Pénurie de gants chirurgicaux en vue ?

Publié le 22 avril 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

La société malaisienne Karex est le plus important fabricant de condoms au monde. Elle en fabrique plus de cinq-milliards par année, vendus sous diverses marques dont Durex™ et Trojan™.

L’entreprise annonçait hier qu’en raison des pénuries engendrées par la Troisième guerre du Golfe, elle hausserait de 30 % le prix de ses contraceptifs.

En 24 heures, cette nouvelle a fait le tour du monde.

Toutefois, ce qui a échappé à l’attention des médias, c’est que les ingrédients qui servent à faire des condoms (le latex, le nitrile, le polyuréthane et le polyisoprène) servent également à fabriquer des gants chirurgicaux.

Normalement, l’augmentation des prix fait diminuer la demande… sauf lorsque celle-ci est inélastique. En sciences économiques, est qualifiée d’inélastique la demande d’un bien ou d’un service qui varie peu, même en cas de forte variation de prix.

C’est le cas des gants chirurgicaux. Même si les prix devaient doubler ou tripler, la demande ne diminuera pas.

Ce qui laisse entrevoir la répétition de ce qui s’est passé en février et en mars 2020 au sujet des masques chirurgicaux.

Rappelons les évènements.

En janvier 2020, l’épidémie au Covid-19 n’a pas encore frappé le Québec. Ce mois-là, le directeur de la santé publique de Chine — la personne la plus compétente pour en parler — répète à qui veut l’entendre qu’une très grave épidémie s’apprête à frapper le monde et que celle-ci s’attrape en inhalant les gouttelettes respiratoires de personnes infectées.

Prenant acte de cet avertissement, l’Alberta achète le moins suivant des quantités très importantes de masques chirurgicaux.

Pendant ce temps, au Québec, la Santé publique est dirigée par des incompétents. Prétendant s’appuyer sur la science, son directeur déclare au Devoir, le 5 février 2020, que la grippe saisonnière était plus à craindre que le coronavirus.

Un mois plus tard, à son retour de vacances du Maroc, il rassure la cellule de crise créée par le premier ministre; le Québec ne manquera pas de masques de protection, dit-il.

Le reste est connu; ce fut un fiasco.

Dans les mois qui viennent, est-ce que nos hôpitaux manqueront de gants chirurgicaux ?

Personne ne le sait.

Le principe de précaution exige que le Québec fasse le plein de gants comme l’Alberta a fait le plein de masques en 2020. Au risque de réaliser par la suite qu’on s’est affolé pour rien.

Au contraire, si on évite d’agir par peur de se tromper, cela pourrait entrainer que des milliers d’opérations seront remises à plus tard parce que nos chirurgiens et leurs assistants manqueront de gants.

Références :
Covid-19 – Histoire d’un fiasco
World’s biggest condom maker set to raise prices due to Iran war

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la Troisième guerre du Golfe, veuillez cliquer sur ceci.

Laissez un commentaire »

| Géopolitique, Guerre en Iran, Santé | Mots-clés : , , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


La Troisième guerre du Golfe et la perfide Albion

Publié le 21 avril 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

Introduction

Le 1er mars dernier, des drones iraniens ont été tirés vers une base militaire que la Grande=Bretagne possède sur l’ile de Chypre, en Méditerranée.

Aussitôt, Londres a fait savoir qu’elle s’opposait à ce que ses bases militaires soient utilisées par les États-Unis pour des attaques en Iran. Du moins contre des cibles politiques ou économiques précise le quotidien The Independant.

Cette condition — qui s’apparente à un vœu pieux — ne s’applique pas aux bases que les États-Unis possèdent en sol britannique.

Alors que plusieurs pays européens interdisent à l’aviation militaire des États-Unis de survoler leur territoire, la Grande-Bretagne n’a pas jugé bon de le faire.

La base américaine de Fairford

De toutes les bases américaines en Europe, celle de Fairford (en Grande-Bretagne) possède la plus longue piste d’atterrissage.

Au cours des dix premiers jours de la guerre, c’est à cette base que cinq bombardiers B-1B et trois B-52s américains ont fait le plein de munitions avant d’aller bombarder l’Iran.

Entre autres, ils y ont chargé des bombes de 900 kg, renommées pour leur effet dévastateur mais qui évitent miraculeusement les cibles civiles, parait-il.

De l’armement britannique pour Israël

Moog est une société militaire américaine qui possède quelques usines en Grande-Bretagne, dont une à Wolverhampton.

Le 23 mars, à partir de cette usine, un camion d’UPS a transporté du matériel militaire à destination de l’aéroport de Liège, en Belgique. La cargaison devait être ensuite acheminée par avion en Israël par l’intermédiaire de la compagnie de fret belgo-israélienne Challenge.

La Belgique interdisant le transport aérien de matériel militaire à partir de son territoire, la cargaison a été interceptée par des douaniers belges.

L’enquête a démontré rétroactivement que dix-sept autres transits avaient été effectués précédemment.

Conclusion

Sans doute pour protester contre le fait que Washington ne l’a pas consulté ni même avisé avant de déclencher la Troisième guerre du Golfe, Londres a déclaré, dès les premiers jours du conflit : « Cette guerre n’est pas notre guerre.»

Aussi ‘étrangère’ soit-elle, celle-ci n’en demeure pas moins une occasion d’affaires à laquelle Londres a du mal à résister… comme probablement bien d’autres pays.

Références :
Attaque de drones iraniens sur Akrotiri et Dhekelia durant la Guerre d’Iran de 2026
Belgium seizes arms shipment sent from Britain to Israel
Britain says it’s not at war after a drone strikes its Akrotiri base in Cyprus
Du matériel militaire destiné à Israël bloqué à l’aéroport de Bierset
Guerre au Moyen-Orient: « Ce n’est pas notre guerre » réaffirme le Premier ministre britannique, Keir Starmer
Moog
Perfide Albion
Starmer says US strikes on Iran won’t be launched from Cyprus after row over UK bases
U.S. Air Force B-1 And B-52 Bombers Now Striking Iran From The UK

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la Troisième guerre du Golfe, veuillez cliquer sur ceci.

Un commentaire

| Géopolitique, Guerre en Iran | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Trump pourrait gagner la guerre en Iran

Publié le 19 avril 2026 | Temps de lecture : 7 minutes

Une occasion ratée

Ce qui s’est passé au Pakistan il y a une semaine n’a pas été une négociation, mais une rencontre.

L’Iran y avait délégué 71 personnes et s’attendait à ce que les pourparlers durent plusieurs jours. Toutefois, après une vingtaine d’heures, la délégation américaine a mis abruptement fin à la discussion.

En gros, la délégation américaine a tenté de convaincre les Iraniens qu’on devrait remettre la pâte dentifrice dans le tube. C’est-à-dire cesser les hostilités (comme avant la guerre), rouvrir le détroit d’Ormuz (comme il l’était avant) et continuer l’imposition de sanctions économiques à l’Iran (comme si rien ne s’était passé). Et seules différences; l’abandon du programme nucléaire iranien et du financement de ses alliés dans la région.

En somme, Washington se rendait au Pakistan afin de recueillir la capitulation de l’Iran.

Pour les Iraniens, cette guerre est une occasion de crever l’abcès.

Et l’abcès, ce sont des décennies de sanctions économiques, des attaques aériennes israéliennes à répétition, des assassinats ciblés (contre un général iranien, tué par décision de Trump) ou contre des scientifiques œuvrant au programme nucléaire iranien (tués par Israël).

L’Iran en a assez.

Si ce pays devait simplement accepter la fin des hostilités sans qu’on ait réglé les problèmes de fond, cette guerre n’aura servi à rien.

Aussitôt la guerre terminée, des capitaux occidentaux et des fonds souverains arabes entreprendront le creusage d’un canal qui permettra d’éviter le détroit d’Ormuz en reliant le golfe Persique à la mer d’Arabie (en traversant les Émirats et Oman).

Dès le canal achevé, la guerre reprendra en Iran là où elle aura été interrompue.

À la rencontre pakistanaise, l’administration Trump n’a pas compris que l’Iran lui donnait une occasion de sortir de cette guerre la tête haute.

Si Washington avait accepté que la levée complète des sanctions économiques soit l’élément central des négociations à venir, Donald Trump aurait pu obtenir le maximum de concessions de la part de l’Iran.

Quelles concessions ?

Le programme nucléaire iranien

L’Iran voudra-t-il abandonner son programme nucléaire (en partie ou en totalité) ?

Très certainement puisque c’est ce qu’il avait convenu au cours des négociations qui se sont tenus immédiatement avant le déclenchement sournois de cette guerre.

Toutefois, l’Iran n’abandonnera jamais la fabrication des isotopes radioactifs utilisés en médecine nucléaire.

Encadré par des inspections de l’Onu, l’Iran peut se doter d’un programme nucléaire civil sans que cela soit une menace à la sécurité d’Israël. C’est ce que l’Iran avait accepté dans le cadre des Accords de Vienne sur le nucléaire iranien, signés en 2015.

Au cours des négociations que cette guerre a interrompues, l’Iran était même prêt à accepter que son uranium soit entreposé chez une puissance amie (la Russie, par exemple) et livré au fur et à mesure de ses besoins.

La Troisième guerre du Golfe prouve, du moins jusqu’ici, que la possession de l’arme nucléaire n’a pas l’effet dissuasif qu’on croyait.

En effet, Israël subit d’importants bombardements malgré que ce pays soit une puissance nucléaire.

En désespoir de cause, si le gouvernement israélien décidait de recourir à l’arme nucléaire, cela justifierait l’acquisition de la bombe atomique par la République islamique. Et d’ici là, l’Iran pourrait répliquer en achetant des bombes nucléaires à la Corée du Nord (qui jouit probablement déjà à l’idée de leur en fournir).

À une négociation future, les négociateurs américains pourraient facilement convaincre l’Iran de l’inutilité de posséder une arme redoutable, mais qu’on ne peut pas utiliser.

Donc, au sujet du programme nucléaire iranien, Trump pourrait obtenir d’importantes concessions en échange de la levée complète des sanctions économiques.

Les drones et les missiles iraniens

Est-ce que l’Iran voudra renoncer à posséder de telles armes ? C’est comme demander à Trump de renoncer à son orgueil démesuré.

Jamais les Iraniens ne renonceront à leur seul moyen de se protéger des attaques aériennes d’Israël, c’est-à-dire d’un État hostile qui ne respecte jamais sa parole.

Le changement de régime

Cela n’est pas nécessaire. Il suffit que Téhéran accepte d’assouplir sa rigueur pour que cela constitue une victoire pour tous.

Des réserves américaines au plus bas

En quatre ans, la fourniture d’armement à l’Ukraine a sévèrement diminué les stocks de l’armée américaine.

Plus près de nous, la réplique israélienne à l’attaque du Hamas a provoqué une autre ponction dans les réserves américaines.

Dès les premiers jours de la Troisième guerre du Golfe, les États-Unis ont consommé une quantité très importante de bombes et de missiles. Le but recherché était de foudroyer l’ennemi. Ce qui ne s’est pas produit.

Puisque l’Iran résiste, les États-Unis ont, par exemple, utilisé en six semaines plus de missiles Tomahawk qu’ils peuvent en produire annuellement.

À ce rythme, ils en manqueraient dans quelques mois. D’où la nécessité absolue pour les États-Unis de négocier la paix avec l’Iran le plus tôt possible.

Conclusion

Les États-Unis ont été battus au Vietnam et en Afghanistan par des guérillas qui étaient armées de grenades et de kalachnikov.

À l’aide de missiles et de drones sophistiqués, l’Iran s’est montré capable de détruire les armes les plus puissantes de l’arsenal américain.

Si l’administration Trump devait ordonner l’invasion militaire de l’Iran, comment feront les soldats américains en sol découvert, alors des drones tourbillonneront autour d’eux comme des essaims de guêpes ?

Au-delà de la pénurie d’armes, comment convaincre les soldats américains de l’importance de risquer leur vie pour Israël ? Parce qu’il faut bien se le dire; la Troisième guerre du Golfe est essentiellement un conflit israélo-iranien dans laquelle les États-Unis se sont laissé entrainer.

Bref, il est impossible pour l’armée américaine de remporter cette guerre. Et elle le sait.

Les victoires que Donald Trump ne peut pas gagner sur les champs de bataille, il peut les remporter en pacifiant tous les pays riverains du golfe Persique. Ce que personne avant lui n’a réussi à faire.

Puisque le modèle de développement économique poursuivi par toutes les pétromonarchies depuis des décennies s’appuyait un mirage — une paix garantie par les États-Unis — ces pays n’ont pas d’autre choix que de s’entendre avec l’Iran.

Une fois le golfe Persique pacifié, pour étendre cette paix à l’ensemble du Proche et du Moyen-Orient, il ne restera à Trump que la tâche de mater le tigre israélien.

Bonne chance…

Références :
Accord de Vienne sur le nucléaire iranien
Guerre au Moyen-Orient : l’utilisation massive de missiles Tomahawk par l’armée américaine inquiète le Pentagone

Paru depuis : Chinese military experts take stock of US munitions weak spot exposed by Iran war (2026-04-23)

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la Troisième guerre du Golfe, veuillez cliquer sur ceci.

2 commentaires

| Géopolitique, Guerre en Iran | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Le double blocus du détroit d’Ormuz

Publié le 14 avril 2026 | Temps de lecture : 5 minutes


Introduction

En plus de l’hésitation à franchir le détroit d’Ormuz en raison des primes d’assurances élevées exigées par la Lloyd’s de Londres, ce détroit est l’objet de deux blocus complémentaires.

Le blocus iranien

L’Iran autorise le passage du détroit aux seuls navires ‘non hostiles’, c’est-à-dire à ceux de pays qui ne participent ni soutiennent les actes d’agression contre l’Iran.

Concrètement, cela exclut les navires qui transportent des marchandises à destination d’Israël, des États-Unis et de leurs alliés.

Peuvent l’emprunter, les navires qui transportent, par exemple, des marchandises (iraniennes ou non) vers la Chine, l’Inde, le Pakistan et la Turquie.

Deuxièmement, l’Iran exigeait (théoriquement) que la cargaison transportée ait été payée en devise chinoise (en yuans).

Dans les faits, on ne se présente pas à un terminal pétrolier comme on le fait en allant à une station-service; les achats d’hydrocarbures sont conclus plusieurs semaines d’avance. Donc le pétrole actuellement transporté a été acheté avant le début de la guerre.

Cette exigence est plutôt un avertissement adressé aux armateurs au sujet de leurs achats futurs.

Le Japon dépend fortement du pétrole saoudien. Pour le pays du soleil levant, on peut imaginer l’humiliation de recourir à la devise chinoise pour se procurer du pétrole…

Troisièmement, l’Iran a imposé un péage (allant jusqu’à deux-millions de dollars, payables en cryptomonnaie) à certains des navires autorisés à franchir le détroit.

Depuis le début de la guerre, une centaine de pétroliers ont quitté le golfe Persique, soit beaucoup moins que d’habitude.

Le blocus américain

Au blocus iranien (qualifié d’illégal par les États-Unis), s’ajoute un blocus complémentaire imposé à partir d’hier par Washington aux navires qui partent des ports iraniens.

À quelques centaines de kilomètres des côtes iraniennes, la marine américaine se propose non seulement d’arraisonner ces navires, mais également de s’emparer de leur cargaison.

On se rappellera que Donald Trump avait suspendu son interdiction d’acheter du pétrole iranien dans l’espoir de faire baisser les cours mondiaux des hydrocarbures.

La décision de remettre un blocus nuit non seulement à l’Iran, mais également à ses clients, dont la Chine.

On estime que le pétrole iranien représente officieusement 15 % des importations de la Chine. On peut s’attendre à ce que cette dernière réagisse avec fermeté à la piraterie américaine.

Si elle devait décider d’envoyer des sous-marins ou des navires de guerre pour escorter ses pétroliers, on serait alors au bord d’un conflit beaucoup plus important.

La raison du blocus américain

Quotidiennement, l’Iran a exporté 1,84 million de barils de pétrole brut (bpb) en mars et un peu moins (1,71 million de bpb) jusqu’ici en avril. Dans les deux cas, c’est plus que la moyenne quotidienne de 2025 (1,68 million de bpb).

En février de cette année — donc avant le début de la guerre — l’Iran a vendu pour 3,45 milliards de dollars de pétrole brut. Puisque le prix du brut s’est apprécié depuis, ses revenus pétroliers ont grimpé à 4,97 mlliards$ en mars, soit une augmentation de 44 %.


 
En somme, dans les premiers jours de la guerre, le blocus partiel du détroit d’Ormuz par l’Iran a provoqué une importante hausse du prix du pétrole.

La décision de l’administration américaine de permettre à l’Iran d’écouler son pétrole a brisé cet élan. Les cours du pétrole se sont alors mis à varier à la hausse ou à la baisse selon les déclarations du président américain.

Ce nouveau blocus, qui s’ajoute à celui de l’Iran, aura des répercussions prévisibles au fur et à mesure que se fera sentir la baisse de l’offre sur les marchés internationaux.

De plus, dans la mesure où toute tentative américaine de bloquer partiellement l’approvisionnement pétrolier de la Chine est un casus belli, on peut s’attendre à ce que Washington revienne sur sa décision.

Références :
Blocus «dangereux et irresponsable»: la Chine hausse le ton vis-à-vis des États-Unis
How much will US Hormuz blockade hurt Iran, and does Tehran have an escape?
La Chine et la Troisième guerre du Golfe
Pays autorisés, péage… Sous quelles conditions les navires passent-ils le détroit d’Ormuz ?
Strait of Hormuz blockade explained: why is Trump threatening to block Iranian ports and how would it work?

Paru depuis : Trump says US navy like ‘pirates’ while seizing a ship in Iranian blockade (2026-05-02)

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la Troisième guerre du Golfe, veuillez cliquer sur ceci.

Un commentaire

| Géopolitique, Guerre en Iran | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Le golfe Persique est un cul-de-sac maritime

Publié le 12 avril 2026 | Temps de lecture : 7 minutes


 
L’art de se jeter dans la gueule du loup

Tout navire qui entre dans le golfe Persique ne peut en sortir qu’en empruntant ce détroit dans le sens inverse.

Hier, le président américain a annoncé l’envoi de deux navires dans le détroit d’Ormuz afin d’y mener des opérations de déminage.

Puisque les pourparlers américano-iraniens étaient alors en cours au Pakistan, cette nouvelle laissait croire que ce déminage s’effectuait avec le consentement de l’Iran.

Il n’en est rien.

Après l’annonce ce matin de l’échec des pourparlers, l’Iran a réitéré que seuls les navires civils sont autorisés à traverser le détroit (sous certaines conditions) et que tout navire militaire s’y aventurant sera traité sévèrement.

Il est à noter qu’on ne rapporte aucune explosion de mine dans le golfe Persique depuis le début de la guerre. Voilà pourquoi on doit accueillir avec beaucoup de scepticisme la rumeur iranienne selon laquelle le golfe serait infesté de mines.

Pourrait-il s’agir d’un piège ?

Dans les pétromonarchies — en somme, de l’autre côté du golfe — les États-Unis sont incapables de protéger leurs bases militaires des drones et des missiles iraniens.

D’autre part, leurs porte-avions sont stationnés en haute mer par crainte d’être détruits par les missiles supersoniques iraniens.

Ils sont tellement loin des côtes iraniennes que leurs chasseurs-bombardiers sont incapables d’effectuer l’aller-retour sans être ravitaillés en plein vol par des avions-citernes (appelés justement ravitailleurs).

Conséquemment, envoyer des centaines de marins américains dans le détroit d’Ormuz pour y mener des activités de déminage, c’est les jeter dans la gueule du loup.

Du point de vue militaire, cela anticipe une répétition de la victoire décisive des Vietnamiens sur l’armée française dans la cuvette de Diên Biên Phu, en 1954.

Peu importe l’importance des efforts déployés par l’armée américaine pour sauver ses marins, les avions et les hélicoptères appelés en renfort seront abattus les uns après les autres dans ce qui sera alors un colossal exercice de tir aux plateaux d’argile.

L’Iran se contente de répliquer

Jusqu’ici, l’Iran s’est contenté de répliquer aux attaques israélo-américaines.

Après l’assassinat d’une partie de ses dirigeants, l’Iran a détruit la résidence personnelle de Benyamin Netanyahou.

Après le bombardement israélien d’installations nucléaires de l’Iran, ce dernier a endommagé la principale centrale nucléaire israélienne (Dimona).

Après le bombardement américain d’une usine de dessalement , l’Iran a fait de même contre un allié américain, soit le Bahreïn. Etc.

Mais dans le cas des navires américains de déminage, quel serait le précédent ? Tout simplement l’anéantissement de la flotte maritime iranienne par les États-Unis et par Israël dès le premier jour de la guerre.

Le Droit international

À plusieurs reprises sur ce blogue, nous avons soutenu que le Droit international était facultatif. À Davos, c’est ce que le premier ministre Mark Carney a affirmé en d’autres mots.

Dans le cas de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, elle ne s’applique pas à l’Iran puisque ce pays n’a pas ratifié le Traité de Montego Bay de 1982 et que le droit de la mer est facultatif, ne s’appliquant qu’aux pays qui choisissent de s’y soumettre.

De nos jours, l’Iran est dans une situation juridique identique à celle de la Grande-Bretagne au cours de la Deuxième Guerre mondiale. À l’époque, cette dernière s’autorisait à détruire les sous-marins et les navires marchands allemands qui se seraient aventurés dans le détroit du Pas-de-Calais.

De nos jours, en raison de la guerre, l’Iran est parfaitement justifié d’interdire le passage des navires qui appartiennent à des pays hostiles.

Signalons que les États-Unis, eux non plus, n’ont pas ratifié le Traité de Montego Bay. Or ce pays pratique effrontément la piraterie en haute mer.

Quand la marine américaine arraisonne un pétrolier appartenant à la flotte ‘fantôme’ russe — ce qui signifie simplement que ce pétrolier n’est pas assuré à la Lloyd’s de Londres — et vole son pétrole, cela est de la piraterie.

Le péage iranien

La largeur du détroit d’Ormuz est d’une cinquantaine de kilomètres. Au sud, on trouve les eaux territoriales du Bahreïn, larges de 12 milles nautiques (environ 21 km). Au nord, les eaux territoriales d’Iran, également larges d’environ 21 km. Et entre les deux, une dizaine de kilomètres en eaux internationales.

Dans les eaux qui lui sont propres, l’Iran a délimité très précisément d’étroits chenaux dans lesquels il garantit la navigation. Et c’est là que l’immense majorité des navires qui empruntent le détroit d’Ormuz préfèrent naviguer.

Ces chenaux doivent périodiquement être dragués pour évier leur ensablement. Les couts d’entretien justifient des frais de péage.

Ce qui doit nous étonner, c’est que l’Iran ne l’aie pas fait avant.

Le blocage américain du détroit

Plus tôt aujourd’hui, Donald Trump a annoncé la fermeture complète du détroit d’Ormuz, probablement afin de faciliter les activités de déminage.

Concrètement, cette mesure a pour effet d’empêcher le passage des pétroliers que l’Iran, jusqu’ici, laissait passer. Notamment, ceux qui transportent son pétrole à lui.

Pour l’Iran, cela rend impérieux l’anéantissement des navires américains mandatés unilatéralement pour déminer le détroit… en supposant que ce déminage soit justifié.

Références :
Bataille de Diên Biên Phu
Convention des Nations unies sur le droit de la mer
Droit international et géopolitique (deuxième partie)
Guerre au Moyen-Orient : en représailles aux frappes contre Natanz, l’Iran bombarde Dimona et Arad, plus de 100 blessés à déplorer
Guerre en Iran : « S’en prendre à une usine de dessalement équivaut à sortir l’arme nucléaire”
Trump annonce un blocus du détroit d’Ormuz après l’échec des négociations avec l’Iran
US-Iran talks in Islamabad stretch on as Hormuz stand-off fuels duelling claims

Paru depuis : Trump says US navy like ‘pirates’ while seizing a ship in Iranian blockade (2026-05-02)

Postscriptum du 13 avril 2026 : Ce matin, sur les ondes de CNN, Beth Sanner — ex-directrice adjointe du renseignement national américain — a déclaré que les deux navires envoyés pour déminer le détroit d’Ormuz s’y sont rendus. Mais après avoir abattu un drone iranien aussitôt tiré vers eux (et qui servait d’avertissement), ils ont retraité au loin dans la mer d’Oman.

Ainsi s’achève l’opération de déminage des États-Unis.

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la Troisième guerre du Golfe, veuillez cliquer sur ceci.

3 commentaires

| Géopolitique, Guerre en Iran | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


L’Europe et la Troisième guerre du Golfe

Publié le 11 avril 2026 | Temps de lecture : 7 minutes

Le début de la pénurie d’hydrocarbures en Europe

Il n’existe pas de pipeline ou de gazoduc qui relie le Moyen-Orient à l’Europe. Ce qui signifie que tout approvisionnement européen en provenance du golfe Persique doit nécessairement arriver par voie maritime.

L’obligation de contourner le cap de Bonne-Espérance (au sud de l’Afrique) fait en sorte que les pétroliers et les méthaniers qui franchissent le détroit d’Ormuz mettent environ un mois pour arriver en Europe.

Les derniers navires qui ont réussi à le faire avant sa fermeture, le 28 février dernier, sont arrivés en Europe plus tôt cette semaine.

Pour les cinq prochaines semaines (au moins), aucun pétrolier ni aucun méthanier n’apportera en Europe des hydrocarbures en provenance du Moyen-Orient.

Rappel géostratégique

Malgré l’écrasante supériorité militaire des États-Unis, le pays que les stratèges américains craignaient le plus, pendant des décennies, c’était la Russie.

À leurs yeux, une intégration économique entre la Russie et les pays d’Europe apparaissait comme une menace existentielle à l’hégémonie américaine.

Voilà pourquoi Washington s’est employé pendant des années à couper l’Europe de l’approvisionnement en hydrocarbures russes, notamment son gaz fossile (le moins cher au monde), qui donnait à l’industrie lourde européenne un avantage compétitif.

La guerre russo-ukrainienne a été l’occasion pour Washington de briser ce lien. En cessant volontairement cet approvisionnement, l’Europe s’est tirée dans le pied.

Et pour compenser, les pays européens se sont tournés vers d’autres fournisseurs; les États-Unis et le Qatar.

Comble de malchance, la Troisième guerre du Golfe a entrainé la fermeture du détroit d’Ormuz et le bombardement par l’Iran des installations gazières du Qatar.

Voilà pourquoi, les analystes prévoient que ce mois-ci, les États-Unis devraient bénéficier d’une augmentation du tiers de leurs exportations de pétrole, principalement vers l’Asie et accessoirement vers l’Europe.

Quant au gaz fossile, on peut s’attendre à ce que les pays européens deviennent encore plus dépendants des États-Unis. Ce qui accroit la vassalisation de l’Europe aux diktats de Washington.

Les conséquences concrètes

En France

En début de semaine, environ 18 % des stations-service dans tout le pays étaient en rupture de stock pour l’un ou l’autre des carburants qu’ils offraient. Aujourd’hui, ce pourcentage était tombé à 12 %.

Mardi dernier, des ouvriers du bâtiment et des artisans des travaux publics ont bloqué le boulevard périphérique de Nantes pour dénoncer la hausse du prix du diésel.

Selon France24, les six principaux ports de Corse sont bloqués depuis mardi matin par des pêcheurs qui protestent contre le prix élevé des carburants, déjà plus chers sur l’ile que sur le continent.

En Irlande

En République d’Irlande, une centaine de stations-service sont à court d’essence. Depuis cinq jours, des fermiers et des camionneurs bloquent certaines des autoroutes qui mènent à la capitale.

Le mois dernier, le gouvernement irlandais a décidé de consacrer 250 millions d’euros à la réduction du prix de l’essence. Parmi les mesures annoncées, on a réduit les taxes sur les carburants.

Dans l’urgence, l’État a mis sur pied un groupe pour coordonner les mesures destinées à pallier la pénurie. Déjà celui-ci prévient que la moitié des stations-service du pays pourraient bientôt fermer temporairement.

La plus grande entreprise privée de livraison de colis a suspendu ses activités.

L’Association médicale irlandaise s’est inquiétée publiquement du sort des patients incapables de se rendre à leurs rendez-vous et des difficultés rencontrées par les ambulanciers à faire le plein.

En raison de la rupture anticipée de l’approvisionnement en nourriture, en eau potable, et en moulée animale, le gouvernement a mis l’armée sur un pied d’alerte, prête à intervenir.

De plus, il a accusé les protestataires de prendre le pays en otage, ce qui a jeté de l’huile sur le feu… à défaut d’essence.

En Norvège

Le 1er avril, le gouvernement norvégien a supprimé les taxes sur l’essence. Cela n’a pas réussi à empêcher le prix du diésel d’augmenter de 23,6 %. D’où l’échec à calmer le mécontentement populaire.

Hier, un convoi de 70 à 80 camions s’est dirigé vers le parlement. Toutefois, les forces policières les ont empêchés d’atteindre leur destination.

Le carburant d’avion

Les pays du Golfe sont responsables de 40 à 60 % de l’approvisionnement européen en carburant d’avion.

Le dernier cargo transportant ce combustible a déchargé une partie de sa cargaison lundi dernier à Rotterdam et le reste à Copenhagen ce matin même.

Depuis le 28 février 2026, plus aucune goutte de carburant d’avion n’a franchi le détroit d’Ormuz à destination de l’Europe.

Hier, de son siège social mondial (situé à Montréal), le Conseil international des aéroports a prévenu les compagnies aériennes que le carburant d’avion pourrait manquer d’ici trois semaines en Europe si on ne débloquait pas le détroit d’Ormuz d’ici là.

En réalité, même si l’Iran permettait aujourd’hui la réouverture complète du détroit, l’Europe manquerait brièvement de carburant d’avion, compte tenu du temps du transport maritime. De manière urgente, l’Europe devra donc en trouver ailleurs entretemps.

En anticipation d’une crise pétrolière, le prix du carburant d’avion a augmenté de 138 % en Europe et de 163 % en Asie.

Au fur et à mesure que les réserves européennes s’épuiseront, on s’attend à ce que les prix flambent et que d’importantes surcharges soient facturées aux passagers des vols en partance des aéroports européens.

Conclusion

Avant cette semaine, l’augmentation du prix des hydrocarbures en Europe était spéculative puisque ce continent recevait encore normalement les navires qui avaient quitté le détroit d’Ormuz avant sa fermeture.

Depuis quelques jours s’amorcent les véritables pénuries de carburants.

Dans l’histoire de l’Humanité, les pénuries de pain étaient de mauvais augure. De nos jours, on doit également ajouter les pénuries de carburants. Or celles-ci ne font que commencer…

Références :
Blocages et tensions autour du prix des carburants
Carburants : l’UE dénonce la baisse de la TVA en Espagne et en Pologne
Fears of UK and EU flight cancellations as airports warn of jet fuel shortages
Fuel-price protests cause chaos in Ireland and spread to Norway
Guerre au Moyen-Orient : les ventes de pétrole des Etats-Unis n’ont jamais été aussi importantes
Le cout de la dé-Merkellisation de l’Allemagne
Les conséquences en France de la guerre au Moyen-Orient : le dossier explosif des carburants
Près d’une station service sur cinq en rupture en France, nouvelles aides envisagées

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la Troisième guerre du Golfe, veuillez cliquer sur ceci.

2 commentaires

| Géopolitique, Guerre en Iran | Mots-clés : | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Iran : un cessez-le-feu voué à l’échec

Publié le 8 avril 2026 | Temps de lecture : 6 minutes

Introduction

À quelques heures de l’échéance fixée par Donald Trump, Washington et Téhéran se sont entendus pour suspendre la Troisième guerre du Golfe pour deux semaines.

L’Iran a accepté de rouvrir le détroit d’Ormuz à deux conditions.

Premièrement, l’arrêt des combats pour deux semaines. Et deuxièmement, l’acceptation par Washington que son plan en dix points servira de base de discussion à des négociations futures en vue de l’arrêt définitif du conflit.

Une erreur stratégique de l’Iran

La condition fondamentale de tout cessez-le-feu est l’arrêt des combats.

Dans son plan, l’Iran exige des garanties de non-agression par les États-Unis, le retrait des forces américaines de la région (c’est-à-dire le démantèlement des bases américaines au Moyen-Orient) et la cessation des combats sur tous les fronts, dont celui du Liban.

En permettant la réouverture du détroit d’Ormuz, l’Iran commet une erreur stratégique. Accepter qu’un document serve de base de discussion, cela ne signifie pas qu’on en accepte les clauses. Si tel était le cas, nous n’aurions pas affaire à un cessez-le-feu, mais à un armistice.

L’an dernier, à l’issue de la guerre des Douze Jours, la décision de Téhéran de mettre fin aux hostilités — alors que le pays avait mollement répliqué aux attaques israéliennes — avait profondément mécontenté les faucons au sein de l’armée iranienne et des gardiens de la révolution.

Cette fois-ci, tant que la guerre se poursuivait, toutes les factions du pouvoir iranien étaient unies dans la défense nationale contre les agresseurs occidentaux.

Mais l’annonce de cette trêve, présentée triomphalement au peuple iranien comme une victoire, masque une fracture au sein du pouvoir. Les opposants estiment, à juste titre, que l’Iran perd l’initiative (en anglais, le ‘momentum’).

Heureusement pour eux, la sale besogne de saboter cette entente est venue d’Israël.

Le déplaisir israélien

Jusqu’ici, la Troisième guerre du Golfe marquait l’apogée de la puissance de Benyamin Nétanyahou.

Sous sa gouverne, la bande de Gaza est en ruine. Les colons israéliens massacrent les Palestiniens de Cisjordanie dans l’indifférence totale de l’Occident. Le Hezbollah libanais a été décimé par des téléavertisseurs explosifs. Les installations militaires de la Syrie ont été anéanties par l’armée israélienne.

Partout en Europe, les tribunaux bâillonnent ceux qui critiquent son gouvernement en les condamnant pour antisémitisme.

Et cerise sur le gâteau, le premier ministre israélien a réussi à entrainer les États-Unis dans une guerre en Iran grâce à son ascendant sur Donald Trump.

Ce matin, en apprenant que l’administration Trump a pris l’engagement que l’armée israélienne cesserait de guerroyer contre l’Iran sans lui demander son avis, Nétanyahou est furieux.

Il appelle aussitôt Trump et réussit à lui faire dire que le cessez-le-feu ne s’applique pas aux frappes israéliennes contre le Hezbollah libanais.

Pour manifester sa contrariété, il ordonne à l’armée israélienne de bombarder le sud du Liban avec une violence inégalée depuis le début de la Troisième guerre du Golfe, faisant plus de 250 morts depuis ce matin.

En croyant que les États-Unis avaient une fois de plus renié leur parole — alors que, techniquement, Washington n’a jamais consenti au dernier item du plan iranien — Téhéran ordonne de nouveau le blocage du détroit d’Ormuz et lance quelques dizaines de drones et de missiles contre les pétromonarchies, histoire de rappeler aux partisans iraniens de la ligne dure que la guerre n’est pas finie.

La controverse aux États-Unis

Donald Trump sait qu’il s’est fait avoir en se laissant entrainer dans une guerre ruineuse contre l’Iran. Lui qui avait promis que jamais les États-Unis ne déclencheraient un conflit majeur sous sa gouverne, le voilà critiqué par sa base électorale.

Aux yeux d’un nombre croissant d’Américains, cette guerre est illégale et Israël est devenu un boulet aux pieds des États-Unis.

Les États-Unis n’ont plus besoin du pétrole et du gaz fossile produit au Moyen-Orient puisqu’ils sont devenus autosuffisants.

Pourtant, à cause de cette guerre qui ne les concerne pas, les Américains paient le pétrole beaucoup plus cher. Leur pays dépense quotidiennement deux-milliards de dollars pour entretenir le conflit. Et bientôt, le Congrès aura à se prononcer sur l’opportunité de consacrer une enveloppe de 1 500 milliards de dollars pour financer l’effort de guerre.

D’autre part, dans beaucoup de pays, la vente d’hydrocarbures ou d’électricité se fait par l’intermédiaire d’une société d’État (comme Hydro-Québec).

Pour éviter des révoltes analogues à celles des Gilets jaunes, ces pays doivent vendre leurs bons du Trésor américain et leurs lingots d’or pour pallier l’augmentation brutale du prix de l’énergie.

Cela tombe mal pour Washington. Pour ne pas augmenter les impôts, le gouvernement américain devra emprunter des sommes colossales sur les marchés financiers pour financer cette guerre.


 
Or la Réserve fédérale américaine doit offrir des taux d’intérêt de plus en plus élevés au fur et à mesure que se dégrade la confiance des investisseurs internationaux envers les États-Unis.

Donc, à bien y penser, peut-être que cette guerre n’était pas une si bonne idée…

Références :
Ce que l’on sait sur l’accord de trêve entre Washington et Téhéran
Cessez-le-feu en Iran : ce que contient le plan en 10 points de Téhéran, jugé « viable » par Trump
Guerre des Douze Jours
Iran : les infrastructures frappées avant même la fin de l’ultimatum de Trump
Le sort des bateaux coincés dans le golfe Persique reste flou
Les frappes israéliennes ont fait au moins 250 morts au Liban mercredi
Les vraies raisons pour lesquelles Israël déclenche une guerre contre l’Iran
Levée des sanctions, nucléaire… Que contient le plan iranien en dix points proposé à Trump ?
The Ceasefire That Wasn’t! What Comes Next? With Trita Parsi (vidéo en anglais)
UK security adviser attended US-Iran talks and judged deal was within reach
Uranium, levée des sanctions… Que contient le plan en dix points proposé par l’Iran à Donald Trump?
When Pakistan Warned Trump (vidéo en anglais)

Complément de lecture : « Il n’y a pas de cessez-le-feu à Gaza » (2026-05-14)

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la Troisième guerre du Golfe, veuillez cliquer sur ceci.

Un commentaire

| Géopolitique, Guerre en Iran | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


La guerre d’Hiver de 1939 et les purges militaires de Trump

Publié le 7 avril 2026 | Temps de lecture : 5 minutes
Mémorial national de la guerre d’Hiver de 1939-1940, de Pekka Kauhanen (2017)

En 1938, une des grandes préoccupations de Joseph Staline est la frontière russo-finlandaise. Celle-ci est alors située à seulement 32 km de la deuxième plus grande ville de Russie, soit Leningrad (aujourd’hui appelée Saint-Pétersbourg).

À l’époque où la Finlande était un duché russe, cette proximité n’avait pas d’importance. Toutefois après l’indépendance (obtenue de la Russie en 1917), la Finlande avait développé des relations amicales avec l’Allemagne afin de faire contrepoids à son redoutable voisin.

En 1938, l’Allemagne et la Russie ne sont pas encore liées par leur pacte de non-agression (qui sera signé en aout 1939).

En cas de guerre, Staline sait que Finlande refusera que l’armée rouge traverse son territoire par crainte d’être annexée à cette occasion. Par contre, il sait que ce pays accordera cette permission à l’armée du Troisième Reich.

Le résultat, c’est qu’en cas d’invasion allemande, les troupes ennemies pourraient avancer jusqu’à 32 km de Leningrad sans rencontrer la moindre résistance.

Pour pallier cette menace, Staline offre à la Finlande un échange de territoires; la frontière russo-finlandaise serait repoussée de cent kilomètres alors qu’en contrepartie, la Russie offre à la Finlande de nouveaux territoires situés plus au nord.

Puisque ceux-ci sont de moindre importance économique, la Finlande décline l’offre. Ce qui est son droit.

Mais droit ou non, Staline veut repousser cette frontière.

Une guerre entre ces deux pays éclate donc en novembre 1939. Elle prendra fin en mars 1940. À cette occasion, l’armée finlandaise tiendra tête à l’armée russe (qui essuiera des pertes considérables).

À l’issue du conflit, le traité de Moscou est signé entre les belligérants. Concrètement, il correspond aux demandes territoriales originelles de Staline.

Chacun des belligérants proclame alors avoir gagné la guerre; la Finlande pour avoir empêché l’invasion russe et la Russie pour avoir fait repousser la frontière finlandaise.

L’importance de cette guerre vient du fait qu’un tout petit pays avait réussi à résister à un pays présumé beaucoup plus puissant qui s’est avéré être un tigre de papier.

Ce détail n’a pas échappé à Adolf Hitler. Ce qui l’a incité à rompre sa parole et à envahir la Russie à peine deux ans après la signature du Pacte germano-soviétique.

Pourquoi l’armée russe s’est-elle avérée si faible ?

Au cours des années 1930, Joseph Staline était devenu de plus en plus paranoïaque. Par crainte d’un coup d’État, il avait peu à peu ‘éliminé’ tous les généraux compétents pour les remplacer par des gens de moindre envergure, moins capables de le renverser s’ils devaient tenter de le faire.

De plus, chacun d’eux était couplé à un conseiller politique qui servait d’espion et dont le rôle était officiellement de s’assurer de sa pureté idéologique.

À la suite de l’humiliation infligée par la Finlande, Staline changea de politique, promut des stratèges compétents à la tête de son armée et s’engagea dans une course aux armements.

Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump commet la même erreur que Joseph Staline.

Il s’est d’abord entouré de ministres remarquablement incompétents.

En tant que commandant suprême des armées, Donald Trump veut que les dirigeants militaires de son pays n’hésitent pas à mettre en exécution des menaces qui sont clairement des violations du Droit international. Bref, qu’ils soient dépourvus de scrupules.

À cette fin, il a limogé le chef d’état-major des armées, les chefs de la marine, des garde-côtes, de l’Agence de sécurité nationale (NSA), ainsi que de nombreux autres, qui ont été poussés vers la sortie.

Le 3 avril dernier, son ministre de la Guerre a limogé le chef d’état-major de l’armée de terre afin de le remplacer par quelqu’un qui pourra appliquer sa propre vision et celle de Donald Trump.

Au total, à l’occasion de cette purge, une douzaine de militaires de haut niveau ont été poussés vers la sortie.

Tout cela en quinze mois.

À Washington, Donald Trump est devenu aussi puissant que Staline l’était à Moscou. Dans l’armée, personne n’ose le contredire.

Maintenant que des milliers de soldats américains s’apprêtent à envahir le territoire iranien, est-ce que les dirigeants militaires nommés par Trump feront mieux que ceux de Staline au cours de la guerre d’Hiver de 1939 ?

C’est ce que nous verrons…

Références :
Armée américaine: «La plupart des licenciements de hauts gradés concernent des femmes ou des Afro-Américains»
Guerre d’Hiver
Le patron du Pentagone, Pete Hegseth, obtient le départ du chef d’état-major de l’armée de terre

Paru depuis : ‘This is just disarray’: alarm inside Pentagon after Hegseth staff purges (2026-05-03)

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 — 1/2500 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 12 mm

2 commentaires

| Géopolitique, Guerre en Iran | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


L’Iran et le port du voile

Publié le 5 avril 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

Introduction

Selon la presse occidentale, le pays le plus répressif au monde à l’égard des femmes est l’Iran.

Pourtant, dans les facultés de médecine du pays, 60 % des étudiants sont des femmes et 34 % des enseignants y sont de sexe féminin. Quant aux praticiennes, elles composent 40 % des médecins spécialistes.

Comment expliquer cela ?

Voile et préjugés

Dans les familles musulmanes traditionnelles, on attache une importance démesurée à la virginité des adolescentes.

Pour les pères de famille, une adolescente déflorée souille l’honneur de la famille puisque cette dernière pourra être répudiée par son époux lorsqu’il découvrira qu’on lui a caché la vérité à ce sujet.

Comme dans nos sociétés, un mariage sera annulé si on a caché à un conjoint que sa femme ou que son mari est porteur d’une maladie héréditaire grave.

Oui, je sais, cela n’est pas pareil. Mais en Iran, ce l’est.

Dans les régions rurales et les villages d’Iran, jamais les pères n’accepteraient que leur adolescente parte seule étudier à l’université, puisqu’en cas de perte de virginité, ce serait un déshonneur.

D’autre part, l’immense majorité de la population iranienne est persuadée que le voile islamique protège la virginité des jeunes filles.

La question de savoir si cela est vrai ou non n’a pas d’importance. Ce qui compte, c’est qu’ils y croient.

En conséquence, des centaines de milliers de jeunes Iraniennes font des études supérieures en Iran parce qu’elles portent le voile. Autrement, elles demeureraient à la maison.

Voilà pourquoi on trouve des femmes dans presque tous les secteurs de la société iranienne.

C’est ainsi que le pont Tabiat (pont de la Nature) à Téhéran, inauguré en 2014, a été conçu par l’architecte Leila Araghian, une Iranienne alors âgée de 26 ans.

En somme, dans le contexte particulier de l’Iran, le port du voile est un vecteur d’émancipation féminine au sein des classes populaires, contrairement au cliché entretenu par nos médias.

Toutefois, l’obligation sociale de le porter est perçue comme un facteur d’oppression par une minorité grandissante constituée des femmes occidentalisée du pays.

L’histoire secrète des manifestations iraniennes de 2025-2026

Le tort de la théocratie iranienne est d’encourager la répression brutale des femmes qui protestent contre l’obligation de porter le voile.

Tout comme le coup d’État de Maïdan en 2014 a été le point de départ d’un engrenage qui a mené à la guerre russo-ukrainienne, les manifestations iraniennes de décembre 2025 et de janvier 2026 ont été le préambule à la Troisième Guerre du Golfe.

Le modus opérandi a été le même.

On a d’abord de grandes manifestations populaires en faveur d’une cause noble, suscitées par le biais des médias sociaux. Puis des tireurs d’élite œuvrant pour le compte d’un pays étranger se mêlent à la foule et vont tirer à la fois sur les policiers et sur les manifestants.

Parmi les forces de l’ordre, ils vont faire environ 700 morts. Et ce, afin d’exacerber la violence de la répression policière.

D’autres tireurs vont prendre la foule en souricière afin de l’empêcher de se disperser et d’assombrir le bilan meurtrier des émeutes.

Puis le nombre de morts (estimé à 4 507 personnes) est grossièrement exagéré par les agences de presse occidentales afin de manipuler l’opinion publique et justifier la guerre en préparation.

Selon l’ONG Human Rights Activists News Agency, après un mois de guerre, on en était déjà à 3 519 morts en Iran, dont 1 598 civils.

De la même manière que l’Occident souhaitait un changement de régime au Kremlin qui aurait porté au pouvoir Alexeï Navalny — alors que son taux de popularité n’a jamais dépassé 5 % des intentions de vote en Russie — l’Occident mise maintenant sur Reza Pahlavi, le fils héritier de l’ancien chah d’Iran, que presque personne ne connait dans ce pays.

Comme quoi plus ça change, plus c’est pareil.

Références :
Guerre au Moyen-Orient : les bilans des pertes humaines dans la région
Harcèlement et violences monarchistes visant les dissidents iraniens
Iran Protest Documentation
La place des femmes dans les études de médecine, hier et aujourd’hui
La Révolution islamique a 45 ans : les femmes iraniennes plus brillantes que jamais
L’engrenage ukrainien
Répression des manifestations en Iran : le G7 menace Téhéran de « mesures restrictives supplémentaires »
Répression des manifestations iraniennes en 2026
Ukraine : l’histoire secrète de la révolution de Maïdan

Paru depuis : How Iranian monarchists have targeted anti-war activists (2026-05-01)

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la Troisième guerre du Golfe, veuillez cliquer sur ceci.

4 commentaires

| Géopolitique, Guerre en Iran | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


La Chine et la Troisième guerre du Golfe

Publié le 29 mars 2026 | Temps de lecture : 14 minutes

Les importations chinoises de pétrole

La Chine est un pays producteur de pétrole. Celui-ci assure environ 30 % des besoins du pays. Le reste, soit 70 %, doit être importé.

Selon l’Administration générale des douanes chinoises, les principaux fournisseurs de pétrole à la Chine sont les pays suivants.


 
Dans le camembert ci-dessus, on remarquera l’absence de l’Iran. Pourtant, on nous dit que la Chine achèterait 80 % du pétrole iranien. Qu’en est-il ?

En réalité, pour contourner les sanctions américaines, le pétrole importé d’Iran est étiqueté comme provenant de Malaisie. C’est ainsi que la Chine importe 2,4 fois plus de pétrole ‘malaisien’ que la Malaisie en produit.

On estime que le pétrole iranien représente officieusement 15 % des importations de Chine. Ce qui assure environ 11 % de ses besoins.

Les réserves stratégiques chinoises

À l’exception de la route arctique de la soie (qui longe les côtes arctiques de la Fédération de Russie), tous les océans du monde sont sous contrôle américain.

Ce qui signifie que Washington est capable d’exercer des pressions considérables sur la Chine puisque celle-ci ne peut compter que sur son propre pétrole et sur celui qu’elle importe de Russie. Ce qui est insuffisant pour assurer ses besoins.

D’où les efforts (beaucoup plus important qu’on pense) de la Chine pour décarboner son économie. Entretemps, la Chine pallie sa vulnérabilité en accumulant les plus importantes réserves stratégiques de pétrole au monde.

Près des villes de Zhejiang, Shandong, Guangdong et Fujian, la Chine a créé d’immenses réservoirs capables d’entreposer, au total, 1,3 milliard de barils de pétrole. Ce qui correspond à six mois de consommation chinoise ou, avec rationnement, à un an d’autonomie pour le pays.

Parce que souterraines, ces réserves échappent à la surveillance satellitaire américaine, incapable de les géolocaliser.


 
Le blocage du détroit d’Ormuz ne représente donc pas un danger immédiat pour la Chine. D’autant plus que son allié iranien laisserait passer, dit-il, les pétroliers et les méthaniers à destination de la Chine.


Aparté au sujet des réserves stratégiques américaines

Lorsqu’elles sont à leur maximum, les réserves stratégiques américaines représentent la moitié des réserves stratégiques chinoises.

De plus, avant la décision récente de Washington de puiser dans les réserves américaines pour tenter de faire baisser le prix du pétrole, les réservoirs étaient déjà à moitié vides.

Les réserves stratégiques américaines ont été créées à l’époque où les États-Unis dépendaient du pétrole saoudien. Ce n’est plus le cas.

Depuis que les États-Unis sont devenus des exportateurs de pétrole, ces réserves sont moins stratégiques qu’autrefois puisque maintenant, en tout temps, la production américaine est capable de répondre à 100 % des besoins industriels et civils du pays.

Les exportations chinoises d’engrais

En raison du blocage du détroit d’Ormuz, les pays du Golfe sont dans l’impossibilité d’exporter non seulement leurs hydrocarbures, mais également les sous-produits de leur industrie pétrolière et gazière que sont les engrais et l’hélium.

Selon nos médias, le tiers du transport maritime des engrais transiterait par le détroit d’Ormuz.

Puisque la Russie est un des principaux producteurs mondiaux d’engrais, son boycottage par les pays occidentaux fait en sorte que toute interruption de l’approvisionnement en provenance des pays de rechange à la Russie prend une importance démesurée.

Or c’est actuellement le temps des semis dans les pays tempérés. La simple crainte de manquer d’engrais a provoqué une augmentation spéculative du prix des engrais sur les marchés mondiaux.

En 2021, la Chine était le quatrième producteur mondial d’engrais potassiques et le principal producteur mondial d’engrais azotés et d’engrais phosphatés.

À la mi-mars, ce pays a placé un embargo sur ses exportations d’engrais afin de protéger ses producteurs agricoles de la montée des prix de leurs intrants.

Puisque le territoire de la Chine ne suffit pas à assurer l’autosuffisance alimentaire de sa population, on s’attend à ce que les pays qui ont vendu des terres à des intérêts étatiques chinois — pour approvisionner la Chine en huile de palme, notamment — soient exemptés de cet embargo.

La même chose devrait être également vraie pour les alliés les plus fidèles de Beijing. Ce qui renforce la position de la Chine au sein du Sud Global.

Les effets économiques indirects sur la Chine

Les impacts directs de la Troisième guerre du Golfe sur la Chine ne doivent pas nous faire oublier ses effets indirects.

La Chine est le plus important exportateur mondial de biens manufacturés.

Une récession mondiale causée par une augmentation importante du prix du pétrole affectera la Chine indirectement. En effet, si les acheteurs de biens chinois rencontrent des difficultés financières, ils vont remettre à plus tard l’achat de ce qu’ils comptaient acheter dès maintenant.

Donc, tout ralentissement de l’économie mondiale est une mauvaise nouvelle pour la Chine.

Mais à l’opposé, l’augmentation importante et prolongée du prix des hydrocarbures rend plus avantageuse la décarbonation de l’économie. Or la Chine est le plus important fournisseur des moyens pour y parvenir (voitures électriques, panneaux solaires, batteries au lithium, etc.).

Les pays qui, sous la menace de tarifs douaniers américains, ont retardé leur transition écologique se rendent maintenant compte que cela était une erreur.

Si, à l’exemple de Cuba, ces pays veulent se procurer massivement des outils de décarbonation, la Chine est le pays qui peut répondre le plus rapidement à cette demande, autant en raison de ses capacités industrielles que de son expertise en logistique.

Voilà pourquoi, dans une certaine mesure, la Troisième guerre du Golfe sert les intérêts économiques de la Chine.

L’exemple du transport aérien

Depuis quatre ans, en réaction aux sanctions européennes contre la Russie, ce pays a interdit aux compagnies aériennes occidentales de survoler son territoire, de même que celui de l’Ukraine.

Le détour que doivent emprunter leurs avions pour relier la Chine à l’Europe prend deux à trois heures de plus. Or chaque heure de vol coute dix-mille dollars américains.
 

 
Depuis le début de la Troisième guerre du Golfe, ces avions doivent également éviter le Moyen-Orient. Au total, c’est tout le territoire en rouge sur la carte ci-dessus.

Ce qui les oblige à un détour encore plus grand par le sud.

De leur côté, les avions chinois doivent eux aussi éviter le Moyen-Orient et l’Ukraine. Mais ils peuvent survoler le territoire de la Fédération de Russie et ainsi, relier directement la Chine à l’Europe.

Cet avantage concurrentiel fait en sorte qu’il y a deux jours, les transporteurs aériens chinois annonçaient l’ajout, d’ici le mois d’octobre, de près de trois-mille vols reliant la Chine à l’Europe. Pendant ce temps, leurs concurrents européens annulent une partie des leurs.

Géostratégie chinoise au Moyen-Orient

La doctrine chinoise en matière de politique étrangère

L’idée de privilégier le commerce avec des pays dont les valeurs morales ou les régimes politiques sont apparentés au nôtre découle de la longue tradition coloniale des puissances européennes.

À l’exception de l’époque de Mao Zedong, la politique extérieure de la Chine a toujours consisté à commercer avec tous ceux qui étaient prêts à échanger leur or pour des marchandises chinoises. Que ces clients soient des monarques éclairés, des empereurs tyranniques, des seigneurs de la guerre, ou de simples marchands.

C’est ce qui explique que la Chine fut la plus grande puissance économique du monde jusqu’au milieu du XIXe siècle.

Pour rassurer les pays inquiets du retour de la Chine en tant que première puissance mondiale, les dirigeants chinois essaient de différencier leur pays de son belliqueux rival, les États-Unis.

Voilà pourquoi la Chine n’a jamais pris part aux coalitions mises sur pied par les États-Unis pour imposer l’ordre mondial par la force.

La stratégie secrète de la Chine

Dans le cas de la Troisième guerre du Golfe, la stratégie chinoise consiste à contribuer à l’affaiblissement militaire des États-Unis en aidant clandestinement l’Iran à se défendre. Comme les pays occidentaux soutiennent l’Ukraine pour affaiblir militairement la Russie.

C’est ainsi que l’amélioration considérable de la précision des missiles iraniens depuis la guerre des Douze Jours s’expliquerait par la fourniture de données de géolocalisation à l’Iran par la Chine.

La perte de confiance envers l’Occident

Les réserves d’équipement militaire des pays européens sont à leur plus bas en raison de leur fourniture d’armement à l’Ukraine depuis quatre ans. Si bien que ces pays doivent importer des armes américaines pour les donner à l’Ukraine tellement ils en manquent.

Lorsque les États-Unis redéploient leurs intercepteurs les plus puissants de la Corée du Sud vers le Moyen-Orient, les voisins de la Chine réalisent qu’ils ont intérêt à développer de bonnes relations avec la Chine plutôt que de chercher à devenir ses ennemis militaires. Puisqu’en pareil cas, ils ne peuvent pas compter sur un appui indéfectible de Washington.

Les États-Unis ont été pris de court par la guerre israélo-palestinienne et entrainés par Israël dans une guerre prématurée contre l’Iran. Voilà pourquoi ils sont incapables d’assurer la défense des pétromonarchies.

Ils réservent actuellement leurs intercepteurs et leurs missiles sol-air à la protection de leurs bases militaires. Ce qui tombe ailleurs…

Les pays du Golfe croyaient que de permettre l’installation d’une base militaire sur leur territoire leur donnait des garanties de sécurité. Ils réalisent maintenant qu’ils ne peuvent compter que sur leurs propres moyens.

Pour éviter une généralisation du conflit, Washington refuse de leur accorder les clés numériques, valables pour 48 heures, qui leur permettraient d’utiliser leurs bombardiers américains pour répliquer à l’Iran. Cette impuissance les irrite au plus haut point.

Limités à ne recourir qu’à des moyens défensifs (déjà épuisés), les Émirats et le Koweït ont dernièrement passé une commande de seize-milliards de dollars pour acheter des radars, des intercepteurs, des missiles de moyenne portée et accessoirement des munitions pour les bombardiers F-16 (qu’ils espèrent éventuellement pouvoir utiliser).

Même si les pays du Golfe n’ont pas renoncé à leur alliance avec Washington (qui leur a été précieuse en d’autres circonstances), leur désillusion actuelle est une aubaine pour la Chine.

Celle-ci espère que ces pays hésiteront moins à dédollariser partiellement leur économie et à acheter éventuellement de l’équipement militaire chinois.

Au sujet de la dédollarisation, la pression vient de l’intention iranienne d’instaurer un péage au détroit d’Ormuz (payable en yuans). Un tel péage pourrait rapporter annuellement l’équivalent de 80 milliards de dollars.

Puisque les eaux territoriales de l’Iran et d’Oman s’étendent sur 21 km de part de d’autres du détroit d’Ormuz, la largeur de celui-ci (55 km) laisse une dizaine de kilomètres de navigation en eaux internationales. Malheureusement, ces dernières ne sont pas suffisamment profondes.

C’est seulement dans les eaux territoriales de l’Iran que la navigation est réellement sécuritaire, particulièrement dans les étroits chenaux que ce pays a aménagés.

D’autre part, la course aux armements, déclenchée en 2014 par les pays de l’Otan et accélérée sous la pression de Donald Trump, se bute maintenant à un obstacle insurmontable; les limites imposées par la Chine à ses exportations de terres rares.

Concrètement, si les pays du Golfe comptent sur l’industrie militaire occidentale pour leur fournir tout ce dont ils ont besoin pour se protéger, ils devront s’attendre à des délais d’approvisionnement. Par opposition, l’industrie militaire chinoise ne souffre pas de cette contrainte.

Pour comparer l’efficacité des armes produites par la Chine, on doit analyser les rares conflits au cours desquels elles ont été utilisées.

L’an dernier, lors d’un court affrontement entre l’Inde et le Pakistan, un avion de chasse chinois de dernière génération a permis au Pakistan d’abattre à lui seul cinq avions de chasse indiens (trois Rafale français, de même qu’un MiG-29 et un Soukhoï SU-30 russes).

De manière générale, la Chine diplôme 1,3 million d’ingénieurs par année. Conséquemment, ce n’est plus qu’une question de temps pour que les armes chinoises les plus perfectionnées dépassent leurs équivalents occidentaux.

Du point de vue géostratégique, la Chine compte émerger comme première puissance mondiale par quatre moyens :
• en investissant massivement dans les industries d’avenir,
• en se dotant d’une main-d’œuvre disciplinée et compétente ou, à défaut, de robots humanoïdes,
• en créant les infrastructures qui sont nécessaires à ses exportations et à son approvisionnement en matières premières,
• en évitant de déclencher des guerres ruineuses comme celles dans lesquelles s’enlise l’Occident.

Références :
China’s airlines add 2,900 flights to Europe as Russia access pays dividends
Énergie en Chine
Et si la Chine profitait du conflit au Moyen-Orient?
Guerre des Douze Jours
Inde-Pakistan : l’opération militaire indienne a révélé les faiblesses de son armée de l’air
Iran war could boost China’s ‘petroyuan’ and weaken US dollar dominance, analysts say
La Chine, leader de la décarbonation des économies du Sud
La Chine restreint ses exportations d’engrais, accentuant les tensions sur une offre déjà réduite par la guerre
Le blocage du détroit d’Ormuz menace de fortes perturbations le marché des engrais et les importations agricoles au Moyen-Orient
Le signal de la famine : l’embargo chinois sur les engrais et la crise alimentaire mondiale à laquelle personne ne se prépare
Pakistan secures Iran deal to send 20 ships through Strait of Hormuz
Pentagon considers diverting Ukraine military aid to thr Middle East
Regard sur la dynamique du commerce international des engrais
Tehran’s ‘toll booth’: How Iran picks who to let through Strait of Hormuz
Washington approuve une nouvelle vente d’armes de trois milliards de dollars à Israël
Where China Gets Its Oil: Crude Imports in 2025 Reveal Stockpiling and Changing Fortunes of Certain Suppliers, Including Those Sanctioned
Why China’s strategy to stay out of Iran war is working – and crisis may spur opportunity

Parus depuis :
Will Iran’s strikes on Gulf smelters strengthen China’s aluminium trade? (2026-03-30)
China’s shipyards secure wave of oil tanker orders as Iran war drives demand (2026-04-22)
How the Middle East crisis is expanding China’s agrochemical influence (2026-05-05)
Patriot missile shortage has created ‘window of vulnerability’ Russia is exploiting in Ukraine (2026-06-02)
China is a clear winner from Trump’s war in Middle East, report concludes (2026-06-30)

Complément de lecture : Les dessous de la Troisième guerre du Golfe

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la Troisième guerre du Golfe, veuillez cliquer sur ceci.

5 commentaires

| Géopolitique, Guerre en Iran | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel