Un plan de paix complice
Il y a deux jours, le représentant américain au Conseil de sécurité de l’Onu présentait le premier rapport du Conseil de la paix. Cet organisme a été mis sur pied par Donald Trump afin de vérifier la mise en œuvre de son plan dans la bande de Gaza.
La première phase de ce plan prévoyait la cessation des hostilités et un échange de prisonniers entre les belligérants.
Cet échange a bien eu lieu. Toutefois, l’armée israélienne a continué de bombarder quotidiennement la population gazaouie, mais avec moins de vigueur qu’avant.
La deuxième phase prévoyait le désarmement du Hamas (auquel le Hamas n’a jamais consenti) en contrepartie du retrait souhaitable de l’armée israélienne du territoire occupé.
Dans le rapport remis à l’Onu, le Conseil déclare que le Hamas est le principal obstacle à la poursuite du plan de paix de Trump.
Nature du Hamas
Dans le contexte d’une guerre coloniale, le colonisé a non seulement le droit de se défendre, mais également celui d’attaquer par les armes son colonisateur… du moment qu’il le fait en respectant le Droit de la guerre.
En pareil cas, le colonisateur ne possède pas, légalement, le droit de répliquer. Si c’était le cas, le Droit international reconnaitrait le droit de réprimer ceux qui s’opposent à leur dépossession et conséquemment, cautionnerait le droit de coloniser.
Les pays occidentaux ont choisi le contraire, soit de considérer le Hamas comme une organisation terroriste.
En réalité, le Hamas est le gouvernement de la bande de Gaza. En temps normal, c’est lui qui assure l’ordre et tous les services publics qui ne sont pas défrayés par des bienfaiteurs étrangers (Onu et pétromonarchies, notamment).
Depuis la réplique israélienne aux attaques du Hamas, ce dernier vit dans la clandestinité.
Quand le désarmement conduit au chaos
Rami Abou Jamous est un journaliste palestinien qui décrit le quotidien des personnes qui vivent dans la bande de Gaza.
Le 15 mai dernier, il écrivait :
[L’armée israélienne] cible particulièrement les policiers, afin de susciter le chaos sécuritaire à Gaza. Cela n’arrête pas. Presque chaque jour, un commissariat, un 4×4, un poste de contrôle est visé.
Un mois plus tôt, il écrivait :
[Si le Hamas] accepte de [se] désarmer, ce sera le début d’une guerre civile à Gaza. Les milices armées par les Israéliens auront le champ libre.
[…]
Le véritable objectif d’Israël, c’est la guerre civile. Il a vu que, malgré le génocide, beaucoup de Gazaouis veulent résister en restant chez eux. Mais si une guerre civile éclate, [ceux-ci] partiront.
Le massacre de Sabra et de Chatila
Les Palestiniens se souviennent de ce qui arrive lorsqu’ils sont sans défense.
Après avoir été chassée de Jordanie en 1970, l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) s’était réfugiée au Liban.
Le 6 juin 1982, l’armée israélienne envahit ce pays et s’arrête aux portes de la capitale libanaise.
Afin d’éviter un affrontement meurtrier (autant pour l’OLP que pour l’armée israélienne), l’OLP signe le 20 aout 1982 un accord en vertu duquel elle quitte le Liban pour la Tunisie en contrepartie de l’engagement de l’armée israélienne de ne pas avancer davantage dans la ville.
Mais Israël ne respecte jamais sa parole.
Alors que l’OLP n’est plus là pour protéger les réfugiés palestiniens,
l’armée israélienne envahit Beyrouth-Ouest le 15 septembre 1982, contrairement à l’accord de cessez-le-feu signé un mois plus tôt.
Israël justifie ce redéploiement par la nécessité de maintenir l’ordre et de détruire l’infrastructure laissée par les terroristes.
Les 16 et 17 septembre, alors que les camps de Sabra et Chatila sont encerclés par l’armée israélienne et que celle-ci empêche les habitants de s’en échapper, elle laisse entrer les milices chrétiennes (financées secrètement par le ministère de la Défense israélienne) qui y tueront hommes, femmes et enfants pendant ces deux jours.
Le massacre fit entre 800 et 3 500 victimes.
Conclusion
Depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, le gouvernement américain est — plus que jamais — à la solde d’Israël.
Ce que l’armée israélienne n’a pas réussi à faire depuis son invasion de la bande de Gaza, le 27 octobre 2023, Donald Trump croit y parvenir par des moyens ‘diplomatiques’.
Mais peut-on parler de diplomatie quand le principal intéressé (le Hamas) est exclu des discussions ?
Bref, Donald Trump voudrait que les Palestiniens oublient tout ce que l’histoire leur a appris (notamment au Liban) et n’offrent plus aucune résistance à leur dépossession violente.
Références :
Conseil de la paix
Gaza : le Conseil de la paix de Donald Trump étale son impuissance devant l’ONU
Gaza : les mots qui comptent
« Il n’y a pas de cessez-le-feu à Gaza »
Le Hamas est le « principal obstacle » au plan de paix, selon le Conseil de paix créé par Trump
Mouawad et la guerre civile libanaise
Plan de paix pour Gaza
« Si le Hamas est désarmé, c’est la guerre civile à Gaza »