Introduction
En raison des conditions climatiques qui règnent dans l’Arctique canadien, ce territoire est le plus improbable théâtre d’une invasion militaire.
En effet, pendant des milliers de kilomètres, les chars d’assaut, l’aviation et les fantassins ennemis perdraient un temps précieux à y affronter un climat hostile à la vie humaine et n’y trouver rien à piller qui justifierait une telle entreprise.
De plus, cette longue traversée à découvert priverait cette attaque de tout effet de surprise et favoriserait l’anéantissement des troupes qui y participeraient.
Bref, l’invasion nordique du Canada n’arrivera pas.
Néanmoins, dans l’éventualité d’une Troisième Guerre mondiale, il est certain que des missiles ennemis traverseraient l’Arctique en vue de détruire des cibles stratégiques situées en climat tempéré, notamment nos barrages hydroélectriques et toutes les cibles liées à l’effort de guerre canadien (dont nos usines de construction aéronautique).
Afin de contrer cette menace, Ottawa serait bien avisé de développer au pays une industrie canadienne d’intercepteurs.
Au lieu de cela, le gouvernement canadien préfère gaspiller nos taxes à doter nos armées d’équipements militaires conventionnels (sous-marins, chasseurs-bombardiers, radars, etc.), très utiles en 1939-1945, mais qui ont une place très limitée dans les guerres du XXIe siècle, basées sur des missiles à longue portée et sur des drones autonomes mus par intelligence artificielle.
La fabrication du consentement
Depuis des années, Ottawa a transformé le Téléjournal de Radio-Canada en organe de propagande de l’Otan. C’est ainsi que les ‘experts’ invités au Téléjournal n’exposent qu’un seul point de vue; la nécessité d’augmenter les dépenses militaires.
Pour ce faire, on frappe l’imagination des auditeurs par la peur.
• La présence menaçante de la Russie en Arctique
La Russie est de plus en plus présente dans l’Arctique. C’est vrai… dans la partie de l’Arctique qui appartient à la Fédération de Russie.
Une partie importante de ce territoire est situé au-delà du cercle polaire. La mise en valeur du territoire national — ce qui est légitime pour n’importe quel pays — entraine inévitablement une présence accrue de ce pays dans l’Arctique russe.
• Les avions russes qui violent notre espace aérien
À l’occasion, la Russie teste la réactivité des défenses nord-américaines en envoyant des avions survoler le territoire polaire du Canada. C’est vrai.
Depuis belle lurette, la Russie joue au chat et à la souris avec le Canada. Et après ?
Au cours de la Troisième guerre du Golfe, les bombardiers américains doivent être ravitaillés en vol parce que la distance entre leurs porte-avions et l’Iran est trop grande. Ce qui signifie qu’aucun modèle actuel d’avion n’a l’autonomie suffisante pour partir de Russie et larguer des bombes au-dessus d’une grande ville canadienne.
Donc le survol du territoire canadien par des avions russes est un problème mineur.
• …et que dire du ‘Péril jaune’ ?
On se rappellera l’épisode rocambolesque des ‘ballons-espions’ chinois qui dérivaient en 2023 au-dessus de l’Amérique du Nord.
La version maritime de ce roman psychotique est en cours; le Canada et les États-Unis surveillent deux brise-glaces qui naviguent en eaux internationales au large de l’Alaska comme le font ces navires chaque été depuis des années.
Conscient du danger, le Canada a déployé la frégate HMCS Ottawa, le brise-glace CCGS Des Groseilliers et les navires de patrouille extracôtiers HMCS Max Bernays et HMCS Robert Hampton Gray, en plus des avions de surveillance de l’armée de l’air. Tout est donc mis en œuvre pour contenir le ‘Péril jaune’…
L’orgie des dépenses militaires
En mars 2026, Ottawa dévoilait un plan de plus de quarante-milliards de dollars destiné à moderniser les infrastructures de défense canadiennes à Yellowknife, à Inuvik, à Iqaluit et à Goose Bay. Et ce, afin de contrebalancer l’intérêt croissant de la Chine et de la Russie dans l’Arctique russe.
À cela s’ajoute l’intention d’Ottawa d’acheter, pour une somme d’environ 90 milliards de dollars, une douzaine de sous-marins nucléaires auprès d’un consortium germano-norvégien. On justifie cette dépense par le besoin de protéger la souveraineté du Canada dans ses eaux territoriales.
Par la suite viendra l’achat de chasseurs-bombardiers.
Conclusion
En tant qu’État pétrolier, le Canada possède un taux d’endettement inférieur à la moyenne des pays de l’OCDE.
Mais cette situation avantageuse est en train de changer.
Depuis l’annexion en 2014 de la Crimée par la Russie — à la demande des Criméens eux-mêmes — l’Otan s’est lancée dans une course aux armements.
L’engagement pris volontairement en 2014 par le Canada de hausser ses dépenses militaires à 2 % de son PIB n’a, dans les faits, été respecté ni par le gouvernement Harper ni par le gouvernement Trudeau.
La cible des pays de l’Otan ayant été haussée à 5 % du PIB sous la pression de Donald Trump, le gouvernement Carney s’est évidemment empressé d’obéir, fidèle à son habitude de ne jamais contredire bien longtemps le locataire de la Maison-Blanche.
Afin d’obtenir le consentement de la population canadienne à cette capitulation, Ottawa se livre à une campagne de peur où jamais ne se pose le problème de l’allocation des ressources de l’État. Comme si celles-ci étaient illimitées.
Références :
Contrat de sous-marins : des offres finales « vraiment plus fortes », dit Ottawa
Hausse des dépenses militaires : la fabrication du consentement
La géopolitique de l’Arctique
Le Canada et les États-Unis surveillent des navires de recherche chinois dans l’Arctique
Ottawa investit 40 G$ pour défendre la souveraineté de l’Arctique «sans l’aide des alliés»
Victoire éclatante des États-Unis dans la Guerre des ballons chinois
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Écrit par Jean-Pierre Martel