Le bilan économique du gouvernement Marois

Publié le 12 décembre 2013 | Temps de lecture : 8 minutes


 
Du strictement point de vue économique, la principale qualité d’un gouvernement, c’est la prudence.

Cette prudence avait manqué au gouvernement Charest en 2003. Afin de dégager la somme de cinq milliards$ de réduction d’impôts promise sur cinq ans, le nouveau gouvernement Charest avait coupé à tort et à travers dans les dépenses publiques dès son accession au pouvoir.

Tout comme les coupures draconiennes du budget de l’État dans de nombreux pays européens les ont plongés dans la récession économique, les coupures québécoises de 2003-2004 — insuffisantes à provoquer une récession — ont néanmoins ralenti la croissance économique du Québec en deçà de la moyenne canadienne, après neuf années où elle fut, au contraire, au-dessus de cette moyenne sous différentes administrations péquistes.

La fin du chaos social

La plus brillante réussite du gouvernement Marois est incontestablement le retour de la paix sociale. De manière générale, les investisseurs institutionnels détestent l’insécurité politique. Or un État ne peut pas à la fois s’illustrer quotidiennement sur la scène internationale comme un haut lieu de l’insurrection et du même souffle, attirer des capitaux étrangers.

On a reproché à Mme Marois d’avoir acheté la paix sociale en capitulant devant les étudiants. Mme Marois a choisi la seule alternative à la surenchère répressive de l’État. C’était soit la capitulation ou soit crever plus d’yeux, briser plus de mâchoires, et fracturer plus de crânes.

Mais cette paix sociale est un mirage. Aux yeux d’une bonne partie de la jeunesse francophone, cette crise a montré l’État sous son jour le plus fourbe, le plus machiavélique et le plus cruel. Elle a montré un gouvernement corrompu à l’os qui n’hésite pas à susciter le chaos social à des fins électoralistes. Elle a fait naître un romantisme révolutionnaire chez une partie des jeunes adultes québécois qui pourrait resurgir à tout moment. Il suffirait d’une étincelle.

Le doigté et le réalisme politique de Mme Marois en sont d’autant plus méritoires.

L’abolition implicite du Plan Nord

Le Plan Nord s’annonçait comme le plus grand pillage du Trésor public québécois. Imaginez; 60 milliards$.

Ce plan de développement consistait à transférer sur le dos des contribuables, tous les obstacles à ce que l’exploitation d’une mine devienne rentable. C’était le développement minier à n’importe quel prix. Donc on devait payer les routes, les chemins de fer, et les aéroports, en plus des écoles, des hôpitaux et tout le reste, afin de provoquer un boom minier éphémère, c’est-à-dire d’ici à ce que la Chine et l’Inde (situés à l’autre bout du monde) aient découvert des gisements situés plus près d’eux.

On était même prêt à payer un port en eau profonde afin de faciliter l’exportation du minerai brut sans avoir à le transformer au Québec. Bref, on payait pour créer des emplois ailleurs.

Si le Plan Nord avait été mis en marche il y a cinq ans, nous aurions dépensé des milliards$ en infrastructures qui seraient totalement inutilisées aujourd’hui, les minières ayant stoppé tout développement ailleurs qu’en Afrique, en raison du ralentissement économique.

Et n’allez pas croire que le ralentissement actuel aurait empêché le gouvernement Charest, s’il avait été réélu, d’aller de l’avant. Il suffisait d’une contribution à la caisse électorale du Parti libéral du Québec pour que l’État paie n’importe quoi. On aurait simplement prétexté vouloir se préparer au prochain boom minier et planifier l’avenir prospère du Québec de demain.

Gentilly-2

Le deuxième plus important gaspillage des fonds publics devait être la réfection de la centrale nucléaire Gentilly-2. Cette centrale n’a jamais été rentable et il n’y avait aucune possibilité pour qu’elle le devienne dans un avenir prévisible.

Ses couts de réfection auraient été de l’ordre de quatre milliards$ dont plus de 80% auraient été dépensé hors du Québec.

La corruption

À part quelques cas de favoritisme assez médiatisés mais relativement anodins, le gouvernement Marois a mis fin à la corruption gouvernementale, du moins à l’échelle où elle se pratiquait auparavant.

La corruption libérale, que la Commission Charbonneau n’aura pas le temps d’examiner, découlait d’une décision d’apparence anodine de M. Charest : l’obligation annuelle pour chaque ministre de susciter 100 000$ en contributions à la caisse électorale du Parti libéral.

Cela établissait, dès le départ, l’assujettissement de chaque ministre au parti; il devait lui rapporter 100 000$ par année.

Pour très peu d’entre eux, cet objectif était facilement réalisable. Mais pour beaucoup d’autres, c’était presque impossible.

C’est pourquoi on leur attribuait un ange gardien. Cet ange, c’est un collecteur de fonds. Le meilleur du comté. Et grâce à lui, le ministre conservait son poste. Ce petit ange faisait des miracles; il réussissait toujours à ramasser suffisamment d’argent.

Et s’il tournait les coins un peu ronds, le ministre n’avait pas intérêt à le découvrir.

Cette politique avait l’avantage de favoriser l’accessibilité des ministres auprès d’investisseurs. Les lourdes règles administratives relatives au démarchage étaient suspendues le temps d’une soirée.

Il suffisait de participer à une activité de collecte de fonds au profit du parti pour avoir un accès privilégié au ministre, le sensibiliser à un problème et possiblement, faire débloquer un dossier.

D’une certaine mesure, cela mettait l’État à l’écoute des gens d’affaires et probablement favorisait le développement économique de la province.

Le hic, c’était que l’État devenait à la solde des seuls contributeurs de fonds à la caisse du Parti libéral. Bien plus. Cela enlevait tout frein à la voracité des demandeurs. Quel ministre vulnérable pouvait risquer de perdre son poste en refusant d’accorder une subvention excessive ?

Si bien que la règle des 100 000$ a pavé la voie au plus grand pillage du Trésor public des dernières décennies.

Pensez seulement qu’on a accordé une série de contrats totalisant 360 millions$ — un tiers de milliard$ — sans appel d’offres pour loger des personnes âgées dans un foyer privé situé dans la région de Québec (propriété d’un contributeur à la caisse du Parti libéral).

Voilà comment on a pillé le trésor public pendant près d’une décennie. Avec des contrats gonflés par les dessous-de-table. Depuis que tout le monde se sent épié, le montant des contrats d’infrastructures a baissé de 30%. Seulement pour cette année, le ministère des Transports aurait économisé 240 millions$. Cet assainissement des finances publiques fait partie des réalisations « involontaires » du gouvernement actuel.

Conclusion

Lorsqu’on se dirige à pas de course vers le précipice, changer de direction est un grand pas dans la bonne direction.

Certains milieux accusent le gouvernement Marois ne pas avoir présenté un ambitieux plan de développement ou une nouvelle stratégie industrielle.

De tels projets macroéconomiques se décident après des années de consultation et d’études. Cela ne se fait pas dès qu’on arrive au pouvoir et cela ne peut pas être élaboré alors qu’on est dans l’opposition parce qu’on manque alors des ressources scientifiques que cela nécessite.

Dans les faits, l’amélioration du climat social, le renoncement à des projets ruineux, et la lutte à la corruption, rapportent des dividendes immédiats considérables.

Le reproche qu’on peut adresser au gouvernement Marois, c’est de manquer de modestie. Peut-être accepte-t-on plus facilement la grandiloquence de la bouche d’un homme que par celui d’une femme. Si c’est le cas, c’est dommage.

Le bilan économique du gouvernement Marois est remarquable. C’est une succession de décisions évidentes qui, à l’exclusion de la fermeture de Gentilly-2, n’ont rien de spectaculaire, mais qui pourtant sont le lot des gouvernements responsables.

Références :
Baie-James vs Plan Nord
La Commission Charbonneau se traine les pieds
Rapport du vérificateur général sur les CHSLD – Un généreux contrat sans appel d’offres
Sauver Gentilly-2 : un combat perdu d’avance

Paru depuis : L’UPAC n’arrive pas à ébranler financièrement le crime organisé

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Classes et couches sociales

Publié le 9 décembre 2013 | Temps de lecture : 4 minutes

Dans tous les pays du monde, certaines personnes mènent une existence plus aisée que d’autres.

Toutefois, dans certains pays, la richesse est réservée à ceux nés de « bonne famille ». Le cas extrême est l’Inde, où votre appartenance à une caste détermine toute votre existence.

Plus fréquentes sont les sociétés stratifiées en classes sociales, relativement hermétiques, contrairement à d’autres, caractérisées par des couches sociales, beaucoup plus perméables.

Là où les classes sociales prédominent, on utilise toute une variété de qualificatifs, habituellement péjoratifs, pour décrire ceux qui ont accédé à une classe sociale dite « supérieure ». On les appellera des « parvenus » ou, dédaigneusement, des « nouveaux riches », à l’accent évidemment vulgaire, aux manières frustes, dépourvus de culture, ridicules autant dans leurs propos que dans leur tenue vestimentaire clinquante.

Les scénaristes de pièces de théâtre ou de cinéma font souvent recette en se basant sur les clichés de ce pauvre, devenu riche, qui finit rejeté de tous parce qu’usurpant un statut social auquel il n’a pas droit en vertu de ses origines.

Au contraire, dans d’autres pays, on admirera le mérite de ceux qui, par leur seul labeur, ont su réussir. On en fera des sources d’inspiration.

Par exemple, on se rappellera que le multimiliardaire Paul Desmarais était le petit-fils d’un bûcheron ontarien. On soulignera comment feu Pierre Péladeau, a débuté à titre de camelot dans le monde de l’édition, pour finalement posséder l’empire Québécor. On se rappellera qu’à l’origine, Guy Laliberté, du Cirque du Soleil, n’était qu’un amuseur de rue. Que les parents de Céline Dion étaient tellement pauvres que la chanteuse, alors qu’elle était bébé, couchait non pas dans un berceau mais dans le tiroir d’une commode.

Le sujet de la mobilité sociale a dernièrement fait l’objet d’une étude scientifique. Ce qu’on y a découvert est surprenant. En deux mots, l’aptitude à réussir aux États-Unis de n’importe qui (s’il travaille suffisamment fort et s’il fait preuve de persévérance) — en somme, le Rêve américain — n’est qu’un mythe. Parmi les pays développés, il n’y a qu’en Italie et en Grande-Bretagne, où la mobilité sociale est plus sclérosée qu’aux États-Unis.

Mobilite_sociale

Pour un pays comme les États-Unis, où les citoyens sont majoritairement opposés au concept de l’État redistributeur de la richesse, ce mythe est capital. En effet, même les pauvres aux États-Unis s’accommodent facilement des inégalités sociales dans leur pays parce qu’ils sont convaincus que grâce à leurs efforts, un jour leurs propres enfants bénéficieront des avantages de la réussite sociale américaine.

Selon un chercheur de l’université d’Ottawa, il est plus facile de réussir dans les pays scandinaves, au Canada, au Japon, en Allemagne, en Australie, ou en France, qu’aux États-Unis.

Les facteurs qui justifient cette situation sont les suivants :
a) l’importance des inégalités sociales. Plus les inégalités sociales sont criantes, plus il est difficile de s’en affranchir,
b) les frais universitaires. Plus ils sont élevés, plus l’éducation supérieure est réservée aux enfants de familles aisées,
c) la stabilité familiale. Les divorces et les grossesses dès l’adolescence sont des obstacles à la réussite sociale des enfants et des jeunes adultes,
d) la redistribution de la richesse. En favorisant l’instruction et la bonne santé de tous, les mesures sociales augmentent les chances de réussite de l’ensemble des citoyens.

Références :
Income Inequality, Equality of Opportunity, and Intergenerational Mobility
The myth of the American Dream

Parus depuis :
Le Canada offre plus de chance de vivre le rêve américain que son voisin (2020-01-21)
The Economic Consequences of Major Tax Cuts for the Rich (2020-12-15)
L’effet de ruissellement (2020-12-19)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le nucléaire dans le monde

Publié le 6 décembre 2013 | Temps de lecture : 2 minutes

On ne construit plus de centrale nucléaire aux États-Unis depuis Vogtle-2, mise en opération en 1989. Ses coûts de construction — originellement estimés à 660 millions$ — ont finalement atteint 8,87 milliards$, soit treize fois plus. Puisque les centrales appartiennent au secteur privé, ce désastre financier a anéanti tout nouveau projet de centrale dans ce pays.

Moins de 24 heures après son entrée en fonction à titre de Première ministre, Mme Pauline Marois a annoncé la fermeture de Gentilly-2, la seule centrale nucléaire en opération au Québec. Le choix du Québec était de débourser environ quatre milliards$ pour restaurer cette centrale (qui n’a jamais été rentable) ou de la fermer. Avant cette fermeture, le Québec tirait 3% de son électricité du nucléaire (comparativement à 52% pour l’Ontario).

La France fermera la plus ancienne centrale nucléaire, vétuste et dangereuse. L’Allemagne s’abstiendra de construire de nouvelles centrales, mais maintiendra ses centrales déjà en opération.

Ailleurs dans le monde, 63 réacteurs nucléaires sont présentement en construction, dont 26 en Chine et 6 en Inde.

Le graphique ci-dessus résume la situation actuelle du nucléaire dans le monde. À droite du nom de chaque pays, le chiffre entre parenthèses est le nombre de réacteurs en activité à la fin de 2012. Le pourcentage est la proportion de l’électricité du pays tiré de ses centrales nucléaires.


Pourcentage du nucléaire dans la production nationale d’électricité
Nucleaire

 
Par comparaison, voici l’importance de l’hydroélectricité pour un certain nombre de pays.


Pourcentage de l’hydrolique dans la production nationale d’électricité

Références :
La Norvège, championne de l’hydroélectricité
Mataillet D. Le monde d’aujourd’hui. La Revue 2012; 21: 135.
Marbot O. Le nucléaire a toujours ses adeptes. La Revue 2013; 35: 28.
Marois annule la hausse des droits de scolarité et ferme Gentilly-2

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le commerce électronique en Chine

Publié le 21 octobre 2013 | Temps de lecture : 3 minutes

QR_Diaporamas_de_ChineTous ceux qui ont eu l’occasion d’acheter sur l’internet des petits objets importés de Chine ont pu voir à quel point les frais d’expéditions y sont minimes. Cela est également vrai des frais reliés à l’expédition de colis à l’intérieur de ce pays.

Si bien que le commerce électronique y est florissant puisqu’il est souvent plus commode et plus économique d’acheter à partir de chez soi que de prendre la voiture ou le transport en commun pour aller l’acheter en magasin.

Le Centre de statistiques de l’internet chinois publie des données relatives au montant annuel des achats des Chinois sur l’internet : celles-ci m’apparaissent une grossière exagération et, conséquemment, on m’excusera de ne pas les répéter. Toutefois, les détails de cette consommation fournissent des précisions beaucoup plus plausibles.

Au cours de la deuxième moitié de 2012, 40,7% personnes qui ont effectué des achats électroniques, l’ont fait à partir d’un téléphone multifonctionel. Trois facteurs expliquent cela : la lenteur des connections internet chinoises, le coût d’acquisition des ordinateurs et l’apparition des codes QR dans les réclames (suscitant des achats impulsifs).

De plus, il semble que certains grands magasins chinois ont créé, comme beaucoup de quotidiens, des applications pour téléphone multifonctionnel et ardoise électronique. En effet, 53,6% de ces achats téléphoniques ont été faits grâce à une application spécifique du commerçant plutôt qu’en utilisant un fureteur (comme Chrome, Firefox ou Internet Explorer).

La moitié des achats téléphoniques s’effectuent à la maison, 26,2% au travail ou à l’école, et 10,6% en passant le temps dans les files d’attente des magasins.

Dans 41,8% des cas, l’acheteur a entendu parler de l’item sur un média social avant de prendre la décision de se le procurer.

Au cours de cette période, 81,8% des acheteurs se sont procurés des vêtements et les chaussures sur l’internet. Toutefois, près de trente pour cent du montant dépensé l’était pour faire l’acquisition de biens électroniques.

C’est le géant financier Alibaba, par le biais de ces magasins à rayons Taoboa et Tmall, qui domine ce marché. À titre d’exemple, Toaboa compte 500 millions de clients, tandis que Tmall est approvisionné par 50 000 fournisseurs.

Référence : China’s E-Commerce Market Grew To $190B In 2012, Driven By Mobile Users and Social Media, Says CNNIC

Post-scriptum : Le code QR au début de cet article vous mène à la page web des seize diaporamas de Chine. Comme quoi on n’arrête pas le progrès…

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La richesse mondiale en 2013

Publié le 15 octobre 2013 | Temps de lecture : 3 minutes


 
Dans son quatrième Rapport annuel sur richesse mondiale, le Crédit Suisse révèle que la richesse globale de l’Humanité s’est accrue de 4,9% cette année, pour atteindre 241 trillions de dollars US, c’est-à-dire 241 milliards de milliards$.

C’est 68% de plus qu’en 2003. Puisque la croissance économique mondiale est loin d’avoir atteint une moyenne annuelle de 6,8% depuis une décennie, il s’agit donc d’une richesse sur papier, artificiellement gonflée par la valeur spéculative de la Bourse. Dans le cas de certains pays, cette croissance été influencée par l’appréciation de la monnaie nationale (les États-Unis) ou par sa dépréciation (le Japon).

Statistiquement, chaque être humain « vaut » en moyenne 51 600$US. Toutefois, les 10% des personnes les plus riches accaparent 85% de la richesse mondiale alors que les 50% les moins riches se partageant le dernier 1% de cette richesse.

Depuis la dernière crise financière, la richesse sur papier de chaque Américain s’est accrue de 54%. Cet accroissement virtuel résulte de trois facteurs : l’amélioration du marché de l’immobilier (qui a fait augmenter l’évaluation des maisons), la spéculation boursière, et la légère appréciation de la monnaie américaine.

En réalité, comme nous l’avons vu précédemment, le revenu familial moyen en 2011 était à son niveau le plus bas depuis 1996.

Dans son rapport, le Crédit Suisse soutient que les inégalités sociales en Chine seraient modestes pour un pays en voie de développement. En particulier, ces inégalités seraient moindres qu’en Inde. Cela contredit la CIA, dont les données sont représentées par l’illustration ci-dessous, tirée de Wikipédia.

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Cette contradiction résulte probablement des méthodes utilisées pour calculer la richesse. Je crois deviner que les calculs de la CIA sont basés sur les revenus réels alors que le Crédit suisse se base sur la richesse théorique des particuliers.

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Quand à la distribution mondiale de la richesse, elle est représentée par la pyramide ci-dessus. Au bas, 3,2 milliards d’êtres humains — 68,7% de l’Humanité — se partagent 3% de la richesse mondiale, tandis qu’au sommet de la pyramide, 32 millions de personnes — 0,7% de l’espèce humaine — se partagent 98,7 trillions$, soit 41% de la richesse mondiale.

Référence : Global Wealth Report 2013

Parus depuis :
The Economic Consequences of Major Tax Cuts for the Rich (2020-12-15)
L’effet de ruissellement (2020-12-19)
Taxer les riches : une idée solide et rigoureuse (2026-06-02)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Évolution du chômage au Québec depuis une décennie

Publié le 5 septembre 2013 | Temps de lecture : 5 minutes

Le taux de chômage

L’Institut de la statistique du Québec est un organisme gouvernemental qui a pour mission de fournir des informations statistiques sur la situation économique du Québec. Il y a deux jours, cet organisme rendait public une étude de l’évolution du chômage au Québec de 1997 à 2011.

Les données présentées sont celles qui ont été colligées par Statistique Canada dans le cadre de son Enquête sur la population active : elles excluent les travailleurs autonomes et les étudiants. La population visée correspond à environ 75% de celle de l’ensemble de l’emploi.

Selon cette étude, le taux de chômage au Québec a diminué du cinquième, passant de 10,3% à 8,1% au cours de cette période. Cette diminution n’a pas été constante puisque ce taux était encore plus faible en 2007-8 (soit juste avant les répercussions de la crise financière sur le marché de l’emploi, en 2009).

À l’exception donc des années 2007 et 2008, il faut remonter en 1976 pour trouver un taux de chômage plus faible. Cette évolution à la baisse du taux de chômage s’observe dans toutes les régions du Québec.

Dans les régions périphériques, dont l’économie est principalement basée sur l’exploitation des ressources naturelles (forêts et mines), le taux de chômage moyen a diminué du tiers, passant de 14,0% à 9,2%. C’est le cas de la région la plus durement touchée à la fin des années 1990, soit la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine, dont le taux de chômage a décliné de 22,1% à 14,3%.

La diminution du chômage a été analogue dans presque toutes les autres régions. Deux exceptions : Québec et Montréal.

Dans la vieille capitale, le déclin du chômage a été plus net, passant de 10,1% à 5,4%. À Montréal, ce fut le contraire; la diminution du taux de chômage y a été très faible, passant de 11,2 à 10,2%. Cela fait que la région montréalaise connaît présentement le deuxième taux de chômage le plus élevé du Québec.

Le taux d’emploi

Cette diminution généralisée du chômage s’est accomplie en dépit du fait qu’une proportion plus élevée de la population adulte participe au marché de l’emploi. En effet, le sixième de la population québécoise (principalement des femmes) a envahi le marché du travail au cours de cette période.

Le taux d’emploi est passé de 58,5% à 68,9% dans le cas des femmes, et de 70,8% à 73,0% dans le cas des hommes (pour une moyenne de 71,0%). De tous les pays de l’OCDE, seul le reste du Canada et l’Allemagne ont un taux d’emploi plus élevé que le Québec. À titre de comparaison, le taux d’emploi moyen des pays de l’OCDE pour les personnes en âge de travailler s’élevait à 64,8 % en 2011.

Dans presque toutes les régions du Québec, il existe une relation inverse entre le taux de chômage et le taux d’emploi des femmes et des hommes. Lorsque le taux de chômage s’élève au dessus de la moyenne québécoise, le taux de participation des femmes et des hommes au marché du travail diminue.

La scolarité

Depuis le début du siècle, on assiste à une chute draconienne de la proportion de Québécois de 25 à 64 ans qui n’ont pas réussi leurs études secondaires. En effet, de 1997 à 2011, cette proportion est passée de 26,5% à 15,1%.

Toutefois, cela est en partie le résultat du fait que beaucoup de personnes sans diplôme en 1997 ont dépassé aujourd’hui l’âge de 64 ans et conséquemment, ont disparu des statistiques.

Compte tenu du renouvellement de la population, les Québécois sont plus instruits de nos jours. La proportion des Québécois âgé de 25 à 64 ans qui possèdent un certificat de formation professionnelle ou un diplôme universitaire, est passée de 50,7% à 63,9%. La proportion de bacheliers a presque augmenté de moitié.

Le taux de chômage parmi ceux qui n’ont pas réussi leur secondaire est beaucoup plus élevé que celui dans la population en générale; ceux-ci forment 15,1% de la population de 25 à 64 ans mais n’occupent que 10,8% des emplois. Leur taux de chômage est donc 30% plus élevé que la moyenne québécoise.

Au contraire, les détenteurs d’un Certificat de formation professionnelle ou un diplôme universitaire représentent 63,9% de la population de 25 à 64 ans mais accaparent 69,4% des emplois disponibles. Leur taux de chômage est donc en dessous de la moyenne québécoise.

Le salaire horaire moyen

Depuis 1997, les salaires ont progressé davantage que l’inflation, telle que mesurée par l’indice des prix à la consommation. En dollars constants, les salaires horaires moyens ont augmenté de 8,6 % depuis 1997.

Puisque l’étude ne tient pas compte du nombre d’heures travaillées par semaine, on ne sait pas s’il y a eu augmentation des revenus, donc du pouvoir d’achat.

Références :
Marché du travail et qualité de l’emploi : un regard inédit sur la situation dans les régions du Québec (document PDF)
Un portrait rose derrière les fermetures d’usine

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Imprécision des données macroéconomiques chinoises

Publié le 18 août 2013 | Temps de lecture : 3 minutes
Porte de la Cité interdite, sur la Place Tian’anmen, à Beijing

Depuis le 15 mars 2013, monsieur Li Keqiang occupe la fonction de Premier ministre de Chine.

Les fuites de WikiLeaks ont révélé qu’en 2007, à l’époque où il était Secrétaire du comité du Parti communiste de la province du Liaoning — en d’autres mots, quand il était gouverneur de cette province — il avait confié à l’ambassadeur américain à Beijing qu’il prenait à la légère certains indices économiques officiels.

Pour évaluer la véritable santé économique de sa province, il se basait plutôt sur trois données : la consommation d’électricité, le niveau du transport ferroviaire de marchandise et le volume de crédits émis.

« Tous les autres chiffres, en particulier les statistiques sur le Produit intérieur brut (PIB), ne peuvent être consultés qu’à titre informatif », avait-il conclu, selon le mémo diplomatique américain.

Depuis des siècles, autant sous le régime impérial que sous le régime communiste, les promotions au sein de l’appareil de l’État dépendent d’autorités centrales. En dépit du fait que le favoritisme lié à la loyauté à un clan puisse jouer un rôle dans ces promotions, celles-ci sont essentiellement basées sur le mérite.

La concurrence vive que se livrent les gouverneurs locaux les incite à embellir la croissance du PIB de leur région afin de prouver leur compétence de gestionnaire et améliorer leurs chances d’une promotion.

Selon certains experts, la croissance actuelle de l’économie chinoise serait environ deux pour cent moins élevée que les données officielles. Cette surestimation viserait à masquer l’échec relatif des politiques de relance économique décidée par les dirigeants chinois.

En 2006 et 2007, c’était le contraire. Officiellement, le PIB augmentait de dix ou onze pour cent alors qu’en réalité, la croissance atteignait sans doute 15%. Cette sous-estimation visait à rassurer les pays occidentaux face à la montée en puissance de la Chine et atténuait leurs pressions en vue de l’appréciation de la monnaie chinoise.

La fiabilité relative des données officielles est commune à de nombreux pays. Pendant des années, la Grèce a masqué l’ambleur du déficit de l’État afin de tromper ses créanciers.

De plus, c’est un secret de Polichinelle que l’économie réelle de certains pays méditerranéens — nommément l’Espagne, l’Italie et la Grèce — comporte une composante de travail au noir très importante qui relativise la récession économique qui les frappe actuellement. Dans le cas de la Grèce, ce travail au noir représenterait 30 à 40% de l’économie.

Cela n’excuse pas la Chine, mais permet d’éviter de transformer l’imprécision chinoise en faute inhérente à son régime politique.

Références :
Faut-il croire la Chine?
« La vraie croissance chinoise, c’est 4% »
Le déclin de la Grèce

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le déclin de l’économie québécoise

Publié le 3 juin 2013 | Temps de lecture : 8 minutes

L’enrichissement des peuples

Pour un pays, il y a deux manières de s’enrichir rapidement : en vendant ou en pillant.

On trouve dans l’Antiquité de nombreux exemples de guerres dont le but était de faire main basse sur les richesses accumulées d’une Cité-État.

Mais la plupart des peuples s’enrichissent en temps de paix. Ils peuvent s’enrichir lentement en produisant des biens destinés à satisfaire leurs propres besoins. Ou ils peuvent s’enrichir plus rapidement en vendant, en plus, à leurs voisins des produits précieux que ces derniers ont un grand besoin et, dans le meilleur des cas, qu’ils sont prêts à acquérir à n’importe quel prix.

L’économie du Québec est née du commerce de la fourrure, destinée à satisfaire la demande européenne. Mais notre économie a véritablement pris son envol grâce à Napoléon Bonaparte.

Au début du XIXe siècle, l’empereur français impose un blocus continental à la Grande-Bretagne; il interdit à tous les pays d’Europe de faire commerce avec l’Angleterre. Or celle-ci est essentiellement une puissance maritime. Pour sa construction navale, elle dépend du bois importé des riches forêts des pays scandinaves.

Puisque cette source d’approvisionnement lui est interdite, elle se tourne vers ses colonies d’Amérique. Or justement, le Québec est un immense réservoir forestier. On met donc en chantier les forêts d’ici. On y coupe des millions d’arbres dont on extrait le tronc. Au péril de leur vie, nos draveurs assurent le transport des billots — emportés par le torrent de nos rivières — vers les scieries du Sud.

Au fil des siècles, le Québec a diversifié son économie, de l’extraction de matières premières à la transformation de produits finis, puis de services. L’industrie aéronautique, les composantes électroniques et les produits pharmaceutiques se classent maintenant parmi les dix principales exportations du Québec.

L’importance de la balance commerciale

La balance commerciale d’un pays est la différence entre ce qu’il vend à d’autres pays et ce qu’il achète de l’étranger

Quand un pays vend à d’autres peuples, ces derniers déboursent de l’argent qui sert à faire travailler les gens dans le pays producteur. À l’inverse, quand ces travailleurs dépensent leurs salaires à acheter des biens importés (téléviseurs, téléphones multifonctionnels, etc.), l’argent retraverse la frontière dans le sens inverse pour créer des emplois ailleurs.

Et dans ce va-et-vient incessant, les pays qui progressent le plus rapidement sont ceux dont la balance commerciale est positive, c’est-à-dire qui vendent plus qu’ils n’achètent. Des pays comme la Chine, la Russie, l’Inde, le Brésil et l’Indonésie sont à la fois les pays dont la croissance économique est supérieure à la moyenne, et des pays qui ont une balance commerciale positive.

Le déclin de la balance commerciale du Québec


Déficit commercial du Québec, de 1981 à 2012, en milliards de dollars
Balance_commerciale_30_ans

 
Sous la gouverne des Premiers ministres péquistes Parizeau, Bouchard et Landry, la croissance économique du Québec fut supérieure à la moyenne canadienne. Si bien qu’en 2003 le Québec était devenu la quatrième province la plus riche du pays quant au revenu par personne.

Cette bonne performance économique a été facilitée par l’amélioration remarquable de la balance commerciale du Québec, passant d’un déficit de 6 milliards$ en 1993 à un surplus, huit ans plus tard, de 7 milliards$.

Depuis, la situation s’est inversée de manière inquiétante. Jamais l’économie du Québec n’a été saignée à ce point par un déficit commercial; de nos jours, l’hémorragie atteint annuellement un niveau record de près de 30 milliards$, en bonne partie pour l’achat d’hydrocarbures.

Les déficits commerciaux des États-Unis et de la France, pourtant jugés importants, sont en réalité trois fois moindres que le déficit actuel du Québec lorsqu’on tient compte de la taille de nos produits intérieurs bruts respectifs.

Parallèlement, de 2003 à aujourd’hui, le revenu disponible par personne au Québec chutait du quatrième rang canadien à l’avant-dernier rang (devant l’Île-du-Prince-Édouard).

Quels sont les raisons qui expliquent ce déclin ?

Depuis 2002, les importations chinoises au Québec ont triplé, passant de plus de trois milliards$ à un peu moins de neuf milliards$. En contrepartie, le Québec a accru ses exportations vers la Chine d’un peu moins d’un milliard$ en 2002 à près de trois milliards$ en 2012. Le résultat est que notre déficit commercial avec la Chine est passé de 2 à 6 milliards$ au cours de cette période, pour atteindre à lui seul, le cinquième de la totalité du déficit de notre balance commerciale (estimé à 30 milliards$).

De manière générale, le déficit commercial du Québec avec l’Europe, l’Asie et l’Afrique s’est creusé depuis dix ans alors que celui avec l’Amérique du Sud est demeuré pratiquement stable. Par contre, notre commerce avec les autres provinces canadiennes, déficitaire de près de cinq milliards$ en 2002, était excédentaire de deux milliards$ en 2012.


Balance commerciale québécoise selon les régions du monde, en milliards de dollars
Partenaires

 
Parallèlement à la croissance de nos déficits commerciaux avec les pays d’autres continents, notre surplus commercial avec les États-Unis a considérablement diminué.

À la fin des années 1990, le Québec exportait pour 12 milliards$ de matériel de télécommunication à l’étranger, principalement aux États-Unis. Il s’agissait de notre principal produit d’exportation.

L’effondrement de cette industrie (en particulier la faillite de Nortel), l’appréciation (de plus 30 cents) du dollar canadien par comparaison avec la monnaie américaine depuis 2002, la guerre commerciale du bois d’œuvre, la chute de nos exportations de meubles à la suite de l’éclatement de la bulle immobilière aux États-Unis, et la récession de 2007-2008 sont autant de facteurs qui expliquent la diminution de nos exportations vers nos voisins du Sud et le déclin relatif de l’économie québécoise.

Pistes de solutions

Le Québec importe annuellement plus de dix milliards$ d’hydrocarbures. Si on exclut les produits manufacturiers asiatiques, notre dépendance au pétrole est la principale cause “corrigeable” de notre déficit commercial.

À l’avenir, il faudra investir massivement dans le transport en commun. En particulier, il faudra remplacer le matériel vétuste du métro de Montréal (et faire cesser ses nombreuses pannes quotidiennes).

Que cela nous plaise ou non, le Québec ne peut pas se permettre le luxe de tourner le dos à l’exploitation pétrolière obtenue autrement que par fracturation hydraulique. Donc on devra faciliter la mise en exploitation du gisement Old Harry (à la frontière entre le Québec et Terre-Neuve).

L’immatriculation des véhicules qui carburent à l’essence devra devenir onéreuse. À l’exemple de l’arrondissement du Plateau Mont-Royal, la circulation automobile dans les rues secondaires de Montréal doit être découragée en la limitant aux résidents du quartier et à la livraison de marchandise.

De plus, le Québec devra trouver de nouveaux créneaux industriels.

Le réchauffement climatique et la croissance de la population mondiale contribueront à la rareté croissante de l’eau potable. Le Québec pourrait songer à nationaliser l’industrie de l’eau embouteillée afin que ses profits croissants profitent au Québec.

Le déclin des économies occidentales et la montée de pays émergeants provoquera un réalignement de l’ordre mondial et, conséquemment, une multiplication des guerres de type insurrectionnel. Or dans de tels conflits, les drones — malgré tout le mal qu’on en dit — représentent l’avenir. Notre expertise en aéronautique, de même qu’en informatique, pourrait faciliter notre implication dans ce créneau très précis de l’industrie militaire.

Dans tous les cas, le Québec n’a pas le choix. Après le bilan économique désastreux de l’ère Charest, il est urgent de nous ressaisir.

Référence : Déficit commercial record au Québec

Parus depuis :
Comprendre le déficit commercial en trois graphiques (2014-01-09)
Les drones armés vont-ils remplacer le Casque bleu canadien? (2017-12-07)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les miettes dorées du F-35

Publié le 27 mai 2013 | Temps de lecture : 5 minutes
Chasseur bombardier F-35

Depuis deux mois, le constructeur américain Lockheed Martin — qui fabrique le chasseur bombardier F-35 — mène une campagne de relations publiques dans cinq villes canadiennes afin de promouvoir son appareil militaire haut-de-gamme.

C’est donc mercredi dernier que les journalistes montréalais ont été invités à prendre place à l’intérieur du simulateur de vol du F-35 que la compagnie avait fait aménager à leur intention.

À cette occasion, le constructeur a fait valoir que si le Canada devait renoncer à son intention d’acheter 65 chasseurs F-35 Lightning II, notre pays perdrait d’importantes retombées économiques.

Plus de 70 entreprises canadiennes ont décroché des contrats relatifs au F-35, pour une valeur d’environ 450 millions de dollars. Au total, le gouvernement Harper estime que les retombées économiques seraient de l’ordre de dix milliards de dollars.

En somme, les contribuables devraient dépenser 45 milliards$ pour en retirer un bénéfice de dix milliards$ : cet investissement représente donc une perte de 78%. Est-ce là le meilleur placement qu’a trouvé le gouvernement Harper pour développer l’économie du pays ?

Lorsque le Québec construit un barrage hydroélectrique, on emploie des milliers de personnes pendant des années, on achète du ciment, des turbines, du matériel roulant, on construit des routes menant au site, etc. Bref, presque tout est dépensé au Québec et les retombées économiques dépassent les sommes investies dans le projet.

Avec les F-35, c’est le contraire. Pourquoi ?

C’est le résultat de la naïveté et de l’aveuglement idéologique des Conservateurs. Retour en arrière.

En 1999, le gouvernement fédéral de Jean Chrétien accepte que le Canada fasse partie d’un consortium de huit pays visant à mettre au point la prochaine génération de chasseurs bombardiers. Le protocole prévoyait une contribution monétaire du Canada au développement du projet mais aucun engagement d’achat.

Pourquoi le Canada a-t-il accepté de participer financièrement à ce projet ? Parce que cela rendait les entreprises militaires canadiennes éligibles à recevoir des contrats pour l’ensemble de la production du F-35 (et non seulement sur les appareils que le Canada aurait pu acheter).

Sous les Conservateurs de Stephen Harper, le Canada signe autre protocole en 2006 par lequel le Canada s’engage à faire l’acquisition de F-35. Le nombre d’avions de chasse se précise le 16 juillet 2010 : ce jour-là, le ministre de la Défense annonce que le Canada fera l’acquisition de 65 chasseurs F-35 Lightning II.

Mais par ce nouveau contrat, les Conservateurs renoncent à des retombées économiques garanties pour le Canada. Naïvement, le gouvernement Harper a préféré s’en remettant à la bonne foi habituelle entre partenaires d’affaires.

Mais au sein même des États-Unis, Lockheed Martin rencontre des difficultés à convaincre les décideurs publics à acheter cet appareil. Afin de maximiser ses appuis parmi les élus à Washington, le constructeur a saupoudré ses contrats d’approvisionnement dans quarante-six (sur 50) États américains, ce qui réduit d’autant les retombées de ce côté-ci de la frontière.

Bref, par la faute des Conservateurs, le Canada se fait fourvoyer.

Mais ceci étant dit, une discussion relative l’équipement militaire dépasse la simple question des retombées économiques. Si ces avions sont indispensables à la défense du pays, avons-nous vraiment le choix ? En d’autres mots, la question fondamentale est de savoir si nous avons absolument besoin de ces chasseurs bombardiers.

À long terme, un conflit avec la Chine ou la Russie est une possibilité à envisager. Mais ces pays ne se risqueront pas à se mesurer aux États-Unis tant que ces derniers conserveront une suprématie militaire écrasante.

D’ici à ce cette suprématie soit menacée, le Canada aura plutôt à participer à des opérations anti insurrectionnelles comme celles menées en Afghanistan. Or dans de tels conflits, les hélicoptères et les drones sont nettement plus utiles que des chasseurs bombardiers dernier cri.

Quant à la défense de la souveraineté canadienne dans l’Arctique — un des arguments invoqués par Lockheed Martin — le F-35 sera dans l’incapacité de communiquer dans l’Arctique jusqu’en 2019 car, contrairement aux CF-18, il ne possède pas la technologie nécessaire pour communiquer par satellite militaire. De plus, il est incapable d’atterrir dans le Nord canadien et il ne peut pas être ravitaillé en vol par les avions-citernes des Forces canadiennes.

Bref, la campagne de relations publiques de Lockheed Martin, ce n’est pas fort.

Références :
Dossier des F-35 : des contrats sont en danger
Lockheed Martin F-35 Lightning II
F-35: Lockheed Martin promet 10 milliards de retombées
Le F-35 est en ville… enfin presque
Lockheed Martin launches Canadian PR campaign for F-35

Parus depuis :
Trudeau annulerait l’achat des F-35 (2015-09-20)
Les drones armés vont-ils remplacer le Casque bleu canadien? (2017-12-07)

Sur le même sujet : Pourquoi acheter des chasseurs F-35 ?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Chute boursière en vue

Publié le 25 avril 2013 | Temps de lecture : 5 minutes
© 2008 — Wikipedia

Vers 1h10, mercredi matin le 24 avril dernier, des pirates ont réussi à s’emparer du compte Twitter de l’agence de nouvelles Associated Press et d’y faire paraitre un bulletin annonçant qu’un attentat terroriste venait d’être commis contre la Maison Blanche, à Washington.

Cette fausse nouvelle provoqua un vent de panique instantané sur les marchés boursiers. Deux milliards d’actions furent vendues au cours des trois minutes qui suivirent, faisant plonger l’indice Dow Jones de 150 points.

Ce dernier revint à la normale aussi subitement qu’il avait plongé.

Depuis seize derniers mois, l’indice Dow Jones s’est accru de 18,5%. Pourtant, au cours de cette période, l’économie mondiale a très peu progressé. Ce qui fait que l’écart s’est creusé entre la valeur réelle des entreprises et leur valeur capitalisée.

Valeur réelle vs valeur capitalisée

Imaginez que les dirigeants d’une entreprise décident de la vendre. Pour en établir le prix, ils évalueront la valeur de tous ses biens (immeubles, ordinateurs, mobilier, machinerie, etc.). Cette valeur tiendra compte du prix d’achat, auquel on aura soustrait la dépréciation. On calculera les inventaires de ses stocks s’il s’agit d’une entreprise manufacturière. On ajoutera ce que ses clients lui doivent (ses comptes à recevoir) et on soustraira ses dettes. On bonifiera le tout par les profits anticipés de cette compagnie au cours des prochaines années. Tout cela constitue la valeur réelle d’une entreprise.

Mais cette compagnie pourrait avoir émis des actions et des obligations. Les obligations ne sont que des emprunts effectués hors du système bancaire. Mais les actions sont des titres de propriété. En d’autres mots, si une entreprise a émis un million d’actions, chacune d’elles représente un millionième de cette compagnie. Et la valeur en bourse de l’ensemble de ses actions, c’est sa valeur capitalisée.

À l’origine, chacune de ses actions a une valeur de départ. Mais si l’entreprise est prospère, elle fait des profits. Et ces profits, elle peut s’en servir pour s’agrandir, pour acheter des outils de production, pour acquérir des compagnies rivales, etc. Ces profits augmenteront la valeur réelle de l’entreprise. Si le prix en bourse de ses actions demeurait inchangé, cette entreprise serait sous-évaluée.

Au contraire, si l’entreprise fait des profits modestes mais que ses actions sont l’objet d’une surenchère parmi les investisseurs, cette spéculation pousserait à la hausse la valeur en bourse de ces actions. Et la valeur capitalisée — la valeur de toutes les actions en circulation — pourrait dépasser largement la valeur réelle de cette entreprise.

Quand la bourse devient du vent

C’est ce qui arrive présentement aux entreprises en bourse. Parce que les taux d’intérêts sont ridiculement bas, il est insensé de laisser sa fortune moisir dans un compte de banque. De la même manière, il est peu intéressant d’acheter des obligations en raison de leur faible rendement. La seule issue pour ceux qui ont de l’argent disponible, c’est de jouer à la bourse.

Et puisque nous vivons dans une société de consommation mais que le pouvoir d’achat des consommateurs est inchangé depuis plus d’une décennie, on a d’abord favorisé son endettement. Afin qu’il consomme aujourd’hui ce qu’il aurait consommé plus tard.

Mais après avoir suscité son endettement maximal, on ne peut plus stimuler davantage la consommation, donc l’économie. Pour l’investisseur, cela est très ennuyeux. S’il fonde une nouvelle entreprise, sa réussite ne peut se faire qu’aux dépends de ses concurrents. Sinon, c’est lui qui fera faillite.

Devant cette stagnation de la consommation, à défaut de partir de nouvelles entreprises, on investit dans celles existantes. Et comme des sommes colossales sont disponibles, ces investissements poussent à la hausse la valeur des actions déjà en bourse. Si bien que la bourse est redevenue spéculative, comme avant 2007.

Parce que tout le monde en achète, le prix des titres boursiers augmente. Et parce qu’il augmente, les investisseurs sont — sur papier — plus riches et sont donc récompensés d’avoir anticipé cette hausse, c’est-à-dire d’avoir spéculé. Et cette gratification les encourage à acheter tout et n’importe quoi. Parce que tout et n’importe quoi augmente de valeur.

Celui qui paie une fortune pour acheter de l’air peut sembler être un imbécile. Mais il est plus fin qu’on pense s’il réussit à vendre son air le double qu’il a payé. Et ce fou qui a payé le double, il est peut-être plus intelligent qu’on pense s’il connaît quelqu’un intéressé à payer le triple. Et ainsi de suite.

Une bourse soufflée par la spéculation est une bourse qui récompense tout le monde, de l’investisseur avisé au parfait imbécile.

Bref, tous ces petits menés suiveux — qui paniquaient plus tôt cette semaine alors qu’un attentat, même réel, aurait représenté d’intéressants profits pour les entreprises chargées de reconstruire la Maison blanche — seront les mêmes qui paniqueront lorsque la bourse perdra ce qu’elle a pris en trop depuis seize mois.

Bref, d’ici le début de 2015, il serait raisonnable de s’attendre à une chute de l’ordre de 15% des indices boursiers… si ceux-ci ne retombent pas lentement d’ici là.

Références :
I Survived the Flash Crash of ’13
Tweet sparks Wall Street flash crash

Parus depuis :
L’épée de Damoclès de la Fed (2013-05-27)
Economists overvalue stock markets (2013-10-31)
La Bourse est-elle en train de perdre la boule? (2014-07-05)
Sell everything ahead of stock market crash, say RBS economists (2016-01-12)

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Écrit par Jean-Pierre Martel