Une menace arctique surfaite

Publié le 12 août 2026 | Temps de lecture : 6 minutes

Introduction

En raison des conditions climatiques qui règnent dans l’Arctique canadien, ce territoire est le plus improbable théâtre d’une invasion militaire.

En effet, pendant des milliers de kilomètres, les chars d’assaut, l’aviation et les fantassins ennemis perdraient un temps précieux à y affronter un climat hostile à la vie humaine et n’y trouver rien à piller qui justifierait une telle entreprise.

De plus, cette longue traversée à découvert priverait cette attaque de tout effet de surprise et favoriserait l’anéantissement des troupes qui y participeraient.

Bref, l’invasion nordique du Canada n’arrivera pas.

Néanmoins, dans l’éventualité d’une Troisième Guerre mondiale, il est certain que des missiles ennemis traverseraient l’Arctique en vue de détruire des cibles stratégiques situées en climat tempéré, notamment nos barrages hydroélectriques et toutes les cibles liées à l’effort de guerre canadien (dont nos usines de construction aéronautique).

Afin de contrer cette menace, Ottawa serait bien avisé de développer au pays une industrie canadienne d’intercepteurs.

Au lieu de cela, le gouvernement canadien préfère gaspiller nos taxes à doter nos armées d’équipements militaires conventionnels (sous-marins, chasseurs-bombardiers, radars, etc.), très utiles en 1939-1945, mais qui ont une place très limitée dans les guerres du XXIe siècle, basées sur des missiles à longue portée et sur des drones autonomes mus par intelligence artificielle.

La fabrication du consentement

Depuis des années, Ottawa a transformé le Téléjournal de Radio-Canada en organe de propagande de l’Otan. C’est ainsi que les ‘experts’ invités au Téléjournal n’exposent qu’un seul point de vue; la nécessité d’augmenter les dépenses militaires.

Pour ce faire, on frappe l’imagination des auditeurs par la peur.

La présence menaçante de la Russie en Arctique

La Russie est de plus en plus présente dans l’Arctique. C’est vrai… dans la partie de l’Arctique qui appartient à la Fédération de Russie.

Une partie importante de ce territoire est situé au-delà du cercle polaire. La mise en valeur du territoire national — ce qui est légitime pour n’importe quel pays — entraine inévitablement une présence accrue de ce pays dans l’Arctique russe.

Les avions russes qui violent notre espace aérien

À l’occasion, la Russie teste la réactivité des défenses nord-américaines en envoyant des avions survoler le territoire polaire du Canada. C’est vrai.

Depuis belle lurette, la Russie joue au chat et à la souris avec le Canada. Et après ?

Au cours de la guerre en Iran, les bombardiers américains doivent être ravitaillés en vol parce que la distance entre leurs porte-avions et l’Iran est trop grande. Ce qui signifie qu’aucun modèle actuel d’avion n’a l’autonomie suffisante pour partir de Russie et larguer des bombes au-dessus d’une grande ville canadienne.

Donc le survol du territoire canadien par des avions russes est un problème mineur.

…et que dire du ‘Péril jaune’ ?

On se rappellera l’épisode rocambolesque des ‘ballons-espions’ chinois qui dérivaient en 2023 au-dessus de l’Amérique du Nord.

La version maritime de ce roman psychotique est en cours; le Canada et les États-Unis surveillent deux brise-glaces qui naviguent en eaux internationales au large de l’Alaska comme le font ces navires chaque été depuis des années.

Conscient du danger, le Canada a déployé la frégate HMCS Ottawa, le brise-glace CCGS Des Groseilliers et les navires de patrouille extracôtiers HMCS Max Bernays et HMCS Robert Hampton Gray, en plus des avions de surveillance de l’armée de l’air. Tout est donc mis en œuvre pour contenir le ‘Péril jaune’…

L’orgie des dépenses militaires

En mars 2026, Ottawa dévoilait un plan de plus de quarante-milliards de dollars destiné à moderniser les infrastructures de défense canadiennes à Yellowknife, à Inuvik, à Iqaluit et à Goose Bay. Et ce, afin de contrebalancer l’intérêt croissant de la Chine et de la Russie dans l’Arctique russe.

À cela s’ajoute l’intention d’Ottawa d’acheter, pour une somme d’environ 90 milliards de dollars, une douzaine de sous-marins nucléaires auprès d’un consortium germano-norvégien. On justifie cette dépense par le besoin de protéger la souveraineté du Canada dans ses eaux territoriales.

Par la suite viendra l’achat de chasseurs-bombardiers.

Conclusion

En tant qu’État pétrolier, le Canada possède un taux d’endettement inférieur à la moyenne des pays de l’OCDE.

Mais cette situation avantageuse est en train de changer.

Depuis l’annexion en 2014 de la Crimée par la Russie — à la demande des Criméens eux-mêmes — l’Otan s’est lancée dans une course aux armements.

L’engagement pris volontairement en 2014 par le Canada de hausser ses dépenses militaires à 2 % de son PIB n’a, dans les faits, été respecté ni par le gouvernement Harper ni par le gouvernement Trudeau.

La cible des pays de l’Otan ayant été haussée à 5 % du PIB sous la pression de Donald Trump, le gouvernement Carney s’est évidemment empressé d’obéir, fidèle à son habitude de ne jamais contredire bien longtemps le locataire de la Maison-Blanche.

Afin d’obtenir le consentement de la population canadienne à cette capitulation, Ottawa se livre à une campagne de peur où jamais ne se pose le problème de l’allocation des ressources de l’État. Comme si celles-ci étaient illimitées.

Références :
Contrat de sous-marins : des offres finales « vraiment plus fortes », dit Ottawa
Hausse des dépenses militaires : la fabrication du consentement
La géopolitique de l’Arctique
Le Canada et les États-Unis surveillent des navires de recherche chinois dans l’Arctique
Ottawa investit 40 G$ pour défendre la souveraineté de l’Arctique «sans l’aide des alliés»
Victoire éclatante des États-Unis dans la Guerre des ballons chinois

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La folie guerrière d’Ottawa

Publié le 5 décembre 2025 | Temps de lecture : 5 minutes

Introduction

La décision du Canada de consacrer un certain pourcentage de son PIB à des dépenses militaires est souvent justifiée au nom de ses ‘obligations’ internationales.

En réalité, que ce soit 2 % (en 2014) ou 5 % (de nos jours), ces pourcentages sont des engagements volontaires pris par le Canada à l’Otan. Mais ce ne sont pas des obligations.

C’est ainsi que l’armée de l’Islande — pays de 343 500 habitants et membre de l’Otan depuis 1949 — est forte de 250 soldats et dispose d’un budget militaire proche de 0 % de son PIB.

Jamais un pays n’a été expulsé de l’Alliance atlantique parce qu’il n’en faisait pas assez : on lui fait des reproches lors des sommets de l’Otan et on le gronde sur la place publique. Mais un pays fort, sûr de lui, sait se tenir droit et ignorer les pressions qui s’exercent sur lui.

On apprend aujourd’hui qu’Ottawa a décidé d’acheter pour 3,7 milliards de dollars de bombes aux États-Unis, dont quelques milliers d’ogives haut de gamme.

Ces obus sont compatibles avec l’un et l’autre des modèles de chasseurs-bombardiers dont le Canada espère se doter.

Il existe bien une manufacture d’obus au Québec, à Salaberry-de-Valleyfield. Mais l’annonce d’aujourd’hui ne la concerne pas.

Pour guerroyer à travers le monde

L’administration Trump a décidé de changer le nom de son ministère de la Défense à celui de ‘ministère de la Guerre’. Le Canada devrait en faire autant.

Le Canada est un des très rares endroits au monde qui, par leur situation géographique, sont peu ou pas menacés par le risque d’une invasion étrangère, exception faite d’une improbable invasion américaine.

Ce qui ne veut pas dire que le Canada est immunisé contre des calamités d’une guerre.

C’est ainsi qu’au cours d’une Troisième Guerre mondiale, il est certain que des cibles stratégiques situées au Canada seront bombardées par des missiles intercontinentaux tirés par des pays hostiles (Corée du Nord, Chine ou Russie).

Pour s’en prémunir, le Canada a besoin de missiles antimissiles (ou missiles sol-air).

On ne connait pas en détail la ‘liste d’épicerie’ du ministère de la Défense, mais il ne semble pas que le Canada ait jugé bon s’en doter.

Ce que le Canada cherche à obtenir, c’est plutôt ce dont il aura besoin pour assister les États-Unis dans leurs aventures guerrières à travers le monde. En somme, pour bombarder d’autres pays.

Et, théoriquement, pour nous protéger quand tout le reste du globe aura été conquis et qu’il ne restera plus que le Canada à soumettre.

Dans le cas des bombes américaines que nous achetons, elles pourraient également être données à des pays tiers (comme l’Ukraine)… en espérant qu’elles se rendent au front.

S’armer comme en 1939-1945

Depuis plusieurs décennies, Ottawa s’équipe de capacités militaires dont il a besoin pour mener à l’Étranger des guerres de type insurrectionnel. C’est-à-dire des guerres où le Canada et ses alliés ont préalablement pris le contrôle de l’espace aérien du pays attaqué.

Mais le Canada n’a pas tiré les leçons de la guerre russo-ukrainienne et ne s’est pas demandé de quoi il a besoin pour participer à une guerre moderne.

Ce dont il espère se doter, c’est de l’équipement semblable à celui qu’il a utilisé au cours de la Seconde Guerre mondiale; des chasseurs-bombardiers, des chars d’assaut, des obus, et ainsi de suite.

Au XXIe siècle, acheter cela, c’est l’équivalent d’acheter des sabres pour la cavalerie canadienne.

Conclusion

Le débat autour des achats militaires du Canada esquive une question fondamentale; s’agit-il de la meilleure manière de dépenser l’argent des contribuables ?

En effet, l’achat d’armements est un choix politique. Dans la mesure où les revenus de l’État ne sont pas illimités, notre choix est entre des investissements utiles — écoles, hôpitaux, construction domiciliaire, infrastructures (dont le transport en commun), adaptation aux changements climatiques — ou des dépenses certainement bénéfiques pour nos alliés militaires mais qui ne servent à rien pour nous et qui comportent très peu de retombées économiques.

Références :
Hausse des dépenses militaires : la fabrication du consentement
La dangerosité de la Russie pour un Québec libre
Le Canada achète pour 3,7 milliards $ de bombes aux États-Unis
Munitions et équipement militaire : General Dynamics renforce sa position au Québec

Paru depuis : Saint-Jean-sur-Richelieu fourbit ses armes pour attirer les investissements en défense (2025-12-06)

Compléments de lecture :
Défense: Ottawa veut signer le contrat d’achat des nouveaux sous-marins d’ici juin 2026
Un rapport estime qu’Ottawa devrait opter pour des sous-marins allemands

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Suède : protection militaire vs protection sociale

Publié le 28 septembre 2025 | Temps de lecture : 4 minutes


 
De 2023 à 2024, les dépenses militaires de la Suède sont passées de 8,7 à 12,0 milliards de dollars US, soit une augmentation de 37,5 %.

Ce qui a eu pour effet d’augmenter de deux pour cent la dette publique exprimée en pourcentage du PIB, passant de 31,6 % à 33,5 %.

Ce mois-ci, le premier ministre suédois a annoncé que le budget militaire du pays passerait l’an prochain à 18,7 milliards de dollars US.

Amorcée en 2014, la course aux armements des pays de l’Otan s’est accélérée en 2022 à la suite de l’invasion russe en Ukraine.

Dans les pays européens dont l’endettement est jugée préoccupante par les agences de notation, cette priorité à l’armement les obligent à des cures d’austérité.

Plutôt que de laisser la dette nationale exploser et de forcer les Suédois à des choix difficiles lorsque celle-ci sera devenu insoutenable, la Suède a choisi de poursuivre la rigueur budgétaire qui le caractérise depuis toujours et de sabrer dès maintenant son filet de protection sociale.

Mais comment convaincre le peuple suédois de payer pour des services que l’État leur fournissait gratuitement jusqu’ici ?

Depuis les élections législatives d’octobre 2022, le pays est dirigé par une coalition minoritaire de droite qui, pour survivre, dépend du soutient (sans participation) d’un parti qualifié d’extrême droite (les Démocrates de Suède).

L’argumentaire du gouvernement actuel est simple; le filet de protection sociale de la Suède est trop généreux. Selon lui, les mesures adoptées visent à « réduire les facteurs d’attraction pour les migrants qui souhaitent se rendre en Suède dans le but d’y être pris en charge.»

Sans entrer dans les détails, il est à noter que dans le cas particulier de la Suède, cette rhétorique antimigratoire n’est pas totalement dépourvue de fondement.

Toutefois, c’est un écran de fumée.

Le gouvernement suédois n’a pas l’intention de redonner aux contribuables les sommes économisées sous forme de réductions d’impôts. Au contraire, les économies serviront à financer le seul poste budgétaire à forte croissance; celui du ministère de la Défense.

Les généraux suédois ont raison de dire que dans le cadre d’une guerre entre la Russie et la Suède (trois fois moins peuplé que l’Ukraine), le pays capitulerait en moins d’un mois. Ce qu’ils oublient de dire, c’est qu’une guerre limitée à ces deux pays n’arrivera pas.

Toutefois, dans le cadre d’une Troisième Guerre mondiale, la puissance militaire combinée des pays occidentaux dépasse déjà de plusieurs fois celle de la Russie, malgré la montée en puissance de son industrie de l’armement depuis trois ans.

Donc la paranoïa qui s’est emparée des Suédois à l’occasion du déclenchement de la guerre en Ukraine — et qu’on entretient ces jours-ci par des nouvelles invraisemblables — vise à les déposséder au profit du complexe militaro-médiatique.

Après avoir abandonné sa neutralité militaire, vieille de deux siècles, la Suède est en train de découvrir que le prix de l’adhésion à l’Otan, c’est la liquidation de son filet de protection sociale, devenu trop onéreux.

Références :
Dépenses militaires de la Suède
En Suède, la droite devra composer avec l’extrême droite pour gouverner
Gouvernement Kristersson
La Suède a l’intention d’augmenter à nouveau ses dépenses militaires de 18 % en 2026
La Suède réduit ses aides sociales dans l’espoir de restreindre l’immigration
Le complexe militaro-médiatique
L’immigration modifie le modèle social suédois
Suède

Paru depuis : Pour augmenter leurs dépenses militaires, les pays européens tentés de réduire l’Etat-providence (2025-09-30)

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Écrit par Jean-Pierre Martel