Guide complet de l’accord du participe passé avec le verbe avoir

Publié le 7 juillet 2026 | Temps de lecture : 13 minutes

Qu’est-ce que le participe passé ?

Une des formes empruntées par un verbe est le participe passé. Ainsi, le verbe décorer s’écrit décoré au participe passé.

Lorsqu’il est utilisé seul, le verbe au participe se transforme en adjectif. Exemple : ‘Cette chambre est bien décorée.’

Toutefois, précédé du verbe avoir, un verbe au participe passé forme avec lui un temps composé. Exemple : ‘Ils ont décoré ma chambre.’

Cette phrase comprend quatre éléments :
• un sujet (‘Ils…’),
• le verbe avoir au présent (‘…ont…’),
• le verbe décorer au participe passé (‘…décoré…’),
• un complément (‘…ma chambre’).

Même si le verbe avoir est ici exprimé au présent, une fois associé avec n’importe quel verbe au participe passé, les deux forment des temps composés qui, toujours, expriment une action passée.

Cela est vrai même quand le verbe avoir est au futur. Dans la phrase ‘Cette chambre sera décorée avant la fin de l’été’, le verbe avoir a beau être au futur, ce que la phrase dit, c’est que rendu à la fin de l’été, ce sera fait.

D’où le nom ‘participe passé’.

Dans la phrase ‘Ils ont décoré ma chambre’, c’est le verbe décorer (au participe passé) qui exprime l’action alors que le verbe avoir est réduit au rôle d’auxiliaire. Voilà pourquoi on parle d’un verbe au participe passé utilisé avec l’auxiliaire ‘avoir’.

L’accord des verbes au participe passé

Dans la phrase ‘Ils ont décoré ma chambre’, la chambre est le complément du verbe.

Plus précisément, la chambre est le complément d’objet direct (COD) puisque c’est elle, la chambre, qui est l’objet de la décoration. Ils ont décoré quoi ? La chambre.

En général, les verbes au participe passé s’accordent en genre et en nombre avec le COD à la condition que le COD soit placé avant ce verbe. Ce qui n’est pas le cas ici.

Par contre, la phrase ‘La chambre qu’ils ont décorée’ est une autre manière de dire la même chose. Toutefois, dans ce cas-ci, le participe passé est au féminin parce que le COD est placé avant lui.

La règle de l’antériorité du COD fait en sorte que dans la phrase ‘L’éleveur a lavé ses brebis après les avoir tondues’, on accorde le verbe tondre au participe passé, mais pas le verbe laver.

COD vs COI

C’est la question ‘Qui ?’ ou ‘Quoi ?’ qui permet de déterminer le COD. Si le complément du verbe se trouve en posant la question ‘À qui ?’ ou ‘À quoi ?’ ou ‘De qui ?’ ou ‘De quoi ?’, c’est un complément d’objet indirect (COI).

Voilà pourquoi on écrira ‘Ces deux films nous ont plu’ parce que le verbe plaire, contrairement au verbe séduire, n’a jamais de COD. On peut séduire quelqu’un, mais on plait à quelqu’un. Donc, dans cette phrase, ’nous’ est le complément d’objet indirect (COI). Signalons que les deux films sont le sujet du verbe plaire et non son complément.

On écrira ‘Les rivières ont débordé’ parce qu’on déborde de quelque chose. Ici, les rivières ont débordé de leur lit (sous-entendu).

La règle est donc que le verbe au participe passé, associé avec l’auxiliaire avoir, s’accorde en genre et en nombre avec le COD si ce dernier est placé avant ce verbe. C’est simple.

Malheureusement, cette règle souffre d’une multitude d’exceptions.

Le complément de mesure

Le poids, la longueur, le prix et la durée sont des compléments de mesure (CM).

Le participe passé d’un verbe s’accorde s’il est précédé d’un COD. Mais cela cesse d’être le cas s’il est précédé d’un CM.

Dans la phrase ‘La farine qu’il a pesée’, on conjugue le participe passé du verbe peser parce qu’il est précédé exclusivement d’un COD. Il a pesé quoi ? La farine.

Mais dans la phrase ‘Les deux kilos de farine qu’il a pesé’, on n’accorde pas parce que le participe passé du verbe peser est précédé non seulement d’un COD, mais également un CM.

La question ‘Il a pesé quoi ?’ permet de déterminer que la farine est le COD. Mais la question ‘Il en a pesé combien ?’ permet de déterminer la présence d’un CM (les deux kilos). Voilà pourquoi le participe passé du verbe peser ne s’accorde pas.

De la même manière, on conjuguera le verbe passer dans la phrase ‘Les vacances qu’il a passées en Espagne…’, mais pas dans la phrase ‘Les deux semaines qu’il a passé en Espagne…’.

Ou encore, on conjuguera le participe passé du verbe couter dans la phrase ‘Les regrets que cette perte m’a coutés…’, mais pas dans la phrase ‘Les deux-cents euros que cet achat m’a couté…’.

À remarquer : le participe passé se conjugue dans la phrase ‘La fortune que cet achat m’a coutée…’ car le prix de cet achat (une fortune) est vague; une fortune s’évalue, mais ne se mesure pas.

Les compléments circonstanciels

Dans la phrase ‘Ces cauchemars que j’ai faits’, on accorde le participe passé du verbe faire parce que le COD ‘cauchemars’ est placé avant le verbe.

Au contraire, dans la phrase ‘Cette nuit que j’ai dormi…’, on n’accorde pas. Pourquoi ?

Les cauchemars répondent à la question ‘J’ai fait quoi ?’ Des cauchemars. Mais on dort pendant la nuit; on ne dort pas la nuit elle-même.

Les compléments circonstanciels répondent à des questions comme ‘Où ?’, ‘Quand ?’ et ‘Comment ?’.

Quand le COD est le pronom ‘en’

Un pronom — à ne pas confondre avec un prénom — est un mot qui sert à éviter la répétition d’un autre mot ou d’un groupe de mots.

Dans la phrase ‘J’aime le lait; j’en bois tous les jours’, ‘en’ est un pronom qui évite d’écrire ‘J’aime le lait; je bois du lait tous les jours.’

Lorsque le pronom ‘en’ est le COD d’un verbe au participe passé, celui-ci est invariable.

Exemple : ‘Des photos, je n’en ai pas pris autant depuis longtemps.’

Toutefois, cette exception à la règle générale possède elle-même sa propre exception; c’est quand le pronom ‘en’ est précédé d’un adverbe de quantité : plus, combien, autant, etc. Alors, on a le choix d’accorder ou non le participe passé.

Exemple : ‘Autant de photos, je n’en avais pas prises (ou je n’en avais pas pris) depuis des années.’

Ce qui est vrai pour le pronom ‘en’ l’est également pour les autres pronoms.

Ce qui est parfois trompeur. Dans la phrase ‘Elles l’ont cherchée longtemps, leur balle’, on accorde le participé passé même si son COD apparent (leur balle) est placé après le verbe. En réalité, le véritable COD du verbe chercher est le pronom ‘l’ apostrophe (mis pour leur balle) placé avant le verbe. D’où l’accord.

Le cas des verbes impersonnels

Il existe des verbes qui ne s’utilisent qu’à la troisième personne du singulier. Et toujours au genre masculin : pleuvoir, venter, grêler, neiger, falloir, s’agir, se pouvoir, etc. On les appelle ‘verbes impersonnels’.

Seule une partie de ces verbes peuvent être utilisés avec l’auxiliaire avoir. Lorsque c’est le cas, leur participe passé est invariable.

Exemples : ‘Les tonnes d’eau qu’il a plu…’, ‘Les rafales qu’il a venté…’, ‘Les billes de glace qu’il a grêlé…’, ‘La bravoure qu’il a fallu…’.

En temps normal, les verbes faire, avoir et arriver ne sont pas des verbes impersonnels. En effet, on peut écrire ‘Je fais’, ‘Tu fais’, ‘Il fait’, etc.

Toutefois, dans certains contextes, ils se transforment en verbes impersonnels lorsqu’il sont utilisés au participe passé. Ils sont alors toujours invariables. Comme dans les phrases ‘Les orages qu’il a fait au Québec’ ou ‘La famine qu’il y a eu en Éthiopie.’

Dans ce sens, le verbe faire est aussi invariable que lorsqu’il est suivi d’un verbe à l’infinitif.

Tout comme les verbes faire, avoir et arriver, le verbe prendre n’est pas un verbe impersonnel. Mais il peut, lui aussi, s’employer comme tel.

Dans la phrase ‘On ne sait pas quelle idée il lui a pris de…’, on parle ici d’une idée qui est apparue soudainement dans son esprit. Voilà pourquoi le participe passé du verbe prendre est invariable puisque ce verbe est utilisé ici à la manière d’un verbe impersonnel.

Les trois verbes successifs

Dans la phrase ‘Les feuilles que j’ai vues tomber’, on a trois verbes successifs : avoir (au présent), voir (au participe passé) et tomber (à l’infinitif).

Lorsque le participe passé est suivi d’un autre verbe — cette fois à l’infinitif — il ne suffit pas que le COD soit placé avant le verbe, une nouvelle exigence s’ajoute; il faut que le COD participe à l’action exprimée par le verbe à l’infinitif. Ici, ce sont les feuilles qui tombent. Donc, on accorde.

Par contre, si on écrit ‘Les feuilles mortes que j’ai vu ramasser’, on n’accordera pas le participe passé du verbe voir parce que les feuilles se laissent passivement ramasser.

On accorderait si on écrivait ‘Les jardiniers que j’ai vus ramasser les feuilles’. J’ai vu quoi ? Les jardiniers. On accorde parce que ce sont eux qui font l’action du verbe à l’infinitif, soit de ramasser les feuilles.

Voilà pourquoi on accorde le participe passé dans la phrase ‘La pianiste que j’ai entendue jouer’ alors qu’on n’accorde pas dans la phrase ‘La symphonie que j’ai entendu jouer’.

Cette règle souffre d’une exception; quand c’est le verbe faire ou le verbe laisser qui est au participe passé avec l’auxiliaire avoir.

Dans le premier cas, le verbe faire est toujours invariable, même quand le COD participe à l’action.

Exemple : ‘Les soupçons qu’il a fait naitre.’ Dans cette phrase, qui font l’action de naitre ? Les soupçons. Ces derniers sont le COD. Pourtant on n’accorde pas parce que ‘faire’ est le verbe au participe passé.

De la même manière, on n’accorde jamais le verbe ‘se faire’ lorsqu’il est suivi d’un infinitif. ‘Elle s’est fait attraper…:

Dans le cas du verbe laisser, les grammairiens ne s’entendent pas. Donc on accorde ou pas, selon sa préférence.

On écrira : ‘L’eau que j’ai laissé (ou laissée) couler…’ parce que c’est le verbe laisser qui est au participe passé.

Il arrive que le complément se rapporte au verbe à l’infinitif, et non à celui au participe passé. Dans ce cas, ce dernier est invariable.

Dans la phrase ‘Les pays qu’il a eu à traverser…’, les pays sont le COD du verbe traverser et non du verbe avoir. Conséquemment, ce dernier est invariable parce que dépourvu de COD.

Autre exemple de COD se rapportant à un verbe à l’infinitif : ‘La convention qu’on m’a demandé de rédiger’. Dans cette phrase, la convention est le COD du verbe à l’infinitif. Je dois rédiger quoi ? La convention. Mais ce qu’on m’a demandé, ce n’est pas la convention, mais l’acte de la rédiger, placé implicitement après le verbe au participe passé. Donc, on n’accorde pas celui-ci.

Si le verbe au participe passé n’était pas suivi d’un verbe à l’infinitif, on pourrait écrire ‘Les documents qu’on m’a demandés…’. On m’a demandé quoi ? Les documents.

Dans cette phrase, l’ajout de n’importe quel verbe à l’infinitif — Exemple : ‘Les documents qu’on m’a demandé de bruler…’— entraine qu’on n’accorde pas le verbe demander au participe passé.

Conclusion

Le correcteur orthographique Antidote — si compétent à signaleur la moindre faute de français — jette l’éponge dans la moitié des cas où on lui demande d’analyser les accords du participe passé avec l’auxiliaire avoir.

Il affiche alors le message ‘Accord à vérifier’. Ce qui signifie ‘Débrouillez-vous sans moi’.

Au fil des décennies, les grammairiens ont multiplié à l’infini les nuances qui justifient les dérogations à la règle générale quant à l’accord du participe passé.

Par exemple, dans sa rubrique au sujet des compléments de quantité, Wikipédia distingue les verbes qu’on peut, par ailleurs, utiliser avec le verbe être.

C’est ainsi que cette encyclopédie suggère d’accorder le verbe investir au participe passé — ’Les deux millions qu’il a investis…’— parce qu’on peut écrire ‘Les deux millions sont investis pour ça.’

Par contre, il suggère de ne pas accorder le verbe couter — ’Les vingt francs que ça m’a couté…’— parce qu’on ne peut pas écrire ‘Les vingt francs sont couté pour ça.

Au final, l’accord du participe passé utilisé avec l’auxiliaire avoir est d’une complexité excessive.

La bonne nouvelle est que cette complexité touche à sa fin.

Proposée depuis 2014, la Réforme des participes passés a recueilli depuis une décennie l’appui des associations de professeurs de français au Québec et en Belgique, du Groupe québécois pour la modernisation de la norme du français, du Conseil scientifique de l’éducation nationale du ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse en France et d’Études pour une rationalisation de l’orthographe française d’aujourd’hui.

Jusqu’ici, cette réforme était connue des spécialistes, mais très peu du grand public. Toutefois, l’édition 2026 du Bescherelle — l’édition québécoise et non l’édition française — présente cette réforme en page 159.

Sa règle est simple : le participe passé est invariable lorsqu’il est utilisé avec l’auxiliaire avoir. Fini les exceptions et les exceptions aux exceptions.

Depuis plusieurs années, ce blogue applique l’Orthographe rectifiée de 1990 et la plupart des procédés de l’Écriture inclusive (sauf l’écriture woke).

Sans attendre que l’Académie française adopte la Réforme des participes passés, les textes publiés sur ce blogue l’appliqueront intégralement à partir d’aujourd’hui.

Références :
Accord du participe passé en français
Le bannissement partiel de l’écriture inclusive sur ce blogue
Le «Bescherelle» québécois reconnaît la réforme du participe passé
L’écriture inclusive
Rectifications orthographiques du français en 1990

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Non, la CAQ n’a pas banni l’écriture inclusive

Publié le 25 septembre 2025 | Temps de lecture : 3 minutes

Ce que la CAQ interdit, c’est l’utilisation de l’écriture woke. Cette interdiction s’adresse aux fonctionnaires, aux employés des sociétés d’État, aux organismes publics et aux municipalités.

L’écriture inclusive est un ensemble de procédés. Prenons l’exemple de la ‘double flexion’.

Lorsqu’on écrit qu’un texte s’adresse à celles et ceux qui sont intéressés par un sujet, cette utilisation conjointe du féminin (celles) et du masculin (ceux), est de la double flexion.

Ce procédé évite d’utiliser le masculin générique comme le fait le premier paragraphe du présent texte, où le mot ‘employés’ désigne indistinctement les employés féminins et masculins.

Le nom Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec est un exemple de double flexion et conséquemment, c’est de l’écriture inclusive.

Lorsqu’on parle de la Charte des droits de la Personne alors qu’en réalité le titre officiel de cette charte onusienne est la Charte des droits de l’Homme, ce refus d’utiliser le mot ‘Homme’ pour désigner l’ensemble des êtres humains, peu importe leur sexe, c’est également de l’écriture inclusive.

Et ainsi de suite.

Le plus ostentatoire des procédés d’écriture inclusive est l’écriture woke. Et justement parce qu’il est le plus bling-bling, il est utilisé par toutes celles et ceux qui veulent crier haut et fort : « Voyez comme je suis féministe »… y compris par des entreprises commerciales qui, en raison de leur nature, n’ont rien d’inclusif.

C’est donc l’écriture woke que la CAQ a banni, cinq ans après qu’il le fut sur ce blogue, le 19 mai 2020.

Voici quelques exemples d’écriture woke bannis par la CAQ :
iel à la place des pronoms il ou elle pour désigner une personne à la troisième personne du singulier. Exemple : « Iel doit respecter le règlement.»
celleux à la place de celles et ceux.
froeur pour éviter de choisir entre frère et sœur pour parler d’une personne dite non binaire qui pourrait être insultée d’être désignée par son sexe biologique.
toustes à la place de tous et toutes. Il est à noter que dans ce procédé qui se veut féministe, le masculin a presque toujours préséance (sauf celleux) sur le féminin, placé en second.
Les bâtisseur·euse·s culturel·le·s montréalais·e·s’. Là encore, les préfixes masculins ‘bâtisseur’, ‘culturel’ et ‘montréalais’ ont préséance sur les suffixes ‘euse’, ‘le’ et ‘e’ qui symbolisent minimalement la place des femmes, semble-t-il.

Bref, ce que la CAQ interdit, ce sont uniquement les procédés d’écriture inclusive qui nuisent à la lisibilité du français. Tous les autres, parfaitement compatibles avec notre langue, sont permis.

Références :
Gestion punitive de l’itinérance durant la pandémie (exemple)
Le bannissement partiel de l’écriture inclusive sur ce blogue
L’écriture inclusive
L’écriture woke et la lisibilité du français
Rédaction inclusive: le gouvernement Legault interdira les «iel» et les «toustes» dans les communications de l’État

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’extraordinaire simplicité du français moderne : l’exemple de ‘Du coup’

Publié le 27 mars 2025 | Temps de lecture : 0 minutes

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le pronom ‘madame’ est-il sexiste ?

Publié le 7 mars 2024 | Temps de lecture : 2 minutes

Lors de la rédaction du texte publié hier sur ce blogue, j’ai appris qu’une experte en sécurité nationale (Stephanie Carvin) déteste, au point de se mettre en colère, lorsqu’on utilise le pronom ‘madame’ pour la désigner.

On aurait pu penser que c’est parce que cette personne possède une identité de genre masculine. Or les photos d’elle sur l’internet montrent que ce n’est pas le cas.

Une deuxième explication pourrait être culturelle. Puisque Stephanie Carvin écrit son prénom sans accent — contrairement à ce que j’ai écrit originellement hier — présumons qu’elle est anglophone.

Or il est courant chez les Anglophones de s’appeler entre eux par leurs prénoms. Même lorsqu’ils ne se connaissent pas. Pour nous, Francophones, cette fausse familiarité nous apparait vulgaire. Mais pas à leurs yeux. Donc, il est possible que Stephanie Carvin tienne mordicus à ce qu’on l’appelle ‘Stephanie’.

Une troisième explication est qu’elle aurait vu le film ‘Madame Claude’ sur Netflix et s’imagine qu’en français, le pronom ‘madame’ désigne la propriétaire d’un bordel. Ce qui est inexact.

Une dernière hypothèse est qu’elle partage le préjugé largement répandu selon lequel ce pronom est sexiste parce qu’il fait référence à l’état civil alors que le pronom ‘monsieur’ ne le fait pas.

Voyons ce qui en est.

Il suffit de consulter un dictionnaire pour réaliser que le pronom ‘madame’ possède plusieurs sens.

Il peut, en effet, servir à désigner une femme mariée. Mais il peut aussi désigner toute personne de sexe féminin au-delà de l’adolescence. Ce peut être également un titre donné à une femme adulte, mariée ou non, appartenant à la noblesse ou exerçant une fonction (madame l’Inspectrice). Etc.

C’est pareil pour le pronom ‘monsieur’. Il désigne une personne adulte de sexe masculin. Tout comme, en résumé, ‘madame’ désigne une personne adulte de sexe féminin.

Seul, le pronom ‘mademoiselle’ indique réellement l’état civil. Il désigne généralement une personne célibataire, de sexe féminin, peu importe son âge. Dans la mesure où ce pronom n’a pas d’équivalent masculin, on peut le considérer comme sexiste.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La cervelle inclusive

Publié le 18 février 2024 | Temps de lecture : 4 minutes

Le site de Radio-Canada publie aujourd’hui le texte ‘L’écriture inclusive sous la loupe de la science’ dont l’ambition est de présenter de manière factuelle les effets de l’écriture inclusive sur le cerveau.

Le texte soutient vaguement qu’en français, la règle selon laquelle le genre masculin l’emporte sur le genre féminin entraine des effets ‘cognitifs’.

Il est indéniable qu’en parlant constamment des camionneurs au masculin, on contribue au préjugé selon lequel il s’agit d’un métier d’hommes.

Toutefois, pour affirmer que l’écriture inclusive pallierait ce préjugé, il faut prouver, par exemple, que dans les pays anglophones (où la suprématie grammaticale du genre masculin n’existe pas), plus de femmes y font ce choix de carrière qu’au Québec. Malheureusement, cette preuve n’existe pas.


 
La majorité des gens parcourent un texte en le faisant lire silencieusement par leur petite voix intérieure. Conséquemment, certains procédés de l’écriture inclusive — exemples : les camionneur.euse.s ou les auteur.trice.s — nuisent à la lisibilité du français.

Si tous les manuels scolaires utilisaient ce procédé d’écriture, la réussite scolaire chuterait.

Il ne faut pas exagérer le pouvoir de la grammaire. Entre la représentation physique de la personne type qui exerce un métier et la manière d’écrire collectivement ses praticiens, il est probable que l’influence du cliché visuel l’emporte largement sur l’influence de l’écrit.

En conclusion, si on l’avait appelé autrement, l’écriture inclusive aurait rencontré beaucoup moins de succès. Mais à une époque où il est bon de paraitre bienveillant, l’écriture inclusive permet au loup de se présenter sous la toison de la brebis.

Complément de lecture : L’écriture inclusive

Postscriptum du 20 février 2024 : À la suite des commentaires très pertinents de madame Marsolais, je me rends compte que j’ai manqué de clarté au sujet de ma position au sujet de l’écriture inclusive.

Celle-ci est composée de différents procédés d’écriture auxquels j’adhère sauf quant au plus ostentatoire d’entre eux, soit l’écriture woke (ex.: ‘Les bâtisseur·euse·s culturel·le·s montréalais·e·s’).

Or c’est précisément sur ce procédé (le plus controversé) que l’article paru sur le site de Radio-Canada a le plus insisté comme exemple modèle d’écriture inclusive.

Dans une émission qui se voulait la synthèse scientifique des études à ce sujet, comment a-t-on pu passer sous silence l’effet de l’écriture woke sur la lisibilité du français.

La sociologie est une science molle. Ce qui signifie que les études effectuées dans cette discipline n’ont pas la rigueur d’une expérience de chimie ou de physique qui, répétée par d’autres chercheurs, donne toujours les mêmes résultats.

Prenant fait et cause pour les travaux du professeur Gygax, l’émission prétend que l’emploi de l’écriture inclusive est nécessaire afin d’éviter des biais cognitifs, notamment « l’activation de la représentation androcentrique du monde par le cerveau.»

Jamais une étude scientifique rigoureuse n’a mis en évidence l’existence, au niveau du cerveau, d’un centre de la représentation androcentrique du monde dont l’activation (sic) conduirait à des problèmes cognitifs.

Bref, les travaux du professeur Gyrax n’ont aucune valeur scientifique. C’est de la fumisterie.

Ceci étant dit, peut-on comprendre le découragement du néoQuébécois confronté aux textes écrits de la sorte, lui qui aimerait apprendre le français, mais dont tout l’entourage répète que l’anglais est tellement plus facile à apprendre ?

Si on craint pour la pérennité du français au Québec, il faudrait cesser de creuser notre propre tombe. Ce n’est pas l’écriture woke seule qui y parviendra, mais c’est une pelleté de terre de trop.

Complément de lecture : L’écriture woke et la lisibilité du français

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’écriture woke et la lisibilité du français

Publié le 12 juillet 2022 | Temps de lecture : 2 minutes


 
À la lecture d’un manuel scolaire écrit en woke (comme ci-dessus), pouvez-vous imaginer la difficulté de l’écolier à qui le professeur demanderait d’en faire la lecture à voix haute ?

Pouvez-vous comprendre le découragement du néoQuébécois confronté aux textes écrits de la sorte, lui qui aimerait apprendre le français, mais dont tout l’entourage répète que l’anglais est tellement plus facile à apprendre ?

L’écriture woke est à la mode. C’est le plus ostentatoire des procédés d’écriture regroupés sous le nom d’écriture inclusive.

Justement parce qu’elle donne l’air (parait-il) inclusif, les publicistes de la Banque Nationale ont choisi d’écrire cette publicité de cette manière.

Mais cette banque, est-elle aussi inclusive qu’elle voudrait nous le faire croire ?

D’un côté, de nombreuses personnes ‘issues de la diversité’ composent son personnel d’entretien, c’est-à-dire ceux qui vident ses corbeilles et qui nettoient ses chiottes. De plus, on peut observer un grand nombre de préposés de toutes les carnations possibles aux comptoirs de ses succursales.

Mais tout cela, c’est au bas de l’échelle. Qu’en est-il des postes décisionnels, des postes vraiment payants ?

Malheureusement, ça se gâte…

Le Conseil d’administration de la Banque Nationale est composé de 15 personnes, soit 6 femmes et 9 hommes.

On n’y compte qu’une seule personne dont la peau est très pigmentée (Macky Tall). Aucune personne aux traits asiatiques. Aucun Latino-américain. Aucun Autochtone. Aucun transsexuel (quelle horreur !). Etc.

Alors que le gouvernement du Québec dépense des sommes importantes pour lutter contre l’anglicisation de Montréal, voilà que ce club sélect composé presque exclusivement de ‘Blancs’ de bonne famille s’efforce de compliquer l’apprentissage de notre langue.

Références :
L’écriture inclusive
Membres du Conseil d’administration de la Banque Nationale

Parus depuis :
L’autre «grand remplacement» (2022-10-07)
Une murale en hommage à Yannick Nézet Séguin (2022-10-16)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’origine de l’expression : s’en laver les mains

Publié le 18 avril 2022 | Temps de lecture : 3 minutes
Ecce Homo (1871), d’Antonio Ciseri

Introduction

Ponce Pilate était le représentant plénipotentiaire de Rome en Judée à l’époque où celle-ci était une colonie romaine.

C’est devant lui qu’on amena Jésus de Nazareth afin qu’il le juge.

Selon trois des quatre évangélistes, on l’accuse d’avoir provoqué une émeute à proximité du Temple de Jérusalem, émeute au cours de laquelle de nombreux étals de marchands furent renversés.

Les vendeurs du Temple

À l’époque, beaucoup de pèlerins venaient au Temple dans le but d’offrir un animal en sacrifice.

Mais certains d’entre eux trouvaient plus pratique de l’acheter sur place que de l’apporter de chez eux. De plus, tout animal qui tombait malade en cours de route était jugé impropre au sacrifice.

Or justement, certains marchands offraient de petits animaux en parfaite santé, prêts à être utilisés.

D’autre part, au Temple de Jérusalem, les offrandes en espèces ne pouvaient pas inclure de la monnaie romaine, celle qui avait cours légal en Judée.

Pourquoi ? Parce qu’elle était frappée à l’effigie de l’empereur de Rome. Aucune pièce de monnaie à la gloire d’un monarque n’était acceptée.

Certains des marchands étaient des agents de change permettant de se procurer des pièces d’or ou d’argent respectueuses de la rectitude religieuse.

D’autres étals offraient tout simplement des breuvages et des collations aux passants.

Bref, ces marchands et le Temple vivaient en parfaite symbiose.

N’étant pas familiarisé avec les us et coutumes de la capitale, Jésus avait été scandalisé par cette bruyante foire commerciale, irrespectueuse du caractère sacré des lieux.

Après sa violente colère (qui avait incité ses fidèles à l’émeute), les grands prêtres du Temple se sont empressés d’arrêter ce fauteur de troubles.

Mais n’ayant pas le pouvoir de le mettre définitivement hors d’état de nuire, ils référèrent Jésus à Ponce Pilate, seul autorisé à imposer la peine de mort.

Une ruse qui échoue

L’interrogatoire devant Ponce Pilate ne s’étant pas révélé concluant, ce dernier décide d’utiliser une ruse plutôt que d’innocenter Jésus et ainsi provoquer la contrariété des autorités religieuses qui insistent pour qu’il le condamne.

La coutume voulait qu’à Pâque, on gracie un prisonnier. Il offre donc à la foule réunie devant son palais de gracier soit Jésus ou Barabbas (un accusé de meurtre). D’avance, Ponce Pilate est persuadé du résultat.

Mais cette foule est celle réunie par les autorités religieuses. Elle comprend de nombreux marchands qui ont subi d’importantes pertes à l’occasion de cette émeute.

À la grande surprise du procureur romain, la foule réclame que Barabbas soit gracié et que Jésus périsse.

Surpris et dégouté par la réaction de la foule, Ponce Pilate décide malgré lui de livrer Jésus au supplice de la croix tout en se lavant publiquement les mains afin de symboliser qu’il se dégage de toute responsabilité dans cette décision qu’il prend à contrecœur.

Voilà l’origine de cette expression.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le verbe caviarder

Publié le 7 mars 2022 | Temps de lecture : 2 minutes

Lorsque le journaliste Thomas Gerbet de Radio-Canada a invoqué la loi d’accès à l’information afin d’obtenir une copie de l’avis des experts sanitaires qui justifiait (selon la CAQ) le couvre-feu décrété en décembre 2021, voici le document de deux pages que le gouvernement lui a fait parvenir.
 

 
Le verbe caviarder est apparu en France dans les années 1890 pour décrire ironiquement la censure tatillonne pratiquée en Russie depuis l’empereur Nicolas Ier (qui régna sur son pays de 1825 à 1855).

À l’époque, en plus de confisquer les imprimés — ce qu’on faisait dans les cas graves, comme dans beaucoup d’autres pays — la censure russe avait la particularité d’obliger les imprimeurs, dans les cas ‘legers’, à recouvrir d’un enduit noir — aussi noir que le caviar — le moindre passage d’un article ou d’un livre qui déplaisait aux autorités. Une tâche longue et fastidieuse.

Dans ce pays, la crainte de la censure était telle qu’on s’est abstenu de plaisanter à ce sujet. Si bien que même aujourd’hui, il n’y a pas de traduction littérale de ce verbe français.

Parmi les équivalents russes, soit barrer, biffer, éditer ou censurer, c’est évidemment ce dernier qui s’en rapproche le plus.

En anglais, on ne retrouve pas cette allusion au caviar. Le verbe se dit ‘to redact’ et l’adjectif caviardé se traduit par ‘blacked’ (c’est-à-dire noirci).

Le verbe caviarder est un des milliers d’exemples qui illustrent la richesse du français.

Références :
Caviardage excessif : la FPJQ redemande une refonte de la loi d’accès à l’information
Définitions de « caviarder »

Paru depuis : Demande d’accès à l’information — Pas de réponse avant 2028 à la Défense nationale (2024-08-19)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Caméra vs appareil-photo

Publié le 14 février 2022 | Temps de lecture : 2 minutes

En latin, camera veut simplement dire ‘chambre’.

Depuis l’Antiquité, on connaissait le phénomène optique créé dans une chambre maintenue dans l’obscurité lorsqu’on perce une petite ouverture dans un de ses murs; sur le mur opposé, on peut voir l’image inversée de ce qu’on verrait si on regardait directement à travers le trou.

Une telle pièce était appelée camera obscura (ou chambre noire).

L’image ainsi projetée n’est pas une image fixe; c’est une vue animée de ce qui se passe à l’extérieur.

Voilà pourquoi, en français, le mot ‘caméra’ désigne un appareil qui enregistre une image mobile, c’est-à-dire un film, une émission de télévision, un clip vidéo, etc.

Ce qui enregistre une image fixe est plutôt appelé ‘appareil-photo’. Le mot peut s’écrire avec ou sans trait d’union. Au pluriel, seul ‘appareil’ prend un ‘s’. On écrira donc ‘des appareils-photo’.

Par contre, en anglais, le mot camera désigne autant une movie camera (littéralement, ‘caméra de film’), une video camera ou une photo camera.

De nos jours, à part les professionnels de l’industrie cinématographique, presque plus personne n’utilise une caméra dédiée; on prend la caméra de son téléphone multifonctionnel. Celle-ci sert à la fois d’appareil-photo et de caméra proprement dite.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Y aller mollo

Publié le 29 janvier 2022 | Temps de lecture : 1 minute
Prendre la vie mollo

Mollo vient de l’adjectif latin ‘mollis’.

Au premier siècle avant notre ère, on l’utilise pour qualifier ce qui est délicat, doux, flexible, mou, souple ou tendre.

C’est également du latin ‘mollis’ que proviennent, en français, mou (et son féminin molle), mollesse, molleton (et ses dérivés comme molletonné), etc.

Vas-y mollo veut donc dire y aller doucement, sans se fatiguer ou sans se presser.

Dans l’argot italien, on utilise le verbe ‘mollare’ pour dire abandonner, au sens de laisser tomber.

L’entraineur qui dit « Mollo, les gars » donne l’ordre de ralentir le rythme.

On raconte que chez les marins, aller à la molle eau s’employait lorsqu’on décidait d’emprunter une barque pour gagner la rive, alors que l’eau est plus calme qu’en haute mer.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 — 1/640 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 34 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel