L’Ukraine doit s’inspirer du Canada

Publié le 22 avril 2022 | Temps de lecture : 3 minutes

Depuis la nuit des temps, le sort de tout pays faible qui voisine un pays puissant, c’est d’être son vassal.

C’est le rôle qu’assume pleinement le Canada.

Quand le président américain dit que Vladimir Poutine est un tyran, Justin Trudeau répète que Vladimir Poutine est un tyran.

Quand Joe Biden déclare que la Russie commet des crimes de guerre, Trudeau accuse la Russie de commettre des crimes de guerre.

Quand Biden accuse la Russie de génocide, notre ministre des Affaires étrangères dit la même chose.

Rappelez-vous quand le président de la République française, Jacques Chirac, avait refusé de croire les accusations américaines selon lesquelles l’Irak possédait des armes de destruction massive.

Souvenez-vous du tollé que cela avait provoqué. Les Américains avaient boycotté les vins français. Au Capitole américain, on avait renommé les frites (qui se disent French fries en anglais) à Freedom fries. Etc.

Notre pays est trop dépendant du marché américain pour se permettre d’indisposer notre puissant voisin.

Il est donc du devoir de Justin Trudeau et de ses ministres d’être les perroquets de Washington.

Justin Trudeau n’est pas obligé de penser ce qu’il dit; s’il n’est pas d’accord, il doit simplement faire semblant. On ne lui en demande pas plus.

Or il le fait admirablement bien.

Au petit déjeuner, quand l’ambassadeur américain lit les manchettes des journaux canadiens, il est heureux. Et quand il est heureux, l’administration américaine est heureuse. Et quand celle-ci est heureuse, nos entreprises sont rassurées.

Tout comme le Canada, l’Ukraine doit réaliser que sa vassalisation à son puissant voisin est dans son intérêt.

Malheureusement, depuis 2004, les organisations non gouvernementales américaines (financées par Washington) ont dépensé cinq-milliards de dollars pour convaincre le peuple ukrainien qu’il était dans son intérêt de devenir, au contraire, un ennemi militaire de la Russie.

De la même manière que la crise des missiles à Cuba en 1962 a été provoquée par l’intention de La Havane d’acheter des missiles russes menaçant les États-Unis, la décision de l’Ukraine de rejoindre l’Otan est à l’origine de la guerre russo-ukrainienne.

Plus vite l’Ukraine renoncera à cette idée, plus vite cesseront les destructions dans ce pays.

Si Paris n’a pas été détruite en 1940, c’est parce que la France a capitulé cette année-là. Sinon, on admirerait aujourd’hui la copie de la tour Eiffel ou de l’Arc de Triomphe, l’une et l’autre reconstruits à l’identique.

De nos jours, en Occident, la guerre russo-ukrainienne est un sujet d’indignation. Mais c’est aussi un divertissement télévisuel d’autant plus captivant qu’il est vrai.

Le courage des Ukrainiens est salué comme on admirait celui des Chrétiens dévorés par les lions dans les arènes romaines.

Le meilleur service qu’on peut rendre au peuple ukrainien, c’est de lui envoyer du matériel médical (des pansements et des médicaments) et non des armes qui ne feront que prolonger ses souffrances.

Paru depuis : Guerre en Ukraine : des centaines de millions de dollars d’équipement militaire pour Kiev (2022-04-23)

Complément de lecture : L’engrenage ukrainien

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La contrebande de mon père

Publié le 21 avril 2022 | Temps de lecture : 4 minutes

Les quotas

Au cours de la Deuxième Guerre mondiale, le sucre — comme beaucoup de denrées importées — était l’objet de quotas.

À l’époque, le sucre était produit dans les Caraïbes, plus précisément à Cuba, à Haïti et en République dominicaine. Les bateaux en provenance de ces pays déchargeaient leur cargaison dans les ports des provinces maritimes et du Québec.

Puisque la Voie maritime du Saint-Laurent n’avait pas été construite, aucun navire ne pouvait aller plus loin que Montréal.

Dès le déchargement, les douaniers canadiens répartissaient les arrivages en fonction des quotas provinciaux établis par Ottawa.

Dans le but de favoriser les confiseries et les chocolateries ontariennes, Ottawa avait fixé des quotas généreux pour l’Ontario et des quotas très stricts pour le Québec.

Si bien que les entreprises qui fabriquaient des friandises et des desserts au Québec étaient incapables de répondre à la demande et perdaient leur clientèle au profit des entreprises ontariennes.

Par contre, certaines petites confiseries ontariennes avaient tellement de sucre qu’elles n’arrivaient pas à l’utiliser complètement.

Elzéar Martel & Cie

Au début du XXe siècle, mon grand-père avait fondé à Joliette une confiserie sous son nom.

À l’époque, les grandes banques à charte fédérale faisaient du prêt hypothécaire mais n’accordaient presque jamais de prêts à des entreprises appartenant à des Québécois francophones, présumés mauvais en affaires.

La carrière d’entrepreneur de mon grand-père avait été rendue possible grâce à un prêt des Caisses populaires Desjardins, les seules à financer les petits commerces québécois.

Moule en caoutchouc pour les chocolats d’Elzéar Martel

Au fil des années, la confiserie familiale en était venue à approvisionner en sucreries toutes les épiceries de la région.

Toutefois, à l’arrivée de la guerre, elle fut frappée durement par les restrictions liées à l’approvisionnement en sucre.

La solidarité des Canayens

Mon père était le gérant de la confiserie de son père à lui (donc de mon grand-père paternel). Or papa s’était lié d’amitié avec un confiseur francoOntarien qui était incapable d’écouler tout le sucre auquel il avait droit.

Périodiquement, mon père se rendait donc dans le Nord-est ontarien — où était situé son ami — afin d’y faire ses provisions de sucre.

Le plus court chemin était de longer la rivière des Outaouais du côté québécois et de traverser en Ontario en franchissant le pont qui relie Hull à Ottawa.

Mais ce pont était sous surveillance militaire.

Cette surveillance servait non seulement à protéger le parlement canadien de commandos ennemis, mais surtout à empêcher des malfaiteurs pires qu’eux; ces contrebandiers sans scrupule qui contournaient les quotas établis par le fédéral pour le bien du pays…

Mon père partait donc au volant d’un camion non identifié et traversait le pont de nuit, de préférence lors d’une nouvelle lune.

Il arrivait chez son ami au milieu de la nuit, s’empressait de transborder la marchandise et revenait aussitôt au Québec puisque les militaires devenaient plus nombreux le jour, quand le pont était achalandé.

S’il s’était fait prendre, mon père et son complice auraient été passibles d’une peine d’emprisonnement pour s’être livrés à la contrebande.

Conclusion

Cette anecdote, vous ne la lirez pas dans les grands livres d’histoire.

Elle est typique de ces innombrables mesures discriminatoires dont le Québec est victime depuis plus de 150 ans et qui ne cesseront que le jour où nous assumerons notre propre destin.

Complément de lecture : Le colonialisme économique ‘canadian’

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La ministre indigne

Publié le 20 avril 2022 | Temps de lecture : 2 minutes

Imaginez une mère séparée de son enfant qui apprendrait qu’il est très malade mais qui, peu de temps après, recevrait le message que quelqu’un a décidé de s’occuper de lui.

Ne pourrait-on pas s’attendre à ce que cette mère s’informe de temps en temps de l’évolution de l’état de santé de son enfant ?

La ministre des Ainés est un peu la mère bienveillante des vieillards du Québec.

Après avoir reçu plusieurs messages de détresse de la part des responsables de la Résidence Herron, elle s’est complètement désintéressée de ses résidents dès qu’un centre intégré de santé lui a déclaré prendre ce dossier en main.

Et elle s’est réveillée après avoir appris dans les journaux que 47 des 133 résidents y étaient morts par négligence criminelle.

Depuis plusieurs jours à l’Assemblée nationale, Mme Blais doit se justifier.

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Mercredi dernier, à la suite d’une question du député de la circonscription de Marquette (où est situé cette résidence), la ministre a insinué que ce député aurait dû savoir ce qui se passait dans sa circonscription.

Quand un hospice est déserté par son personnel et que les résidents y meurent comme des mouches, ce n’est pas le député qu’on appelle à l’aide; c’est la ministre.

Essayer de faire porter le blâme de son inaction au député est la preuve que Mme Blais n’est pas digne de la fonction qu’elle occupe.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’origine de l’expression : s’en laver les mains

Publié le 18 avril 2022 | Temps de lecture : 3 minutes
Ecce Homo (1871), d’Antonio Ciseri

Introduction

Ponce Pilate était le représentant plénipotentiaire de Rome en Judée à l’époque où celle-ci était une colonie romaine.

C’est devant lui qu’on amena Jésus de Nazareth afin qu’il le juge.

Selon trois des quatre évangélistes, on l’accuse d’avoir provoqué une émeute à proximité du Temple de Jérusalem, émeute au cours de laquelle de nombreux étals de marchands furent renversés.

Les vendeurs du Temple

À l’époque, beaucoup de pèlerins venaient au Temple dans le but d’offrir un animal en sacrifice.

Mais certains d’entre eux trouvaient plus pratique de l’acheter sur place que de l’apporter de chez eux. De plus, tout animal qui tombait malade en cours de route était jugé impropre au sacrifice.

Or justement, certains marchands offraient de petits animaux en parfaite santé, prêts à être utilisés.

D’autre part, au Temple de Jérusalem, les offrandes en espèces ne pouvaient pas inclure de la monnaie romaine, celle qui avait cours légal en Judée.

Pourquoi ? Parce qu’elle était frappée à l’effigie de l’empereur de Rome. Aucune pièce de monnaie à la gloire d’un monarque n’était acceptée.

Certains des marchands étaient des agents de change permettant de se procurer des pièces d’or ou d’argent respectueuses de la rectitude religieuse.

D’autres étals offraient tout simplement des breuvages et des collations aux passants.

Bref, ces marchands et le Temple vivaient en parfaite symbiose.

N’étant pas familiarisé avec les us et coutumes de la capitale, Jésus avait été scandalisé par cette bruyante foire commerciale, irrespectueuse du caractère sacré des lieux.

Après sa violente colère (qui avait incité ses fidèles à l’émeute), les grands prêtres du Temple se sont empressés d’arrêter ce fauteur de troubles.

Mais n’ayant pas le pouvoir de le mettre définitivement hors d’état de nuire, ils référèrent Jésus à Ponce Pilate, seul autorisé à imposer la peine de mort.

Une ruse qui échoue

L’interrogatoire devant Ponce Pilate ne s’étant pas révélé concluant, ce dernier décide d’utiliser une ruse plutôt que d’innocenter Jésus et ainsi provoquer la contrariété des autorités religieuses qui insistent pour qu’il le condamne.

La coutume voulait qu’à Pâque, on gracie un prisonnier. Il offre donc à la foule réunie devant son palais de gracier soit Jésus ou Barabbas (un accusé de meurtre). D’avance, Ponce Pilate est persuadé du résultat.

Mais cette foule est celle réunie par les autorités religieuses. Elle comprend de nombreux marchands qui ont subi d’importantes pertes à l’occasion de cette émeute.

À la grande surprise du procureur romain, la foule réclame que Barabbas soit gracié et que Jésus périsse.

Surpris et dégouté par la réaction de la foule, Ponce Pilate décide malgré lui de livrer Jésus au supplice de la croix tout en se lavant publiquement les mains afin de symboliser qu’il se dégage de toute responsabilité dans cette décision qu’il prend à contrecœur.

Voilà l’origine de cette expression.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


« L’Auto-collants »

Publié le 16 avril 2022 | Temps de lecture : 1 minute




 
Quand je l’ai aperçue de ma fenêtre, c’était clair; je devais absolument photographier cette Dodge exceptionnelle, patiemment décorée de milliers d’autocollants.

Comme d’habitude, on cliquera sur une image pour l’agrandir.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 25 mm F/1,2 (1re photo) et M.Zuiko 12-40 mm F/2,8 (les autres photos)
1re photo : 1/8000 sec. — F/1,2 — ISO 200 — 25 mm
2e  photo : 1/1600 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 18 mm
3e  photo : 1/2500 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 24 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Résidence Herron : le SOS du camp de la mort

Publié le 16 avril 2022 | Temps de lecture : 1 minute
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Voici la question posée mardi dernier à l’Assemblée nationale par la députée Monique Sauvé.

En moins d’une minute, elle donne concrètement une idée de la tragédie qui s’est déroulée à la Résidence Herron.

Cette résidence était un hospice privé (aujourd’hui fermé) dans lequel 47 des 133 résidents sont décédés en quelques jours du Covid-19.

Selon les protocoles sanitaires établis par la Santé publique, la visite des membres des familles était interdite afin d’éviter la contagion. Et derrière les portes closes et les fenêtres scellées, personne ne veillait à soigner les résidents, condamnés à mort par négligence…

Références :
CHSLD Herron
Des appels au secours dans le vide

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’épouvantail russe

Publié le 15 avril 2022 | Temps de lecture : 8 minutes


 
Une guerre inévitable

Toute alliance militaire repose sur la crainte d’un ennemi commun.

Depuis l’effondrement du bloc soviétique, l’Otan se cherchait une vocation.

En février 2014, l’annonce par l’Ukraine qu’elle retirera au russe son statut de langue officielle en Crimée — très majoritairement peuplée de Russophones — provoque son indépendance et son rattachement à la Russie.

Pour l’Otan, cette annexion est une aubaine; c’est la preuve de l’expansionnisme russe.

Du coup, en septembre de cette année-là, les pays membres de l’Otan se sont engagés à ce qu’en 2024, le niveau de leurs dépenses atteigne un minimum de 2 % de leur produit intérieur brut (PIB).

Cette nouvelle course aux armements a été déclenchée alors la puissance militaire américaine était déjà cinq à dix fois supérieure à celle de la Russie. En d’autres mots, alors que toute déclaration de guerre de la Russie à l’Occident aurait été suicidaire.

En 2016, en déplaçant une partie de leur arsenal nucléaire de leur base turque d’Incirlik à leur base roumaine de Deveselu, les États-Unis ont réduit la distance de leurs ogives nucléaires de Moscou de 2 000 km à 1 488 km.

Dès l’adhésion éventuelle de l’Ukraine à l’Otan, le redéploiement des ogives nucléaires américaines dans ce pays diminuera considérablement temps d’une frappe américaine contre la Russie.

Celle-ci ne peut tolérer la présence d’un ennemi militaire dans sa cour arrière. Tout comme les États-Unis ne pouvaient pas tolérer la présence de missiles russes à Cuba (d’où la Crise des missiles de 1962).

En 2021, pendant des mois, la Russie a amassé ses troupes à la frontière ukrainienne. Plutôt que d’y voir là une matière à réflexion, l’Ukraine s’est entêtée à croire que tout cela n’était qu’un bluff.

Jamais il n’est venu à l’esprit des dirigeants ukrainiens que toutes les sanctions occidentales appliquées dès le lendemain d’une invasion de la Russie n’étaient rien pour elle en comparaison avec la possibilité d’un anéantissement nucléaire de ce pays par des missiles de l’Otan une fois déployés en Ukraine.

Bref, pour la Russie, la neutralité militaire ukrainienne correspond à un objectif géostratégique crucial.

David contre Goliath

Maintenant que la guerre russo-ukrainienne est déclenchée, les Ukrainiens sont seuls à affronter la tempête.

Les appels désespérés du président Zelensky n’y changent rien; la fourniture d’armes américaines à l’Ukraine affaiblira incontestablement l’armée russe, mais ne changera pas l’issue de la guerre, connue d’avance.

Plus tôt l’Ukraine capitulera, plus elle limitera la souffrance de son peuple et le tribut de guerre qu’elle aura à payer à la Russie pour les dommages causés à son armée. Parce que les perdants paient toujours un tribut de guerre au gagnant.

À partir du moment où Vladimir Poutine confie l’armée russe au général Dvornikov (qui ne fait pas dans la dentelle), on doit s’attendre à assister à la méticuleuse destruction de l’économie ukrainienne au cours des semaines ou des mois qui viennent.

Ce qui permettra aux États-Unis de susciter l’indignation et d’agiter l’épouvantail russe.

Une occasion d’affaires

Déjà, tous les pays de l’Otan sont plus déterminés que jamais à s’armer en dépit de leur incontestable supériorité militaire. En bonne partie, cette augmentation des budgets de la Défense sera constituée d’achats de matériel militaire américain.

Pourtant, la Russie rencontre des difficultés à s’emparer de l’Ukraine, un pays adjacent de 44 millions d’habitants. Comment peut-on s’imaginer qu’elle partirait à la conquête des 880 millions de personnes qui peuplent l’Union européenne, la Grande-Bretagne, le Canada et les États-Unis ?

Ce danger est tellement invraisemblable qu’on demeure médusé devant l’extraordinaire pouvoir de conviction de la propagande américaine et devant l’empressement de nos journalistes à la répéter comme des perroquets.

En rendant toxique toute relation commerciale avec la Russie, les États-Unis espèrent remplacer ce pays comme fournisseur important de pétrole et de gaz naturel à l’Europe.

S’ils devaient réussir, cela donnerait aux entreprises américaines un avantage concurrentiel puisque les hydrocarbures américains seront toujours moins chers lorsqu’achetés aux États-Unis plutôt qu’une fois transportés en Europe, à des milliers de kilomètres.

En d’autres mots, la campagne américaine pour inciter les Européens à s’affranchir des hydrocarbures russes vise à assujettir davantage l’Europe à la puissance hégémonique des États-Unis.

Les conséquences mondiales du conflit

Si cette guerre se prolonge, elle entrainera des révoltes dans les pays qui dépendent de l’approvisionnement en céréales d’Ukraine et de Russie, de même que dans ceux où les agriculteurs ont besoin des engrais chimiques russes. Dans un cas comme dans l’autre, guerre égale famine égale révolte.

Le boycottage de l’économie russe provoque artificiellement la pénurie de tous ses produits d’exportation. Ce qui veut dire que l’inflation, déjà évidente avant le conflit, sera propulsée à des niveaux imprévisibles.

Cela obligera les banques centrales à relever leurs taux d’intérêt de base. Ce qui provoquera un ralentissement économique. Or toute diminution de la consommation entraine parallèlement une diminution des sommes perçues sous forme de taxes à la consommation (TVA, taxes de vente, etc.).

Lorsque les États sont peu endettés, ils peuvent entreprendre de grands chantiers pour soutenir l’économie lorsque survient un ralentissement.


 
Malheureusement, de nombreux pays se sont fortement endettés au cours du confinement décrété en début de pandémie. Dans le cas de la France, sa dette actuelle équivaut maintenant à 116,3 % de son PIB (comparativement à un peu plus de vingt pour cent pour la Russie).

Le ralentissement économique et l’augmentation des couts de la dette obligeront les États à remettre à plus tard les projets colossaux qui sont nécessaires à combattre le réchauffement climatique.

La seule issue budgétaire pour eux sera d’adopter des mesures d’austérité.

Entre autres, cela signifie moins d’argent pour nos hôpitaux, moins pour nos écoles, moins pour le transport en commun, et moins pour le logement social.

Tout cela parce que la priorité budgétaire sera l’accroissement futile de nos dépenses militaires. Au Canada, l’armée sera une vache sacrée qui bouffera annuellement 34,5 milliards$, soit deux pour cent du PIB.

Pour une famille canadienne de deux parents et de deux enfants, c’est 3 681 $ qu’on prélèvera chaque année dans ses poches.

Ceux qui applaudissent aujourd’hui ces augmentations seront les premiers à protester contre l’appauvrissement que cela entrainera.

Après le fiasco de la lutte sanitaire en Occident, les gouvernements qui ont si mal protégé leur population contre la pandémie peuvent s’attendre à la montée de la colère du peuple quand ils entreprendront de le faire souffrir davantage par des mesures d’austérité.

Références :
À la fin du troisième trimestre 2021, la dette publique s’établit à 2 834,3 Md€
Aleksandr Dvornikov: Russian general who helped turn tide of Syrian war
Crise des missiles de Cuba
Dépenses militaires : le Canada s’éloignerait de la cible de 2 % de son PIB
Des budgets militaires en expansion
Doubler les dépenses militaires et la dénaturation du Canada
Guerre en Ukraine : Egypte, Liban, Soudan… Ces pays menacés par des pénuries alimentaires à cause du conflit
La dépendance du marché des engrais à la Russie met à risque la production céréalière
La Finlande décidera « d’ici quelques semaines » de son adhésion à l’OTAN
Le budget fédéral prévoit une aide militaire de 500 M$ de plus à l’Ukraine
Le Canada a formé des éléments d’un régiment ukrainien lié à l’extrême droite
Le coût des engrais devrait continuer d’augmenter en raison de la guerre en Ukraine
Pas de retombées furtives pour le F-35
Théorie des dominos
Ukraine economy to shrink by almost half this year, World Bank forecasts
US moves nuclear weapons from Turkey to Romania
U.S.-Ukraine Charter on Strategic Partnership

Parus depuis :
The Energy Shock — Germany Plans for a Winter Without Gas from Russia (2022-07-29)
Au Royaume-Uni, nouvel épisode des grèves de la colère face à l’inflation (2022-08-18)
En Belgique, la colère sociale gronde face à l’explosion des factures énergétiques (2022-09-09)

Complément de lecture : L’engrenage ukrainien

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Deux chefs, deux styles

Publié le 14 avril 2022 | Temps de lecture : 3 minutes
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Introduction

Voici un échange parlementaire survenu mercredi de la semaine dernière à l’Assemblée nationale du Québec entre le chef de Québec Solidaire et le premier ministre du Québec (chef de la Coalition Avenir Québec).

La question principale

Dans sa question principale, M. Gabriel Nadeau-Dubois aborde trois sujets.

Premièrement, à 0:39, il fait allusion à un projet de lien sous-fluvial entre les villes de Québec et de Lévis. Au cout estimé à plus de dix-milliards de dollars, ce projet est surnommé ‘Troisième lien’.

Deuxièmement, à 0:50, il parle de la diminution des exigences environnementales relatives à la présence de nickel dans l’air, une diminution dernièrement décidée par le gouvernement.

Et dernièrement, à 0:56, il rappelle l’opposition publique du ministre Éric Caire au projet de tramway dans la ville de Québec, accusant le maire de vouloir livrer une guerre contre les voitures.

La première réponse

Dans sa première réponse, M. François Legault se plaint (à 1:47) d’une déclaration de son adversaire.

Plus tôt cette journée-là, ce dernier a déclaré qu’il trouvait lâche que le premier ministre rejette le blâme sur une fonctionnaire pour le drame survenu à la Résidence Herron.

Le 56 milliards$

Après une question complémentaire qui, essentiellement, recentrait le débat au sujet du tramway de Québec, le premier ministre a réitéré son exigence d’acceptabilité sociale (pourtant déjà acquise au projet).

À sa deuxième question complémentaire, M. Gabriel Nadeau-Dubois est revenu à la charge pour que le premier ministre donne explicitement son accord au projet de tramway de Québec.

À 5:47, le premier ministre souligne alors que son gouvernement compte dépenser 56 milliards$ d’infrastructures de transport en commun.

Cela comprend des milliards pour finaliser le REM de l’Ouest (un projet du gouvernement libéral précédent), plus de dix-milliards$ pour cette aberration urbanistique qu’est REM de l’Est, plus de dix-milliards$ pour l’autoroute sous-fluviale de Québec, etc.

Bref, ce ‘56 milliards$’ est un mélange de tout et de n’importe quoi.

Le premier ministre termine par une longue tirade où il essaie (à 6:07) de faire peur aux contribuables en brandissant le spectre de hausses de taxes si on dépense ‘trop’ pour le transport en commun. Ce qui est révélateur de son attitude à ce sujet.

Le premier ministre termine par une de ses tactiques favorites; exiger que l’opposition lui propose une politique détaillée de transport en commun comme si son gouvernement, aidé de milliers de fonctionnaires, était à court d’idées.

Ce qui est peut-être le cas.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Nickel : la science a le dos large

Publié le 11 avril 2022 | Temps de lecture : 5 minutes

Introduction

Dans son épisode intitulé ‘Atmosphère tendue’, l’émission Découverte de Radio-Canada traitait hier soir de la décision du gouvernement Legault de hausser de cinq fois la limite maximale de nickel que pourra contenir l’air du port de Québec.

Cette nouvelle norme entrera en vigueur le 28 avril prochain.

Rappel historique

Il y a plus d’une décennie, des analyses effectuées sur la poussière qui se déposait sur le quartier ouvrier de Limoilou (situé près du port) révélaient que cette poussière contenait du nickel, un métal dont les sels sont cancérigènes.

En 2013, Yves-François Blanchet — l’actuel chef du Bloc Québécois à Ottawa — était ministre de l’Environnement dans le gouvernement péquiste de Pauline Marois.

Le ministre Blanchet avait fait adopter une norme maximale de 14 nanogrammes de nickel par mètre cube d’air. C’était la norme la plus sévère au monde. On était l’époque où les gouvernements étaient fiers de dire qu’ils protégeaient leur population.

Mais cette époque est révolue.

La recherche sur Google

À la demande des ‘acteurs économiques’ (c’est-à-dire de la minière Glencore), le gouvernement actuel a accepté de revoir cette norme.

Quatre experts ont été consultés. Dont principalement, Michèle Bouchard, vice-doyenne à la recherche de l’École de santé publique du Québec et détentrice d’un doctorat en toxicologie de l’environnement.

À l’émission Découverte, celle-ci déclarait :

« L’évaluation qui a été faite, c’est au meilleur des connaissances en fonction des données de la littérature, en utilisant mon expertise et celle de mon équipe.»

En somme, l’étude de Mme Bouchard n’est pas une étude toxicologique effectuée sur l’animal ni une étude clinique; c’est une simple revue de la littérature. Au sens large, on peut dire que c’est une ‘étude’.

Mais les vraies études publiées dans la littérature sont essentiellement des recherches payées par l’industrie pour répondre à des exigences gouvernementales.

Or il faut savoir qu’en Occident, ces études relèvent de la propriété intellectuelle. En d’autres mots, l’industrie est propriétaire de ces études et rien ne l’oblige à les rendre publiques.

C’est ce qui explique que la majorité des études sur lesquelles se base le fédéral pour homologuer les pesticides autorisés au Canada sont des études secrètes.

En somme, l’industrie ne publie que les études qui lui conviennent. Et c’est sur cela que Mme Bouchard s’est basée.

Dans le cas du nickel transbordé au port de Québec, il s’agit de la pentlandite, un sulfure de fer et de nickel. Or il n’existe qu’une seule étude toxicologique publiée à son sujet.

Toutes les autres concernent le sulfate de nickel, extrait ailleurs à travers le monde.

Si le gouvernement Legault voulait hausser la norme québécoise à la demande de la minière Glencore, il aurait dû exiger que cette dernière lui fasse la démonstration de l’innocuité de la pentlandite.

Ce qu’il n’a pas fait.

Toujours à l’émission Découverte, Maurice Moreau, à titre de ‘chef, environnement’ de Glencore, déclarait :

« Notre objectif, c’est zéro émission. Et ç’a toujours été notre but depuis qu’on opère ici à Québec.»

On ne peut que se réjouir d’entendre cela. D’où la question suivante : n’aurait-il pas été préférable de rendre la norme encore plus sévère afin de la rapprocher de l’objectif ‘zéro émission’ que souhaite tant l’industrie ?

Conclusion

Les opérations de Glencore au Québec occasionnent très peu de retombées économiques.

En contrepartie de droits miniers qui représentent environ deux pour cent de la valeur du minerai, Glencore en extrait autant qu’elle veut; elle n’a qu’à payer le salaire de ses mineurs.

Dès que cela est fait, elle s’empresse d’exporter son minerai hors du Québec pour lui faire subir l’essentiel de son raffinage, créant ainsi le moins d’emplois possible chez nous.

En somme, les seules retombées au Québec, c’est la poussière cancérigène sur Limoilou…

Ceci étant dit, augmenter de cinq fois la limite maximale de nickel dans l’air ne signifie pas que les familles de Limoilou en respireront cinq fois plus. L’augmentation sera bien supérieure.

Dans leur empressement à vouloir boycotter la Russie (3e producteur mondial de nickel), les minières occidentales se préparent à augmenter substantiellement l’extraction de ce métal.


 
Voilà pourquoi, le prix du nickel atteint des sommets sur les marchés internationaux. Anticipant les profits records de la minière, les spéculateurs ont fait augmenter sa valeur capitalisée.

Pour justifier l’abaissement des normes environnementales, la CAQ n’a même pas l’excuse de vouloir protéger des emplois en péril.

Au contraire, la minière s’apprête à opérer au maximum de sa capacité afin de s’enrichir le plus vite possible grâce à la guerre russe en Ukraine.

On doit donc en conclure que la CAQ, en bon gouvernement de droite, sacrifie la santé de son peuple afin de maximiser les profits d’un voyou corporatif.

Références :
Davantage de poussière cancérigène sur Québec, grâce à la CAQ
Le prix du nickel ballonné par le conflit en Ukraine
Nickel
Nickel : pour protéger l’environnement, il faut le polluer, selon la CAQ
Pollution dans l’air – « Si on veut des batteries, il faut du nickel », dit Charette

Paru depuis :
Le nickel connaît un nouveau boom à Sudbury (2022-04-12)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Résidence Herron : les crimes de guerre sanitaire

Publié le 10 avril 2022 | Temps de lecture : 2 minutes
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La lutte de l’humanité contre la pire pandémie depuis plus d’un siècle correspond à une guerre sanitaire. Une guerre qui a fait des millions de victimes.

La Résidence Herron était un hospice privé (aujourd’hui fermé) dans lequel 47 des 154 résidents sont décédés du Covid-19 au début de la pandémie.

Déserté par son personnel insuffisant et sous-payé dès les premiers jours de la contagion, cet hospice a rapidement été mis sous tutelle par l’État. Ce qui n’a pas empêché l’hécatombe de se poursuivre.

Cette résidence est située dans la circonscription de Marquette, représentée depuis 2018 à l’Assemblée nationale par le député Enrico Ciccone.

Bénévolement et à titre personnel, M. Ciccone est allé prêter mainforte aux employés débordés, à l’époque où on trouvait chaque matin les cadavres des personnes décédées dans la nuit et qui jonchaient le sol en baignant dans leurs selles et leur urine séchée.

Voici la question essentielle que posait le député Ciccone mercredi dernier à l’Assemblée nationale du Québec.

Je vous dispense des platitudes qu’on lui a répondues.

Contrairement aux pertes civiles infligées par une puissance ennemie, les sévices subis à la Résidence Herron ont pour cause la négligence criminelle de l’État québécois envers son propre peuple.

Références :
CHSLD Herron
Des appels au secours dans le vide

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Écrit par Jean-Pierre Martel