L’Iran et le port du voile

Publié le 5 avril 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

Introduction

Selon la presse occidentale, le pays le plus répressif au monde à l’égard des femmes est l’Iran.

Pourtant, dans les facultés de médecine du pays, 60 % des étudiants sont des femmes et 34 % des enseignants y sont de sexe féminin. Quant aux praticiennes, elles composent 40 % des médecins spécialistes.

Comment expliquer cela ?

Voile et préjugés

Dans les familles musulmanes traditionnelles, on attache une importance démesurée à la virginité des adolescentes.

Pour les pères de famille, une adolescente déflorée souille l’honneur de la famille puisque cette dernière pourra être répudiée par son époux lorsqu’il découvrira qu’on lui a caché la vérité à ce sujet.

Comme dans nos sociétés, un mariage sera annulé si on a caché à un conjoint que sa femme ou que son mari est porteur d’une maladie héréditaire grave.

Oui, je sais, cela n’est pas pareil. Mais en Iran, ce l’est.

Dans les régions rurales et les villages d’Iran, jamais les pères n’accepteraient que leur adolescente parte seule étudier à l’université, puisqu’en cas de perte de virginité, ce serait un déshonneur.

D’autre part, l’immense majorité de la population iranienne est persuadée que le voile islamique protège la virginité des jeunes filles.

La question de savoir si cela est vrai ou non n’a pas d’importance. Ce qui compte, c’est qu’ils y croient.

En conséquence, des centaines de milliers de jeunes Iraniennes font des études supérieures en Iran parce qu’elles portent le voile. Autrement, elles demeureraient à la maison.

Voilà pourquoi on trouve des femmes dans presque tous les secteurs de la société iranienne.

C’est ainsi que le pont Tabiat (pont de la Nature) à Téhéran, inauguré en 2014, a été conçu par l’architecte Leila Araghian, une Iranienne alors âgée de 26 ans.

En somme, dans le contexte particulier de l’Iran, le port du voile est un vecteur d’émancipation féminine au sein des classes populaires, contrairement au cliché entretenu par nos médias.

Toutefois, l’obligation sociale de le porter est perçue comme un facteur d’oppression par une minorité grandissante constituée des femmes occidentalisée du pays.

L’histoire secrète des manifestations iraniennes de 2025-2026

Le tort de la théocratie iranienne est d’encourager la répression brutale des femmes qui protestent contre l’obligation de porter le voile.

Tout comme le coup d’État de Maïdan en 2014 a été le point de départ d’un engrenage qui a mené à la guerre russo-ukrainienne, les manifestations iraniennes de décembre 2025 et de janvier 2026 ont été le préambule à la Troisième Guerre du Golfe.

Le modus opérandi a été le même.

On a d’abord de grandes manifestations populaires en faveur d’une cause noble, suscitées par le biais des médias sociaux. Puis des tireurs d’élite œuvrant pour le compte d’un pays étranger se mêlent à la foule et vont tirer à la fois sur les policiers et sur les manifestants.

Parmi les forces de l’ordre, ils vont faire environ 700 morts. Et ce, afin d’exacerber la violence de la répression policière.

D’autres tireurs vont prendre la foule en souricière afin de l’empêcher de se disperser et d’assombrir le bilan meurtrier des émeutes.

Puis le nombre de morts (estimé à 4 507 personnes) est grossièrement exagéré par les agences de presse occidentales afin de manipuler l’opinion publique et justifier la guerre en préparation.

Selon l’ONG Human Rights Activists News Agency, après un mois de guerre, on en était déjà à 3 519 morts en Iran, dont 1 598 civils.

De la même manière que l’Occident souhaitait un changement de régime au Kremlin qui aurait porté au pouvoir Alexeï Navalny — alors que son taux de popularité n’a jamais dépassé 5 % des intentions de vote en Russie — l’Occident mise maintenant sur Reza Pahlavi, le fils héritier de l’ancien chah d’Iran, que presque personne ne connait dans ce pays.

Comme quoi plus ça change, plus c’est pareil.

Références :
Guerre au Moyen-Orient : les bilans des pertes humaines dans la région
Harcèlement et violences monarchistes visant les dissidents iraniens
Iran Protest Documentation
La place des femmes dans les études de médecine, hier et aujourd’hui
La Révolution islamique a 45 ans : les femmes iraniennes plus brillantes que jamais
L’engrenage ukrainien
Répression des manifestations en Iran : le G7 menace Téhéran de « mesures restrictives supplémentaires »
Répression des manifestations iraniennes en 2026
Ukraine : l’histoire secrète de la révolution de Maïdan

Paru depuis : How Iranian monarchists have targeted anti-war activists (2026-05-01)

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la Troisième guerre du Golfe, veuillez cliquer sur ceci.

4 commentaires

| Géopolitique, Guerre en Iran | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Deux semaines de guerre en Iran

Publié le 14 mars 2026 | Temps de lecture : 1 minute

Depuis 28 février dernier, jour du déclenchement de la guerre israélo-américaine en Iran, nos médias soulignent à quel point les dirigeants iraniens ont été décimés et suggèrent que le potentiel de nuisance de l’Iran a presque complètement disparu.

Ce qui annonce la fin prochaine des opérations. Ce dont je doute, pour des raisons que j’expliquerai en détail dans les jours qui viennent.

D’ici là, j’invite les personnes que le sujet intéresse à prendre connaissance de l’entrevue que le professeur américain Steven Starr accordait plus tôt aujourd’hui au Suisse Pascal Lottaz.

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la Troisième guerre du Golfe, veuillez cliquer sur ceci.

2 commentaires

| Géopolitique, Guerre en Iran | Mots-clés : | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


La guerre pour changer les mentalités

Publié le 13 mars 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

En Afghanistan, la charia (qui a force de loi) autorise le mari à battre son épouse si, pour ce faire, il évite d’utiliser une force excessive, c’est-à-dire une force provoquant des fractures, des plaies ouvertes ou des hématomes.

Plus tôt cette semaine, un juge afghan a refusé d’accorder le divorce à une femme fouettée par son mari à coups de câble métallique (le fil de recharge d’un téléphone multifonctionnel). Pendant plusieurs jours, la femme a porté les marques des coups appliqués sur son dos et sur ses bras.

Reconnu pour son tempérament vif, cet époux avait l’habitude de frapper sa femme et de l’humilier en lui rappelant son infirmité (une jambe plus courte que l’autre).

« Vous voulez divorcer rien que pour ça ?» lui a demandé le juge avant d’ajouter : « Quelques ‘corrections’ n’ont jamais tué personne.»

De 2001 à 2014, quarante-mille soldats canadiens ont occupé de facto ce pays afin de prévenir le retour au pouvoir des Talibans.

Auprès de l’opinion publique canadienne, l’opération a été présentée comme une ‘mission’ destinée à faire évoluer les mentalités arriérées du pays, notamment au sujet des femmes.

En 2006, nous prédisions :

Dès que les étrangers auront quitté le pays, les Afghans s’empresseront d’oublier la contribution insignifiante du Canada à l’évolution de leur pays : les insurgés seront présentés comme des patriotes et le régime en place comme l’équivalent du régime Pétain sous l’occupation nazie en France. Les soldats canadiens qui y auront laissé leur peau seront morts en vain.

Effectivement, les milliards de dollars dépensés par l’Occident n’ont pas empêché le retour au pouvoir du régime obscurantiste des Talibans.

Plus d’une décennie plus tard, nous voilà prêts à répéter la même erreur dans le pays voisin, soit l’Iran.

Comme pour les Talibans, il est difficile d’avoir la moindre empathie à l’égard du régime misogyne qui dirige actuellement l’Iran.

Mais ceux qui croient qu’une guerre dans ce pays permettrait aux Iraniennes d’échapper au joug qui pèse sur elles devraient se rappeler les leçons de l’histoire : on ne change pas la mentalité d’un peuple à la pointe du fusil.

Références :
A few beatings won’t kill you’: judge rejects divorce request of woman abused by husband in Afghanistan
La mission canadienne en Afghanistan ou la perpétuation de coutumes arriérées

2 commentaires

| Géopolitique, Guerre en Iran, Sociologie | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel