Qu’est-ce que le participe passé ?
Une des formes empruntées par un verbe est le participe passé. Ainsi, le verbe décorer s’écrit décoré au participe passé.
Lorsqu’il est utilisé seul, le verbe au participe se transforme en adjectif. Exemple : ‘Cette chambre est bien décorée.’
Toutefois, précédé du verbe avoir, un verbe au participe passé forme avec lui un temps composé. Exemple : ‘Ils ont décoré ma chambre.’
Cette phrase comprend quatre éléments :
• un sujet (‘Ils…’),
• le verbe avoir au présent (‘…ont…’),
• le verbe décorer au participe passé (‘…décoré…’),
• un complément (‘…ma chambre’).
Même si le verbe avoir est ici exprimé au présent, une fois associé avec n’importe quel verbe au participe passé, les deux forment des temps composés qui, toujours, expriment une action passée.
Cela est vrai même quand le verbe avoir est au futur. Dans la phrase ‘Cette chambre sera décorée avant la fin de l’été’, le verbe avoir a beau être au futur, ce que la phrase dit, c’est que rendu à la fin de l’été, ce sera fait.
D’où le nom ‘participe passé’.
Dans la phrase ‘Ils ont décoré ma chambre’, c’est le verbe décorer (au participe passé) qui exprime l’action alors que le verbe avoir est réduit au rôle d’auxiliaire. Voilà pourquoi on parle d’un verbe au participe passé utilisé avec l’auxiliaire ‘avoir’.
L’accord des verbes au participe passé
Dans la phrase ‘Ils ont décoré ma chambre’, la chambre est le complément du verbe.
Plus précisément, la chambre est le complément d’objet direct (COD) puisque c’est elle, la chambre, qui est l’objet de la décoration. Ils ont décoré quoi ? La chambre.
En général, les verbes au participe passé s’accordent en genre et en nombre avec le COD à la condition que le COD soit placé avant ce verbe. Ce qui n’est pas le cas ici.
Par contre, la phrase ‘La chambre qu’ils ont décorée’ est une autre manière de dire la même chose. Toutefois, dans ce cas-ci, le participe passé est au féminin parce que le COD est placé avant lui.
COD vs COI
C’est la question ‘Qui ?’ ou ‘Quoi ?’ qui permet de déterminer le COD. Si le complément du verbe se trouve en posant la question ‘À qui ?’ ou ‘À quoi ?’ ou ‘De qui ?’ ou ‘De quoi ?’, c’est un complément d’objet indirect (COI).
Voilà pourquoi on écrira ‘Ces deux films nous ont plu’ parce que le verbe plaire, contrairement au verbe séduire, n’a jamais de COD. On peut séduire quelqu’un, mais on plait à quelqu’un. Donc, dans cette phrase, ’nous’ est le complément d’objet indirect (COI). Signalons que les deux films sont le sujet du verbe plaire et non son complément.
On écrira ‘Les rivières ont débordé’ parce qu’on déborde de quelque chose. Ici, les rivières ont débordé de leur lit (sous-entendu).
La règle est donc que le verbe au participe passé, associé avec l’auxiliaire avoir, s’accorde en genre et en nombre avec le COD si ce dernier est placé avant ce verbe. C’est simple.
Malheureusement, cette règle souffre d’une multitude d’exceptions.
Le complément de mesure
Le poids, la longueur, le prix et la durée sont des compléments de mesure (CM).
Le participe passé d’un verbe s’accorde s’il est précédé d’un COD. Mais cela cesse d’être le cas s’il est précédé d’un CM.
Dans la phrase ‘La farine qu’il a pesée’, on conjugue le participe passé du verbe peser parce qu’il est précédé exclusivement d’un COD. Il a pesé quoi ? La farine.
Mais dans la phrase ‘Les deux kilos de farine qu’il a pesé’, on n’accorde pas parce que le participe passé du verbe peser est précédé non seulement d’un COD, mais également un CM.
La question ‘Il a pesé quoi ?’ permet de déterminer que la farine est le COD. Mais la question ‘Il en a pesé combien ?’ permet de déterminer la présence d’un CM (les deux kilos). Voilà pourquoi le participe passé du verbe peser ne s’accorde pas.
De la même manière, on conjuguera le verbe passer dans la phrase ‘Les vacances qu’il a passées en Espagne…’, mais pas dans la phrase ‘Les deux semaines qu’il a passé en Espagne…’.
Ou encore, on conjuguera le participe passé du verbe couter dans la phrase ‘Les regrets que cette perte m’a coutés…’, mais pas dans la phrase ‘Les deux-cents euros que cet achat m’a couté…’.
À remarquer : le participe passé se conjugue dans la phrase ‘La fortune que cet achat m’a coutée…’ car le prix de cet achat (une fortune) est vague; une fortune s’évalue, mais ne se mesure pas.
Les compléments circonstanciels
Dans la phrase ‘Ces cauchemars que j’ai faits’, on accorde le participe passé du verbe faire parce que le COD ‘cauchemars’ est placé avant le verbe.
Au contraire, dans la phrase ‘Cette nuit que j’ai dormi…’, on n’accorde pas. Pourquoi ?
Les cauchemars répondent à la question ‘J’ai fait quoi ?’ Des cauchemars. Mais on dort pendant la nuit; on ne dort pas la nuit elle-même.
Les compléments circonstanciels répondent à des questions comme ‘Où ?’, ‘Quand ?’ et ‘Comment ?’.
Quand le COD est le pronom ‘en’
Un pronom — à ne pas confondre avec un prénom — est un mot qui sert à éviter la répétition d’un autre mot ou d’un groupe de mots.
Dans la phrase ‘J’aime le lait; j’en bois tous les jours’, ‘en’ est un pronom qui évite d’écrire ‘J’aime le lait; je bois du lait tous les jours.’
Lorsque le pronom ‘en’ est le COD d’un verbe au participe passé, celui-ci est invariable.
Exemple : ‘Des photos, je n’en ai pas pris autant depuis longtemps.’
Toutefois, cette exception à la règle générale possède elle-même sa propre exception; c’est quand le pronom ‘en’ est précédé d’un adverbe de quantité (plus, combien, autant, etc.). Alors, on a le choix d’accorder ou non le participe passé.
Exemple : ‘Autant de photos, je n’en avais pas prises (ou je n’en avais pas pris) depuis des années.’
Le cas des verbes impersonnels
Il existe des verbes qui ne s’utilisent qu’à la troisième personne du singulier. Et toujours au genre masculin : pleuvoir, venter, grêler, neiger, falloir, s’agir, se pouvoir, etc. On les appelle ‘verbes impersonnels’.
Seule une partie de ces verbes peuvent être utilisés avec l’auxiliaire avoir. Lorsque c’est le cas, leur participe passé est invariable.
Exemples : ‘Les tonnes d’eau qu’il a plu…’, ‘Les rafales qu’il a venté…’, ‘Les billes de glace qu’il a grêlé…’, ‘La bravoure qu’il a fallu…’.
En temps normal, les verbes faire, avoir et arriver ne sont pas des verbes impersonnels. En effet, on peut écrire ‘Je fais’, ‘Tu fais’, ‘Il fait’, etc.
Toutefois, dans certains contextes, ils se transforment en verbes impersonnels lorsqu’il sont utilisés au participe passé. Ils sont alors toujours invariables. Comme dans les phrases ‘Les orages qu’il a fait au Québec’ ou ‘La famine qu’il y a eu en Éthiopie.’
Dans ce sens, le verbe faire est aussi invariable que lorsqu’il est suivi d’un verbe à l’infinitif.
Tout comme les verbes faire, avoir et arriver, le verbe prendre n’est pas un verbe impersonnel. Mais il peut, lui aussi, s’employer comme tel.
Dans la phrase ‘On ne sait pas quelle idée il lui a pris de…’, on parle ici d’une idée qui est apparue soudainement dans son esprit. Voilà pourquoi le participe passé du verbe prendre est invariable puisque ce verbe est utilisé ici à la manière d’un verbe impersonnel.
Les trois verbes successifs
Dans la phrase ‘Les feuilles que j’ai vues tomber’, on a trois verbes successifs : avoir (au présent), voir (au participe passé) et tomber (à l’infinitif).
Lorsque le participe passé est suivi d’un autre verbe — cette fois à l’infinitif — il ne suffit pas que le COD soit placé avant le verbe, une nouvelle exigence s’ajoute; il faut que le COD participe à l’action exprimée par le verbe à l’infinitif. Ici, ce sont les feuilles qui tombent. Donc, on accorde.
Par contre, si on écrit ‘Les feuilles mortes que j’ai vu ramasser’, on n’accordera pas le participe passé du verbe voir parce que les feuilles se laissent passivement ramasser.
On accorderait si on écrivait ‘Les jardiniers que j’ai vus ramasser les feuilles’. J’ai vu quoi ? Les jardiniers. On accorde parce que ce sont eux qui font l’action du verbe à l’infinitif, soit de ramasser les feuilles.
Voilà pourquoi on accorde le participe passé dans la phrase ‘La pianiste que j’ai entendue jouer’ alors qu’on n’accorde pas dans la phrase ‘La symphonie que j’ai entendu jouer’.
Cette règle souffre d’une exception; quand c’est le verbe faire ou le verbe laisser qui est au participe passé avec l’auxiliaire avoir.
Dans le premier cas, le verbe faire est toujours invariable, même quand le COD participe à l’action.
Exemple : ‘Les soupçons qu’il a fait naitre.’ Dans cette phrase, qui font l’action de naitre ? Les soupçons. Ces derniers sont le COD. Pourtant on n’accorde pas parce que ‘faire’ est le verbe au participe passé.
De la même manière, on n’accorde jamais le verbe ‘se faire’ lorsqu’il est suivi d’un infinitif. ‘Elle s’est fait attraper…:
Dans le cas du verbe laisser, les grammairiens ne s’entendent pas. Donc on accorde ou pas, selon sa préférence.
On écrira : ‘L’eau que j’ai laissé (ou laissée) couler…’ parce que c’est le verbe laisser qui est au participe passé.
Il arrive que le complément se rapporte au verbe à l’infinitif, et non à celui au participe passé. Dans ce cas, ce dernier est invariable.
Dans la phrase ‘Les pays qu’il a eu à traverser…’, les pays sont le COD du verbe traverser et non du verbe avoir. Conséquemment, ce dernier est invariable parce que dépourvu de COD.
Autre exemple de COD se rapportant à un verbe à l’infinitif : ‘La convention qu’on m’a demandé de rédiger’. Dans cette phrase, la convention est le COD du verbe à l’infinitif. Je dois rédiger quoi ? La convention. Mais ce qu’on m’a demandé, ce n’est pas la convention, mais l’acte de la rédiger, placé implicitement après le verbe au participe passé. Donc, on n’accorde pas celui-ci.
Si le verbe au participe passé n’était pas suivi d’un verbe à l’infinitif, on pourrait écrire ‘Les documents qu’on m’a demandés…’. On m’a demandé quoi ? Les documents.
Dans cette phrase, l’ajout de n’importe quel verbe à l’infinitif — Exemple : ‘Les documents qu’on m’a demandé de bruler…’— entraine qu’on n’accorde pas le verbe demander au participe passé.
Conclusion
Le correcteur orthographique Antidote — si compétent à signaleur la moindre faute de français — jette l’éponge dans la moitié des cas où on lui demande d’analyser les accords du participe passé avec l’auxiliaire avoir.
Il affiche alors le message ‘Accord à vérifier’. Ce qui signifie ‘Débrouillez-vous sans moi’.
La bonne nouvelle est que la complexité de l’accord du participe passé avec l’auxiliaire avoir touche à sa fin.
Proposée depuis 2014, la Réforme des participes passés a recueilli depuis une décennie l’appui des Associations québécoise et belge des professeurs de français, du Groupe québécois pour la modernisation de la norme du français, du Conseil scientifique de l’éducation nationale du ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse en France et d’Études pour une rationalisation de l’orthographe française d’aujourd’hui.
Jusqu’ici, cette réforme était connue des spécialistes, mais très peu du grand public. Toutefois, l’édition 2026 du Bescherelle — l’édition québécoise et non l’édition française — présente cette réforme en page 159.
Sa règle est simple : le participe passé est invariable lorsqu’il est utilisé avec l’auxiliaire avoir. Fini les exceptions et les exceptions aux exceptions.
Depuis plusieurs années, ce blogue applique l’Orthographe rectifiée de 1990 et la plupart des procédés de l’Écriture inclusive (sauf l’écriture woke).
Sans attendre que l’Académie française adopte la Réforme des participes passés, les textes publiés sur ce blogue l’appliqueront intégralement à partir d’aujourd’hui.
Références :
Le bannissement partiel de l’écriture inclusive sur ce blogue
Le «Bescherelle» québécois reconnaît la réforme du participe passé
L’écriture inclusive
Rectifications orthographiques du français en 1990