Plan nord : redevances basées sur les profits ou sur la valeur brute ?

Publié le 28 mars 2012 | Temps de lecture : 8 minutes

Avant-propos : ce texte a été écrit le 28 mars 2012 mais a été retouché le 18 juin 2012.

 
À la suite de nombreuses critiques, le gouvernement québécois a relevé de 12% à 14% le taux de droits miniers en mars 2010. En janvier 2011, puis en janvier 2012, ce taux a été relevé encore d’un pour cent et atteint donc maintenant 16%.

Ces redevances sont basées sur les profits des compagnies minières. Elles correspondent à environ 2% de la valeur du minerai. Ce taux est un des plus faibles au pays.


Redevances perçues par province (en millions$)

  Production       Production    
  (2002-9) Perçu Taux   (2009-10) Perçu Taux
Nord canadien 13 970 538 3,8%   1 510 90 6.0%
Colombie-Brit. 39 500 1 674 4,2%   5 620 292 5,2%
Saskatchewan 33 380 4 312 12,9%   3 980 86 2,2%
Manitoba 11 800 510 4,3%   1 350 10 0,7%
Ontario 62 400 627 1,0%   6 270 25 0,4%
Québec 37 150 427 1,1%   5 630 114 2,0%
Nouv.-Brunswick 8 760 443 5,1%   1 100 44 4,0%


 
Ces données indiquent que la rentabilité apparente des minières québécoises est très faible. En 2010, la moitié des minières n’ont fait aucun profit. La moyenne de l’ensemble de l’industrie est d’un profit brut de 14%. Faites le calcul : 14% (de droit minier) sur 14% de profit donne 1,96% de redevance à payer.

Cela est incroyable. Dans un contexte de pénurie mondiale des métaux, comment les minières peuvent-elles se contenter de profits bruts de seulement 14% en moyenne, et d’aucun profit dans le cas de 10 des 19 companires minières québécoises ?

L’investissement dans le secteur minier est un investissement hautement spéculatif, soumis aux fluctuations changeantes de la valeur des métaux et qui nécessite une marge de profit importante lorsque la demande des métaux est plus forte que l’offre, comme c’est le cas actuellement sur les marchés mondiaux.

Alors pourquoi les minières québécoises font elles relativement si peu de profits bruts ? C’est que le régime fiscal du Québec incite les compagnies minières internationales à faire en sorte que leurs succursales québécoises soient le moins profitables possible.

Plus précisément, les minières québécoises ont intérêt à vendre leur minerai au prix coûtant à une succursale dont le siège social est situé dans un paradis fiscal afin de lui transférer leurs profits : ainsi, c’est cette succursale qui empoche les profits en revendant le minerai au prix du marché, beaucoup plus élevé. Le minerai lui-même n’a pas besoin de transiter par ce paradis fiscal; le transit de la propriété du minerai suffit. Dans les faits, ce dernier peut être expédié directement du Québec vers son lieu de raffinement.

Pour donner un exemple simple, imaginons qu’un produit se détaille 100$ mais qu’il ne coûte 25$ à produire. Vous pourriez le vendre 100$ et payer de l’impôt sur les 75$ de profit que vous réalisez. Ou bien, vous le vendez à un ami à votre prix coûtant (25$) et ne payer aucun impôt. Si cet ami habite dans un pays sans impôt, il vend le produit à 100$ (sa véritable valeur) et réalise donc, lui, le profit de 75$ exonéré d’impôt. Voilà le truc auquel le régime fiscal québécois incite les compagnies minières internationales à recourir afin d’éviter de payer de l’impôt au Québec.

Dans les faits, la stratégie des minières est beaucoup plus complexe. Si la succursale québécoise vendait son minerai directement à une société installée dans un paradis fiscal, le stratagème serait trop évident. On crée donc un intermédiaire installé dans un pays respectable qui, lui non plus, ne réalise aucun profit et qui sert de paravent à la compagnie qui empoche le gros lot.

Dans un contexte où le gouvernement Charest est accusé de corruption, son refus obstiné de fournir des détails sur les montants collectés auprès des minières, en particulier comment les secteurs de l’or, du fer, du cuivre, et du zinc — dont la profitabilité est inégale — paient de redevances, n’est pas de nature à dissiper les soupçons de connivance avec le stratagème que je viens d’expliquer.

De plus, l’argument à l’effet que si on augmente les droits miniers, on fait fuir l’industrie n’est valable que lorsque la demande de métaux est faible. Lorsqu’elle est forte, si une compagnie ferme ses portes parce qu’elle veut protester contre une augmentation des redevances, une autre compagnie la remplacera, attirée par la perspective de profit en dépit de cette augmentation.

L’État doit donc se comporter à l’égard du capitalisme international exactement comme ce dernier se comporterait à la place de l’État, c’est-à-dire de manière impitoyable.

Le défaut majeur des redevances basées sur les profits, c’est donc qu’il est très facile d’éviter de les payer.

Afin de pallier à la créativité visant à déjouer le fisc, il y a deux solutions : des redevances basées sur la valeur de la ressource ou des redevances-plancher.

Contrairement au Québec, des redevances-plancher s’appliquent en Colombie-Britannique, au Nouveau-Brunswick et à Terre-Neuve. Elles s’appliquent également en Australie, en Chine, en Inde et dans quelques États américains (le Michigan et l’Arizona). Elles n’empêchent pas le tour de passe-passe dont j’ai exposé le mécanisme, mais assurent l’État de redevances minimales.

Les redevances basées sur la valeur de la ressource ont aussi leurs échappatoires. Théoriquement, une compagnie pourrait vendre la ressource à perte. Dans les faits, une compagnie ne peut pas faire cela longtemps puisqu’elle serait acculée rapidement à la faillite.

De plus, le cours des matières premières est connu de tous. Si bien que toute fraude est évidente et sujette à des poursuites.

L’Australie impose une redevance de 8% sur la valeur du minerai extrait. À juste titre, le ministre des Finances du Québec rappelle que la mise en opération d’une mine dans le Nord québécois est plus coûteuse que dans ce pays.

Toutefois le Québec ne doit pas chercher à être l’endroit le moins cher au Monde; lorsque la demande des minerais est très importante — comme c’est le cas actuellement — on ne voit pas l’intérêt de s’aplatir devant les minières. La surenchère des États est à la hausse, et non à la baisse.

Les compagnies en mesure de faire des profits en dépit des redevances que nous jugerons raisonnables, sont les bienvenues. Quant à celles qui ne le sont pas, l’État n’a pas à transférer sur le dos des contribuables leur manque à gagner pour qu’elles le deviennent et favoriser ainsi le développement pour le développement.

De nos jours, le cours des matières premières est élevé principalement à cause de la demande gargantuesque de pays comme la Chine et l’Inde. Or, par rapport à ces pays, le Québec est à l’autre bout du Monde. Les mines nées pour répondre à cette demande ont donc une vulnérabilité que n’ont pas celles qui sont nées pour répondre aux besoins industriels de nos voisins (l’Ontario et les États-Unis); dès qu’une mine concurrente s’ouvrira plus près des marchés asiatiques, les mines québécoises nées pour répondre à leurs besoins cesseront d’être concurrentielles.

Un bon nombre de compagnies minières n’auront à peine quelques années pour rentabiliser leurs investissements. Le Québec n’a donc pas intérêt à attirer chez lui les canards boiteux qui ont besoin, pour être rentables, que les contribuables assument leurs frais d’implantation. Apparemment, le gouvernement actuel n’est pas de cet avis puisque selon le Ministre des finances, le régime actuel des redevances tient compte des coûts engagés par les entreprises, mais aussi de leur « capacité de payer ».

Selon l’économiste Jacques Fortin, en se basant sur le profit, l’État québécois se trouve à « subventionner le risque d’affaires d’entreprises milliardaires ». Au contraire, c’est par des redevances élevées que le Québec se dotera de la marge de manœuvre qu’il lui faudra lorsque les minières réclameront, à juste titre, une baisse de leur charge fiscale alors que les temps leur seront devenus moins favorables.

Dans certains pays, le gouvernement indique aux entreprises qui souhaitent ouvrir une mine qu’il entend conserver 20% de la propriété, et ce, sans avoir à payer. Le gouvernement actuel a préféré créer des sociétés d’État qui investiront de l’argent frais dans le capital action des minières, ce qui l’oblige à hausser le tarif de ses services (les frais de scolarité par exemple) afin de dégager les sommes nécessaires à cet investissement.

Références :
La bataille des redevances minières au Québec
Le Québec toujours au bas de l’échelle
Les redevances minières, un secret bien gardé
Mines: le modèle norvégien rapporterait 25 milliards au Québec
Québec : 304 M$ en redevances minières l’an dernier
Redevances minières – Le budget Bachand n’a pas convaincu les observateurs

Parus depuis :
Un siècle pour restaurer 700 sites miniers (2015-01-26)
Environnement: des centaines d’anciennes mines encore nocives au Québec (2019-05-11)

Sur le même sujet :
Baie-James vs Plan Nord
Le marketing improvisé du Plan nord
Le Plan Nord : l’œuf de Pâques de Monsieur Charest
Redevances et efficacité

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Steve Jobs doit se retourner dans sa tombe

Publié le 22 mars 2012 | Temps de lecture : 4 minutes

Lundi le 19 mars dernier, Apple annonçait sa décision de verser 45 milliards$ à ses actionnaires sous forme de dividendes et de rachat d’actions. Environ la moitié de toute la fortune accumulée par Steve Jobs depuis 1995 sera ainsi dilapidée au cours des trois prochaines années : c’est le premier dividende versé aux actionnaires depuis seize ans.

Pour n’importe quelle compagnie, il y a quatre moyens d’obtenir de l’argent. Elle peut emprunter auprès d’une banque. Elle peut émettre des actions. Elle peut obtenir des subventions gouvernementales ou des dons publics (dans le cas d’entreprises sans but lucratif). Ou elle peut réaliser des profits en vendant des biens ou des services.

Il est évident qu’Apple n’existerait pas si des financiers n’avaient pas investi à l’origine pour permettre à cette compagnie de démarrer ou investi à d’autres époques pour lui permettre de traverser des périodes difficiles. Mais voilà belle lurette qu’Apple n’a pas procédé à une nouvelle émission d’actions afin d’éviter de s’endetter. Depuis très longtemps, Apple se finance exclusivement à partir de ses profits mirobolants.

On doit savoir qu’une fois qu’une compagnie a émis des actions, toute augmentation ultérieure de la valeur de ces actions ne rapporte pas un sou de plus à la compagnie. Cette appréciation boursière, souvent spéculative, représente la rémunération des actionnaires pour avoir misé sur cette compagnie.

Or aujourd’hui, Apple est la compagnie qui jouit de la plus forte capitalisation boursière au monde. En effet, la valeur totale des actions en circulation représente une somme supérieure à celle de n’importe quelle autre compagnie.

Il y a un an, plus précisément le 25 mars 2011, l’action d’Apple valait 335.99$ à la bourse NASDAQ : au moment où ces lignes sont écrites, elle vaut 602.50$ soit une augmentation de 79% en douze mois.

D’où la question suivante : Pourquoi les actionnaires d’Apple doivent-ils recevoir des milliards$ en dividendes en plus de cela? Qu’ont-ils fait de si méritoire? Réponse : rien. Si Apple est prospère, ce n’est pas du tout à cause d’eux.

Si la trésorerie d’Apple est si riche, c’est grâce en premier lieu à tous ces gens comme vous et moi qui achetons ses produits. C’est surtout grâce à ses créateurs qui ont su matérialiser leurs idées originales tout en nous simplifiant la vie et qui sont su créer des objets tellement séduisants qu’on aimerait les acheter même lorsqu’on n’en a pas absolument besoin.

Apple doit aussi sa prospérité à ses travailleurs chinois qui produisent ses appareils en contrepartie de salaires dérisoires et sans jouir d’aucune protection sociale. Ceux-ci travaillent en moyenne 60 heures par semaine (la limite légale en Chine est de 49) pour un salaire hebdomadaire variant de 90$ à 114$.

Alors qu’Henry Ford augmenta unilatéralement le salaire des employés sur les chaines de montage de ses automobiles afin de leur permettre d’avoir les moyens de s’en payer une, aucun dirigeant de compagnie n’est passé à l’histoire pour avoir versé des dividendes à ses actionnaires. Verser des dizaines de milliards$ en dividendes, c’est le moyen le plus coûteux d’être oublié.

Apple serait mieux avisé de baisser les prix de ses produits afin de les rendre plus accessibles aux milliards de personnes qui n’en possèdent pas ou de récompenser ses employés méritoires, plutôt que de gratifier ses actionnaires, ces millions de petits menés suiveux qui ont acheté des actions d’Apple parce tout le monde le fait et qui les vendront le jour où tout le monde sera en train de faire pareil.

Références :
Apple récompense ses actionnaires
Apple verse son premier dividende depuis 1995
L’action d’Apple atteint 600$ US pour la première fois
Report Alleges Labor Violations at Apple Supplier in China
Valeur actuelle de l’action d’Apple

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les réductions d’impôts consenties aux riches, stimulent-elles l’économie ?

Publié le 28 janvier 2012 | Temps de lecture : 5 minutes

Les candidats à l’investiture républicaine aux États-Unis sont en désaccord sur de nombreux points mais ils sont unanimes sur la nécessité de maintenir ou d’accroitre les exemptions fiscales au profit des riches afin de stimuler l’économie de ce pays.

« Plus on donne de l’argent aux riches » disent-ils, « plus ceux-ci sont en mesure de démarrer de nouvelles entreprises et conséquemment, de fabriquer de nouveaux produits et d’embaucher du personnel. En somme, cela crée des emplois et tout le monde finit par en profiter. »

Cela est très logique. Mais cela ne résiste pas aux faits.

Les exemptions fiscales consenties aux riches sous G.W. Bush n’ont pas freiné le déclin économique des États-Unis. Et ce, en dépit d’une dévaluation d’environ du tiers du dollar américain.

Lorsqu’une monnaie perd de sa valeur, tout le pays est en vente aux yeux des étrangers. Normalement, cela stimule les exportations et, de manière générale, toute l’économie du pays dont la devise a été dévaluée.

Cela ne s’est pas produit parce que l’écart entre les salaires versés aux États-Unis et ceux versés dans les pays avec lesquels les USA sont en concurrence, est beaucoup plus grand que le pourcentage de la dévaluation de la devise américaine : les entreprises ont donc continué de délocaliser leur production en dépit de la dévaluation du dollar.

Au lieu d’acheter plus de biens produits aux États-Unis, les étrangers se sont contentés d’acheter à rabais les moyens de production ou les moyens d’échange détenus par les Américains. C’est ainsi que des investisseurs étrangers ont acheté des hôtels, des usines, des salles de cinéma, des centres commerciaux, etc.

Et qu’ont fait les anciens propriétaires de cet argent reçu pour la vente de leurs actifs ? Ils ont acheté des biens de luxe produits à l’étranger, se sont payés des résidences secondaires en Europe ou sous les tropiques, et principalement se sont mis à spéculer à la bourse.

Or la spéculation, c’est du vent : on peut tripler la capitalisation boursière d’une entreprise, cela ne donne pas un sous de plus dans les coffres de l’entreprise et dans les poches de ceux qui y travaillent (à moins qu’ils ne soient eux-mêmes des spéculateurs).

Bref, le peuple américain n’a vu aucune différence; le revenu familial moyen aux États-Unis a continué de stagner comme il le faisait déjà depuis plus de quinze ans.

Nous visons dans une société de consommation. Si les consommateurs n’ont pas plus d’argent qu’avant, la seule façon de les amener à dépenser d’avantage, c’est de les inciter à acheter maintenant ce qu’ils auraient acheté plus tard. En d’autres mots, il faut qu’ils s’endettent.

Malheureusement c’est déjà fait : les ménages américains sont surendettés. Si bien que les taux d’intérêts actuels, extrêmement bas, ne réussissent pas à stimuler la consommation.

Contrairement à ce que dit la Droite américaine, le problème fondamental de l’économie américaine n’est pas la paperasserie administrative de l’État — le fameux Red tape — qui étouffe l’esprit d’entreprise, ce n’est pas que les entrepreneurs manquent d’argent pour financer leurs projets d’investissement, c’est plutôt que l’économie américaine est saignée à blanc par un déficit commercial record (liée à l’achat d’énergie fossile) et que l’augmentation faible de la richesse dans ce pays n’atteint jamais le consommateur (celui qui est en mesure de stimuler l’économie par des dépenses) mais est accaparée par une petite minorité de possédants voraces qui contrôlent les médias et le pouvoir politique américains.

Puisque l’offre de produits industriels américains est supérieure à la demande, on peut gonfler l’offre et creuser cet écart en incitant les investisseurs à créer de nouvelles entreprises, cela ne produira aucun effet : les nouvelles entreprises feront faillite ou, si elles sont plus dynamiques que les anciennes, elles pousseront leurs concurrents à disparaitre. Bref, c’est du pareil au même

Puisque les États-Unis produisent essentiellement des produits de masse et non des produits de luxe, la seule façon de stimuler leur consommation interne, c’est d’augmenter le pouvoir d’achat des classes moyennes et non celui des riches.

Il n’y a probablement pas de solution miracle au déclin de l’économie américaine. Toutefois parmi la multitude de mesures envisageables, il est clair que l’exemption fiscale des millionnaires américains est un coup d’épée dans l’eau.

Paru depuis : Taxer les riches : une idée solide et rigoureuse (2026-06-02)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’âge des révoltes

Publié le 14 novembre 2011 | Temps de lecture : 2 minutes


Avant-propos : On trouvera ci-dessous l’opinion que j’ai émise dans le cadre d’une courte discussion relative au texte Analyse sur la zone euro – Les marchés sont-ils responsables de la chute des gouvernements?, paru dans l’édition de fin de semaine du quotidien Le Devoir.


Extrait du texte : «Si on veut soustraire les États au pouvoir des marchés, il faut arrêter de s’endetter. Ce pouvoir, on leur a donné en s’endettant massivement.»

Il faudrait savoir ce qu’on veut. On ne peut pas demander aux États d’investir des centaines de milliards afin de sauver le système financier, de sauver de la faillite des géants industriels comme GM, stimuler l’économie et, dès que cela est fait, reprocher aux États de s’endetter.

Une partie non-négligeable de la dette actuelle des gouvernements occidentaux — plus du tiers dans le cas de La France — provient des plans de relance économique réclamés à grands cris par les investisseurs qui craignaient un autre crash boursier comme celui de 1929.

Conclusion : Oui au filet de sécurité étatique pour les investisseurs : non au filet de sécurité étatique pour le peuple. Réduisons les impôts aux riches et coupons dans les mesures sociales.

Un tel discours a fait son temps. Nous sommes entrés dans l’âge des révoltes. Les économies occidentales sont en déclin (déficit commerciaux colossaux), les gouvernements sont forcés d’adopter des mesures d’austérité qui appauvrissent leur propre population, alors que les spéculateurs s’en donnent à cœur joie en sapant l’économie mondiale.

Parus depuis :
Émeutes de 2011 en Angleterre (2011)
Printemps arabe (2011)
Tirs de balles de plastique : attend-on de tuer quelqu’un ? (2012-05-08)
Gilets jaunes: sous les radars (2019-01-25)
The ‘risk to democracy’ in Chile isn’t from protesters. It’s from Piñera and the 1% (2019-10-24)
Les manifestations au Liban sont « un moment de vérité pour le Hezbollah » (2019-10-25)
Analyse — Le monde entier descend dans la rue (2019-10-25)
Protests rage around the world – but what comes next? (2019-10-25)
Les racines de la révolte au Liban et ses perspectives (2019-10-29)
Une exigence planétaire : reconquérir la démocratie (2019-11-08)
L’homme qui a vu venir notre crise de l’information (2020-11-02)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Inégalités sociales aux États-Unis de 2000 à 2010

Publié le 14 septembre 2011 | Temps de lecture : 2 minutes

Adapté de USA Today, le graphique ci-contre illustre l’évolution du revenu familial moyen (en dollars de 2010), depuis dix ans.

Après avoir atteint un sommet en 1999, le revenu familial moyen est actuellement à son niveau le plus bas depuis 1996. Depuis un an, il a chuté de 2.3%. Cette chute est plus accentuée chez les Noirs que chez les Blancs (excluant les Latinos) : 3,2% vs 1,3%.

Dans ce pays, 46,2 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté — fixé à 22 314$US pour une famille de quatre personnes — soit 14,1% de la population américaine : c’est le plus haut niveau depuis 1993. Le taux de pauvreté atteint 22% chez les jeunes de 15 à 18 ans, contre 13,7% chez les 18 à 64 ans et 9% pour les 65 ans et plus.

Quant au taux de chômage, il est officiellement aux alentours de 9%. Toutefois, si on tient compte des chômeurs découragés qui ont cessé de chercher un emploi et ceux qui travaillent à temps partiel à défaut de pouvoir dénicher un emploi à plein temps, le taux ajusté de chômage atteindrait les 16,2%.

C’est au Mississippi qu’on trouve la plus grande proportion de pauvres, soit 22,7%. Cet État est suivi par la Louisiane, le District de Columbia (c’est-à-dire la capitale américaine), la Géorgie, le Nouveau-Mexique et l’Arizona. À l’opposé, le New Hampshire est l’État qui compte la plus petite proportion de pauvres, soit 6,6%.

Finalement, 49,9 millions d’Américains vivent sans assurance-maladie, un record depuis plus de 20 ans. Cette hausse est principalement attribuable à la perte d’emplois qui comprenaient une couverture santé.

Références :
Poverty at 15.1%; its highest level since 1993
Les inégalités de revenu progressent plus vite au Canada qu’aux États-Unis
Plus de 46 millions de pauvres en 2010

Parus depuis :
L’écart des revenus se creuse encore, selon la Fed (2014-09-06)
Les inégalités ont encore crû aux États-Unis en 2015 (2016-07-02)
États-Unis – La classe moyenne goûte enfin à la reprise (2016-09-14)
Why and How Capitalism Needs to Be Reformed (2019-04-05)
Le Canada offre plus de chance de vivre le rêve américain que son voisin (2020-01-21)
Are You Willing to Give Up Your Privilege (2020-06-25)

Sur le même sujet :
Au Québec, l’enrichissement profite à tous
L’enrichissement profite à tous – Tout le Canada traîne de la patte

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Dettes nationales par pays européen

Publié le 7 septembre 2011 | Temps de lecture : 3 minutes

En 2010, les déficits courants les plus élevés (en pourcentage du PIB) ont été observés en Irlande (-32,4%), en Grèce (-10,5%), au Royaume-Uni (-10,4%), en Espagne (-9,2%), au Portugal (-9,1%), en Pologne (-7,9%), en Slovaquie (-7,9%), en Lettonie (-7,7%), en Lituanie (-7,1%) et en France (-7,0%).

Les plus faibles déficits ont été enregistrés au Luxembourg (-1,7%), en Finlande (-2,5%) et au Danemark (-2,7%). L’Estonie (0,1%) a enregistré un léger excédent public en 2010 tandis que la Suède (0,0%) a été en équilibre. Au total, vingt-et-un pays de l’UE ont enregistré une amélioration de leur solde public en 2010 par rapport à 2009 et six, une détérioration.

On trouvera ci-dessous un tableau de la dette des pays européens par rapport à leur PIB. À la fin de 2010, les pays les moins endettés ont été l’Estonie (5,8%), la Bulgarie (17,5%), le Luxembourg (20,4%), la Suède (36,8%), la Lituanie (38,2%), la Roumanie (38,6%), la République tchèque (40,7%) et la Slovénie (45,5%).

Des niveaux d’endettement compris entre 50% et 100% du PIB se retrouvent aux Pays-Bas (64,4%), à Chypre (66,8%), à Malte (68,0%), en Espagne (68,2%), en Autriche (72,1%), au Royaume-Uni (79,5%), en Hongrie (82,6%), en France (85,5%), en Allemagne (81,5%), et en Belgique (99,7%).

Les pays européens les plus endettés sont le Portugal (103,3%), l’Irlande (107,0%), l’Italie (120,1%), l’Islande (130,1%) et la Grèce (165,4%).

De 2007 à 2010, la dette accumulée est passé de 59,0% à 80,0% dans l’Union européenne : dans la zone euro (c’est-à-dire des pays qui ont adopté l’euro comme monnaie), elle est passée de 66,2% à 85,1%.

Ces augmentations s’expliquent par les mesures entreprises par les différents états pour sauver leur système bancaire et stimuler leur économie.

Note : Dans le tableau ci-dessous, l’Islande et la Suisse sont au bas parce que ces pays ne font partie ni de la zone euro, ni de l’Union européenne.


Produit intérieur brut (en milliards d’euros) et dette accumulée (en % du PIB) par pays, en 2010

Pays PIB Dette accumulée
• Allemagne 2,499 81,5%
• Autriche 284 72,1%
• Belgique 352 99,7%
• Bulgarie 36 17,5%
• Chypre 17 66,8%
• Danemark 234 46,5%
• Espagne 1,063 68,2%
• Estonie 14 5,8%
• Finlande 180 49,0%
• France 1,948 85,5%
• Grèce 230 165,4%
• Hongrie 98 82,6%
• Irlande 154 107,0%
• Italie 1,549 120,1%
• Lettonie 18 44,7%
• Lituanie 27 38,2%
• Luxembourg 42 20,4%
• Malte 6 68,0%
• Pays-Bas 591 64,4%
• Pologne 335 56,7%
• Portugal 172 103,3%
• République tchèque 150 40,7%
• Roumanie 121 38,6%
• Royaume-Uni 1,663 79,5%
• Slovénie 36 45,5%
• Slovaquie 66 43,4%
• Suède 878 36,8%
Union européenne 12 281 80,0%
Zone euro 9 204 85,1%
     
• Canada 1,147 83,5%
• États-Unis 10,685 69,4%
• Islande 10 130,1%
• Suisse 382 52,4%
• Japon 3,978 208,2%


Références :
Déficit public de la zone euro et de l’UE27
L’Islande risque à nouveau la récession économique
Liste de pays par dette publique

Sur le même sujet :
Les incendiaires
Quelques dettes nationales

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les incendiaires

Publié le 20 août 2011 | Temps de lecture : 3 minutes
© 2008 — Wikipedia

Existe-t-il un moyen de réduire le risque d’un prêt ? Oui, en contractant une assurance anti-défaut de paiement (« Credit Default Swap » ou CDS).

Depuis 2008, plus précisément depuis la faillite colossale de Lehman Brothers, les CDS — jusque-là essentiellement limités à l’assurance des dettes des entreprises — se sont développés pour les États. Déjà, on dépense des dizaines de milliards de dollars en CDS : ces sommes croissent rapidement au fur et à mesure que grandissent les inquiétudes sur la solvabilité des États.

Ce qui contribue à leur popularité, c’est qu’on peut acheter un CDS sur la dette d’un État sans même posséder de titres de cette dette. Tout comme on peut acheter une assurance automobile sans avoir d’auto.

Si l’assurance-automobile sans auto est stupide, l’assurance-solvabilité-étatique est parfaitement logique car en réalité, les assurés ne parient pas sur la faillite de cet État ; ils parient sur les occasions d’affaires que la spéculation boursière pourrait créer pour eux.

En d’autres mots, on achète un CDS dans l’espoir de le revendre lorsque son prix augmentera. Entretemps, on a donc tout intérêt à colporter les rumeurs de faillite concernant les pays au sujet desquels on détient des CDS.

Puisque les « petits ménés suiveux » croiront plus facilement aux possibilités de faillite d’un pays comme la France (comparativement au risque des États-Unis), l’assurance anti-faillite française a plus de chance d’augmenter de valeur (et de rapporter à ceux qui en auront acheté) que l’assurance-faillite américaine.

Voilà pourquoi il existe pour 23 milliards$ de CDS contre une faillite éventuelle de la France et 17 milliards$ contre celle de l’Allemagne (deux pays cotés AAA) comparativement à 5,6 milliards$ contre celle des États-Unis (un pays coté AA+ et plus endetté que la France et l’Allemagne).


Dettes nationales en pourcentage du produit intérieur brut


 
On comprend donc pourquoi certains milieux financiers semblent tout faire pour déstabiliser le marché de la dette de certains États.

En Europe, on prend conscience de l’importance de prendre des mesures énergiques contre la spéculation. Aux États-Unis — un pays encore dominé par les voix prônant le laisser-faire de l’État — on est loin d’une réflexion sur les moyens de prévenir la répétition des ravages récents du néo-libéralisme.

Référence :
Les spéculateurs parient sur la faillite américaine

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les pénuries de médicaments

Publié le 7 août 2011 | Temps de lecture : 8 minutes


 
De nos jours, les pharmaciens doivent butiner d’un fabricant à l’autre afin de s’approvisionner en médicaments. Les ruptures de stock sont tellement importantes qu’un site web leur est maintenant consacré. Par conséquent, il est fréquent que le nom et l’aspect des médicaments remis au patient varient légèrement d’un mois à l’autre.

À une fréquence beaucoup moindre, ces pénuries se produisaient aussi il y a plusieurs années. Autrefois, la pénurie n’affectait qu’un seul fabricant : les pharmaciens n’avaient qu’à se procurer le même produit auprès d’une autre compagnie pour éviter que leurs patients ne se retrouvent à manquer d’un médicament essentiel.

Ce qui est nouveau maintenant, c’est que les pénuries concernent parfois la totalité des fabricants d’un médicament. En d’autres mots, il arrive qu’un médicament soit introuvable chez tous les fabricants et tous les grossistes du Québec.

Dans un premier temps, les pharmaciens empruntent le produit de collègues. Toutefois, lorsqu’ils ont épuisé les stocks des pharmacies des alentours, les pharmaciens savent que le produit est devenu tellement rare partout au Québec qu’ils ne se donnent même plus la peine de le chercher.

Si bien que c’est le patient lui-même qui est pris à téléphoner dans une multitude de pharmacies à la recherche d’un fond de bouteille encore disponible, miraculeusement, quelque part.

Comment en sommes-nous rendus là ?

Sous l’administration de G.W. Bush, les compagnies pharmaceutiques cherchaient un moyen de transférer la fabrication de médicaments vers des pays où les coûts de la main-d’œuvre sont moindres. Mais les règlements de la FDA (la régie américaine des médicaments) obligeaient les douaniers à placer en quarantaine les cargaisons importées jusqu’à ce que les analyses prouvent que les médicaments sont conformes aux normes américaines.

À la suite des pressions de l’industrie, la FDA effectue maintenant des inspections afin de vérifier les procédures et le fonctionnement d’usines situées à l’étranger. Lorsque ces usines répondent aux critères de la FDA, elles sont considérées comme si elles étaient situées en sol américain. Dès lors, le passage aux douanes de leur production devient une simple formalité.

Le résultat, c’est qu’une partie importante des médicaments que nous consommons viennent de Chine ou d’Inde. Non seulement les comprimés ou capsules viennent de ces pays mais la matière première qui a servi à leur fabrication vient également de ces deux pays.

Il suffit donc d’un problème d’approvisionnement — causé par un conflit inter-ethnique ou inter-religieux, une catastrophe naturelle locale, un conflit ouvrier ou des bris mécaniques — pour provoquer une pénurie de médicaments partout à travers le monde.

Particularités canadiennes

Tout comme pour les produits alimentaires, le gouvernement canadien n’exige pas que les étiquettes des médicaments vendus au Canada précisent le lieu d’origine. Que vous payiez une fortune pour un médicament de marque ou beaucoup moins pour une copie, ce pays d’origine est un secret qu’aucune compagnie ne rend public.

Par conséquent, lorsque votre médecin veut initier un nouveau traitement, il est inutile de lui demander de vous prescrire un médicament fabriqué au Canada ; ni votre médecin, ni votre pharmacien ne sont en mesure de vous dire d’où provient ce que vous prenez. S’ils le savaient, les patients canadiens pourraient se protéger d’une partie de ces pénuries. Mais tout comme leurs patients, ces professionnels sont impuissants.

Avec la complicité du gouvernement canadien, le message l’industrie c’est : « Prenez vos pilules et laissez faire le reste (qui ne vous regarde pas). Si jamais le médicament est l’objet d’une pénurie, vous vous arrangerez avec vos troubles.»

Particularité québécoises

Plus tôt cette année, les gouvernements ontarien et québécois ont décrété une baisse à 25% (en d’autres mots, une réduction de 75%) du prix des copies de médicaments. Un tel décret serait normal dans un pays totalitaire ou à économie dirigée. Pour des raisons que je n’ai pas comprises, l’industrie n’a pas contesté la constitutionnalité douteuse de ce moyen simpliste d’abaisser les coûts de notre système de santé.

Le résultat, c’est que les pénuries de médicaments se sont multipliées. Entre nous, qu’est-ce qui oblige une compagnie de produire à perte ? Rien. Donc la compagnie qui juge que produire à 25%, ce n’est pas assez rentable à son goût, n’a qu’à prétexter la pénurie et concentrer sa production sur ce qui est profitable même à 25% de l’ancien prix.

Autre facteur contributif, le marché du médicament au Québec n’est pas un marché libre. Il est entravé par une série d’ententes commerciales.

En 2007, le groupe Jean Coutu s’est porté acquéreur de la compagnie pharmaceutique Pro Doc : c’est donc elle qui approvisionne dorénavant les pharmacies Coutu. À l’époque de la transaction, l’Ordre des pharmaciens (dirigée alors par un concessionnaire Jean Coutu) n’y avait vu ni conflit d’intérêts, ni même apparence de conflit d’intérêts.

Pour ne pas être en reste, diverses chaines et bannières du Québec ont conclu des ententes avec d’autres fabricants qui leur garantissent des prix concurrentiels. Le résultat de ces ententes, c’est que même si un grand nombre de fabricants sont inscrits au formulaire provincial comme sources d’approvisionnement d’un médicament, dans les faits, à peine quelques-unes d’entre eux en fabriquent (ou font fabriquer à l’étranger) en grande quantité.

Parce que les autres fabricants ne récoltent que les miettes, ils n’ont pas la capacité de prendre la relève dans les cas de pénurie parce qu’ils n’entreposent ni la matière première, ni le produit fini en quantité suffisante. De plus, ils sont soumis aux délais de livraison importants lorsqu’ils font fabriquer leurs médicaments à l’autre bout du globe. Ils sont donc totalement incapables de répondre à une demande soudaine.

Conclusion

Les pénuries actuelles de médicaments ne sont pas le fruit du hasard : elles sont les conséquences inéluctables de décisions prises par l’industrie et les gouvernements de nos pays.

Le jour où l’approvisionnement en médicaments sera jugé aussi stratégique que l’approvisionnement en pétrole, les gouvernements seront davantage soucieux d’établir des règles qui garantissent à leurs citoyens l’accès ininterrompu en médicaments essentiels à leur vie.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les voitures de luxe en Chine

Publié le 26 juin 2011 | Temps de lecture : 2 minutes

L’époux d’une cliente me demandait hier soir :
Sais-tu pourquoi les Chinois achètent des voitures ?
Pour se transporter ?
Non, pour afficher leur statut social. C’est pourquoi la majorité des voitures en Chine sont des voitures de luxe.

J’avais des doute quant à savoir si la majorité des véhicules en Chine étaient des voitures de luxe. Toutefois, après quelques minutes de réflexion, j’ai apporté la nuance suivante.

Chez nous, la majorité des acheteurs de voitures font partie de la classe moyenne. Donc les modèles qui se vendent le plus sont ceux que peuvent se payer les acheteurs de cette classe sociale.


   En Chine, la classe moyenne est beaucoup moins importante. Il y a un immense prolétariat (paysans et ouvriers) qui n’ont les moyens que d’avoir un vélo ou d’utiliser les transports en commun. Il y a une multitude de petits commerçants : ceux-ci peuvent se payer un scooter ou une voiture compacte abordable. Et il y a les riches (un faible pourcentage de la population) qui ont les moyens de se payer une voiture, peu importe le prix.

En revenant à la maison, j’ai passé en revue rapidement mes photos : les voitures de luxe sont loin d’être la majorité mais j’avoue que lorsqu’on voyage en Chine, on est surpris d’en voir autant.

Concrètement, on peut s’en faire une idée en voyant cette vidéo, réalisée à Shanghai.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La Droite prédatrice et la ruine des peuples

Publié le 6 juin 2011 | Temps de lecture : 3 minutes
© 2008 — Wikipedia

Avant-propos : Voici une réplique que j’ai publiée sur le site de Radio-Canada en réponse à un commentaire relatif à la victoire de la Droite aux élections portugaises.

Réflexion2000 écrit :

…la Gauche et les syndicats avaient pris le pouvoir au Portugal,
en Grèce, en Espagne, en Irlande et partout ça a été le même
résultat de désolation…en moins de 5 ans !

La récession actuelle qui frappe l’Occident est le résultat de la déréglementation et du laissez-faire des États envers les milieux financiers.

Le facteur déclenchant de cette crise a été l’éclatement d’une bulle immobilière aux États-Unis. Mais sa cause profonde a été ces centaines de milliards de produits financiers — presque totalement dépourvus de valeur — vendus frauduleusement par des dirigeants de Wall Street.

Ces derniers savaient que leurs produits étaient toxiques mais on soigneusement évité d’en informer leur clientèle. De plus, ils ont obtenu le silence complice de leurs employés grâce à un généreux système de bonus.

Cette fraude, immense, a contaminé tout le système financier Occidental.

Ainsi, ce ne sont pas les syndicats qui ont mené l’Islande à la faillite : ce sont ses banquiers.

Quant à l’Irlande voisine, dont le produit intérieur brut s’est dramatiquement contracté de 15% en trois ans, ce pays paie aujourd’hui pour le beau party néo-libéral qu’il s’est offert pendant quelques années.

Lors de l’éclatement de la crise économique actuelle, qui dirigeait les États-Unis ? Le Parti républicain, au pouvoir depuis 2001. Qui dirigeait la Grande Bretagne ? Un Parti travailliste appliquant des politiques de droite depuis 1997. En Grèce ? Le Parti conservateur qui, entre 2005 et 2009, avait fait de ce pays le cinquième plus important acheteur d’armes au Monde.

Bref, ce ne sont pas des mesures sociales qui ont ruiné ces pays ; c’est plutôt le gaspillage sans limite de milieux financiers totalement dépourvus de scrupules.

D’autre part, qui sont les pays émergents ? La Chine et le Brésil, entre autres, deux pays totalement imperméables au néo-libéralisme qui a dévasté l’Occident.


Dettes nationales en pourcentage du produit intérieur brut


 
Quant à la crise des devises, c’est le résultat d’un assaut spéculatif dirigé par les agences de notation visant à déstabiliser des gouvernements gauchistes en Grèce, au Portugal et en Espagne. Or deux de ces trois pays sont moins endettés que l’Italie et la France (dirigés par des gouvernements de Droite). Les gouvernements de la péninsule ibérique sont même moins endettés que les États-Unis, un pays qu’on ne peut pas qualifier d’État-Providence.

Ici même au Québec, la croissance économique de la province a été supérieure à la moyenne canadienne pendant neuf des dix dernières années du gouvernement Landry du Parti québécois (rappelez-vous : le Fédéral diminuait, à juste titre, les transferts de péréquation au Québec) alors que cette croissance est redevenue pour de bon sous la moyenne canadienne dès la première année du gouvernement néo-libéral actuel.

Bref, la crise financière et la crise des devises sont toutes deux causées par une Droite prédatrice — qui réclame toujours plus énergiquement l’appauvrissement des citoyens à son profit — et non à cause des méchants syndicats.

Références :
Portugal : La droite l’emporte largement aux législatives
Le déclin de la Grèce
Le « Power Trip » des agences de notation

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Écrit par Jean-Pierre Martel