Le Fonds des générations ou Quand l’État spécule à la bourse

Publié le 20 juillet 2014 | Temps de lecture : 4 minutes
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Historique

Le Fonds des générations a été créé en 2006 par le gouvernement Charest. Depuis ce temps, une partie des revenus de l’État y sont déposés annuellement.

Cette contribution sera de 1,3 milliards$ en 2014-5 et de 1,58 milliards$ en 2015-6.

Puisque l’équilibre budgétaire du gouvernement québécois a été rompu à la suite de la Grande récession de 2007 et n’a pas été rétabli depuis, la contribution au Fonds des générations accentue en apparence le solde déficitaire du budget du Québec.

À titre d’exemple, sans la contribution prévue au fonds de 1,3 milliards$ en 2014-5, ce déficit ne serait que d’un milliard$ au lieu de 2,35 milliards$.

Dans un fonds semblable, l’Alberta dépose une partie de ses surplus budgétaires. Dans le sien, la Norvège dépose une partie des revenus pétroliers.

Dans ces deux cas, il s’agit de gouvernements qui disposent de surplus budgétaires et qui en épargnent une partie dans le but d’avoir les moyens de faire face à des temps moins favorables, le cas échéant.

Le Québec est, au contraire, en situation de déficit budgétaire. On peut donc se demander quelle est la logique derrière la création de ce fonds.

En effet, au lieu de payer ses dettes, le Québec accentue son déficit accumulé en contribuant à ce fonds.

Motifs de la création du Fonds des générations

En 2006, au moment de la création de ce fonds, nous étions à la fin d’un long cycle boursier hautement spéculatif où tout investissement à la bourse rapportait davantage que les taux d’intérêt des bonds du Trésor.

En d’autres mots, si dix ans plus tôt, le gouvernement du Québec avait emprunté des milliards$ de plus afin de jouer à la bourse, cet investissement aurait rapporté davantage que le taux de ses emprunts. Bref, le Québec aurait fait de l’argent.

C’est à partir de ce constat simpliste que le gouvernement Charest a décidé de la création du Fonds des générations.

La réalité

En 2006-7, le fonds rapportait 0,99% alors que le taux de l’intérêt moyen pondéré de la dette coûtait 5,46%. En 2007-8, c’était respectivement 1,6% vs 5,04%.

En 2008-9, après l’éclatement de la bulle immobilière et la chute des marchés boursiers, c’était -21,88% vs +4,16%.

L’hebdomadaire Les Affaires écrivait en 2010 : « Le gouvernement a fait exactement la même chose qu’une famille qui, au lieu de rembourser ses dettes avec les allocations familiales qu’elle reçoit, place cet argent à la Bourse en espérant obtenir un rendement supérieur à l’intérêt payé sur ses dettes. S’il est chanceux, il fera un gain net. S’il perd de l’argent à la Bourse, il essuiera une perte. »

De ces temps-ci, l’indice Dow Jones atteint des niveaux records (au-delà de 17 000 points). Conséquemment, il est à prévoir que le gouvernement libéral profitera de l’appréciation aussi importante que soudaine de la valeur du Fonds des générations pour justifier son existence.

Au contraire, le gouvernement actuel serait mieux avisé de profiter cette nouvelle bulle spéculative pour liquider ce fonds pendant qu’il en est encore temps et appliquer la totalité des sommes récupérées au remboursement de la dette.

À mon avis, il est inacceptable que l’État spécule avec l’argent des contribuables. Les sommets boursiers actuels lui fournissent une excellente occasion de mettre fin à cette anomalie. S’il néglige de le faire, il portera l’odieux de ce qui surviendra.

Références :
Fonds des générations: un travail de (très) longue haleine
La Bourse est-elle en train de perdre la boule?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La délocalisation de la recherche biomédicale

Publié le 18 juillet 2014 | Temps de lecture : 2 minutes

En dollars constants, les dépenses de recherche et de développement dans le domaine biomédical ont diminué annuellement de 1,9% aux États-Unis et de 2,6% au Canada entre 2007 et 2012.

En dépit de cela, les États-Unis demeurent, de loin, le principal pays où se fait cette recherche; il s’y dépensait 119,3 milliards$ (soit 45,4% de la recherche mondiale) en 2012, comparativement à 131,3 milliards$ (ou 51,2% de la recherche mondiale) en 2007.

Lorsqu’on analyse en détail cette diminution, on réalise que dans ce pays, le secteur privé a diminué ses investissements de treize milliards$ — passant de 83,3 milliards$ en 2007 à 70,4 milliards$ en 2012 — alors que le secteur public a relativement maintenu les siens à hauteur d’environ 48 milliards$.

En Europe, cette diminution a été insignifiante, de l’ordre de 0,4% annuellement; les investissements publics et privés furent de 81,8 milliards$ en 2012, comparativement à 83,6 milliards$ en 2007.

Au contraire, la recherche biomédicale s’est accrue en Extrême-Orient. En pourcentage, la croissance annuelle a été de 32,8% en Chine, 11,4% en Corée du Sud, 10,0% à Singapour, 6,7% en Inde, 5,7% au Japon et 5,2% à Taïwan.

Si bien qu’on dépensait dans cette partie du Monde environ le tiers des sommes dépensées aux États-Unis en 2007, mais presque la moitié en 2012. L’écart entre l’Asie et l’Amérique est encore moindre si on tient compte qu’on fait plus de recherche avec chaque dollar dépensé en Chine qu’aux États-Unis.

En Asie, l’Inde se distingue par le fait que l’État dépense peu, mais de manière constante. Dans ce pays, la croissante des dépenses en recherche biomédicale a été à l’initiative exclusive de l’industrie entre 2007 et 2012.

Dans les autres pays asiatiques, la croissance des dépenses a été partagée par l’État et l’industrie mais a été plus importante dans le secteur privé.

Après le transfert de la synthèse des principes actifs et de la fabrication des formes pharmaceutiques depuis une décennie, ces données indiquent que l’industrie pharmaceutique a entrepris la délocalisation de ses dépenses en recherche et développement à la suite de la Grande récession de 2007.

Référence : Asia’s Ascent — Global Trends in Biomedical R&D Expenditures

Paru depuis : China overtakes US in contributions to nature and science journals (2023-05-24)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Impact économique du Festival de jazz

Publié le 28 juin 2014 | Temps de lecture : 2 minutes

Pour cette année, le budget d’exploitation du Festival international de jazz de Montréal est de 25,2 millions$.

Revenus

Revenus_FIJM

De cette somme, 40% proviennent des commanditaires, principalement la Banque Toronto-Dominion, l’aluminerie RioTinto Alcan, Bell et Loto-Québec. La vente des billets ne contribue qu’au cinquième du budget.

À cela s’ajoutent 16% de contributions des divers paliers de gouvernements et 2% de services municipaux non facturés. Précisons que les 4,5 millions$ versés par les gouvernements leur rapportent 19 millions$ sous forme de taxes de vente, de droits d’accises, et d’impôts sur les salaires des employés et sur les cachets versés aux artistes.

La Maison du festival — qui loge une salle de spectacle et un restaurant — apporte 11% des revenus (mais occasionne 14% des dépenses).

Les revenus des kiosques à souvenirs et les redevances sur les aliments vendus sur le site contribuent au dixième du budget.

Dépenses

Dépenses_FIJM

Le festival verse 9,5 millions$ — 38% de son budget — à ses employés et aux artistes.

La promotion (publicité, promotion touristique, programme imprimé et site web) occasionne 19% des dépenses.

Les frais d’exploitation de la Maison du festival comptent pour 14% des déboursés alors que la location de salles et d’équipement en représente 8%.

Puisque le quartier des festivals est spécialement conçu pour accueillir de tels événements, les frais d’aménagement du site ne représentent que 1,7 million$, soit 7% des dépenses.

Le coût des produits (dont les souvenirs) vendus sur le site par le festival occasionne 4% des déboursés.

Les frais divers comprennent les frais généraux et les amortissements des immobilisations (4%), les frais de commandites (3%), et les honoraires de production (3%).

Retombées économiques

Le quart des visites sur le site et des billets achetés pour des spectacles payants le sont par des touristes. Dans cette catégorie, on compte 30% de personnes provenant des États-Unis, 25% de Québécois habitant à plus de 40km de Montréal, 18% d’Européens, 18% de Canadiens hors Québec, et 9% d’autres pays.

L’impact économique total — la somme des dépenses touristiques occasionnées par le festival et le budget du festival lui-même — représente 96,1 millions$.

Référence : Programme 2014 du Festival international de jazz de Montréal.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’ABC du pétrole d’Anticosti

Publié le 21 février 2014 | Temps de lecture : 7 minutes

Localisation du pétrole et des nappes phréatiques

Située dans le golfe du Saint-Laurent et faiblement peuplée, Anticosti est la plus grande île du Québec. Sa superficie est de 7 900 km² dont 572 km² constituent un parc national.

Parmi les formations géologiques que renferme son sous-sol, il y a une couche de schiste mesurant de 18 à 173m d’épaisseur. Cette couche n’est pas horizontale, mais est enfouie de manière oblique.

Quant à la couche de sol qui la recouvre, elle varie de 300m — soit 100m à peine sous les nappes phréatiques — et à 2 300m.

De manière générale, plus le schiste est près de la surface du sol, plus sa couche est mince : plus il faut creuser pour le trouver, plus sa couche est épaisse.

Selon le docteur et ingénieur en géologie Marc Durand, pour être sécuritaire, toute fracturation hydraulique devrait se faire au-delà d’un kilomètre sous les nappes phréatiques.

Nappes_Anticosti
 
Si on prend en considération que les nappes phréatiques de l’île sont situées de 100m à 200m sous la surface, la séparation entre cette nappe et les couches de schiste sous-jacentes n’atteint le kilomètre que dans moins de 20% de la surface de l’île.

Mécanisme de formation des hydrocarbures de schiste

Le schiste d’Anticosti est formé de la sédimentation d’argile qui s’est durcie au cours des siècles. Renfermant des débris de végétaux ou d’animaux marins, ceux-ci se sont transformés en hydrocarbures sous l’action de microorganismes. Ils occupent des milliards de pores dans la roche. Ces pores comptent pour 2 à 3% du volume de la pierre.

Selon les conditions de température ou de pression qui ont mené à la formation du schiste, ces pores ne contiennent parfois que du gaz naturel sous pression. À Anticosti, elles contiennent principalement un mélange de pétrole et de gaz naturel sous forme liquide.

La porosité du schiste d’Anticosti étant très faible, les hydrocarbures n’ont pas pu s’en échapper et y sont prisonniers depuis 450 millions d’années.

Extraction pétrolière à Anticosti

Les hydrocarbures de schiste sont intimement liés à la roche. Si on pouvait broyer le schiste en fine poudre pour en extraire la totalité du pétrole, on en obtiendrait 40 milliards de barils.

Malheureusement, les choses ne sont pas aussi simples. Réduire de la roche en poudre, cela demande des meules puissantes, qui requièrent des quantités colossales d’énergie. Conséquemment, cela n’est pas rentable.

La technique utilisée de nos jours consiste à fracturer la roche en injectant un mélange constitué principalement d’eau et de sable. On peut alors recueillir le pétrole et le gaz naturel libérés par ces fractures d’environ un millimètre de largeur. Entre elles, ces fractures sont distantes de plusieurs mètres.

On est donc très loin de la pulvérisation de la roche. Voilà pourquoi le taux d’extraction est extrêmement faible, de l’ordre de 1,2% dans le cas du pétrole.

Pour obtenir une exploitation complète de l’île — y compris les zones à risque de contamination des nappes phréatiques — il faudrait 12 000 à 18 000 puits au coût unitaire de dix millions$. Bref, un coût d’au moins 120 milliards$. Et ce, sans compter les royautés à payer aux pétrolières qui possèdent les brevets sur ce mode d’extraction, ni le coût des routes et des oléoducs nécessaires à l’acheminement de ce pétrole vers les marchés de consommation.

Or la ressource exploitable (le 1,2% du 40 milliards de barils), à 100$ le baril, ne vaut que 50 milliards$. En somme, on dépenserait 120 milliards$ pour en gagner 50, soit une perte de 70 milliards$ pour l’ensemble de l’île (et moins si on n’en exploite qu’une partie).

Quand au gaz naturel qui s’y trouve — et dont le taux d’extraction est de l’ordre de 20% — c’est un « déchet ». Présentement, le prix du gaz naturel est tellement bas, que cela ne vaut pas la peine de construite des gazoducs pour le transporter. Sur Anticosti, comme au Dakota, il serait brulé sur place par de hautes torches allumées jour et nuit.

Un investissement spéculatif du gouvernement

Il y a une semaine, le gouvernement Marois annonçait un investissement de 115 millions de dollars dans la recherche d’énergie fossile sur l’île d’Anticosti. Selon ce qui a été rendu public, l’entente serait un investissement de l’État dans le capital des entreprises qui ont obtenu des droits d’exploration sur l’île, en échange d’une promesse que cet argent servirait à la recherche d’hydrocarbures.

Si on tient compte de l’appréciation boursière soudaine des deux plus grosses entreprises concernées (Pétrolia et Junex, qui valent maintenant 113 millions$), la somme investie par l’État correspond à la totalité de la valeur capitalisée de ces entreprises. En d’autres mots, on aurait pu les étatiser pour le même prix. Mais si on avait fait cela, on aurait acheté du vieux stock.

L’investissement servira plutôt à connaître de manière définitive, le potentiel pétrolier de l’île : plus précisément, l’investissement permettra de doubler le nombre de puits creusés.

Si nous avions affaire à du pétrole conventionnel, de nouveaux puits pourraient faire toute la différence. À titre d’exemple, au Texas, on peut percer un puits et ne rien obtenir, puis en percer un autre 1km plus loin et bingo : le pétrole jaillit.

La vingtaine de puits qui, jusqu’ici, ont permis de comprendre les caractéristiques de la couche de schiste, ont laissé de grandes zones inexplorées. Mais puisqu’on a affaire à une formation géologique relativement homogène, on peut déjà extrapoler à partir de ce qu’on sait. Il est donc hautement probable que cela ne nous apprendra rien d’important.

Cet investissement modifie toutefois l’acceptabilité sociale de l’exploitation pétrolière à Anticosti puisque grâce à lui, la collectivité québécoise recueillerait 60% des bénéfices d’une éventuelle exploitation… si cela devait être rentable.


Post-scriptum du 2016-01-30 : Un commentaire de l’ingénieur Marc Durand paru aujourd’hui dans le Le Devoir, apporte la correction suivante relativement aux engagements de l’État québécois :

Les engagements ne sont pas de 115M$, mais plutôt 56,7M$. Cent quinze millions c’était annoncé en 2014 pour l’ensemble des ententes possibles. Or pour la partie sud de l’île, Junex n’a jamais trouvé de partenaire et il n’y a donc pas eu de fonds affectés à une prise de participation de Ressource Québec.

Québec s’est engagé avec 56,7M$ pour sa part des dépenses (57%) d’exploration de 100M$. Ca ne lui donnait cependant que 35% des parts d’hydrocarbures Anticosti S.E.C. On ne sait pas combien des 100M$ ont été dépensés pour 12 forages (2014 et 2015).

Références
Conférence de Marc Durand : L’hypothétique gisement d’hydrocarbures non conventionnels d’Anticosti
Conférence de Marc Durand : Les risques et enjeux de l’exploitation du pétrole de roche-mère d’Anticosti
Feu vert à l’exploration pétrolière
Les hypothétiques gisements d’hydrocarbures non conventionnels d’Anticosti – Risques et enjeux
Pas de salut sans exportation pour le gaz de schiste
Pétrole de schiste: Marc Durand précise ses propos
Pétrolia, Junex et Corridor tirent un profit immédiat
Québec enclenche l’exploration pétrolière sur Anticosti
Québec investira 115 millions sur Anticosti
Québec, «penny stock»

Complément de lecture : Le pétrole québécois

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Une cimenterie d’un milliard$ en Gaspésie

Publié le 1 février 2014 | Temps de lecture : 3 minutes

McKinnis
 
Le marché domestique

La capacité de production des quatre cimenteries du Québec est de 3,7 millions de tonnes de ciment. Leurs usines fonctionnent présentement aux deux tiers de leur capacité puisque le marché domestique est de 2 millions de tonnes.

Le reste de cette capacité pourrait servir à l’exportation mais il l’est peu en raison de la morosité du marché domiciliaire américain et des effets de la Grande Récession, qui oblige les administrations publiques à limiter les grands projets d’infrastructure.

De ces quatre cimenteries, deux dominent le marché québécois :
— Lafarge, une cimenterie française dont 21% sont détenus par Power Corporation. Son usine est située à Saint-Constant (à 25km au sud de Montréal) et
— Ciment Québec, dont l’usine est à Portneuf (à 57km de la ville de Québec).

Environ dix pour cent du ciment utilisé au Québec est importé de Corée du Sud.

Une nouvelle cimenterie

Hier, la Première ministre du Québec annonçait un investissement privé d’un milliard$ — fortement appuyé financièrement par l’État — en vue de la construction de Ciment McInnis, une nouvelle cimenterie située en Gaspésie. Cette cimenterie sera la propriété de la société d’investissement Beaudier, que dirige l’homme d’affaires québécois Laurent Beaudoin.

La construction devrait entrainer la création de quelque 2 300 emplois. Elle débutera ce printemps-ci et s’étalera sur deux ans. Une fois construite, l’usine embauchera entre 200 et 400 personnes.

La capacité de production de Ciment McInnis sera entre 2,2 et 2,5 millions de tonnes de ciment, ce qui correspond à la totalité du marché domestique québécois. La nouvelle suscite donc l’inquiétude parmi les cimenteries déjà installées au Québec.

Le site de la Gaspésie, et plus précisément de Port-Daniel, se justifie par la présence d’importants gisements calcaires et par sa situation géographique. Celle-ci trahit sa vocation; cette usine est idéalement située en vue de l’exportation par voie maritime, vers les grands ports de la côte Est américaine. Par comparaison, les cimenteries existantes sont beaucoup mieux situées pour servir le marché domestique puisqu’ils sont situés à proximité des grands centres urbains du Québec.

Lors de la conférence de presse entourant l’annonce de cet investissement, le président de la Caisse de dépôt et placement déclarait : « Les besoins en infrastructures aux États-Unis sont énormes. On les évalue à 3 600 milliards d’ici 2020 (…) C’est donc c’est ce marché, plein de potentiel, que vise la cimenterie McInnis.»

Seul point négatif : la cimenterie sera alimentée au coke de pétrole, ce qui fera grimper de 10% le bilan des gaz à effet de serre du secteur industriel québécois.

Références :
Cimenterie de Port-Daniel-Gascons : Québec défend son investissement
Investissement d’un milliard pour le projet de cimenterie de Port-Daniel
La cimenterie de Port-Daniel verra le jour à l’été 2016
Près de la moitié de l’investissement sera financé par les fonds publics
Victoire pour les familles Bombardier-Beaudoin

Paru depuis : Nous ne visons pas les mêmes marchés

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Péréquation et transferts fédéraux

Publié le 31 janvier 2014 | Temps de lecture : 5 minutes

Le gouvernement fédéral canadien transfère aux provinces de l’argent selon quatre mécanismes.

La remise de l’impôt provincial

C’est au gouvernement central que tous les Canadiens — sauf les Québécois — paient à la fois leur impôt fédéral et provincial. Les Québécois sont les seuls à payer leur impôt provincial directement au gouvernement de leur province. Donc, pour toutes les autres provinces, le fédéral remet aux gouvernements provinciaux l’argent qu’il collecte annuellement en leur nom.

Le financement des gouvernements des territoires

En plus de dix provinces, le Canada comprend trois territoires nordiques. D’Ouest en Est, ce sont successivement le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut.

Ils sont administrés par des gouvernements créés à l’initiative du gouvernement fédéral et financés presque totalement par lui. En effet, les gouvernements territoriaux ont relativement peu de ressources financières (les peuples autochtones du Canada étant dispensés de l’impôt sur le revenu).

L’an prochain, le gouvernement fédéral attribuera à ces gouvernement la somme de 3,3 milliards$, soit 29 650$ par habitant.

La contribution aux programmes provinciaux

Le troisième mécanisme est la subvention fédérale aux programmes de santé et aux programmes sociaux des provinces. Pour l’année 2013-2014, environ 42,5 milliards$ seront transférés de cette manière. Cela représente 68% du soutien fédéral aux provinces.

Perequation2013
 
Cette subvention se fait au prorata, c’est-à-dire qu’elle est proportionnelle à l’importance démographique de chaque province. Prenons un exemple.

Désireux d’inciter toutes les provinces à instaurer un programme d’assurance hospitalisation (en suivant l’exemple de la Saskatchewan), le gouvernement fédéral a promis de subventionner tout régime provincial d’assurance-maladie qui serait conforme à ses critères.

La santé étant un domaine de compétence constitutionnelle exclusif des provinces, le gouvernement canadien ne pouvait pas agir seul; il devait passer par les provinces. En s’engageant à subventionner les régimes provinciaux, il incitait les provinces à créer leur propre programme, conforme aux normes édictées par le gouvernement central.

Afin d’être juste et de faire en sorte que, idéalement, chaque Canadien reçoive la même qualité de soin, quelle que soit la province où il habite, la subvention fédérale est calculée par personne. Plus une province est populeuse, plus elle reçoit d’argent.

À elle seule, la subvention fédérale aux soins de santé représente près de la moitié du soutien fédéral aux provinces et territoires.

La péréquation

Inscrite dans la Constitution canadienne-anglaise de 1982, la péréquation est un mécanisme de redistribution de la richesse. Il vise à réduire l’écart de capacité fiscale qui découle de la situation économique de chaque province.

Le calcul des sommes versées est dynamique. Il varie selon la situation économique de chaque province.

Au cours de neuf des dix années qui ont précédé l’arrivée au pouvoir du premier ministre Jean Charest — en d’autres mots, sous les gouvernements péquistes de Jacques Parizeau, Lucien Bouchard et Bernard Landry — la croissance économique du Québec a été supérieure à la moyenne canadienne. Conséquemment, le gouvernement fédéral avait réduit le montant de la péréquation auquel le Québec avait droit.

Par la suite, durant les neuf années au cours desquelles le Parti libéral a été au pouvoir, la croissance économique du Québec est redescendue sous la moyenne canadienne. Si bien que notre province est passée du quatrième au neuvième rang canadien quant au revenu par personne.

Conséquemment, sous le gouvernement Charest, le gouvernement fédéral a ajusté à la hausse la péréquation versée au Québec, celui-ci s’étant appauvri.

C’est ce qui a permis à M. Charest, au cours débat télévisé de la campagne électorale de 2007, de se vanter d’avoir réussi à obtenir plus d’argent du fédéral que ses prédécesseurs péquistes, ce qui est rigoureusement vrai. Toutefois, il s’agissait d’une manière détournée de se vanter de la gestion désastreuse de l’économie québécoise par son gouvernement.

L’an prochain, l’Alberta, la Colombie canadienne, la Saskatchewan et Terre-Neuve — les quatre provinces dites « riches » — ne recevront pas un sou de péréquation. Par habitant, l’Île-du-Prince-Édouard recevra 2 404$, le Nouveau-Brunswick 2 210$, la Nouvelle-Écosse 1 730$, le Manitoba 1 367$, le Québec 1 129$, et l’Ontario 145$.

Précisons qu’à cause de l’importance de sa population, le montant de péréquation qui sera versé au Québec l’an prochain représentera à lui seul 57,1% de l’ensemble de la péréquation versée aux provinces canadiennes, soit 9,2 milliards$.

Références :
Pure propagande!
Soutien fédéral aux provinces et aux territoires
Tommy Douglas

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Finance et banques

Publié le 17 janvier 2014 | Temps de lecture : 2 minutes

 
Croissance_financeLe secteur financier se compose des banques, des fonds d’investissements, des assureurs, des firmes de vérification comptable et des maisons de courtage.

Dans la décennie qui a précédé la crise financière internationale de 2007, l’importance du secteur financier s’est accrue considérablement dans les pays anglo-saxons.

C’est ainsi que ce secteur représentait 5,4% de la valeur ajoutée au Royaume-Uni en 2000 : il en représentait 9,4% en 2011. Le quartier des affaires de Londres — appelé « The City » parce qu’il correspond au Londres intra-muros médiéval — génère à lui seul 22% de toute la valeur ajoutée de la capitale britannique.

Seule la Suisse possède un secteur financier proportionnellement plus important pour son économie.

La crise financière ayant décimé les plus petites banques, le secteur bancaire britannique est aujourd’hui dominé à 75% par quatre grandes institutions : HSBC (4e au monde), la Banque royale d’Écosse (12e), Barclays (15e) et Lloyds Banking Group (18e). En 2011, ces quatre banques ont généré des profits de 43,6 milliards$ (29,4 milliards d’euros).

En ordre décroissant, les dix plus grosses banques au monde sont : ICBC (Chine), JP Morgan Chase (ÉU), Bank of America (ÉU), HSBC Holdings (Royaume-Uni), China Construction Bank (Chine), Citygroup (ÉU), Mitsubishi Financial Group (Japon), Wells Fargo (ÉU), Banque de Chine, et Banque agricole de Chine.

Si la Chine semble si bien représentée, c’est que son secteur bancaire est plus concentré. Globalement, ce sont les banques américaines (une multitude) qui possèdent les actifs les plus importants au monde.

Les cinq plus grosses banques françaises sont : BNP Paribas (11e rang mondial), Crédit Agricole (13e), Groupe BPCE (22e), Société générale (28e) et le Crédit mutuel (35e).

Parmi la liste des 50 plus grosses banques mondiales, le Canada a deux institutions : la Banque Royale du Canada (41e) et la Banque de Nouvelle-Écosse (49e). La Suisse en a également deux : le Crédit Suisse (30e) et UBS (32e).

Références :
Secteur financier
Top 50 Banks
UK banks: how powerful are they?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le pétrole québécois

Publié le 14 janvier 2014 | Temps de lecture : 4 minutes

Anticosti

Située dans le golfe du Saint-Laurent et faiblement peuplée, Anticosti est la plus grande île du Québec. Sa superficie est de 7 900 km² — soit à-peu-près la taille de la Corse — dont 572 km² constituent un parc national.

Son sous-sol renferme 40 milliards de baril de pétrole de schiste. Les techniques actuelles d’extraction — basées sur la fracturation hydraulique de la pierre de schiste — ne permettent qu’un faible rendement, de l’ordre de 1,2 pourcent.

En supposant que le Québec permette le saccage de cette réserve faunique au nom du progrès, l’exploitation pétrolière complète de l’ile nécessiterait la mise en place de 12 000 puits d’extraction au coût unitaire de dix millions$, soit un coût total de 120 milliards$.

Or la ressource exploitable (le 1,2%), à 100$ le baril, ne vaut que 50 milliards$.

De plus, afin d’éviter la contamination des nappes phréatiques, il est préférable que la fracturation hydraulique se fasse à plus d’un km en dessous des sources d’eau potable. Malheureusement, la structure géologique du gisement Macasty frôle les nappes phréatiques à environ 400 mètres, ce qui nécessiterait l’établissement de normes environnementales complaisantes afin d’y permettre l’exploitation pétrolière.

La Gaspésie

L’analyse des formations géologiques du sous-sol gaspésien permet de croire qu’on pourrait y trouver du pétrole de schiste. Jusqu’à maintenant, l’exploration y a trouvé des indices de gisements mineurs.

Le projet de plus avancé entrevoit un gisement de 7,7 millions de barils situé en partie dans la ville de Gaspé. Un peu plus loin, le gisement de Galt renfermerait 300 millions de barils de pétrole de schiste, soit moins du dixième des réserves d’Anticosti.

Dans tous les cas, à moins d’une revision à la hausse de l’importance des gisements ou d’une amélioration substantielle de la productivité des méthodes d’extraction, la rentabilité de l’exploitation des gisements pétroliers gaspésiens est plus que douteuse.

Le gisement Old-Harry


 
Ce gisement chevauche la frontière qui sépare deux provinces : le Québec et Terre-Neuve. Il ne s’agit pas ici d’un pétrole dispersé sous forme d’une multitude de gouttelettes emprisonnées dans une structure géologique à fragmenter, mais plutôt d’un gisement conventionnel qu’il suffit d’atteindre pour que le pétrole en jaillisse.

On parle d’une réserve de 2 milliards de barils de pétrole conventionnel.

L’économie de Terre-Neuve-et-Labrador connaît depuis quelques années une croissance fulgurante, liée aux développements de l’exploitation pétrolière offshore. Le produit intérieur brut par habitant, longtemps au dernier rang des provinces canadiennes, se situe maintenant au deuxième rang, derrière l’Alberta. Renoncer à exploiter la portion québécoise du gisement Old-Harry équivaut à en donner le monopole à Terre-Neuve.

Quant aux risques d’un déversement massif de pétrole — sur l’industrie de la pêche et l’industrie touristique des Iles de la Madeleine — ils semblent insignifiants comparés aux revenus potentiels d’une exploitation pétrolière. Quant à la contamination des nappes phréatiques de l’archipel des Iles de la Madeleine (situé à 80km du gisement), elle est tout simplement impossible.

Lorsque l’Humanité sera passée aux énergies renouvelables — ce qui n’est pas pour demain — il sera trop tard pour tirer profit de ce qui dort chez nous au fond du golfe.

Références :
Les hypothétiques gisements d’hydrocarbures non conventionnels au Québec — Risques et enjeux
Pétrole: pour un contre-manifeste
Terre-Neuve-et-Labrador
Vendre la peau d’un ours qu’on n’a pas encore vu

Parus depuis :
Fracturation pétrolière: le règlement québécois «conçu pour l’industrie» (2016-02-06)
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Écrit par Jean-Pierre Martel


La dette publique chinoise

Publié le 4 janvier 2014 | Temps de lecture : 3 minutes
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Depuis le 15 mars 2013, la Chine est dirigée par un nouveau Premier ministre, soit monsieur Li KeQiang. Lorsque ce dernier occupait le poste gouverneur de la province du Liaoning, il avait confié à l’ambassadeur américain à Beijing qu’il prenait à la légère certains indices économiques officiels.

Selon lui, la concurrence vive que se livraient ses collègues les incitait à embellir la croissance économique de leur région afin de prouver leur compétence de gestionnaire et améliorer leurs chances d’une promotion.

Pour évaluer la véritable santé économique de sa province, le gouverneur KeQiang se basait plutôt sur trois données : la consommation d’électricité, le niveau du transport ferroviaire de marchandise et le volume de crédits émis.

Devenu premier ministre,  monsieur KeQiang a conservé la même méfiance. Quatre mois après son accession au pouvoir, l’ancien gouverneur a ordonné la vérification comptable de 62 000 administrations locales, soit toutes les provinces, préfectures et cantons du pays.

Cette mesure vise non seulement à fournir des données plus fiables sur la santé économique de la Chine, mais cela permet d’assoir l’autorité du nouveau chef de l’État; dorénavant, tous ceux qui ont menti grossièrement sont sujets à la purge. Leur maintien en fonction dépend donc du bon vouloir des nouveaux dirigeants du pays.

Pas moins de 50 000 experts comptables ont donc été dépêchés dans tous les coins du pays. Leurs conclusions ont été rendues publiques il y a six jours.

Au niveau des provinces, des préfectures et des cantons, les emprunts directs sont de l’ordre de 1,9 trillions$ (c’est-à-dire presque deux mille milliards$). À cela s’ajoutent 1,2 trillions$ en garanties de prêts endossées par ces administrations.

Depuis 2010, cet endettement est passé de 20% à 33,2% du produit intérieur brut (PIB) chinois. En somme, afin de compenser la diminution des exportations vers l’Occident, les administrations locales ont soutenu la croissance économique de leur région par des investissements massifs en infrastructures (routes, gares, bâtiments officiels, quartiers résidentiels, etc.).

En ajoutant la dette du gouvernement central, la dette publique chinoise atteint donc 4,6 trillions$, soit 56,2% du PIB. En contrepartie, le gouvernement central possède les plus importantes réserves de devises étrangères et d’or au monde, soit 3,2 trillions$ (en janvier 2012).

Références :
En Chine, la dette des collectivités locales n’en finit pas de s’alourdir
Imprécision des données macroéconomiques chinoises
Réserves de change

Détails techniques : 
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Sauvetage économique de l’Irlande : miracle ou mirage ?

Publié le 17 décembre 2013 | Temps de lecture : 5 minutes
Parlement irlandais (© 2011 — Tebibyte, sur Wikipédia)

À la fin de la semaine dernière, les agences de presse européennes annonçaient la fin du plan d’aide destiné à soutenir l’économie irlandaise. Ces dépêches ont été reprises en chœur par tous les grands quotidiens à travers le monde.

En réalité, l’Irlande n’a pas encore remis un sou des 124 milliards$ du plan d’aide — au taux d’intérêt de 6,7% — que ce pays a été obligé d’accepter en 2010 afin de sauver son système bancaire, menacé de faillite.

Il y a quatre jours, le Fonds monétaire international (FMI) versait même une tranche de 890 millions$, destinée à être la toute dernière de son aide financière à Dublin.

Cette perfusion massive du trio de bailleurs de fonds — la Commission de Bruxelles, la Banque centrale européenne et le FMI — a permis à l’économie irlandaise de connaître une très faible croissance économique depuis trois ans, après la débâcle de la crise économique de 2007-2010.

Sur la base d’une prédiction de croissance de 2% l’an prochain, le gouvernement irlandais et le FMI ont annoncé conjointement la fin du plan d’aide.

Malheureusement, ceci est inexact. En réalité, le FMI estime qu’il n’aura plus à effectuer de nouveaux versements pour soutenir le pays. Mais l’Irlande ne s’est toujours par affranchi du plan d’aide dans la mesure où elle doit toujours rembourser les 124 milliards$ qui lui ont été prêtés.

À l’heure actuelle, l’Irlande est le dixième pays le plus endetté au Monde. Cette dette est estimée à 118,4% du PIB en 2012, soit une croissance de 12% en comparaison avec l’année précédente. Et on estime qu’elle aura grimpé à 124% à la fin de ce mois-ci. Donc l’Irlande s’enfonce dans la dette.

Depuis 1987, l’Irlande a beaucoup cru au néo-libéralisme. En adhérant à l’Union européenne en 1973 et en réduisant le taux d’imposition des entreprises (12,5% contre 33,3% en France), ce pays a attiré de nombreux capitaux étrangers.

Au moment de son adhésion au marché commun européen, le PIB par habitant était à 64% de la moyenne européenne. Entre 1994 et 2000, son taux de croissance économique fut de 8% par année. Si bien que le PIB par habitant s’est haussé au deuxième rang européen, après le Luxembourg.

Mais la déréglementation de la finance irlandaise a favorisé les pires abus et conséquemment, le pays a été frappé de plein fouet par la crise économique. La récession a provoqué une contraction du PIB de 3% en 2008, 7% (sic) en 2009 et 0,4% en 2010.

Menacé de faillite, le pays a été forcé d’accepter de se porter garant de toutes les dettes de ses banques privées (même à l’étranger), plutôt que de faire comme l’Islande (qui ne s’est portée garante que pour les dettes contractées sur son territoire). On estime que le pays a du dépenser 40% de son PIB (soit le tiers de sa dette actuelle) afin de sauver son système bancaire.

Le résultat est une dette faramineuse et un taux de chômage qui est passé de moins de 4% avant la crise à 15,1% en 2012.

Critiqué pour la sévérité des correctifs qu’il impose, le FMI a besoin de prouver que ses plans de sauvetage fonctionnent bien. De plus, en annonçant triomphalement la fin du plan d’aide monétaire international, le FMI espère protéger l’Irlande des spéculateurs sur sa dette. Cela est très naïf.

Les dirigeants de ce pays ne prévoient pas de retour à l’équilibre budgétaire avant 2018. En d’autres mots, la dette de l’Irlande continuera d’augmenter d’ici là.

Que feront les agences de notation ? Ils abaisseront la cote du pays. Et les créanciers, de plus en plus inquiets, réclameront des taux d’intérêts de plus en plus élevés, au fur et à mesure où augmentera le risque du financement de cette dette.

Les assureurs qui protègent les créanciers contre un défaut de paiement augmenteront leurs primes. Leurs analystes susciteront la crainte, évoquant le risque croissant d’une faillite de l’État irlandais afin de justifier l’augmentation des primes exigées par ces assureurs. Même les créanciers qui ne sont pas inquiets auront avantage à prétendre l’être afin de forcer l’État irlandais d’augmenter le taux d’intérêt de ses emprunts.

Or l’assiette fiscale du pays est d’autant plus mince que les entreprises y contribuent peu. Conséquemment, l’État devra privatiser et transférer sur le dos des particuliers une part croissante du coût des services qu’il assumait jusque là.

Les Irlandais, qui profitent très peu de la faible croissance économique actuelle du pays, verront leur pouvoir d’achat fondre au fur et à mesure que leur gouvernement pliera sous les exigences de ses bailleurs de fonds.

Bref, de sombres jours à l’horizon, à l’opposé de ce que suggèrent les manchettes récentes des quotidiens…

Références :
CIA Word FactBook
Irlande
Islande : La révolution des casseroles
Les incendiaires
L’Irlande déclare la fin du plan d’aide FMI-UE
L’Irlande sort du plan d’aide mais les célébrations attendront
L’Irlande s’affranchit de l’aide internationale
L’Irlande, toujours face à ses démons

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Écrit par Jean-Pierre Martel