Le chômage par pays en 2015

Publié le 7 mars 2016 | Temps de lecture : 4 minutes
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L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) est une organisation internationale qui réalise, entre autres, des études économiques comparatives.

Au sujet du chômage dans différents pays, les dernières données qu’elle a publiées remontent au troisième trimestre de 2015. Les plus récentes relativement au chômage des jeunes datent de 2014.

Sans surprise, les taux de chômage européens les plus élevés sont ceux de la Grèce et de l’Espagne : ces pays se distinguent nettement des autres grands pays développés.

Suivent ensuite le Portugal, l’Italie et l’Irlande, en particulier quant au chômage chez les jeunes de 15 à 24 ans.

En 2013 sur ce blogue, j’exprimais de sérieuses réserves au sujet du relèvement économique de l’Irlande, présenté comme étant remarquable par certains chroniqueurs économiques.

Depuis 2013, ce paradis fiscal a connu une des plus fortes croissances du PIB en Europe. Cette nouvelle richesse est liée aux activités de succursales étrangères établies dans ce pays, qui se sont empressées de distribuer ces profits à leurs actionnaires répartis à travers le monde.

Et comme le taux d’imposition des entreprises en Irlande est un des plus faibles d’Europe, cette richesse — qui n’a que transité en Irlande — a très peu servi à soulager la dette irlandaise (au 10e rang mondial des dettes nationales) et très peu profité au peuple de ce pays.

Si bien que le taux de chômage en Irlande est parmi les plus élevés d’Europe, ce qui confirme ce j’écrivais précédemment.

Ce qui est intéressant, c’est de comparer le cas de l’Irlande à celui de l’Islande.

Il s’agit de deux pays insulaires situés à la périphérie de l’Europe, qui ont tous deux cru avec enthousiasme au néolibéralisme et notamment aux avantages de la dérèglementation de leurs institutions financières.

Lors de la Grande Récession de 2007, les gouvernements de ces deux pays se sont portés garants des dépôts effectués sur leur territoire respectif auprès des banques nationales en difficulté.

Toutefois, seule l’Irlande a plié aux demandes britanniques de cautionner également les dépôts effectués auprès des succursales des banques irlandaises installées au Royaume-Uni. Avec le résultat que l’Irlande croule sous les dettes.

À l’opposé, l’Islande — à l’issue de la révolution des casseroles — a estimé que c’était au gouvernement britannique de protéger ses propres épargnants. Si bien que l’Islande est considérée aujourd’hui comme un paria par les grandes capitales financières du monde, au premier chef desquelles se trouve la City (le quartier financier de Londres).

Mais ce n’est pas le seul résultat. L’Islande a tiré la leçon de cette expérience et s’est détournée du néolibéralisme financier. Malgré le fait qu’on ne cite jamais ce pays en exemple, il jouit aujourd’hui d’un des plus faibles taux de chômage au monde.

La conclusion qu’on doit en tirer, c’est que les chroniqueurs économiques sont largement tributaires des nouvelles rédigées par agences de presse internationales, ces dernières (notamment l’AFP) n’étant que les relais de la propagande des hautes instances financières.

Le Japon est aussi un cas d’exception. C’est le pays industrialisé le plus endetté au monde. Mais sa dette est essentiellement détenue par ses propres citoyens. Ce qui met ce pays hors de portée de la voracité des spéculateurs internationaux qui ne peuvent obliger ce pays à emprunter à des taux élevés.

S’il est vrai que la situation économique du Japon est très délicate et n’augure rien de bon pour l’avenir, ses dirigeants ont réussi jusqu’ici à y maintenir le plein emploi, au bénéfice du peuple japonais. Peut-être doit-on y voir matière à réflexion pour les chantres aveugles de l’austérité gouvernementale au Québec…

Références :
Taux de chômage
Taux de chômage des jeunes

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La CSeries de Bombardier

Publié le 17 février 2016 | Temps de lecture : 7 minutes
© — Bombardier

Historique de la CSeries

Bombardier est une entreprise créée en 1941 par l’inventeur de la motoneige, Joseph-Armand Bombardier.

Après avoir diversifié ses opérations dans la construction de matériel ferroviaire (en 1974), cette compagnie s’est lancée à la fin des années 1980 dans la construction aéronautique.

Le créneau qu’elle a développé est celui des avions d’affaires d’environ cinquante places, qui connurent un immense succès.

À la suite des attentats du 11 septembre 2001, l’industrie aéronautique a traversé une crise.

En 2003, Bombardier vend sa division de véhicules récréatifs (Ski-Doo et Sea-Doo) afin de dégager des liquidités lui permettant de se consacrer à ses activités les plus lucratives, notamment la construction aéronautique, en dépit de ses difficultés.

Bientôt concurrencée par des compagnies rivales, Bombardier a décidé de viser plus haut en entreprenant en 2008 un ambitieux projet de construction d’avions monocouloirs de 108 à 160 passagers.

Airbus et Boeing fabriquent déjà de tels avions. Afin de leur ravir des parts de marché, Bombardier s’est donné la mission de concevoir à partir de rien une nouvelle génération de tels appareils — une première depuis 25 ans — en recourant aux technologies les plus actuelles, à des matériaux plus solides et plus légers, de même qu’à de nouveaux moteurs de Pratt & Whitney ultra performants et beaucoup plus silencieux.

Avec ses deux milliards$ de recherche et développement dépensés annuellement, la CSeries est devenue le projet industriel le plus innovant au Canada depuis les vingt dernières années.

À l’origine, ces avions devaient représenter une économie de carburant de 20% en comparaison avec les modèles de ses concurrents, ce qui était appréciable à l’époque encore récente où le pétrole valait plus de 100$ le baril.

Avec les améliorations qu’Airbus et Boeing ont apportées à leurs vieux modèles, l’écart s’est rétréci à environ 10%.

Problèmes financiers de Bombardier

Les couts de développement de la CSeries ont explosé à 5,4 milliards$US, soit au moins 2 milliards$ de plus que prévu.

Pendant ce temps, la division ferroviaire de Bombardier est toujours rentable mais beaucoup moins qu’avant en raison de la concurrence étrangère et de l’obligation de saupoudrer des retombées économiques un peu partout afin d’obtenir des contrats publics.

En misant tout son avenir sur la CSeries, Bombardier affecte moins de ressources à ses avions d’affaires. Conséquemment, ces derniers perdent des parts de marché à cause des améliorations que d’autres constructeurs apportent à leurs modèles concurrents.

Le résultat est que Bombardier a bénéficié de revenus de 18,2 milliards$US en 2015, soit presque deux milliards$ de moins qu’en 2014.

Les actionnaires, qui veulent des profits immédiats, trépignent et se tournent vers d’autres placements. Le prix unitaire de l’action de Bombardier est tombé si bas que la valeur boursière de Bombardier est d’environ deux milliards$ de dollars.

Pensez qu’il s’agit là du prix déboursé récemment par une compagnie américaine pour acheter une chaine de quincaillerie québécoise.

Mais si Bombardier vaut maintenant si peu, pourquoi des rivaux (Boeing ou la Chine) ne dépensent-ils pas deux milliards$ pour l’acheter, acquérir ses technologies de pointe, délocaliser sa production et mettre les clés dans la porte, se débarrassant ainsi d’un concurrent ?

C’est que le montage financier de Bombardier est un peu spécial. Beaucoup de conglomérat sont structurés de manière à ce qu’à partir d’une mise de fonds minimale, un petit nombre de personnes détiennent le contrôle d’une constellation d’entreprises valant des dizaines ou des centaines de fois plus.

C’est le cas de Bombardier. La famille Beaudoin-Bombardier — héritière du fondateur Joseph-Armand Bombardier — possède 14% des actions de l’entreprise. Mais ce sont des actions à vote multiple alors que pour les autres actionnaires, c’est une action, un vote.

Le résultat est que leur 14% vaut 54% des droits de vote. Donc même si Boeing achetait toutes les actions qui n’appartiennent pas à la famille Bombardier, il ne pourrait pas prendre le contrôle de la compagnie.

Déjà des spéculateurs rapaces font pression pour que tout prêt que pourrait consentir le gouvernement fédéral soit conditionnel à ce que la famille Beaudoin-Bombardier se départisse de ses actions à vote multiple.

Cela n’arrivera pas puisque cette famille avait déjà refusé un tel arrangement proposé l’automne dernier par la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Importance économique de Bombardier

Bombardier emploie 74 000 personnes à travers le monde, dont 24 340 au Canada.

En excluant ses activités ferroviaires, la division aéronautique fait travailler 20 000 de ces 24 340 employés. C’est un travailleur sur neuf de l’industrie aéronautique au Canada, un secteur qui représente des ventes de 29 milliards$.

Sur les 20 000 emplois au Canada, 16 000 — soit 80% — sont au Québec. À lui seul, Bombardier représente 40% de tous les emplois québécois du secteur de l’aéronautique.

Il est approvisionné par 600 fournisseurs et représente deux pour cent du PIB du Québec. Deux pour cent alors que la CSeries n’est pas encore entrée en production; on peut imaginer cette importance lorsque Bombardier commencera à livrer la marchandise.

À la défense de Bombardier

En raison de son importance stratégique, le gouvernement québécois a décidé d’appuyer financièrement le constructeur.

La Caisse de dépôt et placement du Québec a déboursé deux milliard$ pour acquérir trente pour cent de sa division ferroviaire. Cette initiative a fait l’unanimité de la classe politique au Québec.

De plus, l’État québécois — par le biais d’Investissement Québec — a investi un milliard$US dans une nouvelle structure financière, tributaire de Bombardier, qui prendra en charge le financement de la CSeries. Bombardier en possèdera 50,5% tandis qu’Investissement Québec en détiendra le reste. L’État québécois prend donc en charge la moitié du risque financier du projet, ce qui suscite la controverse.

En contrepartie de cet investissement, Bombardier s’engage à maintenir au Québec le siège social stratégique, financier et opérationnel de la nouvelle société responsable de la CSeries, de même que les activités de recherche et développement à son sujet, d’ingénierie, et de la partie de la fabrication directement effectuée par Bombardier (ce qui exclut celle confiée à de la sous-traitance).

Références :
Bombardier (entreprise)
Bombardier cutting 7,000 jobs
Bombardier: une perte de 4,9G$ et une participation de 1G$ de Québec
Former minister urges Ottawa to think hard before rebuffing Bombardier
If Ottawa opts to bail out Bombardier, it ought to impose one key condition
La Caisse de dépôt investit 2 milliards dans Bombardier Transport
Ottawa looking at ‘creative’ options to financially support Bombardier
Où coupera Bombardier?
Québec investit 1 milliard $US dans Bombardier
Say no to Bombardier bailout: Editorial

Parus depuis :
La science derrière la C Series (2016-02-19)
Il n’y aurait pas de corrélation entre gouvernance et performance boursière (2016-03-04)
Bombardier: préserver sa propriété canadienne (2016-04-27)
Duel d’actionnaires (2016-05-05)
Les ravages du court terme (2016-06-23)
Bombardier et la Serie C: les Coûts du « fédéralisme canadien » (2016-06-27)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La déclaration obligatoire de l’évitement fiscal

Publié le 26 janvier 2016 | Temps de lecture : 4 minutes
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Principal parti d’opposition, le Parti québécois est dirigé par Pierre-Karl Péladeau (ci-dessus), un des hommes d’affaires les plus riches du Québec.

Dimanche dernier, l’émission télévisée Enquête révélait qu’à l’époque où il dirigeait son empire médiatique, cet empire possédait une trentaine de compagnies et de succursales dans des paradis fiscaux.

Précisant que cela n’avait rien d’illégal, l’émission émettait l’hypothèse que ces entreprises avaient été créées à des fins d’évitement fiscal, une pratique courante au sein des entreprises multinationales.

À cela, M. Péladeau a répliqué qu’il n’avait jamais créé de compagnie dans un paradis fiscal. Toutefois, il a reconnu avoir fait l’acquisition d’entreprises qui en possédaient déjà, une situation dont il n’aurait appris l’existence que récemment.

Il est très improbable que M. Péladeau ne sût pas très bien ce qu’il achetait lorsqu’il faisait l’acquisition d’une compagnie.

Au tribunal de l’opinion publique, il ne suffit pas de dire la vérité. Encore faut-il que celle-ci soit plausible. Ce qui n’est pas le cas ici.

Toutes les grandes entreprises ont des succursales dans les paradis fiscaux.

L’homme d’affaires Paul Martin, ex premier ministre du Canada, en possédait.

Cette pratique est non seulement permise par nos gouvernements, elle est encouragée par eux, officiellement pour permettre aux entreprises ‘canadiennes’ d’être plus concurrentielles.

L’essence du néo-libéralisme, c’est l’exonération des possédants du financement de l’État. Cela est évidemment de nature à susciter l’indignation des contribuables qui assistent, impuissants, aux exonérations et aux subventions dont bénéficient ceux qui accaparent la richesse de nos pays.

À mon avis, M. Péladeau aurait été mieux avisé d’avouer que l’évitement fiscal est une injustice mais qu’il ne serait jamais devenu celui qu’il est s’il avait refusé de s’adonner à une pratique généralisée.

D’autre part, lorsqu’on est dans l’opposition, la politique est l’art de saisir les occasions.

À sa place, j’aurais déclaré que son parti est prêt à appuyer tout projet de loi visant à abolir ou diminuer la pratique de l’évitement fiscal.

Évidemment, cela suggère qu’arrivé au pouvoir, c’est ce que ferait le Parti Québécois : je serais très surpris que cela ne soit pas déjà dans son programme électoral.

De plus, pour relancer la balle dans le camp de ses adversaires, M. Péladeau devrait présenter dans les plus brefs délais une résolution à l’Assemblée nationale qui demande au gouvernement de soumettre un projet de loi qui oblige les compagnies à révéler l’importance de l’évitement fiscal auquel elles s’adonnent.

La présentation d’une telle résolution serait un moyen efficace de faire taire les rumeurs au sujet de M. Péladeau. Si effectivement, l’empire médiatique de M. Péladeau ne s’adonne pas à cette pratique, c’est ce qu’on apprendra.

Autrement, M. Péladeau devra s’attendre à ce que ce sujet réapparaisse dans l’actualité en période électorale.

Il n’en tient qu’à lui pour qu’il en soit autrement.

Références :
Paradis fiscaux – Pierre Karl Péladeau nie avoir «créé» des succursales
Pierre Karl Péladeau, Québecor et les paradis fiscaux

Parus depuis :
L’Europe s’attaque à l’évitement fiscal (2016-01-29)
Paradis fiscaux – Des révélations contredisent Péladeau (2016-01-29)
Paradis fiscaux – Le Québec est maître chez lui… mais l’ignore (2016-09-16)
Les paradis fiscaux, « une maladie » qu’il faut enrayer (2016-11-15)
Zéro impôt payé sur des gains de 35 milliards $ pour les plus riches (2023-08-15)

Complément de lecture :
Est-il juste que les riches paient autant d’impôt ?

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 40-150 mm R — 1/60 sec. — F/4,0 — ISO 6400 — 40 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Pipeline Énergie Est : le NON ! de Montréal

Publié le 22 janvier 2016 | Temps de lecture : 7 minutes

Introduction

À l’occasion d’une conférence de presse tenue le 21 janvier dernier, le maire de Montréal et le président de la Communauté métropolitaine ont annoncé conjointement l’opposition unanime des 82 villes de la région au passage du pipeline Énergie Est sur leur territoire.

Le projet Énergie Est n’entrainera que la création d’une trentaine d’emplois directs permanents. Ses retombées fiscales seront, au plus, de 45 millions$ par année pour le Québec. En contrepartie, un déversement majeur dans la région montréalaise pourrait couter entre un et dix milliards$. Il faudra donc entre vingt ans et deux siècles de revenus fiscaux pour payer le cout d’une catastrophe environnementale majeure qui pourrait survenir.

À la suite de cette annonce de cette opposition, le premier ministre de la Saskatchewan a exprimé sa colère sur son compte Twitter.

L’absence de stratégie industrielle du gouvernement canadien

Au cours de la décennie Harper, le Canada n’avait pas de stratégie de développement industriel.

Les politiques économiques du gouvernement canadien consistaient à avaliser tout investissement privé en supprimant les obstacles à sa réalisation.

L’État canadien devenait l’instrument servile de la maximisation des profits de l’entreprise, quelles qu’en soient les conséquences pour la population du pays. Les citoyens de Lac-Mégantic en savent quelque chose.

Bloqué au sud et à l’ouest, la seule issue du pétrole canadien devenait son transport vers l’est. De plus, son moyen de transport de plus économique, c’est le pipeline.

Entre le raffinage sur place et l’exportation brute à l’étranger, il est plus économique de le transformer dans des pays où les couts de la main-d’œuvre sont moindres et où les lois visant à protéger les travailleurs sont absentes.

Voilà pourquoi la compagnie TransCanada a décidé de la construction d’un pipeline traversant les trois quarts du pays afin de pouvoir exporter du brut canadien.

La capacité du pipeline de TransCanada est de 1,1 million de barils par jour alors que la capacité maximale de raffinage du Nouveau-Brunswick n’est que 0,3 million de barils par jour. Donc ce pétrole sera principalement exporté sans être raffiné au pays.

Contrairement au président américain (qui a bloqué un projet analogue parce qu’il n’était pas dans l’intérêt des États-Unis), jamais son homologue canadien ne s’est demandé la même chose pour le Canada.

Son gouvernement s’est contenté de placer des sympathisants de l’industrie pétrolière à la tête des organismes chargés d’évaluer l’acceptabilité environnementale du projet et de passer des lois en vertu desquelles serait considérée comme acte terroriste toute tentative d’empêcher sa réalisation (un blocus routier de citoyens, par exemple).

Le tracé le plus risqué

De toutes les manières d’acheminer le pétrole canadien vers les marchés d’exportation, la plus risquée est de lui faire traverser les zones les plus densément peuplées et là où se concentre l’industrie manufacturière du pays.

Le trajet Énergie Est évite la majorité des zones industrielles de l’Ontario. Mais il passe en plein dans la vallée du Saint-Laurent.

Face à un gouvernement aveuglément voué à ses intérêts, la compagnie TransCanada n’a pas cru bon élaborer un tracé alternatif à celui le plus économique.

Mais ce projet, est-il le meilleur pour le Canada ?

Une solution alternative

En vertu des traités de libre-échange conclus par le Canada, notre pays ne peut obliger la transformation locale d’une richesse naturelle extraite au pays.

Son seul pouvoir de marchandage officieux est donc la nécessité pour l’industrie d’obtenir l’autorisation nécessaire dans le cas du transport de matières dangereuses.

Plutôt que de se traîner les pieds jusqu’à ce que TransCanada soumette un projet qui consiste à transporter du pétrole raffiné vers l’Étranger, les Conservateurs ont misérablement trahi les intérêts du pays.

Et la propagande conservatrice a convaincu nos concitoyens de l’Ouest que cette trahison servait leurs intérêts.


 
Le tracé le plus sécuritaire est celui qui achemine le pétrole raffiné à un port en eau profonde situé dans la baie d’Hudson. De là, celui-ci serait expédié par bateau aux lieux de sa consommation à travers le monde. C’est le tracé en vert sur la carte ci-dessus.

Pour les provinces productrices, cette suggestion permettrait de relancer leur industrie pétrolière, durement touchée par l’effondrement des prix des hydrocarbures, en y augmentant la valeur ajoutée du pétrole, plutôt que d’exporter cette ressource brute.

Pour les populations du Manitoba, de l’Ontario, et du Québec, on les libère du risque d’une catastrophe. Les habitants du Nouveau-Brunswick ne perdent rien de ce qu’ils ont déjà.

Au premier abord, les peuples autochtones de la baie d’Hudson sont les grands perdants puisqu’on transfère sur leur dos un risque environnemental qu’on soulage ailleurs.

Or leur acceptation au projet du pipeline court est, à mon avis, une condition sine qua non à sa réalisation.

Voilà pourquoi les peuples autochtones devraient avoir priorité à l’embauche, et qu’au minimum 80% des emplois devraient leur être accordés.

Le Grand-Nord canadien a une économie de subsistance et les peuples qui l’habitent sont aux prises avec des problèmes sociaux importants (alcoolisme, abus de drogue, violence conjugale, etc.).

La législation québécoise prévoit que dans le cas d’infrastructures (autoroutes, écoles, hôpitaux, etc.), un pour cent du budget soit consacré à la création d’œuvres artistiques.

Dans le cas du pipeline canadien, un pour cent du budget de l’ensemble de ce projet devrait être consacré à la réalisation des priorités sociales et culturelles déterminées par les leaders autochtones.

De plus, un fonds d’indemnisation d’un milliard de dollars devrait être créé et géré indépendamment du transporteur pétrolier dans le but d’indemniser sur-le-champ les victimes de toute catastrophe environnementale qui pourrait résulter de ce projet, sans qu’ils aient besoin de s’adresser aux tribunaux.

De toute évidence, un tel projet serait dans l’intérêt de tous les Canadiens.

Conclusion

L’opposition québécoise au projet de la compagnie TransCanada est légitime.

Toutefois, il serait important que nos élus fassent l’effort d’expliquer aux citoyens des provinces de l’Ouest que les Québécois ne désirent pas nuire à leurs intérêts économiques mais au contraire, désirent l’ajout de valeur ajoutée à l’extraction pétrolière. Un ajout qui servira exclusivement leurs intérêts.

Il est certain que l’industrie pétrolière utilisera toute sa machine de propagande afin de susciter la colère des gens de l’Ouest canadien et nous intimider. D’où l’importance du dialogue pour éviter les incompréhensions mutuelles.

Références :
Le pipeline de TransCanada en trois questions
Projet Enbridge: peu d’avantages pour le Québec, selon une étude
Projet Énergie Est : C’est «non», scandent les maires de la CMM
82 maires disent non à l’oléoduc Énegie Est
TransCanada va de l’avant avec son oléoduc vers l’est du pays
TransCanada veut bâtir un pipeline qui traversera le Québec
Where oil meets water: The final stop for the Energy East pipeline

Parus depuis :
Un pipeline voué à l’exportation de pétrole de l’Ouest (2016-03-09)
Keystone pipeline raises concerns after third major spill in five years (2022-12-21)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’option alternative d’un pipeline court

Publié le 7 novembre 2015 | Temps de lecture : 6 minutes
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Introduction

‘Énergie Est’ est le nom d’un projet de la compagnie TransCanada visant à construire un pipeline de 4 600 km destiné à transporter quotidiennement 1,1 million de barils de pétrole brut de sites d’extractions situés dans l’Ouest canadien vers un port en eau profonde à construire au Nouveau-Brunswick.

Au cours des dernières décennies, on a beaucoup fermé de raffineries dans l’Est du pays. Conséquemment, cet approvisionnement dépassera de beaucoup la capacité de raffinage au Canada. Une bonne partie du pétrole brut sera donc exporté vers des raffineries américaines et étrangères, créant principalement des emplois à l’Étranger.

Les richesses naturelles enfouies dans le sol du pays étant la propriété du peuple canadien, les pétrolières se voient donc offrir gratuitement cette richesse en contrepartie d’obligations qui — malgré leur importance sur papier — sont une bagatelle en comparaison avec les revenus immenses que se partageront leurs actionnaires une fois le pipeline construit.

Privatiser la richesse, étatiser le risque

En vertu de la Constitution canadienne-anglaise de 1982, le transport interprovincial de marchandise est un domaine de compétence constitutionnelle exclusif du fédéral.

Autrefois, le gouvernement fédéral assumait totalement les conséquences financières des lacunes de sa gestion du risque dans les domaines exclusifs de sa compétence.

Depuis la catastrophe de Lac-Mégantic — la pire catastrophe environnementale de l’histoire du Canada — ce n’est plus vrai; Ottawa ne paie que la moitié de la facture, refilant le reste à la province et aux municipalités affectées.

Puisque le tracé d’Énergie Est (en bleu sur la carte ci-dessus) traverse les trois quarts du Canada, il apparait donc insensé qu’on expose la grande majorité de la population canadienne au risque inévitable d’une autre catastrophe environnementale, sachant que dans l’éventualité de celle-ci, TransCanada filera à l’anglaise (comme l’a fait la MMA à Lac-Mégantic), laissant les Canadiens pleurer leurs morts et payer la facture.

Si on prend pour acquis que l’exploitation et l’acheminement du pétrole albertain est une bonne chose (un prérequis à la discussion auquel de nombreux lecteurs seront en désaccord), j’aimerais proposer une alternative au tracé d’Énergie Est.

Le tracé court : avantages et inconvénients

Ma suggestion est simple : obliger le raffinement du pétrole sur place, en Alberta, et l’acheminer à un port en eau profonde situé dans la baie d’Hudson. De là, le pétrole raffiné serait expédié par bateau aux lieux de sa consommation à travers le monde. C’est le tracé en vert sur la carte ci-dessus.

Pour l’Alberta, cette suggestion permettrait de relancer leur industrie pétrolière, durement touchée par l’effondrement des prix des hydrocarbures, en y augmentant la valeur ajoutée du pétrole, plutôt que d’exporter cette ressource brute à l’Étranger.

Pour les populations du Manitoba, de l’Ontario, et du Québec, on les libère du risque d’une catastrophe.

Les habitants du Nouveau-Brunswick ne perdent rien de ce qu’ils ont déjà. Toutefois, ils sont privés de la création d’emplois reliés à la construction prévue d’un terminal pétrolier et à l’accroissement de la capacité de raffinement dans leur province.

Au premier abord, les peuples autochtones de la baie d’Hudson sont les grands perdants puisqu’on transfère sur leur dos un risque environnemental qu’on soulage ailleurs.

Or leur acceptation au projet du pipeline court est, à mon avis, une condition sine qua non à sa réalisation.

Voilà pourquoi je propose que les peuples autochtones aient priorité à l’embauche et qu’au minimum 80% des emplois leur soient accordés.

D’autre part, la législation québécoise prévoit que dans le cas d’infrastructures (autoroutes, écoles, hôpitaux, etc.), un pour cent du budget soit consacré à la création d’oeuvres artistiques.

Le Grand-Nord canadien a une économie de subsistance et les peuples qui l’habitent sont aux prises avec des problèmes sociaux importants (alcoolisme, abus de drogue, violence conjugale, etc.).

Un pour cent du budget de l’ensemble de ce projet devrait être consacré à la réalisation des priorités sociales et culturelles déterminées par les leaders autochtones.

Énergie Est représente un projet de douze milliards de dollars. Un fonds d’indemnisation d’un milliard de dollars devrait être créé et géré indépendamment du transporteur pétrolier.

Ce fonds serait destiné à dédommager sur-le-champ les victimes de toute catastrophe environnementale qui pourrait résulter de ce projet, sans qu’ils aient besoin de s’adresser aux tribunaux.

Conclusion

La construction d’un pipeline qui expose les deux tiers de la population canadienne au risque d’une défaillance mécanique inévitable est une folie.

Toutefois, c’est la solution la plus économique et il a fallu un gouvernement totalement inféodé à l’industrie pétrolière pour souscrire aveuglément à ce projet.

Le régime Harper était un gouvernement qui jugeait le peuple canadien stupide. Conséquemment, seul un choix simple, binaire, lui était proposé; pour ou contre le projet Énergie Est. En somme, seul le choix maximisant les profits de l’industrie était promu par ce gouvernement.

Je suis convaincu de ne pas être le premier à penser à la solution d’un pipeline court, tellement ses avantages sont évidents. Mais sous ce gouvernement autoritaire, hostile à toute contradiction de la part de ses fonctionnaires, il ne semble pas qu’on ait jugé bon proposer une solution autre que celle décidée d’avance par le bureau du premier ministre.

Maintenant que nous avons un nouveau gouvernement à Ottawa, le temps est venu d’inscrire la politique énergétique canadienne dans le contexte d’une stratégie globale de développement économique du pays.

Le projet que je propose comporte d’autres risques, mais qui affectent beaucoup moins de Canadiens. Voilà pourquoi l’alternative d’un pipeline court devrait être envisagée. Et le choix à faire à ce sujet devrait placer l’intérêt du pays au-dessus de l’intérêt privé des pétrolières et de leurs actionnaires.

Référence : Oléoduc Énergie Est

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le scandale des ventes d’armes canadiennes à l’Arabie saoudite

Publié le 26 septembre 2015 | Temps de lecture : 2 minutes
© 2010 — Google Maps

C’est aujourd’hui que le contrat militaire que le gouvernement Harper a conclu avec l’Arabie saoudite refait surface dans la campagne électorale canadienne.

Rappelons que le contrat de la firme ontarienne General Dynamics concerne la vente de véhicules blindés au cout total de 10 milliards$ sur 14 ans, soit 760 millions$ annuellement.

Ce faisant, le gouvernement Harper a violé une loi canadienne datant de 1947, interdisant la vente d’armes canadiennes vers les pays « où les droits de la personne de leurs citoyens font l’objet de violations graves et répétées de la part du gouvernement, à moins qu’il puisse être démontré qu’il n’existe aucun risque raisonnable que les marchandises puissent être utilisées contre la population civile ».

Ali Mohammed al-Nimr
 
Cette controverse survient au moment où un jeune saoudien (ci-dessus) doit être bientôt décapité (et son cadavre, crucifié et exposé publiquement jusqu’à la décomposition évidente des chairs) pour avoir réclamé des réformes démocratiques lors du printemps arabe dans son pays.

Cette révolte a été réprimée dans le sang par la dictature saoudienne notamment en utilisant des véhicules blindés similaires à ceux que le Canada s’apprête à vendre à l’Arabie saoudite.

En mars dernier, la Suède a décidé de ne pas renouveler son accord de coopération militaire signé avec l’Arabie saoudite en 2005 en raison du bilan peu reluisant de ce pays en matière des droits de l’homme.

Références :
Ali Mohammed al-Nimr
Arabie Saoudite : décapité et crucifié publiquement à 21 ans pour avoir… manifesté
Cinq questions sur la condamnation d’un jeune Saoudien à être décapité et crucifié
General Dynamics: contrat de 10 milliards avec l’Arabie saoudite
La Suède met fin à sa coopération militaire avec l’Arabie saoudite au nom des droits de l’homme
L’économie avant les droits de la personne

Parus depuis :
Les jeeps de Justin – Le «deal» avec Riyad fait éclater la vitrine morale d’Ottawa (2016-01-18)
Vente de véhicules blindés à l’Arabie saoudite : vers une contestation en cour (2016-02-06)
Saudis lobby MEPs before arms embargo vote over Yemen (2016-02-25)
EU parliament votes for embargo on arms sales to Saudi Arabia (2016-02-25)
L’Arabie saoudite en retard dans ses paiements pour des véhicules blindés canadiens (2019-10-30)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La pourriture morale de Volkswagen

Publié le 25 septembre 2015 | Temps de lecture : 4 minutes

Fraude_Diesel
 
En raison de leur mode particulier de combustion, les moteurs diesels ont tendance à produire une plus grande quantité d’oxydes d’azote que les moteurs ordinaires.

Aussi nocifs qu’ils soient, ces oxydes ne sont qu’une partie des polluants émis par une voiture.

Incapable de produire un module antipollution qui ne soit pas un handicap sérieux à la performance de ses voitures, Volkswagen a choisi de tricher.

Un véhicule qui file à grande allure sur une autoroute ne le fait jamais alors que le capot est ouvert et que ni le volant ni les roues motrices ne changent pas de direction.

C’est toutefois ce qui arrive lorsqu’une voiture est testée.

L’idée des fraudeurs était simple; il suffisait d’activer le module antipollution lorsque la voiture semble rouler le capot grand ouvert.

Autrement, le module était totalement ou partiellement mis en veilleuse et la voiture était libre d’atteindre ses performances optimales, appréciées des conducteurs.

Au début de 2014, l’ONG américaine International Council on Clean Transportation demande à des chercheurs de l’université d’État de Virginie-Occidentale d’étudier les émissions des moteurs diesels en condition de conduite normale.

Les chercheurs pensaient pouvoir démontrer que les voitures vendues aux États-Unis étaient moins polluantes que celles vendues ailleurs, parce que les standards américains étaient plus élevés.

Mais les résultats furent très différents. Certaines voitures utilisées (entre autres, des voitures diesels de marque Jetta et Passat) émettaient de 5 à 35 fois plus d’oxydes d’azote que les taux maximaux permis aux États-Unis.

Ces voitures ont en commun le fait d’être équipées du moteur diesel quatre cylindres TDI Euro 5 du type EA 189. On le retrouve sous le capot des marques Volkswagen, Audi, Seat et Škoda.

Des tests sont justement en cours aux États-Unis et en Europe afin de déterminer l’étendue de cette fraude.

Les propriétaires qui avaient choisi ces voitures en raison de leur empreinte environnementale réduite ont payé plus cher pour rien. La valeur de revente de leurs véhicules est amoindrie. Bref, on s’attend à un recours collectif de plusieurs milliards de dollars, sans compter les poursuites gouvernementales.

Signalons que le diesel ne représente que 3% du parc automobile américain, contre 55% du parc européen.

Payé 16,6 millions d’euros par année, le président de Volkswagen a remis sa démission dans la foulée de ce scandale.

Pouvant réclamer une indemnité de départ équivalente à deux ans de salaire, sans compter les droits à une pension de 28,6 millions d’euros pour les huit années passées à la tête du groupe, Martin Winterkorn pourrait quitter l’entreprise avec un parachute doré de 61,8 millions d’euros (près de 100 millions de dollars canadiens)… si aucune faute ne peut lui être reprochée.

La question qu’on peut se poser est la suivante : comment les dirigeants d’une entreprise aussi respectable ont-ils pu commettre une telle fraude ?

Pour répondre à cette question, on doit se rappeler que les agences de notation et les plus grandes institutions financières au monde ont sciemment menti quant à la valeur presque nulle des actifs adossés à des créances hypothécaires (appelés ‘papier commercial’) et ce, afin de tromper les investisseurs. Cette fraude a presque réussi à faire effondrer l’économie mondiale en 2007.

La réponse à la question posée précédemment est simple : le capitalisme n’est plus ce qu’il était.

Contrairement au créateur d’une petite entreprise qui bénéficie d’une considération sociale intimement liée à la respectabilité sa compagnie, la plupart des grands gestionnaires d’entreprise n’ont aucun attachement à leur employeur.

Celle-ci n’est qu’une étape dans une carrière où il se propose de papillonner d’une compagnie à l’autre au gré des occasions intéressantes.

Le capitalisme est donc pourri de l’intérieur par ces dirigeants sans scrupule dont le seul but est de justifier leur salaire en favorisant la croissance de la valeur capitalisée de la compagnie par tous les moyens, y compris la fraude, et de la quitter avant que les choses ne se gâtent.

Références :
Affaire Volkswagen
Don’t Breathe Here
Cinq questions pour comprendre le scandale Volkswagen
Le rapport prémonitoire qui annonçait la fraude de Volkswagen
Salaire record pour le patron de VW
Volkswagen : cette petite phrase de Martin Winterkorn peut lui rapporter 61 millions
Volkswagen : les origines du scandale

Dans le même ordre d’idée : VISA Desjardins et les pourrisseurs d’entreprise

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Google et les sirènes de la bourse

Publié le 21 juillet 2015 | Temps de lecture : 3 minutes
© 2008 — Wikipedia

Dans la mythologie grecque, les sirènes sont êtres fabuleux, mi-femmes mi-oiseaux, qui, en charmant irrésistiblement les marins par leurs chants, amènent les bateaux à échouer sur leurs récifs.

Vendredi dernier, les actions de Google qui ont transité en bourse se sont vendues soudainement plus cher (16,3% de plus) que les actions de Google vendues la veille.

En appliquant ce prix record à l’ensemble des actions existantes de Google, de nombreux quotidiens ont prétendu que Google venait d’engranger 65 milliards de dollars.

La réalité est bien différente.

C’est seulement au cours de l’émission de nouvelles actions qu’une compagnie reçoit de l’argent. L’argent ainsi obtenu sert généralement à augmenter la capacité de production de l’entreprise et conséquemment à créer de l’emploi. L’ensemble de la société bénéficie donc de cet accroissement de capital.

Mais une fois que ces actions ont trouvé preneurs, toute majoration ultérieure de la valeur de ces actions ne profite pas du tout à cette compagnie et ne crée aucun emploi. Cette majoration profite exclusivement aux investisseurs qui ont cru en cette compagnie au moment de l’émission de ces actions.

Donc Google n’a donc pas engrangé un seul centime vendredi dernier.

Quant aux investisseurs, ils seraient plus riches s’ils profitaient du prix record pour vendre leurs actions. Autrement, ils ne sont plus riches que sur papier. Leur fortune pourrait s’effondrer à n’importe quel moment.

Donc les seuls qui se sont vraiment enrichis vendredi dernier, ce sont ceux qui ont vendu leurs actions cette journée-là.

Et ce qu’ils ont gagné, ce n’est pas 65 milliards de dollars. Ce serait 65 milliards$ si tous ceux qui détiennent des actions de Google avaient réussi à vendre leurs actions ce jour-là au prix record.

Mais si tous les détenteurs avaient tenté de vendre leurs actions ce jour-là, ce titre se serait effondré au lieu d’augmenter.

Ce genre de nouvelle sert à leurrer les petits investisseurs en leur faisant croire qu’il est encore possible de s’enrichir, sans effort, en spéculant à la bourse.

En réalité, la bourse, c’est en grande partie du vent, c’est-à-dire un investissement dans l’économie futile qu’est la spéculation boursière.

Cette augmentation de 65 milliards$ de capitalisation boursière de Google a ceci d’extraordinaire : elle n’a créé aucun emploi. Le bénéfice pour l’ensemble de la société est donc nul.

À mon avis, la spéculation boursière effrénée est l’expression ultime de la décadence de l’Occident. C’est la roulette russe auquel se livrent les gens oisifs qui ne savent plus quoi faire de leur fortune.

Références :
Google fait un bond
La valeur de Google a bondi de 65 milliards de dollars en un jour
Pourquoi Google a gagné 65 milliards de dollars en un seul jour

Parus depuis :
China can ride out this crisis. But we’re on course for another crash (2015-08-26)
« L’Union européenne est en train de détruire son avenir » (2015-09-02)
Le courtermisme prépare la prochaine crise (2017-11-08)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Croissance économique américaine selon les mandats présidentiels

Publié le 3 mars 2015 | Temps de lecture : 1 minute

Présidents
 
Depuis la Seconde Guerre mondiale, l’économie américaine s’est mieux portée sous les mandats de présidents démocrates (en bleu), comparativement aux présidents républicains (en rouge).

C’est ce qui ressort d’une étude effectuée par deux économistes de l’université Princetown, publiée en novembre 2013.

Ceux-ci ont découvert qu’en moyenne, la croissance sous des présidents démocrates était 1,6% plus élevée que sous des présidents républicains (4,2% vs 2,6%).

Les politiques fiscales de ces partis, très différentes, ont produit des résultats similaires.

Toutefois, le prix moindre du pétrole a favorisé les administrations démocrates. De plus, la croissance fulgurant de la nouvelle économie a aidé la performance du président Clinton.

À l’opposé, les sommes colossales engagées lors des guerres en Afghanistan et en Irak ont plombé l’économie américaine.

Référence : Presidents and the Economy: A Forensic Investigation

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’honorable banque HSBC

Publié le 10 février 2015 | Temps de lecture : 6 minutes
Édifice de la HSBC à Shanghai (1923)

Le sigle HSBC signifie Hong Kong & Shanghai Banking Corporation. Cette banque a été fondée à Hong Kong en 1865 dans le but de financer le trafic de l’opium imposé à la Chine par l’Angleterre.

Lorsque Hong Kong fut rétrocédé à la Chine en 1997, cette banque déménagea à Londres, plus précisément au 8 Place du Canada.

Avec son acquisition en 2002 de la Household Finance Corporation aux États-Unis, au coût de 15,5 milliards$, la HSBC devenait le deuxième plus important prêteur hypothécaire à risque aux États-Unis et une des principales institutions qui vendaient aux investisseurs des produits financiers toxiques sous de fausses représentations.

En 2005, Bloomberg accusait la HSBC d’être impliquée dans le blanchiment d’argent des trafiquants de drogue et dans le financement du terrorisme chiite au Proche-Orient.

En février 2007, son annonce d’importantes provisions destinées à éponger les pertes encourues lors de l’effondrement de la valeur des titres hypothécaires toxiques fut le tout premier signe de la crise financière mondiale de 2007.

En 2010, à la suite d’une fuite de renseignements, la police française a obtenu le détail de 30 000 comptes bancaires détenus secrètement dans la succursale suisse de la HSBC, représentant des actifs de 120 milliards$. Ces données ont été partagées avec le fisc de différents pays (dont le Canada) dès cette année-là.

De ces 30 000 comptes, près de 2 000 appartenaient à des citoyens canadiens.

Cette même année, Stephen Green — le PDG de la HSBC de 2006 à 2010 — était nommé ministre d’État du Commerce et de l’Investissement dans le cabinet du Premier ministre actuel du Royaume-Uni. Quelques mois plus tard, il état également nommé Lord à vie et baron de Hurstpierpoint, ce qui lui ouvrait automatiquement la porte de la Chambre des Lords. Il a quitté le cabinet conservateur en décembre 2013 mais il est toujours membre de la Chambre des Lords.

Après avoir nié les accusations de blanchiment d’argent au profit de trafiquants de drogue mexicains portées contre elle par Bloomberg en 2005, la HSBC a accepté de payer en 2012 la somme de 1,9 milliard$ au gouvernement américain en vertu d’une entente hors cour.

De plus, elle fait présentement face à des poursuites pour ses lacunes à déceler des transferts d’argent représentant 19,4 milliards$ en provenance ou à destination de l’Iran, en dépit des sanctions américaines.

Parce qu’elle a bien su refiler ses titres toxiques aux investisseurs, la HSBC a très bien traversé la Grande récession.

En 2014, ses actifs étaient de 2 671 milliards$ et des profits de 16,3 milliards$.

Cette année là, selon Forbes, la HSBC était la sixième plus grosse banque au monde, la quatorzième plus importante compagnie (toutes catégories confondues) et la plus importante entreprise du Royaume-Uni.

En septembre 2014, cette banque a accepté de payer 550 millions$ à deux sociétés hypothécaires américaines pour les avoir induites en erreur relativement à la valeur réelle des titres hypothécaires toxiques qu’elle leur vendait avant la Grande récession.

En novembre 2014, la HSBC a payé une petite amende de 12,5 millions$ pour avoir encouragé l’évasion fiscale de citoyens américains. Toutefois, à ce jour, aucun citoyen américain faisant affaire avec cette banque n’a été accusé par le fisc. Cette impunité fait présentement l’objet d’un scandale aux États-Unis.

Le gouvernement Harper a négocié secrètement le remboursement de sommes impayées par un petit nombre de fraudeurs mais n’a pas jugé bon intenter des poursuites à ce sujet.

Le résultat est que les fraudeurs canadiens ne sont pas incités à prendre l’initiative de se dénoncer; ils ont intérêt à ne rien dire et à payer les sommes dues si jamais ils se font pincer.

En vertu de la loi et de l’ordre — un thème cher au gouvernement Harper — on se demande pourquoi le citoyen surpris à voler un pain à l’épicerie devrait se retrouver avec un casier judiciaire, alors que celui qui vole des millions au fisc ne devrait que payer les sommes dues.

La France et la Belgique ont récupéré à ce jour 620 millions$ d’impôts impayés par leurs citoyens qui avaient choisi leur compte à la HSBC comme moyen d’évasion fiscale. Le Royaume-Uni n’en a récupéré que 205 millions$ (beaucoup moins que la France et la Belgique), ce qui vaut actuellement au gouvernement anglais des accusations de laxisme par son opposition officielle.

Conclusion

Le cas de la HBSC illustre parfaitement la pourriture morale qui gangrène les marchés financiers occidentaux. Ces institutions sont des putains, prêtes a se livrer au blanchiment d’argent, à l’évasion fiscale, à la tromperie de leurs clients, afin de maximiser les profits au bénéfice de leurs actionnaires.

De nos jours, une partie considérable des transactions financières ne consiste pas à créer de la richesse au bénéfice de populations entières, mais à soutenir une économie futile basée sur le gonflement artificiel de la valeur capitalisée des entreprises, créant ainsi une richesse sur papier aussi fragile qu’un château de cartes.

Références :
Crise financière mondiale débutant en 2007
150 journalistes ont été mobilisés pour décrypter le «SwissLeaks»
Crise des subprimes
Des fortunes canadiennes à l’abri de l’impôt en Suisse
En bref – HSBC: 2000 comptes canadiens en Suisse
High Court Snubs $2.7B HSBC Iran Sanctions Case
HSBC
HSBC pays $550M over risky mortgage bonds
Labour keeps up pressure over lack of HSBC prosecutions
Stephen Green, Baron Green of Hurstpierpoint
The World’s Biggest Public Companies
US government faces pressure after biggest leak in banking history
US prosecutors weigh criminal charges against HSBC as Elizabeth Warren turns up the heat

Parus depuis :
Le mythe de l’impuissance (2015-02-11)
Les fraudes d’HSBC : Pousse-au-crime (2015-02-11)
« Swissleaks » : HSBC abritait aussi des « parrains du terrorisme » (2015-02-11)

Détails techniques : Appareil Panasonic GH1, objectif Lumix 14-45mm — 1/320 sec. — F/7,1 — ISO 100 — 14 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel