Ceuta : un complot contre le gouvernement Sánchez

Publié le 27 septembre 2026 | Temps de lecture : 9 minutes

Introduction

Ceuta est une presqu’ile africaine qui fait face au détroit de Gibraltar. Ancienne possession espagnole, il est revendiqué par le Maroc.

Chaque année, des centaines de personnes tentent de franchir la frontière marocco-espagnole de Ceuta. Toutefois, le mois dernier, plus de soixante-mille personnes (surtout des jeunes hommes) ont tenté à la nage d’attendre Ceuta à partir du Maroc en contournant ses obstacles frontaliers. Plusieurs dizaines d’entre eux en sont morts noyés.

Rapidement, ce flux migratoire soudain s’est transformé en crise internationale.

Le contexte

• Les relations entre le Maroc et les États-Unis

Le Sahara occidental est un vaste territoire situé au sud du Maroc que celui-ci revendique (et occupe à 80 %).

Depuis plusieurs décennies, un groupe armé, soutenu par l’Algérie, y livre une guerre d’indépendance.

Le 10 décembre 2020, Donald Trump a mis tout le poids diplomatique des États-Unis en faveur du Maroc en reconnaissant la souveraineté du Maroc sur ce territoire. Aussitôt Israël et un certain nombre de pays occidentaux (dont la France) se sont rangés derrière la position américaine.

Depuis, le Maroc est un allié inconditionnel des États-Unis.

• Les relations entre le Maroc et Israël

En 2019, la firme israélienne NSO Group a permis au Maroc d’utiliser son logiciel Pegasus pour espionner les téléphones d’Emmanuel Macron, du premier ministre français, de quatorze membres du gouvernement et de plusieurs proches du chef de l’État.

À l’époque, la France soutenait encore la position algérienne au sujet du Sahara occidental contre celle du Maroc. Cela a également permis au Maroc de recueillir des informations sur l’utilisation de la cocaïne au sein des plus hautes sphères du pouvoir politique français.

En décembre 2020, le Maroc est devenu un des premiers signataires des accords d’Abraham (après les Émirats, Bahreïn et le Soudan).

Dès l’année suivante, le Maroc et Israël entament une coopération militaire qui s’est considérablement renforcée depuis.

Peu importe le sort réservé par Israël aux Palestiniens, le Maroc est aveuglément un des rares alliés sur lesquels Israël peut compter au sein des pays à la fois arabes et musulmans.

• Les relations entre l’Espagne et Israël

Depuis l’élection de Pedro Sánchez, dire que les relations entre l’Israël et l’Espagne se sont dégradées est un euphémisme.

Le 28 mai 2024, l’Espagne, l’Irlande et la Norvège ont été les premiers membres de l’Otan à reconnaitre l’État de la Palestine.

En plus, en septembre 2025, l’Espagne a décrété :
• l’interdiction de la vente d’armement espagnol à Israël,
• l’interdiction du transit de matériel militaire à destination d’Israël par les ports et l’espace aérien espagnol, et
• l’interdiction de l’importation de la production agricole des colonies juives de Cisjordanie.

Pour le gouvernement israélien, les sanctions espagnoles équivalent à une déclaration de guerre économique.

• Les relations entre l’Espagne et les États-Unis

De tous les gouvernements occidentaux, c’est l’Espagne qui a condamné le plus fermement la guerre ‘illégale’ des États-Unis et d’Israël contre l’Iran.

Au point d’interdire aux avions et aux navires américains à destination du Moyen-Orient de se ravitailler en Espagne.

Sur une mappemonde aplatie, la distance entre les États-Unis et l’Espagne est proche de celle entre les États-Unis et le reste de l’Europe continentale.

Toutefois sur un globe terrestre, ce n’est pas le cas. Si bien que la fermeture de l’espace aérien espagnol pose des problèmes logistiques qui compliquent le travail de l’armée américaine.

L’organisation du transport vers Ceuta

À la mi-juillet, des milliers de messages sur TikTok et sur Discord ont relayé l’information selon laquelle il suffisait de mettre le pied à Ceuta pour se trouver en territoire européen.

En somme, que Ceuta était le chemin Roxham de l’Europe.

Aux alentours de Ceuta, on trouve des agglomérations à partir desquels il est difficile de mobiliser une foule de 70 000 jeunes. Comme la ville de Fnideq, à six kilomètres, peuplée de 91 000 habitants.

Ce sont essentiellement les villes de Tétouan (à 35 km) et de Tanger (à 46 km) — peuplées respectivement par un demi-million et par 1,3 million d’habitants — qui ont constitué les bassins de population à partir desquels ces 70 000 jeunes se sont mobilisés.

Ces jeunes n’ont pas parcouru cette distance à pied ou par des moyens de transports (vélo ou automobile) qu’ils auraient dû abandonner à la frontière; ils n’ont pu se rendre à Ceuta que par des moyens du transport mis sur pied de concert avec la diffusion des rumeurs sur les médias sociaux.

C’est ce qui a rendu cette opération migratoire si soudaine et si efficace.

L’ingérence européenne dans les affaires intérieures de l’Espagne

La gestion de la crise de Ceuta par le gouvernement Sánchez a suscité évidemment la critique des partis d’opposition.

Mais elle a également mobilisé les vassaux de Washington et les alliés militaires d’Israël en Europe.

Le 31 juillet, au maximum de la crise, Emmanuel Macron faisait savoir qu’il avait demandé à son ministre de l’Intérieur de renforcer les contrôles à la frontière avec l’Espagne. Comme si les migrants de Ceuta se trouvaient en Espagne continentale et étaient donc susceptibles d’envahir la France.

En réalité, Ceuta est un cul-de-sac migratoire, séparé du continent européen par le détroit de Gibraltar. Précisons que l’Espagne n’a pas laissé à Ceuta se développer l’industrie des passeurs de migrants comme la Turquie l’a fait au cours de la guerre en Syrie.

Ici, ce que Macron fait, c’est de s’immiscer dans les affaires internes de l’Espagne.

Comme il l’a fait en Géorgie en appuyant la tentative (ratée) de coup d’État de Salomé Zourabichvili, en faisant invalider les élections présidentielles en Roumanie, et en appuyant publiquement la présidente sortante à trois semaines des élections moldaves.

De leur côté, le même jour, la présidente italienne et le ministre finlandais de l’Intérieur menaçaient d’exclure l’Espagne de la zone territoriale à l’intérieur de laquelle prévaut la libre circulation des personnes en Europe.

À l’initiative de la présidente italienne, vingt-deux membres de l’Union européenne ont même demandé le 1er aout la tenue d’une visioconférence d’urgence pour répondre à la situation créée par l’entrée illégale de dizaines de milliers de migrants dans l’enclave espagnole de Ceuta.

Ce grenouillage diplomatique stérile sert à manipuler l’opinion publique espagnole contre le gouvernement Sánchez.

Effectivement, hier dans la capitale espagnole, des dizaines de milliers de protestataires accusaient le gouvernement espagnol de ne pas protéger les frontières du pays et réclamant des législatives anticipées.

Une crise essentiellement résorbée

Sans ressources, les jeunes migrants de Ceuta y ont commis des méfaits, notamment en pillant un dépanneur (qu’on appelle supérette en France).

Plutôt que d’utiliser ce prétexte pour les réprimer violemment — comme l’aurait fait n’importe quel gouvernement de droite — le gouvernement Sánchez a conservé son sang-froid. Et ce, malgré la pression inouïe qui s’exerçait sur lui.

Le résultat est que l’immense majorité des personnes qui se sont rendues à Ceuta ont accepté de retourner au Maroc.

À l’heure actuelle, environ cinq-mille jeunes migrants sont encore sur place, dont 1 200 mineurs.

Conclusion

Au moment où ces lignes sont écrites, on ne connait pas les responsables de cette crise migratoire. Tout ce qu’on sait, c’est qu’à la frontière, les agents marocains ont guidé les passages vers l’enclave espagnole.

Ce n’est pas suffisant pour accuser le Maroc d’être l’initiateur de cette crise.

Ce qui est certain, c’est que tout cela est l’œuvre de malfaiteurs. L’ampleur de l’opération suggère même que ceux-ci étaient à la solde de pays hostiles au gouvernement Sánchez.

Références :
Accord UE‑Israël : les Vingt-Sept débattent d’une éventuelle suspension
Accords d’Abraham
À Ceuta, militarisation et extrême droitisation des esprits
Affaire Pegasus : Macron, Sánchez et Mohammed VI au cœur d’un scandale d’espionnage d’État
Afflux de migrants à Ceuta: quels sont les pays qui veulent que l’Espagne soit exclue de l’espace Schengen?
A Madrid, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté contre la gestion de la crise migratoire à Ceuta
Ceuta : la France va renforcer ses frontières, l’Italie veut suspendre « l’accord de Schengen avec l’Espagne »
Ceuta showed just how easy it is to divide Europe
Crise migratoire à Ceuta: 22 pays de l’UE demandent des discussions « d’urgence » des ministres de l’Intérieur/a>
Des tests anti-drogue positifs dans les ministères: « Ce n’est pas le travail qui les fait prendre de la cocaïne »
Embargo sur les armes, interdictions: l’Espagne durcit ses sanctions contre Israël face au «génocide à Gaza»
Incident à la frontière entre l’Espagne et le Maroc en 2026
Israël reconnaît la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental
La Géorgie sur la voie d’un coup d’État (2e partie)
La volonté populaire en Europe soumise à la dictature des juges : le cas de la Roumanie
L’ingérence étrangère en Moldavie
Maroc–Israël: une alliance militaire désormais stratégique
Maroc : une autoroute baptisée du nom de Donald Trump au Sahara occidental
Migrants à Ceuta : un rapport de la police espagnole contredit la version du gouvernement sur le rôle du Maroc
Morocco not to blame for Ceuta border breach, says Spanish PM
Statut du Sahara occidental

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La corruption politique aux États-Unis

Publié le 5 septembre 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

Introduction

Aux États-Unis, comme dans presque toutes les démocraties représentatives, le financement politique est de la corruption légalisée.

La législation qui l’encadre repose sur le principe selon lequel le candidat à une élection qui reçoit secrètement une somme d’argent est corrompu, mais si cette contribution est divulguée dans un registre public, cette faute est pardonnée comme l’est le péché au confessionnal.

L’encadrement législatif

Pour financer sa campagne électorale aux États-Unis, un candidat a le choix entre des fonds privés ou des fonds publics. C’est l’un ou l’autre.

Puisque le financement privé permet de recueillir des sommes considérables et de dépenser cet argent sans limites, presque personne, de nos jours, ne recourt au financement par l’État américain.

Environ, 0,01 % des donateurs privés assurent près de la moitié des fonds récoltés pour les élections. C’est ainsi qu’à l’élection présidentielle de 2024, le milliardaire Timothy Mellon a versé 130 millions de dollars US à la campagne de Donald Trump.

Aux élections législatives et présidentielles de 2024, il s’est dépensé plus de 2,6 milliards de dollars US.

La perte de confiance des Américains dans leur démocratie

Plus tôt cette semaine, la firme de sondage Gallup révélait que 89 % des Américains étaient persuadés que leur classe politique était atteinte de corruption généralisée.

C’est le taux le plus élevé depuis le début de ce millénaire.


 
Après un bond entre 2006 et 2010 — sous l’administration de G.W. Bush, au cours de laquelle le vice-président Dick Cheney multipliait les conflits d’intérêts — ce préjugé défavorable était demeuré relativement stable jusqu’en 2024, pour repartir à la hausse depuis le retour au pouvoir de Donald Trump.

Cette variation de l’opinion publique américaine est principalement due aux électeurs démocrates.

Idéologiquement, les électeurs républicains ont toujours nourri le préjugé selon lequel l’État est corrompu par définition. En 2024, 87 % d’entre eux étaient déjà convaincus de la corruption généralisée des élus à Washington, comparativement à 83 % deux ans plus tard.

Par contre, chez les électeurs démocrates, cette proportion est passée en deux ans de 57 % à 91 %.

Ailleurs dans le monde

La firme Gallup a procédé à un sondage semblable dans les 39 pays membres de l’OCDE.

Chez ces pays, le préjugé selon lequel la corruption est généralisèe au sein de leur gouvernement central a diminué de 69 % à 60 % de 2009 à 2022.

Les données de l’année 2026 ne sont pas encore disponibles. Celles de 2025 indiquent que la médiane était alors de 59 %, soit 30 % de moins qu’aux États-Unis.

Après les États-Unis, le deuxième pays de l’OCDE jugé le plus corrompu par ses propres citoyens avait un pourcentage de réprobation de 79 % en 2025.

Dans les pays qui ne sont pas membres de l’OCDE et où Gallup a pu effectuer un tel sondage (ce qui exclut la Russie et l’Ukraine), seulement quatre pays ont un ’score’ supérieur à celui des États-Unis; le Liban en 2024 (à 92 %), le Pérou en 2025 (à 92 %), le Ghana et le Nigeria en 2024 (tous deux à 90 %).

Références :
Le financement des partis aux États-Unis : un regard approfondi
Partis, PAC et SuperPAC : le financement des campagnes électorales aux États-Unis
Record-High 89% in U.S. Say Government Corruption Widespread

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le traité nucléaire américain avec l’Arabie saoudite

Publié le 26 juillet 2026 | Temps de lecture : 8 minutes


 
Introduction

En vertu du Droit international, n’importe quel pays peut se doter d’infrastructures nucléaires civiles en vue, par exemple, de produire de l’électricité ou des isotopes radioactifs à des fins médicales.

Pendant des années, l’administration Biden exigeait que l’Arabie saoudite normalise ses relations avec Israël comme condition préalable à tout transfert technologique à ce sujet.

À l’époque, Washington était même prêt à donner à la dictature saoudienne des garanties de sécurité équivalentes à l’article 5 du Traité de l’Otan si celle-ci devenait alliée d’Israël.

En d’autres mots, l’administration Biden voulait que les États-Unis s’engagent à entrer en guerre contre tout pays qui oserait attaquer l’Arabie saoudite. Comme si celle-ci était membre de l’Otan. À la condition toutefois qu’elle ratifie au préalable les Accords d’Abraham.

Le traité nucléaire signé plus tôt cette semaine par l’administration Trump assure ce transfert technologique à l’Arabie saoudite sans l’obligation de s’entendre avec Israël.

De plus, contrairement à l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien, les inspecteurs chargés de vérifier le respect du traité avec la dictature saoudienne ne seront plus des inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique, renommés pour leur rigueur.

Ce seront plutôt de simples inspecteurs américains. Des inspecteurs sans doute aussi vigilants que ceux qui inspectent les avions de Boeing dont les portes et les hublots disparaissent en plein vol…

Dès son annonce, Israël a fait savoir qu’il s’opposait catégoriquement à ce traité.

Obliger Washington à guerroyer

Pour être adopté, il ne suffit pas que ce traité soit signé de part et d’autre par les négociateurs des deux pays; il doit être ratifié par le Sénat américain.

Dès l’annonce de sa signature par l’administration Trump, à l’appel de Benyamin Netanyahou, le lobby juif américain s’est activé dans le but de convaincre le Sénat de refuser sa ratification ou d’adopter un texte qui n’est pas identique à ce qui a été convenu.

Dans un cas comme dans l’autre, cela équivaut à saboter l’entente.

Donald Trump aurait pu demeurer ferme et exiger que le Sénat entérine le traité tel quel. Mais dès la condamnation publique du premier ministre israélien, il a plutôt fait volteface.

Le rétropédalage de Trump

La crainte du gouvernement israélien, c’est que l’Arabie saoudite, dès qu’elle sera capable d’enrichir le minerai d’uranium, poursuive cet enrichissement jusqu’aux concentrations qui sont nécessaires pour fabriquer une bombe nucléaire.

Afin d’apaiser le gouvernement de Benyamin Netanyahou, Donald Trump a rétropédalé dès le lendemain de la signature de ce traité en prétendant faussement que cet accord était conditionnel à ce que l’Arable saoudite devienne signataire des Accords d’Abraham.

Or cela est impossible.

En contrepartie d’investissements américains ou israéliens, les Émirats ont détourné le regard face aux massacres liés à la guerre coloniale qu’Israël livre en Palestine. Mais l’Arabie saoudite ne le peut pas.

Cette dernière n’est pas seulement une pétromonarchie; c’est également une théocratie. En d’autres mots, c’est le ‘Vatican’ de l’Islam sunnite. Non seulement y trouve-t-on plusieurs lieux saints, mais l’université de Médine (située dans ce pays) est le gardien de l’orthodoxie musulmane telle que l’Arabie l’interprète.

Très peu de choses séparent l’Islam sunnite de l’Islam chiite. Si l’Arabie saoudite devait donner l’impression qu’elle consent au génocide des Palestiniens, des dizaines de millions de Musulmans sunnites indignés se convertiront sur-le-champ à l’Islam chiite.

D’autant plus que la théocratie iranienne (gardienne de l’orthodoxie chiite) a obtenu un immense prestige au sein des pays musulmans pour avoir tenu tête à l’armée américaine, au prix d’immenses sacrifices.

D’autre part, il y a deux jours, 4 288 colons israéliens ont pénétré de force dans le complexe de la mosquée Al-Aqsa, située à Jérusalem-Est. Et ce, grâce à la complicité des forces armées du pays. Précisons que cette mosquée est le troisième plus important lieu saint de l’Islam.

À la suite de cette profanation toute récente, on voit mal comment l’Arabie saoudite pourrait normaliser ses relations avec Israël.

Le rétropédalage de Trump signifie que non seulement sa parole ne vaut rien, mais même sa signature ne vaut guère mieux puisqu’il se réserve le droit d’ajouter des clauses à un traité après l’avoir signé.

Le gouvernement Carney devrait avoir cela à l’esprit en renégociant des accords de libre-échange avec lui.

La motivation de Donald Trump

La menace chinoise à l’hégémonie américaine est une des grandes préoccupations de Donald Trump.

La guerre en Iran a démontré aux pays du Golfe que les États-Unis ne sont plus en mesure d’assurer leur protection. Au contraire, la présence de bases militaires américaines sur leur sol agit comme un aimant qui leur attire des ennuis.

D’où l’idée pour eux d’adopter une ambivalence stratégique en vertu de laquelle on est ami avec tout le monde, mais vraiment ami avec personne.

Concrètement, c’est un affranchissement à l’égard de l’hégémonie américaine.

Pour éviter que l’Arabie saoudite se tourne vers la Chine pour domestiquer l’atome, l’administration Trump a choisi d’abandonner l’exigence de la normalisation des liens avec Israël.

Et ce, de manière à ce qu’elle dépende de la technologie américaine. Une technologie que Washington pourrait inactiver à distance comme c’est le cas des chasseurs-bombardiers F-35.

Le joker pakistanais

Il n’y a pas que la Chine qui pourrait aider la dictature saoudienne à se doter de l’arme nucléaire; il y a aussi le Pakistan.

Or justement, les relations entre l’Arabie saoudite et le Pakistan n’ont jamais été aussi bonnes.

La diplomatie pakistanaise s’est attiré le courroux d’Israël pour avoir joué un rôle majeur dans la conclusion d’un accord de cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran. Cet accord (dont le texte est secret) prévoyait la fin des hostilités sur tous les fronts.

Afin de saboter cet accord, Israël s’est empressé le jour même de bombarder le Hezbollah au Liban. Et c’est le Pakistan — présent à ces pourparlers à titre de négociateur — qui a contredit l’administration Trump en révélant que l’accord prévoyait bien l’interruption des hostilités sur tous les fronts.

Première pétromonarchie à signer les Accords d’Abraham, les Émirats arabes unis sont le plus fidèle allié d’Israël au Moyen-Orient. Voilà pourquoi ce pays a été la principale cible des frappes iraniennes contre les pays du Golfe.

L’alignement des Émirats sur la politique israélienne est tel que ce pays a voulu punir le Pakistan pour ses efforts diplomatiques en exigeant récemment le remboursement d’une série de prêts, totalisant 3,5 milliards de dollars, consentis au Pakistan en 1996, en 2021 et en 2023.

Coïncidence, quelques jours plus tard, l’Arabie saoudite a acheté pour 3 milliards de dollars de bons du Trésor pakistanais afin de l’aider à rembourser ses dettes.

Pour l’Arabie, cette somme, c’est de l’argent de poche. Mais pour le Pakistan, ce nouveau prêt saoudien, ajouté aux cinq-milliards déjà consentis, représentent deux pour cent de son PIB.

Si bien qu’on peut se demander si ce pays serait en mesure de dire non à l’Arabie saoudite si celle-ci devait demander l’aide du Pakistan pour se doter de l’arme nucléaire.

Quant aux États-Unis, on les voit mal punir le Pakistan pour avoir aidé secrètement l’Arabie à devenir une puissance nucléaire alors que la diplomatie pakistanaise est essentielle à sortir l’administration Trump du bourbier iranien.

De toutes manières, quand Washington l’apprendra, il sera trop tard.

Références :
Accords d’Abraham
Accord de Vienne sur le nucléaire iranien
« America First or Israel First? » Ex-Israeli Negotiator Daniel Levy on Saudi Nuke Deal, Iran & More (vidéo)
More than 4,200 Israelis storm Al-Aqsa Mosque in Jerusalem
Pakistan secures $3 billion from Saudi Arabia as ties deepen
Pakistan To Repay Historic $3.5 Billion Debt to UAE By This Deadline
Saudi nuclear deal in doubt as Trump adds new condition regarding Israel
The US-Saudi nuclear deal makes no sense
Trita Parsi Makes Blockbuster Point About Saudi Nuclear Deal (vidéo)
UAE pulls US$3.5 billion from Pakistan after Iran war mediation

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la Troisième guerre du Golfe, veuillez cliquer sur ceci.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


De 2000 à 2020 : principal partenaire commercial

Publié le 26 octobre 2024 | Temps de lecture : 1 minute
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En vingt ans, le commerce international s’est recentré sur l’Asie.

Au début du millénaire, les États-Unis étaient le principal partenaire commercial de la majorité des pays du monde.

De nos jour, c’est la Chine.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Haïti : l’hypocrisie américaine

Publié le 6 septembre 2024 | Temps de lecture : 3 minutes

Le secrétaire d’État des États-Unis — l’équivalent d’un ministre des Affaires étrangères de ce pays — a exhorté hier la ‘communauté internationale’ à en faire plus pour aider Haïti à se sortir de la violence armée qui gangrène ce pays depuis des décennies.

Par l’extorsion d’argent à des commerçants (ou à de riches particuliers), par l’enlèvement d’individus et la demande de rançons, ces gangs financent leurs activités criminelles.

Mais tout cela serait impossible sans la contrebande d’armes qui permet à ces voyous d’être plus puissants que les forces de l’ordre du pays.

D’où proviennent ces armes ? Évidemment, des États-Unis.

Le chef de la diplomatie américaine s’est bien gardé d’en faire allusion, préférant accuser implicitement les autres pays d’être indifférents à la souffrance du pauvre peuple haïtien.

Il est vrai que si les États-Unis cessaient de vendre des armes aux gangs haïtiens, ceux-ci s’en procureraient ailleurs.

Afin de pacifier ce pays, la ministre des Affaires étrangères du Canada devrait proposer ceci.

Premièrement, aucun navire ne devrait atteindre l’ile d’Hispaniola (où se côtoient Haïti et la République dominicaine) sans que sa cargaison ait été fouillée de fond en comble par l’armée américaine ou canadienne.

Ou mieux : on pourrait instaurer un blocus partiel, ciblant Haïti, qui devra nécessairement être complété par la construction d’un mur séparant Haïti de la République dominicaine.

Long d’environ 200 kilomètres, ce mur devrait être construit par une main-d’œuvre exclusivement haïtienne sous la protection d’un pays étranger. Si les États-Unis sont réticents à accepter cette responsabilité, le Rwanda sera heureux de prendre la relève.

Cet ouvrage injectera des millions de dollars dans l’économie du pays.

Mais il y a un problème; les plantations de canne à sucre de la République dominicaine ont besoin de la main-d’œuvre bon marché d’Haïti.

Pour pallier ce problème, les entreprises dominicaines qui ont besoin de ces travailleurs agricoles devront imiter le Québec; importer des travailleurs qui seraient logés en République dominicaine et qui retourneraient chez eux un nombre très limité de fois par année.

Deuxièmement, étant donné la corruption qui règne dans ce pays — comme dans beaucoup d’autres pays, pauvres ou riches — la fouille des bagages aux aéroports devait être confiée à des sous-traitants certifiés d’origine américaine ou canadienne.

Troisièmement, le tout devrait être complété par un généreux programme de rachat d’armes afin d’en réduire le nombre en circulation.

Références :
Antony Blinken presse la communauté internationale d’aider Haïti
Comment les gangs ont pris le contrôle d’Haïti ?
«Il y a une détérioration flagrante»: une Québécoise témoigne de la crise en Haïti

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’obsession américaine de la ‘race’

Publié le 15 octobre 2021 | Temps de lecture : 5 minutes

Introduction

Depuis le séquençage du génome humain en 2004, on sait qu’un ‘Blanc’ typique et un Noir ‘pure race’ ont en commun entre 99,5 % et 99,9 % de leurs chromosomes. Or cette proportion est la même entre deux membres d’une même ‘race’.

Bref, de la même manière qu’il n’existe pas de race constituée des gens aux yeux bleus, il n’existe pas de race de gens à la peau pigmentée. La pigmentation de la peau n’est qu’une parmi une multitude de caractéristiques humaines.

Le racisme ne consiste donc pas à distinguer ces différences de pigmentation entre deux personnes, mais à y attacher une importance démesurée.

Tout comme le racisme, le racisme systémique possède des degrés de sévérité. Nulle part n’est-il plus évident qu’aux États-Unis.

Les recensements

Les recensements canadiens ne demandent pas aux répondants de préciser à quelle race ils appartiendraient, contrairement aux recensements américains.

Dès les premiers d’entre eux, on chercha à faire l’inventaire des esclaves et des Noirs affranchis.

En 1790, le peuple américain était partagé en trois groupes;
• les mâles et les femelles (sic) Blancs,
• les autres personnes libres, et
• les esclaves.

Originellement, l’analphabétisme était tellement généralisé que les recensements étaient effectués par des préposés qui évaluaient la couleur de la peau des répondants.

En 1850, les catégories se précisaient :
• les Mâles et les Femelles blancs,
• les Noirs (libres),
• les Mulâtres (libres),
• les esclaves Noirs, et
• les esclaves Mulâtres.

À ces catégories, s’ajoute une sixième (‘Indiens’) en 1860.

En raison de l’abolition officielle de l’esclavage, on supprime en 1870 et en 1880 les deux catégories qui y font référence, mais on ajoute la catégorie ‘Chinois’.

Au recensement de 1890, le gouvernement américain veut mesurer l’importance des unions interraciales (interdites dans certains États). Les catégories deviennent :
• les Mâles et les Femelles blancs,
• les Noirs,
• les Mulâtres,
• les Quadroons (quelqu’un ayant un quart de ‘sang noir’),
• les Octoroons (quelqu’un qui a un huitième de ‘sang noir’ ou moins),
• les Indiens,
• les Chinois, et
• les Japonais.

L’historique familial permettait aux préposés au recensement d’évaluer grossièrement le degré de pureté du sang. De plus, on comprendra qu’aux États-Unis (même de nos jours), un ’Blanc’ est un ’Blanc pur race’.

En 1900, toutes les personnes de descendance noire sont regroupées dans la catégorie ‘Noirs’. Les autres catégories demeurent.

Mais en 1910, la catégorie ‘Mulâtres’ réapparait alors que s’ajoute la catégorie ‘Autres’ (pour les Coréens, les Philippins et les gens originaires de l’Inde).

À partir de 1920, les catégories se multiplieront.

En 1930, le mot en ’N’ (ci-contre) est utilisé pour la première fois et le sera jusqu’au recensement de 2010 inclusivement.

On peut présumer que c’est Barak Obama, président depuis 2009, qui s’est assuré qu’il en était ainsi pour la dernière fois.

Même si on les effectue une seule fois par décennie, les recensements basés entre autres sur la pigmentation de la peau contribuent à faire d’elle un marqueur identitaire.

Les médias

Cette obsession de tout voir au travers d’un prisme racial explique le fait que même une chaine de nouvelles comme CNN ne peut pas s’empêcher de décliner toutes ses statistiques selon les États ou selon la race (pudiquement appelés ‘Groupes racisés ou racialisés’, ce qui revient au même). Presque jamais par groupes socioéconomiques.

Dans ce pays, il n’est pas étonnant qu’on ait senti le besoin de colliger des données relatives aux taux d’infection et de mortalité au Covid-19 selon la ‘race’. Ces données ont révélé, sans surprise, que les personnes considérées comme ‘Noires’ étaient davantage victimes du Covid-19.

Pour un suprémaciste blanc, quelle aubaine; à ses yeux, c’est la preuve de la robustesse, voire de la supériorité, de la ‘race blanche’ à laquelle il appartient.

Lorsqu’on est persuadé que la vulnérabilité aux infections dépend des caractéristiques physiques inhérentes à l’individu — en d’autres mots, lorsqu’on croit que c’est gravé dans ses chromosomes — que peut-on y faire ? Son triste sort, n’est-il pas le résultat de la Volonté divine ? N’est-ce pas Dieu qui l’a fait ainsi ?

Par contre, si on croit que la mortalité par Covid-19 dépend des caractéristiques socioéconomiques des gens, il faut travailler à la réduction des inégalités sociales, cause véritable des taux d’infection différents.

Les statistiques au sujet du Covid-19 sont colligées par les États parce que la Santé est un de leurs domaines de juridiction exclusive. Or ceux-ci sont majoritairement dirigés par des gouverneurs Républicains (donc de Droite, sinon d’extrême-Droite). Voilà pourquoi on préfère baser ces statistiques sur la ‘race’, perpétuant ainsi l’importance démesurée qu’on y attache.

Ce à quoi les groupes antiracistes eux-mêmes ne voient pas d’objection. Ce qui prouve bien à quel point le racisme systémique américain est enraciné partout.

Références :
Le néo-racisme multiculturel du NPD
The changing categories the U.S. census has used to measure race
What Census Calls Us
What Census Calls Us – A Historical Timeline

Paru depuis :
Majority of Latinos Say Skin Color Impacts Opportunity in America and Shapes Daily Life (2021-11-04)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La nouvelle guerre froide

Publié le 22 mars 2021 | Temps de lecture : 8 minutes

Introduction

Cette semaine, le nouveau président américain a qualifié son homologue russe d’assassin. Pendant ce temps, le secrétaire américain à la Défense sonnait l’alarme au sujet de l’érosion de la suprématie militaire américaine face à la Chine.

Le miroir aux insultes

En réalité, dans tous les états totalitaires, les opposants politiques s’expriment au risque de leur vie.

Parlez-en à la veuve du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, dépecé à la tronçonneuse par des sbires de MBS (Mister Bone Saw). Sans parler de toutes les personnes disparues à l’époque où Washington couvrait l’Amérique latine de dictateurs à sa solde.

Washington aura beau dire qu’en assassinant le général iranien Qassem Soleimani, il a sauvé la vie de tous les civils qu’il s’apprêtait à tuer, le fait demeure que depuis un quart de siècle, les généraux américains ont tué considérablement plus de civils que leurs collègues iraniens en guerroyant en Afghanistan, en Irak, en Libye et en Syrie.

Une suprématie menacée

À l’heure actuelle, l’arsenal militaire américain possède vingt fois plus d’ogives nucléaires que la Chine.

Le tonnage de sa marine de guerre est le double de celui de la Chine, sans tenir compte de la sophistication écrasante de la technologie qui équipe ses navires.

On compte deux-mille chasseurs-bombardiers américains versus 600 chinois.

Et la puissance américaine se déploie dans 800 bases militaires à travers le monde alors que la Chine n’en possède que trois.

Le budget militaire chinois correspond à 1,5 % de son produit intérieur brut, soit moins que la norme au sein des pays de l’OTAN.

De son côté, le budget américain à la Défense équivaut à celui combiné des dix autres pays les plus dépensiers à ce sujet, dont six alliés de Washington; la Chine, l’Inde, la Russie, l’Arabie saoudite (alliée), la France (alliée), l’Allemagne (alliée), le Royaume-Uni (allié), le Japon (allié), la Corée du Sud (alliée), et le Brésil.

Depuis plus de mille ans, le pays dominant l’est en raison de sa puissance économique.

Au cours de son histoire, la Chine a perdu toutes les guerres qui l’opposaient à ses voisins. Ce qui ne l’a pas empêché d’être, pendant des siècles, le pays le plus riche au monde.

En 1820, au sommet de sa puissance économique, le produit intérieur brut de la Chine représentait 32,9 % de l’économie mondiale. Par comparaison, de nos jours, les États-Unis en représentent un peu moins de 20 %.

La Chine commerçait avec tous les marchands prêts à donner de l’or pour se procurer des biens de luxe chinois; de la porcelaine, de la soie et des épices, entre autres.

À l’autre bout du monde, la montée en puissance de l’Angleterre débute au XVIIIe siècle avec l’invention de la machine à vapeur. Celle-ci était alimentée par une ressource naturelle très abondante dans ce pays; le charbon.

Grâce à la tisseuse mécanique, on pouvait produire du textile moins cher que partout ailleurs. Conséquemment, les filatures anglaises firent la conquête du monde.

Contrairement à la Chine qui produisait ses biens de luxe à partir de ses propres ressources naturelles — le ver à soie, le kaolin pour la porcelaine, etc.— et qui vendait ses biens aux caravaniers et aux navires qui venait s’approvisionner chez elle, l’Angleterre ne produisant pas de coton.

La marine marchande anglaise se développa pour importer des matières premières et exporter des produits finis. Et pour protéger ses sources d’approvisionnement et ses marchés d’exportation, l’Angleterre consacra une partie de sa richesse à bâtir des navires de guerre.

Avec la découverte du pétrole et l’invention du moteur à explosion, le centre de gravité de l’âge thermo-industriel bascule aux États-Unis où l’invention de la chaine de montage automobile permet aux États-Unis de faire la conquête du monde.

Par la suite, la suprématie militaire américaine sera la conséquence de la montée en puissance de son économie (et non l’inverse).

Alors que la Chine n’a jamais tenté d’imposer son modèle étatique (sauf à l’époque maoïste), la manie des peuples anglo-saxons d’imposer leurs valeurs morales aux autres les prédisposait à être manipulés par leur complexe militaro-industriel.

Au nom de la défense de la démocratie parlementaire, les États-Unis ont renversé les régimes autoritaires qui ne leur convenaient pas sans jamais réussir à pacifier les pays qu’ils ont longuement occupé militairement.

Malheureusement pour eux (et nous qui en dépendons), les Américains ont ainsi gaspillé des sommes colossales à faire la guerre, de même qu’à imposer au monde les lois écrites par le grand capital international que ce dernier fait adopter ensuite par le Congrès américain.

Une des différences fondamentales entre la Chine et les États-Unis, c’est que la Chine est autoritaire à l’égard de son propre peuple alors que les États-Unis le sont hors de leurs frontières.

Après avoir longtemps piraté la technologie occidentale, la Chine est maintenant devenue une puissance technologique à part entière.

Or, comme nous venons de le voir, la suprématie technologique — et non la puissance militaire — est l’assise de la suprématie mondiale depuis le début de l’âge thermo-industriel.

En 2015, le nombre de brevets chinois était supérieur au nombre de brevets américains, japonais, coréens et européens réunis.

En 2017, les établissements américains d’enseignement supérieur (lycées, universités, écoles spécialisées) ont décerné 3,9 millions de diplômes (dont plus d’un demi-million à des étudiants étrangers).

En 2012, les universités chinoises décernaient 6,2 millions de diplômes, sans compter les 800 000 étudiants chinois diplômés à l’Étranger.

Rien n’illustre mieux le retard technologique des États-Unis que cette contamination de milliers d’ordinateurs gouvernementaux par des virus (probablement russes), une contamination qui s’est propagée pendant des mois sans éveiller des soupçons à Washington.

L’indignation bruyante des Américains ne trompe personne; leur pays n’est plus le symbole de l’excellence.

D’autre part, depuis 1979, les États-Unis ont dépensé 3 000 milliards de dollars en dépenses militaires.

À elle seule, la mise au point du chasseur-bombardier F-35 aura couté 1 700 milliards de dollars au Trésor américain. Ce qui correspond approximativement au cout estimé de la construction (encore embryonnaire) de la nouvelle Route de la soie, ce réseau routier ultramoderne destiné à apporter à la Chine les matières premières dont elle a besoin et à exporter les biens qu’elle fabrique.

La Chine a construit près de 30 000 km de chemins de fer pour ses trains à grande vitesse, mis sur pied le plus vaste réseau de tours de transmission de téléphonie 5G, construit des ponts, des routes, modernisé ses infrastructures et construit des millions de tours résidentielles (dont beaucoup sont encore inoccupées).

Sa gestion draconienne de la pandémie au Covid-19 a non seulement épargné des millions de vies chinoises, mais lui a permis une croissance économique en 2020 alors que l’économie américaine souffrait des politiques sanitaires plus libérales décidées par une classe politique plus intéressée à se quereller au sujet du port du masque qu’à sauver des vies humaines.

En somme, les États-Unis et le Canada peuvent bien se lancer dans une guerre de mots contre la Chine et dresser un rideau de fer technologique contre elle, cela ne l’empêchera pas de nous vendre les produits électroniques qu’elle fabrique (dont nous ne pouvons plus nous passer) et de prélever ses ‘honoraires’ sur tous les produits fait ailleurs, mais dont la fabrication nécessite le recours à des métaux stratégiques dont elle détient le monopole extractif.

Oui, la Chine est une menace à la suprématie américaine. Mais cette suprématie n’est pas celle qu’on pense.

Références :
At war with the truth
Chine ou États-Unis, lequel est plus dangereux ?
Les conséquences géostratégiques du basculement vers les énergies vertes
Jamal Khashoggi
La Chine championne du monde des dépôts de brevet
La Chine, dragon de l’innovation
L’affaire Huawei : dure pour le Canada, la vie de caniche américain
Qassem Soleimani
The Pentagon’s Bottomless Money Pit
The Pentagon is using China as an excuse for huge new budgets

Parus depuis :
Géopolitique de la science : la Chine accélère (2022-06-29)
Géopolitique : « La mobilisation contre la Chine fait l’unanimité aux Etats-Unis » (2022-09-23)
Les défis de la filière des véhicules électriques (2023-05-30)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les deux États-Unis d’Amérique

Publié le 5 novembre 2020 | Temps de lecture : 3 minutes

Introduction

Cette semaine, Edison Media Research effectuait un sondage auprès de 15 590 électeurs américains.

Le but de l’exercice était de découvrir, selon l’allégeance politique, les critères déterminants dans leur choix à la présidence des États-Unis.

Critères d’appréciation

Pour les électeurs démocrates, ce qui compte ce sont :
• 91 % : les inégalités raciales
• 82 % : la pandémie au coronavirus
• 63 % : la couverture d’assurance maladie
• 28 % : la criminalité et la sécurité
• 17 % : l’économie.

Pour les électeurs républicains, les critères d’appréciation sont :
• 82 % : l’économie
• 71 % : la criminalité et la sécurité
• 36 % : la couverture d’assurance maladie
• 14 % : la pandémie au coronavirus
•   8 % : les inégalités raciales.

Précisons que 78 % des électeurs démocrates sont favorables au mouvement Black Lives Matter alors que 85 % des électeurs républicains en ont une opinion défavorable. C’est donc presque la moitié du peuple américain qui s’oppose à ce mouvement.

En tenant compte de la possibilité d’une obstruction systématique des sénateurs républicains, la tâche de s’attaquer au racisme systémique aux États-Unis s’annonce titanesque.

Parmi les caractéristiques du candidat à la présidence, les électeurs démocrates jugeaient primordiales l’habilité à unir le pays (76 %), le bon jugement (68 %) et l’empathie (50 %).

De loin, les deux critères les plus importants chez électeurs républicains étaient d’avoir un chef fort (71 %) et quelqu’un capable d’empathie (49 %).

Villes et campagnes

Dans les villes d’au moins cinquante-mille habitants, 60 % des gens se disent démocrates et 37 % se disent républicains.

Les banlieues se répartissent également entre démocrates (51 %) et républicains (48 %).

Dans les petites villes et les régions rurales, 45 % des gens sont démocrates alors qu’une faible majorité (54 %) serait républicaine.

Il est à noter que le résultat du scrutin (connu depuis ce sondage) monte un clivage beaucoup plus grand entre les grandes métropoles américaines (très acquises à Biden) et les régions rurales du pays (très favorables à Trump).

Ce qui se reflète dans la répartition territoriale des États pro-Biden vs des États pro-Trump.

Le sondage de Pew

La campagne électorale a sans doute exacerbé les différences d’opinions entre démocrates et républicains.

Qu’en est-il avec plus de recul ?

En aout dernier, le Pew Research Center avait procédé à un sondage analogue. Avec cette différence que les choix de réponses était plus varié.

Chez les démocrates, les sujets qui les intéressaient le plus et qui pouvaient déterminer leur vote étaient :
• 84 % : l’assurance maladie
• 82 % : la pandémie
• 76 % : les inégalités raciales et ethniques
• 72 % : l’économie
• 68 % : les changements climatiques
• 66 % : les nominations à la Cour Suprême
• 65 % : les inégalités économiques
• 57 % : la politique étrangère
• 50 % : le contrôle des armes à feu.

Chez les républicains, c’était plutôt :
• 88 % : l’économie
• 74 % : la criminalité violente
• 61 % : l’immigration
• 61 % : les nominations à la Cour Suprême
• 60 % : le contrôle des armes à feu
• 57 % : la politique étrangère
• 48 % : l’assurance maladie
• 46 % : l’avortement.

Références :
Important issues in the 2020 election
Les États-Unis : sur la voie d’une guerre civile ?
National Exit Polls: How Different Groups Voted

Parus depuis :
How Joe Biden won the presidency – a visual guide (2020-11-09)
Donald Trump has lost the election – yet Trumpland is here to stay (2020-11-12)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Une prime russe à tuer des soldats américains : pourquoi faire ?

Publié le 30 juin 2020 | Temps de lecture : 2 minutes

Introduction

À partir de sources anonymes, le New York Times publiait vendredi dernier une nouvelle selon laquelle la Russie avait offert des primes aux Talibans pour qu’ils tuent des soldats américains en Afghanistan.

En dépit de cela, aucun soldat américain n’a été tué en Afghanistan depuis trois mois.

Pourquoi payer une prime ?

Lorsqu’un groupe terroriste commet un attentat, il choisit toujours de faire en sorte que celui-ci cause le maximum de pertes humaines.

Faire peur, c’est l’essence du terrorisme. Plus on est cruel, plus on est craint.

Aucun groupe terroriste ne fera sauter un marché en pleine nuit; on choisira un jour de grande affluence, quand ce marché est bondé de monde.

En Afghanistan, les soldats américains sont des envahisseurs. Et le devoir de tout patriote est de chasser les envahisseurs de son pays.

Les Talibans savent bien que plus les pertes de vie sont importantes au sein de l’armée des États-Unis, plus l’opinion publique américaine contestera l’opportunité de poursuivre une occupation militaire qui dure déjà depuis près de vingt ans.

Bref, tuer des soldats américains, les Talibans sont heureux de faire cela gratuitement. Pourquoi les Russes paieraient pour rien ?

Pour l’instant, les Talibans en sentent moins le besoin puisqu’ils participent à des négociations avec les Etats-Unis qui leur font espérer que les soldats américains partiront bientôt d’eux-mêmes, sans qu’ils aient besoin de les tuer.

Références :
Primes russes: pas de consensus au sein des services de renseignement
Russia Secretly Offered Afghan Militants Bounties to Kill U.S. Troops, Intelligence Says

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Racisme systémique : la complicité de Washington à l’égard du KKK

Publié le 16 juin 2020 | Temps de lecture : 3 minutes

L’exécution publique de George Floyd a déclenché un vaste mouvement en Occident contre le racisme systémique.

Aux États-Unis, ses racines remontent aux fondements esclavagistes de la nation américaine.

Le racisme des forces policières à l’égard des ‘Noirs’ est bien documenté par des enregistrements vidéos qui alimentent la contestation actuelle.

Tout comme la marine royale anglaise comptait autrefois sur des corsaires pour attaquer de leur côté les navires de la flotte ennemie, le système répressif américain compte sur des supplétifs. Le plus important est le Ku Klux Klan.

À ce jour, le KKK n’est toujours pas classé comme organisation terroriste par le département d’État américain.

Le 31 mai 2020, des manifestations contre le meurtre de George Floyd ont eu lieu pour la première fois dans la petite ville californienne de Victorville, située à 30 km de Palmdale.

Le jour même, un ‘Noir’ de 38 ans est trouvé pendu à un arbre près d’un camp pour sans-abris à Victorville.

Le 13 juin, à Palmdale, un ‘Noir’ de 24 ans est également trouvé pendu à un arbre près de l’Hôtel de Ville. Aussitôt, le shérif du comté de Los Angeles a imputé cette mort à un suicide.

Contrairement à l’immolation par le feu, les personnes qui songent à s’enlever la vie par pendaison ne le font jamais sur la voie publique parce qu’ils ‘risquent’ qu’un bon samaritain contrecarre leur projet.

La pendaison publique est la caractéristique du terrorisme exercé par le KKK envers de la population noire américaine. C’est la signature séculaire du KKK.

Et parce qu’il s’agit d’une organisation parfaitement légale, tout journaliste qui oserait émettre l’hypothèse que ces pendaisons seraient l’œuvre de cette organisation est assuré de recevoir une mise en demeure des avocats du KKK — exigeant une rétraction immédiate — en plus de recevoir des menaces de mort sur les médias sociaux.

Seuls des quotidiens de la taille du New York Times ou du Washington Post sont en mesure de braver le KKK, une organisation terroriste dont l’existence n’est encore possible que grâce à la complicité des plus hautes autorités américaines.

Voilà un exemple parfait de racisme systémique.

Références :
Black man found hanging from tree is 2nd in California over 2-week span
En marge du meurtre de George Floyd
Families Challenge Suicide in Deaths of Black Men Found Hanging From Trees
George Floyd protests in California
Ku Klux Klan

Parus depuis :
California: half-brother of black man found hanged killed in police shooting (2020-06-18)
Des employés déguisés en « cornets à glace », pas une référence au Ku Klux Klan (2025-01-24)

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Écrit par Jean-Pierre Martel