Quand les accusations d’ingérence sont la prémisse d’un coup d’État

Publié le 19 juillet 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

Introduction

Les médias ont tendance à juger sévèrement le cheminement apparemment imprévisible du président américain. Comme si ce dernier était incapable d’une vision stratégique à long terme.

C’est ainsi que ses accusations d’ingérence chinoise dans les élections américaines sont perçues comme une marotte dont la dangerosité se limite à saper la confiance des Américains dans le système démocratique de leur pays.

En réalité, tout cela est beaucoup plus préoccupant qu’on pense.

Le cas roumain

Depuis deux ans, Emmanuel Macron s’est mêlé des élections en Géorgie, en Roumanie, en Moldavie et en Arménie afin d’y faire élire des dirigeants européistes et otaniens.

En 2024-2025, dans le cas de la Roumanie, les services de renseignements français ont soumis à leurs homologues roumains un rapport qui suggère faussement que la Russie aurait moussé sur TikTok la popularité d’un candidat à l’élection présidentielle en cours.

De plus, l’ambassadeur de France en Roumanie a fait pression sur le président de la Cour constitutionnelle roumaine à l’occasion d’une rencontre portant sur la démocratie et la nécessité de règlementer l’internet.

Pour verrouiller l’inéligibilité du candidat sur lequel la France s’acharnait, la Cour européenne des droits de la personne (CEDH) rendait, le lendemain de cette rencontre, un jugement qui stipule que le droit à des élections libres et démocratiques (en Roumanie comme ailleurs) n’est pas garanti dans le cas d’une élection présidentielle.

En raison de l’opacité de la magistrature, on ne saura jamais le rôle joué par des juges nommés par Macron dans cette décision de leurs collègues de la CEDH.

Le Titanic des élections de mi-mandat

Donald Trump est prisonnier du lobby juif américain et celui des sionistes chrétiens qui constituent la base de son électorat.

Or l’un et l’autre sont catégoriquement opposés à tout accord de paix qui leur semblera avantageux pour l’Iran.

La poursuite de la guerre contre ce pays provoquera inévitablement une nouvelle hausse du prix du pétrole et le mécontentement des consommateurs américains.

La conséquence, déjà prévisible, est une débâcle des candidats républicains lors des prochaines élections législatives de mi-mandat.

Ce qui inquiète Donald Trump, c’est moins la perte de son pouvoir presque absolu sur le Congrès, que la menace que cette perte fait peser sur l’enrichissement actuellement illimité de l’empire financier de Trump à la faveur de l’exercice de ses fonctions présidentielles.

La deuxième tentative de coup d’État

Les accusations répétées de Trump selon lesquelles l’élection présidentielle qu’il a perdue en 2020 contre Joe Biden était truquée ont été la prémisse de sa première tentative de coup d’État, le 6 janvier 2021.

De manière similaire, on doit prévoir que les accusations répétées contre l’ingérence chinoise soient la prémisse d’une contestation à la roumaine du résultat des élections de mi-mandat.

Une contestation qui justifiera les pouvoirs exceptionnels dont il se dotera pour contrer ceux d’un congrès qui sera composé en bonne partie d’adversaires politiques élus grâce à la Chine, prétendra-t-il.

D’où l’application immédiate de décrets présidentiels que les tribunaux américains mettront des mois à invalider. Voilà, concrètement, en quoi consistera cette deuxième tentative d’usurpation du pouvoir.

Dans la conclusion de notre texte au sujet de l’inéligibilité de Nicolas Sarkosy, nous écrivions :

Lorsqu’on confie à la magistrature le pouvoir de condamner quelqu’un à une peine d’inéligibilité, cela correspond au pouvoir des juges de priver le peuple de son droit de choisir ses dirigeants.

Ce pouvoir exceptionnel se justifie exclusivement dans un cas très précis : lorsqu’on est condamné pour tentative de coup d’État.

Par définition, un coup d’État a pour but de s’emparer du pouvoir indépendamment de la volonté populaire. C’est une négation de la souveraineté du peuple et conséquemment, un crime contre la Démocratie qui mérite l’emprisonnement et la peine de mort politique, soit l’inéligibilité.

À la suite de la première tentative de coup d’État de Donald Trump, les États-Unis ont négligé de colmater une faille que n’avaient pas prévue les pères fondateurs de la démocratie américaine.

Il y a tout lieu de craindre que cette négligence déclenche des troubles importants aux États-Unis quand seules les armes — celles de l’armée ou celles des citoyens — seront capables de mettre fin aux abus de pouvoir de Donald Trump.

Références :
Assaut du Capitole par des partisans de Donald Trump
Dans un discours à la nation, Trump accuse la Chine d’ingérence électorale
Déchiffrer Donald Trump
États-Unis : l’importance politique des sionistes chrétiens
L’ambassadeur de France en visite au CCR – Discussions sur la démocratie et la nécessité de réglementer Internet (en roumain)
La volonté populaire en Europe soumise à la dictature des juges : le cas de la Roumanie
L’inéligibilité de Sarkozy : les juges vs la souveraineté du peuple

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Faciliter l’éradication des Palestiniens en les désarmant

Publié le 22 mai 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

Un plan de paix complice

Il y a deux jours, le représentant américain au Conseil de sécurité de l’Onu présentait le premier rapport du Conseil de la paix. Cet organisme a été mis sur pied par Donald Trump afin de vérifier la mise en œuvre de son plan dans la bande de Gaza.

La première phase de ce plan prévoyait la cessation des hostilités et un échange de prisonniers entre les belligérants.

Cet échange a bien eu lieu. Toutefois, l’armée israélienne a continué de bombarder quotidiennement la population gazaouie, mais avec moins de vigueur qu’avant.

La deuxième phase prévoyait le désarmement du Hamas (auquel le Hamas n’a jamais consenti) en contrepartie du retrait souhaitable de l’armée israélienne du territoire occupé.

Dans le rapport remis à l’Onu, le Conseil déclare que le Hamas est le principal obstacle à la poursuite du plan de paix de Trump.

Nature du Hamas

Dans le contexte d’une guerre coloniale, le colonisé a non seulement le droit de se défendre, mais également celui d’attaquer par les armes son colonisateur… du moment qu’il le fait en respectant le Droit de la guerre.

En pareil cas, le colonisateur ne possède pas, légalement, le droit de répliquer. Si c’était le cas, le Droit international reconnaitrait le droit de réprimer ceux qui s’opposent à leur dépossession et conséquemment, cautionnerait le droit de coloniser.

Les pays occidentaux ont choisi le contraire, soit de considérer le Hamas comme une organisation terroriste.

En réalité, le Hamas est le gouvernement de la bande de Gaza. En temps normal, c’est lui qui assure l’ordre et tous les services publics qui ne sont pas défrayés par des bienfaiteurs étrangers (Onu et pétromonarchies, notamment).

Depuis la réplique israélienne aux attaques du Hamas, ce dernier vit dans la clandestinité.

Quand le désarmement conduit au chaos

Rami Abou Jamous est un journaliste palestinien qui décrit le quotidien des personnes qui vivent dans la bande de Gaza.

Le 15 mai dernier, il écrivait :

[L’armée israélienne] cible particulièrement les policiers, afin de susciter le chaos sécuritaire à Gaza. Cela n’arrête pas. Presque chaque jour, un commissariat, un 4×4, un poste de contrôle est visé.

Un mois plus tôt, il écrivait :

[Si le Hamas] accepte de [se] désarmer, ce sera le début d’une guerre civile à Gaza. Les milices armées par les Israéliens auront le champ libre.
[…]
Le véritable objectif d’Israël, c’est la guerre civile. Il a vu que, malgré le génocide, beaucoup de Gazaouis veulent résister en restant chez eux. Mais si une guerre civile éclate, [ceux-ci] partiront.

Le massacre de Sabra et de Chatila

Les Palestiniens se souviennent de ce qui arrive lorsqu’ils sont sans défense.

Après avoir été chassée de Jordanie en 1970, l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) s’était réfugiée au Liban.

Le 6 juin 1982, l’armée israélienne envahit ce pays et s’arrête aux portes de la capitale libanaise.

Afin d’éviter un affrontement meurtrier (autant pour l’OLP que pour l’armée israélienne), l’OLP signe le 20 aout 1982 un accord en vertu duquel elle quitte le Liban pour la Tunisie en contrepartie de l’engagement de l’armée israélienne de ne pas avancer davantage dans la ville.

Mais Israël ne respecte jamais sa parole.

Alors que l’OLP n’est plus là pour protéger les réfugiés palestiniens,
l’armée israélienne envahit Beyrouth-Ouest le 15 septembre 1982, contrairement à l’accord de cessez-le-feu signé un mois plus tôt.

Israël justifie ce redéploiement par la nécessité de maintenir l’ordre et de détruire l’infrastructure laissée par les terroristes.

Les 16 et 17 septembre, alors que les camps de Sabra et Chatila sont encerclés par l’armée israélienne et que celle-ci empêche les habitants de s’en échapper, elle laisse entrer les milices chrétiennes (financées secrètement par le ministère de la Défense israélienne) qui y tueront hommes, femmes et enfants pendant ces deux jours.

Le massacre fit entre 800 et 3 500 victimes.

Conclusion

Depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, le gouvernement américain est — plus que jamais — à la solde d’Israël.

Ce que l’armée israélienne n’a pas réussi à faire depuis son invasion de la bande de Gaza, le 27 octobre 2023, Donald Trump croit y parvenir par des moyens ‘diplomatiques’.

Mais peut-on parler de diplomatie quand le principal intéressé (le Hamas) est exclu des discussions ?

Bref, Donald Trump voudrait que les Palestiniens oublient tout ce que l’histoire leur a appris (notamment au Liban) et n’offrent plus aucune résistance à leur dépossession violente.

Références :
Conseil de la paix
Gaza : le Conseil de la paix de Donald Trump étale son impuissance devant l’ONU
Gaza : les mots qui comptent
« Il n’y a pas de cessez-le-feu à Gaza »
Le Hamas est le « principal obstacle » au plan de paix, selon le Conseil de paix créé par Trump
Mouawad et la guerre civile libanaise
Plan de paix pour Gaza
« Si le Hamas est désarmé, c’est la guerre civile à Gaza »

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Trump pourrait gagner la guerre en Iran

Publié le 19 avril 2026 | Temps de lecture : 7 minutes

Une occasion ratée

Ce qui s’est passé au Pakistan il y a une semaine n’a pas été une négociation, mais une rencontre.

L’Iran y avait délégué 71 personnes et s’attendait à ce que les pourparlers durent plusieurs jours. Toutefois, après une vingtaine d’heures, la délégation américaine a mis abruptement fin à la discussion.

En gros, la délégation américaine a tenté de convaincre les Iraniens qu’on devrait remettre la pâte dentifrice dans le tube. C’est-à-dire cesser les hostilités (comme avant la guerre), rouvrir le détroit d’Ormuz (comme il l’était avant) et continuer l’imposition de sanctions économiques à l’Iran (comme si rien ne s’était passé). Et seules différences; l’abandon du programme nucléaire iranien et du financement de ses alliés dans la région.

En somme, Washington se rendait au Pakistan afin de recueillir la capitulation de l’Iran.

Pour les Iraniens, cette guerre est une occasion de crever l’abcès.

Et l’abcès, ce sont des décennies de sanctions économiques, des attaques aériennes israéliennes à répétition, des assassinats ciblés (contre un général iranien, tué par décision de Trump) ou contre des scientifiques œuvrant au programme nucléaire iranien (tués par Israël).

L’Iran en a assez.

Si ce pays devait simplement accepter la fin des hostilités sans qu’on ait réglé les problèmes de fond, cette guerre n’aura servi à rien.

Aussitôt la guerre terminée, des capitaux occidentaux et des fonds souverains arabes entreprendront le creusage d’un canal qui permettra d’éviter le détroit d’Ormuz en reliant le golfe Persique à la mer d’Arabie (en traversant les Émirats et Oman).

Dès le canal achevé, la guerre reprendra en Iran là où elle aura été interrompue.

À la rencontre pakistanaise, l’administration Trump n’a pas compris que l’Iran lui donnait une occasion de sortir de cette guerre la tête haute.

Si Washington avait accepté que la levée complète des sanctions économiques soit l’élément central des négociations à venir, Donald Trump aurait pu obtenir le maximum de concessions de la part de l’Iran.

Quelles concessions ?

Le programme nucléaire iranien

L’Iran voudra-t-il abandonner son programme nucléaire (en partie ou en totalité) ?

Très certainement puisque c’est ce qu’il avait convenu au cours des négociations qui se sont tenus immédiatement avant le déclenchement sournois de cette guerre.

Toutefois, l’Iran n’abandonnera jamais la fabrication des isotopes radioactifs utilisés en médecine nucléaire.

Encadré par des inspections de l’Onu, l’Iran peut se doter d’un programme nucléaire civil sans que cela soit une menace à la sécurité d’Israël. C’est ce que l’Iran avait accepté dans le cadre des Accords de Vienne sur le nucléaire iranien, signés en 2015.

Au cours des négociations que cette guerre a interrompues, l’Iran était même prêt à accepter que son uranium soit entreposé chez une puissance amie (la Russie, par exemple) et livré au fur et à mesure de ses besoins.

La Troisième guerre du Golfe prouve, du moins jusqu’ici, que la possession de l’arme nucléaire n’a pas l’effet dissuasif qu’on croyait.

En effet, Israël subit d’importants bombardements malgré que ce pays soit une puissance nucléaire.

En désespoir de cause, si le gouvernement israélien décidait de recourir à l’arme nucléaire, cela justifierait l’acquisition de la bombe atomique par la République islamique. Et d’ici là, l’Iran pourrait répliquer en achetant des bombes nucléaires à la Corée du Nord (qui jouit probablement déjà à l’idée de leur en fournir).

À une négociation future, les négociateurs américains pourraient facilement convaincre l’Iran de l’inutilité de posséder une arme redoutable, mais qu’on ne peut pas utiliser.

Donc, au sujet du programme nucléaire iranien, Trump pourrait obtenir d’importantes concessions en échange de la levée complète des sanctions économiques.

Les drones et les missiles iraniens

Est-ce que l’Iran voudra renoncer à posséder de telles armes ? C’est comme demander à Trump de renoncer à son orgueil démesuré.

Jamais les Iraniens ne renonceront à leur seul moyen de se protéger des attaques aériennes d’Israël, c’est-à-dire d’un État hostile qui ne respecte jamais sa parole.

Le changement de régime

Cela n’est pas nécessaire. Il suffit que Téhéran accepte d’assouplir sa rigueur pour que cela constitue une victoire pour tous.

Des réserves américaines au plus bas

En quatre ans, la fourniture d’armement à l’Ukraine a sévèrement diminué les stocks de l’armée américaine.

Plus près de nous, la réplique israélienne à l’attaque du Hamas a provoqué une autre ponction dans les réserves américaines.

Dès les premiers jours de la Troisième guerre du Golfe, les États-Unis ont consommé une quantité très importante de bombes et de missiles. Le but recherché était de foudroyer l’ennemi. Ce qui ne s’est pas produit.

Puisque l’Iran résiste, les États-Unis ont, par exemple, utilisé en six semaines plus de missiles Tomahawk qu’ils peuvent en produire annuellement.

À ce rythme, ils en manqueraient dans quelques mois. D’où la nécessité absolue pour les États-Unis de négocier la paix avec l’Iran le plus tôt possible.

Conclusion

Les États-Unis ont été battus au Vietnam et en Afghanistan par des guérillas qui étaient armées de grenades et de kalachnikov.

À l’aide de missiles et de drones sophistiqués, l’Iran s’est montré capable de détruire les armes les plus puissantes de l’arsenal américain.

Si l’administration Trump devait ordonner l’invasion militaire de l’Iran, comment feront les soldats américains en sol découvert, alors des drones tourbillonneront autour d’eux comme des essaims de guêpes ?

Au-delà de la pénurie d’armes, comment convaincre les soldats américains de l’importance de risquer leur vie pour Israël ? Parce qu’il faut bien se le dire; la Troisième guerre du Golfe est essentiellement un conflit israélo-iranien dans laquelle les États-Unis se sont laissé entrainer.

Bref, il est impossible pour l’armée américaine de remporter cette guerre. Et elle le sait.

Les victoires que Donald Trump ne peut pas gagner sur les champs de bataille, il peut les remporter en pacifiant tous les pays riverains du golfe Persique. Ce que personne avant lui n’a réussi à faire.

Puisque le modèle de développement économique poursuivi par toutes les pétromonarchies depuis des décennies s’appuyait un mirage — une paix garantie par les États-Unis — ces pays n’ont pas d’autre choix que de s’entendre avec l’Iran.

Une fois le golfe Persique pacifié, pour étendre cette paix à l’ensemble du Proche et du Moyen-Orient, il ne restera à Trump que la tâche de mater le tigre israélien.

Bonne chance…

Références :
Accord de Vienne sur le nucléaire iranien
Guerre au Moyen-Orient : l’utilisation massive de missiles Tomahawk par l’armée américaine inquiète le Pentagone

Paru depuis : Chinese military experts take stock of US munitions weak spot exposed by Iran war (2026-04-23)

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la Troisième guerre du Golfe, veuillez cliquer sur ceci.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’antéchrist américain

Publié le 13 avril 2026 | Temps de lecture : 1 minute

Sur son compte X, Donald Trump s’est représenté hier soir en Jésus de Nazareth.

Cette image blasphématoire a été retirée ce matin en raison du tollé qu’elle a provoqué.

Paru depuis : Une image de Trump en Jésus cause un malaise (2026-04-13)

Postscriptum du 14 avril : l’adjectif ’américain’ a été ajouté au titre de ce texte.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Groenland : Trump est sérieux

Publié le 18 janvier 2026 | Temps de lecture : 6 minutes

Vers le plus grand pays du monde

Selon toute vraisemblance, les États-Unis annexeront le Groenland. Et ce, pour trois raisons.

Premièrement, parce que Donald Trump le veut. Deuxièmement, parce qu’il le peut. Et troisièmement, parce qu’indépendamment du succès ou de l’échec de ses politiques économiques, l’annexion du Groenland est un évènement qui le fera passer à l’histoire.

Dans un siècle, personne aux États-Unis ne se rappellera que Barack Obama s’est vu décerner le prix Nobel de la paix en 2009. Mais tous les petits écoliers américains apprendront que grâce au bon président Trump, les États-Unis ont accru leur territoire de 22,5 %, devenant ainsi le deuxième pays le plus étendu au mande, avec leurs 11 797 505 km², devançant le Canada avec ses 9 984 670 km².

D’autre part, bien après Trump, si l’Otan devait réussir son rêve de conquérir et de démanteler la Russie (actuellement le plus vaste pays du monde), l’annexion groenlandaise fera passer le territoire américain au premier rang mondial.

Pour un être narcissique comme Donald Trump, l’occasion est irrésistible.

L’annexion du Groenland violerait-elle le Droit international ?

Oui. Et après ?

Dans l’état normal des choses, le fort impose sa volonté au faible.

Toutefois, ce qui empêche un pays de sombrer dans le chaos et l’anarchie, c’est que l’État dispose de quatre moyens répressifs; la police, les tribunaux, les prisons et l’armée.

Grâce à ses moyens répressifs, l’État devient le plus fort de tous et conséquemment, impose sa volonté à l’ensemble de sa population.

À la différence de nos gouvernements municipaux, provinciaux et fédéral, aucune instance supranationale ne possède de moyen répressif capable de faire respecter le Droit international.

Or l’histoire du Monde nous enseigne que la scène internationale est le théâtre de la brutalité des nations. Ceux qui ignorent cette vérité fondamentale sont condamnés à vivre dans l’indignation perpétuelle en raison de leur méconnaissance des ressorts du monde.

La double impuissance d’Emmanuel Macron

Il y a quelques jours, Emmanuel Macron déclenchait l’opération ‘Arctic Endurance’ (notez l’anglais, qui fait tellement plus sérieux), afin d’obliger Donald Trump à respecter le Droit international.

Une quinzaine de soldats français, appuyés par d’autres soldats européens, auront pour mission de protéger le Groenland des visées impérialistes des États-Unis.

À l’annonce de cette nouvelle, j’ai écrit sur Facebook qu’il suffira à Donald Trump d’imposer à la France de nouveaux tarifs douaniers pour que Macron, repenti, vienne lui lécher les bottes et lui demander pardon.

Or il semble bien que ce soit exactement ce qui est en train de se produire.

Si Emmanuel Macron voulait faire oublier son impuissance à faire obstacle à l’adoption européenne du traité EU-Mercosur, ce deuxième revers constitue une humiliation publique de la France, mise échec et mat par l’incapacité de son chef d’État à voir plus loin que le bout de son nez.

L’Otan et le conflit américano-danois

En juillet 1974, la Turquie (membre de l’Otan) s’est emparée de 38 % de l’ile méditerranéenne de Chypre qui, jusque-là, appartenait en totalité à la Grèce (également membre).

L’Otan ne s’en est pas mêlée.

En dépit de cela, nombreux sont les commentateurs qui, sur l’internet, s’imaginent que l’Otan pourrait sévir contre les États-Unis (le principal financier de l’Otan) si Donald Trump envahissait le Groenland.

Comment peut-on être à ce point stupide ?

Le lombric et le merle d’Amérique

Il y a de ces petites bêtes qu’on craint en raison de leur pouvoir vénéneux. Ce n’est pas le cas du Danemark. Ce royaume est un petit pays inoffensif dont la sécurité repose sur la bienveillance de ses voisins. Aussi nu qu’un ver de terre.

À la suite du sabotage des gazoducs Nord Stream, survenu en septembre 2022, les enquêteurs danois n’osèrent pas imaginer l’hypothèse que le méfait puisse avoir été commis par les États-Unis alors que Joe Biden lui-même a avoué son intention de le commettre après en avoir obtenu la permission du chancelier allemand Olaf Scholz en visite à Washington.

Quand le territoire danois est survolé par de mystérieux drones à batterie, le premier réflexe des dirigeants du pays est de déclarer que ‘ça ne peut être que la Russie’.

Il est vrai que Moscou, ces jours-ci, est capable de bien des méfaits. Mais où sont les preuves dans le cas de ces drones ?

Peut-on imaginer que ces engins — qui ont aussi survolé la Norvège, la Belgique et la France sans qu’on ait trouvé le moindre coupable — puissent faire partie d’une vaste campagne de manipulation de l’opinion publique occidentale ?

Menacé ouvertement d’annexion territoriale par les États-Unis, le Danemark s’entête à croire que son principal danger est une invasion militaire russe alors que jamais au grand jamais Moscou n’a manifesté la moindre intention d’envahir un pays de l’Otan.

Et pour se protéger d’un danger inexistant, le Danemark achète à tour de bras de l’équipement militaire américain, notamment des chasseurs-bombardiers qui ne peuvent décoller sans une clé numérique émise par les États-Unis et renouvelée aux 72 heures par le Pentagone.

Bref, ces pauvres Danois peuvent bien manifester par milliers à Copenhague contre l’intention trumpienne d’envahir le Groenland, mais tant qu’ils voteront pour des politiciens atlantistes qui, aveuglément, remettent le sort du royaume entre les mains des États-Unis, ils doivent s’attendre au pire.

Bref, aide-toi et le ciel t’aidera.

Références :
Des projets pour l’éclatement de la Russie
Droit international et géopolitique (deuxième partie)
Groenland : Trump durcit le ton, l’Europe se dit prête à se défendre
Groenland : une mission militaire européenne débute avec des soldats français
La tentation groenlandaise de Trump
Le mystère des drones en Europe occidentale/a>
Le sabotage des gazoducs Nord Stream par les États-Unis
Ukraine et Russie : l’échec cuisant de Victoria Nuland

Complément de lecture : Emmanuel Macron lance un vif rappel à l’ordre aux industriels de la défense

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’assassinat de Charlie Kirk et l’incendie du Reichstag

Publié le 12 septembre 2025 | Temps de lecture : 3 minutes

Pourquoi les faits divers survenus aux États-Unis (dont l’assassinat récent de Charlie Kirk) occupent-ils autant d’importance dans nos médias au point de faire les manchettes pendant plusieurs jours consécutifs ?

Qu’on les mentionne chez nous — comme c’est le cas pour d’autres faits divers survenus ailleurs — cela compréhensible puisque c’est le rôle de nos médias de nous informer de ce qui se passe à travers le monde.

Mais pourquoi nos médias déploient-ils autant de ressources journalistiques pour rendre compte des moindres détails de l’enquête policière à ce sujet ? Les curieux peuvent toujours consulter les médias américains; ils en parlent à longueur de journée.

L’asservissement volontaire de nos médias à l’actualité américaine entraine l’américanisation de nos mentalités. Si nous ne voulons pas devenir le 51e État des USA, il faudra que nos médias cessent de se comporter comme de simples relais des préoccupations de nos voisins du Sud.

Chaque année, aux États-Unis, des milliers de personnes sont assassinées en raison de la prolifération des armes dans ce pays. À la différence que Charlie Kirk a été tué pour ses opinions politiques.

Dans ce sens, il serait tentant de comparer son meurtre à celui de Martin-Luther King. Mais associer les deux serait une erreur.

La disparition tragique du premier martyr du mouvement MAGA (Kirk) est utilisée par l’administration Trump de la même manière que l’incendie du Reichstag l’a été par le gouvernement allemand en 1933.

Rappelons qu’à la suite de cet incendie, l’adoption d’un décret présidentiel constitua une des étapes décisives de la mise en place de la dictature nazie.

La guerre culturelle qui a cours aux États-Unis a débuté bien avant l’arrivée au pouvoir de Donald Trump. Mais elle atteint son apogée depuis son retour au pouvoir.

Actuellement, toute la Droite américaine — qui, en réalité, est une Extrême droite — accuse unanimement la ‘Gauche radicale’ d’être la véritable responsable de cet assassinat.

Il est à craindre que ce fait divers puisse servir de prétexte pour museler toute opposition au mouvement MAGA sur les médias sociaux. Et ce, avec d’autant plus d’empressement qu’ils appartiennent aux oligarques qui sont les piliers du régime Trump.

Ne pas anticiper cette attaque frontale contre les libertés civiques américaines est typique de nos médias; ceux-ci ne voient jamais plus loin que le bout de leur nez. Mais réfugiés dans l’univers vertueux qui est le leur, on peut anticiper qu’ils ne manqueront pas de s’en surprendre et de s’en scandaliser.

Références :
Charlie Kirk’s shocking killing sets the stage for a dangerous federal crackdown
Incendie du Reichstag
Le meurtrier présumé de Charlie Kirk a été arrêté, confirme le FBI

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’entente tarifaire entre la Malaisie et les États-Unis

Publié le 5 août 2025 | Temps de lecture : 3 minutes

La Malaisie est un pays du Sud-est asiatique peuplé de trente-cinq-millions d’habitants. Son PIB — de 1,2 mille-milliards de dollars (le triple de celui du Québec) — le place au trentième rang mondial.

Le gouvernement malaisien a conclu hier une entente tarifaire avec l’administration Trump. Sa comparaison avec l’entente intervenue plus tôt avec la Commission européenne permet de comprendre ce à quoi la guerre tarifaire américaine voulait aboutir.

En vertu de son entente à elle, la Malaisie accepte que ses exportations vers les États-Unis soient taxées à hauteur de 19 %, (comparativement à 15 % pour les exportations européennes).

Ce taux (19 %) est exactement celui qui sera imposé à toutes les grandes économies de la région, soit l’Indonésie, la Thaïlande et les Philippines. Par contre, le tarif imposé au Vietnam est légèrement supérieur (20 %).

Non seulement la Malaisie renonce-t-elle à répliquer par des contre-tarifs, mais elle réduira ou abolira ses tarifs existants à l’encontre de 98,4 % des biens américains. Ce à quoi l’UE semble également avoir consenti.

De plus, la Malaisie réduira ses barrières non tarifaires (notamment celles reliées à l’attribution des contrats publics), et cessera d’exiger que les médias sociaux contribuent financièrement à un fonds d’État.

Toutefois, les semiconducteurs et les médicaments génériques malaisiens, déjà exemptés des taxes douanières américaines, continueraient de l’être.

D’autre part, le gouvernement malaisien s’engage à ce que la pétrolière qu’il possède (Petronas) achète annuellement pour 3,4 milliards$ de gaz fossile liquéfié des États-Unis.

En 2016, la Malaisie s’est engagée à réduire ses gaz à effet de serre en signant l’Accord de Paris sur le climat. L’entente tarifaire intervenue hier vise à faire en sorte que les pétrolières américaines soient protégées du virage écologique de la Malaisie (et de l’UE) en leur assurant d’un niveau plancher de ventes internationales.

En somme, si la Malaisie et l’UE réduisent leur consommation de gaz fossile, cette baisse devra se faire aux dépens de pays producteurs comme le Qatar ou la Russie, mais pas aux dépens des États-Unis.

Et si les autres pays producteurs décident de baisser leurs prix en raison de leur surproduction, les gazières américaines ne seront pas obligées de réduire les leurs, assurées du marché captif créé par Trump en Europe et en Asie.

D’autre part, la Malaisie s’engage à ce que ses producteurs de semiconducteurs, son industrie aérienne et ses centres de données achètent pour 150 milliards$ d’équipements américains au cours des cinq prochaines années.

Cela comprend l’achat déjà conclu de soixante avions de Boeing à Malaysia Airlines, au cout de 19 milliards$.

Références :
Liste des signataires de l’accord de Paris sur le climat
Malaysia
Malaysia agrees to boost tech, LNG purchases from U.S. as part of trade deal
Malaysia’s US tariff deal comes with US$240 billion price tag

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La capitulation de la Commission européenne face à Trump

Publié le 30 juillet 2025 | Temps de lecture : 5 minutes

Introduction

Dirigée par Ursula von der Leyen, la Commission européenne est le ‘Conseil des ministres’ de l’Union européenne (UE).

Sous la menace de sanctions économiques, la Commission a finalement consenti dimanche dernier à un accord douanier avec les États-Unis.

Cet accord, qui doit ultérieurement être ratifié par les 27 pays membres de l’UE, prévoit trois choses :
• l’UE consent à ce que Washington impose une taxe de 15 % à tous produits européens qui entrent aux États-Unis,
• au nom des pays membres, l’UE s’engage à acheter pour 750 milliards$ de combustibles fossiles américains au cours des trois prochaines années, et
• l’UE promet d’investir 600 milliards$ de plus dans l’économie américaine.

La taxe de 15 %

Précédemment, l’administration Trump avait imposé un tarif douanier de 4,8 % à l’Europe, auquel s’était ajoutée une surtaxe de 10 %.

En tant que pays souverain, les États-Unis sont libres d’imposer des taxes à l’importation à tous les pays avec lesquels ils ne sont pas liés par des traités de libre-échange.

De son côté, en tant qu’entité étatique, l’UE est également libre de répliquer par ses propres taxes à l’importation.

La nouveauté de cette entente, c’est que l’UE accepte la pénalité imposée à ses entreprises exportatrices et renonce à répliquer par des contre-tarifs.

L’achat d’hydrocarbures américains

La Commission européenne souligne que l’achat de gaz fossile liquéfié (et, secondairement, de pétrole) en provenance des États-Unis lui permettra de remplacer ses importations de gaz russe.

Puisque la demande mondiale de gaz fossile s’accroit, la Russie écoulera donc facilement son gaz sur les marchés internationaux.

Ce que Mme von der Leyen oublie de dire, c’est que le gaz fossile russe était le moins cher au monde. L’UE peut bien acheter pour 750 milliards$ de gaz liquéfié américain, mais elle obtiendra considérablement moins de combustible pour cette somme. Si cela est insuffisant, l’UE devra se procurer le reste ailleurs.

Dans tous les cas, augmenter le cout d’acquisition de son énergie nuit à la compétitivité de l’industrie lourde européenne. Et en augmentant sa dépendance à l’égard des États-Unis, l’Europe accroit sa vassalisation à l’égard de Washington.

De plus, les contrats avec la Russie étaient libellés en euros alors que les achats aux États-Unis le sont en dollars américains. Dans l’éventualité d’une crise économique majeure, l’UE aurait conservé son pouvoir de payer son approvisionnement russe puisque l’UE a la main sur la planche à billets.

D’autre part, l’UE a toujours soutenu que le gaz fossile était un combustible de transition vers les énergies renouvelables. C’est ainsi que depuis 2019, le Pacte vert européen prévoyait de mobiliser mille-milliards d’euros d’investissements publics et privés pour développer les énergies propres.

Le Pacte vert prévoyait donc une réduction de la consommation de combustibles fossiles par l’Europe.

L’entente intervenue entre l’administration Trump et la Commission européenne assurent les pétrolières américaines de la stabilité de la demande européenne d’hydrocarbures.

En conséquence, les commissaires européens devront s’assurer de l’échec temporaire de la transition écologique de l’Europe.

Les investissements garantis aux États-Unis

Une des grandes priorités de l’administration Trump est de rapatrier aux États-Unis une partie de la capacité industrielle délocalisée à l’Étranger au cours des quatre dernières décennies.

C’est ainsi que l’imposition de taxes à l’importation vise à motiver les entreprises étrangères à venir produire aux États-Unis ce qui est destiné au marché américain.

La Commission européenne fait valoir que garantir 600 milliards$ d’investissements aux États-Unis est anodin puisque cela correspond aux intentions actuelles de ses grands groupes industriels.

Toutefois, en garantissant de tels investissements, l’UE s’engage à subventionner son propre déclin économique si jamais l’administration Trump supprime ses tarifs de 15 % en raison de leurs conséquences inflationnistes.

Conclusion

En décembre 2022, j’avais qualifié la présidente de la Commission européenne de ‘tigresse de papier’. Dimanche dernier, sa capitulation devant Donald Trump en est une parfaite démonstration.

Dès la ratification de ce traité, Bruxelles acceptera la perte de sa souveraineté puisque ses engagements économiques (achats d’hydrocarbures, investissements garantis) sont libellés en dollars américains. Ce qui place l’Union européenne sous l’autorité des tribunaux des États-Unis en cas d’infraction à l’entente selon Washington. Comme une simple république bananière.

Plutôt que de taxer les géants de l’internet — qui sont les piliers du régime Trump — la Commission européenne a choisi la politique du moindre mal.

Ç’a aurait pu être pire’ disent les commissaires européens pour se justifier.

En effet, il y a toujours des défaites plus cuisantes…

Références :
EU and US announce trade deal: What you need to know
Guerre commerciale : ce que l’on sait de l’accord avec l’Union européenne
La consommation mondiale de gaz naturel atteint un record en 2024
Un plan de financement européen ambitieux pour une transition énergétique juste

Paru depuis : Investor confidence in EU drops after Trump’s Brussels trade deal (2025-08-04)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La taxe numérique et les degrés de l’assujettissement

Publié le 4 juillet 2025 | Temps de lecture : 9 minutes


 
Introduction

Pour convaincre les Canadiens de reporter au pouvoir le Parti libéral du Canada, les stratèges de ce parti ont choisi de commercialiser Mark Carney — un technocrate respecté de la finance mondialisée — comme le rempart du Canada contre Donald Trump.

Mais voilà qu’à peine élu, ‘Capitaine Canada’ a préféré jeter les gants plutôt que de livrer son premier combat contre le président américain.

La taxe sur les services numériques

Il y a quelques jours, les géants du Web devaient effectuer le premier versement d’une taxe d’équité fiscale intitulée ‘Taxe sur les services numériques’.

Celle-ci visait toutes les entreprises qui font affaire au Canada et dont les revenus mondiaux dépassent 750 millions d’euros par année, de même que les entreprises canadiennes offrant des services numériques dont les revenus dépassent 20 millions de dollars canadiens par année.

Au lieu d’interdire l’évitement fiscal qui permet aux grandes entreprises de ne pas payer leur juste part d’impôt en délocalisant leurs profits à l’Étranger, Ottawa avait choisi de s’attaquer spécifiquement aux géants de l’informatique. C’était un premier pas, nous disait-on.

Cette taxe devait rapporter 7,2 milliards de dollars sur cinq ans au fisc canadien. Ottawa l’a abandonné parce qu’elle suscitait la colère de Donald Trump.

Pourquoi ?

Les fondements de l’économie américaine

Selon la CIA World Factbook le secteur agricole compte pour 0,9 % du PIB américain, l’industrie manufacturière pour 17,6 % et les services pour 76,4 %.

Seulement 4 à 8 % des travailleurs américains œuvrent dans le secteur manufacturier. C’est le résultat d’un demi-siècle de mondialisation. Une mondialisation qui a consisté à délocaliser vers l’Asie des millions d’emplois occidentaux qui pouvaient être occupés ailleurs par une main-d’œuvre à moindre cout.

Face aux tarifs douaniers de Trump, les mesures de représailles d’Ottawa (limitées au secteur manufacturier américain) sont de la poudre aux yeux; ce n’est pas cela qui fait mal à l’économie américaine.

Ce qui ferait réellement mal, c’est de cibler le secteur tertiaire. Notamment la location de logiciels sur une base annuelle, l’hébergement infonuagique, la publicité sur les médias sociaux, le commerce électronique, la collecte et la vente des données personnelles, de même que les services de musique et de vidéos sur demande.

Les oligarques du Web sont les piliers de l’administration Trump. Les cibler équivaut à s’attaquer au cœur du régime.

Voilà pourquoi la taxe numérique du Canada irritait au plus haut point le président américain. D’autant plus que sa réussite aurait pu faire tache d’huile et inciter d’autres pays à imiter le Canada.

Pourquoi capituler ?

Pour obtenir l’abandon de la taxe sur les services numériques, Donald Trump n’a eu qu’à froncer les sourcils, c’est-à-dire de menacer de suspendre les négociations qui ont pour but d’aboutir à une version ‘améliorée’ de l’accord de libre-échange actuellement en vigueur (l’ACÉUM).

Au moment de sa signature, cet accord a été présenté comme le plus extraordinaire traité intervenu à ce jour. Mais en aout 2020, moins de deux mois après son entrée en vigueur, Donald Trump imposait une taxe à l’importation de 10 % sur l’aluminium canadien.

À l’égard des pays avec lesquels les États-Unis n’ont pas conclu de traité de libre-échange, Washington est libre d’imposer toutes les taxes à l’importation qu’il voudra.

Mais un traité de libre-échange a précisément pour but d’abolir les frais de douane sur les produits couverts par l’entente. Voilà pourquoi cela s’appelle un traité de libre-échange.

En imposant des taxes à l’importation comme il le fait présentement, Trump ne fait pas que violer un document qui a force de loi des deux côtés de la frontière; il viole le Droit international. En effet, tout traité entre deux ou plusieurs pays fait automatiquement partie du Droit international.

D’où la question : qu’est-ce qui justifie cet empressement canadien à négocier une nouvelle entente avec un chef d’État qui ne respecte jamais sa parole ? Par expérience, on peut anticiper que Donald Trump critiquera l’entente avant même que l’encre de sa signature ne soit sèche.

Évidemment, on peut toujours se dire que Donald Trump n’est pas éternel et que ses successeurs, au moins, respecteront cette nouvelle version de l’accord. Mais qu’est-ce qu’on en sait ? A-t-on oublié qu’un tiens vaut mieux que deux tu l’auras ?

Pelleter l’espoir vers l’avant

Officiellement, Ottawa explique sa déconfiture par son désir de faire progresser les négociations commerciales avec les États-Unis.

En supposant que cette taxe nuirait à la poursuite de ces négociations, Ottawa aurait pu suspendre cette taxe au lieu de l’abolir. Ce faisant, cette suspension aurait constitué une épée de Damoclès au-dessus des négociateurs américains.

Ou le Canada aurait pu annoncer son intention de faire passer cette taxe à 4 %, à 5 %, à 10 % ou à plus. Quitte à retourner à 3 % pour donner à Donald Trump l’illusion d’une victoire.

Le fait que le Canada soit le vassal de son redoutable voisin est une réalité géopolitique indiscutable.

Mais il y a des degrés à la vassalisation.

Jusqu’ici, les dirigeants canadiens ne ménageaient pas leurs efforts pour que cette servitude ne soit pas trop évidente aux yeux de la population du pays.

Depuis l’élection de Mark Carney, notre pays ne cherche même plus à faire illusion. Ottawa veut convaincre le président américain que la plus grande ambition du gouvernement canadien est d’avoir l’honneur de ramper devant lui.

Donald Trump respecte les hommes forts qui sont capables de lui tenir tête poliment; Benyamin Netanyahou, Recep Tayyip Erdoğan, Mohammed ben Salmane, Vladimir Poutine et Xi Jinping.

En cédant aux désidératas de Trump sans chercher à obtenir la moindre contrepartie, Ottawa se présente au loup trumpien comme l’agneau qui aspire à son sacrifice. La suite est prévisible.

La nouvelle politique industrielle du Canada

La relation que Trump désire établir entre le Canada et les États-Unis est de nature néocoloniale.

Pour l’administration Trump, le Canada doit se limiter à être un fournisseur de matières premières et un acheteur de produits finis américains. En somme, il s’agit de transformer le Canada en pays du tiers-monde. Tout au plus peut-il produire des biens qui n’entrent pas en concurrence avec des produits américains.

Tant que le Canada vend aux États-Unis des hydrocarbures, de l’électricité, des minéraux stratégiques et du bois d’œuvre, pas de problème.

Lors de son premier mandat, Trump avait imposé à Bombardier une taxe qui triplait le prix de vente de ses avions sur le marché américain afin de lui en interdire l’accès.

Le message pour le Canada était clair; « Moi, Donald Trump, interdis au Canada de faire concurrence aux piliers de mon économie.»

Lorsque le temps fut venu de sauver Bombardier de la faillite, Ottawa prêta au constructeur des millions de dollars pour soutenir la production d’avions d’affaires en Ontario (en concurrence avec le constructeur brésilien Embraer), mais presque rien pour la construction d’avions de ligne au Québec (en concurrence avec le constructeur américain Boeing).

Avec ses tarifs douaniers actuels, la deuxième administration Trump veut obliger le Canada à réorienter son économie en abandonnant la construction automobile et en se concentrant sur la production de matières premières et de ressources énergétiques.

Encore une fois, le message a été bien entendu; aussitôt Ottawa a adopté à toute vitesse la loi C-5 au sujet des grands projets d’infrastructures.

Cette loi vise à accélérer la construction de routes, d’infrastructures portuaires, de brise-glaces, de pipelines et de gazoducs.

Cette loi ne vise pas à favoriser la recherche et le développement au pays. Elle ne cherche pas à faire du Canada un leadeur technologique, mais plutôt un simple fournisseur de matières premières afin de satisfaire la gourmandise de la puissance industrielle au sud de nos frontières.

En somme, elle sert à construire l’État pétrolier canadien, au risque de déclencher le mal hollandais.

Celui-ci est un phénomène économique qui relie l’exploitation de ressources naturelles au déclin de l’industrie manufacturière locale. Ce phénomène est suscité par l’accroissement des recettes d’exportations des matières premières, qui, à son tour, provoque l’appréciation de la devise, ce qui finit par nuire à la compétitivité des exportations non gazières du pays.

Rester plus longtemps dans le Canada consiste donc à financer notre propre déclin industriel.

L’argument fédéraliste selon lequel, face à Trump, on est plus fort à dix qu’individuellement n’est plus valable quand le pays est dirigé par une élite politique mondialiste dont l’ambition n’est plus que d’être les intendants régionaux de l’impérialisme américain.

Références :
Accord Canada–États-Unis–Mexique
« Carney a décidé de plier »
Grands projets d’infrastructure : C-5 devient loi
La guerre russo-ukrainienne et la vassalisation de l’Europe
Maladie hollandaise
Que signifie la fin de la taxe sur les services numériques?
United States – The World Factbook

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés au prix que nous payons pour appartenir au Canada, veuillez cliquer sur ceci.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Trump et la naissance du nationalisme ‘postnational’

Publié le 22 avril 2025 | Temps de lecture : 4 minutes

Introduction

Au cours d’une entrevue au New York Times, Justin Trudeau déclarait en 2015 :

Il n’y a pas d’identité fondamentale, pas de courant dominant au Canada. Il y a des valeurs partagées : l’ouverture, le respect, la compassion, la volonté de travailler fort, d’être là les uns pour les autres, de rechercher l’égalité et la justice. Ce sont ces qualités qui font de nous le premier État postnational.

En somme, il n’existe pas de peuple canadien ni de nation canadienne, mais seulement un ensemble de personnes atomisées qui habitent un même territoire et qui partagent des valeurs universelles, c’est-à-dire des valeurs qui n’ont rien de strictement ‘canadiennes’.

Complètement détachées du territoire et de son histoire, ces personnes se regroupent sur les médias sociaux et forment des communautés virtuelles selon leurs affinités ou leurs centres d’intérêt.

La paix universelle

C’est en 1992 que le politicologue américain Francis Fukuyama publiait ‘La Fin de l’histoire et le Dernier Homme’. Dans cet essai, l’auteur prédisait que la fin de la guerre froide mènerait à la suprématie absolue et définitive de l’idéal de la démocratie libérale à travers le monde.

Au fur et à mesure que les pays créent et se soumettent à l’autorité d’institutions supranationales, celles-ci arbitrent les conflits et préviennent les guerres mieux que pourraient le faire les États eux-mêmes. D’où la redondance de ces derniers.

Deux décennies plus tard, quand Justin Trudeau proclame que le Canada est le premier pays postnational, il est parfaitement dans l’air du temps.

Le réveil des ‘ démons identitaires’


 
Dix autres années plus tard, comme les temps ont changé.

La guerre commerciale déclenchée par Donald Trump est illégale parce que contraire à l’esprit et à la lettre de l’ACÉUM. Pour s’en protéger, les travailleurs et les chefs d’entreprises canadiens ne peuvent pas compter sur les tribunaux de l’Organisation mondiale du commerce parce que leur fonctionnement est bloqué par Washington.

Ils ne peuvent compter que sur Ottawa et sur le gouvernement de leur province.

Les États-Unis ont envahi le Canada en 1775 et en 1812. Si l’imprévisible président actuel des États-Unis devait mettre en œuvre ses menaces d’annexion territoriale, il ne faudra pas compter sur l’Onu car seules les résolutions du Conseil de sécurité sont contraignantes. Or les États-Unis y ont droit de véto.

C’est sans doute pour cela que les Canadiens ont réalisé qu’ils ne pouvaient compter que sur eux-mêmes.

Et voilà donc que les ‘démons identitaires’, si longtemps combattus par les libéraux fédéraux et leurs valets québécois, refont surface.

Au cours de la campagne électorale qui s’achève, les chefs des formations politiques fédérales ont pris l’habitude d’annoncer les bonbons qu’ils nous promettent devant un grand drapeau du Canada. Si bien qu’on ne sait plus si on doit retenir l’immensité du drapeau ou la petitesse de ceux devant…

S’il a fallu quelques semaines pour que la notion d’État postnational vole en éclats, c’est qu’elle ne reposait sur pas grand-chose.

Quant à la redécouverte du nationalisme, elle sert bien les intérêts canadiens pour l’instant. Mais il faudra peu de chose pour qu’il se transpose au niveau québécois quand viendra le temps de décider si nous voulons prendre notre avenir en main ou demeurer à la merci d’un gouvernement central majoritairement composé à Ottawa de fonctionnaires unilingues anglais.

Références :
Définition d’un État postnational selon Deepseek
How Trump’s Canada threats dampened Quebec separatist movement – for now
La Fin de l’histoire et le Dernier Homme
Trudeau’s Canada, Again

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Écrit par Jean-Pierre Martel