Michael Rousseau et le moteur de l’anglicisation du Québec

Publié le 5 novembre 2021 | Temps de lecture : 5 minutes
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Le fonctionnement interne d’Air Canada

Nommé PDG d’Air Canada le 15 février 2021, Michael Rousseau est un angloQuébécois qui vit à Montréal depuis quatorze ans.

Il y a deux jours, il a été incapable de comprendre la moindre des questions qui lui furent adressées en français à la suite de la conférence qu’il a prononcée en anglais devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

En raison de son unilinguisme absolu, les réunions du Conseil d’administration d’Air Canada se déroulent exclusivement en anglais et tous les rapports qui lui sont soumis sont rédigés dans cette langue.

Son service à la clientèle est bilingue et beaucoup de ses agents de bord le sont. Mais à l’interne, la langue de travail est l’anglais. Comme c’est le cas du gouvernement fédéral à Ottawa.

L’anglicisation favorisée par Ottawa

Depuis quelque temps, des pressions s’exercent sur le gouvernement canadien pour qu’il consente à ce que les entreprises sous son autorité (comme Air Canada) soient assujetties à la Charte de la langue française.

Ottawa n’en a pas l’intention. Voilà pourquoi on parle plutôt de la nécessité de simplement moderniser la loi fédérale sur les langues officielles.

Les politiques d’Ottawa qui visent à défendre les minorités linguistiques du pays ont toujours eu pour principal objectif de promouvoir les intérêts de la ‘minorité anglaise du Québec’ alors que celle-ci est plutôt l’annexe québécoise de la majorité angloCanadienne. En somme, ses politiques servent de paravent à la colonisation anglaise du Québec.

Jusqu’à maintenant, le gouvernement canadien n’a jamais réalisé que la principale minorité linguistique du Canada, ce sont les francoQuébécois. C’est cette minorité-là qui est menacée par l’océan anglophone nord-américain.

La discrimination à l’embauche

M. Rousseau est la preuve vivante qu’on peut très bien réussir sa vie au Québec en étant unilingue anglais.

Par contre, l’Office québécois de la langue française révélait l’an dernier que dans 63 % des entreprises de la métropole, tout candidat à l’embauche est refusé s’il ne parle pas l’anglais.

Le cas typique est celui des trottinettes Lime qui ne publiaient leurs offres d’emplois qu’en anglais et dont l’immense majorité du personnel ne parlait pas français.

Une anecdote

Il y a quelques années, dans la pièce où prenaient place les candidats en attente d’une entrevue d’embauche chez Air Canada, une jeune Montréalaise avait fait connaissance avec la personne assise à côté d’elle.

Malheureusement, cette personne ne parlait pas français alors que l’offre d’emploi stipulait l’exigence du bilinguisme. Malgré cela, c’est elle qui obtint le poste.

L’explication était simple; la version française de l’offre d’emploi exigeait le bilinguisme, alors que la version anglaise n’en faisait pas mention.

Sans le dire, ce qu’Air Canada voulait réellement, c’est quelqu’un qui parle anglais.

Conclusion

La Charte de la langue française (la Loi 101) exige l’unilinguisme français au sein des entreprises du Québec. À l’embauche, il est illégal d’exiger la connaissance de l’anglais, sauf lorsque cela est strictement nécessaire (pour servir dans sa langue la clientèle anglophone, par exemple).

Tant que les règles d’embauche au Québec exigeront illégalement la connaissance de l’anglais chez les francoQuébécois, mais n’empêcheront pas un angloQuébécois unilingue de faire carrière ici, cette discrimination à l’embauche sera le moteur de l’anglicisation de Montréal.

Hier, le Parti Québécois expédiait à ses membres un courriel intitulé ‘Rester dans le Canada, c’est consentir à notre déclin’.

Je ne saurais mieux dire…

Références :
Aperçu du fonctionnement interne de l’État canadien
Doit-on interdire l’accès à la magistrature aux avocats québécois unilingues français ?
La ministre Petitpas Taylor veut lutter contre « le déclin du français »
Langues officielles: il faut aller plus loin
La responsabilité du conseil d’administration d’Air Canada
Le PCJ, annexe de la machine coloniale canadienne
Quatre-millions de Québécois victimes de discrimination à l’embauche

Parus depuis :
Canadien National : Les francophones écartés de la table du C.A. (2022-04-21)
« It’s very english » sur la voie maritime du Saint-Laurent (2023-05-19)
Ottawa a versé des milliards pour l’anglais au Québec (2023-11-27)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Se moquer d’un garçon handicapé est un droit constitutionnel au Canada

Publié le 30 octobre 2021 | Temps de lecture : 4 minutes

Vendredi dernier, la Cour Suprême du Canada a infirmé deux jugements antérieurs qui avaient condamné un humoriste pour avoir choisi un jeune handicapé comme souffre-douleur.

De septembre 2010 à mars 2013, au cours de 230 représentations vues au total par cent-trente-cinq-mille personnes, Mike Ward a présenté un numéro dans lequel il se moquait de certaines caractéristiques physiques de Jérémy Gabriel à l’époque où ce dernier avait entre 10 et 13 ans.

Les blagues de l’humoriste étaient des descriptions péjoratives basées sur le handicap du garçon, atteint du syndrome de Treacher Collins.

À l’école, les autres enfants répétaient les insultes et exacerbaient la moquerie.

Du strict point de vue juridique, toute cette affaire se résume à la conception qu’on se fait de la discrimination (au sens d’ostracisme).

Les articles de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne (sur lesquels s’appuie cette cause) se lisent comme suit :

Article 4 : Toute personne a droit à la sauvegarde de sa dignité, de son honneur et de sa réputation.

Article 10 : Toute personne a droit […] à l’exercice […] des droits et libertés de la personne, sans distinction […] fondée sur […] le handicap ou l’utilisation d’un moyen pour pallier ce handicap.

Il y a discrimination lorsqu’une telle distinction […] a pour effet de détruire ou de compromettre ce droit

Dans un premier temps, les instances québécoises — le Tribunal des droits de la personne et la Cour d’appel du Québec — avaient estimé qu’en exposant Jérémy Gabriel à la moquerie en raison de son handicap, Mike Ward a porté atteinte à la dignité humaine du garçon.

Toutefois, en appel à la Cour Suprême, celle-ci estime que pour prouver qu’il y a ostracisme, on doit démontrer que les propos incitent à mépriser la victime ou à détester son humanité pour un motif de distinction illicite (dans ce cas-ci, son handicap physique).

On doit ensuite établir que ces propos, placés dans leur contexte, peuvent vraisemblablement avoir pour conséquence de frapper cette victime d’exclusion sociale.

Pour la plus haute instance du pays, le sort infligé à Jérémy Gabriel ne répond pas à ces critères, en dépit des apparences.

Qu’est-ce qui explique cet aveuglement ?

À deux reprises dans le jugement majoritaire de la Cour suprême, celle-ci déclare que la Charte québécoise des droits et libertés possède un champ d’application plus vaste que celui de la Charte canadienne (synonyme de la Canadian Constitution).

Selon la Cour, au chapitre des droits individuels, la Charte québécoise lie non seulement l’État, mais aussi toutes les personnes physiques et morales situées sur le territoire du Québec.

En atténuant la protection offerte par celle-ci, la Cour Suprême l’érode pour la mettre davantage en phase avec les dispositions moins contraignantes de la Canadian Constitution.

Tout comme pour la Loi 101, la Cour Suprême poursuit ainsi son travail de sape de la spécificité québécoise.

Ceux parmi nous qui voulons vivre dans une société où le mot civisme a un sens devons remettre en question notre appartenance à ce pays où l’expression publique du mépris et de l’intolérance se justifie au nom de la liberté d’expression.

Références :
Décision de la Cour suprême : Mike Ward vs Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse
Mike Ward ou le harceleur public

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La candeur de Jean Chrétien face aux Autochtones

Publié le 25 octobre 2021 | Temps de lecture : 3 minutes

Jean Chrétien fut premier ministre du Canada de 1993 à 2003 après avoir été responsable de nombreux ministères, dont celui des Affaires indiennes de 1968 à 1974.

Hier, à l’émission Tout le monde en parle, il a déclaré que même pendant les six ans et demi où il s’occupa de ce ministère, il n’avait jamais entendu parler des pensionnats autochtones.

C’est possible.

M. Chrétien a grandi alors que, du primaire au collégial inclusivement, l’enseignement était aux mains de communautés religieuses.

C’était à l’époque où on glorifiait le rôle des missionnaires auprès des ‘païens’.

J’ai un peu connu cette époque. À l’adolescence, la seule chose supplémentaire que j’ai apprise, c’est qu’en Abitibi-Témiscamingue, au cours d’une partie de chasse, les ‘Blancs’ qui violaient une femme Autochtone n’étaient jamais inquiétés par la justice.

On apprenait le viol quand les Autochtones prenaient des mesures de représailles contre les violeurs. Ce qui faisait alors l’objet d’une enquête policière.

M. Chrétien soutient donc qu’à titre de ministre de 1968 à 1974, il n’a jamais été informé du sort subi par les enfants Autochtones dans les pensionnats financés par son ministère jusqu’en 1996. Pourtant les premiers rapports officiels d’abus généralisés dans les pensionnats financés par Ottawa remontent à 1907.

Cette déclaration est une preuve supplémentaire que le fédéral est un gouvernement colonial au sein duquel les députés, les sénateurs et les ministres ne sont que l’interface entre une machine étatique et le peuple.

Et cette machine, ce sont des milliers de fonctionnaires et surtout un petit nombre de mandarins qui exercent le pouvoir dans l’ombre, animés de leur propre conception de l’intérêt de l’État.

Or, lorsqu’on veut contrôler ce que le ministre décide, on doit contrôler ce qu’il sait. Donc, de l’aveu même de M. Chrétien, on s’est bien gardé de l’informer correctement. Tout au plus, l’a-t-on avisé qu’il y avait des problèmes anecdotiques à certains endroits.

Dans un autre ordre d’idée, lorsque M. Chrétien rappelle que son épouse et lui ont adopté un Autochtone en bas âge, je ne doute pas un seul instant que ce couple ait aimé cet enfant comme le leur.

De toute évidence, M. Chrétien ne s’est jamais posé la question :
est-ce normal que des services sociaux confient de jeunes Autochtones à des ‘Blancs’ alors que les communautés autochtones, même dans la plus profonde pauvreté, sont parfaitement capables d’en prendre soin…

En d’autres mots, il ne lui est jamais venu à l’esprit que l’adoption par des ‘Blancs’ était un nouveau mécanisme d’assimilation culturelle et de ce fait, un substitut moderne aux pensionnats autochtones.

Références :
Jean Chrétien
L’adoption par des ‘Blancs’, le substitut aux pensionnats autochtones
La façade ministérielle de l’État canadien
L’histoire d’un crime national
Révélations de Robert Poëti: grand ménage au ministère des Transports
Sévices sexuels sous le nez de Chrétien à La Tuque
Un sous-ministre n’a pas à recevoir «d’ordres», selon Dominique Savoie

Paru depuis :
Sévices dans les pensionnats : « Pensez-vous que je n’aurais rien fait? » (2021-10-27)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Tire Sainte-Catherine et autoflagellation

Publié le 14 octobre 2021 | Temps de lecture : 7 minutes

Historique

Depuis le Xe siècle, la fête de la Sainte-Catherine est célébrée par les Catholiques le 25 novembre de chaque année.

Au Québec, c’était la fête des vieilles filles, c’est-à-dire des femmes de plus de 32 ans qui n’avaient pas encore trouvé un mari à leur gout.

Dans le premier quart du XXe siècle, mon grand-père paternel créa une confiserie qui, au fil des années, devint la principale entreprise de ce type des comtés de Joliette, de l’Assomption et de Montcalm.

Le 25 novembre était une des principales occasions d’affaires de l’année.

Puisque les trois premiers de ses enfants à atteindre l’adolescence furent des filles, ce sont trois de mes tantes qui eurent pour tâche de préparer la tire Sainte-Catherine.

Après avoir ajouté une grande quantité de sucre à de la mélasse, le tout devenait tellement épais que la seule manière d’en mélanger les ingrédients était de l’étirer dans le sens de la longueur pour en faire un gros câble, de suspendre ce câble collant à un mur par le moyen d’un crochet de métal, de l’étirer par les deux bouts, de le torsader, de suspendre par le milieu le câble torsadé au crochet, de l’étirer de nouveau, et ainsi de suite jusqu’à l’obtention d’une texture blonde relativement uniforme.

Puis il fallait couper le tout pour en faire des papillotes.

À l’époque, on appelait ces papillotes des klondikes en raison de leur couleur, semblable (avec un peu d’imagination) à celle de pépites d’or.

L’origine de cette coutume remonterait au XVIIe siècle. Selon la légende, c’est Marguerite Bourgeois, fondatrice de la Congrégation des sœurs de Notre-Dame, qui aurait institué cette coutume.

Sur le site du Réseau de diffusion des archives du Québec, on peut lire : “ Fait légendaire ou historique, on raconte qu’elle en aurait fabriqué pour attirer les enfants à son école, surtout les petites «sauvagesses».

Ainsi, comme la sorcière du conte ‘Hansel et Gretel’, Marguerite Bourgeois aurait utilisé cette friandise pour attirer des jeunes Autochtones à l’école, pour les séquestrer, les priver de leur culture, et leur imposer une autre religion. Et, selon cette légende, ils en sortaient aussi différents que les biscuits sortant du four de la méchante sorcière.

Apprenant cela, il n’en fallait pas plus pour que les dirigeants du Centre de santé communautaire du Grand Sudbury décident de bannir cette coutume, dans un effort de réconciliation avec les peuples autochtones du Canada.

Les politiques génocidaires anglo-saxonnes

L’idée qu’en Nouvelle-France, la tire Sainte-Catherine servait à piéger sournoisement les enfants Autochtones en vue de leur emprisonnement dans des pensionnats est le comble du ridicule. Pas un seul historien, même Autochtone, ne supporte cette thèse farfelue.

Tenter d’exterminer les peuples Autochtones pour ensuite assimiler les survivants furent des objectifs du colonialisme anglo-saxon.

Aux États-Unis, on a tué des millions de bisons dans le but précis d’affamer à mort les Sioux dont les troupeaux de bisons étaient le garde-manger.

Puis on a enfermé les survivants dans des prisons à ciel ouvert qu’étaient les réserves indiennes. Situés sur les terres les moins fertiles (préférablement désertiques) des États-Unis, ces réserves servaient à limiter leur croissance démographique.

On fit l’équivalent au Canada et en Australie.

Au Canada, on ne comptait pas sur des friandises pour attirer les enfants Autochtones dans des pensionnats. Il était tout simplement illégal pour les mères Autochtones de refuser d’envoyer leurs enfants au pensionnat. En clair, la police canadienne venait arracher les enfants des bras de leur mère.

D’autre part, en Nouvelle-France, il est vrai que les missionnaires se donnaient comme mission de convertir les Autochtones. C’était leur rôle. Comme aujourd’hui les preachers américains. Un missionnaire demeure un missionnaire.

Mais les missionnaires en Nouvelle-France n’utilisaient pas la force, ni la menace (autre que celle du purgatoire). Ont-ils utilisé des friandises ? C’est possible. Mais quelle importance ?

Va-t-on mettre sur le même pied les sévices subis par les enfants Autochtones dans les pensionnats financés par Ottawa et une offre de friandises par Marguerite Bourgeois ?

Ce qui intéressait la France en Nouvelle-France, c’était le commerce des fourrures. Paris y envoyait des commis-voyageurs appelés coureurs des bois.

Par troc, chacun d’eux devait se procurer les fourrures accumulées par les peuples Autochtones depuis sa dernière visite. Et s’il devait se quereller avec eux, il ne pouvait pas ‘appeler la police’; il était complètement à leur merci. Ce qui l’obligeait à bien s’entendre avec eux.

Conclusion

Si l’ethnie dominante du Canada se sent coupable des crimes commis par la colonisation anglaise, c’est son problème.

Grâce au Ciel, on ne nous a pas exterminé comme les Béothuks. On ne nous a pas enfermé non plus dans des réserves.

On a simplement exercé un colonialisme économique destiné à nous appauvrir. Ottawa a subventionné grassement l’annexe québécoise de la majorité anglo-canadienne par le biais des politiques destinées à soutenir les ‘minorités’ officielles du pays. Alors que la principale minorité linguistique du Canada, c’est nous.

Et pour nous forcer à adopter l’idéologie de l’ethnie dominante du pays — notamment le tribalisme anglo-saxon qui interdit toute forme de laïcité — cette ethnie nous a imposé une camisole de force constitutionnelle en 1982.

À cette occasion, les provinces anglophones ont tenu une séance ultime de négociation à l’insu du Québec et ont adopté le lendemain la Canadian Constitution sans nous.

Par des moyens très différents, Autochtones et nous devons lutter contre notre assimilation, entourés que nous le sommes d’un océan de gens qui ne partagent ni nos coutumes, ni notre manière de penser, et ni notre manière de vouloir vivre ensemble.

Du coup, nous les Québécois, n’avons pas à partager la culpabilité de l’ethnie dominante du Canada pour les crimes contre l’Humanité commis par son gouvernement colonial.

En conclusion (et pour revenir au sujet principal), si on veut éviter de manger de la tire Sainte-Catherine, que ce soit parce que cet aliment n’est pas inscrit au guide alimentaire canadien et non parce que nous devons expier une faute prétendument commise par Marguerite Bourgeois.

Références :
De coutume en culture
Fête de la Sainte-Catherine
Gabriel Sagard en Huronie
Le colonialisme économique ‘canadian’
Le génocide des Béothuks à Terre-Neuve
Le multiculturalisme ou le tribalisme des sociétés anglo-saxonnes
Pensionnats autochtones : la honte canadienne
Réconciliation avec les Autochtones – Le miroir australien
Vérité et réconciliation : devrait-on cesser de fêter la Sainte-Catherine?

Paru depuis :
Ottawa a versé des milliards pour l’anglais au Québec (2023-11-27)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La monarchie constitutionnelle canadienne vieillit mal

Publié le 11 octobre 2021 | Temps de lecture : 7 minutes

Les démocraties parlementaires en Europe

Les démocraties parlementaires sont celles où les représentants élus par les citoyens exercent les pouvoirs de l’État.

La plupart des démocraties parlementaires européennes sont nées au XIXe siècle afin de répondre aux espoirs suscités par la Révolution française.

Parce que contrairement à la Révolution américaine (qui lui est antérieure), la Révolution française eut une influence qui dépassa largement les frontières du pays dans lequel où elle se déroula.

Après la défaite de Napoléon et la restauration des diverses dynasties que les armées napoléoniennes avaient renversées, les monarques acceptèrent de partager (de manière variable selon les pays) leur pouvoir avec un parlement élu au suffrage universel masculin (étendu aux femmes au XXe siècle).

Ce parlement était toutefois soumis à l’autorité royale.

Cette forme de gouvernement hybride entre la monarchie absolue et la démocratie parlementaire est appelée monarchie constitutionnelle.

Encore de nos jours, on compte douze monarchies constitutionnelles en Europe.

L’Angleterre était déjà une monarchie constitutionnelle lorsqu’éclata la Révolution française. Et c’est cette forme de gouvernement qu’elle imposa au Canada par le biais d’une loi coloniale adoptée par le parlement britannique en 1867. Appelée British North America Act, cette loi fit office de constitution canadienne jusqu’en 1982.

L’héritage colonial du système politique canadien

Au Canada comme en Grande-Bretagne, le peuple élit les députés d’une chambre basse appelée Chambre des Communes. Indirectement, le peuple élit également le chef du gouvernement puisque le parti qui fait élire le plus de députés forme le gouvernement.

Les lois de la Chambre des Communes sont soumises à l’approbation d’une chambre haute — appelée Sénat à Ottawa et Chambre des Lords à Londres — et finalement à la sanction purement symbolique du monarque (ou de son représentant).

Alors que la Chambre des Lords est composée de membres
à vie nommés par le monarque (dont certains sont des lords héréditaires, issus de la noblesse anglaise), le Sénat canadien est composé exclusivement de nominations politiques.

Toutefois, près de 40 % des Québécois sont inaptes à y être nommés. En effet, en vertu de dispositions constitutionnelles remontant à 1867 (mais encore en vigueur), seul un propriétaire foncier est qualifié pour devenir sénateur.

Depuis 1867, on ne peut être nommé au Sénat que si on possède des terres d’une valeur minimale de 4 000 piastres (sic) dans la province ou le territoire que l’on représente ainsi que des propriétés mobilières et immobilières d’une valeur minimale de 4 000 autres piastres en sus de toutes ses dettes et obligations.

Les exigences constitutionnelles de 1867 avaient pour but de s’assurer que le Sénat canadien représenterait l’élite économique (sic) du Canada.

Ces exigences ont été reconduites dans la Canadian Constitution de 1982. Toutefois, on ignore toujours (puisque cela n’a jamais été plaidé) si le surplus exigée de l’actif sur le passif du sénateur (4 000 piastres) équivaut, juridiquement, à 4 000 dollars d’aujourd’hui ou à une valeur indexée de près de 80 000 dollars.

En somme, parmi le 60 % (approximativement) de Québécois propriétaires, la majorité d’entre eux ne peuvent pas être nommés au Sénat tant qu’ils n’auront pas payé leur hypothèque.

Au Canada, le pouvoir du peuple de choisir ses dirigeants est donc limité à la chambre basse d’un parlement bicaméral (c’est-à-dire à deux chambres).

Quand une discrimination basée sur l’argent empêche la grande majorité de la population d’un pays de pouvoir accéder à une des deux chambres d’un parlement bicaméral, ce pays ne peut pas être qualifié de démocratique.

Lorsque Justin Trudeau déclare que le Canada est un pays post-national, s’il veut dire qu’il est tellement dépourvu d’identité propre qu’il pourrait facilement disparaitre — s’annexer aux États-Unis, par exemple — sans que personne ne voit de différence, il a raison.

Mais cela ne change pas le fait que sa structure gouvernementale est celle d’une monarchie constitutionnelle, soit une structure totalement dépassée au XXIe siècle.

Les mœurs politiques au pays

Dans les vieilles démocraties nées au XIXe siècle, l’histoire politique est une succession de dictatures dont la durée est celle du mandat obtenu.

Le pouvoir du peuple ne s’exprime qu’au moment du scrutin. Une fois élu, un gouvernement majoritaire est doté de tous les pouvoirs jusqu’à l’élection suivante.

Par exemple, si la dernière tentative d’Ottawa de tripler (de 5,0 ppm à 15,0 ppm) le taux maximal de glyphosate dans le blé canadien a échoué, c’est parce que cette décision a été annoncée à la veille du déclenchement des élections.

Autrement, elle serait passée comme lettre à la poste. Comme chacune des décisions antérieures qui ont progressivement fait augmenter le taux maximal de 0,1 ppm à 5,0 ppm (50 fois plus) au fil des années.

Une campagne électorale ne comporte pas d’obligations contractuelles. En d’autres mots, rien n’oblige le politicien à réaliser ses promesses.

Une fois élu, le politicien fédéral pourra oublier les milliards d’arbres qu’il avait promis de faire planter.

Son collègue au niveau municipal pourra oublier les dizaines de milliers de logements sociaux qu’il avait promis de faire construire; parce que c’est toujours la faute d’un palier de gouvernement supérieur si cela ne se fait pas.

Et si certaines promesses nous sont familières — comme la gratuité du transport en commun aux étudiants ou aux retraités — ce n’est pas une illusion. Comme ces autoroutes promises depuis des décennies, il est important d’éviter de réaliser trop vite les promesses qui ‘marchent’ et qui pourraient encore ‘marcher’ à l’élection suivante…

Quant aux grands enjeux, notamment au sujet de l’environnement, rien de mieux qu’une promesse ambitieuse étendue deux ou trois décennies. En faisant une telle promesse, le chef d’un parti promet que ceux qui lui succèderont à la tête de l’État au cours des 20 ou 30 prochaines années la réaliseront pour lui. Ce n’est pas forçant.

L’important est de prendre le pouvoir. Une fois cela fait, les hasards de la vie fournissent toujours, sans qu’on les cherche, la justification aux promesses brisées.

Faire table rase

Tout cela dure depuis plus de 150 ans.

Il faudrait être naïf pour croire qu’on peut réformer le Canada; les changements nécessaires sont tellement fondamentaux qu’ils nécessiteraient une refonte complète de la Canadian Constitution de 1982.

Or cette constitution est verrouillée; il est impossible de l’amender de manière substantielle.

En Islande, la Révolution des casseroles a été possible parce que ce pays est petit et que son gouvernement peu militarisé est constamment à la merci de la colère du peuple.

Le Canada, lui, est une monarchie constitutionnelle qui a mal vieilli.

Ce genre de pays convenait à l’époque où le peuple était illettré. De nos jours, les citoyens se contentent de moins en moins d’être consultés une fois par quatre ans.

Pour vivre dans un pays où, en tout temps, le peuple peut ramener à l’ordre n’importe quel palier de gouvernement qui s’égare — en d’autres mots, un pays où le peuple peut destituer ses dirigeants politiques n’importe quand — rien de mieux que de créer un pays à neuf et de choisir tous ensemble comment il devrait fonctionner.

Vous voyez ce que je veux dire ?

Complément de lecture : Corruption fédérale : les voyages forment la vieillesse

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les Pandora Papers : pour en finir avec les paradis fiscaux

Publié le 7 octobre 2021 | Temps de lecture : 11 minutes

Évitement fiscal vs évasion fiscale

L’évitement fiscal consiste à utiliser légalement les failles du système fiscal d’un État afin d’y payer moins d’impôt.

Par contre, l’évasion fiscale consiste à utiliser différents stratagèmes comptables afin de déplacer frauduleusement les revenus réalisés dans un pays vers des pays à très faible taux d’imposition (surnommés ‘paradis fiscaux’).

Malheureusement, il suffit de permettre la délocalisation des profits pour blanchir l’évasion fiscale et ainsi la légaliser. C’est ce qu’ont fait de nombreux pays, dont le Canada.

Si bien qu’il n’y a pas de distinction entre les deux; l’évitement fiscal est de l’évasion fiscale légalisée.

Cette pratique est même officiellement encouragée pour permettre aux entreprises ‘canadiennes’ d’être plus concurrentielles.

Dans la mesure où n’importe quelle personne fortunée peut s’incorporer et jouir du même privilège, la légalisation de l’évasion fiscale équivaut à dispenser les possédants du financement des gouvernements, faisant ainsi reposer le poids fiscal de l’État sur les épaules de la classe moyenne.

Les documents de Pandore

Une fuite récente de 11,9 millions de documents confidentiels provenant de quatorze cabinets d’avocats permet de constater que l’évasion fiscale se porte bien.

Que ce soit les Luxembourg Leaks (révélés en 2014), les Panama Papers (révélés en 2016), les Paradise Papers (révélés en 2017), les Luanda Leaks (révélés en 2020), ou ces nouveaux documents (appelés documents de Pandore), le profil est le même; des centaines de responsables publics, des dizaines de chefs d’État et de milliardaires cachent leur argent dans des paradis fiscaux afin d’échapper au fisc, et ce en toute légalité.

Le Consortium international des journalistes d’investigation va plus loin. Il conclut que les sociétés créées dans les paradis fiscaux sont entourées d’un secret qui permet de cacher des flux d’argent illicites permettant la corruption, le blanchiment d’argent, l’évasion fiscale et le financement du terrorisme.

Les solutions

Abolir les paradis fiscaux

L’idée est évidente. Mais tout seul, ce moyen ne permet pas de mettre fin à l’évasion fiscale. Prenons un exemple.

N’importe quelle minière peut prétendre que son mode d’extraction est un secret industriel. Il lui suffit de transférer les droits d’auteur de ce procédé secret à sa succursale située aux Bahamas pour avoir le droit de collecter des droits d’utilisation auprès de chacune des succursales de cette minière à travers le monde (dont la canadienne).

En pareil cas, le flux d’argent n’est pas le résultat de la délocalisation des profits, mais le résultat du simple acquittement d’un droit d’utilisation. Le résultat est le même.

En somme, la délocalisation de la propriété intellectuelle permet une évasion fiscale impossible à combattre en raison des traités internationaux qui protègent les droits d’auteur.

Imposer une taxe minimale sur le chiffre d’affaires

En plus de l’impôt sur les profits, l’État peut imposer une taxe minimale sur le chiffre d’affaires qui est réalisé au pays. Cette taxe s’appliquerait également aux revenus des Canadiens qui ont choisi d’incorporer leurs activités professionnelles.

En somme, il s’agit d’une taxe de type GAFA qui s’ajoute à la TVA (ou Taxe sur la valeur ajoutée).

Punir les fraudeurs

Par le biais de la Foreign Account Tax Compliance Act (adoptée en 2010), les États-Unis obligent les banques étrangères à dévoiler les noms des Américains qui ont ouvert des comptes auprès d’elles. Le Canada ne possède pas une telle loi, préférant ne pas le savoir.

De plus, au Canada, il y a une justice pour les riches et une justice pour les pauvres.

C’est ce qui explique que de riches Canadiens condamnés à l’emprisonnement peuvent purger leur peine dans leur riche demeure, entourés de toutes les commodités et y donner même des réceptions.

C’est ce qui explique également qu’à la suite de la tragédie de Lac-Mégantic, par exemple, on a tenté de faire condamner des subalternes en évitant soigneusement d’accuser les vrais responsables, soit les patrons de la compagnie ferroviaire.

Lorsque le fisc canadien trouve qu’une riche personne est responsable d’évasion fiscale, il se contente de lui demander de verser les sommes dues, sans payer d’intérêts ni de pénalités.

Du coup, tous ceux qui sont tentés par la fraude fiscale ont intérêt à s’y adonner puisque dans le meilleur des cas, ils épargneront de l’argent et dans le pire, ils paieront ce qu’ils auraient payé de toute manière s’ils étaient demeurés honnêtes.

Les riches contribuables ont les moyens de se prendre un avocat et de faire trainer les procédures à leur sujet. Pour le ministère du Revenu, il devient alors plus économique de s’entendre à l’amiable avec les fraudeurs que d’engager des procédures couteuses en vue de leur condamnation.

Cette évaluation du rapport prix-bénéfice ne se justifie que dans une perspective néolibérale, en vertu de laquelle l’État est géré comme une entreprise privée. Et puisqu’il est impossible d’évaluer le prix de la justice sociale, on l’estime dépourvue de valeur.

C’est cette façon de voir les choses que partagent tous les partis politiques fédéraux susceptibles d’exercer le pouvoir.

Le Jour de la jalousie

Le 1er novembre, les Finlandais célèbrent la Journée nationale de la jalousie.

Ce jour-là, le ministère du Revenu rend public le revenu imposable de tous les citoyens. Il suffit d’en faire la demande pour apprendre combien gagne une célébrité, votre voisin, un dirigeant d’entreprise (votre patron, par exemple), ou un collègue qui effectue le même travail que vous.

Toutefois, depuis 2014, le ministère a décidé d’informer la personne concernée de l’identité des gens qui demandent à connaitre ses revenus. Ce qui a fait chuter dramatiquement le nombre de requêtes…

Ce qui n’empêche pas les journalistes de publier des articles comparatifs, soulignant au passage des rémunérations suspectes, suscitant les soupçons du fisc.

Retirer le droit fiscal du champ de pratique des avocats

Ce n’est pas une coïncidence si tous les grands scandales relatifs à l’évasion fiscale naissent de fuites de documents provenant de grands cabinets d’avocats-fiscalistes.

Dans tous les cas, ces cabinets ont pris contact avec des banques installées dans des paradis fiscaux, ont appris la manière de créer une constellation de sociétés-écrans destinée à opacifier les transferts de fonds, et ont développé pour leur clientèle un petit guide facile de la fraude fiscale basé sur un modus opérandi standardisé, propre à chaque cabinet d’avocats.

Et c’est derrière le paravent de leur secret professionnel que se cachent les fraudeurs.

Normalement, ce devrait être auprès d’un comptable que le contribuable prend conseil au sujet des moyens de payer le moins d’impôt possible.

Le rôle des avocats devrait se limiter à vulgariser publiquement le droit fiscal ou de l’expliquer privément à des comptables de manière à ce que ces derniers puissent conseiller le mieux possible leur clientèle.

Tant chez les comptables que chez les avocats, la loi permet la levée du secret professionnel lorsqu’il sert de paravent à la commission d’un délit.

Toutefois, les obstacles à la levée du secret professionnel sont beaucoup plus importants chez les avocats que chez les comptables.

Tout comme l’Ordre des comptables, le Barreau du Québec est le défenseur des utilisateurs des services de leurs membres. Mais à la différence du premier, le Barreau est aussi un puissant syndicat professionnel, farouche défenseur des privilèges de ses membres.

À titre d’exemple, j’ai eu l’occasion de travailler avec une avocate congédiée par le Barreau du Québec — elle y œuvrait à titre de syndic-adjointe — parce qu’elle avait osé porter plainte contre un avocat puissant…

D’autre part, les avocats poursuivis par l’État peuvent compter sur l’esprit de caste de leurs collègues nommés à la magistrature. Les comptables ne jouissent pas d’un tel avantage.

Bref, s’attaquer aux paradis fiscaux serait beaucoup plus facile à partir du moment où seuls les comptables auraient le droit de prodiguer leurs conseils fiscaux directement aux contribuables ou aux entreprises.

Y parvenir serait toutefois une tâche titanesque puisque la profession juridique en tire d’immenses bénéfices qu’elle défendra bec et ongles.

Conclusion

À la campagne électorale de 2015, Justin Trudeau promettait de mettre fin aux paradis fiscaux.

Fort de cette promesse, Gabriel Ste-Marie, député du Bloc Québécois, présentait en octobre 2016 la motion M-42 à la Chambre des Communes. Cette motion visait à mettre un terme à l’évitement fiscal à la Barbade, le principal paradis fiscal utilisé jusque-là par des Canadiens.

Étonnamment, un député libéral vota pour tandis que 172 députés libéraux votèrent contre. Tous les députés conservateurs votèrent contre. Seuls le NPD (39 votes), le Bloc Québécois (10 votes) et le Parti Vert (1 vote) ont appuyé la résolution.

Pire, en juin 2017, le gouvernement Trudeau ajoutait les iles Cook à la liste canadienne des endroits où les richissimes contribuables peuvent légalement cacher leur argent.

La conclusion est claire; peu importe ce qu’on nous promet, le Canada n’a pas l’intention de s’attaquer aux paradis fiscaux. En d’autres mots, tolérer les paradis fiscaux est le prix du fédéralisme canadien.

C’est une des nombreuses raisons qui m’incitent à être indépendantiste : la naissance d’un pays est une occasion de faire table rase du passé et notamment de l’établir sur des bases différentes de ces vieilles démocraties libérales, nées au XIXe siècle, sclérosées et impuissantes face à la montée des inégalités sociales.

En particulier, pourquoi ne pas créer un pays où règne la déclaration publique obligatoire de le fortune personnelle (un peu comme en Finlande) et où tout secret professionnel dans le domaine fiscal serait aboli ?

Références :
Est-il juste que les riches paient autant d’impôt ?
Évasion fiscale
« Journée de la jalousie » : quand la Finlande rend publics les revenus fiscaux de tous ses citoyens
Le Canada et les paradis fiscaux
La DPCP et l’esprit de caste
Le fédéral, les paradis fiscaux et l’indépendance du Québec
Motion M-42 : résultats du vote
Pandora Papers
Pour la déclaration obligatoire des investissements des élus dans les paradis fiscaux
Si le Canada voulait vraiment lutter contre les paradis fiscaux…
Une machine à déterrer l’hypocrisie
Vive les paradis fiscaux !

Parus depuis :
Les intouchables : KPMG a caché l’argent de riches clients (2022-06-21)
La Banque Royale forcée de révéler qui se cache derrière 97 comptes aux Bahamas (2022-07-27)
La Caisse de dépôt et placement du Québec légitime de plus en plus les paradis fiscaux (2023-04-29)
Les Suédois, sous haute transparence (2023-05-07)
Zéro impôt payé sur des gains de 35 milliards $ pour les plus riches (2023-08-15)
Les cadeaux fiscaux aux entreprises ont augmenté de 80% sous la CAQ (2023-10-19)
La grande évasion fiscale des multinationales continue (2023-10-22)
Microsoft lève le voile sur le recours aux paradis fiscaux (2026-07-04)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’adoption par des ‘Blancs’, le substitut aux pensionnats autochtones

Publié le 30 septembre 2021 | Temps de lecture : 5 minutes

Après avoir dépossédé les peuples autochtones des immenses territoires qu’ils occupaient et de les avoir confinés dans des réserves destinées à limiter leur croissance démographique, le Canada a adopté une série de mesures destinées à les soumettre à un génocide culturel.

On pense immédiatement à ces pensionnats où plus de 150 000 enfants autochtones ont été placés. Des établissements où parler leur langue était interdite et où on estime qu’environ six-mille d’entre eux sont morts de maltraitance, de maladie ou par suicide.

Depuis la disparition des pensionnats autochtones, les politiques génocidaires canadiennes sont devenues plus subtiles. Un des nouveaux mécanismes d’assimilation culturelle s’exerce par le biais du système de la protection de la jeunesse.

Au Canada, il existe de nombreuses écoles où l’enseignement se fait dans l’une ou l’autre des langues autochtones du pays. Mais aucune de ces maisons d’enseignement ne décerne de diplôme qui donne accès à des métiers spécialisés.

Ce qui veut donc dire, par exemple, que dans certaines provinces, aucun travailleur social n’est d’origine autochtone.

Puisque les peuples autochtones sont, sans exception, les groupes ethniques les plus pauvres du pays, on trouve de nombreux problèmes sociaux au sein de leurs communautés.

Lorsqu’on doit envisager la possibilité de retirer la garde d’enfants à leurs géniteurs, c’est toujours ou presque toujours des travailleurs sociaux ‘blancs’ qui évaluent les compétences parentales de parents autochtones.

Or, dans certaines provinces canadiennes — et notamment au Manitoba, la province la plus raciste du pays — les travailleurs sociaux ne recommandent jamais que ces enfants soient confiés à d’autres membres de leur communauté.

Ils estiment que la misère sociale y est tellement généralisée que ces enfants ont plus de chance d’être heureux s’ils sont adoptés par des parents ‘blancs’.

En réalité, on confond extrême pauvreté et misère sociale. Tout couple apte à assurer leur subsistance en totale autarcie — par le biais de la chasse et de la pêche — peut adopter un enfant, l’aimer et lui enseigner tout ce qu’il doit connaitre pour vivre en harmonie avec la nature. Comme le font ses ancêtres depuis des milliers d’années.

Mais selon le regard raciste de ces travailleurs sociaux, aucun autochtone n’est digne d’être parent d’adoption. Voilà pourquoi des milliers d’enfants autochtones ont fait le bonheur de parents adoptifs ‘blancs’.

À la suite d’un procès intenté par des enfants autochtones retirés de leur famille, le gouvernement canadien a perdu en 2019 devant le Tribunal canadien des droits de la personne (TCDP).

À chaque enfant autochtone retiré de façon inappropriée de la garde de ses parents depuis 2006, le TCDP avait accordé le maximum prévu par la loi, soit 40 000$.

Le gouvernement canadien en a appelé de cette décision, estimant que les cas devaient être évalués individuellement et que l’indemnisation devait refléter le préjudice subit.

Hier, la Cour fédérale a maintenu le jugement rendu par le TCDP. Or on apprend aujourd’hui que le ministre des ‘Services’ autochtones étudie la possibilité d’en appeler de cette décision.

Ça suffit.

Ce qu’Ottawa s’entête à ne pas comprendre, c’est que l’indemnité maximale prévue par sa loi est trop basse. Voilà pourquoi les tribunaux donnent le maximum à tout le monde.

N’importe quel ‘Blanc’ en mesure de prouver qu’on l’a malicieusement retiré de la garde de ses parents, est en mesure de s’adresser devant n’importe quel tribunal et de réclamer des millions de dollars. Et si son avocat est habile à rendre pathétique le cas de son client, il a de très bonnes chances d’obtenir un dédommagement important.

En vertu du ‘droit autochtone’ — cet apartheid juridique qui fait que les Autochtones ont moins de droits juridiques que nous — l’indemnité maximale n’est que de 40 000$.

Les avocats du gouvernement canadien gagnent plus de 250$ de l’heure et au-delà d’un demi-million de dollars par année. Pour ces mercenaires du pouvoir colonial canadien, bouleverser la vie d’un enfant Autochtone (et parfois même, la gâcher) mérite au maximum 40 000$ de dédommagement. Parce qu’à leurs yeux, la vie d’un pauvre ne vaut pas grand-chose.

Pour la première fois aujourd’hui, nous commémorons la Journée annuelle de la vérité et de la réconciliation avec les peuples Autochtones.

Dans les faits, lorsqu’il s’agit de payer le prix de ses politiques génocidaires, le gouvernement canadien préfère dépenser une fortune à graisser la patte de ses avocats plutôt que d’utiliser cette somme à réparer les pots cassés.

Plutôt que d’en appeler de deux jugements consécutifs en sa défaveur, Ottawa doit cesser de gaspiller l’argent des contribuables et payer l’extraordinaire économie que représente le minable plafond qu’il a imposé comme dédommagement aux Autochtones dans ce cas-ci.

Références :
Droit autochtone canadien
Indemnisation d’enfants autochtones : Ottawa débouté en Cour fédérale
Manitoba : droits fondamentaux et laïcité
Traité no 1 : vers la création de l’Ouest canadien

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La question de Shachi Kurl à Yves-François Blanchet

Publié le 12 septembre 2021 | Temps de lecture : 5 minutes

Introduction

Le seul débat des chefs en anglais de la campagne électorale fédérale avait lieu jeudi dernier.

La première question à Yves-François Blanchet, chef du Bloc Québécois lui fut adressée par la modératrice, Shachi Kurl. Traduite, cette question fut la suivante :

Vous niez que le Québec ait des problèmes avec le racisme, mais vous défendez des lois comme la loi 96 et la loi 21 qui marginalisent les minorités religieuses, les anglophones et les allophones.

Le Québec est reconnu comme une société distincte, mais pour ceux qui sont à l’extérieur de la province, aidez-les s’il vous plait à comprendre pourquoi votre parti soutient aussi ces lois discriminatoires.

La loi 96

La loi 96 est le moyen choisi par le gouvernement québécois de la CAQ pour lutter — mollement à mon avis — contre l’anglicisation au Québec après 15 ans de laisser-faire libéral.

La plus importante minorité linguistique au Canada, ce sont les francoQuébécois et non les angloQuébécois.

Selon le comité des Droits de la personne des Nations-Unies, les angloQuébécois ne peuvent invoquer le statut de le minorité linguistique parce qu’ils ne sont que l’annexe québécoise de la majorité angloCanadienne. Selon les mots de l’ONU :

Quebec’s English community does not qualify for protection as a minority language group, because it forms part of the Canadian English-speaking majority.

Entouré de l’océan anglophone nord-américain, c’est le français qui est menacé au Québec et non l’anglais.

Or qu’il s’agisse de n’importe quelle loi qui protège le français — que ce soit la Loi 101 ou la loi 96 — toute tentative de lutter contre l’anglicisation du Québec est un affront aux yeux du Canada anglais puisque c’est l’équivalent d’un refus de notre part de devenir comme eux.

La loi 21

Adoptée par le gouvernement de la CAQ en 2019, la loi 21 interdit le port de signes religieux aux fonctionnaires en position d’autorité et aux enseignants du secteur public.

Elle respecte le droit de croire en n’importe quelle religion, mais interdit l’expression publique de cette appartenance confessionnelle à certains employés de l’État. Et ce, seulement dans l’exercice de leurs fonctions.

Les interdits de cette loi sont ceux qu’on trouve déjà dans des lois analogues adoptées par de nombreuses démocraties européennes. Des interdits déjà validés par leurs plus hautes instances juridiques.

Malheureusement, cette loi est incompatible avec la constitution que les provinces anglophones ont adoptée sournoisement en 1982, à l’issue d’une séance ultime de négociation à laquelle le Québec n’était pas invité.

Or cette constitution illégitime élève de simples fixations identitaires (le port de chiffon et de breloques) au rang de droits fondamentaux.

L’hypocrisie canadienne

Selon les recensements de Statistique Canada, la langue anglaise progresse partout au Canada, y compris au Québec. Dans ce contexte, qui marginalise qui ?

Logiquement, le groupe ethnique qui s’accroit est celui qui marginalise le groupe ethnique qui régresse démographiquement.

Un peu comme dans la fable Le Loup et l’Agneau, il faut beaucoup d’audace pour accuser les Québécois de marginaliser les angloQuébécois quand le peuple francoQuébécois ne fait que lutter contre son extinction.

Mais il faut encore plus d’audace pour souligner ‘les problèmes du Québec avec le racisme’, quand l’éléphant dans la pièce est le génocide culturel pratiqué par le Canada à l’égard de ses peuples autochtones depuis plus de 150 ans (après avoir échoué à les exterminer par les armes et la famine au XIXe siècle).

Conclusion

Tant que le Québec ne se sera pas affranchi de la camisole de force constitutionnelle que le Canada anglais lui a imposée en 1982, il devra non seulement justifier le moindre désir d’être différent (dont sa conception de la laïcité) mais il devra à la fois subir l’assaut du système juridique (toujours prêt à invalider nos lois), de même que lutter contre la propagande hostile des médias anglophones du pays.

Or la seule manière de nous en libérer, c’est de réaliser l’indépendance du Québec.

Références :
Anglicisation du Québec : l’omelette de la loi 96
Décision de l’ONU sur la Loi 178
Décision détaillée de l’ONU
Débat des chefs en anglais: la modératrice défend son intervention
John A. Macdonald
La destruction des Indiens des Plaines. Maladies, famines organisées, disparition du mode de vie autochtone
Le multiculturalisme ou le tribalisme des sociétés anglo-saxonnes
Manitoba : droits fondamentaux et laïcité

Parus depuis : Ottawa a versé des milliards pour l’anglais au Québec (2023-11-27)
Government offices in EU can ban wearing of religious symbols, court rules (2023-11-29)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Canada doit-il reconnaitre le gouvernement des Talibans ?

Publié le 31 août 2021 | Temps de lecture : 4 minutes

Depuis la reconquête de l’Afghanistan par les Talibans se pose la question de savoir si le Canada devrait reconnaitre officiellement le nouveau gouvernement de ce pays.

À l’heure actuelle, Washington s’y refuse, de même que la France.

Selon le premier ministre canadien, notre pays n’en a pas l’intention, soulignant que les Talibans sont sur la liste canadienne des organisations terroristes.

De nos jours, n’importe quel citoyen qui s’oppose par les armes à l’invasion de son pays par des soldats étrangers est considéré comme un terroriste par les forces d’occupation.

Dans ce pays en guerre civile depuis des décennies, les armes sont omniprésentes. Si les Talibans ont pu s’emparer de l’Afghanistan en y rencontrant si peu de résistance, c’est que le peuple afghan y a consenti.

Peu importe ce que suggèrent ces images de milliers d’Afghans désireux de quitter le pays, les trente-huit-millions d’Afghans ne tenaient pas très fort, apparemment, à ce que soit prolongée notre présence chez eux.

Il arrive qu’on soit tanné de la visite après deux jours; imaginez après vingt ans…

Pour reconnaitre officiellement un gouvernement, il n’est pas nécessaire de l’aimer; aussi méprisable qu’elle soit, l’idéologie misogyne et obscurantiste des Talibans est identique à celle de l’Arabie saoudite, une dictature mafieuse avec laquelle nous entretenons des liens diplomatiques depuis sa création.

Quand l’ex-ministre des Affaires étrangères du Canada, l’honorable François-Philippe Champagne, parlait de sa majesté le prince ben Salmane, il parlait avec déférence d’un homme qui fait dépecer ses opposants politiques à la tronçonneuse.

Et s’il est vrai que les Talibans ont autrefois fraternisé avec les terroristes d’Al-Qaïda — incidemment financés par l’Arabie Saoudite — ils n’ont jamais eu l’ambition de s’adonner eux-mêmes au terrorisme international.

La création d’un lien diplomatique avec le nouveau gouvernement se justifie par le besoin d’entretenir un canal de communication. Ce qui simplifie considérablement les discussions qu’on pourrait avoir avec lui.

Or justement, le Canada espère récupérer (un peu tard) les ressortissants afghans qui ont risqué leur vie en collaborant à la ‘mission’ canadienne. Depuis ce printemps, le Canada savait que les Américains comptaient quitter le pays quelques mois plus tard. Plutôt que de hâter les procédures conduisant à l’asile politique de ces collaborateurs, notre pays s’est trainé les pieds.

Maintenant que l’Afghanistan est entre leurs mains, lorsque le Canada fera parvenir indirectement aux Talibans la liste des noms et des coordonnées des Afghans qu’il aimerait accueillir, est-ce que notre pays aimerait apprendre que le nouveau gouvernement afghan en a profité pour décapiter tous ces traitres (de son point de vue) ?

Il serait donc prudent que les négociations canado-afghanes soient placées sous le signe de la confiance mutuelle. Et pour ce faire, rien de mieux qu’un canal diplomatique.

Dans un ordre d’idée, l’Afghanistan est sur la nouvelle Route de la Soie que compte créer la Chine afin de faciliter l’importation des matières premières dont elle a besoin et l’exportation de ses produits finis.

Si les pays occidentaux veulent jouer à la chaise vide, il ne faudrait pas qu’ils se surprennent d’apprendre un jour que le soft-power chinois réussit mieux à créer des liens d’amitié que les bottes de nos soldats…

Références :
Afghanistan: Le Drian affirme que « reconnaître le régime des talibans n’est pas d’actualité »
Follow the New Silk Road
Le ministre François-Philippe Champagne, paillasson de l’Arabie saoudite
Le régime des talibans pas reconnu par Washington pour le moment
Nouvelle route de la soie
Pourquoi le Canada devrait songer à reconnaître un gouvernement taliban

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le jour de l’Émancipation

Publié le 1 août 2021 | Temps de lecture : 7 minutes

Introduction

À la suite d’une résolution libérale adoptée unanimement par la Chambre des communes du Canada le 24 mars dernier, notre pays célèbre aujourd’hui (officiellement pour la première fois), le jour de l’Émancipation.

Non férié, ce jour commémore l’entrée en vigueur, le 1er aout 1834, de la Slavery Abolition Act.

Adoptée l’année précédente par le parlement britannique, cette loi abolissait l’esclavage au Canada et dans presque tout le reste de l’Empire britannique.

En effet, là où il était beaucoup pratiqué, l’esclavage fut aboli graduellement et les propriétaires d’esclaves furent généreusement indemnisés par Londres.

En France

Dès 1315, tout esclave qui pénétrait en territoire français devenait libre. Ce qui n’empêcha pas l’esclavage de se développer au XVIIIe siècle dans les colonies françaises (dont la Nouvelle-France).

En 1761, le Portugal devenait le premier pays européen à abolir l’esclavage autant sur le territoire national que sur celui de ses colonies.


Post-scriptum : Dans un commentaire publié à la suite de ce texte, le professeur André Joyal signale la contradiction entre ce paragraphe et le dernier du texte; le Portugal ne peut pas avoir aboli l’esclavage dans ses colonies en 1761 puisque l’une d’elles, le Brésil, a obtenu son indépendance du Portugal en 1822 et n’a aboli l’esclavage qu’en 1888.

Dans son Histoire de l’esclavage, Wikipédia écrit :

En Europe, le Portugal fut le premier pays à abolir l’esclavage sur tout son territoire colonies comprises par le décret du 12 février 1761.

Toutefois, dans sa rubrique intitulée Esclavage au Brésil, Wikipédia apporte la nuance suivante :

L’esclavage fut supprimé dans le royaume du Portugal ainsi que dans l’Inde le 12 février 1761 sous le règne du roi Joseph Ier par le marquis de Pombal; au Brésil néanmoins (à l’époque colonie portugaise) il resta en vigueur.

Cet exemple fut suivi en 1794 par la France révolutionnaire. Toutefois, dans les faits, ce décret fut ignoré dans de nombreuses colonies.

Sous le prétexte de la concurrence avec les colonies anglaises (où l’esclavage ne sera aboli que trois décennies plus tard), les gouverneurs des colonies françaises obtinrent de Bonaparte le rétablissement légal de l’esclavage en 1802.

La tentative de le rétablir à Saint-Domingue provoqua l’indépendance d’Haïti en 1804.

Il fallut attendre 1848, à sa deuxième tentative, pour que la France abolisse définitivement l’esclavage dans ses colonies.

Aux États-Unis

À l’occasion de la guerre d’indépendance américaine, les Anglais choisirent de saper l’économie des rebelles en promettant la liberté à tous les esclaves noirs qui joindraient leurs rangs ou trouveraient asile derrière les lignes loyalistes.

Ce qui fit basculer certaines colonies racistes du côté des forces révolutionnaires. Celles-ci finirent par triompher, conduisant les colonies rebelles à leur indépendance en 1776.

Digression :

Adopté en 1791, le deuxième amendement de la Constitution américaine se lit comme suit : « Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d’un État libre, le droit du Peuple de détenir et de porter des armes ne doit pas être transgressé.»

Cet amendement fut adopté l’année de la révolte des esclaves en Haïti.

Il fut adopté à l’initiative des propriétaires de plantations de coton, inquiets à la suite des nouvelles haïtiennes, afin de consacrer un droit constitutionnel de créer et de soutenir des milices destinées à faire la chasse aux esclaves qui désertaient leurs plantations, et ce dans le but de les ramener à leurs propriétaires ou de les tuer afin de dissuader ceux qui seraient tentés de les imiter.

Cette tradition se poursuit de nos jours sous forme de justiciers bénévoles (en anglais : ‘vigilante’) qui, dans le sud des États-Unis, utilisent le prétexte de protéger leur quartier des rôdeurs et des malfaiteurs afin de harceler, de provoquer, et ultimement de tuer des gens à la peau très pigmentée.

Ces meurtriers sont généralement innocentés par les tribunaux parce que leur activité découle d’un droit constitutionnel.

Par conséquent, ceux qui jugent comparable le racisme systémique au Québec avec celui qui prévaut aux États-Unis ne savent pas de quoi ils parlent.

De manière plus générale, pendant les décennies qui suivirent l’indépendance, l’esclavage fut maintenu dans les États du sud des États-Unis.

Cela fut même consacré en 1820 par une loi du Sénat américain qui permettait l’esclavage à tous les États situés au sud du 36e parallèle.

Il fallut attendre la Guerre de Sécession pour que l’esclavage soit aboli officiellement aux États-Unis en 1865, trois décennies après le Canada et deux décennies après son abolition définitive en France.

Au Canada

Dans son livre Les Noirs à Montréal, Dorothy-W. Williams écrit qu’en 1606, lorsque Samuel de Champlain débarque au Canada, Mathieu da Costa l’accompagne. Non pas en tant qu’esclave noir, mais en tant qu’interprète de la langue des Micmacs d’Acadie.

Cela suggère que da Costa a vécu au pays avant Champlain. Il est le premier ‘Noir’ à laisser sa marque dans l’histoire du pays.

Le second fut Olivier Le Jeune, originaire de Madagascar. Il est arrivé dans la ville de Québec en tant qu’esclave du corsaire David Kirke, à l’occasion de son occupation de la Vieille Capitale en 1629.

L’esclavage n’occupa jamais une place très importante dans l’histoire du Québec, tant à l’époque de la Nouvelle-France qu’après la conquête anglaise.

L’agriculture de subsistance qu’on y pratiquait ne nécessitait pas le travail forcé d’esclaves; le besoin en main-d’œuvre à bon marché était assuré par une famille nombreuse.

Au total, à la veille de la conquête anglaise, il y avait 3 604 esclaves dans la vallée du Saint-Laurent, dont les deux tiers étaient des Autochtones.

Contrairement aux colonies américaines, 77,2 % de ces esclaves vivaient dans des villes, travaillant pour des familles bourgeoises en tant que serviteurs domestiques.

De tout temps, les peuples aiment diaboliser leurs ennemis.

Parmi les colons français, on justifiait l’esclavage en invoquant la réputation des Iroquois de tuer leurs prisonniers mâles, comme en témoignait l’histoire, connue de tous à l’époque, des Saints-Martyrs-Canadiens. Donc en achetant des Amérindiens prisonniers, on leur sauvait la vie, croyait-on.

Les Iroquois contribuèrent eux-mêmes à cette croyance parce que cela leur procurait des revenus. En réalité, les Iroquois ne tuaient pas tous leurs prisonniers.

Le premier Irlandais au Canada, Tadhg-Cornelius O’Brennan, fut capturé et libéré intact par les Iroquois alors que quelques-uns de ses compagnons de captivité eurent simplement un ou deux doigts coupés.

Puisque les principaux ports impliqués dans la traite des ‘Noirs’ étaient situés en Angleterre (avec lequel on ne faisait pas commerce), posséder un esclave ‘noir’ était très onéreux. Ce qui réservait la plupart des cas connus au clergé, pour des raisons de prestige.

Dorothy-W. Williams écrit : « Compte tenu de leur état de domestique, de leur cout élevé et de la difficulté à s’en procurer, la plupart des esclaves africains bénéficient d’un traitement indulgent tout simplement parce qu’on veut les garder longtemps à son service.»

Même après la conquête anglaise, il n’y avait pas plus de nécessité de posséder des esclaves.

Si bien que lorsque la Grande-Bretagne abolit l’esclavage en 1834, il y avait 770 400 esclaves recensés dans les colonies anglaises, mais seulement une cinquantaine au Canada parmi la centaine de milliers de ‘Noirs’ au pays.

Lorsque les États-Unis abolirent officiellement l’esclavage en 1865, ce pays était devenu un des derniers à le faire.

Ils furent suivis par le Zanzibar en 1873, le Brésil en 1888, l’Éthiopie en 1942, et la Mauritanie en 1980.

Références :
Compromis du Missouri
Deuxième amendement de la Constitution des États-Unis
Esclavage aux États-Unis
Histoire de l’esclavage
Le racisme systémique en mode binaire
Olivier Le Jeune
Slavery Abolition Act 1833

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Écrit par Jean-Pierre Martel