmergas tant que vous voulez. On n’a plus besoin d’eux; l’État islamique est vaincu.»

Malheureusement, les États-Unis n’ont pas compris que le terrorisme est un bizness. Tant que l’argent coule, la plus minuscule milice islamiste en Syrie peut devenir un autre Al-Qaida ou un autre Daech et créer un nouveau califat sur les ruines fumantes de celui de Daech.

La Tony Blair Faith Foundation n’a-t-elle pas démontré qu’entre le tiers et la moitié des rebelles en Syrie souhaitent commettre des attentats en Occident ?

En ce début de reconquête, les supplétifs à qui la Turquie fait parvenir des armes et des munitions en Syrie sont essentiellement des milices d’Al-Qaida. C’est donc cette organisation terroriste qui devrait reprendre de la vigueur pour l’instant dans ce pays.

Poutine, maitre du jeu en Syrie

La Russie est le seul pays qui entretient des relations avec tous les belligérants et qui a quelque chose à donner si on est gentil avec elle.

La Russie contrôle l’espace aérien syrien. En laissant le champ libre à la Turquie, la Russie veut prouver que les États-Unis abandonnent toujours leurs alliés (sauf Israël et l’Arabie saoudite).

Les Américains ont abandonné le chah d’Iran, les Chiites qui se sont soulevés contre Saddam Hussein à l’appel des États-Unis, Ben Ali en Tunisie, Moubarak en Égypte, le Qatar boycotté par ses voisins, et maintenant les Kurdes (qui n’en sont pas vraiment surpris).

Le message de Moscou est le suivant : nous, Russes, sommes fidèles à nos amis. Voyez Bachar el-Assad en Syrie. Voyez la minorité russe d’Ukraine.

En réalité, la Russie a laissé tomber Saddam Hussein en Irak et Kadhafi en Libye. Mais elle a pris de bonnes résolutions depuis.

Et voilà Erdoğan, aveuglé par son animosité envers les Kurdes, qui contribue involontairement à un exercice de propagande russe. Tout le Kremlin doit se tordre de rire.

Conclusion

L’annonce de la création d’une force militaire au sud de la Turquie, c’est le baiser de Judas de l’administration Trump aux Kurdes. C’est une preuve supplémentaire de son inaptitude à comprendre la complexité des grands enjeux internationaux.

C’est également la relance d’un conflit que les États-Unis ont fait trainer en longueur pendant des années afin de vendre des armes aux pays voisins inquiets.

Références :
Ankara accuse Washington de vouloir créer une armée de « terroristes » kurdes en Syrie
Le radicalisme des rebelles syriens
Syrie: discorde américano-turque après un entretien Trump-Erdogan
Turkey to extend Syria campaign to Kurdish-controlled Manbij
Turquie vs Kurdes vs État islamique

Parus depuis :
Syrie : les motifs et les enjeux de la bataille d’Afrin (2018-02-21)
Le Moyen-Orient, point fort de la stratégie diplomatique de Vladimir Poutine (2018-03-17)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les armes de Daech en Irak et en Syrie

15 décembre 2017

Introduction

Après l’effondrement du califat, l’heure est aux bilans.

L’organisme britannique Conflict Armament Research dévoilait hier les résultats d’une enquête effectuée de juillet 2014 à novembre 2017 sur l’origine de l’équipement militaire dont disposait l’État islamique (ÉI) en Irak et en Syrie.

Il est à noter que dans le cas précis de la Syrie, les enquêtes se sont déroulées de juillet 2014 à septembre 2015 et ce, seulement sur le territoire contrôlé par les forces kurdes, les seules qui, essentiellement, ont fait reculer l’ÉI dans ce pays.

De plus, réitérons qu’il ne s’agit pas de tout le matériel mis en œuvre au cours de cette guerre, mais très précisément de celui de l’ÉI.

L’étude porte sur des dizaines de milliers d’items ayant appartenu aux miliciens de l’ÉI; 1 832 armes, 40 984 munitions, sans compter divers ingrédients nécessaires à la fabrication de bombes artisanales.

Dates de fabrication

À partir des numéros de série, on peut juger de la date de fabrication de l’équipement militaire utilisé par l’ÉI. De manière générale, cet équipement était ancien.

Environ 60% de cet équipement avait été fabriqué avant 1990. Près de 40%, entre 1990 et 2009. Seulement 2% des armes (et 15% des munitions), depuis 2010.

Les armes les plus sophistiquées sont évidemment les plus récentes. Elles sont celles dont l’ÉI a fait l’acquisition le plus rapidement.

Seulement deux mois s’écoulent entre la sortie d’usine de certains missiles sol-sol antitanks et leur utilisation par l’ÉI.

Fabriqués en Bulgarie, ces missiles ont été achetés par les États-Unis, fournis aux forces antigouvernementales de Syrie pour détruire les tanks de l’armée de Bachar el-Assad, mais qui ont été refilés plutôt aux mercenaires de l’ÉI en Irak.

D’autres missiles plus anciens — fabriqués en Roumanie et vendus aux États-Unis ou vendues par la Bulgarie à l’Arabie saoudite — ont mis davantage de temps avant de tomber entre les mains de l’ÉI.

En plus du butin de guerre gagné sur le champ de bataille, une partie des armes utilisées par l’ÉI provient donc du transfert de matériel militaire des milices islamistes vers l’ÉI.

On ne doit jamais perdre de vue que toute l’essence consommée par le matériel roulant des milices islamiques provenait des puits de pétrole de l’ÉI (directement ou par le biais du marché noir).

L’armement servait donc parfois de monnaie d’échange pour obtenir du pétrole.

Pays producteurs

Environ 90% des armes et 87% des munitions avaient été produits en Chine, en Russie et dans d’anciennes républiques soviétiques. À eux seuls, le matériel russe ou chinois représente un peu plus de la moitié de cet approvisionnement.

À titre d’anecdote, signalons que dans une cache trouvée près de Mossoul, des sachets de Captagon™ (la drogue stimulante utilisée par les miliciens de l’ÉI) avaient été préalablement attachés à chacune des mitraillettes chinoises qui y étaient entreposées.

Dans le cas de l’armement fabriqué par d’anciennes républiques soviétiques (30% des armes et 20% des munitions), ils proviennent de Roumanie, de Hongrie, de Bulgarie, de Serbie, de Pologne, et de République tchèque.

Seulement 3% des armes et 13% des munitions avaient été fabriqués par des pays membres de l’OTAN (autres que des pays d’Europe de l’Est). Ce fut principalement le butin de guerre dont l’ÉI hérita lors de la prise de Mossoul (la deuxième ville d’Irak). De ce 3%, les deux tiers sont américains.

Quant aux explosifs, leurs ingrédients et composants — nitrate d’ammonium, nitrate de potassium, détonateurs, mèches, etc.— avaient été achetés en Turquie (et secondairement de Jordanie) sur une longue période temps auprès d’un petit nombre de fournisseurs.

Conclusion

Lorsque la branche irakienne d’Al Qaïda, discréditée dans ce pays et presque complètement anéantie, part faire le djihad en Syrie, elle bénéficie des largesses de l’Arabie saoudite et du Quatar offertes à n’importe quelle milice désireuse d’abattre le régime de Bachar el-Assad.

Très tôt, cet ‘équipement de départ’ est supplanté par le butin obtenu lors des conquêtes territoriales qui mènent à la création du califat et au changement de nom pour État islamique.

Or le califat chevauche deux pays, l’Irak et la Syrie. Le premier est un ancien allié de Moscou tandis que le second l’est toujours.

L’armement des forces gouvernementales de chacun de ses pays est le reflet de ses allégeances géopolitiques. On y trouve donc beaucoup d’armes russes, chinoises et d’anciennes républiques soviétiques.

Lorsque ces forces gouvernementales reculent devant l’avancée de l’ÉI ou d’autres milices islamistes, elles laissent sur place du vieux matériel ‘communiste’.

En Syrie, le recul des forces gouvernementales vers la Syrie dite ‘utile’ (à l’ouest) fait en sorte que le califat s’est retrouvé menacé sur le terrain par les milices islamistes soutenues par les États-Unis et l’Arabie saoudite.

Dans un premier temps, en équipant ces milices, on leur fournissait de nouvelles munitions compatibles avec leurs vieilles armes. Puis bientôt de nouvelles armes compatibles avec leurs vieilles munitions.

Puis, pour aider ces mercenaires à vaincre les milices de l’ÉI et les forces gouvernementales, leurs commanditaires leur ont bientôt fait parvenir des armes plus puissantes.

Dans le cas des missiles antitanks, leur fourniture s’effectue à l’encontre des résolutions de l’ONU et alors que les services de renseignements américains sont parfaitement conscients du danger que ces armes tombent entre les mains de l’ÉI.

Voilà pourquoi les États-Unis et l’Arabie saoudite préfèreront expédier des missiles bulgares et roumains, moins compromettants.

Référence :
Weapons of the Islamic State

Paru depuis :
La valse des armes au Proche-Orient (2017-12-16)


Compléments de lecture :
L’ABC de la guerre syrienne (1re partie)
L’ABC de la guerre syrienne (2e partie)
L’ABC de la guerre syrienne (3e partie)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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