Les émeutes iraniennes de l’hiver 2025-2026

Publié le 29 avril 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

Les émeutes survenues en Iran entre le 28 décembre 2025 et le 23 janvier 2026 n’ont aucun rapport avec celles consécutives à la mort de Mahsa Amini à Téhéran en septembre 2022 (assassinée pour ne pas avoir porté le voile islamique ‘correctement’).

Celles survenues plus tôt cette année, beaucoup plus meurtrières, ont été déclenchées par la faillite de la banque Ayandeh et instrumentalisées par le gouvernement israélien.

C’est en 2010 que l’homme d’affaires iranien Ali Ansari a fondé la banque privée Ayandeh à partir d’un capital de départ de deux-cent-millions de dollars.

Cette banque a attiré sept-millions d’épargnants en offrant des taux d’intérêt environ quatre pour cent plus élevés que ceux offerts par les banques concurrentes.

En 2017, la banque Ayandeh détenait 76 % de tous les dépôts du pays.

À plus des deux tiers, cet argent servait à financer les investissements immobiliers de son fondateur, notamment le centre commercial de deux-millions de mètres carrés qu’Ali Ansari avait fait construire dans la banlieue ouest de Téhéran.

À la suite du retrait des États-Unis de l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien en 2018 et le retour des sanctions américaines, l’économie iranienne s’est contractée. Conséquemment, les marques de luxe qui se proposaient d’ouvrir boutique à l’Iran Mall ont abandonné leurs projets.

Si bien que ce complexe, à la fois commercial et récréotouristique, est devenu un éléphant blanc. Ce qui, peu à peu, a drainé les liquidités de la banque Ayandeh.

Au moment de sa liquidation en octobre 2025, la banque devait 5,1 milliards de dollars américains.

Pour pallier la colère de ceux qui avaient tout perdu, le gouvernement a promis de rembourser la clientèle de la banque en donnant la priorité aux petits épargnants.

Pour ce faire, la Banque centrale iranienne se proposait d’imprimer 550 millions de millions de millions de millions de rials. Aussitôt, les économistes les plus compétents du pays ont fait valoir que cela créerait une poussée inflationniste qui nuirait à la stabilité économique iranienne.

Et pendant que la controverse faisait rage parmi les économistes, des millions d’Iraniens ne pouvaient plus payer leur loyer ni leur épicerie. Conséquemment, deux mois plus tard, d’immenses manifestations ont embrasé le pays.

La colère légitime du peuple iranien a été amplifiée sur les médias sociaux américains par une multitude de messages qui accusaient les autorités de laxisme, voire de connivence, avec les responsables de la faillite.

Rétroactivement, il est facile d’imaginer qu’une partie de ces messages étaient été publiés de l’Étranger.

Le 5 février dernier, devant le Comté sénatorial des banques, le secrétaire au Trésor américain (l’équivalent du ministre des Finances) s’est vanté d’avoir provoqué les émeutes en empêchant les Iraniens de se protéger de l’inflation en échangeant leurs rials pour des dollars américains.


 
Cela est douteux. La devise iranienne s’échangeait à 30 720 rials pour un dollar canadien au début des émeutes et au taux de 30 701 rials aujourd’hui.

Quant à l’inflation, elle était de 37,1 % en 2024, de 45,0 % en 2025, puis d’environ 50,0 % depuis le début de l’année 2026.

La vantardise du secrétaire au Trésor américain est un écran de fumée.

À quelques détails près, la participation israélo-américaine dans les émeutes iraniennes de l’hiver dernier a été calquée sur le modèle du coup d’État de la place Maïdan, en Ukraine, en février 2014.

À la différence que dans ce cas-ci, des armes étaient entrées illégalement au pays par le biais du Kurdistan iranien. De plus, après avoir piraté toutes les caméras de circulation de Téhéran, les services secrets israéliens pouvaient diriger les opérations de leurs tireurs d’élite infiltrés sur place.

Le rôle de ceux-ci était d’accéder aux toits de divers édifices de la capitale et, du haut des airs ou par petits groupes à l’écart dans la foule, de tirer à la fois sur les protestataires et sur les forces policières afin de les dresser les uns contre les autres.

Le bilan de l’Iran Human Rights fait état de 3 428 manifestants tués. L’Human Rights Activists News Agency (HRANA) estime plutôt ce nombre à 5 777 personnes. Parmi les forces de l’ordre, l’HRANA évalue le nombre de morts à 214 agents.

Après avoir ainsi manipulé l’opinion publique internationale, il ne restait plus au gouvernement israélien que de convaincre Donald Trump pour déclencher la Troisième guerre du Golfe.

Références :
Accord de Vienne sur le nucléaire iranien
Ayandeh Bank collapse lays bare Iran’s economic rot
Iran : la police lance un ultimatum aux participants aux « émeutes » pour se livrer
Les services secrets israéliens ont passé des années à pirater les caméras de surveillance de Téhéran pour localiser, espionner et finalement tuer le guide suprême iranien Ali Khamenei
Manifestations consécutives à la mort de Mahsa Amini
‘Rats leaving the ship,’ Bessent says of Iranian capital flight
Répression des manifestations iraniennes en 2026
Ukraine : l’histoire secrète de la révolution de Maïdan

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La Troisième guerre du Golfe et l’Australie

Publié le 23 avril 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

De toutes les régions du monde, c’est en Extrême-Orient et en Océanie que le blocage du détroit d’Ormuz a eu le plus d’impact.

L’Australie est le septième producteur mondial de gaz fossile et le cinquième producteur de charbon. Même si ce pays possède de modestes réserves de pétrole (37e rang mondial), il a démantelé six de ses huit raffineries de pétrole afin de s’approvisionner à moindre cout de Singapour et de Corée du Sud. Or ces deux pays importent leur brut des pays du golfe Persique.

Pire encore, alors que l’Agence internationale de l’énergie recommande aux pays de maintenir des réserves pétrolières équivalentes à 90 jours d’autonomie, les réserves stratégiques de l’Australie ne sont que pour 30 jours.

Avec le blocage du détroit d’Ormuz, cette imprudence se retourne contre l’Australie.

Depuis quelque semaines, on assiste à une multiplication du nombre de stations-service à court de pétrole. Pour inciter les automobilistes à utiliser le transport en commun, certaines villes ont décrété sa gratuité.

Dans ce pays de l’hémisphère sud, les saisons sont inversées par rapport à nous. Pour rassurer les fermiers inquiets de ne pouvoir moissonner leurs champs par manque de diésel, le gouvernement a adopté trois mesures.

Premièrement, celle de réduire de moitié la taxe d’accise sur le carburant. Deuxièmement, de libérer le cinquième de ses réserves stratégiques principalement au profit des régions rurales du pays.

Et finalement, le gouvernement a réduit ses exigences environnementales quant à la teneur en soufre du pétrole pouvant être vendu en Australie.

Le but de cette mesure est de permettre à une des deux raffineries du pays d’écouler son pétrole sur le marché intérieur alors que ce pétrole était jusque là réservé à l’exportation car trop polluant pour les moteurs australiens.

En dépit de ces mesures, certaines stations-service plafonnent la quantité de pétrole que les automobilistes peuvent acheter. D’où le succès d’une application téléphonique comme FuelChech pour savoir, en temps réel, où on peut trouver de l’essence.

Dans le cas d’une autre guerre, celle en Ukraine, l’Australie a ouvert ses portes à quinze-mille réfugiés ukrainophones. Par contre, le 26 mars dernier, l’Australie a révoqué sept-mille visas émis à des visiteurs iraniens. Comme si, à la différence des Ukrainiens, le peuple iranien était solidaire du régime en place et donc, représentait un risque sécuritaire pour l’Australie.

Références :
Australia must continue to stand with Ukrainians seeking safety
Classement des États du monde par production de charbon
L’Australie prise au piège de la guerre au Proche-Orient
Pétrole en Australie
Top 10 des pays producteurs de gaz naturel dans le monde en 2024

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Pénurie de gants chirurgicaux en vue ?

Publié le 22 avril 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

La société malaisienne Karex est le plus important fabricant de condoms au monde. Elle en fabrique plus de cinq-milliards par année, vendus sous diverses marques dont Durex™ et Trojan™.

L’entreprise annonçait hier qu’en raison des pénuries engendrées par la Troisième guerre du Golfe, elle hausserait de 30 % le prix de ses contraceptifs.

En 24 heures, cette nouvelle a fait le tour du monde.

Toutefois, ce qui a échappé à l’attention des médias, c’est que les ingrédients qui servent à faire des condoms (le latex, le nitrile, le polyuréthane et le polyisoprène) servent également à fabriquer des gants chirurgicaux.

Normalement, l’augmentation des prix fait diminuer la demande… sauf lorsque celle-ci est inélastique. En sciences économiques, est qualifiée d’inélastique la demande d’un bien ou d’un service qui varie peu, même en cas de forte variation de prix.

C’est le cas des gants chirurgicaux. Même si les prix devaient doubler ou tripler, la demande ne diminuera pas.

Ce qui laisse entrevoir la répétition de ce qui s’est passé en février et en mars 2020 au sujet des masques chirurgicaux.

Rappelons les évènements.

En janvier 2020, l’épidémie au Covid-19 n’a pas encore frappé le Québec. Ce mois-là, le directeur de la santé publique de Chine — la personne la plus compétente pour en parler — répète à qui veut l’entendre qu’une très grave épidémie s’apprête à frapper le monde et que celle-ci s’attrape en inhalant les gouttelettes respiratoires de personnes infectées.

Prenant acte de cet avertissement, l’Alberta achète le moins suivant des quantités très importantes de masques chirurgicaux.

Pendant ce temps, au Québec, la Santé publique est dirigée par des incompétents. Prétendant s’appuyer sur la science, son directeur déclare au Devoir, le 5 février 2020, que la grippe saisonnière était plus à craindre que le coronavirus.

Un mois plus tard, à son retour de vacances du Maroc, il rassure la cellule de crise créée par le premier ministre; le Québec ne manquera pas de masques de protection, dit-il.

Le reste est connu; ce fut un fiasco.

Dans les mois qui viennent, est-ce que nos hôpitaux manqueront de gants chirurgicaux ?

Personne ne le sait.

Le principe de précaution exige que le Québec fasse le plein de gants comme l’Alberta a fait le plein de masques en 2020. Au risque de réaliser par la suite qu’on s’est affolé pour rien.

Au contraire, si on évite d’agir par peur de se tromper, cela pourrait entrainer que des milliers d’opérations seront remises à plus tard parce que nos chirurgiens et leurs assistants manqueront de gants.

Références :
Covid-19 – Histoire d’un fiasco
World’s biggest condom maker set to raise prices due to Iran war

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le double blocus du détroit d’Ormuz

Publié le 14 avril 2026 | Temps de lecture : 5 minutes


Introduction

En plus de l’hésitation à franchir le détroit d’Ormuz en raison des primes d’assurances élevées exigées par la Lloyd’s de Londres, ce détroit est l’objet de deux blocus complémentaires.

Le blocus iranien

L’Iran autorise le passage du détroit aux seuls navires ‘non hostiles’, c’est-à-dire à ceux de pays qui ne participent ni soutiennent les actes d’agression contre l’Iran.

Concrètement, cela exclut les navires qui transportent des marchandises à destination d’Israël, des États-Unis et de leurs alliés.

Peuvent l’emprunter, les navires qui transportent, par exemple, des marchandises (iraniennes ou non) vers la Chine, l’Inde, le Pakistan et la Turquie.

Deuxièmement, l’Iran exigeait (théoriquement) que la cargaison transportée ait été payée en devise chinoise (en yuans).

Dans les faits, on ne se présente pas à un terminal pétrolier comme on le fait en allant à une station-service; les achats d’hydrocarbures sont conclus plusieurs semaines d’avance. Donc le pétrole actuellement transporté a été acheté avant le début de la guerre.

Cette exigence est plutôt un avertissement adressé aux armateurs au sujet de leurs achats futurs.

Le Japon dépend fortement du pétrole saoudien. Pour le pays du soleil levant, on peut imaginer l’humiliation de recourir à la devise chinoise pour se procurer du pétrole…

Troisièmement, l’Iran a imposé un péage (allant jusqu’à deux-millions de dollars, payables en cryptomonnaie) à certains des navires autorisés à franchir le détroit.

Depuis le début de la guerre, une centaine de pétroliers ont quitté le golfe Persique, soit beaucoup moins que d’habitude.

Le blocus américain

Au blocus iranien (qualifié d’illégal par les États-Unis), s’ajoute un blocus complémentaire imposé à partir d’hier par Washington aux navires qui partent des ports iraniens.

À quelques centaines de kilomètres des côtes iraniennes, la marine américaine se propose non seulement d’arraisonner ces navires, mais également de s’emparer de leur cargaison.

On se rappellera que Donald Trump avait suspendu son interdiction d’acheter du pétrole iranien dans l’espoir de faire baisser les cours mondiaux des hydrocarbures.

La décision de remettre un blocus nuit non seulement à l’Iran, mais également à ses clients, dont la Chine.

On estime que le pétrole iranien représente officieusement 15 % des importations de la Chine. On peut s’attendre à ce que cette dernière réagisse avec fermeté à la piraterie américaine.

Si elle devait décider d’envoyer des sous-marins ou des navires de guerre pour escorter ses pétroliers, on serait alors au bord d’un conflit beaucoup plus important.

La raison du blocus américain

Quotidiennement, l’Iran a exporté 1,84 million de barils de pétrole brut (bpb) en mars et un peu moins (1,71 million de bpb) jusqu’ici en avril. Dans les deux cas, c’est plus que la moyenne quotidienne de 2025 (1,68 million de bpb).

En février de cette année — donc avant le début de la guerre — l’Iran a vendu pour 3,45 milliards de dollars de pétrole brut. Puisque le prix du brut s’est apprécié depuis, ses revenus pétroliers ont grimpé à 4,97 mlliards$ en mars, soit une augmentation de 44 %.


 
En somme, dans les premiers jours de la guerre, le blocus partiel du détroit d’Ormuz par l’Iran a provoqué une importante hausse du prix du pétrole.

La décision de l’administration américaine de permettre à l’Iran d’écouler son pétrole a brisé cet élan. Les cours du pétrole se sont alors mis à varier à la hausse ou à la baisse selon les déclarations du président américain.

Ce nouveau blocus, qui s’ajoute à celui de l’Iran, aura des répercussions prévisibles au fur et à mesure que se fera sentir la baisse de l’offre sur les marchés internationaux.

De plus, dans la mesure où toute tentative américaine de bloquer partiellement l’approvisionnement pétrolier de la Chine est un casus belli, on peut s’attendre à ce que Washington revienne sur sa décision.

Références :
Blocus «dangereux et irresponsable»: la Chine hausse le ton vis-à-vis des États-Unis
How much will US Hormuz blockade hurt Iran, and does Tehran have an escape?
La Chine et la Troisième guerre du Golfe
Pays autorisés, péage… Sous quelles conditions les navires passent-ils le détroit d’Ormuz ?
Strait of Hormuz blockade explained: why is Trump threatening to block Iranian ports and how would it work?

Paru depuis : Trump says US navy like ‘pirates’ while seizing a ship in Iranian blockade (2026-05-02)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le golfe Persique est un cul-de-sac maritime

Publié le 12 avril 2026 | Temps de lecture : 7 minutes

L’art de se jeter dans la gueule du loup

Tout navire qui entre dans le golfe Persique ne peut en sortir qu’en empruntant ce détroit dans le sens inverse.

Hier, le président américain a annoncé l’envoi de deux navires dans le détroit d’Ormuz afin d’y mener des opérations de déminage.

Puisque les pourparlers américano-iraniens étaient alors en cours au Pakistan, cette nouvelle laissait croire que ce déminage s’effectuait avec le consentement de l’Iran.

Il n’en est rien.

Après l’annonce ce matin de l’échec des pourparlers, l’Iran a réitéré que seuls les navires civils sont autorisés à traverser le détroit (sous certaines conditions) et que tout navire militaire s’y aventurant sera traité sévèrement.

Il est à noter qu’on ne rapporte aucune explosion de mine dans le golfe Persique depuis le début de la guerre. Voilà pourquoi on doit accueillir avec beaucoup de scepticisme la rumeur iranienne selon laquelle le golfe serait infesté de mines.

Pourrait-il s’agir d’un piège ?

Dans les pétromonarchies — en somme, de l’autre côté du golfe — les États-Unis sont incapables de protéger leurs bases militaires des drones et des missiles iraniens.

D’autre part, leurs porte-avions sont stationnés en haute mer par crainte d’être détruits par les missiles supersoniques iraniens.

Ils sont tellement loin des côtes iraniennes que leurs chasseurs-bombardiers sont incapables d’effectuer l’aller-retour sans être ravitaillés en plein vol par des avions-citernes (appelés justement ravitailleurs).

Conséquemment, envoyer des centaines de marins américains dans le détroit d’Ormuz pour y mener des activités de déminage, c’est les jeter dans la gueule du loup.

Du point de vue militaire, cela anticipe une répétition de la victoire décisive des Vietnamiens sur l’armée française dans la cuvette de Diên Biên Phu, en 1954.

Peu importe l’importance des efforts déployés par l’armée américaine pour sauver ses marins, les avions et les hélicoptères appelés en renfort seront abattus les uns après les autres dans ce qui sera alors un colossal exercice de tir aux plateaux d’argile.

L’Iran se contente de répliquer

Jusqu’ici, l’Iran s’est contenté de répliquer aux attaques israélo-américaines.

Après l’assassinat d’une partie de ses dirigeants, l’Iran a détruit la résidence personnelle de Benyamin Netanyahou.

Après le bombardement israélien d’installations nucléaires de l’Iran, ce dernier a endommagé la principale centrale nucléaire israélienne (Dimona).

Après le bombardement américain d’une usine de dessalement , l’Iran a fait de même contre un allié américain, soit le Bahreïn. Etc.

Mais dans le cas des navires américains de déminage, quel serait le précédent ? Tout simplement l’anéantissement de la flotte maritime iranienne par les États-Unis et par Israël dès le premier jour de la guerre.

Le Droit international

À plusieurs reprises sur ce blogue, nous avons soutenu que le Droit international était facultatif. À Davos, c’est ce que le premier ministre Mark Carney a affirmé en d’autres mots.

Dans le cas de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, elle ne s’applique pas à l’Iran puisque ce pays n’a pas ratifié le Traité de Montego Bay de 1982 et que le droit de la mer est facultatif, ne s’appliquant qu’aux pays qui choisissent de s’y soumettre.

De nos jours, l’Iran est dans une situation juridique identique à celle de la Grande-Bretagne au cours de la Deuxième Guerre mondiale. À l’époque, cette dernière s’autorisait à détruire les sous-marins et les navires marchands allemands qui se seraient aventurés dans le détroit du Pas-de-Calais.

De nos jours, en raison de la guerre, l’Iran est parfaitement justifié d’interdire le passage des navires qui appartiennent à des pays hostiles.

Signalons que les États-Unis, eux non plus, n’ont pas ratifié le Traité de Montego Bay. Or ce pays pratique effrontément la piraterie en haute mer.

Quand la marine américaine arraisonne un pétrolier appartenant à la flotte ‘fantôme’ russe — ce qui signifie simplement que ce pétrolier n’est pas assuré à la Lloyd’s de Londres — et vole son pétrole, cela est de la piraterie.

Le péage iranien

La largeur du détroit d’Ormuz est d’une cinquantaine de kilomètres. Au sud, on trouve les eaux territoriales du Bahreïn, larges de 12 milles nautiques (environ 21 km). Au nord, les eaux territoriales d’Iran, également larges d’environ 21 km. Et entre les deux, une dizaine de kilomètres en eaux internationales.

Dans les eaux qui lui sont propres, l’Iran a délimité très précisément d’étroits chenaux dans lesquels il garantit la navigation. Et c’est là que l’immense majorité des navires qui empruntent le détroit d’Ormuz préfèrent naviguer.

Ces chenaux doivent périodiquement être dragués pour évier leur ensablement. Les couts d’entretien justifient des frais de péage.

Ce qui doit nous étonner, c’est que l’Iran ne l’aie pas fait avant.

Le blocage américain du détroit

Plus tôt aujourd’hui, Donald Trump a annoncé la fermeture complète du détroit d’Ormuz, probablement afin de faciliter les activités de déminage.

Concrètement, cette mesure a pour effet d’empêcher le passage des pétroliers que l’Iran, jusqu’ici, laissait passer. Notamment, ceux qui transportent son pétrole à lui.

Pour l’Iran, cela rend impérieux l’anéantissement des navires américains mandatés unilatéralement pour déminer le détroit… en supposant que ce déminage soit justifié.

Références :
Bataille de Diên Biên Phu
Convention des Nations unies sur le droit de la mer
Droit international et géopolitique (deuxième partie)
Guerre au Moyen-Orient : en représailles aux frappes contre Natanz, l’Iran bombarde Dimona et Arad, plus de 100 blessés à déplorer
Guerre en Iran : « S’en prendre à une usine de dessalement équivaut à sortir l’arme nucléaire”
Trump annonce un blocus du détroit d’Ormuz après l’échec des négociations avec l’Iran
US-Iran talks in Islamabad stretch on as Hormuz stand-off fuels duelling claims

Paru depuis : Trump says US navy like ‘pirates’ while seizing a ship in Iranian blockade (2026-05-02)

Postscriptum du 13 avril 2026 : Ce matin, sur les ondes de CNN, Beth Sanner — ex-directrice adjointe du renseignement national américain — a déclaré que les deux navires envoyés pour déminer le détroit d’Ormuz s’y sont rendus. Mais après avoir abattu un drone iranien aussitôt tiré vers eux (et qui servait d’avertissement), ils ont retraité au loin dans la mer d’Oman.

Ainsi s’achève l’opération de déminage des États-Unis.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’Europe et la Troisième guerre du Golfe

Publié le 11 avril 2026 | Temps de lecture : 7 minutes

Le début de la pénurie d’hydrocarbures en Europe

Il n’existe pas de pipeline ou de gazoduc qui relie le Moyen-Orient à l’Europe. Ce qui signifie que tout approvisionnement européen en provenance du golfe Persique doit nécessairement arriver par voie maritime.

L’obligation de contourner le cap de Bonne-Espérance (au sud de l’Afrique) fait en sorte que les pétroliers et les méthaniers qui franchissent le détroit d’Ormuz mettent environ un mois pour arriver en Europe.

Les derniers navires qui ont réussi à le faire avant sa fermeture, le 28 février dernier, sont arrivés en Europe plus tôt cette semaine.

Pour les cinq prochaines semaines (au moins), aucun pétrolier ni aucun méthanier n’apportera en Europe des hydrocarbures en provenance du Moyen-Orient.

Rappel géostratégique

Malgré l’écrasante supériorité militaire des États-Unis, le pays que les stratèges américains craignaient le plus, pendant des décennies, c’était la Russie.

À leurs yeux, une intégration économique entre la Russie et les pays d’Europe apparaissait comme une menace existentielle à l’hégémonie américaine.

Voilà pourquoi Washington s’est employé pendant des années à couper l’Europe de l’approvisionnement en hydrocarbures russes, notamment son gaz fossile (le moins cher au monde), qui donnait à l’industrie lourde européenne un avantage compétitif.

La guerre russo-ukrainienne a été l’occasion pour Washington de briser ce lien. En cessant volontairement cet approvisionnement, l’Europe s’est tirée dans le pied.

Et pour compenser, les pays européens se sont tournés vers d’autres fournisseurs; les États-Unis et le Qatar.

Comble de malchance, la Troisième guerre du Golfe a entrainé la fermeture du détroit d’Ormuz et le bombardement par l’Iran des installations gazières du Qatar.

Voilà pourquoi, les analystes prévoient que ce mois-ci, les États-Unis devraient bénéficier d’une augmentation du tiers de leurs exportations de pétrole, principalement vers l’Asie et accessoirement vers l’Europe.

Quant au gaz fossile, on peut s’attendre à ce que les pays européens deviennent encore plus dépendants des États-Unis. Ce qui accroit la vassalisation de l’Europe aux diktats de Washington.

Les conséquences concrètes

En France

En début de semaine, environ 18 % des stations-service dans tout le pays étaient en rupture de stock pour l’un ou l’autre des carburants qu’ils offraient. Aujourd’hui, ce pourcentage était tombé à 12 %.

Mardi dernier, des ouvriers du bâtiment et des artisans des travaux publics ont bloqué le boulevard périphérique de Nantes pour dénoncer la hausse du prix du diésel.

Selon France24, les six principaux ports de Corse sont bloqués depuis mardi matin par des pêcheurs qui protestent contre le prix élevé des carburants, déjà plus chers sur l’ile que sur le continent.

En Irlande

En République d’Irlande, une centaine de stations-service sont à court d’essence. Depuis cinq jours, des fermiers et des camionneurs bloquent certaines des autoroutes qui mènent à la capitale.

Le mois dernier, le gouvernement irlandais a décidé de consacrer 250 millions d’euros à la réduction du prix de l’essence. Parmi les mesures annoncées, on a réduit les taxes sur les carburants.

Dans l’urgence, l’État a mis sur pied un groupe pour coordonner les mesures destinées à pallier la pénurie. Déjà celui-ci prévient que la moitié des stations-service du pays pourraient bientôt fermer temporairement.

La plus grande entreprise privée de livraison de colis a suspendu ses activités.

L’Association médicale irlandaise s’est inquiétée publiquement du sort des patients incapables de se rendre à leurs rendez-vous et des difficultés rencontrées par les ambulanciers à faire le plein.

En raison de la rupture anticipée de l’approvisionnement en nourriture, en eau potable, et en moulée animale, le gouvernement a mis l’armée sur un pied d’alerte, prête à intervenir.

De plus, il a accusé les protestataires de prendre le pays en otage, ce qui a jeté de l’huile sur le feu… à défaut d’essence.

En Norvège

Le 1er avril, le gouvernement norvégien a supprimé les taxes sur l’essence. Cela n’a pas réussi à empêcher le prix du diésel d’augmenter de 23,6 %. D’où l’échec à calmer le mécontentement populaire.

Hier, un convoi de 70 à 80 camions s’est dirigé vers le parlement. Toutefois, les forces policières les ont empêchés d’atteindre leur destination.

Le carburant d’avion

Les pays du Golfe sont responsables de 40 à 60 % de l’approvisionnement européen en carburant d’avion.

Le dernier cargo transportant ce combustible a déchargé une partie de sa cargaison lundi dernier à Rotterdam et le reste à Copenhagen ce matin même.

Depuis le 28 février 2026, plus aucune goutte de carburant d’avion n’a franchi le détroit d’Ormuz à destination de l’Europe.

Hier, de son siège social mondial (situé à Montréal), le Conseil international des aéroports a prévenu les compagnies aériennes que le carburant d’avion pourrait manquer d’ici trois semaines en Europe si on ne débloquait pas le détroit d’Ormuz d’ici là.

En réalité, même si l’Iran permettait aujourd’hui la réouverture complète du détroit, l’Europe manquerait brièvement de carburant d’avion, compte tenu du temps du transport maritime. De manière urgente, l’Europe devra donc en trouver ailleurs entretemps.

En anticipation d’une crise pétrolière, le prix du carburant d’avion a augmenté de 138 % en Europe et de 163 % en Asie.

Au fur et à mesure que les réserves européennes s’épuiseront, on s’attend à ce que les prix flambent et que d’importantes surcharges soient facturées aux passagers des vols en partance des aéroports européens.

Conclusion

Avant cette semaine, l’augmentation du prix des hydrocarbures en Europe était spéculative puisque ce continent recevait encore normalement les navires qui avaient quitté le détroit d’Ormuz avant sa fermeture.

Depuis quelques jours s’amorcent les véritables pénuries de carburants.

Dans l’histoire de l’Humanité, les pénuries de pain étaient de mauvais augure. De nos jours, on doit également ajouter les pénuries de carburants. Or celles-ci ne font que commencer…

Références :
Blocages et tensions autour du prix des carburants
Carburants : l’UE dénonce la baisse de la TVA en Espagne et en Pologne
Fears of UK and EU flight cancellations as airports warn of jet fuel shortages
Fuel-price protests cause chaos in Ireland and spread to Norway
Guerre au Moyen-Orient : les ventes de pétrole des Etats-Unis n’ont jamais été aussi importantes
Le cout de la dé-Merkellisation de l’Allemagne
Les conséquences en France de la guerre au Moyen-Orient : le dossier explosif des carburants
Près d’une station service sur cinq en rupture en France, nouvelles aides envisagées

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Iran : un cessez-le-feu voué à l’échec

Publié le 8 avril 2026 | Temps de lecture : 6 minutes

Introduction

À quelques heures de l’échéance fixée par Donald Trump, Washington et Téhéran se sont entendus pour suspendre la Troisième guerre du Golfe pour deux semaines.

L’Iran a accepté de rouvrir le détroit d’Ormuz à deux conditions.

Premièrement, l’arrêt des combats pour deux semaines. Et deuxièmement, l’acceptation par Washington que son plan en dix points servira de base de discussion à des négociations futures en vue de l’arrêt définitif du conflit.

Une erreur stratégique de l’Iran

La condition fondamentale de tout cessez-le-feu est l’arrêt des combats.

Dans son plan, l’Iran exige des garanties de non-agression par les États-Unis, le retrait des forces américaines de la région (c’est-à-dire le démantèlement des bases américaines au Moyen-Orient) et la cessation des combats sur tous les fronts, dont celui du Liban.

En permettant la réouverture du détroit d’Ormuz, l’Iran commet une erreur stratégique. Accepter qu’un document serve de base de discussion, cela ne signifie pas qu’on en accepte les clauses. Si tel était le cas, nous n’aurions pas affaire à un cessez-le-feu, mais à un armistice.

L’an dernier, à l’issue de la guerre des Douze Jours, la décision de Téhéran de mettre fin aux hostilités — alors que le pays avait mollement répliqué aux attaques israéliennes — avait profondément mécontenté les faucons au sein de l’armée iranienne et des gardiens de la révolution.

Cette fois-ci, tant que la guerre se poursuivait, toutes les factions du régime étaient unies dans la défense nationale contre les agresseurs occidentaux.

Mais l’annonce de cette trêve, présentée triomphalement au peuple iranien comme une victoire, masque une fracture au sein du pouvoir. Les opposants estiment, à juste titre, que l’Iran perd l’initiative (en anglais, le ‘momentum’).

Heureusement pour eux, la sale besogne de saboter cette entente est venue d’Israël.

Le déplaisir israélien

Jusqu’ici, la Troisième guerre du Golfe marquait l’apogée de la puissance de Benyamin Nétanyahou.

Sous sa gouverne, la bande de Gaza est en ruine. Les colons israéliens massacrent les Palestiniens de Cisjordanie dans l’indifférence totale de l’Occident. Le Hezbollah libanais a été décimé par des téléavertisseurs explosifs. Les installations militaires de la Syrie ont été anéanties par l’armée israélienne.

Partout en Europe, les tribunaux bâillonnent ceux qui critiquent son gouvernement en les condamnant pour antisémitisme.

Et cerise sur le gâteau, le premier ministre israélien a réussi à entrainer les États-Unis dans une guerre en Iran grâce à son ascendant sur Donald Trump.

Ce matin, en apprenant que l’administration Trump a pris l’engagement que l’armée israélienne cesserait de guerroyer contre l’Iran sans lui demander son avis, Nétanyahou est furieux.

Il appelle aussitôt Trump et réussit à lui faire dire que le cessez-le-feu ne s’applique pas aux frappes israéliennes contre le Hezbollah libanais.

Pour manifester sa contrariété, il ordonne à l’armée israélienne de bombarder le sud du Liban avec une violence inégalée depuis le début de la Troisième guerre du Golfe, faisant plus de 250 morts depuis ce matin.

En croyant que les États-Unis avaient une fois de plus renié leur parole — alors que, techniquement, Washington n’a jamais consenti au dernier item du plan iranien — Téhéran ordonne de nouveau le blocage du détroit d’Ormuz et lance quelques dizaines de drones et de missiles contre les pétromonarchies, histoire de rappeler aux partisans iraniens de la ligne dure que la guerre n’est pas finie.

La controverse aux États-Unis

Donald Trump sait qu’il s’est fait avoir en se laissant entrainer dans une guerre ruineuse contre l’Iran. Lui qui avait promis que jamais les États-Unis ne déclencheraient un conflit majeur sous sa gouverne, le voilà critiqué par sa base électorale.

Aux yeux d’un nombre croissant d’Américains, cette guerre est illégale et Israël est devenu un boulet aux pieds des États-Unis.

Les États-Unis n’ont plus besoin du pétrole et du gaz fossile produit au Moyen-Orient puisqu’ils sont devenus autosuffisants.

Pourtant, à cause de cette guerre qui ne les concerne pas, les Américains paient le pétrole beaucoup plus cher. Leur pays dépense quotidiennement deux-milliards de dollars pour entretenir le conflit. Et bientôt, le Congrès aura à se prononcer sur l’opportunité de consacrer une enveloppe de 1 500 milliards de dollars pour financer l’effort de guerre.

D’autre part, dans beaucoup de pays, la vente d’hydrocarbures ou d’électricité se fait par l’intermédiaire d’une société d’État (comme Hydro-Québec).

Pour éviter des révoltes analogues à celles des Gilets jaunes, ces pays doivent vendre leurs bons du Trésor américain et leurs lingots d’or pour pallier l’augmentation brutale du prix de l’énergie.

Cela tombe mal pour Washington. Pour ne pas augmenter les impôts, le gouvernement américain devra emprunter des sommes colossales sur les marchés financiers pour financer cette guerre.


 
Or la Réserve fédérale américaine doit offrir des taux d’intérêt de plus en plus élevés au fur et à mesure que se dégrade la confiance des investisseurs internationaux envers les États-Unis.

Donc, à bien y penser, peut-être que cette guerre n’était pas une si bonne idée…

Références :
Ce que l’on sait sur l’accord de trêve entre Washington et Téhéran
Cessez-le-feu en Iran : ce que contient le plan en 10 points de Téhéran, jugé « viable » par Trump
Guerre des Douze Jours
Iran : les infrastructures frappées avant même la fin de l’ultimatum de Trump
Le sort des bateaux coincés dans le golfe Persique reste flou
Les frappes israéliennes ont fait au moins 250 morts au Liban mercredi
Les vraies raisons pour lesquelles Israël déclenche une guerre contre l’Iran
Levée des sanctions, nucléaire… Que contient le plan iranien en dix points proposé à Trump ?
The Ceasefire That Wasn’t! What Comes Next? With Trita Parsi (vidéo en anglais)
UK security adviser attended US-Iran talks and judged deal was within reach
Uranium, levée des sanctions… Que contient le plan en dix points proposé par l’Iran à Donald Trump?
When Pakistan Warned Trump (vidéo en anglais)

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la Troisième guerre du Golfe, veuillez cliquer sur ceci.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La guerre d’Hiver de 1939 et les purges militaires de Trump

Publié le 7 avril 2026 | Temps de lecture : 5 minutes
Mémorial national de la guerre d’Hiver de 1939-1940, de Pekka Kauhanen (2017)

En 1938, une des grandes préoccupations de Joseph Staline est la frontière russo-finlandaise. Celle-ci est alors située à seulement 32 km de la deuxième plus grande ville de Russie, soit Leningrad (aujourd’hui appelée Saint-Pétersbourg).

À l’époque où la Finlande était un duché russe, cette proximité n’avait pas d’importance. Toutefois après l’indépendance (obtenue de la Russie en 1917), la Finlande avait développé des relations amicales avec l’Allemagne afin de faire contrepoids à son redoutable voisin.

En 1938, l’Allemagne et la Russie ne sont pas encore liées par leur pacte de non-agression (qui sera signé en aout 1939).

En cas de guerre, Staline sait que Finlande refusera que l’armée rouge traverse son territoire par crainte d’être annexée à cette occasion. Par contre, il sait que ce pays accordera cette permission à l’armée du Troisième Reich.

Le résultat, c’est qu’en cas d’invasion allemande, les troupes ennemies pourraient avancer jusqu’à 32 km de Leningrad sans rencontrer la moindre résistance.

Pour pallier cette menace, Staline offre à la Finlande un échange de territoires; la frontière russo-finlandaise serait repoussée de cent kilomètres alors qu’en contrepartie, la Russie offre à la Finlande de nouveaux territoires situés plus au nord.

Puisque ceux-ci sont de moindre importance économique, la Finlande décline l’offre. Ce qui est son droit.

Mais droit ou non, Staline veut repousser cette frontière.

Une guerre entre ces deux pays éclate donc en novembre 1939. Elle prendra fin en mars 1940. À cette occasion, l’armée finlandaise tiendra tête à l’armée russe (qui essuiera des pertes considérables).

À l’issue du conflit, le traité de Moscou est signé entre les belligérants. Concrètement, il correspond aux demandes territoriales originelles de Staline.

Chacun des belligérants proclame alors avoir gagné la guerre; la Finlande pour avoir empêché l’invasion russe et la Russie pour avoir fait repousser la frontière finlandaise.

L’importance de cette guerre vient du fait qu’un tout petit pays avait réussi à résister à un pays présumé beaucoup plus puissant qui s’est avéré être un tigre de papier.

Ce détail n’a pas échappé à Adolf Hitler. Ce qui l’a incité à rompre sa parole et à envahir la Russie à peine deux ans après la signature du Pacte germano-soviétique.

Pourquoi l’armée russe s’est-elle avérée si faible ?

Au cours des années 1930, Joseph Staline était devenu de plus en plus paranoïaque. Par crainte d’un coup d’État, il avait peu à peu ‘éliminé’ tous les généraux compétents pour les remplacer par des gens de moindre envergure, moins capables de le renverser s’ils devaient tenter de le faire.

De plus, chacun d’eux était couplé à un conseiller politique qui servait d’espion et dont le rôle était officiellement de s’assurer de sa pureté idéologique.

À la suite de l’humiliation infligée par la Finlande, Staline changea de politique, promut des stratèges compétents à la tête de son armée et s’engagea dans une course aux armements.

Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump commet la même erreur que Joseph Staline.

Il s’est d’abord entouré de ministres remarquablement incompétents.

En tant que commandant suprême des armées, Donald Trump veut que les dirigeants militaires de son pays n’hésitent pas à mettre en exécution des menaces qui sont clairement des violations du Droit international. Bref, qu’ils soient dépourvus de scrupules.

À cette fin, il a limogé le chef d’état-major des armées, les chefs de la marine, des garde-côtes, de l’Agence de sécurité nationale (NSA), ainsi que de nombreux autres, qui ont été poussés vers la sortie.

Le 3 avril dernier, son ministre de la Guerre a limogé le chef d’état-major de l’armée de terre afin de le remplacer par quelqu’un qui pourra appliquer sa propre vision et celle de Donald Trump.

Au total, à l’occasion de cette purge, une douzaine de militaires de haut niveau ont été poussés vers la sortie.

Tout cela en quinze mois.

À Washington, Donald Trump est devenu aussi puissant que Staline l’était à Moscou. Dans l’armée, personne n’ose le contredire.

Maintenant que des milliers de soldats américains s’apprêtent à envahir le territoire iranien, est-ce que les dirigeants militaires nommés par Trump feront mieux que ceux de Staline au cours de la guerre d’Hiver de 1939 ?

C’est ce que nous verrons…

Références :
Armée américaine: «La plupart des licenciements de hauts gradés concernent des femmes ou des Afro-Américains»
Guerre d’Hiver
Le patron du Pentagone, Pete Hegseth, obtient le départ du chef d’état-major de l’armée de terre

Paru depuis : ‘This is just disarray’: alarm inside Pentagon after Hegseth staff purges (2026-05-03)

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 — 1/2500 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 12 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’Iran et le port du voile

Publié le 5 avril 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

Introduction

Selon la presse occidentale, le pays le plus répressif au monde à l’égard des femmes est l’Iran.

Pourtant, dans les facultés de médecine du pays, 60 % des étudiants sont des femmes et 34 % des enseignants y sont de sexe féminin. Quant aux praticiennes, elles composent 40 % des médecins spécialistes.

Comment expliquer cela ?

Voile et préjugés

Dans les familles musulmanes traditionnelles, on attache une importance démesurée à la virginité des adolescentes.

Pour les pères de famille, une adolescente déflorée souille l’honneur de la famille puisque cette dernière pourra être répudiée par son époux lorsqu’il découvrira qu’on lui a caché la vérité à ce sujet.

Comme dans nos sociétés, un mariage sera annulé si on a caché à un conjoint que sa femme ou que son mari est porteur d’une maladie héréditaire grave.

Oui, je sais, cela n’est pas pareil. Mais en Iran, ce l’est.

Dans les régions rurales et les villages d’Iran, jamais les pères n’accepteraient que leur adolescente parte seule étudier à l’université, puisqu’en cas de perte de virginité, ce serait un déshonneur.

D’autre part, l’immense majorité de la population iranienne est persuadée que le voile islamique protège la virginité des jeunes filles.

La question de savoir si cela est vrai ou non n’a pas d’importance. Ce qui compte, c’est qu’ils y croient.

En conséquence, des centaines de milliers de jeunes Iraniennes font des études supérieures en Iran parce qu’elles portent le voile. Autrement, elles demeureraient à la maison.

Voilà pourquoi on trouve des femmes dans presque tous les secteurs de la société iranienne.

C’est ainsi que le pont Tabiat (pont de la Nature) à Téhéran, inauguré en 2014, a été conçu par l’architecte Leila Araghian, une Iranienne alors âgée de 26 ans.

En somme, dans le contexte particulier de l’Iran, le port du voile est un vecteur d’émancipation féminine au sein des classes populaires, contrairement au cliché entretenu par nos médias.

Toutefois, l’obligation sociale de le porter est perçue comme un facteur d’oppression par une minorité grandissante constituée des femmes occidentalisée du pays.

L’histoire secrète des manifestations iraniennes de 2025-2026

Le tort de la théocratie iranienne est d’encourager la répression brutale des femmes qui protestent contre l’obligation de porter le voile.

Tout comme le coup d’État de Maïdan en 2014 a été le point de départ d’un engrenage qui a mené à la guerre russo-ukrainienne, les manifestations iraniennes de décembre 2025 et de janvier 2026 ont été le préambule à la Troisième Guerre du Golfe.

Le modus opérandi a été le même.

On a d’abord de grandes manifestations populaires en faveur d’une cause noble, suscitées par le biais des médias sociaux. Puis des tireurs d’élite œuvrant pour le compte d’un pays étranger se mêlent à la foule et vont tirer à la fois sur les policiers et sur les manifestants.

Parmi les forces de l’ordre, ils vont faire environ 700 morts. Et ce, afin d’exacerber la violence de la répression policière.

D’autres tireurs vont prendre la foule en souricière afin de l’empêcher de se disperser et d’assombrir le bilan meurtrier des émeutes.

Puis le nombre de morts (estimé à 4 507 personnes) est grossièrement exagéré par les agences de presse occidentales afin de manipuler l’opinion publique et justifier la guerre en préparation.

Selon l’ONG Human Rights Activists News Agency, après un mois de guerre, on en était déjà à 3 519 morts en Iran, dont 1 598 civils.

De la même manière que l’Occident souhaitait un changement de régime au Kremlin qui aurait porté au pouvoir Alexeï Navalny — alors que son taux de popularité n’a jamais dépassé 5 % des intentions de vote en Russie — l’Occident mise maintenant sur Reza Pahlavi, le fils héritier de l’ancien chah d’Iran, que presque personne ne connait dans ce pays.

Comme quoi plus ça change, plus c’est pareil.

Références :
Guerre au Moyen-Orient : les bilans des pertes humaines dans la région
Harcèlement et violences monarchistes visant les dissidents iraniens
Iran Protest Documentation
La place des femmes dans les études de médecine, hier et aujourd’hui
La Révolution islamique a 45 ans : les femmes iraniennes plus brillantes que jamais
L’engrenage ukrainien
Pont Tabiat : une intersection spectaculaire entre nature et architecture à Téhéran
Répression des manifestations en Iran : le G7 menace Téhéran de « mesures restrictives supplémentaires »
Répression des manifestations iraniennes en 2026
Ukraine : l’histoire secrète de la révolution de Maïdan

Paru depuis : How Iranian monarchists have targeted anti-war activists (2026-05-01)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Deux semaines de guerre en Iran

Publié le 14 mars 2026 | Temps de lecture : 1 minute

Depuis 28 février dernier, jour du déclenchement de la guerre israélo-américaine en Iran, nos médias soulignent à quel point les dirigeants iraniens ont été décimés et suggèrent que le potentiel de nuisance de l’Iran a presque complètement disparu.

Ce qui annonce la fin prochaine des opérations. Ce dont je doute, pour des raisons que j’expliquerai en détail dans les jours qui viennent.

D’ici là, j’invite les personnes que le sujet intéresse à prendre connaissance de l’entrevue que le professeur américain Steven Starr accordait plus tôt aujourd’hui au Suisse Pascal Lottaz.

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