Du néolibéralisme à la révolte

Publié le 22 octobre 2026 | Temps de lecture : 7 minutes

Le mirage du néolibéralisme

De la fin de la Deuxième Guerre mondiale jusqu’au début des années 1960, les revenus personnels au Québec se sont accrus plus rapidement que la croissance du prix des biens et services.

Alors que les familles québécoises consacraient 59 % de leur budget à des besoins primaires en 1937, elles consacrent 42 % de leur budget à ces besoins en 1959.

De 1945 à 1975, les ‘Trente glorieuses’ ont correspondu à une longue période de croissance continue des revenus personnels. C’est ainsi qu’entre 1961 et 1975, le revenu par personne a été multiplié par 2,5.

Cette période a pris fin aux alentours des années 1980 avec l’avènement du néolibéralisme.

Celui-ci se caractérise par un désengagement de l’État au profit du secteur privé. Et ce, par le moyen des privatisations, de la dérèglementation et du libre échange.

Il s’appuie sur la théorie du ruissèlement. Selon cette dernière, plus l’État favorise l’enrichissement des riches, plus ceux-ci démarrent de nouvelles entreprises et font augmenter l’activité économique. Et par le biais des emplois ainsi créés, cette richesse profite à l’ensemble de la société.

L’avènement de ce monde promis par le néolibéralisme devait coïncider avec une période d’aisance et de prospérité inégalée dans l’histoire de l’humanité.

Effectivement, là où les pays riches ont délocalisé leur production industrielle, jamais la misère n’a autant reculé.

Mais en Occident, le néolibéralisme a coïncidé avec l’appauvrissement de la classe moyenne. Les statistiques qui ‘prouvent’ le contraire tracent une équivalence fallacieuse entre la croissance du PIB par habitant et la croissance du niveau de vie.

En réalité, ces données ne tiennent pas compte de l’accroissement des inégalités sociales. Depuis des années, l’immense majorité de la richesse créée dans nos sociétés est accaparée par le un pour cent alors que la croissance des revenus dans le reste de la population a rarement dépassé le taux d’inflation.

La réduction des taux d’imposition aux entreprises, la permission accordée aux géants industriels de cacher leurs profits dans des paradis fiscaux, et les baisses d’impôts consenties aux riches ont réduit d’autant l’assiette fiscale de nos gouvernements.

Privés de revenus, ceux-ci s’acquittent de plus en plus mal de leurs obligations envers la population; une partie de nos hôpitaux sont en décrépitude, les écoles sont délabrées, le transport en commun est sous-financé et le déficit de l’entretien des infrastructures s’accroit.

Si bien qu’un nombre croissant de contribuables estiment qu’ils n’en ont pas pour leur argent.

La ‘bidonvillisation’

Dans les années 1920, c’est à Pointe-aux-Trembles qu’on trouvait un des plus hauts taux de tuberculose en Amérique du Nord.

À l’époque, les familles fuyaient la misère des campagnes québécoises, soit en allant travailler dans les filatures de coton de Nouvelle-Angleterre ou en s’agglutinant dans les taudis de l’Est de la ville.

Un siècle plus tard, nous assistons à un nouveau phénomène, soit la ‘bidonvillisation’ de Montréal, visible notamment le long de la rue Notre-Dame.

Plutôt que des maisons en tôle ondulée et en débris de construction — comme c’est le cas dans les bidonvilles des pays pauvres — nos bidonvilles à nous sont en tentes de camping.

Le phénomène n’est pas exclusif à Montréal; de nos jours, la pauvreté s’exhibe de manière identique çà et là dans toutes les villes moyennes du Québec.

Elle va même bien au-delà de nos frontières, de San Francisco à Vancouver en passant par toutes les grandes villes occidentales.

Fondamentalement, cette bidonvillisation est le canari dans la mine; elle est la partie visible de l’appauvrissement des peuples occidentaux.

L’état de la pauvreté

Le Petit pain de Gérard Sénécal (1940)

Une étude de l’Institut national de la recherche scientifique révélait récemment que de 2016 à 2023, 26 % des Montréalais ont passé au moins un an sous le seuil de la pauvreté.

Ce 26 % est la somme d’un 12 % de Montréalais qui ont été pauvres pendant un ou deux ans et d’un 14 % qui l’ont été trois ans ou plus.

De son côté, la firme américaine de sondage Pew Research Center révélait la semaine dernière que 27 % des Américains sont incapables de payer une partie de leurs factures ou de s’acquitter de leurs obligations financières.

Plus tôt cette semaine, c’était au tour du quotidien Le Monde de nous apprendre que 43 % des Français sont à découvert au moins une fois par an, c’est-à-dire que leur compte de banque est alors vide.

De la protestation à la révolte

En 2025, des protestations ont surgi en Bulgarie, en Indonésie, au Madagascar, au Maroc, en Mongolie, au Népal, au Paraguay, aux Philippines, au Timor-Oriental pour protester contre la corruption et l’étalage ostentatoire du luxe par les dirigeants politiques de ces pays.

Cette année, des protestations ont lieu en Albanie, en Belgique, en Espagne, en France, en Inde, en Italie et au Portugal. Dans tous les cas, pour des considérations économiques.

Éventuellement, ces révoltes s’essouffleront d’elles-mêmes si elles ne sont pas écrasées dans le sang par les forces de l’ordre.

Et elles réapparaitront à la moindre étincelle parce que leur cause sous-jacente n’aura pas été corrigée.

Dans le cas de la France, ce pays est dans la même situation qu’il était à la veille de la Révolution française, alors que sa dette était au même niveau qu’actuellement et que ni la noblesse ni le clergé n’était prêt à payer sa juste part des impôts…

Références :
Banque : 43 % des Français sont à découvert au moins une fois par an
Comment est calculée l’inflation?
Cost of living protests hit Belgium, Italy, Portugal and France
2025–2026 Philippine anti-corruption protests
En Bulgarie, des dizaines de milliers de manifestants réclament le départ du gouvernement
En Inde, l’impasse du premier ministre Modi confronté à la colère de la jeunesse
Le mirage de la théorie du ruissèlement
Le quart des Montréalais a vécu la pauvreté dans les dernières années
Les aspirations des familles québécoises, 1959-2013
L’essor de la société de consommation
Manifestations de 2025 en Indonésie
Manifestations de 2025 à Madagascar
Manifestations de 2025 en Mongolie
Manifestations de la génération Z au Maroc
Manifestations de la génération Z au Népal
Many Americans Are Struggling to Afford Basic Necessities
Néolibéralisme
Scènes de chaos en Albanie: la “ligne rouge” a été franchie, selon le Premier ministre
Thomas Piketty : « Comme en 1789 et en 1945, les gouvernants n’auront d’autre choix que de se tourner vers les plus fortunés » pour réduire la dette
‘We are suffocating’: protests spread to Lisbon and Milan as housing and living cost tensions intensify
Why are people protesting across Europe?

Paru depuis : « Ça ressemble à des bidonvilles » (2026-10-27)

Un commentaire

| Économie, Géopolitique | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Extraire les hydrocarbures de la vallée du Saint-Laurent, est-ce rentable ?

Publié le 21 septembre 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

Exploration vs exploitation

L’exploration des hydrocarbures consiste à chercher du gaz fossile ou du pétrole et, si on en trouve, à évaluer la quantité présente de même que la profitabilité de son extraction.

L’exploitation des hydrocarbures est l’extraction, le transport et la vente des hydrocarbures trouvés.

Les réserves québécoises en hydrocarbures


 
La vallée du Saint-Laurent est traversée par une formation géologique appelée ’Bassin schisteux d’Utica’.

Des formations géologiques apparentées, situées aux États-Unis, se sont avérées riches en hydrocarbures, notamment en gaz fossile (communément appelé ‘gaz naturel’).

De loin, c’est sur l’ile d’Anticosti que le potentiel du Québec en hydrocarbures a été évalué le plus sérieusement. Pourquoi là ? Parce que l’ile est peu habitée et que les puits ont été creusés loin des habitations. Ce qui favorisait l’acceptabilité sociale de la prospection.

Le schiste d’Anticosti a été formé par la sédimentation d’argile qui s’est durcie au cours des siècles. Renfermant des débris de végétaux ou d’animaux marins, ceux-ci se sont transformés en hydrocarbures sous l’action de microorganismes. Ils occupent des milliards de pores dans la roche. Ces pores comptent pour 2 à 3 % du volume de la pierre.

Selon les conditions de température ou de pression qui ont mené à la formation du schiste, ces pores ne contiennent parfois que du gaz fossile sous pression. À Anticosti, elles contiennent principalement un mélange de pétrole et de gaz fossile sous forme liquide.

Au final, l’exploration d’hydrocarbures à Anticosti a révélé que le sous-sol de l’ile renfermait des quantités très importantes d’hydrocarbures.

Toutefois, les gouttelettes qui renferment ces hydrocarbures sont tellement éloignées les unes des autres que cette dispersion empêche la rentabilité de leur exploitation.

En effet, la concentration des hydrocarbures dans le schiste québécois est trop faible pour qu’il soit rentable de briser cette roche pour en extraire le contenu.

Les techniques actuelles ne permettent que de récupérer 1,2 % des hydrocarbures qui s’y trouvent. Pour en extraire 100 %, il faudrait réduire tout le sous-sol rocheux d’Anticosti en poudre, ce qui est impensable.

Non seulement ces hydrocarbures seraient extraits à perte mais il faudrait construire des milliers de kilomètres d’oléoducs pour acheminer ces hydrocarbures (déficitaires) aux marchés.

Pourquoi a-t-on interdit l’exploration des hydrocarbures ?

Fondamentalement, ce qui protège la vallée du Saint-Laurent de l’exploitation commerciale de ses gisements en hydrocarbures, c’est l’absence de rentabilité.

Si ce n’est pas rentable, comment en est-on venu à interdire leur exploration puisqu’à elle seule, l’absence de profitabilité devrait suffire à décourager les investisseurs ?

C’est que le gouvernement libéral de Jean Charest avait accordé à une pétrolière québécoise (Pétrolia) un permis d’exploration à l’intérieur des limites de la ville de Gaspé.

Ce qui avait provoqué une vive inquiétude parmi ses citoyens quant aux risques de contamination des nappes phréatiques et conséquemment, à l’approvisionnement en eau potable.

Conséquemment, par le biais d’un règlement municipal adopté en 2012, la ville avait interdit toute fracturation hydraulique à moins de deux kilomètres d’un puits artésien. Un règlement aussitôt contesté par Pétrolia.

À l’exemple de Gaspé, plus de 70 villes avaient adopté un règlement semblable quand, en février 2014, la Cour supérieure du Québec donnait raison à la pétrolière contre la ville de Gaspé.

Deux mois plus tard, l’élection québécoise d’avril 2014 portait au pouvoir la CAQ.

Il a fallu attendre 2022 pour que le gouvernement Legault finisse par interdire l’exploration des hydrocarbures sur l’ensemble du territoire québécois.

Deux ans plus tard, Pétrolia se plaçait sous la protection de la Loi sur les faillites.

Conclusion

Des cinq partis actuellement en campagne électorale, le Parti conservateur du Québec est, de loin, le champion des promesses électorales; elles totalisent 64 milliards de dollars.

En contrepartie, ce parti prévoit épargner des sommes importantes en éliminant le gaspillage, en réduisant la taille de la fonction publique (sans affecter la qualité des services), et en créant de nouveaux revenus.

Parmi ces nouveaux revenus, il y a les 758 millions de dollars sur cinq que versera au fisc l’industrie pétrolière… à la condition qu’elle se hâte de prospecter, de construire des puits d’extraction pétrolière ou gazière, et de construite les oléoducs qui amèneront ses hydrocarbures vers des raffineries.

Si tout cela prend une décennie à se réaliser, le cadre financier du PCQ risque de s’apparenter aux beaux projets imaginés par Perrette dans la fable La Laitière et le pot au lait de La Fontaine…

Références :
Anticosti : payer 200 millions$ pour une pétrolière qui vaut 16,5 millions$
Et si la guerre au Moyen-Orient relançait les gaz de schiste au Québec?
Jugement favorable à Pétrolia : Québec interpellé
Gaspésie : la fracturation hydraulique hante Pétrolia
L’ABC du pétrole d’Anticosti
La Laitière et le pot au lait
Le Québec, paradis de l’exploration pétrolière

Un commentaire

| 2018-2026 (années Legault), Économie, Politique québécoise | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


La France rapatrie 129 tonnes d’or des États-Unis

Publié le 2 avril 2026 | Temps de lecture : 3 minutes


 
De juillet 2025 à janvier 2026, la Banque de France (BdF) a rapatrié à Paris tout l’or qu’elle entreposait depuis des années dans les voutes new-yorkaises de la Réserve fédérale américaine.

Plutôt qu’expédier par bateau une cargaison qui aurait valu une fortune, on a jugé plus prudent d’effectuer le transfert en deux temps. La BdF a d’abord vendu l’or entreposé à New York. Puis elle a racheté le même poids d’or sur le marché européen.

Ces nouveaux lingots représentent cinq pour cent de l’or de France, soit 19 tonnes sur 2 437. Le tout est dorénavant réuni à 27 mètres sous terre, dans un immense coffre-fort surnommé ‘La Souterraine’, situé dans le premier arrondissement de Paris.

Officiellement, cela avait pour but d’écouler de vieux lingots fondus à des époques où la purification de l’or était moins poussée qu’aujourd’hui. L’objectif de la BdF est de ne posséder que des lingots dont la teneur en or répond aux standards modernes les plus élevés (soit 99,5 % ou plus).

Après la mise à niveau de ces 129 tonnes, il en restera 134 autres, entreposées à Paris, qui ne sont pas encore aux normes de la BdF.

Depuis la saisie des avoirs russes en Occident, les banques centrales de l’Inde et de la Serbie ont rapatrié leurs réserves d’or. De son côté, la Chine a procédé à la vente partielle de ses bons du Trésor américain; ses avoirs ont baissé de 1 040 milliards$ au début de 2022 à 867 milliards$ un an plus tard.

Après la France, d’autres pays songent aussi à rapatrier leur or, dont l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie, les Pays-Bas, la Pologne, la Roumanie, et le Venezuela.


 
Autre signe de la dégradation de la confiance envers les États-Unis, les bons du Trésor américain à dix ans trouvaient preneurs en juillet 2020 avec un taux d’intérêt de 0,47 %. De nos jours, la Réserve fédérale américaine doit offrir des taux d’intérêt neuf fois plus élevés pour attirer des créanciers.

Références :
La Banque de France a vidé ses stocks d’or détenus à New York pour les conserver à Paris et a réalisé une juteuse plus-value de 13 milliards d’euros
La France a rapatrié son or
La France rapatrie 129 tonnes d’or depuis les coffres américains
La Souterraine
L’or et la Banque centrale du Canada
Rendement des obligations du Trésor américain à 10 ans
Réserves d’or par pays : le classement 2025

Parus depuis :
Les Pays-Bas transfèrent 86 tonnes d’or des Etats-Unis et du Canada vers le Royaume-Uni, invoquant « l’instabilité géopolitique croissante » (2026-09-02)
Why has the Netherlands moved $10bn of its gold from the US? (2026-09-03)

Un commentaire

| Économie | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Le partenariat nucléaire indo-canadien

Publié le 10 mars 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

Contrairement à l’Union européenne qui espère atteindre ses cibles climatiques en délocalisant son industrie lourde et son secteur agricole, l’Inde compte sur l’énergie nucléaire pour garantir sa croissance économique sans accroitre ses émissions de GES.

Actuellement, le nucléaire ne compte que pour trois pour cent du mix énergétique du pays, composé principalement du charbon, de l’hydroélectricité, du solaire et de l’éolien.

L’objectif qu’il s’est fixé est de faire passer la production nucléaire de 8 GW (actuellement) à 100 GW en 2050.

Pour assurer le financement de nouvelles centrales, le gouvernement indien a légalisé l’investissement privé dans son programme nucléaire civil, jusque-là propriété exclusive de l’État.

Mais pour ce faire, l’Inde doit garantir l’approvisionnement de ses centrales en combustible.

Actuellement, ses 8 GW sont produits à partir de l’uranium fourni par le principal producteur mondial, soit le Kazakhstan.

Situé à seulement 1 200 km de l’Inde, cet allié mou de la Russie est le pays le plus étendu d’Asie centrale.

Malheureusement, il est séparé de l’Inde par des pays qui sont soit des nids de terroristes ou des pays hostiles à l’Inde.

Pour acheminer l’uranium du Kazakhstan à l’Inde, on doit les contourner. Ce qui signifie, à l’Est, passer par la Chine. Ou à l’Ouest, passer par l’Iran.

Afin d’assurer ses approvisionnements en dépit des bouleversements géostratégiques que pourrait connaitre la région, l’Inde s’est rapprochée du Canada, deuxième producteur mondial d’uranium.

Cela a été rendu possible grâce à une volteface de la politique étrangère du Canada.

À l’époque où Justin Trudeau était premier ministre, le Canada tenait un discours moralisateur et menaçant qui était perçu dans les pays du Sud global comme une tentative de présenter leurs mœurs et leur culture traditionnelle comme arriérées.

En particulier, dans ces pays, la promotion de la théorie du genre ne passe pas et est jugée comme l’expression de la décadence occidentale.

De plus, dans le cas particulier de l’Inde, ce pays reprochait au Canada d’être devenu une pouponnière de terroristes sikhs opérant grâce à l’impunité que leur accordaient les autorités politiques du pays.

L’entente intervenue entre le Canada et l’Inde est principalement un effort de diversification de nos partenaires commerciaux.

Mais accessoirement, il annonce que le discours haineux envers l’Inde qu’entretient une minorité influente au sein de la diaspora sikhe ne sera plus toléré.

Références :
India’s 100GW nuclear push was missing one thing. Canada just provided it
La politique étrangère woke du Canada ou l’art de se peinturer dans le coin
Le conflit indo-canadien
Mark Carney arrive en Inde, qui convoite l’énergie canadienne

Paru depuis : Canada labels Sikh extremism a threat while accusing India of meddling (2026-05-11)

Laissez un commentaire »

| Économie, Géopolitique | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


L’aide d’Ottawa à Cuba est insuffisante

Publié le 26 février 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

Introduction

Alors que l’ex-premier ministre Pierre-Elliott Trudeau (le père de l’autre) avait développé d’excellentes relations avec Cuba au point de devenir un ami personnel de Fidel Castro, son fils a détruit ce capital de sympathie par son désir narcissique de se définir comme un champion international des droits de la personne.

Depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, la grenouille canadienne a cessé de se croire aussi grosse que le bœuf américain.

En raison de l’attitude plus pragmatique de Mark Carney, le gouvernement canadien annonçait hier sa décision d’accorder huit-millions de dollars d’aide à Cuba. Ottawa espère pouvoir acheminer cette somme par l’intermédiaire des agences des Nations unies.

Peu importe le canal par lequel cette aide se rendra, elle est la bienvenue. Mais elle est insuffisante.

Dans le texte qui suit, nous envisagerons cette question non pas d’un point de vue humanitaire, mais du strict point de vue des intérêts canadiens.

Nos intérêts à Cuba

Jusqu’ici, Ottawa a gaspillé des milliards de dollars pour soutenir l’Ukraine dans une guerre perdue d’avance.

Pourtant, ce pays ne vend au Canada aucun produit essentiel à notre économie et, en contrepartie, l’Ukraine a toujours été un marché d’exportation insignifiant pour le Canada.

Par contre, les entreprises canadiennes ont investi des milliards de dollars dans les infrastructures touristiques de Cuba.

À titre d’exemple, l’ile de Cayo Largo — où n’existe aucun peuplement cubain permanent — est le lieu d’implantation d’une dizaine de complexes touristiques détenus conjointement par une entreprise d’État (le groupe hôtelier Gran Caribe) et le grossiste en voyages Sunwing (détenue par la compagnie aérienne WestJet).

En raison des investissements canadiens dans l’électrification des transports de l’ile et l’abondance des panneaux solaires, les Canadiens qui y séjournent vivent protégés de la grande majorité des vicissitudes qui font partie du quotidien des habitants de l’ile principale de Cuba.

Ces jours-ci, Sunwing perd quotidiennement des millions de dollars en raison de la fermeture forcée de ses installations.

Et puisque les tout inclus ailleurs qu’à Cuba sont sensiblement plus dispendieux, beaucoup de voyageurs ont renoncé à leurs vacances hivernales, privant Air Canada, Air Transat et WestJet de millions de dollars de revenus.

Et ce, sans compter les pertes subies par les agences de voyage.

Une occasion d’aider Cuba à s’électrifier

La transition énergétique coute cher. Voilà sans doute pourquoi Cuba est demeurée si dépendante des hydrocarbures importés. Ceux-ci représentent environ 60 % de sa consommation puisque Cuba est un producteur mineur de pétrole.

Même si Washington a décidé d’alléger son blocus pétrolier contre Cuba, le Canada devrait profiter de cette crise pour acheminer vers ce pays des produits canadiens susceptibles d’aider Cuba à s’électrifier. Un peu comme Sunwing l’a fait à Cayo Largo.

Toutefois, l’électrification de cette dernière s’est faite à l’aide de produits chinois (véhicules électriques, panneaux solaires et accumulateurs électriques destinés à palier les pannes).

L’aide canadienne devrait s’inscrire dans une stratégie industrielle destinée à promouvoir les solutions canadiennes en faveur de la transition énergétique.

Le ministère canadien de l’Industrie devrait normalement posséder une liste exhaustive de toutes des entreprises qui ont quelque chose à proposer pour décarboner l’économie.

Certaines de ces solutions sont couteuses, d’autres moins.

Il serait souhaitable que l’aide canadienne à Cuba — majorée de beaucoup — serve essentiellement à donner un coup de pouce à nos entrepreneurs, tout en aidant le peuple cubain.

N’oublions jamais qu’à la suite de la Seconde Guerre mondiale, le plan Marshall n’avait pas seulement pour but d’aider l’Europe, mais également de la rendre dépendante de la technologie américaine.

Comme quoi l’un n’empêche pas l’autre.

Références :
La Grenouille qui se veut faire aussi grosse que le bœuf
Le Canada enverra 8 millions $ d’aide aux Cubains
US to allow Venezuelan oil sales to Cuba as alarm grows in the Caribbean

Complément de lecture : Trump et Cuba : nuire pour nuire

2 commentaires

| Économie, Géopolitique, Politique canadienne | Mots-clés : | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


L’opération Pleven et l’euro numérique

Publié le 3 février 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

Une réforme monétaire colossale

À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, moins d’un Français sur sept possédait un compte bancaire; l’immense majorité des achats s’effectuaient donc comptant, y compris chez les grossistes.

René Pleven fut ministre français des Finances du 14 novembre 1944 au 26 janvier 1946.

Le 4 juin 1945, quarante-millions de Français eurent douze jours pour échanger leurs billets de banque pour de nouvelles coupures. Après le 15 juin, les anciens billets n’avaient plus cours légal, c’est-à-dire qu’ils ne valaient plus rien.

Cette réforme monétaire avait été rendue nécessaire pour remplacer les billets de la période de Vichy, les ‘billets drapeau’ émis par les États-Unis en Normandie après le débarquement, et les billets du Trésor émis à Londres durant la guerre par les Forces françaises libres du général De Gaulle.

Puisque l’échange des billets était consigné dans un registre, cette mesure visait à établir le ‘cadastre des fortunes’ et à déceler les profiteurs de la guerre, c’est-à-dire ceux dont les liquidités ne pouvaient s’expliquer que par leur enrichissement grâce au marché noir.

À l’époque, toutes les devises étaient adossées à l’or. Pour garantir cette nouvelle masse monétaire, la Banque de France s’est empressée d’acheter des lingots d’or.

Une fois cela fait, le franc fut dévalué de 60 % par le décret du 25 décembre 1945. Alors qu’un dollar américain valait 50 francs en 1944, il en valait 119,5 après cette dévaluation.

Conséquemment, toute la France était offerte à 60 % de réduction.

Ce qui favorisa les exportations françaises et encouragea l’investissement étranger (notamment par le biais du plan Marshall). Et ce, sans vraiment pénaliser les Français, disait-on… tant qu’ils évitaient d’acheter des biens étrangers puisque leurs prix venaient de doubler.

En réalité l’inflation qui en résulta appauvrit lentement tous les épargnants.

L’euro numérique, outil de contrôle étatique

Face au monopole qu’exercent les États-Unis sur les modes de paiement électronique et le fait que les cryptomonnaies servent, entre autres, au blanchiment d’argent, la création d’une monnaie électronique européenne comporte de très nombreux avantages, notamment quant à la souveraineté de l’Europe face aux États-Unis.

Voilà pourquoi la Banque centrale européenne (BCE) travaille depuis quelques années à la création d’une cryptomonnaie officielle, garantie par la BCE.

Puisque les Scandinaves ont, en grande partie, abandonné volontairement le paiement de leurs transactions en espèces, il est tentant de voir dans l’euro numérique un pas vers le progrès.

Toutefois, un euro numérique obligatoire, imposé à la ‘Pleven’ par la Commission européenne, comporte le risque sérieux d’une dérive liberticide.

Le passage à l’euro numérique signifie que tous les comptes de banque de la zone euro se transformeront en portefeuilles électroniques contenant cette cryptomonnaie.

Et puisque les transactions en espèces seront interdites, le seul moyen d’acheter un bien sera à l’aide d’une carte à puce ou de sa version électronique sur un téléphone multifonctionnel. L’achat sera débité automatiquement du portefeuille électronique de l’acheteur, un peu comme c’est déjà le cas avec une carte de débit.

Cette carte donnera accès à tous vos comptes bancaires de la zone euro. On aura donc le choix de débiter un achat sur un compte plutôt qu’un autre, selon sa convenance.

Conséquemment, geler les avoirs d’un citoyen européen pour délit d’opinion devient encore plus facile que pour Jacques Baud puisqu’il ne sera plus nécessaire de réunir le Conseil de l’UE; la BCE sera tenue d’obéir à toute condamnation par une ONG habilitée pour ce faire par la Commission européenne.

La BCE pourra également appliquer un taux d’intérêt négatif sur les comptes bancaires (ce qui, peu à peu, diminue leur solde) afin de décourager l’épargne et de favoriser la consommation.

De plus, le prélèvement d’une taxe de solidarité avec l’Ukraine, par exemple, pourra s’effectuer en cliquant sur un bouton, même si les traités fondateurs de l’UE ne lui accordent aucun pouvoir de taxation.

À ce sujet, rappelons qu’en 2013, le Fonds monétaire international et l’UE avaient financé leur plan de sauvetage de Chypre en ordonnant aux banques chypriotes de prélever 5,8 milliards d’euros sur tous les comptes bancaires du pays.

Cette ponction sur l’épargne laissa intacte la fortune de ceux qui l’avaient investie dans l’immobilier ou à la bourse.

Avec l’euro numérique, il deviendra impossible de procéder à un achat en Bitcoin sans que l’État sache exactement l’importance du patrimoine que vous lui cachez en investissant dans une cryptomonnaie ‘sauvage’.

Références :
Billet drapeau
Billet du Trésor
Chypre : prélever l’argent des épargnants pour sauver le pays, une fausse bonne idée ?
Dévaluations du franc français
Euro numérique
Jacques Baud et la ‘stalinisation’ de l’Union européenne
Le cout de la dé-Merkellisation de l’Allemagne
L’opération d’échange des billets (juin 1945)
Mercosur : la perte de souveraineté alimentaire face à la guerre

Un commentaire

| Économie | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


La personnalité de l’année 2025

Publié le 31 décembre 2025 | Temps de lecture : 4 minutes

Bart De Wever

Bart De Wever est premier ministre belge depuis le 3 février 2025.

Toute sa carrière politique a été axée sur la défense des intérêts de la Flandre, c’est-à-dire de la partie néerlandophone de la Belgique, au point de militer en faveur de son indépendance.

Toutefois, dès son accession à sa fonction actuelle, ce politicien de droite s’est transformé en chef d’État.

Le 1er décembre dernier, il avait créé la surprise aux Grandes Conférences catholiques.

Devant ce public francophone, ultra conservateur, et attaché autant à la monarchie qu’à l’unité du pays, l’ex-indépendantiste flamand soulignait son respect pour la fonction royale, l’importance qu’il attache à son rôle de premier ministre de tous les Belges, précisant même que « la Flandre n’est pas un but en soi.»

À cette occasion, il donnait un avant-gout de ce qui allait suivre en déclarant : « Qui […] croit vraiment que la Russie va perdre en Ukraine ? C’est une fable, une illusion totale. [D’ailleurs] cette défaite ne serait pas souhaitable, car cela rendrait instable un pays doté de l’arme nucléaire.»

Deux semaines plus tard, un sondage montrait qu’il demeurait le politicien le plus populaire de Flandre. La surprise fut chez les Belges francophones où sa popularité grimpa de sept point dans la capitale et de deux points dans la Wallonie, faisant de lui une des personnalités les plus aimées chez… les Francophones.

Si bien que les auditeurs de deux chaines de télévision flamande l’ont élu ‘Belge de l’année’.

Le grain de sable dans l’engrenage

Depuis mai 2022, nous soutenons sur ce bloque qu’en vertu du Droit international, on peut geler les avoirs d’un pays ennemi, mais on ne peut pas les confisquer. En d’autres mots, on peut empêcher un pays de jouir de son argent, mais on ne peut pas le dépenser à sa place.

Depuis le début de la guerre russo-ukrainienne, les pays alliés de Kyiv prétendent le contraire. Pourquoi ?

Le but était de rassurer les contribuables face aux sommes colossales dépensées à soutenir l’Ukraine. Implicitement, le message était qu’au final c’était la Russie qui paierait la note.

À la télévision et dans nos grands médias, tous les journalistes et tous les chroniqueurs participaient à ce lavage des cerveaux.

Toutefois, au Sommet européen du 18 décembre dernier, quelle fut donc la surprise d’entendre le premier ministre Bart De Wever rompre cette omerta et déclarer que son pays s’oppose catégoriquement à la confiscation des avoirs russes en Belgique.

Or c’est dans ce pays que se trouve la chambre de compensation Euroclear qui détient la majorité des avoirs russes gelés en Occident.

Sans Bart De Wever, environ 135 milliards d’euros auraient été utilisés à prolonger de deux ans l’agonie de l’Ukraine.

Et une fois cette somme dépensée (partiellement à alimenter la corruption dans ce pays), nous aurions appris que la confiscation des avoirs russes était illégale. Donc, que nous devons rembourser la Russie pour les sommes confisquées illégalement par nos gouvernements.

Pour son courage et son audace, ce blogue lui décerne le titre de personnalité de l’année 2025.

Références :
Bart De Wever a-t-il convaincu les francophones ?
Bart De Wever, le nationaliste flamand devenu défenseur des intérêts belges
Bart De Wever, ou l’histoire d’un nationaliste flamand devenu figure incontournable des scènes belge et européenne : « C’est un évolutionniste, pas un révolutionnaire »
La saisie fictive des avoirs d’oligarques russes au Canada
« Les dix prochaines années seront difficiles » : Bart De Wever avertit les Belges, à quelques heures de 2026

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la guerre russo-ukrainienne, veuillez cliquer sur ceci.

2 commentaires

| Économie, Géopolitique, Guerre russo-ukrainienne | Mots-clés : , , , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Aperçu de géopolitique agricole

Publié le 29 décembre 2025 | Temps de lecture : 1 minute

Étienne Lombardot est un diplômé de l’École de guerre économique (qui n’a pas d’équivalent au Québec). Cet expert est l’auteur du rapport L’agriculture dans la guerre économique, paru en septembre 2024.

Les chapitres de la présentation vidéo ci-dessus sont les suivants :
 0:00 Introduction
 1:48 Comment définir l’agriculture ?
 5:40 La place de la France dans l’agriculture mondiale
 9:26 La France a choisi la qualité
12:35 Les normes agricoles de l’Union Européennes
16:34 L’industrie du poulet
19:36 L’Ukraine, leader de l’agriculture
23:49 L’agriculture en Chine et en Inde
30:58 L’agriculture en Afrique
35:55 Conclusion

Un commentaire

| Agriculture, Économie, Géopolitique | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Mercosur : la perte de souveraineté alimentaire face à la guerre

Publié le 28 décembre 2025 | Temps de lecture : 8 minutes

Introduction

Depuis 1991, l’Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay font partie du Marché commun du Sud, surnommé Mercosur.

Ces jours-ci, l’Union européenne (UE) s’apprête à signer un traité de libre-échange avec ces pays.

Le texte de l’accord prévoit que, sur un échéancier de quinze ans, les pays du Mercosur supprimeront leurs droits de douane sur 91 % de leurs importations européennes (notamment sur les voitures européennes, actuellement taxées à 35 %).

En contrepartie, sur une décennie, l’UE abolira ses droits de douane sur 92 % de ses importations mercosuriennes. Ce qui privera l’UE de quatre-milliards d’euros de revenus tarifaires.

D’abord la délocalisation industrielle…

En octobre 2022, au sujet des sanctions européennes contre la Russie, nous écrivions :

Ne pouvant plus compter sur les hydrocarbures bon marché en provenance de Russie, le prix de l’énergie dans l’Union européenne sera plus élevé que dans la plupart des pays concurrents de l’Europe. Et ce, pour quelques années.

On peut donc anticiper que cette remondialisation s’accompagne d’une délocalisation industrielle.

C’est effectivement ce qui s’est produit. Mais ce n’est pas tout.

Le 27 juillet 2025, l’accord de Turnberry, conclu entre Donald Trump et Ursula von der Leyen prévoit que l’UE garantira 600 milliards d’euros d’investissements européens supplémentaires aux États-Unis.

Essentiellement, cette fortune servira à transférer des capacités européennes de production vers les États-Unis. En d’autres mots, l’UE s’engage à accroitre, voire à financer, son propre déclin industriel.

…puis la perte de souveraineté alimentaire

Après ce sabotage industriel, l’UE s’attaque maintenant à son agriculture.

Le modèle néolibéral qui prévaut en Europe, c’est que les grands groupes agro-alimentaires maximisent leurs profits en mettant en concurrence les producteurs d’aliments de base.

Et puisqu’il est beaucoup plus facile de rendre unique un produit transformé et donc, de faire accepter au consommateur de payer plus cher pour l’obtenir, la marge de profit des produits transformés est beaucoup plus grande que celle des aliments de base. D’où la précarité des paysans européens.

Cette précarité s’est accrue avec l’abandon de la gestion de l’offre en 1992 et l’augmentation considérable des exigences règlementaires de Bruxelles.

• Le poulet ukrainien

Dans le cas du poulet, l’UE a soumis ses propres producteurs à une concurrence déloyale en permettant au demi-milliard de poulets produits annuellement en Ukraine d’entrer librement sur le marché européen sans respecter les normes qui y sont en vigueur.

Les règles concernant la traçabilité ne permettent pas aux consommateurs de s’opposer à ce tsunami puisque les poulets ukrainiens se retrouvent dans des croquettes et cordons-bleus avec l’estampille de l’UE.

• Les légumineuses et le blé canadiens

D’autre part, en raison de la morphologie du territoire européen, les agriculteurs y sont menacés par tout traité de libre-échange avec des pays où il est possible de réaliser des économies d’échelle grâce aux immenses terres agricoles qu’on y trouve. C’est le cas du Canada.

En dépit du fait que certains pays européens refusent de ratifier l’Accord économique et commercial global conclu entre le Canada et l’UE, la Commission européenne l’applique illégalement depuis 2017.

Cela permet aux légumineuses canadiennes empoisonnées au glyphosate d’être vendues en Europe moins cher que les légumineuses soumises à la règlementation de Bruxelles (qui interdit cette pratique).

De la même manière, de 2019 à 2023, les exportations de blé canadien vers l’UE ont explosé. Ce qui fait que ce blé produit massivement (également empoisonné au glyphosate) fait une concurrence déloyale aux producteurs européens, avec la bénédiction de Bruxelles.

• La viande du Mercosur

Le traité de libre-échange avec le Mercosur que s’apprête à signer Bruxelles permettra aux vastes exploitations agricoles d’Amérique du Sud d’inonder l’Europe de leurs aliments. Des aliments produits selon des normes moins exigeantes et donc moins couteuses que celles auxquelles sont astreints les producteurs agricoles de l’UE.

En contrepartie, les constructeurs automobiles allemands espèrent se lancer à la conquête du marché sud-américain sans soupçonner que la population du Mercosur pourrait préférer acheter des voitures chinoises (électriques ou non) qui offrent un bien meilleur rapport prix-qualité.

• La souveraineté alimentaire de la France

Dans le secteur agricole, jusqu’en 2004, la France avait un excédent commercial non seulement à l’égard des pays membres de l’Union européenne, mais également face au reste du monde.

À partir de 2004 — ce qui correspond à l’entrée dans l’UE de pays agricoles de l’ancienne Union soviétique — l’excédent avec le reste de l’Europe a diminué alors qu’il s’accroissait avec les pays hors de l’Europe.

Au total, de nos jours, la balance commerciale de l’agriculture française est excédentaire de 7 à 9 milliards d’euros par année.

Cet excédent, elle le doit grâce à sa production de vins et de spiritueux (excédentaire de quinze-milliards d’euros), ce qui est compensé par un déficit commercial de 4 milliards pour la production de fruits et de légumes, à quoi s’ajoute un déficit d’environ 4 autres milliards pour la viande.

En somme, pour nourrir sa population, la France dépend maintenant de l’Étranger.

L’entrée en vigueur en 2026 d’un traité de libre échange avec les pays du Mercosur produira des effets analogues à ceux produits en 2004 par l’élargissement de l’UE vers l’Est.

Cela entrainera la disparition d’un certain nombre de producteurs agricoles incapables de résister à la concurrence déloyale de leurs collègues sud-américains (ces derniers étant exemptés des exigences phyto-sanitaires de Bruxelles).

En cas de guerre

À partir du moment où un pays doit importer une partie de ses aliments de base, cela signifie qu’il doit imposer un rationnement alimentaire à sa population dès qu’il entre en guerre.

Et c’est sans compter les protéines végétales (soya et tourteaux), importées principalement des États-Unis et du Brésil, dont les éleveurs français ont absolument besoin pour nourrir leurs cheptels.

La France n’aura aucune difficulté à s’approvisionner auprès de pays voisins.

Toutefois, au sujet des vivres importés d’Europe de l’Est, il faudra anticiper que des groupes malveillants détournent vers d’autres pays des aliments destinés à la France. Comme ce fut le cas des masques N95 au début de la pandémie au Covid-19.

Quant à l’importation de denrées en provenance des pays du Mercosur ou des provinces canadiennes productrices de céréales et de légumineuses — les uns et les autres situés à six-mille kilomètres des côtes européennes — tout cela devra se faire en traversant un océan infesté de sous-marins hostiles.

D’où la question :

Face à l’ennemi, quelle force peuvent opposer des pays armés jusqu’aux dents, mais dont les soldats ne mangent pas à leur faim ?

Conclusion

Après avoir favorisé la délocalisation de leurs industries manufacturières vers le Sud global et ainsi saboté la puissance industrielle nécessaire à tout effort de guerre, après avoir poussé à la faillite une partie de leur paysannerie, certains pays européens s’imaginent qu’il suffit de se doter d’armes puissantes pour triompher de tout.

En réalité, en cas de guerre, leur population sera condamnée à vivre sur des tickets de rationnement parce que la production de denrées aura été délocalisée en 2026 par la dictature technocratique de Bruxelles.

Références :
Aides d’État à l’agriculture : plus de 18 milliards d’euros depuis 2021
À l’heure du mercosur, quel avenir pour l’agriculture française ? (vidéo)
Guerre russo-ukrainienne et désindustrialisation de l’Europe
Le loup dans le poulailler de l’Europe
Les lentilles canadiennes empoisonnées au défoliant avant la récolte
Les Etats-Unis et l’UE ont « conclu un accord » commercial de droits de douane généraux de 15 %, annoncent Donald Trump et Ursula von der Leyen
Les insatiables ambitions du roi du poulet ukrainien
Marché commun du Sud
Que contient l’accord UE-Mercosur et quels sont les points contestés ?

Complément de lecture : UK must stockpile food in readiness for climate shocks or war, expert warns (2026-03-07)

Un commentaire

| Agriculture, Économie, Géopolitique | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Centres de données, pillage de l’eau et la CAQ

Publié le 16 décembre 2025 | Temps de lecture : 3 minutes

Introduction

À l’époque où la chaleur dégagée par les centres de données pouvait être dissipée par de l’air froid, le climat nordique du Québec et de l’Islande en faisait des lieux de prédilection pour l’implantation de centres de données.

De nos jours, les centres de données qui font les manchettes sont ceux dédiés à l’intelligence artificielle (IA).

La taille colossale de ces usines représente un saut quantique en comparaison avec celle des plus gros centres de données qu’on construisait aussi récemment qu’il y a deux ou trois ans.

La densité de leurs microprocesseurs est telle que le simple refroidissement à l’air ne suffit plus; il faut les refroidir à l’eau.

Le refroidissement à l’eau

Puisque l’eau et l’électricité ne vont pas bien ensemble, ce refroidissement est assuré dans ces usines par une fine canalisation métallique qui frôle chacun de leurs milliers circuits électroniques.

En dépit de la fascination de nos médias pour l’intelligence artificielle, très peu de journalistes se sont intéressés à la consommation d’eau des centres de données consacrées à l’IA.

On sait que le centre de données Colossus-2 — construit à la frontière du Tennessee et du Mississippi — consomme 49 millions de litres d’eau par jour.

Pour assurer cet approvisionnement, il s’est doté d’une petite usine d’épuration afin de traiter les eaux usées de la ville de Memphis.

D’autre part, au début de 2026, Microsoft ouvrira dans le village de Mount-Pleasant (au Wisconsin), le plus grand centre de données au monde consacré à l’IA.

Il consommera 90 millions de litres d’eau potable par jour, fournis par la ville de Racine à partir de l’eau qu’elle puise dans le lac Michigan.

Une leçon pour le Québec

À l’heure actuelle, le Québec a plus de centres de données qu’il en a besoin pour assurer sa souveraineté numérique.

Pour faire oublier le fiasco de sa filière batterie, la CAQ veut maintenant attirer au Québec des centres de données dédiés à l’IA.

En plus des terres agricoles qu’il faudra dézoner, leur venue est susceptible de provoquer un désastre environnemental.

En effet, aucune municipalité ni aucune nappe phréatique au Québec n’est capable d’assouvir leur besoin gargantuesque en eau sans priver nos agriculteurs, nos industries et nos gens de l’eau dont ils ont besoin.

Prions pour que la CAQ soit chassée du pouvoir avant de mettre en œuvre cette nouvelle stratégie industrielle désastreuse.

Références :
Data Centers and Water Consumption
Data centers, backbone of the digital economy, face water scarcity and climate risk
Stratégie industrielle du Québec : la panne d’idée de François Legault
The environmental footprint of data centers in the United States
Water levels across the Great Lakes are falling – just as US data centers move in

Parus depuis :
L’électricité deux fois plus chère pour les centres de données (2026-02-19)
US tech firms successfully lobbied EU to keep datacentre emissions secret (2026-04-17)

Compléments de lecture :
US leads record global surge in gas-fired power driven by AI demands, with big costs for the climate (2026-01-29)
Des serveurs informatiques comme chauffe-eau (2026-03-20)

Laissez un commentaire »

| 2018-2026 (années Legault), Économie, Environnement, Informatique, Politique québécoise | Mots-clés : , , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel