Dépêche de l’Agence France-Presse
Introduction
Toutes les agences de presse sont des organes de propagande. L’Agence France-Presse (AFP) ne fait pas exception.
Ses comptes-rendus dépeignent les conflits de manière binaire, où s’affrontent les bons et les méchants.
Les émeutes contemporaines à Belfast en sont un exemple.
Analyse d’une dépêche
La dépêche reproduite aujourd’hui par Radio-Canada est la même que celle publiée par La Presse.
Elle présente les réactions populaires à un assaut survenu récemment à Belfast (la capitale de l’Irlande du Nord). Au cours de ce fait divers, un réfugié somalien a poignardé en pleine rue un citoyen britannique, sans le tuer, mais en lui crevant un œil.
La première partie du texte est le récit des évènements. Les protestataires ont emprunté telle rue. Ils y ont fait ceci. Les forces de l’ordre ont répliqué en faisant cela.
Suit la désapprobation.
En premier lieu, l’AFP fait état d’un communiqué qu’elle a obtenu des forces de l’ordre. Dans ce texte, la famille exprimerait son dégout. Non pas le dégout de la manière avec laquelle un des leurs a été sauvagement agressé, mais un dégout suscité par les scènes de violence qui ont suivi.
Ceci est très douteux. De toute évidence, dans ce communiqué, ce n’est pas la famille qui parle, mais la police.
Après celle de la famille, l’agence choisit de présenter la réaction du premier ministre britannique, de celle de la ministre nord-irlandaise de l’Intérieur, et celles de deux (2) citoyens de la ville.
Les marionnettes de l’intolérance
En aucun temps, l’AFP ne donne pas la parole aux manifestants. Dans sa dépêche, ceux-ci constituent une masse anonyme au sein de laquelle se trouve une proportion inconnue d’émeutiers.
L’AFP précise que les appels à manifester avaient été lancés par des personnalités qu’elle qualifie d’extrême droite.
Puis elle souligne le rôle mobilisateur des réseaux sociaux, accusés d’avoir attisé l’intolérance raciale.
L’AFP note enfin la présence de graffitis islamophobes dans le quartier où se sont déroulées les émeutes.
Tout cela pour dépeindre les émeutiers comme des personnes soumises à des influences xénophobes.
L’agresseur
L’auteur de cette attaque est un réfugié somalien de trente ans, arrivé en Irlande du Nord en 2023.
En Grande-Bretagne, un requérant au statut d’immigrant ne peut pas mettre les pieds en sol britannique à moins d’avoir une connaissance préalable de l’anglais.
Mais cette exigence ne s’applique pas aux réfugiés en raison de l’urgence de leur situation. Voilà pourquoi ce Somalien a immigré en Grande-Bretagne sans savoir l’anglais. Et il ne la connait toujours pas trois ans plus tard.
Comment s’est-il débrouillé jusqu’ici ? En comptant sur les réseaux de personnes arabophones qui vivent en marge de la société anglaise.
L’immigration en Irlande du Nord
Peuplée de 1 911 000 personnes au recensement de 2021, l’Irlande du Nord a accueilli 293 000 immigrants de 2002 à 2023.
Toutefois, 231 000 d’entre eux ont migré ailleurs au cours de la même période. Ce qui laisse un solde net de 62 000 personnes en deux décennies. Ce qui, objectivement, est peu.
En raison du multiculturalisme britannique, les immigrés ont eu tendance à se regrouper en tribus ethniques, notamment au centre du pays. Dans certaines écoles primaires, on y compte jusqu’à 90,3 % d’élèves nés de parents étrangers.
Si bien que dans certains quartiers des villes d’Irlande du Nord, les ‘Autochtones’ ont l’impression d’être devenus étrangers dans leur propre pays.
Sur une ile où la population autrefois majoritairement celte a été deux fois la cible d’une tentative d’extermination (sous Cromwell au XVIIe siècle et dans la foulée de la Grande famine du XIXe siècle), l’hypothèse d’un ‘grand remplacement ethnique’ est un sujet extrêmement sensible.
L’instrumentalisation politique
Il y eut une époque où les milieux de gauche se méfiaient de l’immigration.
Le Parti communiste et les syndicats français s’opposaient à ce qu’on appelait autrefois les ‘flux migratoires incontrôlés’.
On prétendait que l’immigration massive découlait d’un complot capitaliste destiné à maintenir un surplus toujours renouvelé de main d’œuvre à bon marché.
Avec l’aisance de la classe moyenne apparue au cours des décennies qui ont suivi la Deuxième Guerre mondiale, les milieux de gauche sont devenus à la recherche d’un nouveau prolétariat. Celui-ci prit le visage de l’immigrant, du réfugié, du pauvre, venu d’ailleurs.
L’abandon du combat contre l’immigration massive par les partis de gauche a fait en sorte que leur électorat a migré vers les partis de droite, heureux d’exploiter ce thème électoralement payant.
Références :
Immigrants’ spouses ‘must speak English before entering UK’
International Migration in Northern Ireland: an Update
L’abus du qualificatif ‘extrême droite’ par l’AFP
La corruption de la presse occidentale par Washington
Le multiculturalisme ou le tribalisme des sociétés anglo-saxonnes
L’époque troublée du premier Irlandais au Canada
Nouvelle nuit de manifestations anti-immigration à Belfast
Tensions à Belfast : comment la violence anti-immigrés s’enracine en Irlande du Nord