Le double blocus du détroit d’Ormuz

Publié le 14 avril 2026 | Temps de lecture : 4 minutes


Introduction

En plus de l’hésitation à franchir le détroit d’Ormuz en raison des primes d’assurances élevées exigées par la Lloyd’s de Londres, ce détroit est l’objet de deux blocus complémentaires.

Le blocus iranien

L’Iran autorise le passage du détroit aux seuls navires ‘non hostiles’, c’est-à-dire à ceux de pays qui ne participent ni soutiennent les actes d’agression contre l’Iran.

Concrètement, cela exclut les navires qui transportent des marchandises à destination d’Israël, des États-Unis et de leurs alliés.

Peuvent l’emprunter, les navires qui transportent, par exemple, des marchandises (iraniennes ou non) vers la Chine, l’Inde, le Pakistan et la Turquie.

Deuxièmement, l’Iran exigeait (théoriquement) que la cargaison transportée ait été payée en devise chinoise (en yuans).

Dans les faits, on ne se présente pas à un terminal pétrolier comme on le fait en allant à une station-service; les achats d’hydrocarbures sont conclus plusieurs semaines d’avance. Donc le pétrole actuellement transporté a été acheté avant le début de la guerre.

Cette exigence est plutôt un avertissement adressé aux armateurs au sujet de leurs achats futurs.

Le Japon dépend fortement du pétrole saoudien. Pour le pays du soleil levant, on peut imaginer l’humiliation de recourir à la devise chinoise pour se procurer du pétrole…

Troisièmement, l’Iran a imposé un péage (allant jusqu’à deux-millions de dollars, payables en cryptomonnaie) à certains des navires autorisés à franchir le détroit.

Depuis le début de la guerre, une centaine de pétroliers ont quitté le golfe Persique, soit beaucoup moins que d’habitude.

Le blocus américain

Au blocus iranien (qualifié d’illégal par les États-Unis), s’ajoute un blocus complémentaire imposé à partir d’hier par Washington aux navires qui partent des ports iraniens.

À quelques centaines de kilomètres des côtes iraniennes, la marine américaine se propose non seulement d’arraisonner ces navires, mais également de s’emparer de leur cargaison.

On se rappellera que Donald Trump avait suspendu son interdiction d’acheter du pétrole iranien dans l’espoir de faire baisser les cours mondiaux des hydrocarbures.

La décision de remettre un blocus nuit non seulement à l’Iran, mais également à ses clients, dont la Chine.

On estime que le pétrole iranien représente officieusement 15 % des importations de la Chine. On peut s’attendre à ce que cette dernière réagisse avec fermeté à la piraterie américaine.

Si elle devait décider d’envoyer des sous-marins ou des navires de guerre pour escorter ses pétroliers, on serait alors au bord d’un conflit beaucoup plus important.

La raison du blocus américain

Quotidiennement, l’Iran a exporté 1,84 million de barils de pétrole brut (bpb) en mars et un peu moins (1,71 million de bpb) jusqu’ici en avril. Dans les deux cas, c’est plus que la moyenne quotidienne de 2025 (1,68 million de bpb).

En février de cette année — donc avant le début de la guerre — l’Iran a vendu pour 3,45 milliards de dollars de pétrole brut. Puisque le prix du brut s’est apprécié depuis, ses revenus pétroliers ont grimpé à 4,97 mlliards$ en mars, soit une augmentation de 44 %.


 
En somme, dans les premiers jours de la guerre, le blocus partiel du détroit d’Ormuz par l’Iran a provoqué une importante hausse du prix du pétrole.

La décision de l’administration américaine de permettre à l’Iran d’écouler son pétrole a brisé cet élan. Les cours du pétrole se sont alors mis à varier à la hausse ou à la baisse selon les déclarations du président américain.

Ce nouveau blocus, qui s’ajoute à celui de l’Iran, aura des répercussions prévisibles au fur et à mesure que se fera sentir la baisse de l’offre sur les marchés internationaux.

De plus, dans la mesure où toute tentative américaine de bloquer partiellement l’approvisionnement pétrolier de la Chine est un casus belli, on peut s’attendre à ce que Washington revienne sur sa décision.

Références :
Blocus «dangereux et irresponsable»: la Chine hausse le ton vis-à-vis des États-Unis
How much will US Hormuz blockade hurt Iran, and does Tehran have an escape?
La Chine et la Troisième guerre du Golfe
Pays autorisés, péage… Sous quelles conditions les navires passent-ils le détroit d’Ormuz ?
Strait of Hormuz blockade explained: why is Trump threatening to block Iranian ports and how would it work?

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la Troisième guerre du Golfe, veuillez cliquer sur ceci.

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Un commentaire à Le double blocus du détroit d’Ormuz

  1. Jacques Légaré dit :

    On doit se rassurer. La Chine ne bougera pas le petit doigt, car elle est en voie de décarbonisation accélérée.

    Le pape a raison, et c’est un incroyant qui le dit. Trump pèche par « idolâtrie de soi ».

    Que la moitié de la vérité en fait.

    Trump pèche aussi par « idolâtrie du fric ». Nous avions le veau d’or biblique, nous avons le cochon d’or d’Amérique.

    Tout cela va foirer, dans un sens ou dans l’autre.

    Au mieux un match nul. Ou encore mieux : la chute simultanée des mollahs et de Trump. Mais là, mon cher…

    …nous serons tous au Paradis.

    D’ici là, je me frotte les mains car j’ai une BZ électrique. Enfin, l’intérêt personnel le moins élogieux qui soit travaille pour l’écologie.

    Hélas, je n’ai pas les moyens d’aider les femmes violées, puis battues comme des chiennes par les Gardiens de la Révolution.

    Trump le fou fut le seul à les aider en tuant leurs tyrans, et surtout pas par féminisme.

    Comme quoi, le sort des femmes, –la moitié de l’humanité– est au même rang que ma BZ écologique :

    elle bénéficie d’un événement que par le hasard des démences de phallocrates et des sexistes.

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