L’ingérence étrangère en Moldavie

Publié le 8 octobre 2025 | Temps de lecture : 19 minutes

Importance géostratégique

La Moldavie est un pays enclavé entre la Roumanie et l’Ukraine.

Avant le déclenchement de la guerre russo-ukrainienne, c’était le pays le plus pauvre d’Europe.

La Moldavie n’est pas productrice de pétrole ni de minéraux critiques. De manière générale, elle ne produit rien d’essentiel à l’économie mondiale. De plus, avec sa population de 2,8 millions d’habitants, c’est un marché d’exportation secondaire pour n’importe quel de ses voisins.

D’autre part, l’article 11 de sa constitution se lit comme suit :

La République de Moldavie proclame sa neutralité permanente. Elle n’admet pas la présence de troupes militaires d’autres États sur son territoire.

Tout cela confère à la Moldavie une importance géostratégique mineure, essentiellement limitée à sa position géographique, plus précisément à une position entre deux blocs hostiles; l’Otan (à l’ouest) et la Russie (à portée de missile).

À l’Est, le long de sa frontière avec l’Ukraine, une longue bande de son territoire correspond à sa province sécessionniste de Transnistrie. C’est là où se trouve une bonne partie sa minorité russophone. Celle-ci compte pour quatre pour cent de la population moldave, le pays étant à 82 % roumanophone.

Précisons que la Transnistrie n’est reconnue par aucun pays. Pas même par la Russie.

En raison de sa neutralité militaire, le pays est doté du budget militaire le plus faible d’Europe (0,5 % de son PIB).

En somme, la Moldavie ne compte que sur sa diplomatie pour se maintenir en équilibre entre les rivalités hégémoniques des empires qui l’entourent, des empires qui n’hésitent pas à s’immiscer dans ses affaires intérieures dans le but de modifier cet équilibre à leur avantage.

Le référendum constitutionnel de 2024

À la suite du Sommet de l’Otan à Bucarest en 2008, Vladimir Poutine avait fait savoir que l’adhésion de la Biélorussie ou de l’Ukraine à l’Otan serait une menace existentielle aux intérêts stratégiques de la Russie et constituerait un casus belli.

En réaction à l’invasion de l’Ukraine, la Suède et la Finlande se sont empressées de devenir membres de l’Otan.

La Moldavie n’a pas pu faire de même en raison de sa constitution.

De plus, le 2 février 2023, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déclaré que la Moldavie pourrait subir le sort de l’Ukraine (c’est-à-dire être envahie par la Russie) si la Moldavie décidait de rejoindre l’Otan.

Plutôt que de supprimer l’article 11 de sa constitution (et ainsi risquer une guerre), les dirigeants du pays ont plutôt choisi d’ajouter à la constitution des dispositions d’apparence anodine qui, dans les faits, font contrepoids à l’article 11.

En 20 octobre 2024, les électeurs moldaves étaient invités à se prononcer sur la pertinence d’amender la Constitution moldave afin d’y stipuler le caractère irréversible du cheminement de la Moldavie en vue de son adhésion à l’Union européenne (UE).

Le bulletin de vote précisait le texte des amendements à apporter à la constitution :

Le préambule [de la constitution] est complété par les nouveaux paragraphes suivants :

RECONFIRMANT l’identité européenne du peuple de la République et l’irréversibilité du parcours européen de la République de Moldavie.

DÉCLARANT l’intégration dans l’Union européenne comme objectif de la République de Moldavie.

La constitution est complétée par un titre V dont le contenu est le suivant :

TITRE V : INTÉGRATION DANS L’UNION EUROPÉENNE

Article 140 : Adhésion aux traités fondateurs […] de l’Union européenne.

(1) L’adhésion de la République de Moldavie aux traités fondateurs de l’Union européenne […] est établie par le parlement par le biais d’une loi organique.

(2) En raison de cette adhésion, les dispositions des traités fondateurs de l’Union européenne […] l’emportent sur toute disposition contraire des lois nationales […].

Comme nous le verrons plus loin, le cheminement vers l’intégration à l’UE est indissociable du cheminement vers l’adhésion, d’une manière ou d’une autre, à l’Otan.

Un référendum sous influence

L’influence occidentale

À dix jours du référendum, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a tenté d’en influencer le résultat en se rendant dans la capitale moldave pour y annoncer une aide sans précédent de 1,8 milliard d’euros sur deux ans (2025-2027) en faveur de la Moldavie.

Cette aide est principalement constituée d’un prêt dont les versements peuvent en tout temps être différés si le cheminement de la Moldavie vers l’UE laisse à désirer selon Bruxelles.

Le taux de participation au référendum fut de 50,69 %, soit 1,5 million de votants sur 3,0 millions d’inscrits (comprenant la diaspora moldave). De plus, le ‘oui’ l’emporta avec 50,35 % des voix exprimées. Ce qui veut dire que seulement 25,5 % de la population adulte du pays a voté ‘oui’.

Ce faible taux d’approbation s’explique moins par le désintérêt des électeurs que par les embuches dressées contre leur participation au scrutin.

Alors que la diaspora moldave en Amérique du Nord a pu voter électroniquement et alors que des centaines de bureaux de vote ont été ouverts afin de permettre à la diaspora moldave en Occident de voter, seulement deux bureaux de vote ont été mis à la disposition de la diaspora moldave en Russie, généralement pro-russe. Or cette dernière, forte d’environ un demi-million d’expatriés, est presque aussi importante que la diaspora moldave en Occident (entre 500 000 et 600 000 personnes).

Cette parcimonie est un choix politique des autorités moldaves puisque Moscou n’avait pas intérêt à ce que la diaspora de Russie connaisse des difficultés à s’exprimer.

L’influence russe et sa répression

L’oligarque israélo-moldavien Ilan Șor (qu’on prononce ‘Chor’) est un escroc extrêmement populaire en raison de son mécénat. En 1998, il fonda un parti politique à son nom, un parti qu’il dirigea en Moldavie de 2016 à 2019, et à partir de Russie entre 2019 et 2023.

En 2017, il fut condamné à 7,5 années de prison pour fraude. Pendant que la cause était portée en appel, il s’enfuit en Israël en 2019, puis en Russie. Sa peine fut doublée à 15 ans par la Cour d’appel de Moldavie en 2023.

Dès septembre 2022, son parti organisa d’importantes protestations contre le gouvernement pro-européen au pouvoir en raison de la crise énergétique qui secouait le pays.

Le 3 octobre 2024, les dirigeants moldaves accusaient Ilan Șor d’avoir, à coup de millions d’euros provenant de Russie, tenté d’acheter les votes de 130 000 personnes en vue du référendum. Ce qui constitue une accusation ridicule puisque, dans le secret de l’isoloir, l’électeur demeure libre de voter pour qui il veut.

Étant donné que les avoirs d’Ilan Șor en Moldavie ont été saisis par la Justice parce qu’acquis frauduleusement, l’argent qu’Ilan Șor dépense en Moldavie provient évidemment de Russie, sans qu’on puisse déterminer si cet argent est le sien ou s’il dépense des sommes que lui verse le Kremlin.

Au lieu de servir à acheter des votes, cet argent servait plutôt à rémunérer des journalistes, des influenceurs sur les médias sociaux, des prêtres orthodoxes, et toute personne capable de modifier le résultat du scrutin. Ce qui constitue de l’ingérence étrangère au sens strict du terme puisqu’Ilan Șor, citoyen moldave, dépense cet argent à partir de l’Étranger.

Ajoutons toutefois que l’Union européenne fait pareil par le biais des ONG moldaves à sa solde.

Le 8 novembre 2022, le gouvernement du pays entama des procédures afin de bannir le parti Șor. Ces procédures aboutiront le 19 juin de l’année suivante; la Cour constitutionnelle de Moldavie interdit alors ce parti, accusé de participer aux tentatives de ‘déstabilisation’ du pays par la Russie puisque toute protestation contre la politique étrangère du gouvernemental pro-européen est jugée subversive par les tribunaux.

Entretemps, le 19 décembre 2022, afin d’assurer ‘la sécurité de l’espace informationnel’ (sic), le Conseil de l’audiovisuel décidait de retirer temporairement les permis de diffusion aux six chaines en langue russe que possédait l’oligarque Ilan Șor (Prime TV, RTR Moldova, Accent TV, NTV Moldova, TV6 et Orhei TV).

Même si la minorité russophone de Moldavie ne compte que pour quatre pour cent de sa population, l’auditoire de ces stations est beaucoup plus vaste puisque les deux tiers des adultes moldaves sont trilingues (incluant le russe).

Les élections législatives de 2025

Le 28 septembre dernier, les Moldaves étaient appelés aux urnes pour élire leurs députés.

Précisons que l’élection présidentielle s’est tenue l’an dernier, en même temps que le référendum dont nous venons de parler. La présidente actuelle y a été élue grâce au vote de la diaspora en Occident puisqu’en Moldavie même, son adversaire a obtenu 51 % des suffrages.

Aux élections législatives du mois dernier, le Parti Action et Solidarité (PAS), fondé en 2016 par la présidente, a été reporté au pouvoir.

Ont participé à l’élection, 52,2 % des inscrits. Le PAS a obtenu 50,3 % de ceux qui ont voté, soit 26,3 % de la population adulte du pays.

Au cours des mois qui ont précédé le scrutin, la présidente du pays a accusé le Russie de mener une campagne sans précédent pour faire dérailler le cheminement de la Moldavie vers son intégration européenne. À défaut de moyens de mesurer précisément l’ampleur de l’ingérence russe, il est certain que Moscou tente d’influencer à sa manière la politique Moldave.

Thèmes électoraux

En plus des thèmes économiques communs à toutes les campagnes électorales, la vie politique moldave n’oppose pas des partis pro-européens à des partis pro-russes, mais plutôt des partis pro-UE à des partis nationalistes.

Cela rappelle le référendum français de 2005 (au sujet du Traité de Rome-II) où s’affrontaient les partisans de l’intégration européenne à ceux qui s’opposaient à la perte de souveraineté du peuple français au profit de Bruxelles.

C’est là une différence fondamentale avec les élections législatives récentes en Géorgie où s’affrontaient d’une part un parti opposé aux valeurs sociétales condamnées vivement par l’Église orthodoxe, et d’autre part une opposition qui promeut le mariage gai et défend les droits des minorités de genre.

C’est également une différence avec les élections en Ukraine où, de l’indépendance à 2014, tous les partis étaient pro-européens mais s’opposaient sur l’opportunité de l’adhésion du pays à l’Otan.

En théorie, la Moldavie pourrait adhérer à l’UE sans abandonner sa neutralité militaire. Dans les faits, cela est impossible.

On doit savoir que depuis 1945, l’UE n’a admis parmi ses membres que des pays qui étaient déjà membres de l’Otan ou, dans le cas des pays qui possédaient le statut de pays neutres (comme la Finlande et la Suède), qui avaient préalablement conclu avec l’Alliance un Partenariat pour la paix.

L’intégration militaire de ce Partenariat est tel qu’en cas d’abandon de sa neutralité, un pays est instantanément admis à l’Otan s’il le souhaite.

En aout 2025, l’Otan et la Moldavie menaient des exercices militaires conjoints sur le territoire moldave, en totale violation de l’article 11 de la constitution. Et ce, grâce à la complicité des dirigeants pro-UE du pays.

Si les Moldaves sont si méfiants à l’égard de l’Union européenne, c’est moins parce qu’ils ont compris que l’UE est la ‘carotte’ de l’Otan que par le fait que l’opposition mène une campagne de peur.

Déjà, les sanctions contre la Russie ont considérablement appauvri la Moldavie. La crainte véhiculée par les partis nationalistes, c’est que l’augmentation considérable des dépenses militaires liée à la perte de la neutralité du pays appauvrisse encore davantage le peuple moldave.

Par-dessus tout, cette crainte est basée sur la présomption d’une volonté cachée de l’UE d’entrainer le pays dans une guerre avec la Russie. Comme les politiciens atlantistes, soutenus par Washington, l’ont fait en Ukraine.

L’ingérence de Merz, Tusk et Macron

Le 27 aout dernier, le Jour de l’indépendance moldave — mais, coïncidence, à un mois des élections législatives — le chancelier allemand, le premier ministre polonais et le président français se sont rendus en Moldavie pour faire campagne en faveur des partis pro-européens moldaves.

À cette occasion, ils se sont adressés à la foule réunie lors d’un concert dans la capitale retransmis en direct sur la télévision d’État.

Le chancelier allemand s’est exprimé en anglais alors que le premier polonais, de même qu’Emmanuel Macron, se sont exprimés en roumain.

Dernier des trois à parler, le président de la République française a terminé son discours par les paroles suivantes (traduites ici par Google Translation) :

Demain, notre Union européenne sera plus forte avec [l’adhésion de] la Moldavie. Et elle sera aussi, avec l’Europe, plus forte et plus prospère. Ensemble, nous allons écrire un nouveau chapitre de la Moldavie et de l’Europe.

Nous sommes aujourd’hui à vos côtés et aux côtés de la présidente Maia Sandu qui se bat depuis le premier jour, avec beaucoup de courage, pour une Moldavie indépendante, forte, démocratique et ancrée à l’Europe.

Vive la Moldavie ! Vive l’Europe ! Vive la Moldavie dans l’Europe ! Vive une Moldavie indépendante ! Vive l’Europe unie !

L’ingérence de l’Union européenne

Le 11 mars 2025, le Parlement européen approuvait un plan de soutien pour la Moldavie de 1,9 milliard d’euros sur deux ans. En plus précis, c’est essentiellement le même plan qu’Ursula von der Leyen annonçait l’an dernier, à dix jours du référendum. Comme quoi une promesse qui fait de l’effet peut toujours servir deux fois.

Ce plan comprend un don de 520 millions d’euros. Pour comprendre l’importance de cette somme, précisons que le budget de l’État moldave comprend des revenus de 3,3 milliards d’euros et des dépenses de 3,9 milliards. À titre de comparaison, le budget de la Moldavie correspond à la moitié du budget de la ville de Montréal.

Pour entrer en vigueur, ce plan devait être approuvé par la Commission européenne.

C’est à l’occasion d’une visite dans la capitale moldave que la présidente de la Commission européenne, Mme Ursula von der Leyen, en a fait l’annonce officielle, le 9 octobre dernier, soit trois semaines avant le scrutin.

Cette proximité temporelle ne doit pas être interprétée, nous dit-on, comme une ingérence de l’Union européenne dans les affaires internes de la Moldavie. Vraiment ?

Des partis politiques interdits à deux jours du vote

En avril 2024, de son exil en Russie, Ilan Șor mit sur pied une coalition politique de quatre partis nationalistes appelée Victoire.

À la demande du ministre de la Justice, la Commission électorale de Moldavie a interdit deux partis politiques (dont ‘Cœur de Moldavie’, membre de cette coalition) à deux jours du scrutin. Et ce, à partir de soupçons de financement illégal.

Puisque les bulletins de vote avaient déjà été imprimés, on ignore comment les électeurs ont été avisés de ce bannissement de dernière minute et dans quelle mesure ils y ont cru.

Dans tous les cas, on peut penser que cela a nui à la participation au scrutin de ceux ou celles qui se proposaient de voter pour l’un ou l’autre de ces deux partis.

Les obstacles au vote en Transnistrie

À la frontière de la Transnistrie, seulement 12 bureaux de vote ont été ouverts pour permettre à la population moldave de Transnistrie de voter, alors qu’on en avait ouvert 41 lors du référendum constitutionnel.

De mystérieux appels à la bombe ont provoqué la fermeture de nombreux ponts qui permettaient aux électeurs de Transnistrie de traverser la frontière administrative moldave pour y voter. Les ponts ont été rouverts trente minutes avant la fermeture des bureaux de vote. De nombreux Transnistriens n’ont donc pas pu voter.

Les obstacles au vote de la diaspora

La diaspora moldave comprend entre 1,2 et 2 millions de citoyens, soit le quart de la population du pays.

Puisque la diaspora en Occident est exposée à la propagande occidentale, on peut présumer qu’elle est surtout pro-européenne. De la même manière, on peut présumer que la diaspora en Russie, exposée à la propagande russe, est surtout pro-russe.

En Russie, où la diaspora moldave compte un demi-million de personnes, seuls deux bureaux de vote ont été ouverts, soit le même nombre qu’au Japon où le nombre d’expatriés est très faible.

En comparaison, on a ouvert plusieurs centaines de bureaux de vote en Occident, dont 73 en Italie, 36 en Allemagne et 26 en France.

Conclusion

La Moldavie se trouve au voisinage de deux pays qui ont suivi des parcours très différents; l’Ukraine et la Géorgie, deux pays que Washington cherchait, depuis des décennies, à transformer en ennemis militaires de la Russie.

En Ukraine, le coup d’État de 2014 a définitivement fait basculer le pays dans le giron occidental et amené l’Ukraine à la guerre. À la manière de la fable ‘La Laitière et le pot au lait’, le mirage de la belle prospérité européenne s’est dissipé pour faire place à un champ de ruines.

En Géorgie, après des années de rapprochement avec l’UE, le parti au pouvoir s’est lassé de l’instabilité politique causée par la guerre culturelle que Bruxelles menait dans le pays par le biais d’ONG à sa solde.

Après sa volteface nationaliste, le PIB de la Géorgie s’est accru au rythme annuel de 8 à 10 % depuis trois ans, soit bien au-delà de la croissance des économies européennes, plombées par les sanctions économiques contre la Russie.

En Moldavie, les amendements constitutionnels de 2024 constituent une camisole de force qui oblige les élus, même nationalistes, à taire leurs réticences à l’égard de la perte de souveraineté de leur pays au profit de Bruxelles à défaut de quoi ils sont sujets à la destitution au motif de menace à l’ordre constitutionnel par la Cour constitutionnelle moldave, aussi interventionniste en politique que sa collègue de Roumanie.

De plus, en refusant de se protéger contre toute ingérence étrangère (comme l’a fait la Géorgie), la Moldavie laisse libre cours à la propagande de l’UE qui aura tôt fait de l’entrainer sur la pente glissante de l’hostilité envers la Russie.

Bref, dans un pays exposé à la fois à la propagande russe et à celle — beaucoup plus apparente — de l’Occident, la lutte biaisée contre l’ingérence étrangère sert de prétexte au trucage des élections par les forces politiques et judiciaires pro-européennes du pays.

Références :
« Après la Roumanie, la Moldavie » : pourquoi le patron de Telegram Pavel Durov accuse la France de « tentative d’ingérence »
Avant la présidentielle, l’UE dévoile une aide record à la Moldavie
Crise constitutionnelle moldave de 2019
Crise énergétique moldave de 2022-2024
Emmanuel Macron apporte un « soutien déterminé » à la Moldavie et dénonce les « mensonges » russes
En août [2025], la Moldavie hébergera des exercices conjoints avec deux pays de l’Otan
Entrevue avec Maia Sandu (vidéo)
Guerre en Ukraine. Sergueï Lavrov évoque une potentielle extension du conflit en Moldavie
Ilan Shor
La Laitière et le pot au lait
La Moldavie dans l’UE ? Un élargissement problématique
La présidente von der Leyen annonce un plan de croissance ambitieux en faveur de la Moldavie à l’occasion d’une visite à Chișinău
La volonté populaire en Europe soumise à la dictature des juges : le cas de la Roumanie
Le Parlement de Moldavie a approuvé le budget de la république pour 2025 avec un déficit
Le Parlement [européen] approuve un nouveau plan de soutien pour la Moldavie
L’importance géostratégique de la Moldavie
Macron en Moldavie : la guerre des ingérences (vidéo)
Manifestations de 2022-2023 en Moldavie
Moldavie
Moldavie : Des élections législatives truquées ? La victoire du parti proeuropéen remise en question par le bloc prorusse
Moldavie : le parti pro-européen gagne les législatives avec plus de 50 % des voix
Moldavie : outre les soupçons d’ingérences russes, l’extrême droite roumaine s’immisce dans les élections législatives
Moldova bans pro-Russian parties ahead of Sunday’s election
Moldovan president calls for tougher policing to tackle pro-Russia protests
Moldova’s pro-EU party wins vote mired in claims of Russian interference
President Maia Sandu met with representatives of the Open Society Foundations
Relations entre la Moldavie et l’OTAN
The pro-European party won Moldova’s election but obstacles to join the EU remain
UE-OTAN : quels rapports ? Les élargissements de l’OTAN donnent le rythme de ceux de l’UE
2025 Moldovan parliamentary election

Laissez un commentaire »

| Géopolitique | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Corridor du Nord

Publié le 1 octobre 2025 | Temps de lecture : 4 minutes
Cliquez sur l’image pour l’agrandir

Le Corridor du Nord est une voie ferrée destinée à relier Port Saguenay au réseau canadien de chemins de fer. Sur la carte ci-dessus, c’est la ligne grasse violette qui se termine par une flèche.

Cette voie ferrée existe déjà en bonne partie; il ne lui manque qu’un tronçon de 160 km (laissé en blanc sur la carte).

Une fois complété et mis à niveau, ce corridor servirait à acheminer du minerai principalement ontarien vers ce port en vue d’une exportation vers les marchés internationaux.

Que ce soit le défunt projet de gaz fossile (connu sous le nom de GNL-Québec) ou ce projet-ci, l’un et l’autre ne peuvent pas se réaliser sans augmentation de la navigation dans le fiord du Saguenay dont l’embouchure correspond à la pouponnière des bélougas du Saint-Laurent.

Précisons que ces mammifères marins ne constituent pas une espèce menacée à travers le monde puisqu’une importante colonie existe dans l’Arctique russe. Toutefois, le troupeau québécois (d’environ 880 spécimens) est un reliquat de l’époque glaciaire qui est prisonnier de l’environnement très particulier qui règne là où les eaux profondes et froides du Saguenay se déversent dans le Saint-Laurent.

Tout comme les défunts projets de GNL-Québec et d’Énergie Est, le Corridor du Nord est une initiative visant à faire du Québec un simple lieu de transit de matières premières en vue de leur exportation.

Le projet entrainerait la création d’emplois temporaires au moment de la construction des infrastructures qui lui sont nécessaires, mais très peu d’emplois une fois complétées; il s’agira d’emplois peu qualifiés où la simple exigence serait de savoir lire et écrire.

Si ce projet se retrouve sur la liste fédérale des projets d’intérêt national, c’est qu’elle apparait sur la ‘liste d’épicerie’ d’une ou de plusieurs provinces. Et puisque, selon Radio-Canada, les premiers ministres canadien et québécois se disent très emballés par le projet, on devine que le projet est sur la liste du Québec.

Pour aller de l’avant, le projet a besoin d’un ou de plusieurs investisseurs qui n’accepteront d’y participer à la condition que les gouvernements supérieurs subventionnent grassement le projet.

D’où la question : quelle est la stratégie industrielle de la CAQ ?

À coup de centaines de millions de dollars, est-ce que cette stratégie consiste à attirer au Québec des géants industriels qui délocaliseront leurs profits réalisés au Québec dans des paradis fiscaux et qui embaucheront ici une main-d’œuvre non qualifiée dont la CAQ découragera la syndicalisation afin qu’elle coute le moins cher possible au grand capital international ?

Est-ce d’attirer au Québec des industries énergivores qui viennent ici simplement pour obtenir de l’électricité en deçà du prix coutant actuel et qui s’installeraient ailleurs s’ils étaient soumis au prix que vous et moi payons ?

Si la stratégie industrielle de la CAQ consiste à développer une économie de haut savoir, la CAQ aurait intérêt à nous expliquer en quoi le Corridor du Nord est de nature à atteindre cet objectif.

Pour l’instant, ce projet possède toutes les apparences d’une tiers-mondialisation de l’économie du Québec. Et ce, à nos frais.

Référence : Projets d’intérêt national : Ottawa et Québec intéressés à prioriser le Corridor du Nord

Laissez un commentaire »

| 2018-202X (années Legault), Économie, Politique québécoise | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Le parc Angrignon (2e partie)

Publié le 30 septembre 2025 | Temps de lecture : 1 minute








En forme de trapèze, le parc Angrignon est traversé en diagonale par un grand lac allongé de près d’un kilomètre de long, illustré par les photos ci-dessus.

À cela s’ajoutent trois petits lacs qui se trouvent près du coin nord-ouest du parc.

Dans tous les plans d’eau, la baignade y est interdite puisque ces lacs sont laissés sans surveillance. Leurs rives sont à l’état sauvage, au grand bonheur des bernaches du Canada et des canards qui y ont élu domicile.

Détails techniques : Appareil Olympus OM-D e-m5 infrarouge à spectre complet + objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 + les filtres de l’infrarouge Jaune 3629.

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à l’infrarouge couleur, veuillez cliquer sur ceci.

Laissez un commentaire »

| Infrarouge couleur, Photo infrarouge, Photos de Montréal, Photos de voyage, Photos du Canada | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Le parc Angrignon (1re partie)

Publié le 29 septembre 2025 | Temps de lecture : 1 minute
À l’intérieur de la station Angrignon










 
En 1928, en 1940 et en 1954, la ville de Montréal fera l’acquisition de trois lots contigus d’une trentaine d’hectares chacun en vue d’en faire un parc.

Finalement d’une superficie de 97 hectares, ce parc est situé dans le sud-ouest de l’ile de Montréal. Les utilisateurs du transport en commun y accèdent par la station de métro qui lui est dédiée.

Il est nommé en l’honneur de l’homme d’affaires et échevin Jean-Baptiste-Arthur Angrignon qui a représenté cette partie de la ville (appelée alors quartier Saint-Paul) de 1921 à 1934.

Détails techniques : Appareil Olympus OM-D e-m5 infrarouge à spectre complet + objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 + les filtres de l’infrarouge Jaune 3629.

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à l’infrarouge couleur, veuillez cliquer sur ceci.

Laissez un commentaire »

| Infrarouge couleur, Photo infrarouge, Photos de Montréal, Photos de voyage, Photos du Canada | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Suède : protection militaire vs protection sociale

Publié le 28 septembre 2025 | Temps de lecture : 4 minutes


 
De 2023 à 2024, les dépenses militaires de la Suède sont passées de 8,7 à 12,0 milliards de dollars US, soit une augmentation de 37,5 %.

Ce qui a eu pour effet d’augmenter de deux pour cent la dette publique exprimée en pourcentage du PIB, passant de 31,6 % à 33,5 %.

Ce mois-ci, le premier ministre suédois a annoncé que le budget militaire du pays passerait l’an prochain à 18,7 milliards de dollars US.

Amorcée en 2014, la course aux armements des pays de l’Otan s’est accélérée en 2022 à la suite de l’invasion russe en Ukraine.

Dans les pays européens dont l’endettement est jugée préoccupante par les agences de notation, cette priorité à l’armement les obligent à des cures d’austérité.

Plutôt que de laisser la dette nationale exploser et de forcer les Suédois à des choix difficiles lorsque celle-ci sera devenu insoutenable, la Suède a choisi de poursuivre la rigueur budgétaire qui le caractérise depuis toujours et de sabrer dès maintenant son filet de protection sociale.

Mais comment convaincre le peuple suédois de payer pour des services que l’État leur fournissait gratuitement jusqu’ici ?

Depuis les élections législatives d’octobre 2022, le pays est dirigé par une coalition minoritaire de droite qui, pour survivre, dépend du soutient (sans participation) d’un parti qualifié d’extrême droite (les Démocrates de Suède).

L’argumentaire du gouvernement actuel est simple; le filet de protection sociale de la Suède est trop généreux. Selon lui, les mesures adoptées visent à « réduire les facteurs d’attraction pour les migrants qui souhaitent se rendre en Suède dans le but d’y être pris en charge.»

Sans entrer dans les détails, il est à noter que dans le cas particulier de la Suède, cette rhétorique antimigratoire n’est pas totalement dépourvue de fondement.

Toutefois, c’est un écran de fumée.

Le gouvernement suédois n’a pas l’intention de redonner aux contribuables les sommes économisées sous forme de réductions d’impôts. Au contraire, les économies serviront à financer le seul poste budgétaire à forte croissance; celui du ministère de la Défense.

Les généraux suédois ont raison de dire que dans le cadre d’une guerre entre la Russie et la Suède (trois fois moins peuplé que l’Ukraine), le pays capitulerait en moins d’un mois. Ce qu’ils oublient de dire, c’est qu’une guerre limitée à ces deux pays n’arrivera pas.

Toutefois, dans le cadre d’une Troisième Guerre mondiale, la puissance militaire combinée des pays occidentaux dépasse déjà de plusieurs fois celle de la Russie, malgré la montée en puissance de son industrie de l’armement depuis trois ans.

Donc la paranoïa qui s’est emparée des Suédois à l’occasion du déclenchement de la guerre en Ukraine — et qu’on entretient ces jours-ci par des nouvelles invraisemblables — vise à les déposséder au profit du complexe militaro-médiatique.

Après avoir abandonné sa neutralité militaire, vieille de deux siècles, la Suède est en train de découvrir que le prix de l’adhésion à l’Otan, c’est la liquidation de son filet de protection sociale, devenu trop onéreux.

Références :
Dépenses militaires de la Suède
En Suède, la droite devra composer avec l’extrême droite pour gouverner
Gouvernement Kristersson
La Suède a l’intention d’augmenter à nouveau ses dépenses militaires de 18 % en 2026
La Suède réduit ses aides sociales dans l’espoir de restreindre l’immigration
Le complexe militaro-médiatique
L’immigration modifie le modèle social suédois
Suède

Paru depuis : Pour augmenter leurs dépenses militaires, les pays européens tentés de réduire l’Etat-providence (2025-09-30)

Laissez un commentaire »

| Course aux armements, Géopolitique | Mots-clés : , , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Soraya Martinez-Ferrada, candidate décevante à la mairie de Montréal

Publié le 27 septembre 2025 | Temps de lecture : 7 minutes


 
Introduction

En 2017, à la suite de sa défaite contre Valérie Plante, Denis Coderre annonçait sa décision de quitter la politique municipale.

Son parti, Ensemble Montréal, devenait alors le principal parti d’opposition.

Peu de temps avant l’élection suivante, Denis Coderre sortait de l’ombre et faisait éjecter le chef de ce parti, Lionel Perez, afin de propulser sa formation politique, espérait-il, vers la victoire.

À la suite de ce second échec, Denis Coderre quittait définitivement la politique municipale.

Son parti s’est alors choisi un nouveau chef, Aref Salem, qu’il éjecta à son tour pour accueillir, à cette élection-ci, une autre ancienne ministre libérale, Soraya Martinez-Ferrada.

Les pistes cyclables

Depuis qu’elle a déclaré qu’il « serait temps de faire une petite pause avec les pistes cyclables et d’investir dans les égouts », cette déclaration colle à la peau de Mme Martinez-Ferrada.

Depuis ce temps, elle a évité toutes les occasions qui lui ont été offertes de dissiper le malentendu dont elle se dit victime et qui la fait passer pour une ‘anti-vélo’.

Ce que Mme Martinez-Ferrada devrait dire, c’est que les pistes cyclables, ce n’est pas ce qui permet aux cyclistes de circuler en ville. On circulait en vélo bien avant que les pistes cyclables existent.

Le but premier des pistes cyclables est de sauver des vies. Et par la même occasion, de prévenir des blessures.

A la suite d’une longue série de réaménagements de la voie publique, aucun piéton et aucun cycliste n’est décédé d’un accident de voiture dans les villes d’Oslo (peuplée de 724 300 habitants) et d’Helsinki (peuplée de 674 000 habitants) en 2019.

Donc, les décès de piétons et de cyclistes ne sont pas des fatalités inhérentes au monde moderne. Ce sont les résultats de choix politiques.

Et malheureusement, Mme Martinez-Ferrada semble avoir fait le sien; celui de ne rien entreprendre qui nuirait (même minimalement) à la livraison de marchandise et au stationnement des automobiles.

Si cela n’est pas l’objectif qu’elle poursuit, il serait temps qu’elle précise ce qu’elle veut.

Airbnb

En pleine crise du logement, la location de courte durée devait être totalement interdite, partout au Québec. Il y a suffisamment de chambres d’hôtel pour héberger toutes les personnes qui veulent visiter le Québec.

Pour n’importe quel propriétaire, l’interdiction de la location de courte durée de sa résidence principale le prive de la pleine jouissance de son bien.

Mais n’est-ce pas le cas de toutes les lois ? Une loi qui n’interdit rien est une loi qui ne vaut rien.

En janvier 2025, nous dénoncions la décision de l’administration Plante d’autoriser la location de courte durée dans les résidences principales du 10 juin au 10 septembre. Cette mesure est une passoire.

L’argument en sa faveur est simple; pourquoi, par exemple, ne pas permettre à un travailleur de louer sa résidence pendant les vacances de la construction, plutôt que de la laisser vide ?

Au cours du troisième débat opposant les deux principaux candidats à la mairie, la cheffe d’Ensemble Montréal est allée plus loin et propose de permettre également la location sur Airbnb en hiver.

L’argument qui justifie cela est analogue; pourquoi, ne pas permettre à un propriétaire de louer sa résidence pendant qu’il passe la saison froide sous les tropiques ?

Cela est une mauvaise idée. Voici pourquoi.

Pour distinguer s’il s’agit d’une résidence principale, d’une résidence secondaire ou d’un simple logement locatif, les enquêteurs municipaux — la ville en a sept — devront espionner ses occupants pendant plusieurs mois.

Cela constitue un gaspillage de ressources; une bonne loi est une loi simple d’application. D’où l’idée d’interdire totalement la location de courte durée. Indépendamment du fait que cela constitue une injustice pour une petite minorité de la population.

On ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs.

Dans le cas d’une résidence secondaire ou d’un appartement locatif, aucune famille n’acceptera de le louer 9 mois par année et de vivre temporairement dans l’itinérance d’ici à ce qu’il soit de nouveau disponible.

Que ce soit au cours de l’hiver ou de n’importe quelle autre saison, permettre la location à court terme quelques mois par année rend le règlement municipal inapplicable à moins d’y consacrer des ressources considérables. Ce qui n’arrivera pas.

Conclusion

Tout comme le multiculturalisme, le clientélisme politique consiste à voir la société comme un amas de tribus qui coexistent.

Ce clientélisme fragmente l’électorat dans le but de promettre des nananes aux uns et aux autres, plutôt que de définir et de défendre l’intérêt commun.

L’intérêt commun, c’est le partage de la voie publique de manière équitable et sécuritaire pour tous ceux qui l’empruntent. Même si cela doit comporter des inconvénients mineurs pour certains.

L’intérêt commun, c’est de restreindre l’offre locative aux personnes domiciliées au Québec et d’obliger les touristes à loger à l’hôtel. Ce qui maximise les retombées économiques de l’industrie touristique chez nous.

Par-dessous tout, le résultat de ce clientélisme, c’est de ne jamais offrir au peuple le choix des grands enjeux qui le concernent. Bref, c’est une infantilisation de l’électorat.

Parachutée d’Ottawa, Mme Martinez-Ferrada ne connait pas grand-chose aux affaires de Montréal. Elle se prête donc à ce clientélisme, comme tous ces politiciens sans envergure qui aspirent à nous diriger.

Références :
À Oslo, aucun piéton tué en 2019
Clientélisme
Le bannissement partiel d’Airbnb à Montréal
L’Europe du Nord qu’on envie aussi pour la sécurité des piétons
Martinez Ferrada veut revoir l’ensemble du réseau cyclable
Montréal : Martinez Ferrada élargirait la location de type « Airbnb »
Soraya Martinez Ferrada voulait encore plus de pistes cyclables en 2024
Vision Zero Principles

Parus depuis :
L’art de bien vendre les pistes cyclables (2025-10-02)
Airbnb : Des centaines de résidences principales toujours offertes (2025-10-03)
Comment New York est devenu un enfer pour Airbnb (2025-10-24)

Complément de lecture : Les principaux partis montréalais contre le droit au sommeil de leurs citoyens

Détails techniques de la photo : Olympus OM-D e-m5 mark II + objectif M.Zuiko 25 mm F/1,2 — 1/800 sec. — F/1,2 — ISO 200 — 25 mm

Postscriptum du 30 septembre 2025

Au Téléjournal de Radio-Canada de ce soir, Mme Martinez-Ferrada a déclarée qu’une fois élue, elle s’accorderait une période de réflexion de douze à dix-huit mois, à l’issue de laquelle son administration déciderait de quelle manière se poursuivrait le déploiement du réseau montréalais de pistes cyclables.

D’où la question : N’aurait-il pas mieux valu que Mme Martinez-Ferrada y ait réfléchi avant de se présenter à la mairie et nous arrive aujourd’hui avec quelque chose d’un peu plus concret ?

Laissez un commentaire »

| Politique municipale | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Non, la CAQ n’a pas banni l’écriture inclusive

Publié le 25 septembre 2025 | Temps de lecture : 3 minutes

Ce que la CAQ interdit, c’est l’utilisation de l’écriture woke. Cette interdiction s’adresse aux fonctionnaires, aux employés des sociétés d’État, aux organismes publics et aux municipalités.

L’écriture inclusive est un ensemble de procédés. Prenons l’exemple de la ‘double flexion’.

Lorsqu’on écrit qu’un texte s’adresse à celles et ceux qui sont intéressés par un sujet, cette utilisation conjointe du féminin (celles) et du masculin (ceux), est de la double flexion.

Ce procédé évite d’utiliser le masculin générique comme le fait le premier paragraphe du présent texte, où le mot ‘employés’ désigne indistinctement les employés féminins et masculins.

Le nom Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec est un exemple de double flexion et conséquemment, c’est de l’écriture inclusive.

Lorsqu’on parle de la Charte des droits de la Personne alors qu’en réalité le titre officiel de cette charte onusienne est la Charte des droits de l’Homme, ce refus d’utiliser le mot ‘Homme’ pour désigner l’ensemble des êtres humains, peu importe leur sexe, c’est également de l’écriture inclusive.

Et ainsi de suite.

Le plus ostentatoire des procédés d’écriture inclusive est l’écriture woke. Et justement parce qu’il est le plus bling-bling, il est utilisé par toutes celles et ceux qui veulent crier haut et fort : « Voyez comme je suis féministe »… y compris par des entreprises commerciales qui, en raison de leur nature, n’ont rien d’inclusif.

C’est donc l’écriture woke que la CAQ a banni, cinq ans après qu’il le fut sur ce blogue, le 19 mai 2020.

Voici quelques exemples d’écriture woke bannis par la CAQ :
iel à la place des pronoms il ou elle pour désigner une personne à la troisième personne du singulier. Exemple : « Iel doit respecter le règlement.»
celleux à la place de celles et ceux.
froeur pour éviter de choisir entre frère et sœur pour parler d’une personne dite non binaire qui pourrait être insultée d’être désignée par son sexe biologique.
toustes à la place de tous et toutes. Il est à noter que dans ce procédé qui se veut féministe, le masculin a presque toujours préséance (sauf celleux) sur le féminin, placé en second.
Les bâtisseur·euse·s culturel·le·s montréalais·e·s’. Là encore, les préfixes masculins ‘bâtisseur’, ‘culturel’ et ‘montréalais’ ont préséance sur les suffixes ‘euse’, ‘le’ et ‘e’ qui symbolisent minimalement la place des femmes, semble-t-il.

Bref, ce que la CAQ interdit, ce sont uniquement les procédés d’écriture inclusive qui nuisent à la lisibilité du français. Tous les autres, parfaitement compatibles avec notre langue, sont permis.

Références :
Gestion punitive de l’itinérance durant la pandémie (exemple)
Le bannissement partiel de l’écriture inclusive sur ce blogue
L’écriture inclusive
L’écriture woke et la lisibilité du français
Rédaction inclusive: le gouvernement Legault interdira les «iel» et les «toustes» dans les communications de l’État

Laissez un commentaire »

| Grammaire et orthographe, Langue française | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Augmenter le contrôle social des médias sociaux au nom de la protection de l’enfance

Publié le 24 septembre 2025 | Temps de lecture : 3 minutes

Puisque les médias sociaux sont une source colossale de revenus publicitaires, Washington fait tout pour que TikTok, le média social le plus populaire au monde, devienne de propriété américaine.

Ce matin, le site de Radio-Canada publiait un texte intitulé « TikTok a violé la vie privée d’environ 1,5 million d’enfants canadiens, selon une enquête.»

Selon Philippe Dufresne, commissaire canadien à la protection de la vie privée :

L’entreprise recueille des renseignements sensibles concernant de nombreux enfants et utilise ces renseignements à des fins de ciblage publicitaire et de recommandation de contenu.

À entendre M. Dufresne, on croirait qu’il vient de découvrir que la terre est ronde. Bien oui, TikTok fait cela. Mais n’est-ce pas le cas de tous les médias sociaux ?

Au nom de la protection de l’enfance, on propose que TikTok se dote d’une panoplie de moyens visant à déceler l’âge des jeunes fraudeurs qui se font passer pour des adultes sur sa plateforme.

La question fondamentale à se poser est la suivante : jusqu’où voulons-nous que les médias sociaux contrôlent nos vies ?

Dans ce cas-ci, il ne s’agit plus de donner aux médias sociaux le pouvoir d’espionner nos gouts et nos préférences — ce qu’ils font déjà à des fins publicitaires — mais de nous espionner encore plus afin de savoir qui nous sommes.

Et en fonction de leurs algorithmes, ceux-ci décideront si on peut accéder ou non à des pans entiers de ce qui est disponible sur l’internet.

C’est le devoir des parents d’interdire à leurs infants d’installer des médias sociaux sur leur tablette ou sur leur téléphone lorsqu’ils n’ont pas la maturité pour les consulter.

Et tout parent devrait régulièrement s’assurer que cet interdit est respecté et punir leur enfant s’il leur a désobéi.

Je ne suis pas un utilisateur de TikTok. Mais si j’en juge par Facebook, on a le choix.

Si, par curiosité, on commet l’imprudence de cliquer sur l’extrait d’un clip vidéo où un animal prédateur semble s’attaquer à une proie, non seulement verra-t-on la totalité de sa mise à mort, mais on sera harcelé, par la suite, de vidéos de cruauté animale. De la mère qui refuse la tétée à son nouveau-né en le piétinant. De l’alligator qui égorge et noie la gazelle qui venait s’abreuver dans l’étang où le prédateur se cachait. Etc.

Bref, si un enfant n’a pas la maturité pour être exposé à toute la méchanceté du monde, il est le devoir des parents de le protéger, et non à l’État.

À une époque où une partie inquiétante des adolescents (surtout les jeunes filles) ont des pensées suicidaires, nos décideurs publics devraient s’attaquer à l’exposition prématurée des jeunes à tous les médias sociaux et cesser de se contenter d’être les porte-voix de ces prédateurs qui veulent s’emparer de TikTok.

Références :
L’espionnage de l’État canadien n’a pas de limite
TikTok a violé la vie privée d’environ 1,5 million d’enfants canadiens, selon une enquête

Laissez un commentaire »

| Économie, Informatique, Sociologie | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Violations par la Russie de l’espace aérien de pays d’Europe de l’Est

Publié le 20 septembre 2025 | Temps de lecture : 7 minutes

Introduction

Après que l’Ukraine eût subi une attaque de 458 drones et missiles dans la nuit du 9 au 10 septembre dernier, au moins 19 drones russes ont pénétré l’espace aérien de la Pologne et, dans un cas, celui de la Roumanie trois jours plus tard.

Il n’existe pas de preuve que ces drones visaient à détruire des installations situées en sol polonais ni que ces drones se dirigeaient vers l’Ukraine en effectuant un détour par la Pologne.

Au contraire, plusieurs chaines Telegram ukrainiennes ont rapporté que trois engins quittaient la région de Volhynie pour la Pologne. Cette région est située au nord-ouest de l’Ukraine.

Il y a donc deux possibilités. Soit que ces drones ont été tirés de Russie avant de dévier vers la Pologne après un bref survol du territoire ukrainien. Ou soit que leur point de départ était situé en sol ukrainien et n’ont pas été tirés par la Russie.

La violation par des drones

Lors de ses attaques massives, la Russie utilise deux sortes de drones.

Il y a d’abord les leurres. Ceux-ci ne transportent pas de charge explosive.

Tirés dès le début de l’offensive, leur rôle est d’épuiser les défenses ukrainiennes afin d’augmenter les chances que les drones suivants (ceux armés, trois fois moins nombreux) atteignent leurs cibles.

Puisqu’il est impossible de distinguer les drones-leurres des drones armés, l’armée ukrainienne ne peut prendre de risque. Donc, elle recourt indistinctement à ses missiles sol-air afin, idéalement, de tous les détruire.

Dans plus de 83 % des cas, les systèmes de missiles sol-air occidentaux détruisent leurs cibles.

Toutefois, leur cout est astronomique, pouvant atteindre cinq-millions de dollars par missile. Par contre, les drones iraniens et chinois utilisés par la Russie lui coutent de dix-mille à quatre-vingt-mille dollars chacun.

La Russie n’utilise pas des drones-leurres puis soudainement, des drones armés. La transition entre les deux se fait progressivement. Donc, il n’y a pas de moment précis avant lequel l’armée ukrainienne pourrait ‘laisser faire’ et le moment où il faudrait absolument les détruire.

Dans le cas des drones-leurres, ils ne sont pas destinés à revenir en Russie après avoir échappé aux défenses de l’Ukraine parce que cela nécessiterait que la Russie les équipe de deux fois plus de carburant (pour leur permettre d’effectuer le voyage de retour). Or si plus de 80 % sont détruits à l’aller, autant le seraient au retour. Ce qui fait qu’à peine trois ou quatre pour cent d’entre eux reviendraient à leur point de départ.

En somme, les drones qui se sont écrasés en Pologne n’effectuaient pas un voyage de retour en Russie en faisant le détour par la Pologne ou la Roumanie.

Pour expliquer leur présence en Pologne, il y a deux hypothèses.

La première suppose que la défense ukrainienne soit capable de brouillage électromagnétique qui perturbe la navigation de ces drones et les fasse dévier de leur destination prévue.

L’autre hypothèse veut que l’Ukraine récupère les drones-leurres qui s’écrasent au sol en bon état après avoir épuisé leur carburant, leur fasse le plein d’essence et les reprogramme afin qu’ils survolent l’espace aérien de la Pologne dans le but de pousser l’Otan à entrer en guerre directement contre la Russie.

Étant donné que ce n’est pas la première fois que l’Ukraine s’essaie, l’Otan en a vu d’autres.

De plus, il est hautement improbable que l’Alliance atlantique déclenche une Troisième Guerre mondiale au motif que ces ‘attaques’ — qui n’ont fait aucune victime — ont percé le toit de quelques bâtiments agricoles.

Par contre, l’Otan n’allait pas manquer l’occasion d’en faire un drame. C’est ainsi que la Pologne a porté l’affaire au Conseil de sécurité de l’Onu où elle se butera au véto russe. Lorsqu’on tient compte des destructions israéliennes dans la bande de Gaza, on se rend compte de la futilité de la plainte polonaise à l’Onu.

La violation par des MIG-31


 
Hier, des chasseurs-bombardiers de l’Otan ont intercepté trois MIG-31 russes qui survolaient l’espace aérien de l’Estonie.

À aucun moment, les avions russes n’ont survolé le sol estonien; toutefois, ils ont pénétré pendant douze minutes l’espace aérien situé au-dessus de son territoire maritime.

Sur la carte ci-dessus, la Finlande et l’Estonie sont situées de part et d’autre du golfe de Finlande. En vertu du Droit international, l’espace aérien de chacun d’eux s’étend dans le golfe sur une distance de douze milles nautiques (équivalent à environ vingt-et-un kilomètres).

Le problème, c’est que la distance minimale qui sépare les rives de ces deux pays est de 45 km. Ce qui signifie que par endroits, les eaux internationales n’ont que trois kilomètres de large, le reste étant constitué des territoires maritimes de la Finlande et de l’Estonie.

Tracez une ligne droite entre Saint-Pétersbourg et la mer Baltique et vous avez nécessairement une intrusion dans l’espace aérien maritime d’un de ces pays.

Voilà pourquoi les ‘violations’ de l’espace aérien en golfe de Finlande sont devenues fréquentes depuis trois décennies.

Avant l’effondrement de l’URSS (en 1991), le golfe de Finlande et la mer Baltique formaient presque une mer intérieure soviétique puisque de la Russie à l’Allemagne de l’Est, tous les pays riverains étaient soit des républiques soviétiques, soit des pays neutres.

Depuis l’expansion de l’Otan vers l’Est et l’adhésion de la Suède et la Finlande à l’Alliance atlantique, cette mer intérieure a basculé dans le giron otanien.

La conséquence de ce basculement géostratégique majeure, c’est la multiplication des incidents entre ces deux blocs ennemis.

Ce qui prouve que deux empires militaires hostiles devraient toujours être séparés par des pays tampons.

Les pays baltes (dont l’Estonie) devraient être du nombre. Mais depuis que l’Otan a commis l’erreur de les admettre parmi ses membres, ils se sentent invulnérables. Et comme des chihuahuas, ils ne cessent de japper contre le bouledogue russe. S’il n’en tenait qu’à eux, la Troisième Guerre mondiale serait déjà déclenchée.

Fait à noter : l’Otan n’a pas rendu publique la trajectoire précise des trois avions russes au-dessus de la zone maritime estonienne. Ce qui nous empêche d’évaluer l’importance de cette intrusion.

Selon plusieurs experts, les violations mineures de l’espace aérien estonien par la Russie seraient volontaires et serviraient à tester les règles d’engagement des pays de l’Otan, notamment quant au sort à réserver à un avion qui pénètre l’espace aérien d’un membre de l’Alliance.

Références :
Ce que l’on sait des drones russes abattus en Pologne
Infographie : Des drones russes s’incrustent dans des pays de l’OTAN
Intrusion de drones : la Pologne met en garde contre un « conflit ouvert » avec la Russie
Intrusion de drones : le Conseil de sécurité de l’ONU se réunit à la demande de la Pologne
La Russie passe les frontières de l’OTAN (vidéo)
Les missiles Patriot américains : caractéristiques, prix, puissance et répartition dans le monde
L’OTAN intercepte trois avions de chasse russes en Estonie

Parus depuis :
Guerre en Ukraine : le virage des nouvelles règles d’engagement de l’OTAN face aux incursions russes (2025-09-29)
Baltic Backdrop: Sanctions Evasion and the Legal Limits of Maritime Enforcement (2025-12-15)
Estonie : à bord d’un aéroglisseur, trois garde-côtes russes ont brièvement mis pied à terre et franchi la frontière (2025-12-20)
L’Estonie s’indigne après la brève incursion de gardes-frontières russes dans son territoire (2025-12-20)
Polish jets intercept Russian reconnaissance plane spotted near airspace (2025-12-20)

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la guerre russo-ukrainienne, veuillez cliquer sur ceci.

Laissez un commentaire »

| Géopolitique, Guerre russo-ukrainienne | Mots-clés : , , , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Les 965 millions$ gaspillés par la CAQ dans Nemaska Lithium

Publié le 19 septembre 2025 | Temps de lecture : 8 minutes

La filière batterie

On appelle intégration verticale la stratégie industrielle qui consiste, pour une entreprise, à posséder ou à contrôler les diverses étapes de la production ou de la distribution de ses biens ou de ses services.

Par exemple, le constructeur automobile qui achète l’entreprise qui fabrique les parebrises qui équipent ses voitures procède à une intégration verticale en plaçant ce fournisseur sous son autorité.

La création de ‘grappes industrielles’ par le gouvernement du Québec obéit à la même logique.

Cette stratégie consiste à susciter la création (ou à attirer chez nous) les ‘chainons manquants’ nécessaires à une intégration verticale volontaire qui va (idéalement) de l’extraction de la matière première au produit fini sans que toute cette chaine de production appartienne aux mêmes intérêts financiers.

La ‘filière batterie’ est une grappe industrielle que le gouvernement Legault a créée à partir d’un noyau fort, Hydro-Québec, auquel se sont greffées diverses entreprises.

Cette grappe industrielle comprend les éléments suivants :
Hydro-Québec, producteur étatique d’hydroélectricité.
Nemaska Lithium, dont nous reparlerons dans quelques instants.
Northvolt, une jeune pousse aujourd’hui en faillite, dans laquelle le Québec a investi 470 millions$ dans le capital-actions de la maison mère suédoise et un prêt de 240 millions$ destiné à acheter le terrain sur lequel devait être construite son usine québécoise (fermée avant d’avoir été complétée).
EcoPro BM, fabricant de matériaux de cathodes dont la maison mère sud-coréenne s’est placée à l’abri de ses créanciers. La succursale québécoise jouissait d’un prêt de 322 millions$ de Québec.
Ultium CAM, producteur des matériaux nécessaires à la fabrication des cathodes (auquel le gouvernement a accordé un prêt de 150 millions$). Sa maison mère sud-coréenne a été créée en 1968.
Solutions énergétiques Volta, dont la compagnie mère sud-coréenne, créée en 1959, fut la première à développer des feuilles de cuivre pour batterie. La filiale québécoise a reçu un prêt de 150 millions $ du gouvernement québécois.
La compagnie électrique Lion, un fabricant d’autobus scolaires à essence depuis 2008 mais dont le virage électrique s’est avéré désastreux. Dans les opérations financières qui ont permis à Lion d’éviter de peu la faillite, le gouvernement a perdu 227 millions $.
Taiga Motors, un constructeur québécois de motoneiges et de motomarines électriques, fondé en 2015, qui a évité la faillite grâce à son rachat par Vita Power. Québec a perdu 18 millions $ dans l’opération.

Dès novembre 2023, l’économiste Frédéric Laurin critiquait sévèrement la stratégie industrielle du gouvernement à ce sujet. Son principal reproche était l’absence d’activités d’innovation et de R et D puisque les investissements annoncés ne concernaient que des usines d’assemblage ou d’extraction minière.

Mais la CAQ a préféré croire les démarcheurs de l’industrie qui faisaient miroiter d’extraordinaires retombées économiques pour le Québec si l’État et ses sociétés investissaient massivement dans ce domaine.

Les limites de la spéculation

Depuis la création du Fonds des générations, l’État québécois a pris la détestable manie de spéculer en bourse avec l’argent du peuple.

Cette manie est illustrée par le cas de Nemaska Lithium. La CAQ y a investi 965 millions de dollars. Ce qui en fait son plus important investissement à ce jour, toutes catégories confondues.

Minée par les retards et les dépassements de couts, Nemaska Lithium, autrefois cotée en Bourse, s’était placée à l’abri de ses créanciers à la fin de 2019.

Le gouvernement Legault a participé à sa relance en devenant propriétaire de la moitié de l’entreprise, transformée en société à capital fermé.

L’argent investi par l’État québécois représente la moitié du capital-actions de l’entreprise. L’autre moitié est détenue par la minière Rio Tinto.

Nemaska Lithium possède une mine de lithium à Whabouchi, à 300 km de la baie James. Son minerai sera transporté à ses installations de Bécancour où il sera concentré et transformé en hydroxyde de lithium. Cette deuxième usine ouvrira ses portes d’ici 2026.

Toutefois, d’autres investissements seront nécessaires. En effet, Rio Tinto prévoit qu’à maturité, le projet aura nécessité des investissements de 3,6 milliards de dollars.

En supposant que la CAQ laisse la minière investir seule l’argent complémentaire pour pousser ce projet maturité, la CAQ aura investi deux-millions de dollars pour chacun des 500 emplois qui seront créés.

Au contraire, si le gouvernement du Québec veut demeurer propriétaire à 50 %, il devra débourser 800 millions de plus (soit la moitié des 3,6 milliards$ nécessaires). Ce qui fera que l’État québécois aura déboursé 3,6 millions$ pour chaque emploi créé.

Y a-t-il une limite à cette folie ?

Demandons-nous quel sera le retour sur cet investissement.

Comme toutes les minières canadiennes, Nemaska Lithium détournera ses profits vers des paradis fiscaux. En d’autres mots, même si le gouvernement québécois demeurait propriétaire à 50 %, l’entreprise ne lui déclarera que des profits faméliques, le reste ayant été détourné ailleurs.

Le seul moyen pour l’État de récupérer son investissement, c’est par l’impôt payé par les employés de l’entreprise. D’où les deux questions suivantes.

Premièrement, combien faudra-t-il d’années avant que chaque travailleur de Nemaska Lithium ait payé deux-millions$ d’impôts ?

Et deuxièmement, pendant combien d’années utilisera-t-on encore du lithium dans les batteries des voitures électriques ?

La domination chinoise

L’Agence internationale de l’énergie a été créée sous les auspices de l’OCDE. Son plus récent rapport annuel indique qu’à lui seul, le marché chinois représente 11 des 17 millions de voitures électriques vendues dans le monde en 2024.

Des six millions restants, les constructeurs chinois en fabriquent 62 %. Et ce, en dépit des taxes douanières imposées par une bonne partie des pays occidentaux.

Le plus important fabricant chinois de voitures électriques porte le nom de BYD. Fondé en 1995, il s’agissait au départ d’un fabricant de batteries.

Mais en 2003, il a fait l’acquisition d’un carrossier au bord de la faillite. Et c’est depuis que BYD fabrique avec succès des autos… dans les usines les plus robotisées de l’industrie.

Ses 120 000 ingénieurs (le dixième de sa main d’œuvre) déposent 45 brevets par jour, loin devant la concurrence occidentale. Si bien que l’entreprise possède environ 60 % de tous les brevets relatifs à la voiture électrique.

Indépendamment du professionnalisme de Northvolt, cette compagnie était condamnée à un retard technologique impossible à rattraper… à moins d’adopter des technologies chinoises et conséquemment, à payer aux entreprises chinoises des droits d’utilisation de leurs brevets. Ce qu’on lui aurait rapidement reproché.

Cette domination technologique est le fruit d’un choix politique. Pendant que les pays occidentaux investissement massivement afin de conserver leur suprématie militaire, la Chine investit des sommes tout aussi considérables afin d’accentuer sa suprématie économique en temps de paix.

On ne sera donc pas surpris d’apprendre que des chercheurs chinois ont mis au point une batterie où le sodium remplace le lithium. Normalement, il faudra moins d’une décennie pour voir apparaitre des voitures équipées de telles batteries.

À partir de son inauguration (idéalement) en 2026, on doit donc anticiper le rapide déclin de Nemaska Lithium dès l’apparition des batteries au sodium jusqu’à sa faillite, un peu plus tard, soit bien avant que les investisseurs aient récupéré les 3,6 milliards injectés dans l’entreprise.

Dans la guerre économique qui oppose la Chine aux pays occidentaux, la mise au point de la batterie au sodium est prioritaire puisque par ce moyen, la Chine affaiblit ses rivaux. Des rivaux qui auront investi des sommes colossales à financer un développement économique basé sur une technologie sans avenir.

Références :
120 000 ingénieurs, 45 brevets déposés… par jour ! Comment le chinois BYD va balayer la concurrence dans l’électrique
Du sable dans l’engrenage chez Nemaska Lithium
Filière batterie au Québec
François Legault doit-il revoir son approche?
Global EV Outlook 2025
Intégration verticale
La Compagnie électrique Lion
Le Fonds des générations ou Quand l’État spécule à la bourse
Lion électrique ressuscitée par un groupe d’investisseurs du Québec
Northvolt
Pendant ce temps en Chine : la construction automobile
Québec investit encore dans Nemaska Lithium, portant le total à près de 1 milliard $
Troisième arrêt pour un projet phare
Une critique économique du mode de développement de la filière batterie au Québec
What EV market share do Chinese OEMs have overseas?

Parus depuis :
Deux gros projets de la filière batterie tombent à l’eau à Bécancour (2025-10-16)
Filière batterie : Lithion Technologies se protège de ses créanciers (2025-10-30)

2 commentaires

| 2018-202X (années Legault), Économie, Politique québécoise | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel