La corruption au parlement européen

9 janvier 2023

L’exemple québécois

Depuis une loi adoptée par le Parti Québécois en 1984, seuls les adultes canadiens domiciliés au Québec depuis au moins un an peuvent contribuer à la caisse électorale des partis politiques québécois.

En plus du montant — généralement minime, de l’ordre de 5$ par année — exigé pour être membre d’un parti politique, on peut effectuer une contribution annuelle maximale de 100$, sauf l’année d’une élection alors que ce maximum est porté à 200$.

Après un scrutin, l’État verse à chaque parti politique un montant fixe pour chaque vote obtenu.

Suivant l’exemple du Québec, le parlement canadien a adopté une loi semblable en 2003.

Cela élimine presque totalement la corruption. Seules subsistent des ‘faveurs’ qui disposent favorablement le récipiendaire à l’égard du donateur sans obliger formellement le premier à accorder des contrats gouvernementaux à ce dernier.

C’est ainsi qu’en 2017, le premier ministre du Canada a passé gratuitement le temps des Fêtes à bord du yacht luxueux d’un millionnaire qui, parait-il, est son ami d’enfance… mais qu’il ne connaissait pas avant d’accéder au pouvoir.

L’indignation feinte de la cheffe d’opposition à ce sujet a complètement disparu lorsque les journalistes ont révélé qu’elle avait fait pareil.

Au Sénat canadien, accepter des voyages payés par des gouvernements étrangers est parfaitement ‘normal’.

Dernièrement, le ministre de l’Économie du Québec a été invité à chasser gratuitement le faisan sur une ile privée qui appartient à un groupe de millionnaires québécois.

Dans chacun de ces exemples, les ‘faveurs’ représentent des dizaines de milliers de dollars. Pour le simple député, surtout s’il est dans l’opposition, les faveurs se limitent à des broutilles; en effet, pourquoi devrait-on ‘investir’ dans quelqu’un qui ne décide de rien ?

Par contre, dans la plupart des pays démocratiques, le financement politique est de la corruption légalisée. C’est le cas aux États-Unis et au parlement européen, où la corruption est dans un autre ordre de grandeur.

Le Qatargate

Le vendredi 9 décembre, Alexandros Kaïlí était arrêté à Bruxelles dans le cadre d’une enquête pour corruption menée depuis juillet dernier. Au moment de son arrestation, les policiers ont découvert environ 600 000 euros (en argent liquide) dans son appartement.

À partir de cette découverte, les policiers belges ont fait lever l’immunité parlementaire dont jouissait sa fille, Éva Kaïlí — une des quatorze vice-présidents du parlement européen — et ont fouillé le jour même l’appartement de celle-ci où ils ont trouvé une autre tranche de 150 000 euros, toujours en billets de banque.

Ont également été arrêtés :
• l’assistant parlementaire de Mme  Kaïlí, Francesco Giorgi, qui est également son conjoint,
• Niccolò Figà-Talamanca (démarcheur et activiste),
• l’ancien eurodéputé Antonio Panzeri, avec lequel Mme Kaïlí a co-fondé l’ONG Combattons l’impunité (sic), et qui, selon le quotidien Le Soir, serait le chef d’une organisation criminelle chargée d’influencer les décisions du Parlement européen en faveur du Qatar.

Selon Wikipédia, ces trois personnes auraient plaidé coupables à l’accusation de corruption et de blanchiment d’argent.

Le ‘corrupteur’ dans cette affaire serait le Qatar, une des pétromonarchies qui, par la force des décisions du parlement européen, est devenu un des principaux fournisseurs de gaz fossile liquide (GFL) de l’Union européenne.

Après la Norvège, et les États-Unis, le Qatar est maintenant au troisième rang des fournisseurs de GFL avec seize pour cent des approvisionnements.

Le parti Renew Europe (autrefois appelé Alliance des libéraux et des démocrates pour l’Europe) est la quatrième formation politique en ordre d’importance; il compte 104 députés sur les 705 du parlement européen

Avant qu’elle n’en soit expulsée, ce parti, par la voix de son président, a présenté sa députée, Mme  Kaïlí, comme une victime.

Pointant un doigt accusateur vers le Qatar, le Français Stéphane Séjourné a déclaré : « Nous ne laisserons pas salir notre travail. Nous ne laisserons pas salir ce Parlement. Nous ne laisserons pas salir l’Europe », sous les applaudissements de ses partisans.

En entendant celui-ci, on peut se demander quel mineur de charbon, couvert de suie au fond de son puits, n’aimerait pas lui aussi être sali par de beaux billets de banque tout neufs…

Signalons que le parti Renew Europe a reçu près d’un demi-million d’euros de multinationales. Son congrès de Madrid, tenu en 2018, a été financé par les succursales européennes de Google, Walt Disney, Microsoft et Bayer (fabricant du glyphosate).

Quand le premier réflexe d’un parti est de blâmer le corrupteur et non la corrompue (qui était libre de refuser l’argent), c’est que ce parti est plus gangréné par la corruption qu’il ne le croit…

Comment le parlement européen est-il tombé si bas ?

Tout comme au Québec, les partis en lice au parlement européen peuvent percevoir des dons des particuliers, en plus de l’argent versé par le parlement européen pour chaque vote obtenu à l’occasion d’une élection.

Mais contrairement aux législations québécoise et française, les partis européens peuvent également accepter des dons provenant de personnes morales (c’est-à-dire d’entreprises, d’associations, de groupes de pression, de syndicats, etc.).

Chaque don est limité à 18 000 euros. Mais chaque filiale d’un conglomérat peut effectuer un don, ce qui permet de contourner cette limite.

De plus, après Washington, le parlement européen est sollicité par la deuxième plus importante horde de démarcheurs au monde, soit environ 37 300 personnes.

Les hauts dirigeants européens doivent, théoriquement, inscrire leurs rencontres dans un registre. Ce à quoi ne sont pas tenus les simples eurodéputés hors de l’enceinte parlementaire.

On estime à trois-milliards d’euros les sommes consacrées à tenter d’influencer les décideurs au sein du parlement européen.

Même si Ursula von der Leyden, présidente de la Commission européenne, a bien tenté d’adopter un profil bas depuis cette affaire afin de ne pas en être éclaboussée, on doit savoir qu’en juillet dernier, l’exécutif européen adoptait une résolution destinée à élargir le financement des partis européens aux ‘donateurs’ (particuliers, entreprises ou gouvernements) hors de l’Union européenne.

À sa face même, cette recommandation de l’exécutif était une invitation à la corruption étrangère du parlement européen.

Même si cette proposition avait été rejetée (ce qui n’est pas le cas), le simple fait qu’on ait pu l’envisager sérieusement en dit long sur l’état de pourrissement de la démocratie en Europe.

Références :
Clara Robert-Motta. Qatargate : “Les Européens sont dans une situation schizophrénique”
Corruption fédérale : les voyages forment la vieillesse
Elections européennes: Argent public, dons d’entreprises… Comment sont financés les partis européens?
Fitzgibbon à la chasse sur l’île de la gang du lac
Le Parlement européen dénonce une « attaque » contre la démocratie
Les eurodéputés veulent étendre le financement des partis politiques au-delà de l’UE
Pendant que Trudeau était critiqué pour ses vacances dans l’île de l’Aga Khan, Rona Ambrose était sur le yacht d’un milliardaire
Petit guide de lobbying dans les arènes de l’Union européenne
« Qatargate » : au Parlement européen, l’urgence de la transparence
« Qatargate » : ce que l’on sait des soupçons de corruption au Parlement européen
Qatargate : “L’amitié professionnelle” embarrassante de Marie Arena avec Pier Antonio Panzeri

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La gestion du risque par le piéton

6 janvier 2023


Préambule

Le Journal de Montréal rapportait hier un délit de fuite survenu après que deux adolescents (respectivement de 15 et de 14 ans) eurent été légèrement blessés le 30 décembre dernier par un chauffard alors qu’ils traversaient l’intersection des rues Pie-IX et Hochelaga sur un feu pour piétons qui les y autorisait.

À cette intersection très fréquentée, les excès de vitesse et les traversées par des automobilistes sur un feu ‘jaune orange foncé’ sont habituels. Et les contraventions, presque jamais données.

À la suite d’un autre accident impliquant un piéton survenue précédemment au même endroit, l’ancien responsable de la mobilité nommé par Mme Plante avait déclaré qu’une collision, c’est toujours entre deux usagers et que la responsabilité est partagée entre les deux.

Devant une telle attitude, personne ne s’étonnera du laisser-faire de l’administration actuelle en matière de sécurité des piétons depuis cinq ans.

La Loi sur la liberté de traversée des piétons

En octobre dernier, l’Assemblée législative de la Californie adoptait le Freedom to Walk Act (ou Loi sur la liberté de traversée des piétons). Cette loi est entrée en vigueur le premier janvier de cette année.

Selon le quotidien La Presse, la Californie vient ainsi d’interdire à ses policiers de donner des constats d’infraction à un piéton qui traverse la rue entre deux intersections — ou aux intersections lorsque le feu piéton l’interdit — à moins que cette traversée l’ait mis en danger immédiat de collision avec un véhicule en mouvement (camion, automobile, vélo ou trottinette).

À la lecture de cette loi, on se rend compte qu’elle va beaucoup plus loin.

Sans légaliser la libre traversée des rues, elle décriminalise toute infraction routière commise par un piéton à moins que ce dernier ait, ce faisant, compromis sa sécurité immédiate.

Le préambule de cette loi stipule :

« This bill would prohibit a peace officer, as defined, from stopping a pedestrian for specified traffic infractions unless a reasonably careful person would realize there is an immediate danger of collision with a moving vehicle or other device moving exclusively by human power.»

De plus, la loi oblige à ce que soient colligées des données au sujet des accidents impliquant des piétons et qu’un rapport à ce sujet soit soumis au parlement californien d’ici cinq ans.

Rappel historique

Jusqu’à la première décennie du XXe siècle, piétons, vélos, calèches et automobiles se partageaient nonchalamment la voie publique. Évidemment, la majorité des piétons déambulaient sur les trottoirs. Mais ceux qui voulaient traverser la rue le faisaient là où ils le voulaient.

Ce ‘chaos harmonieux’ était possible parce que les voitures roulaient lentement.

Avec la montée en puissance des moteurs automobiles, l’expérience de la conduite motorisée ne pouvait être optimale que si on enlevait les piétons du chemin.

Les municipalités adoptèrent donc des règlements destinés à ghettoïser les piétons sur leurs trottoirs. Et ce, pour leur bien; lorsque la vitesse du véhicule à l’impact passe de 30 km/h à 50 km/h ou à 70 km/h, les chances de survie du piéton diminuent de 90 % à 25 % ou à 5 %.

Partout à travers le monde, s’est établi un contrat implicite entre les villes et leurs piétons en vertu duquel les piétons perdaient leur droit de traverser les rues là où ils le voulaient en contrepartie de quoi on leur garantissait une traversée sécuritaire de la voie publique aux intersections.

Ce contrat a été respecté pendant un siècle. De nos jours, cette promesse ne tient plus.

Malgré tout le mal qu’on en dit, les piétons qui traversent les rues entre les intersections ont moins de risque d’être tués par un automobiliste que ceux qui traversent les rues aux intersections.

Il suffit de lire l’actualité pour constater qu’à Montréal, par exemple, l’immense majorité des collisions impliquant des piétons surviennent lorsque ces derniers traversent les rues dans le plus strict respect des règles de circulation.

Deux raisons expliquent cela.

Premièrement, personne n’est assez fou pour se jeter devant une voiture qui lui fonce dessus. Et deuxièmement, pour le piéton qui traverse une rue entre deux intersections, le danger ne peut venir que de gauche ou de droite, c’est-à-dire de deux directions qu’il peut voir facilement.

Par contre, traverser lorsque le feu pour piéton l’autorise soumet le piéton à un danger qui vient de l’avant (très visible), mais aussi de l’arrière (c’est-à-dire hors de son champ de vision). Or, depuis quelque temps, des piétons sont fauchés parce que, disent les conducteurs, ‘Je l’ai pas vu’.

Conclusion

Depuis plusieurs mois, la Santé publique du Québec n’impose plus de mesures sanitaires à l’ensemble de la population pour combattre la pandémie au Covid-19, préférant s’en remettre à la gestion individuelle du risque par chaque citoyen.

De la même manière, obliger les piétons à ne traverser les rues qu’aux intersections est absurde quand cela correspond à un risque plus élevé d’être happé par une voiture. Ce qui est malheureusement le cas.

Tant que traverser une rue ne sera pas redevenue une activité banale et généralement dépourvue de danger, la ville doit imiter la Californie et nous laisser libres de gérer notre propre risque.

Références :
Freedom to Walk Act
Furieux contre le chauffard qui a happé leurs ados
La Californie a décriminalisé le jaywalking
L’excès de voitures dans nos rues
Sécurité des piétons : réduire la vitesse ou implanter le péage ?
Zones scolaires, zones dangereuses

Paru depuis : Brigadière heurtée par une automobiliste : « On attend quoi, au juste ? » (2023-01-12)

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la sécurité des piétons, veuillez cliquer sur ceci.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Bilan meurtrier du Covid-19 depuis trois ans

1 janvier 2023

Depuis le début de la pandémie au Covid-19, nous publions mensuellement la liste des pays qui en sont les plus affectés.

Cette fois-ci, plutôt que de classer les pays en nombre décroissant du nombre cumulatif de morts par million d’habitants, ils sont classés spécifiquement par leur bilan meurtrier en 2022.

Ce qui révèle un autre aspect de la pandémie; celui des pays qui ont moins bien réussi la levée définitive des mesures sanitaires appliquées à l’ensemble de leur population.

Signalons également que la pandémie a fait plus de victimes en 2022 qu’en 2021 dans seulement douze pays (dont la Canada).

À Hong Kong et à Taïwan, c’est respectivement 98,2 % et 94,4 % de tous les dèces par Covid-19 qui sont survenus en 2022. En Corée du Sud, c’est, 82,5 %. En Finlande et au Danemark, c’est 78,0 % et 57,5 %. Au Japon, 68,1 %. Et en Turquie, 50,8 %.

Pour chaque année de 2020 à 2022, voici le nombre annuel de décès causés par le Covid-19 par million d’habitants et leur nombre cumulatif.

Pays 2020 cumul 2020 2021 cumul  2021  2022   cumul 2022







Hong Kong 20 20 8 28  1533   1561
Grèce 469 469 1546 2015  1356   3371
Chili 868 868  1154 2022  1261   3283
Croatie 968 968 2123 3091  1246   4337
Finlande 108 108 206 314  1114   1428
Bulgarie 1099 1099 3411 4510  1058   5568
Trinité-et-Tobago 91 91 1959 2050  995   3045
Hongrie 1002 1002 3070 4072  976   5048
Lettonie 343 343 2124 2467  865   3332
Bosnie-Herzég. 1249 1249 2887 4136  858   4994
Autriche 693 693 821 1514  851   2365
États-Unis 1074 1074 1463 2537  802   3339
Macédoine du N. 1205 1205 2620 3825  794   4619
Lithuanie 588 588 2189 2777  787   3564
Italie 1235 1235 1044 2279  785   3064
Géorgie 634 634 2850 3484  774   4258
Slovaquie 412 412 2638 3050  764   3814
Danemark 256 256 308 564  764   1328
Royaume-Uni 1089 1089 1085 2174  730   2904
Québec 958 958 421 1379  705   2084
Estonie 180 180 1279 1459  700   2159
Slovénie 1312 1312 1380 2692  680   3372
Portugal 685 685 1184 1869  667   2536
Suède 861 861 637 1498  635   2133
Turquie 248 248 336 584  602   1186
Espagne 1087 1087 824 1911  595   2506
Allemagne 410 410 930 1340  585   1925
Russie 394 394 1727 2121  580   2701
France 991 991 900 1891  579   2470
Pologne 766 766 1816 2582  559   3141
Serbie 373 373 1094 1467  558   2025
Rép. Tchèque 1093 1093 2276 3369  555   3924
Irlande 453 453 725 1178  474   1652
Pérou 1136 1136 4886 6022  457   6479
Roumanie 826 826 2260 3086  454   3540
RoC* 256 256 383 639  443   1082
Belgique 1681 1681 748 2429  419   2848
Moldavie 746 746 1812 2558  415   2973
Paraguay 315 315 1974 2289  406   2695
Uruguay 55 55 1712 1767  396   2163
Jordanie 376 376 634 1010  361   1371
Ukraine 428 428 1789 2217  347   2564
Brésil 916 916 1966 2882  340   3222
Israël 365 365 592 957  334   1291
Jamaïque 101 101 730 831  328   1159
Costa Rica 427 427 997 1424  327   1751
Tunisie 398 398 1733 2131  300   2431
Argentine 954 954 1604 2558  270   2828
Arménie 953 953 1731 2684  249   2933
Colombie 850 850 1665 2515  245   2760
Panama 1493 1493 189 1682  244   1926
Suisse 882 882 522 1404  234   1638
Mexique 971 971 1315 2286  231   2517
Bolivie 780 780 872 1652  207   1859
Afrique du Sud 484 484 1025 1509  179   1688
Liban 240 240 1108 1348  160   1608
Malaisie 14 14 941 955  156   1111
Namibie 80 80 1317 1397  153   1550
Iran 655 655 883 1538  144   1682
Botswana 18 18 991 1009  136   1145
Albanie 411 411 709 1120  134   1254
Équateur 790 790 1077 1867  117   1984
Pays-Bas 672 672 547 1219  117   1336
Eswatini 185 185 925 1110  90   1200
Honduras 315 315 714 1029  54   1083
             
Taïwan 0,3 0,3 35,3 35,6  603   639
Corée du Sud 17,9 17,9 92 110  518   628
Japon 27,4 27,4 119 146  312   458
Singapour 4,9 4,9 135 140  148   288
Vietnam 0,4 0,4 330 331  105   436
Chine 3,0 3,2 0 3,2  0,4   3,6

*— ‘RoC’ signifie le Canada sans le Québec.

Références :
Covid-19 Coronavirus Pandemic
Données COVID-19 au Québec

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés au Covid-19, veuillez cliquer sur ceci

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Vœu du jour de l’An

1 janvier 2023


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Écrit par Jean-Pierre Martel


Pénuries en vue de médicaments essentiels

28 décembre 2022

Introduction

Le succès d’une lutte contre une pandémie se mesure à son efficacité à limiter sa contagion et à réduire son bilan meurtrier.

La politique chinoise appelée Zéro Covid a été un succès retentissant. Si on compare le nombre de morts par million d’habitants aux États-Unis et en Chine, on peut dire que cette politique a prévenu 99,9 % des morts qui, autrement, seraient survenues en Chine.

De plus, de manière significative, la Chine ne compte pas cette minorité de citoyens souffrant du syndrome postcovid qui plombera en Occident la productivité au cours des années qui viennent.

La contrepartie du succès chinois a été un confinement d’une extrême sévérité qui a été imposé aux régions qui, successivement — surtout dans l’Est du pays — en ont été touchées par la pandémie.

Ce que les médias occidentaux ont omis de dire, c’est que les moyens draconiens pour limiter la contagion ont fait en sorte qu’une bonne partie des régions chinoises n’ont jamais été atteintes par la pandémie.

En conséquence, leurs citoyens n’ont jamais connu de restrictions sanitaires et ont donc vécu normalement tout au cours de la pandémie.

Voilà pourquoi les révoltes contre les mesures sanitaires sont apparues uniquement dans les villes côtières, frappées à répétition par la pandémie.

La levée des restrictions chinoises

Après la levée graduelle des restrictions chinoises décrétées plus tôt ce mois-ci, on enregistre une explosion de la contagion, estimée à 37 millions de nouveaux cas par jour et à un nombre cumulatif de 250 millions de personnes contaminées.

Dans les milieux hostiles à la Chine, on se réjouit de ces mauvaises nouvelles qui seraient la preuve, selon eux, de la supériorité des politiques ‘douces’ utilisées en Occident pour lutter contre la pandémie.

Et parce que les nouvelles à ce sujet sont présentées à travers le filtre de la propagande occidentale, nulle part ne semble-t-on prendre conscience que la levée des restrictions chinoises nous mène tout droit vers une pénurie d’analgésiques, d’anti-inflammatoires et d’antibiotiques qui devrait durer quelques semaines, voire quelques mois.

La leçon qu’on n’a pas apprise

Pour tuer le début de pandémie chez elle à la fin de 2019, la Chine a utilisé une quantité massive de masques chirurgicaux, autant pour son personnel soignant que pour sa population en général.

Si bien qu’elle a momentanément cessé ses exportations. Celles-ci ont repris à la mi-janvier 2020.

C’est en février 2020, au cours d’une brève accalmie qui a duré quelques semaines, que l’Alberta a fait le plein de ses réserves stratégiques de masques.

Pendant ce temps, le directeur de la Santé publique du Québec répétait à qui voulait l’entendre que le Covid était moins dangereux que la grippe ordinaire…

Après la mort de centaines de médecins italiens causée par le manque de masque, tout l’Occident s’est rué sur la production chinoise de masques.

Ce qui a provoqué une nouvelle pénurie au cours de laquelle certains pays riches employaient, sur le tarmac des aéroports chinois, des pirates mandatés pour détourner à leur profit les cargaisons de masques destinées à d’autres pays.

C’est seulement vers mai 2020 que les approvisionnements sont revenus à la normale.

Retour vers le futur

Dans les régions chinoises les plus atteintes depuis peu par la pandémie, les pharmacies manquent déjà de préparations pharmaceutiques pour adulte contre la fièvre et contre l’inflammation, de même que de tests diagnostiques.

Au Japon, à Taïwan et à Singapour, les expatriés chinois se ruent sur les pharmacies de ces pays pour expédier ces médicaments à leurs parents demeurés en Chine.

Et ce, non pas parce que ces derniers manquent d’argent pour en acheter, mais parce que ces médicaments sont devenus introuvables.

Déjà la Chine limite ses exportations de tests. Ce n’est qu’une question de jours, sinon de semaines, pour qu’un embargo soit imposé à l’exportation des médicaments les plus utilisés contre la pandémie.

Or il faut savoir qu’il arrive souvent qu’une pneumonie causée par le Covid-19 se complique d’une surinfection bactérienne. En pareil cas, il est nécessaire d’utiliser un antibiotique.

Il faut donc anticiper que l’embargo chinois concerne non seulement les médicaments contre la fière (ex.: Tylenol™) et contre l’inflammation (ex.: Motrin™), mais également des antibiotiques utilisés chez nous contre toute une panoplie d’infections menaçant la vie.

En somme, la pénurie qu’on connait déjà au sujet de certains médicaments pédiatriques risque de s’étendre à leurs équivalents pour adulte.

En raison des pénuries actuelles en Chine, il est trop tard pour constituer chez nous des réserves stratégiques à partir de ce pays. Mais il faut savoir que l’Inde est l’autre grand pays où on a délocalisé la production de nos médicaments.

Qui doit bouger maintenant ?

La responsabilité de constituer des réserves stratégiques n’est pas limitée aux pays; une province peut agir de son propre chef, comme l’illustre le cas de l’Alberta au sujet des masques chirurgicaux en février 2020.

Mais ouvrez toutes grandes les pages de votre quotidien : où voyez-vous un seul gouvernement en Occident qui a compris les implications de l’abandon de la politique Zéro Covid en Chine pour sa propre population ?

Références :
Au Québec, la grippe saisonnière est plus à craindre que le coronavirus, dit Dr Arruda
Chine : les médicaments contre la fièvre et le rhume se raréfient
Covid-19 : l’utilisation ‘judicieuse’ des masques
Covid-19 : ruée des expatriés chinois sur les médicaments contre la fièvre et les maux de tête
Isoler les régions en temps de pandémie : l’exemple chinois
Les pénuries de médicaments
Pénurie des médicaments : inaction du gouvernement Harper

Paru depuis : L’aggravation de l’épidémie de Covid-19 en Chine fait craindre des pénuries de médicaments en France (2022-12-29)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La Charte de l’énergie et néocolonialisme occidental

26 décembre 2022


 
Introduction

C’est en 1994 que s’effondra le ‘Rideau de fer’ qui séparait l’Europe occidentale du Bloc soviétique : la fin de la Guerre froide constituait alors une formidable occasion d’enrichissement.

Aussitôt, les pays européens se mirent à l’œuvre pour convaincre les anciennes républiques soviétiques que leur potentiel énergétique était sous-exploité et pour que ce potentiel s’exprime pleinement, il fallait des investissements majeurs.

Or dans les pays où le droit à la propriété n’est pas protégé suffisamment au gout du grand capitalisme international, celui-ci hésite à y investir.

On s’est donc employé à rédiger une Charte de l’énergie — bientôt enchâssée dans un traité contraignant — qui est un accord multilatéral d’investissement, limité au secteur des énergies fossiles, qui s’est étendue depuis à 53 pays.

Le traité réunissait des pays importateurs d’hydrocarbures — le Japon, la Turquie, et l’Union européenne — et des pays exportateurs (quelques anciennes républiques soviétiques d’Eurasie).

Précisons que la Russie a signé le traité sans le ratifier. Ce qui ne l’a pas empêché d’être menacée de poursuites lorsqu’elle a voulu empêcher la plus importante pétrolière russe de tomber les mains d’Exxon Mobil. Dans un premier temps, la Russie a été condamnée à payer 50 milliards$, une décision juridique invalidée depuis, justement parce que ce pays n’a pas ratifié le traité.

La décennie au cours de laquelle toute cette affaire était devant les tribunaux servait à faire pression sur la Russie pour qu’elle cède aux intérêts de la pétrolière multinationale.

Un néocolonialisme

Au lendemain de l’effondrement du bloc soviétique, ce traité consistait à amener les pays ruinés d’Eurasie à consentir à un carcan juridique qui les laissait totalement à la merci du pillage de leurs ressources énergétiques par des investisseurs occidentaux.

À la différence de ce qui prévalait au XIXe siècle, les colonisateurs n’étaient plus des États européens, mais des multinationales érigées au rang d’entités souveraines.

La Charte protégeait ces dernières contre la discrimination quant à l’accès aux ressources naturelles, contre la nationalisation et l’expropriation, de même que la protection contre les ruptures de contrat et toute mesure étatique susceptible de nuire à la rentabilité de leurs investissements.

Il est important de noter que le traité protège l’argent investi et les revenus anticipés de cet investissement.

Si un pays interdit des forages à proximité de ses côtes maritimes après qu’un groupe pétrogazier ait dépensé des millions pour explorer le potentiel d’un site, cette compagnie sera compensée non seulement pour les sommes investies jusqu’alors, mais également pour tout l’argent qu’elle anticipait récolter pendant les années au cours desquelles le site aurait été opérationnel.

C’est ainsi que six ans après avoir quitté le traité, l’Italie a été condamnée à verser plus de 190 millions d’euros à une pétrolière britannique qui comptait forer au large du pays. Ce qui est bien au-delà des sommes (33 millions d’euros) que la pétrolière comptait investir dans ce projet.

En Europe occidentale, le seul exportateur important d’hydrocarbures est la Norvège. Tout comme la Russie, ce pays a signé le traité sans le ratifier.

Et les deux seuls signataires qui se sont véritablement enrichis depuis 1994 grâce à leurs hydrocarbures, ce sont la Russie et la Norvège. Tous les États producteurs dont les mains étaient liées par le traité en ont tiré des avantages mineurs.

L’effet boomerang

Si, à l’origine, ce traité visait à assurer le pillage des hydrocarbures des anciennes républiques soviétiques, il s’est retourné depuis contre les pays d’Europe de l’Ouest.

De nos jours, lorsqu’un tribunal entend un litige au sujet de la Charte de l’énergie, cette cause oppose — dans 74 % des cas — un investisseur européen contre un pays membre de l’Union européenne. À la fin de 2020, près de 28 milliards$ de réclamations étaient en attente d’une décision juridique.

Précisons qu’en septembre 2021, la Cour de justice de l’Union européenne, sur la base des dispositions de l’Accord de Paris sur le climat, invalidait les clauses incompatibles de la Charte de l’énergie, plus précisément celles qui permettaient à une entreprise énergétique européenne de poursuivre un pays membre du marché commun.

Par le moyen de ce tour de passepasse juridique commode — qui illustre bien le caractère arbitraire de ce qu’on appelle ‘le droit international’ — les pays européens pouvaient renier leur parole. Comme un mari devenu bigame qui corrige sa situation en répudiant sa première épouse après en avoir épousé une deuxième.

Malgré cela, à la condition de passer sous contrôle étranger (c’est-à-dire hors de l’Union européenne), les pétrolières et les opérateurs privés de centrales électriques au charbon peuvent continuer d’obtenir un dédommagement chaque fois qu’un pays désireux de lutter contre les changements climatiques adopte des mesures pour réduire sa production de CO₂.

Quitter le traité

Pour modifier la moindre virgule de ce traité, il faut l’unanimité des pays participants. En somme, il est plus facile d’en sortir que de le modifier.

C’est ce qu’ont fait ou se proposent de faire l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, la France, les Pays-Bas et la Pologne.

Toutefois, même lorsqu’un pays sort du traité, les poursuites sont possibles pendant vingt ans.

Les contextes changent, mais les traités restent

Tout comme les constitutions blindées, les traités presque impossibles à modifier condamnent les pays à avancer un boulet rivé à la cheville.

Dans le cas des pays liés par ce traité, ils doivent de nos jours à la fois investir dans des sources renouvelables d’énergie et dédommager les investisseurs lésés par leur lutte aux changements climatiques.

En somme, ces pays promettent depuis des années de lutter contre les changements climatiques, mais en réalité, ils ne peuvent s’adonner impunément à cette lutte que si cette dernière ne porte pas atteinte aux intérêts des investisseurs dans les secteurs gaziers et pétroliers. Or concilier les deux est impossible.

En vertu de ce traité, les investisseurs devront, par exemple, être dédommagés par les États pour tout préjudice lié aux mesures d’économie d’énergie implantées cet hiver, mais également durant tous les hivers des vingt prochaines années.

Conclusion

Faire des affaires comporte toujours un risque. Les États qui veulent garantir aux investisseurs l’absence de risque dans un monde de plus en plus instable finissent toujours par le regretter.

Références :
De plus en plus d’Etats européens décidés à sortir du traité sur la charte de l’énergie
Qu’est-ce que le traité sur la charte de l’énergie et pourquoi est-il si controversé ?
Traité de la charte sur l’énergie

Détails techniques de la photo : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 — 1/4000 sec. — F/2,8 — ISO 160 — 40 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Vœux de la saison

25 décembre 2022


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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les danses du swing

24 décembre 2022

Introduction

Originellement, le swing est un style musical issu du jazz, caractérisé par son rythme animé et bondissant. C’est sur ce rythme que sont nés le charleston et diverses danses apparues entre 1920 et 1940.

Au cours de la seconde moitié du XXe siècle, ces danses prirent le nom collectif de ‘danse du swing’. À l’époque, chacune d’entre elles conservait son nom. La version la plus folle et la plus déjantée du swing fut le Lindy Hop (souvent appelé jitterbug).

Au cours de la décennie qui suivit la libération de la France en 1945, le jitterbug, prisé des soldats américains, fit fureur dans les clubs de jazz parisiens. Sous son aspect improvisé (habituelle feint en raison de sa virtuosité), il symbolisait alors un élan de liberté après des années de privation.

Déjà concurrencé par le Rock’n Roll dès la fin des années 1950, le swing tomba en désuétude dans les années 1970.

Toutefois, à titre d’ancêtre des danses de rue improvisées actuelles, les danses du swing rencontrent de nouveaux adeptes.

Interrompus sous la pandémie, de nombreux festivals de swing aspirent à renaitre.

Les festivals non compétitifs

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Devant une foule assise par terre à l’avant et debout à l’arrière, des danseurs, seuls ou en couple, s’emparent successivement de la piste de danse au son d’un orchestre réduit. C’est la formule des festivals non compétitifs.

Les festivals compétitifs

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Contrairement aux télécrochets — comme l’émission Révolution — la plupart des festivals compétitifs de swing sont basés sur l’improvisation. De manière à être fidèles aux origines du jazz.

C’est l’essentiel qu’ils en ont retenu puisque depuis le début de ce siècle, le swing intègre un grand nombre de rythmes de musique pop.

Les couples sont formés par tirage au sort. Le hasard réunit donc des couples du même sexe ou de sexes différents. Et la musique qui accompagne ces improvisations, d’une durée de deux ou trois minutes, est alors moins rapide que celle, effrénée, utilisée par les festivals non compétitifs.

Depuis deux jours, je me suis plongé sur Youtube dans l’univers joyeux du swing. Histoire de baigner dans l’esprit des Fêtes.

Je vous invite à y faire un tour…

Références :
Swing (danse)
West Coast Swing

Voici quelques festivals de swing (renommés avant la pandémie) dont on trouvera des vidéos sur Youtube : le volet ‘swing’ du Bavarian Open, le Berlin Swing Revolution, le Jazz Roots Battle (à Paris), le Montreal Swing Riot, le Prague Xmas Swing, le Scandinavian Open WCS (à Stockholm), le Swingtacular (à San Francisco), The After Party (près de Los Angeles), le Warsaw Halloween Swing, le West Coast Swing Budafest, le Westie Pink City (à Toulouse), le West in Lyon, et le West Zouk Time (à Brno).

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Sécurité des piétons : réduire la vitesse ou implanter le péage ?

22 décembre 2022

Introduction

Au cours de ‘la Crise des piétons’ de 2019, le responsable de la mobilité de l’administration Plante déclarait qu’une collision automobile impliquant un piéton, c’est toujours entre deux usagers et que la responsabilité est partagée entre les deux.

Trois ans d’inertie

Critiquée pour son inaction, l’administration municipale dévoilait cette année-là les deux mesures phares qu’elle entendait mettre en œuvre pour protéger la vie des piétons.

Premièrement, on devait dépenser 58,5 millions$ sur trois ans — de 2019 à 2022 — à l’achat de feux pour piétons.

De tels feux sont utiles si on part de la prémisse selon laquelle les piétons se font happer parce qu’ils ne respectent pas feux de circulation ‘ordinaires’.

Ajouter des feux qui leur sont spécifiquement adressés est donc un moyen logique de les aider à respecter les règles de circulation et à réduire le nombre d’entre eux qui se font happer par leur faute.

De plus, sur une période de huit ans, on devait saupoudrer ici et là des poussières de secondes pour accorder aux piétons plus de temps pour traverser les rues à proximité des écoles, des CHSLD, des hôpitaux et des centres communautaires.

Évidemment, cette mesure devait s’appliquer uniquement là où se trouvent des feux de circulation. Ce qui n’est pas le cas à la rencontre des rues de Rouen et Parthenais (où eut lieu l’accident qui couta la vie à Mariia Legenkovska).

Réduire la vitesse de la circulation automobile

Depuis 2019, l’administration Plante a diminué le nombre d’agents affectés au respect des règles de circulation automobile.

En 2018, les agents de circulation donnaient douze-mille contraventions pour excès de vitesse dans les zones scolaires de la métropole. En 2022, ils en ont émis 5 299. Moins de la moitié.

De plus, les demandes de citoyens pour ajouter des passages piétons supervisés par des brigadiers scolaires ont été presque systématiquement refusées.


 
Mais tout cela ne doit pas nous faire oublier que des piétons sont blessés presque partout sur l’ile de Montréal.

Afin d’améliorer le bilan meurtrier des rues montréalaises, certains proposent une réduction systématique de la vitesse maximale permise, passant, par exemple, de 50 km/h à 30 km/h.

Effectivement, les études ont démontré que réduire la vitesse de la circulation diminuait de manière importante la gravité des collisions automobiles. Chaque réduction de 5 km/h réduit de 15 % le nombre des décès.

Toutefois, dans un contexte où la circulation est trop dense, réduire la vitesse de manière généralisée entraine des conséquences catastrophiques.

Prenons un exemple.

S’il faut 30 minutes pour parcourir le trajet du domicile au travail, cela signifie qu’après trente minutes, l’auto arrive à destination, se stationne, et cesse d’encombrer les rues.

Si on réduit de moitié la vitesse permise, cela veut dire que cette voiture — comme toutes celles qui circulent en ville — demeurera deux fois plus longtemps en mouvement avant de se stationner.

En somme, c’est doubler le nombre apparent de véhicules sur nos rues.

Aussi souhaitable que soit cette mesure en temps normal, c’est la dernière chose à faire quand le problème fondamental est l’excès de voitures. Puisqu’alors, on provoque la paralysie presque complète de la circulation automobile à Montréal.

Bref, dans le contexte actuel, c’est une fausse bonne idée.

Quant à l’idée de limiter la vitesse à 30 km/h, mais seulement dans certains endroits comme dans les zones scolaires, c’est déjà le cas. Précisons que seules les portions de rues qui longent le terrain d’une école font partie de sa zone scolaire. Or le lieu où Mariia Legenkovska a été tuée est situé à deux quadrilatères au-delà de cette zone.

De plus, moins de cinq pour cent des accidents impliquant des piétons surviennent dans les zones scolaires. Donc toute politique sérieuse visant à assurer la sécurité des piétons doit s’appliquer sur l’ensemble du territoire montréalais.

Le péage

Il y quelques années, Luc Ferrandez, maire de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, adopta toute une série de mesures destinées à décourager la traversée de son quartier par des automobilistes venus d’ailleurs.

Ce qui suscita la colère des commerçants dont la clientèle venait d’un peu partout. Mais ce qui n’empêcha pas M. Ferrandez d’être réélu par une forte majorité de ses concitoyens, heureux de la paix retrouvée dans leur milieu de vie.

L’indignation et la colère populaire provoquées par la mort de Mariia Legenkovska ont incité l’administration Plante à renchérir au-delà de ses timides mesures de 2019; c’est ainsi que la mairesse de Montréal s’est engagée à ‘plateauiser’ Montréal. En somme, à étendre à toute l’ile les réformes à la Ferrandez.

Le péage est le seul moyen d’alléger la circulation automobile à Montréal.

Décourager la traversée de la ville aux automobilistes venus d’ailleurs est effectivement le moyen le plus efficace de réduire l’excès de voitures sur nos rues, cause profonde des accidents impliquant des piétons.

Les considérations politiques

Le pouvoir d’implanter le péage sur tous les ponts menant à Montréal est détenu par le ministère des Transports du Québec.

Donc si la ville de Montréal veut qu’un péage soit imposé sur tous les ponts qui mènent à l’ile, elle doit soit demander à la ministre des Transports de le faire ou demander que Québec lui délègue ce pouvoir.

La ministre des Transports devrait s’y opposer farouchement puisque si elle délègue ce pouvoir à Montréal, elle craindra que la ville de Québec veuille faire la même chose à l’embouchure du 3e lien, signant ainsi l’arrêt de mort de ce projet cher au gouvernement…

Pour forcer la main de la ministre, il suffit que Montréal adopte un règlement qui ne permette l’accès aux rues de la ville reliées au pont Jacques-Cartier qu’aux camions de livraison qui arrivent de ce pont.

Implicitement, c’est l’équivalent d’interdire la circulation automobile sur ce pont. Une mesure qui devrait irriter la ministre, mais contre laquelle elle n’a aucun pouvoir.

En somme, pour réduire la dangerosité de circulation automobile, il faut des mesures radicales qui sont contraires à l’idéologie woke de l’administration Plante.

En déclarant Montréal ‘ville sanctuaire’ pour les migrants du monde entier et en prêchant le vivre ensemble de même que l’inclusivité, on voit mal l’administration Plante décourager l’accès des rues de la ville aux véhicules étrangers. Philosophiquement, une telle ‘xénophobie’ est une hérésie.

Voilà pourquoi les piétons montréalais qui craignent pour leur sécurité devront militer dans un organisme comme Piétons Québec s’ils veulent être entendus.

Références :
Ces automobilistes pressés
La crise des piétons tués durera huit ans
L’excès de voitures dans nos rues
Moins de contraventions pour vitesse sont données aux automobilistes en zone scolaire
Montréal ville refuge : la déclaration adoptée, des gestes concrets réclamés
Sécurité des piétons : Plante se dit fière de « plateauiser » Montréal

Parus depuis :
Zones scolaires, zones dangereuses (2022-12-23)
Brigadière heurtée par une automobiliste : « On attend quoi, au juste ? » (2023-01-12)

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la sécurité des piétons, veuillez cliquer sur ceci.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’ouest du quartier de Hradčany

20 décembre 2022
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Autour de la place Hradčany

Le Château de Prague adopte la forme d’un « A » couché le long d’un plateau abrupt dominant la ville.

Si de nombreux nobles ont choisi de construire leurs palais sur les flancs de ce plateau, d’autres ont préféré ériger les leurs sur le dessus, plus précisément autour de la place Hradčany (qui se trouve devant l’entrée principale du château).

Dans le sens des aiguilles d’une montre à partir du château, on trouve d’abord (à 0:04) le palais Salm, érigé de 1795 à 1810 par l’architecte František Pavíček.

À la suite du feu qui détruisit une partie du château de Prague et de ses environs en 1541, on construisit de 1545 à 1563 le palais Schwarzenberg-Lobkowicz (de 0:06 à 0:41).

L’édifice porte le nom de son premier propriétaire, Jan de Lobkowicz et de la famille Schwarzenberg (qui l’acheta en 1719).

L’Italien Agostino Galli, à la fois architecte et décorateur, revêtit son extérieur d’un faux bossage en pointe de diamant réalisé en sgraffites.

Son côté sud, également recouvert de sgraffites, offre une vue splendide sur la ville (0:16 à 0:19).

Les plafonds peints du deuxième étage (de 0:24 à 0:27) datent des années 1580.

L’édifice abrite une partie des œuvres de la Galerie Nationale. Il est à noter que celle-ci redistribue de temps en temps ses collections à travers ses divers musées. C’est ainsi qu’au moment de ma visite, on pouvait y voir (à 0:28) L’Épitaphe de l’orfèvre Mikuláš Müller, de Bartholomeus Spranger, trouvé quelques années plus tôt au couvent Saint-Georges du château de Prague.

Le côté ouest de la place Hradčany est principalement occupé par le palais Thun-Hohenstein (1689-1691), attribué à l’architecte Jean-Baptiste Mathey (de 0:42 à 0:53).

Il est surnommé ‘palais Toscan’ en raison du fait que les grands-ducs de Toscane en firent l’acquisition en 1718.

Les sept statues qui décorent la balustrade du toit sont de Jan Brokof; elles représentent les arts libéraux : la grammaire, la dialectique, la rhétorique, l’arithmétique, la musique, la géométrie et l’astronomie.

À l’angle de la rue Loretánská, la façade de cet édifice présente un Saint-Michel (à 0:46), sculpté en 1691 par Ottavio Mosto.

À 0:56 et à 1:00, il s’agit de deux anciennes résidences de chanoines. La première, appartenant à Géraldine Mucha (belle-fille du peintre), fut le lieu de tournage de quelques scènes du film Amadeus de Miloš Forman.

Le coin nord-ouest de la place Hradčany est occupé par le palais Martinic, reconstruit vers 1583 (de 1:02 à 1:27). Sa façade est ornée de sgraffites représentant des scènes bibliques et mythologiques.

De 1:28 à 1:31, nous apercevons le palais de Saxe-Lauenbourg.

Puis, on a un aperçu du restaurant U Labuti (ou restaurant Au Cygne, de 1:32 à 1:37).

De 1:38 à 1:41, nous voyons la Colonne mariale de la peste, sculptée par Ferdinand Brokof en 1726 pour célébrer la fin de l’épidémie de peste qui frappa Prague en 1679.

Notre tour de la place Hradčany se termine devant le Palais archiépiscopal (à 1:44), construit entre 1562 et 1564 par Ultrico Avostalis sur les plans de Bonifác Wohlmut. Sa façade fut baroquisée en 1763 par Jan-Josef Wirch.

La porte à sa gauche donne accès au palais Šternberk (de 1:46 à 2:05). Celui-ci abrite une partie importante des œuvres de la Galerie nationale. Notamment, on y voit ce Christ (vers 1590) d’El Greco (à 1:52), Don Miguel de Lardizábal (1815) de Francisco Goya (à 1:54), Le Savant dans son cabinet (1634) par Rembrandt (à 2:02), et Le Martyre de saint Thomas (1636) de Rubens (à 2:04)

Les environs de Notre-Dame-de-Lorette

Après un aperçu l’église Sant-Jean-Népomucène (2:07 à 2:09), nous empruntons la rue Kanovnícká — qui débute au coin nord-ouest de la place Hradčany — on accède à la rue Nový Svět (ou rue du Nouveau Monde).

Celle-ci est bordée par de modestes maisons construites à l’époque baroque pour loger le personnel du château. Lorsqu’aucune voiture n’y circule, on se croirait téléporté au XVIIIe siècle.

Autrefois, les maisons ne portaient pas d’adresse civique (ex.- 100 rue Principale); une enseigne décorative servait à les désigner. C’est ainsi qu’à 2:13, le numéro 3 de cette rue est la Maison à la Poire d’or et qu’à 2:15, le numéro 19 est l’entrée (modernisée) de la Maison à l’Agneau doré.

En tournant à gauche à son embouchure occidentale, on grimpe la rue Černínská (de 2:19 à 2:24) pour accéder au sanctuaire de Notre-Dame-de-Lorette.

Au XIIIe siècle, alors que la Terre Sainte allait tomber entre les mains des ‘infidèles’, la légende veut que des anges aient soulevé la maison de Nazareth (la Santa Casa) où l’archange Gabriel avait annoncé à la Vierge Marie qu’elle était enceinte du Christ, pour la transporter dans la ville italienne de Loreto.

En peu de temps, cette ville devint un important centre de pèlerinage.

En 1626, Katařina de Lobkovic finança la construction à Hradčany d’une réplique de la Santa Casa, telle qu’on pouvait la voir à Loreto, c’est-à-dire gainé d’un riche revêtement sculpté en marbre de Carrare (à 2:35). Œuvre de Giovanni-Domenico Orsi, cette réplique fut placée dans la cour centrale de ce centre liturgique.

Or bientôt, dans toute la Bohème, on rapporta la nouvelle de miracles qui rendaient superflu le voyage à Loreto. Le clergé catholique était d’autant plus enclin à rapporter ces nouvelles merveilleuses que cela incitait les fidèles tentés par le hussisme — le pré-protestantisme prêché par Jan Hus — à revenir vers la ‘vraie’ religion, celle de Rome.

Six décennies après sa construction, la façade du sanctuaire fut baroquisée par Kryštof et Kilián-Ignác Dientzenhofer (père et fils étant les plus grands architectes de Prague).

De part et d’autre du balcon de sa façade (à 2:29), les statues de saint Joseph et de saint Jean Baptiste ont été réalisées par Ondřej Quitainer.

La ville d’Amsterdam étant renommée entre autres pour les charmants carillons de ses églises, on y vit venir un carillon de 27 cloches réalisé par Claude Fremy (à 2:31) tandis que l’horloge fut confiée à Petr Neumann.

Aussi somptueux que soit son extérieur, l’intérieur de la réplique de la Santa Casa tchèque est décevant. Toutefois, le sanctuaire de Notre-Dame-de-Lorette doit absolument être visité, notamment pour la splendeur de son trésor.

Les dons reçus de toute la noblesse catholique de Bohème firent de ce sanctuaire le plus riche d’Europe centrale.

De nos jours, on demeure émerveillé par ce trésor, logé dans un vaste coffre-fort aussi impressionnant que celui des plus grandes banques mondiales.

On ne compte plus les objets liturgiques parés de diamants, de perles, de pierres précieuses, de grenats de Bohème (évidemment) qu’on y trouve. À titre d’exemple, l’ostensoir surnommé Le Soleil de Prague (à 2:41), réalisée à Vienne entre 1696 et 1699, est serti de 6 222 diamants.

Pour des raisons de sécurité, il est interdit de photographier l’intérieur de ce sanctuaire. Les quelques images que le diaporama présente (de 2:35 à 2:42) sont des photos de cartes postales.

Poursuivant notre visite, nous apercevons à 2:43 le palais Černín. Long de 150 mètres, c’est le plus grand palais baroque de Prague. Œuvre de Francesco Caratti, il fut construit à partir de 1668 pour le comte Černín de Chudenice (qui ne l’habita jamais).

De nos jours, l’édifice abrite le ministère des Affaires étrangères de la République Tchèque.

De 2:45 à 2:48, il s’agit du Loretánské Náměstí 1, soit la Maison à saint Luc. On y trouve une auberge.

Les environs du couvent Strahov

À 2:50, il s’agit d’un lieu de prière sur la rue Loretánská. À 2:52, c’est l’enseigne du Pohořelec 3 (la Maison aux Étoiles d’or).

L’ancien hôpital du monastère Strahov est aujourd’hui l’hôtel Questenberk (de 2:56 à 2:59).

De 3:00 à 3:03, on voit l’enseigne du restaurant Nad U Vozem, situé au Loretánská 15, de même qu’un de ses plats.

De 3:04 à 3:27, nous sommes au couvent de Strahov.

On y voit :
• de 3:10 à 3:13, l’Église de l’Assomption de la Vierge,
• de 3:14 à 3:17, la Salle philosophique, construire pour recevoir les livres du couvent de Louka, fermé en 1782. La fresque de sa voute représente La Lutte de l’humanité pour la connaissance et la vraie sagesse (1792) de Franz Maulbertsch,
• entre les deux salles, le cabinet des curiosités renferme le seul dodo complet au monde (complet mais déplumé),
• de 3:20 à 3:25, la Salle théologique, aménagée de 1671 à 1679 par Giovanni-Domenico Orsi. Au fond, une armoire verrouillée renferme les livres à l’index. Ses fresques sont sur le thème de l’amour du savoir. Ses globes astronomiques ont été réalisés au XVIIIe siècle par William Blaeu. Le bijou de sa collection est l’évangéliaire de Stahov, écrit au IXe siècle et dont la reliure actuelle date du XIIe siècle.

Plusieurs fois pillées, les deux bibliothèques du couvent comptent encore 130 000 livres, 2 000 manuscrits et 2 600 incunables.

Détails techniques : Ce diaporama est composé de 98 photos prises avec un appareil Canon Powershot G6 et de quatre reproductions de cartes postales.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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