La culture des OGM en Europe

Publié le 23 février 2011 | Temps de lecture : 3 minutes

Seulement deux organismes génétiquement modifiés (OGM) sont cultivés en Europe : le maïs MON810 (de Monsanto) et la patate Amflora (de BASF).

Huit pays de l’Union européenne autorisent ces plantations : l’Allemagne, l’Espagne (80% de la culture d’OGM), la Pologne, le Portugal, la République tchèque, la Roumanie, la Slovaquie, et la Suède. Dans le cas de l’Allemagne, elle n’autorise que l’Amflora (développé par BASF, une compagnie allemande).

Dans le cas du maïs, il est interdit dans sept pays : l’Allemagne, l’Autriche, Bulgarie, la France, la Grèce, la Hongrie et le Luxembourg.

Ces deux types de culture couvraient 106 739 hectares en 2008 mais seulement 82 254 hectares en 2010, une diminution de 23% en deux ans.

Selon Inf’OGM, une partie de l’abandon de la culture du maïs transgénique s’explique par le refus des Européens d’en consommer. De plus, plusieurs agriculteurs ont réalisé que les promesses de Monsanto de rendements accrus ne s’étaient pas réalisées dans leur cas.

Les consommateurs québécois réticents à consommer ces produits ne peuvent exercer de discernement puisqu’au Canada, rien n’oblige l’étiquetage des produits alimentaires contenant des OGM. Pourtant, 83 % des Québécois estiment que la présence d’OGM dans les aliments devrait être obligatoirement indiquée sur l’emballage.

Les cinq principaux pays producteurs d’OGM sont les suivants :
   • les États-Unis (66,8 millions d’hectares)
   • le Brésil (25,4 millions d’hectares)
   • l’Argentine (22,9 millions d’hectares)
   • l’Inde (9,4 millions d’hectares) et
   • le Canada (8,8 millions d’hectares)

Environ 90% du soya cultivé en Amérique du Nord est transgénique.

Quant au canola transgénique, il en existe quatorze variétés sur le marché canadien : elles représentent environ 80% du canola cultivé au pays.

Au Québec, des variétés de maïs génétiquement modifiées poussent dans la moitié des champs de maïs. Selon Statistique Canada, il s’agit d’un bond de 6% pour 2006 et de 24% depuis 3 ans.

Le maïs transgénique n’est pas destiné à la consommation humaine, mais plutôt à l’alimentation du bétail et à la fabrication de carburant. Toutefois, il serait réduit en poudre et utilisé dans l’alimentation humaine que personne ne le saurait.

Références :
Les OGM reculent-ils vraiment en Europe ?
Étude – Les OGM sont encore plus nombreux et variés en 2010
Who benefits from GM crops? An industry built on myths

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La prière publique aux assemblées municipales

Publié le 22 février 2011 | Temps de lecture : 3 minutes

En 2004, la Commission des droits de la personne recommandait que le Conseil municipal de la ville de Laval cesse de réciter une prière publiquement à l’ouverture des séances du Conseil. Le maire de cette ville, M. Gilles Vaillancourt, refusant de se conformer à cette décision, porta l’affaire devant les tribunaux. Toutefois, l’interdit fut confirmé par le Tribunal des droits de la personne en septembre 2006 et la récitation de cette prière — une pratique vieille de 41 ans — fut donc abandonnée.

À l’époque, on estimait qu’environ le tiers des municipalités du Québec procédaient eux aussi à la prière publique en début de séance.

En décembre 2009, la Commission des droits de la personne prononçait une recommandation semblable à l’encontre de l’hôtel de ville de Trois-Rivières. Ici encore, la Commission se fondait sur le principe de la séparation entre l’Église et l’État ; dans l’exercice de ses fonctions, un représentant de l’État ne peut imposer à une personne qui ne partage pas ces croyances d’assister à un rituel de nature religieuse, quel qu’il soit.

Lundi le 14 février dernier, le Tribunal des droits de la personne ordonnait à la Ville de Saguenay de cesser de réciter la prière aux séances du conseil municipal et de retirer tous les symboles religieux des salles où se tiennent les assemblées publiques. De plus, la ville et son maire se voyaient condamner à payer une amende et des frais totalisant la somme de 33 500 $.

Après plusieurs condamnations, la jurisprudence est claire : la prière publique en début de réunion de Conseils municipaux est illégale. Tous les citoyens, croyants ou non, catholiques ou autres, sont égaux devant les administrations municipales. Les municipalités qui s’adonnent à la prière publique s’exposent donc à des poursuites et à des pénalités. Or tout cela est un gaspillage des fonds publics.

Avec toutes les allégations de corruption municipale qui circulent de ces temps-ci, il est évident que nos élus municipaux ont besoin des secours de la Sagesse Divine. Personne ne leur reprochera donc d’invoquer Dieu en privé puisque leurs prières publiques, en plus d’être illégales, donnent de si piètres résultats…

À tous les élus qui déchirent leurs vêtements et qui se frappent la poitrine en signe de désespoir face à cette jurisprudence, rappelons la Bible : « Malheur à vous, docteurs de la loi et Pharisiens, qui dévorez les maisons des veuves sous prétexte que vous faites de longues prières, c’est pour cela que vous recevrez une condamnation plus rigoureuse. »

Références :
Hôtel de Ville — Le crucifix restera à la salle du conseil
Le tiers des conseils municipaux récite la prière
Plus de prière au conseil municipal de Saguenay
Under Rumsfeld, Pentagon published Bible verses on top-secret intel reports

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Quelques dettes nationales

Publié le 21 février 2011 | Temps de lecture : 2 minutes

En valeur absolue, les États-Unis sont le pays le plus endetté au monde alors que la Chine est celui qui possède les plus importantes réserves monétaires. Voici une carte du monde où sont représentés les pays en fonction du montant de leur dette. Plus précisément, il s’agit des réserves de devises et d’or, diminuées de leur dette extérieure totale, publique et privée.

© 2010 — Peace01234 (pour Wikipedia)

Toutefois, cette carte ne tient pas compte de la puissance économique des pays. Lorsqu’on exprime cette dette en pourcentage du produit intérieur brut, on obtient le graphique qui suit.

Ce graphique permet de comprendre le caractère spéculatif de l’assaut récent des milieux financiers contre la monnaie européenne. Cette perte de confiance est alimentée par le préjugé selon lequel l’économie de ces pays (perçus comme des États-providence) serait plombée par un filet de sécurité sociale ruineux.

Pour terminer, il est à noter que 94% de la dette nipponne est détenue par des Japonais, ce qui place ce pays à l’abri des spéculateurs étrangers.

Références :
Dumas A, Endettés jusqu’au cou, La Revue, 2010; 8: 24.
Marbot O, Europe — La course à la dette, La Revue, 2010; 9: 21
Réserves de change

Sur le même sujet :
Dettes nationales par pays européen
Les incendiaires

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La Perle de l’Orient

Publié le 19 février 2011 | Temps de lecture : 2 minutes

À l’époque où Shanghai était le troisième centre financier du Monde, cette ville était surnommée « la Perle de l’Orient ». Depuis 1995, c’est le nom que porte aussi la tour de télédiffusion érigée sur la rive du quartier de Pudong. Sa silhouette ressemble à un bilboquet géant.

Au moment de son inauguration, c’était une des premières réalisations prestigieuses du quartier. Elle en est devenue l’icône la plus distinctive, comme on peut le constater de cette vue à partir de la rive opposée, celle du Bund (ci-dessous).

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Mesurant 468m, c’est une des plus hautes tours du monde. Elle comprend onze sphères dont trois, de tailles différentes, dressées verticalement, renfermant des plate-formes d’observation (à 90m, 263m et 350m de hauteur). À 276m, un restaurant rotatif dispose lui aussi d’une vue magnifique.

Son hall d’accès, ci-dessous, est monumental.

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Au sous-sol se trouve le Musée historique de Shanghai, admirablement bien fait, dont l’entrée est situé dans le coin inférieur droit sur la photo ci-dessus.

Du hall, on accède aux ascenseurs. Ceux-ci transportent les visiteurs à travers les piliers verticaux de la tour.

Vers la fin de la vidéo, on remarquera un carrefour giratoire entouré d’une passerelle circulaire et, au-delà, le magasin Apple de Pudong.

Des hauteurs, on y a une vue superbe, non seulement du quartier futuriste de Pudong, mais également de la rivière Huangpu.

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Au centre de la photo ci-dessous, se dressent la Tour Jinmao (dont la silhouette ressemble vaguement à une pagode) et derrière elle, la tour du Centre financier mondial (en forme de décapsuleur).

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La tour « la Perle de l’Orient » reçoit trois millions de visiteurs chaque année. Ma visite y a duré deux heures dont la moitié pour en redescendre. Le goulot d’étranglement, ce sont les ascenseurs; leur capacité est d’une vingtaine de personnes aux cinq minutes.

Détails techniques des photos : Panasonic GH1, objectif Lumix 14-45mm
1re photo : 1/640 sec. — F/8,0 — ISO 100 — 14 mm
2e photo  : 1/320 sec. — F/5,6 — ISO 125 — 14 mm
3e photo  : 1/500 sec. — F/8,0 — ISO 100 — 14 mm
4e photo  : 1/500 sec. — F/8,0 — ISO 100 — 14 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Lys et le fumier

Publié le 18 février 2011 | Temps de lecture : 6 minutes
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Le 21 septembre 2009, le vérificateur général de la ville de Montréal, M. Jacques Bergeron, remettait un rapport de 170 pages révélant que les importantes anomalies relativement à un contrat de 356 millions$ — le plus gros de l’histoire de la ville — pour des compteurs d’eau. Face au scandale que cela a provoqué, ce contrat a finalement été annulé.

Quelques mois plus tard, le vérificateur annonce son intention de scruter les contrats de téléphonie totalisant une somme de 100 millions$ accordés à TELUS. L’administration Tremblay lui laisse alors des délais ridiculement brefs pour effectuer cette vérification. Comme si on voulait qu’il n’ait le temps de ne rien trouver. Le vérificateur a dû se battre bec et ongles afin d’obtenir suffisamment de temps pour effectuer son enquête.

Plus tôt cette semaine, nouveau scandale : on apprenait que l’administration Tremblay a fait espionner son vérificateur général pendant dix mois.

Ce qui est étrange, c’est qu’on ne sait rien de la plainte anonyme qui justifierait cette surveillance. Plus précisément, a-t-on fait enquête strictement sur l’objet de la plainte ou en a-t-on profité pour chercher des puces au vérificateur ?

De plus, l’enquête n’a pas été confiée à un organisme indépendant : c’est la ville qui a surveillé son surveillant.

Qu’a-t-on trouvé ? Des niaiseries. Des milliers de dollars de gaspillage alors que l’administration Tremblay en gaspille des millions. Selon toute évidence, on s’est acharné sur lui pendant dix mois dans l’espoir qu’on trouverait finalement quelque chose de juteux. En vain.

Retour en arrière

Lorsque Gérald Tremblay a décidé de se présenter à la mairie de Montréal, je trouvais que cela était une bonne nouvelle. Gérald Tremblay avait été un remarquable ministre provincial de l’industrie et du commerce. Sa politique des grappes industrielles avait porté fruit et c’était un excellent communicateur. Bref, il avait tout pour lui.

Quand le scandale des compteurs d’eau a éclaté, M. Tremblay s’est présenté comme le lys poussant dans le fumier : des subalternes étaient coupables, il n’était au courant de rien, etc. Ses explications ne m’ont pas vraiment convaincu mais j’ai préféré lui laisser le bénéfice de doute.

Au cours de la campagne électorale municipale qui a suivi, j’ai été scandalisé par l’orgie des dépenses publicitaires. Aux trente minutes, à la station radiophonique syntonisée au travail, on présentait une réclame (toujours la même) qui vantait la droiture et l’honnêteté de M. Tremblay. Encore là, M. Tremblay se présentait comme l’incarnation du maire intègre, blanc comme le lys.

Je trouvais que M. Tremblay avait du front tout autour de la tête, non seulement après le scandale des compteurs d’eau, mais aussi après toutes les magouilles de ses collaborateurs révélées au cours de son premier mandat.

Surtout, d’où provenait donc tout cet argent ? On parle de 1,5 million$.

Retour au présent

Depuis des mois, l’administration Tremblay est à couteaux tirés avec le vérificateur, surtout depuis que le nouveau DG s’est fait prendre à révéler à TELUS le rapport confidentiel du vérificateur relatif au contrat obtenu par cette compagnie.

On nous dit que le vérificateur aurait une personnalité un peu spéciale. Je crois deviner qu’il aurait un tempérament ombrageux. Mais peu importe. Il n’est pas payé pour être gentil ; il est payé pour s’assurer que nos taxes sont bien dépensées.

Personnellement je ne le trouve pas suffisamment perspicace. Le scandale des compteurs d’eau, c’est une journaliste du Devoir qui l’a révélé. Le vérificateur n’a fait que confirmer la véracité des écrits de Mme Kathleen Lévesque. Pour le contrat de TELUS, ce sont les journalistes de La Presse qui anticipent des dépassements de coûts.

Déjà on a modifié la Loi électorale pour limiter les dépenses des candidats au niveau municipal. Maintenant on doit modifier les lois municipales pour mieux protéger l’indépendance des vérificateurs municipaux. Combien de lois devra-t-on encore modifier à l’avenir pour prévenir la répétition d’abus de l’entourage de Gérald Tremblay ?

Conclusion

La volonté du maire de Montréal de mettre fin à la série de scandales qui ont ébranlé son administration sera plus crédible lorsque M. Tremblay cessera de toujours se porter à la défense des fautifs et lorsqu’il commencera à prendre des mesures punitives contre eux plutôt que de s’attaquer à ceux qui révèlent les fautes de son administration.

Une réelle volonté de s’attaquer à la corruption municipale signifie surveiller l’attribution des contrats importants : ceux relatif aux infrastructures, à la construction de nouveaux édifices ou à leur rénovation. Bref, les contrats juteux qui permettent de se graisser la patte.

Le pouvoir de dépenser du vérificateur général est insignifiant. Il consiste à acheter de la papeterie pour son personnel et d’autres dépenses minimes.

En cautionnant l’espionnage du vérificateur général de la ville (dont il a transmis le dossier à la Sécurité du Québec, reconnait-t-il), le maire Tremblay fait la démonstration évidente que ce qui l’intéresse, ce n’est pas de s’attaquer à la corruption mais plutôt aux accusations de corruption. L’important pour son administration, ce n’est pas d’être honnête mais simplement de sembler l’être. Bref, de la pure hypocrisie.

Références :
Chef d’orchestre des compteurs d’eau à Montréal – BPR a envahi le monde municipal
Compteurs d’eau: Zampino nie être intervenu
Contrat à Telus: le vérificateur contredit le maire Tremblay
La Ville de Montréal fait l’unanimité contre elle
Le DG de Montréal se défend
Le scandale des compteurs d’eau
Modernisation du réseau téléphonique à Montréal
Police! Police!
Scandale des compteurs d’eau

Détails techniques de la photo : Canon Powershot G6 — 1/25 sec. — F/2,0 — ISO 400 — 7,2 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’illusioniste

Publié le 17 février 2011 | Temps de lecture : 1 minute

 

Ce court métrage du cinéaste Bruce Branit a été filmé en un jour mais a nécessité deux ans de post-production.

Résumé de l’histoire : un homme construit un environnement virtuel pour l’amour d’une femme.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Arabes vs Musulmans

Publié le 16 février 2011 | Temps de lecture : 2 minutes

Être Arabe, ce n’est pas une question de religion, ni de race : c’est une question de langue. Toute personne dont la langue maternelle ou dont la langue principale est l’arabe, se définit comme un Arabe.

De manière analogue, les pays dont la langue officielle est l’arabe (en vert foncé sur la carte ci-dessus) et ceux dont l’arabe est une des langues officielles (en vert pâle) constituent les pays arabes.

© 2008 — Keteracel (pour Wikipedia)

En Turquie, on parle le turc : ce n’est donc pas un pays arabe, malgré le fait que la très grande majorité de sa population soit musulmane. Alors qu’on parle arabe en Irak, ce n’est pas le cas en Iran. Dans celui-ci, on parle perse : l’Iran n’est donc pas un pays arabe non plus.

À l’est de l’Iran se trouve l’Afghanistan. Ce pays n’est pas un pays arabe puisque les Afghans parlent l’afghan. Cette langue correspond au perse classique alors que la langue perse moderne, celle parlée en Iran, est truffée de très nombreux mots étrangers dont celui pour dire merci et qui se prononce : « merci » (exactement comme en français).

Tous les pays arabes sont musulmans. Mais l’inverse n’est pas vrai. De nombreux pays sont musulmans sans qu’on y parle l’arabe. En plus de la Turquie, de l’Iran, du Pakistan et de l’Afghanistan, c’est notamment le cas de l’Indonésie.

Au total, l’Islam comptait 1,57 milliard de fidèles en 2009. Dans la carte ci-dessous, en vert sont représentés les pays à majorité sunnite, et en brun ceux à majorité chiite.

© 2010 — MacedonianBoy (pour Wikipedia)

Dans une vingtaine d’années, alors que cette planète sera partagée entre deux clans rivaux (pays occidentaux vs Chine), l’immense population musulmane pourrait très bien jouer un rôle déterminant. Si tel est le cas, de quel côté penchera-t-elle ?

Compléments de lecture :
Impopularité d’Al-Qaida chez les Musulmans
La lapidation ou la barbarie participative
Les boucs-émissaires
Nourriture halal : controverses futiles

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La bourse et le vent

Publié le 15 février 2011 | Temps de lecture : 6 minutes
© 2008 — Wikipedia

Toutes les entreprises possédant des titres financiers inscrits en bourse utilisent les marchés boursiers comme source de financement. Celui-ci survient au moment de l’émission d’actions ou d’obligations.

Par la suite, lorsqu’un titre est convoité, sa valeur en bourse augmente. Si, au contraire, une compagnie annonce des pertes importantes, la valeur de la compagnie diminue et conséquemment, ses actions en font autant. Mais une fois que ces titres ont trouvé preneurs, au départ, toute croissance ultérieure de la valeur en bourse — à l’occasion de changements de propriété de ces titres — ne donnent pas un sou de plus à la compagnie.

Beaucoup de petits investisseurs parient sur la valeur anticipée de titres financiers. Ces spéculateurs sont des parasites économiques. Lorsqu’ils font des gains, cet enrichissement n’apporte rien à la collectivité puisqu’il s’est fait exclusivement au dépend d’autres investisseurs. Cela ne crée pas d’emploi, cela ne stimule pas l’économie, cela ne fait rien d’autre que d’échanger de la richesse d’une personne à une autre.

Au cours des dernières décennies, les bourses se sont démocratisées. À l’époque où les taux d’intérêts favorisaient l’épargne, les bourses étaient réservées dans les faits aux détenteurs de cette épargne (banques, sociétés de fiducie, etc.) : de nos jours, la clientèle des bourses comprend des millions de particuliers. Ceux-ci réagissent au moindre signal annonciateur de la hausse ou du déclin de la valeur d’un titre, ce qui amplifie les variations des indices boursiers (par exemple le Dow Jones Index).

Lorsque la valeur d’un titre financier augmente lentement, les perspectives de gain (ou de pertes) sont beaucoup moindre que lorsque la valeur d’un titre subit de grandes variations. D’où la tentation de déstabiliser un titre (par de fausses rumeurs) afin de créer des occasions d’affaires. Dans une bonne mesure, l’assaut contre la monnaie européenne est essentiellement spéculatif alors que plus spécifiquement, le discrédit des bons du trésor de la Grèce ne l’est pas.

Normalement, la valeur d’un titre boursier est liée à la valeur d’une entreprise. Si une compagnie vaut un million de dollars et si cette compagnie a émis un million d’actions, chacune de ces actions devrait valoir un dollar, majoré de la perspective de profit au cours des prochaines années.

Pour le spéculateur, cela n’a pas d’importance. Il peut très bien acheter du vent s’il a la conviction de trouver un imbécile assez fou pour acheter ce vent plus cher qu’il ne l’a payé. Et cet imbécile est peut-être moins fou qu’on pense s’il peut trouver, lui, quelqu’un d’autre prêt à payer encore plus cher pour cette marchandise. En somme, l’important, c’est de ne pas se retrouver avec ce titre sans valeur réelle lorsque plus personne n’en voudra.

C’est ce qui explique le succès phénoménal du « papier commercial » et le krach boursier qui en était la conséquence inéluctable. De manière analogue, ce n’est qu’une question de temps pour que le prix de l’or chute de son prix actuel (plus de 1 300$ l’once) à son prix réel (environ 350$ à 400$ l’once).

Mais comment savoir lorsque la valeur d’un titre boursier est purement spéculative ? C’est simple. Lorsque la valeur totale des actions et obligations d’une compagnie équivaut à plusieurs fois la valeur réelle de l’entreprise, c’est que ses titres boursiers sont du vent.

De manière analogue, on peut prévoir un krach boursier quand la croissance des indices boursiers est bien au-delà de celle de l’économie mondiale.

D’août 1921 à septembre 1929, l’indice Dow Jones a gagné 468%. Si les années ’20 sont qualifiées d’années folles, elles l’ont été seulement pour une minorité de privilégiés. A titre d’exemple, c’est à cette époque que Montréal comptait un des taux les plus élevés de tuberculose en Amérique du nord alors des fermiers dans la misère quittaient la campagne pour s’installer dans des logis insalubres de l’est de la ville dans l’espoir d’une vie meilleure.

De septembre 1929 à juin 1932, l’indice Dow Jones perd 89% de sa valeur.

Tout comme ce qui s’est passé dans les années ’20, le Dow Jones a connu une croissance phénoménale durant les années ’90. Le 17 avril 1991, cet indice clôture pour la première fois au-dessus des 3 000 points. Le 3 mai 1999, il franchit des 11 000 points. Au cours de cette période, les pays ont construit des infrastructures (routes, hôpitaux, écoles, systèmes d’aqueduc, etc.), les particuliers ont accumulé des biens durables (maison, automobile, appareils électro-ménagers, etc.). Bref, les pays occidentaux se sont enrichis. Mais se sont-ils enrichis de 3,6 fois au cours de cette décennie comme l’a fait le Dow Jones ?

Le krach de 2008 était donc inévitable. Ce qui est étonnant, c’est que cette correction ait pris tant de temps à survenir. On peut présumer que les taux d’intérêts anormalement bas durant cette période ont découragé l’épargne et favorisé l’achat aveugle de titres boursiers. Si bien que la valeur de l’ensemble des titres, gonflée par la spéculation, s’est maintenue artificiellement pendant cette période.

Il a fallu la pourriture générale du système financier américain — à la faveur de la dérégulation néo-libérale — pour placer l’économie mondiale au bord du gouffre et la faillite colossale de la banque d’investissement Lehman Brothers pour réveiller les investisseurs.

Référence :
Il était une fois le Dow Jones…

Complément de lecture :
La dictature des actionnaires coûte cher

Paru depuis :
Wall Street vit le plus long cycle de hausse de son histoire (2018-08-23)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Taxes de vente : le Québec vs l’Europe

Publié le 14 février 2011 | Temps de lecture : 2 minutes

Le 1er janvier 2011, la taxe de vente du Québec (TVA) a été haussée à 8,5%. Cette taxe s’ajoute à la Taxe sur les produits et services (TPS) de 5% du gouvernement fédéral. En d’autres mots, la taxe provinciale est partiellement une taxe sur une autre taxe. Si bien que le taux combiné de ces deux taxes est le 13,92%.

Pour chacune des dix provinces canadiennes, les taxes de vente sont les suivantes.
   • l’Alberta : 5%
   • la Colombie britannique : 12%
   • l’île-du-Prince-Édouard : 15,5%
   • le Manitoba : 12%
   • la Nouvelle-Écosse : 15%
   • le Nouveau-Brunswick : 13%
   • l’Ontario : 13%
   • le Québec : 13,92%
   • la Saskatchewan : 10%
   • Terre-Neuve : 13%

L’équivalent européen, s’appelle la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA). En 2010, six pays de l’Union européenne ont haussé leur TVA : ce sont l’Espagne, la Finlande, la Grèce, le Portugal, la Roumanie et le Royaume-Uni.

On trouvera ci-dessous les taux qui prévalent actuellement parmi les 27 membres de l’Union européenne.
   • l’Allemagne : 19%
   • l’Autriche : 20%
   • la Belgique : 21%
   • la Bulgarie : 20%
   • Chypre : 15%
   • le Danemark : 25%
   • l’Espagne : 18%
   • l’Estonie : 20%
   • la Finlande : 23%
   • la France : 19,6%
   • la Grèce : 23%
   • la Hongrie : 25%
   • l’île de Malte : 18%
   • l’Irlande : 21%
   • l’Italie : 20%
   • la Lettonie : 22%
   • la Lithuanie : 21%
   • le Luxembourg : 15%
   • les Pays-Bas : 19%
   • la Pologne : 23%
   • le Portugal : 23%
   • la République tchèque : 20%
   • la Roumanie : 24%
   • le Royaume-Uni : 20%
   • la Slovaquie : 20%
   • la Slovénie : 20%
   • la Suède : 25%

En somme, les deux pays les plus peuplés de l’Union européenne — soit l’Allemagne et la France — ont des taxes de vente environ 50% plus élevées que celles du Québec.

Références :
Sales taxes in Canada
Taux de TVA appliqués dans les Etats membres au 1er janvier 2011

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le cadavre exquis

Publié le 12 février 2011 | Temps de lecture : 4 minutes

Un atelier d’écriture est un entrainement à l’écriture visant à développer la créativité des participants. Jeudi soir dernier, à l’Université de Montréal, on offrait un atelier de ce genre, décrit comme suit : « Basé sur des techniques de stimulation éprouvées et sur des jeux d’écriture inspirés des surréalistes, cet atelier vous permettra de découvrir en vous des possibilités de création que vous ne soupçonnez peut-être pas ». Intrigué, je me suis inscrit.

Un des exercices proposés consistait à diviser les vingt participants à l’atelier en groupes égaux de cinq personnes et à demander à chaque équipe de créer une phrase formée successivement des cinq éléments suivants : un mot, un adjectif, un verbe, un deuxième mot et finalement un deuxième adjectif. Donc cinq personnes pour trouver les cinq éléments d’une phrase. Le hic, c’est que chaque membre d’une équipe devait trouver son élément à l’insu des autres.

Concrètement, la première personne du groupe écrivait un mot sur un morceau de papier. Après avoir replié ce papier de manière à cacher ce mot, elle passait le papier à la deuxième personne du groupe qui devait écrire le premier adjectif. Celle-ci cachait son adjectif et passait le papier au troisième participant. Et ainsi de suite.

Étant le premier de mon groupe, j’avais choisi « confiture » et finalement, la phrase composée par notre équipe fut :
 • « La confiture — brutale — décrit — l’arc-en-ciel — amoureux ».

Les trois autres groupes composèrent les phrases suivantes :
 • « La lanterne — délicate — submergera — la cathédrale — atomique »,
 • « La multitude — vieille — pansera — les soldats — misérables », et
 • « Les fourmis — délicates — écoutent — le pouce — savoureux ».

Cet jeu s’appelle le cadavre exquis parce qu’il fut inventé à Paris vers 1925 par un groupe d’écrivains surréalistes et que leur toute première phrase à eux fut « Le cadavre — exquis — boira — le vin — nouveau ».

Notre professeure, Mme Marie-Christiane Hellot, invita ensuite l’ensemble des participants à partager les images ou les réflexions que chacune de ces phrases nous inspirait. Finalement, elle nous demanda de choisir une de ces phrases, pas nécessairement la nôtre, et de composer un texte basé sur elle. J’ai choisi « La lanterne délicate submergera la cathédrale atomique » et voici le résultat que cela a donné.


 
On est toujours impressionné par ce qui est gros, ce qui est massif. Mais tout ce qui existe, grand ou petit, vivant ou inanimé, est vulnérable.

Si on pouvait voir l’infiniment petit, on serait surpris de l’importance du vide dans la matière. À titre d’exemple, prenons le cas du plus petit des atomes, celui de l’hydrogène. Il n’est formé que d’un proton autour duquel gravite un électron. Si son proton mesurait un mètre de diamètre, son électron, gros comme un pois, graviterait à une distance de 30 km.

À l’opposé, l’atome d’uranium nous paraitrait gigantesque avec son noyau formé d’une multitude de protons, de neutrons, et son nuage d’électrons au loin, insaisissables. Paradoxalement, cette masse complexe, si impressionnante, est extrêmement vulnérable. Comme ces grandes familles où les conflits sont incessants, ces grosses molécules sont instables.

Parfois, à la faveur d’un rayon gamma émis par une molécule voisine, quelques protons, neutrons et électrons quittent spontanément l’atome pour aller vivre indépendants, provoquant ainsi la déchéance de l’uranium en quelque chose d’autre.

Mais cette décomposition peut être provoquée. La lumière d’un rayon laser, si difficile à produire il y a un demi-siècle et maintenant si commun puisqu’on la trouve au cœur de n’importe quel lecteur CD, DVD ou Blu-ray, un simple rayon laser, dis-je, suffit à briser l’atome d’uranium. Comme une lanterne délicate provoquant l’écroulement d’une cathédrale atomique.

Références :
Atelier d’écriture
Cadavre exquis

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Écrit par Jean-Pierre Martel