VISA Desjardins et les pourrisseurs d’entreprise

Publié le 31 mars 2013 | Temps de lecture : 5 minutes
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Il y a quelques jours, j’ai reçu un appel de Desjardins Sécurité financière (DSF) me proposant gratuitement une assurance solde de crédit applicable à ma carte VISA Desjardins.

Il s’agit d’une protection offerte au détenteur d’une carte de crédit qui deviendrait incapable de payer son solde en cas de décès, de mutilation, d’invalidité, de perte involontaire d’emploi, ou de maladie grave.

Au cours de cet appel, qui a duré au total une dizaine de minutes, « gratuit » et « ne coûte rien » ont été répétés une dizaine de fois.

Il m’est déjà arrivé de souscrire à des services proposés par une compagnie téléphonique bien connue qui étaient gratuits au moment où on me les avait offerts par télémarketing, mais qui devenaient payants quelques mois plus tard à la suite d’un avis en petits caractères ajouté au bas d’un relevé mensuel.

Dans le cas de l’appel de DSF, arès des minutes à expliquer que j’étais réticent à souscrire à ce service gratuit par crainte que « les règles du jeu » ne changent sans en être informé explicitement, je finis par poser la question : « Comme ça, tant qu’on paie le solde avant la date limite, ça ne coûte rien ? ». Et là — tenez-vous bien — on m’apprend au contraire que des frais s’appliquent dès le moment d’une transaction.

Effectivement, sur le site web de Desjardins, on dit clairement qu’aucune prime n’est applicable lorsque le solde de la carte est à zéro.

Pour que cette assurance soit gratuite, il faudrait qu’on paie à VISA Desjardins le coût de toutes nos transactions avant de les effectuer, ce qui en pratique n’arrive jamais. Moi, je n’appelle plus cela une carte de crédit s’il faut payer nos achats d’avance.

Mais par télémarketing, cette précision capitale n’est révélée que si l’appelé prend l’initiative de poser la question à ce sujet. Autrement, tout ce qu’il retient ce sont les mots «  gratuit » et « ne coûte rien ».

On pourrait penser que la téléphoniste avait peut-être fait cette précision mais que j’ai eu un moment de distraction. Cette hypothèse m’a traversée l’esprit. Ce qui m’a convaincu du contraire, c’est l’importance attachée à la gratuité au cours de la conversation. Pourquoi a-t-on présenté avec autant d’insistance cette assurance comme étant gratuite si ce n’est pour m’induire en erreur.

De toute évidence, on se trouve en présence d’une tentative de tromperie, c’est-à-dire d’une fraude au sens de la loi, probablement effectuée auprès de dizaines, de centaines, voire même de tous les détenteurs de carte VISA Desjardins.

Je ne crois pas que la haute direction de DSF ait autorisé cette fausse représentation effectuée en son nom. Puisque ce texte l’en avise publiquement, il serait tentant pour elle de simplement réprimander la personne responsable de ce stratagème.

À mon avis, ce serait imprudent. Je suggère plutôt à Desjardins de congédier le Directeur des ventes ou le responsable de cette tentative de tromperie. Pourquoi ? Parce que ces personnes sont des pourrisseurs d’entreprise.

Le capitalisme est le meilleur système économique pour un pays développé. Mais il est de plus en plus pourri de l’intérieur par des officiers totalement dépourvus de scrupule, pour qui tous les moyens sont bons (y compris ceux illégaux) afin de dégager des profits.

Or le moyen le plus rapide d’augmenter les profits d’une entreprise est de tromper les personnes qui ont suffisamment confiance en celle-ci pour faire affaire avec elle.

Évidemment, on ne peut pas saper la clientèle d’une compagnie sans que celle-ci finisse par péricliter. Mais ces gens s’en foutent. Lorsque l’entreprise écopera des conséquences de leur duperie, ils seront rendus ailleurs. Et dans leur curriculum-vitae, ils se vanteront de la croissance de leur ancien employeur au cours de la courte période de temps où ils ont été à son service.

Tout employé dépourvu de scrupule est une bombe à retardement, n’hésitant pas à intriguer, mentir, et frauder s’il en a l’occasion. Or plus cette personne occupe un poste de décision, plus le tort infligé à l’entreprise est important. D’où la nécessité absolue et urgente de s’en départir. En effet, la respectabilité (essentielle pour une entreprise financière) dépend de son honnêteté et de sa franchise.

Il y a quelques années, dans la haute finance anglo-américaine, on s’échangeait des courriels internes ridiculisant les clients — des banques et des fonds de pensions — assez stupides pour acheter les titres financiers toxiques sans se douter qu’ils ne valaient rien, assez naïfs pour croire en la respectabilité de leur employeur.

Une crise économique plus tard, les mêmes comportements subsistent toujours — dans ce cas-ci à une échelle beaucoup moindre — parce que le monde de la finance n’a pas tiré de leçon de cette crise et n’a pas su sévir contre ceux qui le pourrissent de l’intérieur.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif Lumix 12-35mm F/2,8 — 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 13 mm


Post-Scriptum : Le 3 décembre 2019, à la suite d’une importante fuite de données, le PDG de Desjardins a congédié deux hauts dirigeants, dont Denis Berthiaume.

En 2013, ce dernier occupait le poste de premier vice-président Gestion du patrimoine et Assurance de personnes.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’agriculture en Afrique : pour qui ?

Publié le 27 février 2013 | Temps de lecture : 2 minutes

De 2000 à 2011, par le biais de ventes ou de locations à longue durée, deux millions de km² de terres agricoles sont passés sous le contrôle d’investisseurs étrangers à travers le monde, principalement en Afrique. Cela représente le cinquième de la taille du Canada ou trois fois la superficie de la France.

Les principaux pays investisseurs sont asiatiques (Chine, Inde, et des monarchies pétrolières du Golfe) : ils sont à la recherche de terres cultivables pour répondre à leurs besoins alimentaires. Par opposition, les investisseurs occidentaux cherchent surtout à y produire des biocarburants.

Environ le vingtième de toutes les terres arables africaines sont déjà concédées à des investisseurs étrangers. Sur ce continent, les pays les plus courtisés sont la République démocratique du Congo (ou RDC, 2e au niveau mondial), l’Éthiopie (3e), le Soudan (7e) et le Madagascar (9e).

En RDC, 0,8 millions de km² sont aux mains d’étrangers. La Chine y a obtenu 0,03 million de km² (2,8 millions d’hectares) pour y implanter la plus grande palmeraie du monde (à des fins de production d’huile végétale comestible).

Pour avoir une idée de l’importance de cette plantation, sa superficie est équivalente à un carré de 175 km de côté (soit à peu près la distance entre Bruxelles et Amsterdam ou celle entre Montréal et Ottawa).

Au Madagascar, la Corée du Sud a tenté d’acquérir 1,3 million d’hectares (0,01 million de km²) pour y faire pousser la moitié de ses besoins en maïs (à des fins de production de biocarburant). Le scandale provoqué par cette transaction (qui fut annulée) a contribué à la chute du gouvernement de Madagascar au début de 2009.

Ces acquisitions étrangères surviennent alors que les pays africains sont confrontés à des difficultés croissantes (d’ordre démographique et climatique) à assurer les besoins alimentaires de leur propre population.

Références :
Directives volontaires pour une gouvernance responsable des régimes fonciers applicables aux terres, aux pêches et aux forêts dans le contexte de la sécurité alimentaire nationale
La course aux terres agricoles en Afrique

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’acceptabilité sociale des projets miniers

Publié le 2 février 2013 | Temps de lecture : 3 minutes

Gaspé vs Pétrolia

Afin de protéger ses sources d’eau potable, la municipalité de Gaspé a adopté le 19 décembre 2012, un règlement qui a pour effet d’empêcher la compagnie Pétrolia d’effectuer des forages en vue de l’exploitation d’un gisement qui pourrait renfermer plus de 7,7 millions de barils de pétrole.

Le 24 janvier 2013, la minière a suspendu ses activités dans les limites de cette municipalité, en dépit de son permis d’exploration émis par le gouvernement du Québec.

À mon avis, il s’agit d’une sage décision. Les ressources minières appartiennent à tous les Québécois. Conséquemment, il est normal que tout projet minier soit soumis à l’obtention d’un permis provincial puisque l’État québécois est le garant des droits de l’ensemble de la population. Mais cela n’est pas suffisant.

L’actualité quotidienne nous rappelle que les gouvernements — qu’ils soient provinciaux ou municipaux — sont sensibles au pouvoir de l’argent. Lorsque les activités d’une compagnie comportent des risques pour une population, il est essentiel que cette population ait un pouvoir décisionnel quant aux risques auxquels elle est soumise.

En d’autres mots, tout projet de développement doit être sujet à son acceptabilité sociale. Cet assujettissement garantit que la population affectée en retire des bénéfices.

Interdire l’uranium au Québec ?

D’autre part, j’apprends ce matin que des groupes environnementaux pressent le gouvernement Marois d’interdire l’exploitation de l’uranium au Québec, à l’exemple de l’état américain de Virginie.

Parmi les arguments contre cette industrie, on invoque que les résidus miniers laissés par cette industrie contiennent 85% de la radioactivité originelle. Comme argument, ce n’est pas fort; c’est tout de même 15% de moins qu’à l’origine.

La différence, c’est que la radioactivité originelle est enfouie alors que les résidus sont dans des monticules au niveau du sol. Il suffit d’obliger l’industrie à enfouir ses déchets pour qu’il n’y ait plus de problème.

Ceci étant dit, c’est aux communautés locales de décider s’il y aura exploitation minière ou non. Comme c’est le cas à Gaspé, où la ville ordonne à Pétrolia d’aller explorer ailleurs.

De la même manière, ce sont aux personnes affectées directement par l’exploitation de l’uranium de décider du sort de cette industrie chez eux. Pas aux habitants de Montréal ou de Québec, ni aux intellectuels bien intentionnés. Tout au plus, ces derniers peuvent prévenir les populations locales des dangers qu’elles courent afin de leur permettre de prendre une décision éclairée.

Conclusion

À mon avis, c’est de l’impérialisme culturel que de condamner une population autochtone, notamment, à la misère et de la sacrifier sur l’autel du développement « bon chic bon genre » que nous, étrangers, souhaiterions qu’ils aient. Si ces peuples eux-mêmes sont contre, parfait, il n’y aura pas d’exploitation minière. S’ils en veulent, c’est de leurs affaires, pas de la nôtre.

Références :
La Virginie tourne le dos à l’uranium
Pétrolia à Gaspé : Bernard Landry rappelle les écologistes à l’ordre
Pétrolia suspend son projet de forage à Gaspé

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Islande : La révolution des casseroles

Publié le 29 janvier 2013 | Temps de lecture : 7 minutes

Le mirage du néo-libéralisme

L’Islande (littéralement : la Terre de glace) est un pays de 313 000 habitants, urbanisé à 93%. Presque toute la population descend d’envahisseurs norvégiens ou celtes (plus précisément écossais ou irlandais). Le pays est essentiellement une île rocailleuse dont seulement 0,07% est propice à l’agriculture. Il est gouverné par le plus ancien parlement d’Europe, remontant à l’an 930.

Depuis toujours, les Islandais sont un peuple de pêcheurs. Mais avec la dérèglementation des marchés financiers, des entrepreneurs de ce pays se sont découvert une vocation de banquier.

Audacieux comme leurs ancêtres vikings, les banquiers islandais écrémaient les épargnes étrangères à l’aide de réclames télévisées, diffusées au Royaume-Uni et aux Pays-Bas, qui promettaient des rendements plus élevés qu’ailleurs. Et il suffisait d’une simple connexion internet pour profiter de tous les avantages dont jouissaient déjà les Islandais eux-mêmes, grâce à des succursales d’Icesave installées dans ces deux pays.

Au cours des années 2000, l’argent affluait par milliards en Islande. Comme Cendrillon touchée par la baguette magique du néo-libéralisme, les Islandais jouissaient dès 2006, du revenu par habitant le plus élevé au monde, soit 42 768 euros, et un taux de chômage de 2,9%.

En 2007, le pays possède une dette souveraine d’à peine 28,3% du Produit intérieur brut (PIB) — une des plus faibles d’Europe — épongée cette année-là du sixième, d’un seul coup, par un excédent budgétaire équivalent à 5,5% du PIB.

Et dans le fleuron national constitué des banques privées du pays, tous — du PDG à la caissière — profitent de cette manne inespérée. Mais pour cela, il faut des rendements élevés. Un généreux système de bonus incite les courtiers à prendre des risques inouïs. Or les rendements les plus élevés sont ceux que rapportent des produits financiers mystérieux constitués d’actifs adossés à ces créances douteuses (le « papier commercial »).

Conséquemment, on en achète à tour de bras, sans trop savoir de quoi il s’agit. Peu importe; ces titres sont recommandés par les agences de notation. À la fin de 2007, les actifs consolidés des banques représentent 880% du PIB islandais. Quelques mois plus tard, quand la spéculation dont le papier commercial faisait l’objet cesse brutalement, sa valeur s’effondre. Lorsque la poussière retombe, les banques ont encore quelques actifs sains mais globalement, elles ne valent plus rien.

Répondant à l’appel désespéré de son secteur financier, le gouvernement islandais commet une grave imprudence. Plutôt que de se porter uniquement garant des épargnes de ses propres citoyens, il nationalise les banques privées et conséquemment, avalise les dettes colossales contractées par leurs succursales auprès d’épargnants étrangers (auxquels elles doivent l’équivalent de sept fois le PIB de l’Islande).

Du coup, le pays est au bord de la faillite. Plombée par cette dette soudaine, la monnaie nationale perd la moitié de sa valeur face à l’euro entre janvier et octobre 2008, ce qui aggrave d’autant les obligations nationales à l’égard des épargnants européens.

Pendant ce temps en Angleterre…

Des petits épargnants, des organisations, et des municipalités ont déposé des milliards de livres sterling dans les succursales anglaises des banques islandaises, maintenant nationalisées.

Toutefois, le 7 octobre 2008, les clients anglais d’Icesave (la filiale électronique d’une banque islandaise) constatent qu’ils ne peuvent plus retirer de fonds. Ce jour-là, les marchés financiers s’affolent. On presse le gouvernement britannique d’agir.

Le soir même, le chancelier de l’Échiquier anglais appelle le ministre des Finances islandais. Au cours de cet entretien capital, ce dernier refuse de garantir que les clients anglais seront remboursés, préférant donner la priorité aux déposants islandais.

Conscient de la difficulté pour les citoyens d’un pays de poursuivre un gouvernement étranger, Londres décide d’intervenir.

Le lendemain, le gouvernement britannique décide de placer l’Islande sur sa liste des pays terroristes afin de se doter des moyens légaux de bloquer les avoirs de la branche britannique d’Icesave.

Et pour parer à tout mouvement de panique, les gouvernements britannique et néerlandais se hâtent de rembourser les clients d’Icesave par le biais de leur propre fonds de garantie des dépôts. Ils se retournent ensuite vers le gouvernement islandais afin que celui-ci les rembourse.

En décembre 2009, le couteau sur la gorge, le gouvernement islandais capitule et signe une entente de remboursement (étalée sur quatorze ans) avec Londres et Amsterdam.

La révolution des casseroles

Depuis que leur pays a été mis sur la liste des pays terroristes, les Islandais sont insultés. Chaque samedi depuis la fin de 2008, des manifestations ont lieu devant le Parlement.

Depuis des semaines, une pétition circule réclamant la tenue d’un référendum au sujet du remboursement des épargnants étrangers. Finalement, la pétition recueille les signatures de 23% des citoyens en âge de voter. Le 5 janvier 2010, le Président du pays — en Islande, il est l’équivalent au Gouverneur général au Canada — refuse de parapher l’entente intervenue tant et aussi longtemps qu’elle n’aura pas été acceptée par le référendum.

Les 20 et 21 janvier 2010, les manifestations atteignent leur paroxysme. Les membres du gouvernement sont hués et des groupes d’étudiants parviennent à franchir les lignes de police.

Les pierres volent tandis que les manifestants clament leur colère en frappant sur des récipients de cuisine. La nuit, des feux de joie sont allumés au beau milieu de la rue. Le gouvernement rend les manifestants responsables des incidents violents et les accuse d’aggraver l’insécurité économique de pays.

Le 6 mars 2010, par référendum, l’entente est rejetée par 93% des voteurs.

Ce qu’on baptise rapidement « la révolution des casseroles » force la démission du gouvernement et la prise du pouvoir par une coalition de gauche. Conformément à sa promesse électorale, celle-ci met en place une assemblée constituante chargée de rédiger une nouvelle constitution.

Mille citoyens ont été tirés au sort, parmi lesquels 522 ont accepté d’être candidats et dont, finalement, 25 sont élus pour former l’assemblée constituante.

Entretemps, le Royaume-Unis et les Pays-Bas entreprennent de nouvelles négociations qui aboutissent à une deuxième entente le 16 février 2011. En dépit de l’appui unanime des partis politiques islandais, cette nouvelle entente est rejetée par un deuxième référendum, tenu le 9 avril suivant.

Fin du conflit

Le procès intenté par le Royaume-Uni et les Pays-Bas devant les instances judiciaires européennes a connu son aboutissement hier par une victoire éclatante de l’Islande.

L’Association européenne de libre-échange (un tribunal administratif européen) a estimé que ce sont les gouvernements du Royaume-Uni et des Pays-Bas qui doivent payer pour les conséquences de la faillite des succursales bancaires installées sur leur territoire.

En somme, si le gouvernement britannique a choisi de dérèglementer son système financier et de fermer les yeux sur ses abus, c’est à lui d’en payer le prix.

Quant aux Islandais, ils sont donc récompensés pour leur audace et pour avoir établi des mécanismes qui leur permettent de renverser les décisions des gouvernements faibles qui successivement ont trahi leurs intérêts.

Et toute cette histoire, c’est celle de pays riches qui ont tenté de punir un pays vulnérable pour avoir cru naïvement au mirage du néo-libéralisme — un mirage que ces gouvernements ont eux-mêmes suscité — et qui échouent dans leur entreprise d’asservissement. Comme quoi les histoires ont parfois une belle fin.

Références :
Après le rejet de l’accord Icesave, les Islandais s’interrogent sur leur audace
Assemblée constituante islandaise de 2011
Crise financière de 2008 en Islande
Économie de l’Islande
Iceland Wins Major Case Over Failed Bank
Icesave
Icesave dispute
Islande, une crise démocratique bien silencieuse
L’AELE donne raison à l’Islande face aux épargnants étrangers
Papier commercial adossé à des actifs non bancaire

Parus depuis :
Merde aux banquiers! (2013-02-04)
En Islande, les banquiers voyous ont leur prison (2016-12-02)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Inégalités économiques au sein des pays

Publié le 23 janvier 2013 | Temps de lecture : 1 minute

Le cœfficient de Gini est une mesure du degré d’inégalité de la distribution des revenus dans une société donnée, développée par le statisticien italien Corrado Gini.

C’est un nombre variant de 0 à 1, où 0 signifie l’égalité parfaite (tout le monde a le même revenu) et 1 signifie l’inégalité totale (une société de maitres et d’esclaves, par exemple). La valeur 0,4 est généralement considérée comme un seuil d’alerte.

Cœfficient de Gini de quelques pays
• Afrique du Sud : 0,65 (en 2005)
• Thaïlande : 0,536 (en 2010)
• Chine : 0,474 (en 2012)
• États-Unis : 0,45 (en 2007)
• Canada : 0,396
• Japon : 0,376 (en 2008)
• France : 0,327 (en 2008)
• Allemagne : 0,27 (en 2006)

Puisqu’une image vaut mille mots, voici une carte du monde illustrant le cœfficient de Gini pour la planète.

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Références :
Chine – Une lutte des classes à refaire
Coefficient de Gini
Economy Statistics > income equality > UN Gini index (most recent) by country

Parus depuis :
La mobilité sociale, un rêve américain ou québécois? (2020-11-14)
The Economic Consequences of Major Tax Cuts for the Rich (2020-12-15)
L’effet de ruissellement (2020-12-19)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le déclin d’Air France

Publié le 9 janvier 2013 | Temps de lecture : 3 minutes

Du 29 septembre au 7 octobre 2005, à l’occasion d’une grève des bagagistes de l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle, des milliers de voyageurs qui transitaient par Paris sur les ailes d’Air France arrivèrent à leur destination finale respective, un peu partout à travers le monde, privés de tout bagage. On estime qu’environ 100 000 bagages avaient ainsi été retenus à Paris au cours de cette grève d’une dizaine de jours.

Par crainte de provoquer des annulations, la direction d’Air France avait choisi de cacher l’existence de cet arrêt de travail à plus de 50 000 de ses clients qui en ont été victimes.

Cette compagnie aérienne avait pourtant les adresses civique et électronique, de même que les numéros de téléphone de chacun d’entre eux. Personne n’a tenté de les prévenir; les préposés qui s’occupaient d’attribuer les sièges aux aéroports, les agents de bord et tous les autres employés de cette compagnie avaient pour directive expresse de taire l’existence de ce conflit de travail et de rassurer la clientèle.

À destination, aux longues files d’attente de ses comptoirs d’objets perdus, Air France niait sa responsabilité — en violation flagrante des dispositions de la Convention de Varsovie — et ne proposait aux clients lésés qu’un programme de remboursement d’achats d’articles de première nécessité (brosse à dent, pâte dentifrice, etc.) représentant pour elle des déboursés de quelques euros par personne.

Bref, à cette occasion, Air France s’est comportée comme un voyou corporatif.

On peut lire ce matin dans Le Devoir que, lasse de son déclin commercial, Air France a décidé d’offrir des prix cassés et des options payantes.

Après avoir leurré et lésé des dizaines de milliers de personnes (en somme, après avoir sapé sa propre clientèle), Air France recueille aujourd’hui ce qu’elle a semé : un déclin de sa part du marché. Elle l’a bien mérité.

Je crains fort qu’elle soit en train d’apprendre cette dure leçon du monde des affaires : il est beaucoup plus facile de perdre des clients que d’en gagner de nouveaux…

Détails de cette affaire : Air France, voyou corporatif (Texte plutôt long)

Paru depuis : Air France-KLM a perdu 1,49 milliard $US en 2012 (2013-02-23)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Sauver Gentilly-2 : un combat perdu d’avance

Publié le 22 septembre 2012 | Temps de lecture : 7 minutes

Moins de 24 heures après son entrée en fonction à titre de Première ministre, Mme Pauline Marois a annoncé la fermeture de Gentilly-2, la seule centrale nucléaire en opération au Québec.

Alors que le cadre financier des promesses électorales du Parti Québécois prévoyait une somme de 13 millions$ consacrée au développement économique du centre du Québec afin compenser pour la fermeture de la centrale nucléaire Gentilly-2, c’est plutôt une somme de 200 millions$ que Mme Marois a décidé d’allouer à cette fin.

Considérations sanitaires

Cette semaine, le documentaire Gentilly or not to be provoquait une controverse relativement à la sécurité du nucléaire. En substance, le film prétend que la population qui habite à moins de plusieurs kilomètres d’une centrale nucléaire court un risque accru de développer des cancers.

Malgré le fait qu’il soit impossible de bloquer la radioactivité d’une centrale nucléaire, il est très douteux que la population environnante soit à risque.

Il est vrai qu’une paroi de plomb épaisse de 15 cm ne bloque que 50% des rayons gamma. Donc toute la centrale est radioactive et sa radioactivité est proportionnelle à la durée de son exploitation.

Toutefois, l’exposition à la radioactivité diminue avec le carré de la distance. En d’autres mots, lorsqu’on multiplie par 2 la distance d’exposition, on diminue de 4 fois la radioactivité. À 3 fois la distance, on a le 9e de la radioactivité. À 1 km, c’est un million de fois plus faible. À 2 km, c’est quatre millionièmes, etc.

En somme, une femme enceinte qui habite à 1 km de Gentilly-2 reçoit un million moins de radioactivité que n’importe quel employé de la centrale.

D’autre part, il n’existe pas de seuil sécuritaire. Théoriquement, toute radioactivité est néfaste. Toutefois, on doit prendre en considération le bombardement naturel que subit la Terre (d’origine cosmique) : nous sommes bombardés naturellement par une faible quantité de radioactivité. Sur mon compteur Geiger, ce dernier enregistre une dizaine de rayons gamma à la minute, ici même à Montréal.

Qu’une centrale ajoute un rayon gamma à l’heure, cela ne change pas grand-chose. Donc au-delà d’une certaine distance, la radioactivité d’une centrale devient insignifiante.

Considérations économiques

En 2009, l’électricité produite par la fission nucléaire ne constituait que 2,35% de tous les approvisionnements d’Hydro-Québec. Alors que le coût moyen de production d’Hydro-Québec s’élevait à 2,14 cents par kilowatt-heure (kwh) en 2010, un responsable de la division nucléaire d’Hydro-Québec affirmait en 2005 que le coût de production à la centrale de Gentilly-2 s’élevait à 6 cents le kwh — environ trois fois plus — soit d’avantage que le prix de vente au secteur industriel et à peine moins que le tarif résidentiel. En somme, Gentilly-2 n’est pas rentable et ne l’a jamais été.

Lorsqu’on prend en considération, non pas l’électricité de nos vieux barrages des années 1970, mais l’énergie qui sera produite par les barrages futurs d’Hydro-Québec, cette énergie reviendra à environ 10 cents du kwh. C’est davantage que le prix de ce qui est produit par Gentilly-2. Donc, sous cet angle, Gentilly-2 serait rentable (et même compétitive avec l’éolien, notamment).

Malheureusement, cela ne prend pas en considération les milliards$ que coutera la réfection de Gentilly-2, ce qui aura pour effet de faire augmenter considérablement les coûts unitaires de production du nucléaire au Québec.

On estime officiellement à 1,9 milliards$ le coût de réfection de cette centrale. Dans les faits, on s’attend à ce que la facture soit beaucoup plus élevée. Déjà, pour la seule année fiscale 2011-2012, l’État québécois (par le biais d’Hydro-Québec) a gaspillé 850 millions$ — soit presque autant que les revenus de la taxe santé — pour réparer cette centrale alors que presque rien n’a encore été fait.

Dernièrement on a rénové la centrale Point-Lepreau au Nouveau-Brunswick, une centrale CANDU en tous points semblable à Gentilly-2. Prévue à 1,4 milliards$, cette rénovation coûtera finalement au moins 2,4 milliards$, soit 1 milliard$ de plus que prévu.

Il faut savoir qu’Énergie atomique de Canada (ÉACL) a vendu tous ses réacteurs nucléaires ontariens à la firme québécoise SNC-Lavallin pour la modeste somme de 15 millions$. Dans les faits, les 1 200 membres du personnel d’ÉACL sont devenus des employés de SNC-Lavalin. Cette firme de génie-conseil a donc à son emploi à peu près tous les grands experts canadiens dans le domaine nucléaire.

Si le gouvernement Marois avait décidé de briser sa promesse électorale et décidé de rénover Gentilly-2, qui pensez-vous aurait obtenu le contrat de réfection de cette centrale ? La seule compagnie québécoise compétente dans ce domaine spécialisé, soit SNC-Lavalin.

Après avoir commencé les travaux, si cette firme devait informer l’État qu’on doit lui accorder des centaines de millions$ de plus pour effectuer d’autres travaux à la centrale nucléaire, travaux non-prévus dans l’appel d’offres, quel fonctionnaire pourra juger si ces travaux sont essentiels ou non ? Comment l’État aurait pu argumenter avec les plus grands experts du pays ?

Donc SNC-Lavalin aurait pu réclamer autant de rallonges qu’elle aurait voulu : l’État n’aurait pas eu d’autre choix que de payer ou de risquer une catastrophe nucléaire si elle avait ignoré les demandes successives de la firme de génie-conseil. Bref, la réfection de Gentilly-2 aurait été un grand bar ouvert.

Considérations politiques

Le syndicat des employés de la centrale mène depuis quelques jours une campagne contre la décision gouvernementale de fermer Gentilly-2. Les employés de cette centrale sont en bonne partie des diplômés universitaires extrêmement compétents. Ils reçoivent des salaires élevés qui sont amplement mérités. Toutefois, en travaillant pour une centrale nucléaire non-rentable, ce sont des assistés sociaux de luxe.

Il est inutile de prolonger la vie de Gentilly-2. Depuis toujours, cette centrale produit de l’électricité à un coût supérieur aux autres installations d’Hydro-Québec et cet écart s’accentuerait si on devait assumer les coûts de sa rénovation. Quant aux coûts de sa fermeture, ils seront encore plus élevés si nous attendons : plus une centrale nucléaire est en opération, plus elle est contaminée.

Les régions administratives de la Mauricie et du Centre du Québec représentent une population de près d’un demi-million de personnes. Si les élites locales veulent transformer Gentilly-2 en centrale privée, et rénover cette centrale à leurs frais — soit une dépense qui pourrait atteindre la somme de trois milliards$ — ou si SNC-Lavalin veut ajouter Gentilly-2 à sa collection actuelle de centrales nucléaires, pas de problème. Mais on pense que les contribuables vont continuer de payer pour cet éléphant blanc, on se trompe.

Conclusion

Après le Plan Nord, Gentilly-2 devait être le plus important gaspillage des fonds public du gouvernement de Jean Charest. Puisque celui-ci a été répudié, il faut féliciter le gouvernement de Mme Marois d’avoir promptement pris une décision qui non seulement rencontre le vœux de l’immense majorité des Québécois, hostiles au nucléaire, mais correspond à une saine gestion des finances publiques.

Références :
Faut-il réparer Gentilly-2 ?
Fermeture de Gentilly-2 – Le PQ défend une «sage» décision
Gentilly-2: des coûts imprévisibles
La campagne électorale au Québec : le jeudi 16 août 2012
La campagne électorale au Québec : les 23 et 24 août 2012
Le PQ veut toujours procéder au déclassement de Gentilly-2
Marois annule la hausse des droits de scolarité et ferme Gentilly-2
Réfection de la centrale Gentilly-2 – 275 millions bien embêtants pour le ministre Gignac

Parus depuis :
Hydro recommande de fermer Gentilly-2 (2012-09-29)
Gentilly-2 : remettre les pendules à l’heure (2012-10-11)
La fermeture de Gentilly-2 est inévitable, dit Vandal (2013-01-29)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le bulbe et la bulle (ou « La tulipe et l’éclatement de la première bulle spéculative »)

Publié le 21 mai 2012 | Temps de lecture : 4 minutes


 
La naissance d’une république

Bien avant la révolution française, avant même la révolution américaine, les Pays-Bas furent la première république moderne.

Jusque vers la fin du Moyen-Âge, cette partie marécageuse de l’Europe, habitée par quelques dizaines de milliers de pêcheurs incultes, loin des routes commerciales, n’intéressait personne. Au sein de l’aristocratie européenne, ce territoire ingrat constituait le prix de consolation que les princesses désargentées apportaient en dot ou qu’on s’échangeait par traité sans trop y faire attention.

Ce territoire passa de dynastie en dynastie pour finalement aboutir à la couronne d’Espagne.

Lorsque les habitants de cette région se convertirent au calvinisme, cette conversion parut intolérable à Philippe-II, le roi très catholique d’Espagne. Ce dernier résolut de les ramener par les armes dans le droit chemin. Mais il arrive, dit-on, que l’usage de la force ne donne pas les résultats escomptés.

En effet, déplacer de l’artillerie lourde sur un tel territoire est risqué. Si bien que, contre toute attente, les puissantes troupes espagnoles furent battues par la population locale. Les Provinces-Unis — c’était leur nom à l’époque — devinrent donc indépendantes en 1581. Mais sous l’autorité d’aucun membre de l’aristocratie européenne, ce nouveau pays était donc… une république.

Peu après, les Hollandais mettaient au point un bateau commercial révolutionnaire, plus gros et beaucoup plus stable en mer que les autres bateaux de l’époque. Se lançant à la conquête du monde, les marins hollandais ramenèrent d’Orient — surtout d’Indonésie — des épices, de la soie et des objets de luxe qu’on s’empressait de distribuer dans toute l’Europe.

Et pendant que les Français s’entre-déchiraient dans des guerres de religion, les Provinces-Unis — qui comprenaient, en gros, les Pays-Bas actuels et le nord de la Belgique — devenaient le pays le plus riche du continent.

Au lieu d’être accaparée par une aristocratie vorace, cette richesse nouvelle profitait à un peu tout le monde : les propriétaires de navires, leurs financiers, les ouvriers de la construction navale, les commanditaires des expéditions, les marins, les débardeurs, les distributeurs européens, etc.

Dans le reste de l’Europe, le haut clergé et les princes avaient seuls les moyens de décorer leurs palais d’œuvres d’Art : aux Provinces-Unies, des peintres aujourd’hui célèbres vendaient leurs toiles à des guildes et à de riches marchands.

En 1643, un teinturier de Leyde possédait 64 tableaux. Et dans les années 1670, deux autres teinturiers se targuaient de posséder, l’un 96 tableaux, l’autre 103.

Et dans les nouveaux développements domiciliaires d’Amsterdam, l’arrière de toutes les maisons donnait sur une grande cour verdoyante. Comparée aux autres capitales européennes, surpeuplées et insalubres, la capitale hollandaise était un petit paradis.

La première bulle spéculative

Bourse d’Amsterdam (1898-1903)

Et pour écouler rapidement toutes les richesses ramenées d’Orient, on créa en 1611 la première bourse au Monde, soit celle d’Amsterdam. N’importe qui pouvait y acheter n’importe quoi.

Quelques décennies plus tôt, le botaniste flamand Charles de l’Écluse avait introduit aux Provinces-Unis la tulipe, en provenance de la Turquie actuelle. Cultivée longtemps à petite échelle dans les jardins botaniques, cette plante devient peu à peu un article de luxe convoité et un signe de richesse.

En 1636, elle est l’objet d’un engouement soudain chez les nouveaux riches hollandais. Investir dans la tulipe est alors le moyen le plus sûr de s’enrichir puisque les prix ne font qu’augmenter.

Entre novembre 1636 et février 1637, le prix des contrats d’achat de tulipes est multiplié par douze. À son plus haut sommet, le prix d’un bulbe de tulipe se vendait dix à quinze fois le salaire annuel d’un paysan (en dollars d’aujourd’hui, environ 110 000$).

À partir de février 1637, les prix s’effondrent en seulement trois semaines : c’est la première bulle spéculative et financière de l’histoire, appelée depuis « krach des tulipes ».

Référence :
Charles de L’Écluse
Le Krach de la tulipe, 1re bulle financière
Histoire des Provinces-Unies
Siècle d’or néerlandais
Tulipomanie

Détails techniques :
1re photo : Olympus OM-D e-m5, objectif Cosina 28 mm Macro F/2,8 — 1/320 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 28 mm
2e photo  : Canon Powershot G6 — 1/400 sec. — F/2,0 — ISO 50 — 7,1 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Est-il juste que les riches paient autant d’impôt ?

Publié le 4 avril 2012 | Temps de lecture : 4 minutes


 
Dans mon billet d’hier, je signalais que les contribuables qui gagnent plus de 100 000$ par année représentent seulement 4,1% des contribuables québécois, mais assument 37,2% des impôts. Est-ce injuste ?

Pour répondre à cette question, permettez-moi de laisser la parole à quelqu’un d’autre.

Lundi dernier, j’ai vu le documentaire République, un abécédaire populaire du cinéaste Hugo Latulippe. Ce long métrage est une suite de réflexions d’une trentaine d’intellectuels, principalement de gauche.

L’un d’entre eux est Alain Deneault. De toute évidence, cet auteur et philosophe est un redoutable polémiste. Pour ne rien vous cacher, j’ai éprouvé autant de plaisir à l’écouter qu’à suivre les émissions de l’historien Guillemin, il y a quelques décennies.

Écoutons-le répondre implicitement à cette question.

Quand on voit des chefs d’État qui trépignent devant les investisseurs internationaux pour avoir un petit pécule pour leur population, qu’est-ce qu’on comprend ? On comprend que dans l’ordre de la mondialisation, les chefs d’État ne sont plus que des courtiers vantant des avantages juridictionnels à des investisseurs devenus souverains.

Et qu’est-ce qu’ils font ? Ils disent : « Venez, venez, investir ici plutôt que chez mon voisin. Vous aurez quoi ? Vous aurez l’électricité gratuite. On va vous donner l’eau. Vous aurez une main d’œuvre à bon marché, formé, soigné et ainsi de suite, soutenue à tous égards. Vous aurez droit à un accès aux ressources gratuit. On va subventionner vos activités. Puis dans dix ou quinze ans, vous nous laisserez un paysage dévasté et lunaire : on fera semblant d’être surpris.» (…)

Un investisseur qui arrive au Québec, il a besoin des infrastructures pour se développer lui, à titre privé. Et le fisc, au fond, c’est ça, au-delà d’un mécanisme fort perfectible de redistribution de la richesse : (…) c’est la pointe de l’épine dans le gras du riche qui lui rappelle qu’il doit à l’organisation collective le fait de son enrichissement privé.

L’investisseur qui arrive à Montréal, il a à sa disposition deux aéroports, quatre universités, une population formée, un système routier qui fonctionne, un système de justice qui lui garantit le droit illimité à la propriété. Il a un système de police : une armée éventuellement. Il a à ses pieds toute une série d’institutions financées à même les deniers publics pour permettre son enrichissement privé.

Et le moment de l’impôt, ce devrait être le moment d’humilité où quelqu’un comprend que (…) on n’est jamais absolument seul responsable de sa richesse privée. Le même investisseur, mettez-le aujourd’hui à Port-au-Prince (en Haïti), il ne lui reste plus qu’à quémander. Il n’y a pas tous ces infrastructures pour permettre la transformation de ses investissements en ‘plus value’.

Donc, cela a un coût ça. Et si on avait vraiment — même d’un point de vue néolibéral — des économistes ou des gens qui prétendent connaître l’économie à la tête de l’État, ils diraient aux investisseurs : « Venir au Québec, cela a un coût ». Et si on était minimalement fiers, on ferait en sorte que ce coût soit honoré.

Parus depuis :
Wealth tax on super-rich could raise £1.5tn globally, campaigners say (2023-08-19)
Taxer les riches : une idée solide et rigoureuse (2026-06-02)

Détails techniques de la photo : 
Panasonic GH1, objectif Lumix 14-45mm — 1/60 sec. — F/3,7 — ISO 100 — 16 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Qui paie des impôts au Québec ?

Publié le 3 avril 2012 | Temps de lecture : 1 minute

Parmi les citoyens qui ont produit une déclaration de revenu en 2009, 55% (soit 3,4 millions de personnes) n’ont pas payé d’impôt provincial. Dans la très grande majorité des cas, ce sont des gens qui gagnent moins de 30 000$ par année (ex.: étudiants, retraités, chômeurs).

Les autres, soit 2,8 millions de contribuables, ont déboursé 18,55 milliards$ d’impôt des particuliers.

Ceux dont les revenus ont été compris entre 30 000$ et 49 999$ cette année-là représentent 23,1% des contribuables et ont assumé 19,1% des impôts.

Ceux qui ont gagné entre 50 000$ à 99 999$ représentent 18,1% des contribuables et ont assumé 43,7% des impôts.

Quant à ceux qui gagnent plus de 100 000$ par année, ils représentent 4,1% des contribuables et ont assumé 37,2% des impôts.

Référence : Combien ça rapporte, un diplômé?

Parus depuis :
Le ciel ne nous tombera pas sur la tête! (2012-10-04)
Ces riches qui gagnent 29 milliards $ (2012-10-05)
Les riches se sont enrichis au Québec (2013-10-02)

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Écrit par Jean-Pierre Martel