Promettre la carboneutralité dans la semaine des trois jeudis

Publié le 9 avril 2022 | Temps de lecture : 4 minutes

Vous souvenez-vous lorsque le premier ministre Justin Trudeau promettait, en 2019, de faire planter deux-milliards d’arbres en contrepartie de l’investissement fédéral dans la construction du pipeline Trans Mountain ?

Trois ans plus tard, le gouvernement fédéral ignore combien de graines ont été plantées en vue d’atteindre cet objectif. Au moins 800 000 croit-on, soit 0,04 % de la quantité promise.

Pour Ottawa, il ne s’agit pas d’une promesse brisée puisqu’il a déjà réalisé la moitié de sa promesse en achetant le pipeline.

C’est seulement que l’autre moitié a pris du retard…

Depuis plusieurs années, nos gouvernements (autant fédéral que provinciaux) promettent de réduire substantiellement la production de gaz à effet de serre (GES).

Mais la cible est toujours plus éloignée; ce sera en 2030, en 2040, voire en 2050.

Cela équivaut à dire : « Sauver la planète exige de grands bouleversements et de grands sacrifices qui pourraient me rendre impopulaire. Voilà pourquoi je vous promets que les gouvernements qui me succèderont d’ici 2030, 2040 ou 2050 réaliseront la promesse que je vous fais aujourd’hui.»

Par rapport au niveau de 2005, le Canada s’est engagé à réduire ses GES de 40 % d’ici 2030.

En 2015, lorsque M. Trudeau a pris le pouvoir, le Canada produisait 723 mégatonnes d’équivalent de CO₂. En 2019, il en produisait 730, soit encore plus.

Cette production a diminué au cours du confinement pandémique de 2020 pour repartir à la hausse avec la reprise de l’économie. Bref, ce n’est pas sérieux; en comparaison avec 2005, les émissions canadiennes ont reculé d’environ 1,2 %.

Dans son nouveau plan climatique, dévoilé plus tôt cette semaine, le gouvernement fédéral établit des cibles plus indulgentes à l’égard du secteur des transports et celui de la production des hydrocarbures que pour le reste de l’économie.

Pourtant ces deux secteurs sont les principaux responsables des GES au pays. Ils comptent pour 26 % des émissions canadiennes.

Dans leur cas, la cible sera une réduction de 38 % sans qu’on sache très bien comment y parvenir.

Cette cible, sera-t-elle atteinte ?

Pour en juger, signalons que le fédéral vient d’autoriser Bay du Nord, un mégaprojet de soixante puits pétroliers au large de Terre-Neuve. Celui-ci devrait produire entre 300 millions et un milliard de barils de pétrole sur trente ans.

Ottawa assure que le projet deviendra carboneutre d’ici 2050.

Veut-on rire de nous ?

La seule manière pour ce projet de devenir carboneutre dans trente ans, c’est qu’il épuise son gisement d’ici là.

En conclusion, il est de plus en plus évident que la seule manière de sauver la planète est de renverser ces systèmes politiques hérités du XIXe siècle. Dans le fond, lorsqu’ils sont majoritaires, nos gouvernements ne sont qu’une succession de dictatures affairistes dont la durée est limitée à 4 ou 5 ans.

On peut présumer qu’un pays où serait assurée la participation directe du peuple aux affaires de l’État ne pourrait pas faire pire que cette vieille monarchie constitutionnelle héritée d’une autre époque, régie par une constitution illégitime, qu’est le Canada.

Références :
La Vérif : combien d’arbres ont été plantés sur les 2 milliards promis?
Le pétrole et les transports n’auront pas à respecter la cible climatique du Canada
Ottawa donne son aval à Bay du Nord, un projet pétrolier controversé
Rapport accablant du commissaire à l’environnement
Trudeau promet de planter deux milliards d’arbres

Laissez un commentaire »

| Environnement, Politique canadienne | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Quotas ethniques, discrimination et prix du fédéralisme

Publié le 3 avril 2022 | Temps de lecture : 9 minutes

Les quotas ethniques

L’enseignement est une compétence constitutionnelle exclusive des provinces. Toutefois, le gouvernement fédéral y exerce son influence par le biais de son pouvoir de dépenser.

C’est ainsi que ses subventions sont assorties de certaines conditions. L’une d’elles concerne l’embauche des titulaires de chaires de recherche; le processus de sélection doit respecter des cibles en matière de diversité et d’inclusion fixées par Ottawa.

Dernièrement, à l’université Laval, un poste d’enseignant en biologie était ouvert exclusivement aux femmes, aux Autochtones, aux handicapés ou aux groupes ‘racisés’.

Radio-Canada écrit que sur «…les 73 Chaires de recherche du Canada de l’université, seulement 22 des titulaires sont des femmes et moins 10 % sont d’entre eux sont issus de la diversité.»

Si la sous-représentation des femmes y est évidente, Radio-Canada ne nous précise pas l’importance démographique des personnes ‘issues de la diversité’ dans le bassin de population desservi par l’université Laval.

Il est clair que si on atteignait la parité pour ces derniers (50 % des postes), ce serait une surreprésentation.

D’autre part, le quotidien La Presse nous apprenait hier qu’à l’université d’Ottawa, cinq postes à combler sont réservés à des candidats ‘racisés’ ou autochtones (sans qu’on sache pourquoi les seconds ne font pas partie des premiers).

Dans l’affichage des postes, l’université prie les candidats qui souhaitent être considérés de s’auto-identifier clairement comme faisant partie de ces groupes.

Il y a quelques jours, j’écrivais sur ce blogue :

Le multiculturalisme est le tribalisme des sociétés anglo-saxonnes. Ce que ces sociétés voient en premier lieu dans le citoyen, ce n’est pas la personne, mais son appartenance ethnique ou raciale; d’abord et avant tout, il y est vu comme le représentant plus ou moins fidèle de son ethnie.

La discrimination positive

Un des meilleurs moyens pour lutter contre la discrimination à l’embauche, c’est d’établir qu’à compétence équivalente, on embauchera les candidats de groupes sous-représentés.

En pratique, cette forme de discrimination positive est insuffisante. Prenons un exemple.

En raison d’un partage inégal des tâches domestiques dans leur couple, de nombreuses chercheuses universitaires publient moins d’articles scientifiques et participent moins souvent à des colloques internationaux.

Du coup, leur curriculum vitae sera moins étoffé. Ce qui nuira à leur avancement.

Si bien que celles qui réussissent leur carrière sont parfois des femmes dont le conjoint s’est effacé pour leur permettre de réussir ou, plus souvent, ce sont des femmes exceptionnelles qui méritaient amplement leurs promotions.

Pour pallier les limites de cette première forme de discrimination positive, on peut recourir à une deuxième : la fixation de quotas. Implicitement, c’est ce que veut Ottawa.

Toutefois, on doit y recourir avec beaucoup de doigté puisque les quotas constituent une discrimination à l’égard de la majorité. Or sa bienveillance est nécessaire à la réussite d’une politique d’inclusion.

L’arbre qui cache la forêt

Le plus récent recensement canadien dont les données démographiques sont connues date de 2016.

Il y est démontré que sur les 8 066 560 de Québécois, 4 032 640 étaient unilingues français. En somme, c’est un Québécois sur deux. Ceux-ci peuvent baragouiner quelques mots d’anglais, mais ne peuvent pas postuler là où l’anglais est exigé.

Or, on n’embauche jamais un Québécois francophone unilingue pour occuper un poste à Ottawa. Par contre, au sein de la fonction publique fédérale — qui compte 319 601 employés — des centaines de milliers de Canadiens anglais unilingues font carrière.

Tout ce qu’un francoQuébécois unilingue peut espérer, c’est un poste de préposé au service à la clientèle dans un des bureaux satellites régionaux d’un ministère comme celui du Revenu ou de l’Immigration.

Bien après l’époque où il était interdit de parler français au parlement canadien, l’anglais est demeuré la langue presque exclusive du travail au sein de la fonction publique fédérale, derrière une interface ministérielle biculturelle.

Sans cette discrimination à l’embauche, un emploi sur neuf au fédéral serait détenu par un francoQuébécois unilingue puisque ce groupe forme le neuvième de la population canadienne.

Le zèle d’Ottawa à combattre la discrimination au sein des chaires de recherche universitaires, aussi louable que soit ce combat, ne concerne qu’une poignée de cas. C’est l’arbre qui cache la forêt.

Plus précisément, c’est l’arbre bienveillant à l’égard de petites minorités ethniques qui cache la forêt hostile à quatre-millions de francoQuébécois unilingues.

Le cas du ministère de l’Immigration

Le ministère fédéral de l’Immigration éprouve des difficultés sérieuses à traiter les demandes d’immigration partout au pays. Toutefois, les rares données qu’on possède suggèrent que l’immigration anglophone au Québec y est jugée prioritaire.

Par exemple, 92 % des demandes de requérants étrangers pour étudier à l’université McGill sont acceptées par Ottawa, alors que seulement la moitié des demandes sont acceptées dans le cas de l’université Laval.

De plus, en novembre dernier, Immigration Canada décidait de créer des postes unilingues anglais dans ses bureaux du Québec afin de faciliter le traitement des dossiers en anglais.

Le prétexte invoqué est la difficulté à recruter du personnel francophone. En réalité, si les portes de la fonction publique fédérale n’étaient pas fermées à quatre-millions de Québécois, Ottawa aurait moins de difficulté à recruter du personnel qui parle français.

Le racisme d’Ottawa

Notre pays s’est construit sur l’épuration ethnique des peuples autochtones qui habitaient son territoire.

Le droit autochtone canadien — qui a valeur constitutionnelle — est l’apartheid juridique au travers duquel Ottawa a exercé pendant 150 ans ses politiques génocidaires et exerce, encore aujourd’hui, sa persécution à l’égard des peuples autochtones du pays.

De nos jours, un Autochtone ne peut léguer ses biens qu’après que son testament ait été approuvé par le ministre des Affaires autochtones.

De plus, une Autochtone à qui on a dû retirer le stérilet en raison d’une infection utérine devra attendre des années avant d’en recevoir un autre car le programme d’assurance médicaments tatillon réservé exclusivement aux Autochtones estime qu’un stérilet, ça doit durer cinq ans, infection utérine ou pas.

Par ailleurs, les tribunaux canadiens sont entièrement libres de décider du montant d’un dédommagement que devrait recevoir un ‘Blanc’ qui poursuit le fédéral. Toutefois, jusqu’à tout récemment, Ottawa fixait à 40 000$ le maximum qu’on pouvait obtenir pour les sévices subis dans les pensionnats autochtones.

Le prix du fédéralisme

Selon l’ONU, les angloQuébécois ne peuvent invoquer le statut de minorité linguistique parce qu’ils ne sont que l’annexe québécoise de la majorité canadienne-anglaise. Selon les mots de l’ONU :

Quebec’s English community does not qualify for protection as a minority language group, because it forms part of the Canadian English-speaking majority.

La défense de ce groupe ethnique et le financement généreux de ses institutions servent de paravent à la colonisation anglaise du Québec par le gouvernement fédéral.

C’est ce qui explique qu’Ottawa utilise tous les prétextes :
• pour expulser des Francophones en attente de naturalisation qui s’étaient parfaitement bien intégrés à la société québécoise, et
• pour faciliter l’examen des dossiers de demandeurs anglophones par le ministère fédéral de l’Immigration.

Pour pallier cela, les moyens du Québec sont limités, particulièrement depuis que l’ethnie dominante du pays a adopté sans nous, en 1982, une camisole de force constitutionnelle destinée à invalider des pans entiers de la Loi 101.

Dans 63 % des entreprises de la métropole, tout candidat à l’embauche est refusé s’il ne parle pas l’anglais, même pour des tâches où la connaissance de cette langue n’est pas nécessaire.

Voilà pourquoi, au sein de ces entreprises, 41 % des communications internes se font en anglais, contrairement aux dispositions de la Loi 101.

D’autre part, les juges ultra-fédéralistes du Québec veulent que seuls les avocats francophones bilingues puissent accéder à la magistrature, même dans les régions du Québec où presque aucun procès ne se déroule en anglais.

Pourtant, un francoQuébécois unilingue devrait se sentir chez lui partout au Québec, comme c’est le cas d’un unilingue italien en Italie ou d’un unilingue allemand en Allemagne.

À deux reprises, par voie référendaire, le Québec a refusé de prendre en main son destin et a choisi de dépendre du bon vouloir de la majorité anglophone du pays.

Il en paie aujourd’hui le prix; une bilinguisation à outrance qui est l’étape intermédiaire vers son extinction linguistique.

Références :
Aperçu du fonctionnement interne de l’État canadien
Décision de l’ONU sur la Loi 178
Dans les entreprises montréalaises, 41 % des communications à l’interne se font en anglais
Discrimination positive : l’Université Laval au cœur d’une controverse
Droit autochtone canadien
Étudiants étrangers : les préférences canadiennes
Immigration Canada recrute des agents uniquement anglophones au Québec
L’art subtil de manier la discrimination positive
Le multiculturalisme et la guerre
Le multiculturalisme ou le tribalisme des sociétés anglo-saxonnes
Quatre-millions de Québécois victimes de discrimination à l’embauche
Université d’Ottawa — Cinq postes réservés à des candidats racisés ou autochtones

Parus depuis :
Rentrée ratée pour Immigration Canada (2022-08-29)
Permis d’études pour étudiants étrangers : la moitié des demandes pour le Québec refusées par Ottawa (2023-05-18)
Ottawa a versé des milliards pour l’anglais au Québec (2023-11-27)

Paru depuis : Mark Carney, l’IA et le bilinguisme au gouvernement (2026-05-31)

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés au prix que nous payons pour appartenir au Canada, veuillez cliquer sur ceci.

Laissez un commentaire »

| Anglicisation du Québec, le prix du fédéralisme, Racisme, Sociologie | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Étudiants étrangers : les préférences canadiennes

Publié le 1 avril 2022 | Temps de lecture : 4 minutes

En 2017, Ottawa a autorisé 64 % des demandes de permis d’études d’étudiants étrangers au Québec et 69 % des demandes pour le reste du pays.

En 2021, le taux d’acceptation était descendu à 39 % au Québec et à 53 % pour le reste du pays.

Le réseau collégial québécois a été beaucoup plus impacté par cette diminution que le réseau universitaire.

Lorsqu’on étudie attentivement les données à ce sujet, on découvre que les chances d’être acceptés sont beaucoup plus grandes dans le cas des demandes qui proviennent de pays peuplés de gens à la peau pâle, contrairement aux demandes qui proviennent de pays habités par des gens à la peau sombre ou olivâtre.

Le taux d’acceptation des demandes concernant des étudiants d’Algérie, de la République démocratique du Congo, du Togo, du Sénégal ou du Cameroun est d’environ 20 %.

Par contre, les demandes faites de France, de Grande-Bretagne ou d’Allemagne sont presque toutes acceptées.

Le ministère fédéral de l’Immigration se défend des accusations de racisme en disant que depuis mars 2018, tout est décidé par ordinateur. En effet, depuis cette date, un système informatique, appelé Chinook, a été mis en place.

En somme, dit Ottawa, je n’y suis pour rien; c’est de la faute de l’ordinateur.

Sur quels algorithmes le logiciel se base-t-il ? C’est confidentiel. Quels sont les indicateurs de risque auxquels les fonctionnaires doivent répondre pour alimenter le système ? C’est confidentiel.

Les rapports générés par Chinook et les notes de travail des agents sont détruits. Dans le dossier du requérant, seuls sont conservés les documents échangés entre lui et le ministère fédéral de l’Immigration.

Ce qui est moins confidentiel, c’est le résultat.

Il y a deux jours, Radio-Canada révélait que le pourcentage des demandes acceptées par Ottawa était de 50 % pour les étudiants étrangers à l’université Laval et de 92 % (!!!) pour ceux à l’université McGill.

Il est courant que les diplômés étrangers les plus brillants fassent une demande d’immigration à la fin de leurs études que le Canada s’empresse, à juste titre, d’accepter.

Par conséquent, on doit réaliser que les politiques migratoires fédérales sont un des nombreux moyens utilisés par Ottawa de favoriser la colonisation anglaise au Québec et nuire au rayonnement international du Québec dans la francophonie.

Voilà le prix du fédéralisme.

Références :
Comment des étudiants étrangers francophones sont refusés par Ottawa
Rejet des étudiants francophones : le ministre du Travail du Québec interpellé

Parus depuis :
Visas étudiants refusés : un rapport fédéral évoque de possibles « préjugés raciaux » (2022-06-04)
Rentrée ratée pour Immigration Canada (2022-08-29)
Immigration francophone – Ottawa doit revoir sa cible à la hausse, dit le ministre Roberge (2022-12-06)
Hausse de l’immigration francophone – La cohésion sociale en dépend, selon le ministre Fraser (2022-12-07)
Permis d’études pour étudiants étrangers : la moitié des demandes pour le Québec refusées par Ottawa (2023-05-18)

Compléments de lecture :
Visas de visiteur : des délais qui font mal à Montréal (2023-06-14)
Voici comment des réseaux criminels ont orchestré la venue d’étudiants africains au Canada (2025-04-09)

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés au prix que nous payons pour appartenir au Canada, veuillez cliquer sur ceci.

Laissez un commentaire »

| Immigration, le prix du fédéralisme, Racisme | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Engorgement migratoire à Ottawa : le prix du fédéralisme

Publié le 17 février 2022 | Temps de lecture : 3 minutes

Radio-Canada révélait hier que 88 859 demandeurs du statut d’immigrant au Québec attendent qu’Ottawa décide de leur sort. Dans certains cas, leur attente dure depuis quelques années.

Il serait facile de croire que c’est la faute du Covid-19. Ce n’est pas le cas.

Les fonctionnaires du ministère fédéral de l’Immigration se divisent en deux groupes; il y a les agents régionaux et les fonctionnaires à Ottawa.

Les agents régionaux ont pour tâche de voir à ce que le dossier des demandeurs soit complet. Mais la décision finale à leur sujet est prise à Ottawa.

Le fond du problème, c’est que l’immense majorité des fonctionnaires à Ottawa sont des Anglophones unilingues.

Prétextant une difficulté à recruter du personnel, Immigration Canada recrute même des agents uniquement anglophones au Québec.

Lorsque le ministère publie des documents, ce sont des documents rédigés en anglais qu’on traduit grossièrement à l’aide de Google Translation ou d’autres logiciels analogues.

À la blague, je serais tenté de dire que si on offrait deux choses aux 88 859 demandeurs, soit la citoyenneté et un poste à Immigration Canada, Ottawa n’aurait aucune difficulté à trouver du personnel.

Malheureusement, les décideurs du sort des demandeurs ne comprennent pas les dossiers qu’on leur fait parvenir lorsqu’ils sont rédigés dans une autre langue que l’anglais.

Voilà pourquoi ça traine.

Évidemment, c’est un problème que nous n’aurions pas si le Québec était indépendant.

Par deux fois, de justesse, les Québécois ont décidé de vivre sous la tutelle d’Ottawa : on doit en assumer les conséquences.

Références :
Fautes, réponses en anglais : la langue française délaissée à Immigration Canada
Immigration Canada recrute des agents uniquement anglophones au Québec
Immigration : un arrimage chaotique
La façade ministérielle de l’État canadien
Près de 90 000 futurs Québécois attendent des réponses d’Immigration Canada

Parus depuis :
Visas étudiants refusés : un rapport fédéral évoque de possibles « préjugés raciaux » (2022-06-04)
Immigration francophone – Ottawa doit revoir sa cible à la hausse, dit le ministre Roberge (2022-12-06)
Hausse de l’immigration francophone – La cohésion sociale en dépend, selon le ministre Fraser (2022-12-07)
Permis d’études pour étudiants étrangers : la moitié des demandes pour le Québec refusées par Ottawa (2023-05-18)

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés au prix que nous payons pour appartenir au Canada, veuillez cliquer sur ceci.

Laissez un commentaire »

| Immigration, le prix du fédéralisme, Politique canadienne | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


L’esprit de caste de la juge Lucie Rondeau

Publié le 31 janvier 2022 | Temps de lecture : 7 minutes

Introduction

La Cour du Québec est le tribunal de première instance en matière civile, criminelle et pénale ainsi que dans les matières relatives à la jeunesse.

Me Lucie Rondeau en est la juge en chef depuis 2016. À ce titre, elle coordonne et répartit le travail des juges en plus de voir à l’allocation des ressources afin d’assurer la bonne marche de la justice sous son autorité.

Il y a quelques jours, celle-ci a donné l’ordre aux juges de ne siéger qu’un jour sur deux, l’autre devant être consacré à la rédaction de leurs décisions.

Actuellement, les juges siègent deux jours sur trois.

Provoquer artificiellement une crise

De l’aveu même de la juge Rondeau, cela réduira le temps que consacrent les juges à prendre connaissance des preuves et à entendre les plaidoiries. Ce qui prolongera les délais judiciaires actuels.

Les procès dureront donc plus longtemps. Certains d’entre eux avorteront en raison des limites maximales de temps imposées par la Cour suprême du Canada. Des criminels échapperont ainsi à la justice.

Pour diminuer le nombre croissant de causes en attente, les avocats de la poursuite seront sous pression d’éviter des procès en acceptant le plus possible les offres de règlement à l’amiable présentées par l’avocat de la défense.

Conséquemment, les criminels s’en tireront avec des peines dérisoires qui scandaliseront leurs victimes.

Un exemple récent de ces ententes secrètes est le procès de ce contrebandier condamné à cinq ans de prison pour avoir importé illégalement 250 armes de poing. Ce qui équivaut à sept jours du pistolet alors que sévit à Montréal un grave problème de violence par arme à feu.

Ce contrebandier sera libéré sous caution après avoir purgé vingt mois.

La clémence du tribunal avait été réclamée par les deux parties à la suite d’une négociation secrète.

On peut donc se demander ce qui justifie l’ordre donné par la juge Rondeau ?

Invoquant une pénurie de magistrats, elle veut obliger le ministre de la Justice du Québec à faire passer le nombre de juges sous son autorité de 308 à 349.

Et pour lui forcer la main, elle a décidé d’aggraver la situation actuelle en déclenchant une grève du zèle des magistrats.

Dans le fond, c’est la même stratégie corporatiste que celle adoptée en 2018 par le Barreau du Québec. À l’époque, cet ordre professionnel s’était adressé aux tribunaux — financé en sous-main par Ottawa — pour faire invalider toutes les lois du Québec dans le but de forcer le ministère de la Justice à embaucher quelques avocats anglophones de plus pour traduire les projets de loi du Québec.

Un système judiciaire désuet

En recourant à la multitude des moyens juridiques qui permettent de faire trainer une cause en longueur, les avocats ont transformé le système judiciaire en machine à sous au service de leur caste sociale.

La profession juridique s’autoalimente ainsi de procédures et d’appels. Elle fait coïncider son intérêt avec celui de ses riches clients en étirant les procédures dans le but de ruiner les plaignants ou de les forcer à accepter des ententes à l’amiable qui sont des dénis de justice.

Même si on doublait le nombre de juges, on ne serait pas plus avancé. Le mot d’ordre donné par la juge Rondeau prouve que sa profession peut à sa guise accroitre les besoins en magistrats en retardant arbitrairement le système judiciaire.

La solution

Il est nécessaire de réserver la profession juridique aux affaires criminelles, aux délits majeurs et à la défense des droits fondamentaux des citoyens.

Le système judiciaire canadien souffre d’un important problème d’accès économique à la justice. Si demain on voulait corriger cela, on aurait besoin de milliers de juges supplémentaires.

La meilleure solution est de créer des tribunaux populaires sur lesquels des citoyens élus pourraient siéger. Ces citoyens n’auraient pas besoin d’avoir une formation juridique. Et les sanctions qu’ils pourraient imposer seraient des amendes inférieures à un plafond relativement bas. Ce qui permettrait de régler des conflits mineurs.

La création de tribunaux populaires (et abordables) allègerait la tâche des tribunaux traditionnels.

Le remède souhaité par la juge Rondeau pour régler la thrombose judiciaire est une solution à courte vue. Cela ne règle pas le problème fondamental de la justice canadienne qui en est un d’accessibilité économique.

Le système judiciaire a besoin d’un changement radical. Toutefois, je doute que cela soit possible dans le cadre du fédéralisme canadien puisqu’il serait soumis au droit de véto des juges eux-mêmes.

D’où l’idée de faire table rase de cette monarchie constitutionnelle sclérosée qu’est le Canada et de faire du Québec un pays neuf, idéal, digne du XXIe siècle.

Références :
Doit-on interdire l’accès à la magistrature aux avocats québécois unilingues français ?
La richesse des juges
Les délais judiciaires risquent d’augmenter
Ottawa finance la demande d’annulation de toutes les lois du Québec
R. c. Jordan
Repenser les tribunaux
Sept jours par pistolet

Parus depuis :
Jolin-Barrette veut que la Cour du Québec renonce à faire siéger ses juges moins souvent (2022-05-26)
La juge en chef remporte la première manche contre Québec (2022-11-07)
Explosion de délais : La justice près du « point de rupture » (2022-11-23)
Multiplication des longs délais dans des enquêtes : « On va frapper un mur » – UPAC (2022-12-03)
Réforme de la juge Rondeau : 9000 causes criminelles en péril, selon Québec (2023-01-19)
L’expéditive solution française aux délais judiciaires (2025-12-23)

Postscriptum : En Ontario et en Colombie-Britannique, les juges en Chambre criminelle consacrent en moyenne une journée sur cinq à la rédaction de leurs jugements.

Référence : Congestion au palais de justice


Postscriptum du 21 avril 2023 : Le ministre de la Justice du Québec et la juge Rondeau sont parvenus aujourd’hui à un compromis. Malheureusement, cette entente prend l’aspect d’une capitulation du premier à la seconde.

En contrepartie de la nomination de quatorze juges supplémentaires, les magistrats sous l’autorité de la juge Rondeau, au lieu de siéger 50 % du temps — l’autre moitié étant consacrée à la rédaction de leurs jugements — siègeront à peine plus, soit 58 % du temps, ce qui est loin du 80 % qui prévaut dans les Cours criminelles des provinces anglophones du pays.

Bref, la thrombose judiciaire voulue par la juge Rondeau pour parvenir à ses fins se poursuivra, dans une moindre mesure, jusqu’à la capitulation complète du ministre, c’est à dire jusqu’à ce qu’il nomme tous les magistrats bilingues qu’elle réclame.

Références :
Québec trouve un terrain d’entente avec la juge en chef et ajoutera 14 nouveaux juges

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés au prix que nous payons pour appartenir au Canada, veuillez cliquer sur ceci.

Laissez un commentaire »

| 2018-202X (années Legault), Justice, le prix du fédéralisme, Politique québécoise | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Propagande canadienne vs Jeux de Beijing

Publié le 20 janvier 2022 | Temps de lecture : 4 minutes

Les Jeux olympiques d’hiver de Beijing sont l’occasion d’un choc culturel.

Aux États-Unis, la chaine NBC est le diffuseur officiel des Jeux. Face aux mesures sanitaires très strictes qui prévalent en Chine, ce réseau a décidé de couvrir l’évènement à partir de ses studios du Connecticut.

Radio-Canada a préféré se rendre sur place.

Sous le titre Ça va mal à Pékin : les tests bric-à-brac du gouvernement chinois, Radio-Canada poursuit sa propagande contre la Chine en se lançant cette fois dans une critique acrimonieuse des mesures sanitaires prises dans ce pays à l’occasion des Jeux olympiques.

De quoi parle-t-on ?

Dans ce cas-ci, Radio-Canada critique la précision jugée ‘excessive’ des tests diagnostiques réalisés par les laboratoires chinois. Ceux-ci déclarent contagieux les journalistes de Radio-Canada qui ont attrapé le Covid-19 en décembre dernier alors que les tests PCR canadiens les jugent parfaitement rétablis.

On accuse les Chinois de pousser la sensibilité de leurs tests à des niveaux extrêmes.

Qu’en est-il ?

Lorsqu’une personne est encore contagieuse, ses gouttelettes respiratoires contiennent des copies intégrales du virus.

À l’opposé, lorsqu’elle cesse de l’être, elle n’émet plus de copies complètes du virus. Toutefois, dans les jours ou semaines qui suivent, son corps se débarrasse des cellules mortes et les débris de virus.

Quand la sensibilité des tests est grande, ceux-ci détectent non seulement les copies viables du virus, mais également ces débris inoffensifs.

Voilà sur quoi reposent les accusations de Radio-Canada.

Dans le texte Covid-19 : durée de la quarantaine, nous avons vu que cette dernière devrait durer huit jours à l’issue desquels un test rapide devrait confirmer que la personne atteinte n’est plus contagieuse.

Pourquoi effectuer ce test rapide ? Parce que nous ne sommes pas tous pareils.

Dans l’étude américaine résumée par ce texte, une minorité des personnes atteintes avaient besoin de plus de huit jours pour guérir du Covid-19.

De manière à ne pas imposer une quarantaine longue à tout le monde alors qu’elle n’est justifiée que pour un petit nombre de ‘retardataires’, on préfère imposer une quarantaine courte, généralement suffisante, quitte à dépister, grâce à des tests rapides, ceux qui ont besoin de plus de temps.

Dans le fond, c’est la même chose lorsqu’on réduit la quarantaine à cinq jours; on a simplement environ trois-quarts de ‘retardataires’. D’où la nécessité encore plus grande d’avoir un test négatif avant de clore la convalescence.

Bref, en raison de la variabilité des êtres humains, des personnes atteintes par le Covid-19 peuvent incuber le virus beaucoup plus longtemps que les autres.

Peut-on être contagieux un mois après la fin des symptômes ? Aucune étude n’exclut cette possibilité. Voilà pourquoi la Chine ne prend pas de risque.

Sa politique de tolérance zéro à l’égard du Covid-19 a fait en sorte que sa lutte sanitaire s’est soldée jusqu’ici par la mort de seulement trois personnes par million d’habitants.

Partout en Occident, on s’est contenté d’aplatir la courbe. Sous le prétexte qu’il fallait laisser se développer l’immunité ‘naturelle’, on a laissé les gens attraper le virus. En somme, la capitulation au virus a fait office de doctrine sanitaire. D’où le fiasco obtenu.

Au début du mois, on comptait 1 379 morts par million d’habitants au Québec, soit quatre-cents fois plus qu’en Chine.

Si on juge un arbre à ses fruits, ce qui est ‘bric-à-brac’, ce n’est pas la rigueur des mesures sanitaires en Chine; c’est le laxisme des nôtres.

Nous, Occidentaux, avons cette détestable manie de nous croire supérieurs. Cet aveuglement nous pousse même à mépriser ce dont on devrait s’inspirer.

Et pour détourner l’attention de la réussite de la Chine dans son combat contre le Covid-19 — une réussite obtenue au prix d’immenses sacrifices — la propagande occidentale cherche à nous faire oublier que le plus fondamental des droits de la Personne… c’est le droit à la vie.

Références :
Ça va mal à Pékin : les tests bric-à-brac du gouvernement chinois
Covid-19 : durée de la quarantaine
Covid-19 : évolution en 2021
Man who survived Ebola five years ago may be source of Guinea outbreak
NBC n’enverra pas ses équipes de description à Pékin

Un commentaire

| Politique canadienne | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


La torture en Syrie et le Canada

Publié le 15 janvier 2022 | Temps de lecture : 3 minutes

Le colonel Anwar Raslan est un ex-officier des services syriens du renseignement.

Dans la capitale syrienne, le colonel Raslan dirigea une prison du 29 avril 2011 au 27 septembre 2012. Au cours de cette période, plus de quatre-mille détenus y ont été torturés (entrainant la mort de 27 à 58 d’entre eux).

À la fin de cette année-là, il déserta le régime de Bachar el-Assad pour se réfugier en Jordanie (où son épouse et ses enfants l’attendaient), puis en Allemagne à l’été de 2014.

Il y a deux jours, un tribunal allemand l’a reconnu coupable de crime contre l’Humanité et l’a condamné à la prison à perpétuité.

À l’époque des faits reprochés, la torture était une bizness de l’État syrien; celui-ci la pratiquait au nom de pays où le recours à la brutalité afin d’obtenir les aveux aurait indigné l’opinion publique.

C’est ainsi qu’à la demande du Canada, la Syrie a torturé Ahmed el-Maati, soupçonné de préparer des attentats terroristes contre l’édifice du parlement canadien et contre des centrales nucléaires ontariennes.

Sous la torture, il a révélé le nom de deux complices, dont Maher Arar (totalement innocent), à qui le gouvernement canadien a finalement accordé une compensation de 10,5 millions de dollars pour la torture qu’il a subie lui aussi en Syrie.

Dans le cas d’Ahmed el-Maati, il fut ensuite torturé en Égypte. Or on sait que les services canadiens du renseignement envoyaient à ce pays les questions à lui poser. Il y a tout lieu de croire que sa torture en Syrie était également téléguidée d’Ottawa.

Strictement parlant, le Canada ne payait pas pour faire torturer ses propres citoyens, mais pour les renseignements obtenus, peu importe comment.

Longtemps, cette politique d’Ottawa est demeurée un secret d’État.

Mais en décembre 2010, une agence de presse révélait l’existence d’une directive qui autorisait les services canadiens du renseignement à utiliser de l’information fournie par des agences étrangères qui aurait pu être obtenue grâce à la torture ou de mauvais traitements.

On imagine bien que lorsque le Canada demandait à la Syrie de torturer des Canadiens, le régime de Bachar el-Assad ne faisait pas cela gratuitement.

Par ricochet, la condamnation cette semaine du colonel Raslan est aussi une condamnation des pays défenseurs des droits de la personne qui, hypocritement, n’hésitent pas à financer leurs violations lorsque cela leur convient.

Pour terminer, précisons que le 18 avril 2018, le Canada cessait, officiellement, d’être client de la torture pratiquée ailleurs.

Références :
Ahmad El-Maati
Anwar Raslan
German court jails former Syrian intelligence officer for life
Le Canada et ses amis tortionnaires
Ottawa autorise les services secrets à utiliser des informations obtenues sous la torture

Laissez un commentaire »

| Guerre en Syrie, Politique canadienne | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Davantage de poussière cancérigène sur Québec, grâce à la CAQ

Publié le 18 décembre 2021 | Temps de lecture : 4 minutes
Cliquez sur l’image pour l’agrandir

Introduction

Après le chrome, le nickel est le plus dur des métaux. Cette dureté, de même que sa résistance à la corrosion, en ont fait un métal de choix pour la fabrication de la monnaie.

De 1922 à 1942, la pièce canadienne de 5 cents était composée à 99 % de nickel. Depuis 2000, elle est en acier (à 94,5 %), seulement plaquée nickel.

La toxicité du nickel

Le nickel est le plus allergisant des métaux; une personne sur huit y est allergique.

Au sujet de ce métal, Wikipédia écrit :

Certains composés de nickel sont des corps dangereux ou très toxiques, par exemple le nickel tétracarbonyle, cancérigène reconnu, présent dans les vapeurs ou fumées.

Même la poussière de nickel ou les diverses poudres de nickel finement divisés, utilisé en catalyse, sont également reconnues cancérigènes, ils provoquent d’abord par contact et à faibles doses chroniques des dermites et des allergies cutanées.

L’inaction libérale

En provenance des gisements du Nord-du-Québec et du Labrador, le minerai brut de nickel transite par le port de Québec avant d’être acheminé à l’Étranger pour y être raffiné. Ce qui crée très peu d’emplois ici.

Pendant des années, le transbordement de minerais au port de Québec soulevait d’importantes quantités de poussières qui se déposaient sur les quartiers populaires de la Basse-Ville.

Puisque tous les ports du Québec sont de compétence constitutionnelle fédérale, les autorités portuaires ignorèrent les plaintes des citoyens et ne prirent aucune mesure destinée à réduire cette pollution. Et, en bon pouvoir colonial, Ottawa refusait d’intervenir.

Les dirigeants du port eurent même l’audace d’interdire l’accès au port aux enquêteurs de la santé publique du Québec.

Toutefois, l’analyse de la poussière — déposée, entre autres, sur les voitures stationnées près du port — avait révélé une teneur élevée en nickel.

Dépourvu de colonne vertébrale face à Ottawa, le gouvernement libéral du Québec préférait fermer les yeux.

La réaction péquiste

En 2013, le gouvernement de Pauline Marois décidait d’agir et de protéger la population à ce sujet.

Son ministre de l’Environnement, Yves-François Blanchet — l’actuel chef du Bloc Québécois au parlement canadien — adoptait une norme maximale de 14 nanogrammes de nickel par mètre cube d’air.

De la même manière que toutes les entreprises de compétence constitutionnelle fédérale doivent respecter les règlements municipaux et les lois du Québec, le règlement péquiste assurait la prépondérance de la santé des citoyens sur l’appât du gain des autorités portuaires nommées par Ottawa.

À l’époque, le ministre Blanchet se vantait d’avoir adopté une des normes les plus sécuritaires au monde.

Mais les temps changent.

L’assouplissement caquiste

Le gouvernement de la Coalition Avenir Québec (CAQ) annonçait hier son intention de hausser de cinq fois la teneur maximale permise de nickel dans l’air. La norme québécoise passerait donc de 14 à 70 nanogrammes par mètre cube.

La raison invoquée par le ministre de l’Environnement est le désir d’harmoniser les normes québécoises à celles en vigueur en Ontario et en Europe, notamment dans les anciennes républiques soviétiques (dont la Russie, deuxième producteur mondial).

En réalité, il s’agit d’un moyen d’augmenter la profitabilité de l’industrie minière aux dépens de la santé des gens de Québec.

Malheureusement, on ne voit pas très bien comment cela devrait générer plus de revenus fiscaux pour le gouvernement québécois puisque l’industrie minière prélève des milliards de dollars de ressources naturelles, mais délocalise presque tous ses profits dans des paradis fiscaux.

Références :
Ingéniosité et résistance – la pièce de 5 cents
Nickel
Norme sur le nickel : le gouvernement « va trouver les citoyens sur son chemin »
Québec durcit le règlement sur la présence de nickel dans l’air

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 60mm Macro F/2,8 — 1/160 sec. — F/8,0 — ISO 200 — 60 mm

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés au prix que nous payons pour appartenir au Canada, veuillez cliquer sur ceci.

Laissez un commentaire »

| 2018-202X (années Legault), le prix du fédéralisme, Politique québécoise, Pollution | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


L’unilinguisme anglais à Immigration Canada

Publié le 10 novembre 2021 | Temps de lecture : 6 minutes

Au Canada, la compétence constitutionnelle en matière d’immigration est exclusivement fédérale.

Depuis 1991, Ottawa délègue toutefois au Québec les dossiers d’immigration ‘ordinaires’ tout en se réservant ceux des réfugiés et les demandes pour motif de réunification familiale.

Dans le cas des réfugiés, Ottawa ne peut pas déléguer leurs dossiers en raison de son obligation de répondre de ses obligations internationales à ce sujet.

À Montréal, Immigration Canada s’occupe non seulement des demandes d’immigration pour tout le Québec, mais opère également un Centre de soutien à la clientèle qui dessert l’ensemble du pays. Dans ce centre, 80 % des appels sont en anglais.

Invoquant des difficultés de recrutement, Immigration Canada annonçait dernièrement sa décision d’embaucher des agents unilingues anglais à ce centre d’appels.

Dans la mesure où l’appelant pitonne ‘un’ pour parler en français et ‘two’ pour parler en anglais (ou l’inverse), cette décision semble anodine.

Pourtant, à l’annonce de cette nouvelle, l’Assemblée nationale a réagi en adoptant unanimement une résolution de la députée Ruba Ghazal (de Québec solidaire) demandant que la Loi 101 s’applique non seulement aux entreprises sous l’autorité d’Ottawa, mais également aux ministères fédéraux.

Pourquoi une réaction aussi vive ?

C’est qu’il n’y a pas de barrière étanche entre le personnel de ce centre d’appels et les agents d’immigration proprement dits. En d’autres mots, les préposés de ce centre d’appels ne sont pas que des téléphonistes; ce sont des agents d’immigration à qui on attribue la tâche de répondre aux appels.

Entre l’agent qui prend les appels et celui qui procède à l’analyse des documents généralement soumis par courrier ou qui procède, si nécessaire, à une longue entrevue effectuée face à face avec un requérant, il n’y a qu’un pas.

Les problèmes de recrutement d’Immigration Canada au Québec s’étendent bien au-delà de son centre téléphonique. La cause profonde de ces difficultés vient de l’obligation des francoQuébécois d’être bilingues pour y travailler, que ce soit dans le centre d’appels ou ailleurs.


 
Selon le recensement de 2016, un Québécois sur deux est unilingue français. En imposant la nécessité du bilinguisme à ses employés francoQuébécois (mais pas aux angloQuébécois), Ottawa exerce une discrimination à l’embauche contre la moitié des personnes susceptibles de travailler pour lui à Montréal.

Sans cette exigence, ce ministère pourrait doubler la taille de son personnel au Québec. Mais il s’y refuse.

Officiellement, on justifie ce refus par la nécessité de comprendre les demandes concernant les réfugiés, rédigées très majoritairement en anglais.

Mais par ailleurs, dans les dossiers d’immigration au Québec, une partie importante des demandes au motif de réunification familiale (probablement la majorité) concernent les francoQuébécois dont les parents vivent dans des pays de la Francophonie.

Alors pourquoi l’obligation du bilinguisme s’applique aux agents francophones (pour qu’ils comprennent les dossiers des réfugiés) mais pas aux agents anglophones (pour comprendre les dossiers de réunification familiale) ?

La réponse est simple; parce que c’est un prétexte.

La véritable raison est que les rapports des agents québécois adressés à Ottawa doivent être rédigés en anglais. Il en est de même des notes ajoutées aux dossiers électroniques des requérants. Afin que les décideurs d’Ottawa puissent les comprendre.

Lorsque les citoyens francophones s’adressent aux services à la clientèle situés dans les régions francophones du pays, ils trouvent facilement un employé qui parle leur langue. Mais derrière cette façade, la fonction publique fédérale à Ottawa est très largement unilingue anglaise, à l’image de la population canadienne elle-même.

C’est donc à dire qu’au sein de la fonction publique fédérale, la langue de travail, c’est l’anglais. Voilà pourquoi les agents québécois d’Immigration Canada doivent être de parfaits locuteurs anglophones; afin de rédiger des rapports compréhensibles à Ottawa.

En diminuant ses quotas d’immigration, le gouvernement de la CAQ augmente la proportion des personnes admises au Québec en vertu des pouvoirs que le fédéral ne lui a pas délégués.

En raison du rôle stratégique que joue l’immigration dans l’anglicisation du Québec, il était prévisible qu’Ottawa en profiterait pour augmenter la proportion de ses agents incapables de traiter les demandes d’immigration rédigées dans une autre langue que l’anglais.

Pour paraphraser un courriel que le Parti Québécois expédiait à ses membres la semaine dernière, je dirais : rester dans le Canada, c’est consentir à notre extinction.

Références :
Aperçu du fonctionnement interne de l’État canadien
Embauche d’agents d’immigration anglophones : « Un manque de respect », dénonce Québec
Immigration Canada recrute des agents uniquement anglophones au Québec
Immigration : l’illusion des prophéties
La politique migratoire de la CAQ
Liste des régions bilingues du Canada aux fins de la langue de travail
Quatre-millions de Québécois victimes de discrimination à l’embauche
Rapport du vérificateur au sujet des centres d’appels
Un fonctionnaire fédéral défend son droit de travailler en français

Parus depuis :
Refus massif d’étudiants africains francophones : Ottawa accusé de « discrimination » (2021-11-28)
« Je suis effondré » : le cri du cœur d’un étudiant africain refusé par Ottawa (2022-01-28)
Ottawa accusé de retarder l’immigration francophone (2023-05-18)
Immigration: le Canada répond «in English only» (2023-05-19)

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés au prix que nous payons pour appartenir au Canada, veuillez cliquer sur ceci.

Laissez un commentaire »

| le prix du fédéralisme, Politique canadienne | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


La fêlure du Canada : l’adoption de la constitution sans le Québec

Publié le 6 novembre 2021 | Temps de lecture : 5 minutes

Introduction

Il y a quarante ans, dans la nuit du 4 au 5 novembre 1981, Ottawa et les provinces anglophones du pays aplanirent leurs différends et conclurent un projet de loi constitutionnelle sans le Québec.

Cette séance ultime de négociation s’est tenue secrètement en pleine nuit, à l’insu de tous les représentants du Québec.

Dès le lendemain, le 5 novembre 1981, la Canadian Constitution fut adoptée sans nous. Elle entra en vigueur lors de sa promulgation royale le 17 avril 1982.

Une anecdote

En novembre 2013, je me trouvais à table avec deux autres co-pensionnaires d’un même appartement à La Havane; l’un était Britannique, l’autre Américain.

Évidemment, la discussion suivante s’est déroulée en anglais.

Vers la fin du repas, de but en blanc, le Britannique me demande : “C’est quoi le problème avec le Québec ?

Nous étions en vacances et du coup, ce n’était pas le temps d’énumérer la litanie des griefs du Québec depuis la conquête anglaise de 1760.

J’ai donc choisi l’argument le plus court et plus éloquent quant au statut colonial du Québec au sein du Canada.

Après lui avoir expliqué qu’en 1982, le Canada anglais avait adopté une nouvelle constitution canadienne sans nous, je lui ai demandé : “Si l’Angleterre dotait votre pays d’une constitution sans l’assentiment de l’Écosse, du pays de Galles et de l’Ulster, trouveriez-vous cela normal ?

Et comme il demeurait silencieux, je me suis tourné vers son collègue américain : “Et si les États du Nord des États-Unis dotaient votre pays d’une nouvelle constitution sans le consentement des États du Sud, trouveriez-vous ça normal ?

Et comme lui non plus n’a pas répondu, nous avons continué le repas en parlant d’autres choses.

Mon but n’était pas de les convaincre de mon point de vue, mais de susciter dans leur esprit le doute que quelque chose ne tournait pas rond dans le gentil pays du Canada (soit l’image qu’il projetait à l’époque).

L’urgence d’une nouvelle constitution canadienne

Avec l’adoption en 1975 d’une Charte québécoise des droits et libertés de la personne, le British North America Act de 1867 (qui faisait office de constitution canadienne) prenait soudainement un coup de vieux.

Mais c’est surtout l’adoption en 1977 de la Charte de la langue française (ou Loi 101) qui rendit urgente (aux yeux d’Ottawa) l’adoption d’une nouvelle constitution canadienne.

Jusqu’ici, les divers paliers de gouvernements pouvaient, dans certaines circonstances, brimer des libertés individuelles.

Par exemple, les villes pouvaient interdire le tapage nocturne ou imposer le respect de leur plan d’urbanisme. Les provinces pouvaient limiter la vitesse des automobiles ou retirer la garde d’un enfant à l’autorité de ses parents. Et le fédéral pouvait ordonner la conscription obligatoire.

Avec la Loi 101, pour la première fois, on donnait préséance à un droit collectif à caractère ethnique — le droit du peuple francoQuébécois d’assurer sa survie — sur un droit individuel, soit celui d’appartenir au groupe linguistique de son choix.

Or c’est sur cette liberté individuelle que repose la lente extinction du peuple francoQuébécois.

Sans cette protection collective, ouvrir l’école publique anglaise à tous les néoQuébécois qui le souhaitent, c’est faire en sorte que les francoQuébécois financent eux-mêmes leur propre extinction.

À l’opposé, se jugeant incapables de maintenir la fréquentation de leurs écoles et l’audience de leurs institutions culturelles sans l’assimilation des néoQuébécois, les angloCanadiens du Québec se sont sentis menacés par la Loi 101.

Pour répondre à leurs craintes, la solution d’Ottawa fut d’adopter une nouvelle constitution basée sur le multiculturalisme et notamment, sur la liberté de tout citoyen de s’assimiler au groupe linguistique de son choix.

Il était prévisible que le Québec refuserait de revêtir la camisole de force constitutionnelle conçue spécialement contre lui.

Ottawa aurait pu attendre qu’un gouvernement de ‘collabos’ succède à celui de René Lévesque. Mais dans l’urgence d’agir, on a préféré adopter cette loi fondamentale sans le Québec. En somme, on a préféré doter le pays d’une constitution illégitime.

Conclusion

Dans un empire colonial, la métropole peut consulter ses colonies lorsqu’elle s’apprête à adopter des lois qui les concernent. Mais elle n’y est pas obligée.

La meilleure preuve du statut colonial du Québec au sein du Canada, c’est cette constitution adoptée sournoisement par l’ethnie dominante.

Quand les assises d’un pays reposent sur une loi fondamentale née dans la fourberie, cette fêlure congénitale condamne inévitablement l’édifice à l’effondrement.

Ce n’est qu’une question de temps…

Références :
Il y a 40 ans, le Canada se dotait d’une entente constitutionnelle sans le Québec
Le colonialisme économique ‘canadian’
Le marécage du multiculturalisme canadien

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés au prix que nous payons pour appartenir au Canada, veuillez cliquer sur ceci.

2 commentaires

| le prix du fédéralisme, Politique canadienne | Mots-clés : , , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel