Iran : un cessez-le-feu voué à l’échec

Publié le 8 avril 2026 | Temps de lecture : 6 minutes

Introduction

À quelques heures de l’échéance fixée par Donald Trump, Washington et Téhéran se sont entendus pour suspendre la Troisième guerre du Golfe pour deux semaines.

L’Iran a accepté de rouvrir le détroit d’Ormuz à deux conditions.

Premièrement, l’arrêt des combats pour deux semaines. Et deuxièmement, l’acceptation par Washington que son plan en dix points servira de base de discussion à des négociations futures en vue de l’arrêt définitif du conflit.

Une erreur stratégique de l’Iran

La condition fondamentale de tout cessez-le-feu est l’arrêt des combats.

Dans son plan, l’Iran exige des garanties de non-agression par les États-Unis, le retrait des forces américaines de la région (c’est-à-dire le démantèlement des bases américaines au Moyen-Orient) et la cessation des combats sur tous les fronts, dont celui du Liban.

En permettant la réouverture du détroit d’Ormuz, l’Iran commet une erreur stratégique. Accepter qu’un document serve de base de discussion, cela ne signifie pas qu’on en accepte les clauses. Si tel était le cas, nous n’aurions pas affaire à un cessez-le-feu, mais à un armistice.

L’an dernier, à l’issue de la guerre des Douze Jours, la décision de Téhéran de mettre fin aux hostilités — alors que le pays avait mollement répliqué aux attaques israéliennes — avait profondément mécontenté les faucons au sein de l’armée iranienne et des gardiens de la révolution.

Cette fois-ci, tant que la guerre se poursuivait, toutes les factions du régime étaient unies dans la défense nationale contre les agresseurs occidentaux.

Mais l’annonce de cette trêve, présentée triomphalement au peuple iranien comme une victoire, masque une fracture au sein du pouvoir. Les opposants estiment, à juste titre, que l’Iran perd l’initiative (en anglais, le ‘momentum’).

Heureusement pour eux, la sale besogne de saboter cette entente est venue d’Israël.

Le déplaisir israélien

Jusqu’ici, la Troisième guerre du Golfe marquait l’apogée de la puissance de Benyamin Nétanyahou.

Sous sa gouverne, la bande de Gaza est en ruine. Les colons israéliens massacrent les Palestiniens de Cisjordanie dans l’indifférence totale de l’Occident. Le Hezbollah libanais a été décimé par des téléavertisseurs explosifs. Les installations militaires de la Syrie ont été anéanties par l’armée israélienne.

Partout en Europe, les tribunaux bâillonnent ceux qui critiquent son gouvernement en les condamnant pour antisémitisme.

Et cerise sur le gâteau, le premier ministre israélien a réussi à entrainer les États-Unis dans une guerre en Iran grâce à son ascendant sur Donald Trump.

Ce matin, en apprenant que l’administration Trump a pris l’engagement que l’armée israélienne cesserait de guerroyer contre l’Iran sans lui demander son avis, Nétanyahou est furieux.

Il appelle aussitôt Trump et réussit à lui faire dire que le cessez-le-feu ne s’applique pas aux frappes israéliennes contre le Hezbollah libanais.

Pour manifester sa contrariété, il ordonne à l’armée israélienne de bombarder le sud du Liban avec une violence inégalée depuis le début de la Troisième guerre du Golfe, faisant plus de 250 morts depuis ce matin.

En croyant que les États-Unis avaient une fois de plus renié leur parole — alors que, techniquement, Washington n’a jamais consenti au dernier item du plan iranien — Téhéran ordonne de nouveau le blocage du détroit d’Ormuz et lance quelques dizaines de drones et de missiles contre les pétromonarchies, histoire de rappeler aux partisans iraniens de la ligne dure que la guerre n’est pas finie.

La controverse aux États-Unis

Donald Trump sait qu’il s’est fait avoir en se laissant entrainer dans une guerre ruineuse contre l’Iran. Lui qui avait promis que jamais les États-Unis ne déclencheraient un conflit majeur sous sa gouverne, le voilà critiqué par sa base électorale.

Aux yeux d’un nombre croissant d’Américains, cette guerre est illégale et Israël est devenu un boulet aux pieds des États-Unis.

Les États-Unis n’ont plus besoin du pétrole et du gaz fossile produit au Moyen-Orient puisqu’ils sont devenus autosuffisants.

Pourtant, à cause de cette guerre qui ne les concerne pas, les Américains paient le pétrole beaucoup plus cher. Leur pays dépense quotidiennement deux-milliards de dollars pour entretenir le conflit. Et bientôt, le Congrès aura à se prononcer sur l’opportunité de consacrer une enveloppe de 1 500 milliards de dollars pour financer l’effort de guerre.

D’autre part, dans beaucoup de pays, la vente d’hydrocarbures ou d’électricité se fait par l’intermédiaire d’une société d’État (comme Hydro-Québec).

Pour éviter des révoltes analogues à celles des Gilets jaunes, ces pays doivent vendre leurs bons du Trésor américain et leurs lingots d’or pour pallier l’augmentation brutale du prix de l’énergie.

Cela tombe mal pour Washington. Pour ne pas augmenter les impôts, le gouvernement américain devra emprunter des sommes colossales sur les marchés financiers pour financer cette guerre.


 
Or la Réserve fédérale américaine doit offrir des taux d’intérêt de plus en plus élevés au fur et à mesure que se dégrade la confiance des investisseurs internationaux envers les États-Unis.

Donc, à bien y penser, peut-être que cette guerre n’était pas une si bonne idée…

Références :
Ce que l’on sait sur l’accord de trêve entre Washington et Téhéran
Cessez-le-feu en Iran : ce que contient le plan en 10 points de Téhéran, jugé « viable » par Trump
Guerre des Douze Jours
Iran : les infrastructures frappées avant même la fin de l’ultimatum de Trump
Le sort des bateaux coincés dans le golfe Persique reste flou
Les frappes israéliennes ont fait au moins 250 morts au Liban mercredi
Les vraies raisons pour lesquelles Israël déclenche une guerre contre l’Iran
Levée des sanctions, nucléaire… Que contient le plan iranien en dix points proposé à Trump ?
The Ceasefire That Wasn’t! What Comes Next? With Trita Parsi (vidéo en anglais)
UK security adviser attended US-Iran talks and judged deal was within reach
Uranium, levée des sanctions… Que contient le plan en dix points proposé par l’Iran à Donald Trump?
When Pakistan Warned Trump (vidéo en anglais)

Complément de lecture : « Il n’y a pas de cessez-le-feu à Gaza » (2026-05-14)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La guerre d’Hiver de 1939 et les purges militaires de Trump

Publié le 7 avril 2026 | Temps de lecture : 5 minutes
Mémorial national de la guerre d’Hiver de 1939-1940, de Pekka Kauhanen (2017)

En 1938, une des grandes préoccupations de Joseph Staline est la frontière russo-finlandaise. Celle-ci est alors située à seulement 32 km de la deuxième plus grande ville de Russie, soit Leningrad (aujourd’hui appelée Saint-Pétersbourg).

À l’époque où la Finlande était un duché russe, cette proximité n’avait pas d’importance. Toutefois après l’indépendance (obtenue de la Russie en 1917), la Finlande avait développé des relations amicales avec l’Allemagne afin de faire contrepoids à son redoutable voisin.

En 1938, l’Allemagne et la Russie ne sont pas encore liées par leur pacte de non-agression (qui sera signé en aout 1939).

En cas de guerre, Staline sait que Finlande refusera que l’armée rouge traverse son territoire par crainte d’être annexée à cette occasion. Par contre, il sait que ce pays accordera cette permission à l’armée du Troisième Reich.

Le résultat, c’est qu’en cas d’invasion allemande, les troupes ennemies pourraient avancer jusqu’à 32 km de Leningrad sans rencontrer la moindre résistance.

Pour pallier cette menace, Staline offre à la Finlande un échange de territoires; la frontière russo-finlandaise serait repoussée de cent kilomètres alors qu’en contrepartie, la Russie offre à la Finlande de nouveaux territoires situés plus au nord.

Puisque ceux-ci sont de moindre importance économique, la Finlande décline l’offre. Ce qui est son droit.

Mais droit ou non, Staline veut repousser cette frontière.

Une guerre entre ces deux pays éclate donc en novembre 1939. Elle prendra fin en mars 1940. À cette occasion, l’armée finlandaise tiendra tête à l’armée russe (qui essuiera des pertes considérables).

À l’issue du conflit, le traité de Moscou est signé entre les belligérants. Concrètement, il correspond aux demandes territoriales originelles de Staline.

Chacun des belligérants proclame alors avoir gagné la guerre; la Finlande pour avoir empêché l’invasion russe et la Russie pour avoir fait repousser la frontière finlandaise.

L’importance de cette guerre vient du fait qu’un tout petit pays avait réussi à résister à un pays présumé beaucoup plus puissant qui s’est avéré être un tigre de papier.

Ce détail n’a pas échappé à Adolf Hitler. Ce qui l’a incité à rompre sa parole et à envahir la Russie à peine deux ans après la signature du Pacte germano-soviétique.

Pourquoi l’armée russe s’est-elle avérée si faible ?

Au cours des années 1930, Joseph Staline était devenu de plus en plus paranoïaque. Par crainte d’un coup d’État, il avait peu à peu ‘éliminé’ tous les généraux compétents pour les remplacer par des gens de moindre envergure, moins capables de le renverser s’ils devaient tenter de le faire.

De plus, chacun d’eux était couplé à un conseiller politique qui servait d’espion et dont le rôle était officiellement de s’assurer de sa pureté idéologique.

À la suite de l’humiliation infligée par la Finlande, Staline changea de politique, promut des stratèges compétents à la tête de son armée et s’engagea dans une course aux armements.

Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump commet la même erreur que Joseph Staline.

Il s’est d’abord entouré de ministres remarquablement incompétents.

En tant que commandant suprême des armées, Donald Trump veut que les dirigeants militaires de son pays n’hésitent pas à mettre en exécution des menaces qui sont clairement des violations du Droit international. Bref, qu’ils soient dépourvus de scrupules.

À cette fin, il a limogé le chef d’état-major des armées, les chefs de la marine, des garde-côtes, de l’Agence de sécurité nationale (NSA), ainsi que de nombreux autres, qui ont été poussés vers la sortie.

Le 3 avril dernier, son ministre de la Guerre a limogé le chef d’état-major de l’armée de terre afin de le remplacer par quelqu’un qui pourra appliquer sa propre vision et celle de Donald Trump.

Au total, à l’occasion de cette purge, une douzaine de militaires de haut niveau ont été poussés vers la sortie.

Tout cela en quinze mois.

À Washington, Donald Trump est devenu aussi puissant que Staline l’était à Moscou. Dans l’armée, personne n’ose le contredire.

Maintenant que des milliers de soldats américains s’apprêtent à envahir le territoire iranien, est-ce que les dirigeants militaires nommés par Trump feront mieux que ceux de Staline au cours de la guerre d’Hiver de 1939 ?

C’est ce que nous verrons…

Références :
Armée américaine: «La plupart des licenciements de hauts gradés concernent des femmes ou des Afro-Américains»
Guerre d’Hiver
Le patron du Pentagone, Pete Hegseth, obtient le départ du chef d’état-major de l’armée de terre

Paru depuis : ‘This is just disarray’: alarm inside Pentagon after Hegseth staff purges (2026-05-03)

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 — 1/2500 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 12 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’Iran et le port du voile

Publié le 5 avril 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

Introduction

Selon la presse occidentale, le pays le plus répressif au monde à l’égard des femmes est l’Iran.

Pourtant, dans les facultés de médecine du pays, 60 % des étudiants sont des femmes et 34 % des enseignants y sont de sexe féminin. Quant aux praticiennes, elles composent 40 % des médecins spécialistes.

Comment expliquer cela ?

Voile et préjugés

Dans les familles musulmanes traditionnelles, on attache une importance démesurée à la virginité des adolescentes.

Pour les pères de famille, une adolescente déflorée souille l’honneur de la famille puisque cette dernière pourra être répudiée par son époux lorsqu’il découvrira qu’on lui a caché la vérité à ce sujet.

Comme dans nos sociétés, un mariage sera annulé si on a caché à un conjoint que sa femme ou que son mari est porteur d’une maladie héréditaire grave.

Oui, je sais, cela n’est pas pareil. Mais en Iran, ce l’est.

Dans les régions rurales et les villages d’Iran, jamais les pères n’accepteraient que leur adolescente parte seule étudier à l’université, puisqu’en cas de perte de virginité, ce serait un déshonneur.

D’autre part, l’immense majorité de la population iranienne est persuadée que le voile islamique protège la virginité des jeunes filles.

La question de savoir si cela est vrai ou non n’a pas d’importance. Ce qui compte, c’est qu’ils y croient.

En conséquence, des centaines de milliers de jeunes Iraniennes font des études supérieures en Iran parce qu’elles portent le voile. Autrement, elles demeureraient à la maison.

Voilà pourquoi on trouve des femmes dans presque tous les secteurs de la société iranienne.

C’est ainsi que le pont Tabiat (pont de la Nature) à Téhéran, inauguré en 2014, a été conçu par l’architecte Leila Araghian, une Iranienne alors âgée de 26 ans.

En somme, dans le contexte particulier de l’Iran, le port du voile est un vecteur d’émancipation féminine au sein des classes populaires, contrairement au cliché entretenu par nos médias.

Toutefois, l’obligation sociale de le porter est perçue comme un facteur d’oppression par une minorité grandissante constituée des femmes occidentalisée du pays.

L’histoire secrète des manifestations iraniennes de 2025-2026

Le tort de la théocratie iranienne est d’encourager la répression brutale des femmes qui protestent contre l’obligation de porter le voile.

Tout comme le coup d’État de Maïdan en 2014 a été le point de départ d’un engrenage qui a mené à la guerre russo-ukrainienne, les manifestations iraniennes de décembre 2025 et de janvier 2026 ont été le préambule à la Troisième Guerre du Golfe.

Le modus opérandi a été le même.

On a d’abord de grandes manifestations populaires en faveur d’une cause noble, suscitées par le biais des médias sociaux. Puis des tireurs d’élite œuvrant pour le compte d’un pays étranger se mêlent à la foule et vont tirer à la fois sur les policiers et sur les manifestants.

Parmi les forces de l’ordre, ils vont faire environ 700 morts. Et ce, afin d’exacerber la violence de la répression policière.

D’autres tireurs vont prendre la foule en souricière afin de l’empêcher de se disperser et d’assombrir le bilan meurtrier des émeutes.

Puis le nombre de morts (estimé à 4 507 personnes) est grossièrement exagéré par les agences de presse occidentales afin de manipuler l’opinion publique et justifier la guerre en préparation.

Selon l’ONG Human Rights Activists News Agency, après un mois de guerre, on en était déjà à 3 519 morts en Iran, dont 1 598 civils.

De la même manière que l’Occident souhaitait un changement de régime au Kremlin qui aurait porté au pouvoir Alexeï Navalny — alors que son taux de popularité n’a jamais dépassé 5 % des intentions de vote en Russie — l’Occident mise maintenant sur Reza Pahlavi, le fils héritier de l’ancien chah d’Iran, que presque personne ne connait dans ce pays.

Comme quoi plus ça change, plus c’est pareil.

Références :
Guerre au Moyen-Orient : les bilans des pertes humaines dans la région
Harcèlement et violences monarchistes visant les dissidents iraniens
Iran Protest Documentation
La place des femmes dans les études de médecine, hier et aujourd’hui
La Révolution islamique a 45 ans : les femmes iraniennes plus brillantes que jamais
L’engrenage ukrainien
Pont Tabiat : une intersection spectaculaire entre nature et architecture à Téhéran
Répression des manifestations en Iran : le G7 menace Téhéran de « mesures restrictives supplémentaires »
Répression des manifestations iraniennes en 2026
Ukraine : l’histoire secrète de la révolution de Maïdan

Paru depuis : How Iranian monarchists have targeted anti-war activists (2026-05-01)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La Chine et la Troisième guerre du Golfe

Publié le 29 mars 2026 | Temps de lecture : 13 minutes

Les importations chinoises de pétrole

La Chine est un pays producteur de pétrole. Celui-ci assure environ 30 % des besoins du pays. Le reste, soit 70 %, doit être importé.

Selon l’Administration générale des douanes chinoises, les principaux fournisseurs de pétrole à la Chine sont les pays suivants.


 
Dans le camembert ci-dessus, on remarquera l’absence de l’Iran. Pourtant, on nous dit que la Chine achèterait 80 % du pétrole iranien. Qu’en est-il ?

En réalité, pour contourner les sanctions américaines, le pétrole importé d’Iran est étiqueté comme provenant de Malaisie. C’est ainsi que la Chine importe 2,4 fois plus de pétrole ‘malaisien’ que la Malaisie en produit.

On estime que le pétrole iranien représente officieusement 15 % des importations de Chine. Ce qui assure environ 11 % de ses besoins.

Les réserves stratégiques chinoises

À l’exception de la route arctique de la soie (qui longe les côtes arctiques de la Fédération de Russie), tous les océans du monde sont sous contrôle américain.

Ce qui signifie que Washington est capable d’exercer des pressions considérables sur la Chine puisque celle-ci ne peut compter que sur son propre pétrole et sur celui qu’elle importe de Russie. Ce qui est insuffisant pour assurer ses besoins.

D’où les efforts (beaucoup plus important qu’on pense) de la Chine pour décarboner son économie. Entretemps, la Chine pallie sa vulnérabilité en accumulant les plus importantes réserves stratégiques de pétrole au monde.

Près des villes de Zhejiang, Shandong, Guangdong et Fujian, la Chine a créé d’immenses réservoirs capables d’entreposer, au total, 1,3 milliard de barils de pétrole. Ce qui correspond à six mois de consommation chinoise ou, avec rationnement, à un an d’autonomie pour le pays.

Parce que souterraines, ces réserves échappent à la surveillance satellitaire américaine, incapable de les géolocaliser.


 
Le blocage du détroit d’Ormuz ne représente donc pas un danger immédiat pour la Chine. D’autant plus que son allié iranien laisserait passer, dit-il, les pétroliers et les méthaniers à destination de la Chine.


Aparté au sujet des réserves stratégiques américaines

Lorsqu’elles sont à leur maximum, les réserves stratégiques américaines représentent la moitié des réserves stratégiques chinoises.

De plus, avant la décision récente de Washington de puiser dans les réserves américaines pour tenter de faire baisser le prix du pétrole, les réservoirs étaient déjà à moitié vides.

Les réserves stratégiques américaines ont été créées à l’époque où les États-Unis dépendaient du pétrole saoudien. Ce n’est plus le cas.

Depuis que les États-Unis sont devenus des exportateurs de pétrole, ces réserves sont moins stratégiques qu’autrefois puisque maintenant, en tout temps, la production américaine est capable de répondre à 100 % des besoins industriels et civils du pays.

Les exportations chinoises d’engrais

En raison du blocage du détroit d’Ormuz, les pays du Golfe sont dans l’impossibilité d’exporter non seulement leurs hydrocarbures, mais également les sous-produits de leur industrie pétrolière et gazière que sont les engrais et l’hélium.

Selon nos médias, le tiers du transport maritime des engrais transiterait par le détroit d’Ormuz.

Puisque la Russie est un des principaux producteurs mondiaux d’engrais, son boycottage par les pays occidentaux fait en sorte que toute interruption de l’approvisionnement en provenance des pays de rechange à la Russie prend une importance démesurée.

Or c’est actuellement le temps des semis dans les pays tempérés. La simple crainte de manquer d’engrais a provoqué une augmentation spéculative du prix des engrais sur les marchés mondiaux.

En 2021, la Chine était le quatrième producteur mondial d’engrais potassiques et le principal producteur mondial d’engrais azotés et d’engrais phosphatés.

À la mi-mars, ce pays a placé un embargo sur ses exportations d’engrais afin de protéger ses producteurs agricoles de la montée des prix de leurs intrants.

Puisque le territoire de la Chine ne suffit pas à assurer l’autosuffisance alimentaire de sa population, on s’attend à ce que les pays qui ont vendu des terres à des intérêts étatiques chinois — pour approvisionner la Chine en huile de palme, notamment — soient exemptés de cet embargo.

La même chose devrait être également vraie pour les alliés les plus fidèles de Beijing. Ce qui renforce la position de la Chine au sein du Sud Global.

Les effets économiques indirects sur la Chine

Les impacts directs de la Troisième guerre du Golfe sur la Chine ne doivent pas nous faire oublier ses effets indirects.

La Chine est le plus important exportateur mondial de biens manufacturés.

Une récession mondiale causée par une augmentation importante du prix du pétrole affectera la Chine indirectement. En effet, si les acheteurs de biens chinois rencontrent des difficultés financières, ils vont remettre à plus tard l’achat de ce qu’ils comptaient acheter dès maintenant.

Donc, tout ralentissement de l’économie mondiale est une mauvaise nouvelle pour la Chine.

Mais à l’opposé, l’augmentation importante et prolongée du prix des hydrocarbures rend plus avantageuse la décarbonation de l’économie. Or la Chine est le plus important fournisseur des moyens pour y parvenir (voitures électriques, panneaux solaires, batteries au lithium, etc.).

Les pays qui, sous la menace de tarifs douaniers américains, ont retardé leur transition écologique se rendent maintenant compte que cela était une erreur.

Si, à l’exemple de Cuba, ces pays veulent se procurer massivement des outils de décarbonation, la Chine est le pays qui peut répondre le plus rapidement à cette demande, autant en raison de ses capacités industrielles que de son expertise en logistique.

Voilà pourquoi, dans une certaine mesure, la Troisième guerre du Golfe sert les intérêts économiques de la Chine.

L’exemple du transport aérien

Depuis quatre ans, en réaction aux sanctions européennes contre la Russie, ce pays a interdit aux compagnies aériennes occidentales de survoler son territoire, de même que celui de l’Ukraine.

Le détour que doivent emprunter leurs avions pour relier la Chine à l’Europe prend deux à trois heures de plus. Or chaque heure de vol coute dix-mille dollars américains.
 

 
Depuis le début de la Troisième guerre du Golfe, ces avions doivent également éviter le Moyen-Orient. Au total, c’est tout le territoire en rouge sur la carte ci-dessus.

Ce qui les oblige à un détour encore plus grand par le sud.

De leur côté, les avions chinois doivent eux aussi éviter le Moyen-Orient et l’Ukraine. Mais ils peuvent survoler le territoire de la Fédération de Russie et ainsi, relier directement la Chine à l’Europe.

Cet avantage concurrentiel fait en sorte qu’il y a deux jours, les transporteurs aériens chinois annonçaient l’ajout, d’ici le mois d’octobre, de près de trois-mille vols reliant la Chine à l’Europe. Pendant ce temps, leurs concurrents européens annulent une partie des leurs.

Géostratégie chinoise au Moyen-Orient

La doctrine chinoise en matière de politique étrangère

L’idée de privilégier le commerce avec des pays dont les valeurs morales ou les régimes politiques sont apparentés au nôtre découle de la longue tradition coloniale des puissances européennes.

À l’exception de l’époque de Mao Zedong, la politique extérieure de la Chine a toujours consisté à commercer avec tous ceux qui étaient prêts à échanger leur or pour des marchandises chinoises. Que ces clients soient des monarques éclairés, des empereurs tyranniques, des seigneurs de la guerre, ou de simples marchands.

C’est ce qui explique que la Chine fut la plus grande puissance économique du monde jusqu’au milieu du XIXe siècle.

Pour rassurer les pays inquiets du retour de la Chine en tant que première puissance mondiale, les dirigeants chinois essaient de différencier leur pays de son belliqueux rival, les États-Unis.

Voilà pourquoi la Chine n’a jamais pris part aux coalitions mises sur pied par les États-Unis pour imposer l’ordre mondial par la force.

La stratégie secrète de la Chine

Dans le cas de la Troisième guerre du Golfe, la stratégie chinoise consiste à contribuer à l’affaiblissement militaire des États-Unis en aidant clandestinement l’Iran à se défendre. Comme les pays occidentaux soutiennent l’Ukraine pour affaiblir militairement la Russie.

C’est ainsi que l’amélioration considérable de la précision des missiles iraniens depuis la guerre des Douze Jours s’expliquerait par la fourniture de données de géolocalisation à l’Iran par la Chine.

La perte de confiance envers l’Occident

Les réserves d’équipement militaire des pays européens sont à leur plus bas en raison de leur fourniture d’armement à l’Ukraine depuis quatre ans. Si bien que ces pays doivent importer des armes américaines pour les donner à l’Ukraine tellement ils en manquent.

Lorsque les États-Unis redéploient leurs intercepteurs les plus puissants de la Corée du Sud vers le Moyen-Orient, les voisins de la Chine réalisent qu’ils ont intérêt à développer de bonnes relations avec la Chine plutôt que de chercher à devenir ses ennemis militaires. Puisqu’en pareil cas, ils ne peuvent pas compter sur un appui indéfectible de Washington.

Les États-Unis ont été pris de court par la guerre israélo-palestinienne et entrainés par Israël dans une guerre prématurée contre l’Iran. Voilà pourquoi ils sont incapables d’assurer la défense des pétromonarchies.

Ils réservent actuellement leurs intercepteurs et leurs missiles sol-air à la protection de leurs bases militaires. Ce qui tombe ailleurs…

Les pays du Golfe croyaient que de permettre l’installation d’une base militaire sur leur territoire leur donnait des garanties de sécurité. Ils réalisent maintenant qu’ils ne peuvent compter que sur leurs propres moyens.

Pour éviter une généralisation du conflit, Washington refuse de leur accorder les clés numériques, valables pour 48 heures, qui leur permettraient d’utiliser leurs bombardiers américains pour répliquer à l’Iran. Cette impuissance les irrite au plus haut point.

Limités à ne recourir qu’à des moyens défensifs (déjà épuisés), les Émirats et le Koweït ont dernièrement passé une commande de seize-milliards de dollars pour acheter des radars, des intercepteurs, des missiles de moyenne portée et accessoirement des munitions pour les bombardiers F-16 (qu’ils espèrent éventuellement pouvoir utiliser).

Même si les pays du Golfe n’ont pas renoncé à leur alliance avec Washington (qui leur a été précieuse en d’autres circonstances), leur désillusion actuelle est une aubaine pour la Chine.

Celle-ci espère que ces pays hésiteront moins à dédollariser partiellement leur économie et à acheter éventuellement de l’équipement militaire chinois.

Au sujet de la dédollarisation, la pression vient de l’intention iranienne d’instaurer un péage au détroit d’Ormuz (payable en yuans). Un tel péage pourrait rapporter annuellement l’équivalent de 80 milliards de dollars.

Puisque les eaux territoriales de l’Iran et d’Oman s’étendent sur 21 km de part de d’autres du détroit d’Ormuz, la largeur de celui-ci (55 km) laisse une dizaine de kilomètres de navigation en eaux internationales. Malheureusement, ces dernières ne sont pas suffisamment profondes.

C’est seulement dans les eaux territoriales de l’Iran que la navigation est réellement sécuritaire, particulièrement dans les étroits chenaux que ce pays a aménagés.

D’autre part, la course aux armements, déclenchée en 2014 par les pays de l’Otan et accélérée sous la pression de Donald Trump, se bute maintenant à un obstacle insurmontable; les limites imposées par la Chine à ses exportations de terres rares.

Concrètement, si les pays du Golfe comptent sur l’industrie militaire occidentale pour leur fournir tout ce dont ils ont besoin pour se protéger, ils devront s’attendre à des délais d’approvisionnement. Par opposition, l’industrie militaire chinoise ne souffre pas de cette contrainte.

Pour comparer l’efficacité des armes produites par la Chine, on doit analyser les rares conflits au cours desquels elles ont été utilisées.

L’an dernier, lors d’un court affrontement entre l’Inde et le Pakistan, un avion de chasse chinois de dernière génération a permis au Pakistan d’abattre à lui seul cinq avions de chasse indiens (trois Rafale français, de même qu’un MiG-29 et un Soukhoï SU-30 russes).

De manière générale, la Chine diplôme 1,3 million d’ingénieurs par année. Conséquemment, ce n’est plus qu’une question de temps pour que les armes chinoises les plus perfectionnées dépassent leurs équivalents occidentaux.

Du point de vue géostratégique, la Chine compte émerger comme première puissance mondiale par quatre moyens :
• en investissant massivement dans les industries d’avenir,
• en se dotant d’une main-d’œuvre disciplinée et compétente ou, à défaut, de robots humanoïdes,
• en créant les infrastructures qui sont nécessaires à ses exportations et à son approvisionnement en matières premières,
• en évitant de déclencher des guerres ruineuses comme celles dans lesquelles s’enlise l’Occident.

Références :
China’s airlines add 2,900 flights to Europe as Russia access pays dividends
Énergie en Chine
Et si la Chine profitait du conflit au Moyen-Orient?
Guerre des Douze Jours
Inde-Pakistan : l’opération militaire indienne a révélé les faiblesses de son armée de l’air
Iran war could boost China’s ‘petroyuan’ and weaken US dollar dominance, analysts say
La Chine, leader de la décarbonation des économies du Sud
La Chine restreint ses exportations d’engrais, accentuant les tensions sur une offre déjà réduite par la guerre
Le blocage du détroit d’Ormuz menace de fortes perturbations le marché des engrais et les importations agricoles au Moyen-Orient
Le signal de la famine : l’embargo chinois sur les engrais et la crise alimentaire mondiale à laquelle personne ne se prépare
Pakistan secures Iran deal to send 20 ships through Strait of Hormuz
Pentagon considers diverting Ukraine military aid to thr Middle East
Regard sur la dynamique du commerce international des engrais
Tehran’s ‘toll booth’: How Iran picks who to let through Strait of Hormuz
Washington approuve une nouvelle vente d’armes de trois milliards de dollars à Israël
Where China Gets Its Oil: Crude Imports in 2025 Reveal Stockpiling and Changing Fortunes of Certain Suppliers, Including Those Sanctioned
Why China’s strategy to stay out of Iran war is working – and crisis may spur opportunity

Parus depuis :
Will Iran’s strikes on Gulf smelters strengthen China’s aluminium trade? (2026-03-30)
China’s shipyards secure wave of oil tanker orders as Iran war drives demand (2026-04-22)
How the Middle East crisis is expanding China’s agrochemical influence (2026-05-05)

Complément de lecture : Les dessous de la Troisième guerre du Golfe

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les dessous de la Troisième guerre du Golfe

Publié le 19 mars 2026 | Temps de lecture : 12 minutes


Avant-propos : Alors que nous sommes entrés dans la troisième semaine de ce conflit, le nuage de la propagande — si opaque au début de n’importe quelle guerre — commence à se dissiper.

Si bien qu’on peut y voir suffisamment clair pour tenter d’analyser ses tenants et ses aboutissants.

Introduction

La guerre actuelle en Iran vise des objectifs différents selon les attaquants.

La motivation israélienne est double, politique et sécuritaire, tandis que celle des États-Unis est le fruit d’une vision géostratégique beaucoup plus vaste.

La motivation israélienne

L’aspect politique

Le succès de Benyamin Netanyahou et la longévité de sa carrière politique reposent en bonne partie sur la crainte de l’Iran. Une crainte qu’il entretient et qu’il exacerbe parmi la population israélienne.

Son discours apocalyptique a besoin que l’Iran soit perçu comme une menace imminente et terrifiante. Et que lui apparaisse comme le politicien le plus déterminé à y faire face.

De plus, il sait que, dès qu’il perdra le pouvoir, la justice israélienne procèdera dans les causes en suspens où il est accusé de corruption.

L’aspect sécuritaire

La sécurité d’Israël nécessite que le pays soit armé jusqu’aux dents et qu’il soit entouré de voisins inoffensifs.

Voilà pourquoi l’armée israélienne a décimé le Hezbollah au Liban et a profité de l’effondrement du régime de Bachar el-Assad en Syrie pour détruire les installations militaires du pays.

C’est maintenant au tour de l’Iran d’être ‘dégriffé’ sous les tonnes de bombes qu’Israël fait pleuvoir sur lui. Par la même occasion, les dirigeants israéliens rêvent d’une capitulation iranienne en vertu de laquelle ce pays renoncerait à son financement du terrorisme régional.

Malheureusement, la pacification du Moyen-Orient n’est possible qu’à la condition supplémentaire qu’aucun des pays de la région ne se démocratise.

Actuellement, le Liban est le seul voisin d’Israël où se tiennent des élections dignes de ce nom. Celles prévues cette année ont été reportées de deux ans en raison des attaques israéliennes.

Pourquoi la démocratisation du Proche et du Moyen-Orient est-elle contraire aux intérêts d’Israël ? En raison de la colonisation de la Palestine.

En Occident, celle-ci se fait dans l’indifférence générale. Mais ce n’est pas le cas dans les pays musulmans, où elle est suivie quotidiennement.

Voilà pourquoi les Musulmans de ces pays détestent les dirigeants israéliens. Et ils détestent également le peuple israélien. Et ce, pour le sort qu’ils font subir aux Palestiniens.

Donc, si les citoyens de ces pays pouvaient voter, ils éliraient des politiciens qui tiennent un discours haineux à l’égard d’Israël. Un discours qui ne peut mener qu’à des affrontements militaires.

Le moment choisi pour déclencher la guerre en Iran

Pourquoi maintenant ?

L’initiative israélienne est la deuxième tentative en moins d’un an de saboter les négociations américano-iraniennes au sujet du programme nucléaire iranien.

En juin 2025, la Guerre des 12 jours a été déclenchée par Israël juste avant l’ouverture d’un nouveau cycle de négociations à ce sujet.

Cette fois-ci, l’attaque survient alors que ces négociations avaient repris et que Washington répétait à qui voulait l’entendre que les discussions étaient positives, du moins quant au programme nucléaire iranien.

C’était bien la dernière chose que Netanyahou voulait entendre.

La perspective de voir Trump annoncer fièrement la conclusion d’un Big & Beautiful Deal avec l’Iran, c’est-à-dire d’une entente ‘garantissant’ une paix durable au Moyen-Orient, n’est-ce pas suffisant pour faire de l’insomnie lorsqu’on s’appelle Benyamin Netanyahou ?

D’où l’idée de saboter dans les plus brefs délais cette négociation avant qu’elle n’aboutisse. Comme Boris Johnson l’a fait au sujet des négociations russo-ukrainiennes en mars 2022.

L’éclatante victoire que constitue l’assassinat du Guide suprême et de centaines de dirigeants du pays ne doit pas nous empêcher que soupçonner que les frappes israéliennes visaient, entre autres, les négociateurs iraniens.

Ce qui rappelle qu’Israël a précédemment tenté d’assassiner ses vis-à-vis du Hamas lors des négociations israélo-palestiniennes au Qatar.

L’emprise de Netanyahou sur Trump

Le 17 mars, Joseph Kent, directeur du Centre national américain de lutte contre le terrorisme — l’organisme du gouvernement américain responsable de la lutte contre le terrorisme national et international — écrivait dans la lettre de démission qu’il adressait à Trump :

…il est clair que [les États-Unis] sont entrés dans cette guerre en raison des pressions d’Israël et de son puissant lobby américain.
[…]
Dès le début de [votre] administration, des officiels Israéliens haut placés et des membres influents des médias américains ont procédé à une campagne de désinformation afin de miner votre programme America First et de susciter le sentiment guerrier contre l’Iran.

En effet, Donald Trump a été entrainé dans cette guerre malgré lui parce qu’il a été incapable d’empêcher Netanyahou d’aller de l’avant. Et ce, même s’il était parfaitement conscient que le premier ministre israélien sabotait ainsi les négociations américaines avec l’Iran.

Trump aurait pu menacer de couper les milliards de dollars d’aide militaire versés annuellement à Israël par Washington. Une menace que Biden ou Obama n’aurait pas hésité à brandir derrière des portes closes.

Mais l’actuel président américain ne peut pas le faire en raison de l’importance capitale des sionistes chrétiens au sein de sa base électorale. En somme, si l’armée israélienne était partie seule au combat et que tout avait tourné à la catastrophe pour elle, jamais ces gens n’auraient pardonné la ‘trahison’ de Trump.

Pris de court, Trump a tenté de justifier cette guerre différemment chaque jour. Si bien que les chroniqueurs ont soutenu que Trump était une girouette qui ne savait pas ce qu’il faisait.

La stratégie américaine

La domination énergétique

Pour maintenir leur puissance hégémonique dans le monde en dépit de leur déclin industriel, les États-Unis entendent consolider leur domination énergétique.

Pour ce faire, Donald Trump a décidé de prolonger autant que possible l’ère thermo-industrielle puisque les États-Unis y jouent un rôle central en tant que plus grand producteur mondial de pétrole et de gaz fossile.

Cela implique l’opposition aux mesures destinées à la transition énergétique parce que les outils pour y parvenir sont produits par la Chine.

Le 14 février 2025, Donal Trump signait un décret présidentiel créant le Conseil national de la domination énergétique. Son objectif n’est pas seulement de favoriser l’augmentation de la production américaine, mais également de transformer les exportations américaines un moyen de vassalisation des pays importateurs.

Dans le cas des pays qui s’approvisionnent ailleurs qu’aux États-Unis (notamment la Chine), Washington entend asservir leurs fournisseurs.

En effet, pour Washington, il ne suffit pas que les États-Unis soient le plus grand producteur d’hydrocarbures. Pour dominer le monde, il faut que l’ensemble des autres producteurs d’hydrocarbures soient soumis à la volonté américaine.

Le Venezuela

Après s’être secrètement engagée à ne vendre le pétrole vénézuélien qu’aux pays désignés par Donald Trump, la vice-présidente du Venezuela a été placée à la tête de son pays.

Aussitôt, Washington lui a ordonné de ne plus vendre de pétrole à Cuba. Ce qu’elle a fait. Une fois ce test réussi, les Américains ont acquis l’assurance que si elle reçoit l’ordre de ne plus vendre de pétrole à la Chine, elle obéira de nouveau.

L’Iran

Enhardi par la facilité avec laquelle s’est opéré l’asservissement du Venezuela à la volonté américaine, Donald Trump s’est tourné vers un autre fournisseur de pétrole à la Chine; l’Iran.

Les toutes dernières négociations irano-américaines sont antérieures au déclenchement de la Troisième guerre du Golfe. Cela signifie que les concessions iraniennes n’avaient pas pour but de faire cesser la guerre, mais de faire lever les sanctions américaines.

Très rapidement, l’Iran avait fait des concessions majeures au sujet de son programme nucléaire. La pierre d’achoppement concernait le pétrole.

Rappelons que les seuls pays qui ont refusé de se plier aux sanctions américaines contre l’Iran sont la Chine, la Corée du Nord et la Russie.

Environ quatre-vingts pour cent du pétrole iranien est exporté vers la Chine. Sans ces revenus d’exportation, l’Iran serait en faillite.

De plus, même si l’Iran n’a pas de traité militaire avec la Chine ou la Russie, elle est néanmoins liée à ces pays par des accords de coopération militaire qui comprennent la fourniture de drones et de missiles, de même que des transferts technologiques.

Washington n’a aucune intention, pour l’instant, d’instaurer un blocus pétrolier contre la Chine. Toutefois, il est déterminé de se doter du pouvoir discrétionnaire de le faire afin de soumettre la Chine à son pouvoir hégémonique.

La Chine importe trois fois plus de pétrole d’Iran que du Venezuela. Si la visite de Trump en Chine a été retardée, c’est que le président américain n’a dans son jeu qu’un ‘deux de pique’ vénézuélien, sans le ‘roi de cœur’ iranien dont il espérait se doter à l’issue d’une guerre de courte durée.

Or, du point de vue iranien, accepter que les exportations pétrolières iraniennes vers la Chine soient soumises au bon vouloir de Donald Trump, c’est trahir un de ses plus importants alliés. Et c’est sans compter sur le fait que cela signifierait échanger un tiens pour deux tu l’auras.

L’Iran se rappelle qu’il a suffi que les États-Unis changent de président pour que le nouveau (Donald Trump) déchire l’accord sur le nucléaire iranien conclu par son prédécesseur Barack Obama. Donc, aux yeux de l’Iran, les États-Unis n’ont pas de parole.

Conclusion

Alors qu’ils ont perdu une bonne partie de leur puissance industrielle en délocalisant leurs usines vers la Chine et alors qu’ils sont aux prises avec une dette colossale, les États-Unis ont une position dominante dans le monde en raison du rôle central de leur devise dans les échanges internationaux, de l’importance de leur marché intérieur, et surtout du pouvoir de dissuasion de leurs armées.

Strictement parlant, ce n’est pas la puissance militaire en tant que telle qui est déterminante, mais la conviction, partagée par ses ennemis, que les États-Unis sont invulnérables. Or c’est précisément cette réputation d’invulnérabilité qui est en jeu dans la Troisième guerre du Golfe.

Incapable de tenir tête à Benyamin Netanyahou, Donald Trump s’est engagé imprudemment dans une guerre alors que les pays occidentaux, ses alliés, ont des stocks d’armement à leur plus bas.

Cette précipitation sabote, pour l’instant, les objectifs géostratégiques que poursuivait l’administration Trump par le moyen de la domination énergétique américaine sur le monde.

Cette guerre survient également à un moment où la grande majorité de la population des États-Unis est opposée à une invasion de soldats américains en Iran.

La mutinerie à bord du porte-avion Gerald-Ford (le plus grand au monde) en dit long sur la hâte des soldats américains à fouler le sol iranien. Ce qui rappelle l’histoire du cuirassé Potemkine.

En face des États-Unis se dresse un pays millénaire, à l’identité forte, qui, acculé au mur, est décidé à lutter jusqu’au bout.

Références :
Accord de Vienne sur le nucléaire iranien
États-Unis : l’importance politique des sionistes chrétiens
Géopolitique de l’opération Maduro
Guerre Iran-Israël (2025)
How ignorance, misunderstanding and obfuscation ended Iran nuclear talks
Incendie à bord, toilettes bouchées… Le porte-avions américain USS Gerald R. Ford quitte la mer Rouge pour des réparations
La troisième guerre du Golfe, un tournant majeur de l’architecture régionale
Les vraies raisons pour lesquelles Israël déclenche une guerre contre l’Iran
La vraie raison pour laquelle les troupes américaines entrent en Iran (vidéo – version courte)
L’expert de la guerre en Iran : 20 ans de simulations. Voici ce qui nous attend (vidéo – version intégrale)
National Counterterrorism Center
Pékin et Washington «restent en communication» sur une visite de Trump
Potemkine (cuirassé)
Qatar : Israël bombarde les négociateurs du Hamas à Doha et saborde encore l’espoir d’une trêve
Trump salue de « très bonnes » discussions avec l’Iran
UK security adviser attended US-Iran talks and judged deal was within reach
US counterterrorism chief quits, says Israel ‘trapped’ Trump into joining Iran war
US war on Iran isn’t likely to go as planned
‘You are all worse than each other’: anti-regime Iranians turn on Trump
Where China Gets Its Oil: Crude Imports in 2025 Reveal Stockpiling and Changing Fortunes of Certain Suppliers, Including Those Sanctioned
Why Trump’s push for China to help reopen the Strait of Hormuz may hurt trade talks

Complément de lecture : China has been preparing for a global energy crisis for years. It is paying off now (2026-03-20)

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la Troisième guerre du Golfe, veuillez cliquer sur ceci.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Deux semaines de guerre en Iran

Publié le 14 mars 2026 | Temps de lecture : 1 minute

Depuis 28 février dernier, jour du déclenchement de la guerre israélo-américaine en Iran, nos médias soulignent à quel point les dirigeants iraniens ont été décimés et suggèrent que le potentiel de nuisance de l’Iran a presque complètement disparu.

Ce qui annonce la fin prochaine des opérations. Ce dont je doute, pour des raisons que j’expliquerai en détail dans les jours qui viennent.

D’ici là, j’invite les personnes que le sujet intéresse à prendre connaissance de l’entrevue que le professeur américain Steven Starr accordait plus tôt aujourd’hui au Suisse Pascal Lottaz.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La guerre pour changer les mentalités

Publié le 13 mars 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

En Afghanistan, la charia (qui a force de loi) autorise le mari à battre son épouse si, pour ce faire, il évite d’utiliser une force excessive, c’est-à-dire une force provoquant des fractures, des plaies ouvertes ou des hématomes.

Plus tôt cette semaine, un juge afghan a refusé d’accorder le divorce à une femme fouettée par son mari à coups de câble métallique (le fil de recharge d’un téléphone multifonctionnel). Pendant plusieurs jours, la femme a porté les marques des coups appliqués sur son dos et sur ses bras.

Reconnu pour son tempérament vif, cet époux avait l’habitude de frapper sa femme et de l’humilier en lui rappelant son infirmité (une jambe plus courte que l’autre).

« Vous voulez divorcer rien que pour ça ?» lui a demandé le juge avant d’ajouter : « Quelques ‘corrections’ n’ont jamais tué personne.»

De 2001 à 2014, quarante-mille soldats canadiens ont occupé de facto ce pays afin de prévenir le retour au pouvoir des Talibans.

Auprès de l’opinion publique canadienne, l’opération a été présentée comme une ‘mission’ destinée à faire évoluer les mentalités arriérées du pays, notamment au sujet des femmes.

En 2006, nous prédisions :

Dès que les étrangers auront quitté le pays, les Afghans s’empresseront d’oublier la contribution insignifiante du Canada à l’évolution de leur pays : les insurgés seront présentés comme des patriotes et le régime en place comme l’équivalent du régime Pétain sous l’occupation nazie en France. Les soldats canadiens qui y auront laissé leur peau seront morts en vain.

Effectivement, les milliards de dollars dépensés par l’Occident n’ont pas empêché le retour au pouvoir du régime obscurantiste des Talibans.

Plus d’une décennie plus tard, nous voilà prêts à répéter la même erreur dans le pays voisin, soit l’Iran.

Comme pour les Talibans, il est difficile d’avoir la moindre empathie à l’égard du régime misogyne qui dirige actuellement l’Iran.

Mais ceux qui croient qu’une guerre dans ce pays permettrait aux Iraniennes d’échapper au joug qui pèse sur elles devraient se rappeler les leçons de l’histoire : on ne change pas la mentalité d’un peuple à la pointe du fusil.

Références :
A few beatings won’t kill you’: judge rejects divorce request of woman abused by husband in Afghanistan
La mission canadienne en Afghanistan ou la perpétuation de coutumes arriérées

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les ventes d’armement de 2021 à 2025

Publié le 12 mars 2026 | Temps de lecture : 4 minutes


 
L’importation d’armes

Au cours des cinq dernières années, les pays européens ont augmenté de 210 % leurs achats d’armement en comparaison avec les cinq années antérieures (soit de 2016 à 2020).

Ces achats massifs ont fait en sorte que le marché mondial d’armement s’est accru de 9,2 % en dépit d’une diminution des ventes en Afrique et en Asie-Océanie.

Si bien qu’à eux seuls, les pays européens représentent 33 % de toutes les importations militaires.

De ce 33 %, l’Ukraine en a reçu 9,7 % tandis que les autres pays européens (notamment la Pologne et la Grande-Bretagne) se partagent le 23,3 % restant.

L’hystérie provoquée par la crainte d’une invasion russe au-delà de l’Ukraine, couplée avec les incertitudes quant à la détermination des États-Unis à défendre l’Europe, sont les deux moteurs de la course aux armements dans l’Union européenne.

Tandis que les pays européens ont pu compter sur leurs propres industriels pour leur fournir des obus et des blindés, elles ont préféré acheter des avions de combat et des systèmes de défense aérienne de longue portée auprès des États-Unis plutôt que d’en acheter de leurs voisins qui en font.

Cette préférence vient de l’avertissement de Donald Trump que s’ils veulent être protégés par Washington, ils doivent acheter de l’armement américain.

Si bien que les grands industriels européens exportent la majeure partie de leurs armes hors d’Europe.

En Asie, les trois plus grands importateurs d’armes sont l’Inde, le Pakistan, le Japon.

Bien qu’en légère baisse, les achats de l’Inde en font le deuxième plus grand importateur d’armes au monde en raison de ses craintes quant à la montée en puissance de la Chine et de la présence de son belliqueux voisin qu’est le Pakistan.

La course aux armements déclenchée en 2014 par les pays de l’Otan a incité la Russie à réduire ses exportations, notamment vers l’Inde, afin d’augmenter ses stocks. L’Inde a comblé la différence en se tournant vers des fournisseurs occidentaux.

En comparaison avec la période 2016-2020, le Pakistan a augmenté ses achats d’armement de 66 % au cours des cinq dernières années. À 80 %, son principal fournisseur est la Chine.

De son côté, le Japon et Taïwan ont augmenté respectivement leurs importations de 76 % et de 54 %.

Ce qui plombe les statistiques relatives aux achats d’armement en Asie-Océanie, c’est la chute importante des importations chinoises (-72 %). Celle-ci résulte des investissements massifs de ce pays pour se doter d’une industrie militaire destinée à satisfaire ses besoins.

Trois des dix plus grands importateurs d’armement se trouvent au Moyen-Orient. Ce sont l’Arabie saoudite (6,8 % des importations mondiales), le Qatar (6,4 %) et le Koweït (2,8 %). Des trois, le Qatar et le Koweït ont substantiellement augmenté leurs achats au cours des cinq dernières années alors que l’Arabie saoudite a réduit les siens.

Ce sont trois pays armés jusqu’aux dents, mais dont les forces armées ont peu d’expérience des combats, se contentant — au sein de coalitions internationales mises sur pied par les États-Unis — de bombarder des pays une fois que l’armée américaine a pris le contrôle de l’espace aérien du pays cible.

Les pays producteurs

Premier exportateur mondial, les États-Unis ont augmenté leurs ventes de 27 % au cours des cinq dernières années, comparativement aux cinq années antérieures.

De 2016 à 2020, les États-Unis fournissaient 36 % des armes achetées à travers le monde, un pourcentage haussé à 42 % de 2021 à 2025.

Loin derrière les États-Unis, la France (à 9,8 % des ventes mondiales) est le deuxième plus grand fournisseur d’armes, en progression de 21 %.

Puisque ses voisins préfèrent acheter de l’armement américain, ses principaux clients sont l’Inde (24 % de ses exportations), l’Égypte (11 %) et la Grèce (10 %).

Malgré la chute importante de ses exportations militaires (-64 %), la Russie est au troisième rang mondial avec 6,8 % des ventes. Ses principaux clients sont l’Inde (48 %), la Chine (13 %) et la Biélorussie (13 %).

Suivent l’Allemagne, la Chine, l’Italie, et Israël.

Références :
Les flux mondiaux d’armes bondissent de près de 10 % tandis que la demande européenne s’envole
Trends in International Arms Transfers, 2025
Why have China’s arms imports plummeted by 72% over the past 5 years?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le partenariat nucléaire indo-canadien

Publié le 10 mars 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

Contrairement à l’Union européenne qui espère atteindre ses cibles climatiques en délocalisant son industrie lourde et son secteur agricole, l’Inde compte sur l’énergie nucléaire pour garantir sa croissance économique sans accroitre ses émissions de GES.

Actuellement, le nucléaire ne compte que pour trois pour cent du mix énergétique du pays, composé principalement du charbon, de l’hydroélectricité, du solaire et de l’éolien.

L’objectif qu’il s’est fixé est de faire passer la production nucléaire de 8 GW (actuellement) à 100 GW en 2050.

Pour assurer le financement de nouvelles centrales, le gouvernement indien a légalisé l’investissement privé dans son programme nucléaire civil, jusque-là propriété exclusive de l’État.

Mais pour ce faire, l’Inde doit garantir l’approvisionnement de ses centrales en combustible.

Actuellement, ses 8 GW sont produits à partir de l’uranium fourni par le principal producteur mondial, soit le Kazakhstan.

Situé à seulement 1 200 km de l’Inde, cet allié mou de la Russie est le pays le plus étendu d’Asie centrale.

Malheureusement, il est séparé de l’Inde par des pays qui sont soit des nids de terroristes ou des pays hostiles à l’Inde.

Pour acheminer l’uranium du Kazakhstan à l’Inde, on doit les contourner. Ce qui signifie, à l’Est, passer par la Chine. Ou à l’Ouest, passer par l’Iran.

Afin d’assurer ses approvisionnements en dépit des bouleversements géostratégiques que pourrait connaitre la région, l’Inde s’est rapprochée du Canada, deuxième producteur mondial d’uranium.

Cela a été rendu possible grâce à une volteface de la politique étrangère du Canada.

À l’époque où Justin Trudeau était premier ministre, le Canada tenait un discours moralisateur et menaçant qui était perçu dans les pays du Sud global comme une tentative de présenter leurs mœurs et leur culture traditionnelle comme arriérées.

En particulier, dans ces pays, la promotion de la théorie du genre ne passe pas et est jugée comme l’expression de la décadence occidentale.

De plus, dans le cas particulier de l’Inde, ce pays reprochait au Canada d’être devenu une pouponnière de terroristes sikhs opérant grâce à l’impunité que leur accordaient les autorités politiques du pays.

L’entente intervenue entre le Canada et l’Inde est principalement un effort de diversification de nos partenaires commerciaux.

Mais accessoirement, il annonce que le discours haineux envers l’Inde qu’entretient une minorité influente au sein de la diaspora sikhe ne sera plus toléré.

Références :
India’s 100GW nuclear push was missing one thing. Canada just provided it
La politique étrangère woke du Canada ou l’art de se peinturer dans le coin
Le conflit indo-canadien
Mark Carney arrive en Inde, qui convoite l’énergie canadienne

Paru depuis : Canada labels Sikh extremism a threat while accusing India of meddling (2026-05-11)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Cuba : le silence du Vatican

Publié le 9 mars 2026 | Temps de lecture : 7 minutes

Les conséquences d’un embargo total

Sur l’industrie touristique

Le 22 janvier dernier, tous les Cubains qui louent une partie de leur logement à des touristes pour une courte durée ont été avisés par Airbnb que leurs réservations avaient été annulées en raison de l’impossibilité d’honorer leurs engagements.

Cette annulation n’a toutefois pas affecté les réservations effectuées dans la devise du pays puisque, selon toute probabilité, il s’agissait d’offres d’hébergement conclues entre Cubains.

Le 8 février suivant, les autorités ont informé les compagnies aériennes qui desservent l’ile que le pays serait bientôt incapable de les ravitailler pour tout vol de retour.

À l’annonce de cette nouvelle, les agences de voyages ont avisé leur clientèle de quitter l’ile dans les plus brefs délais.

Dans les jours qui suivirent, au fur et à mesure que se vidaient les hôtels des grandes villes du pays, on a concentré le nombre décroissant de touristes dans un nombre toujours plus petit de lieux, de manière à diminuer les couts de leur hébergement.

Sur le transport et le travail

Le 7 février, l’achat de carburant n’était possible qu’en dollars américains (à environ huit dollars du litre). Et ce, jusqu’à une limite de vingt litres par véhicule.

Précisons que la production cubaine de pétrole correspond à environ le tiers des besoins du pays.


 
Dans les rues des grandes villes du pays, les iconiques bagnoles américaines ont fait place aux tricycles (électriques ou non), aux poussepousses et aux voitures à traction animale.

En raison de la paralysie presque totale du transport en commun, les travailleurs se rendent à pied à leur lieu de travail lorsque celui-ci n’est pas trop éloigné.

Dans le cas contraire, ils comptent sur le covoiturage de collègues ou déménagent temporairement chez des amis capables de les héberger à proximité de leur lieu de travail.

Le gouvernement cubain a réduit à quatre jours la semaine de travail. Quant au télétravail, sa popularité soudaine est entravée par les fréquentes coupures d’électricité. Celles-ci peuvent atteindre seize heures consécutives.

En absence d’éclairage artificiel, les médecins réaménagent leur cabinet près d’une fenêtre alors qu’un grand nombre de chirurgies sont reportées.

Sur l’enseignement et les communications

À l’université de La Havane, la résidence étudiante a été privée d’eau potable pendant plusieurs jours. Ce qui a motivé de nombreux étudiants originaires des régions rurales du pays (moins affectées par les pénuries alimentaires) à retourner chez leurs parents.

Si bien que plusieurs facultés ou écoles ont temporairement cessé de prodiguer leur enseignement. Par contre, certains professeurs se sont adaptés en recourant au télé-enseignement grâce à la création d’outils didactiques que leurs étudiants peuvent télécharger.

Le jour, c’est l’arrivée soudaine de toute une série de messages sur son téléphone portable qui révèle que les tours de communication viennent d’être approvisionnées. C’est alors le moment de se jeter sur son téléphone pour obtenir des nouvelles de parents ou d’amis.

Sur l’alimentation

Autrefois, quand une crise économique frappait l’ile, les Cubains qui avaient accès à des fonds de la diaspora organisaient des cuisines populaires.

Mais cette fois-ci, l’administration Trump a interdit le transfert électronique d’argent (en particulier par Western Union).

Puisque le salaire mensuel moyen des travailleurs cubains est d’environ 19 $ par mois, presque plus personne ne peut s’acheter de la volaille, dont le prix varie de 35 à 55 dollars US du kilo.

Dans les faits, les seules poules qu’on abat sont celles qui sont trop vieilles pour pondre.


 
À Cuba, les œufs sont une importante source de protéine animale. À défaut de combustible, il est facile de cuire une omelette dans une poêle foncée exposée au soleil.

De plus, les boulangeries peuvent encore cuire le pain dans des fours à bois.

De manière générale, les mères de famille préparent les aliments la nuit, lorsque le courant électrique reprend. Elles s’empressent alors de cuire les mets du lendemain, de faire le café, et de recharger les périphériques mobiles de tous les membres de la famille.

Et le silence du Vatican dans tout cela ?

Cuba a déjà connu une époque semblable à ce que le pays traverse actuellement. À l’effondrement de l’URSS, la Russie a cessé d’approvisionner Cuba en pétrole. En conséquence, de 1991 à 2000, le pays connut une très sévère crise économique.

Dès les trois premières années de cette crise, le PIB cubain s’est effondré de 35 %. La disette alimentaire qui en a résulté a provoqué une perte pondérale moyenne de 9 kg par adulte. Sous-alimentées, les mères qui allaitaient voyaient leur nourrisson emporté par la maladie (généralement une infection respiratoire).

C’est ce qui attend Cuba.

À l’occasion d’une visite à Cuba en 1996, le pape Jean-Paul II dénonçait les « mesures économiques restrictives imposées de l’extérieur du pays, injustes et éthiquement inacceptables », faisant ainsi allusion à l’embargo américain de l’époque, moins sévère qu’actuellement.

Cette prise de position courageuse tranche avec la timidité dont fait preuve le Vatican ces jours-ci.

Le 27 février dernier, InfoVaticana publiait un communiqué affirmant que le Vatican jouerait un rôle de ‘médiateur’ entre les États-Unis et Cuba.

En réalité, le Vatican se bute à une fin de non-recevoir; la volonté irrévocable de Washington est de provoquer un changement de régime à Cuba, au prix d’une famine généralisée s’il le faut.

Le Vatican a une occasion de rappeler à l’administration Trump que la Volonté de Dieu prime sur la sienne.

En tant que vicaire du Christ sur terre, le pape Léon XIV devrait, sans demander l’avis de Washington, organiser une vaste collecte pour venir en aide à Cuba.

Toutes les églises catholiques seraient invitées à recueillir les dons des fidèles.

L’archevêché d’un pays voisin (en République dominicaine ou au Mexique) se servira de la somme collectée pour acheter des vivres qui seront placés à bord d’un bateau pour Cuba.

Idéalement, le pape en personne devrait s’y trouver de manière à décourager Washington de bombarder le navire.

Aux yeux de l’Histoire et dans le souvenir qu’en conserveront les dix-millions de Catholiques à Cuba, condamner l’injustice des puissants afin de préserver l’autorité morale de l’Église est ce que Jean-Paul II a fait en 1996.

J’invite respectueusement le pape actuel à faire de même.

Références :
Cuba’s economy on edge: Fuel shortages and rising hardship
In the other US target of regime change, Cuba, I saw real hardship – and resilience
Le Vatican agit comme médiateur entre les États-Unis et Cuba dans un contexte diplomatique complexe
Vatican – Cuba. Visite du pape Jean-Paul II à Cuba

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 + objectif Lumix 12-35mm
1re photo : 1/200 sec. — F/4,5 — ISO 200 — 35 mm
2e  photo : 1/320 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 25 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel