Aperçu de géopolitique agricole

Publié le 29 décembre 2025 | Temps de lecture : 1 minute

Étienne Lombardot est un diplômé de l’École de guerre économique (qui n’a pas d’équivalent au Québec). Cet expert est l’auteur du rapport L’agriculture dans la guerre économique, paru en septembre 2024.

Les chapitres de la présentation vidéo ci-dessus sont les suivants :
 0:00 Introduction
 1:48 Comment définir l’agriculture ?
 5:40 La place de la France dans l’agriculture mondiale
 9:26 La France a choisi la qualité
12:35 Les normes agricoles de l’Union Européennes
16:34 L’industrie du poulet
19:36 L’Ukraine, leader de l’agriculture
23:49 L’agriculture en Chine et en Inde
30:58 L’agriculture en Afrique
35:55 Conclusion

Un commentaire

| Agriculture, Économie, Géopolitique | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Mercosur : la perte de souveraineté alimentaire face à la guerre

Publié le 28 décembre 2025 | Temps de lecture : 8 minutes

Introduction

Depuis 1991, l’Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay font partie du Marché commun du Sud, surnommé Mercosur.

Ces jours-ci, l’Union européenne (UE) s’apprête à signer un traité de libre-échange avec ces pays.

Le texte de l’accord prévoit que, sur un échéancier de quinze ans, les pays du Mercosur supprimeront leurs droits de douane sur 91 % de leurs importations européennes (notamment sur les voitures européennes, actuellement taxées à 35 %).

En contrepartie, sur une décennie, l’UE abolira ses droits de douane sur 92 % de ses importations mercosuriennes. Ce qui privera l’UE de quatre-milliards d’euros de revenus tarifaires.

D’abord la délocalisation industrielle…

En octobre 2022, au sujet des sanctions européennes contre la Russie, nous écrivions :

Ne pouvant plus compter sur les hydrocarbures bon marché en provenance de Russie, le prix de l’énergie dans l’Union européenne sera plus élevé que dans la plupart des pays concurrents de l’Europe. Et ce, pour quelques années.

On peut donc anticiper que cette remondialisation s’accompagne d’une délocalisation industrielle.

C’est effectivement ce qui s’est produit. Mais ce n’est pas tout.

Le 27 juillet 2025, l’accord de Turnberry, conclu entre Donald Trump et Ursula von der Leyen prévoit que l’UE garantira 600 milliards d’euros d’investissements européens supplémentaires aux États-Unis.

Essentiellement, cette fortune servira à transférer des capacités européennes de production vers les États-Unis. En d’autres mots, l’UE s’engage à accroitre, voire à financer, son propre déclin industriel.

…puis la perte de souveraineté alimentaire

Après ce sabotage industriel, l’UE s’attaque maintenant à son agriculture.

Le modèle néolibéral qui prévaut en Europe, c’est que les grands groupes agro-alimentaires maximisent leurs profits en mettant en concurrence les producteurs d’aliments de base.

Et puisqu’il est beaucoup plus facile de rendre unique un produit transformé et donc, de faire accepter au consommateur de payer plus cher pour l’obtenir, la marge de profit des produits transformés est beaucoup plus grande que celle des aliments de base. D’où la précarité des paysans européens.

Cette précarité s’est accrue avec l’abandon de la gestion de l’offre en 1992 et l’augmentation considérable des exigences règlementaires de Bruxelles.

Le poulet ukrainien

Dans le cas du poulet, l’UE a soumis ses propres producteurs à une concurrence déloyale en permettant au demi-milliard de poulets produits annuellement en Ukraine d’entrer librement sur le marché européen sans respecter les normes qui y sont en vigueur.

Les règles concernant la traçabilité ne permettent pas aux consommateurs de s’opposer à ce tsunami puisque les poulets ukrainiens se retrouvent dans des croquettes et cordons-bleus avec l’estampille de l’UE.

Les légumineuses et le blé canadiens

D’autre part, en raison de la morphologie du territoire européen, les agriculteurs y sont menacés par tout traité de libre-échange avec des pays où il est possible de réaliser des économies d’échelle grâce aux immenses terres agricoles qu’on y trouve. C’est le cas du Canada.

En dépit du fait que certains pays européens refusent de ratifier l’Accord économique et commercial global conclu entre le Canada et l’UE, la Commission européenne l’applique illégalement depuis 2017.

Cela permet aux légumineuses canadiennes empoisonnées au glyphosate d’être vendues en Europe moins cher que les légumineuses soumises à la règlementation de Bruxelles (qui interdit cette pratique).

De la même manière, de 2019 à 2023, les exportations de blé canadien vers l’UE ont explosé. Ce qui fait que ce blé produit massivement (également empoisonné au glyphosate) fait une concurrence déloyale aux producteurs européens, avec la bénédiction de Bruxelles.

La viande du Mercosur

Le traité de libre-échange avec le Mercosur que s’apprête à signer Bruxelles permettra aux vastes exploitations agricoles d’Amérique du Sud d’inonder l’Europe de leurs aliments. Des aliments produits selon des normes moins exigeantes et donc moins couteuses que celles auxquelles sont astreints les producteurs agricoles de l’UE.

En contrepartie, les constructeurs automobiles allemands espèrent se lancer à la conquête du marché sud-américain sans soupçonner que la population du Mercosur pourrait préférer acheter des voitures chinoises (électriques ou non) qui offrent un bien meilleur rapport prix-qualité.

La souveraineté alimentaire de la France

Dans le secteur agricole, jusqu’en 2004, la France avait un excédent commercial non seulement à l’égard des pays membres de l’Union européenne, mais également face au reste du monde.

À partir de 2004 — ce qui correspond à l’entrée dans l’UE de pays agricoles de l’ancienne Union soviétique — l’excédent avec le reste de l’Europe a diminué alors qu’il s’accroissait avec les pays hors de l’Europe.

Au total, de nos jours, la balance commerciale de l’agriculture française est excédentaire de 7 à 9 milliards d’euros par année.

Cet excédent, elle le doit grâce à sa production de vins et de spiritueux (excédentaire de quinze-milliards d’euros), ce qui est compensé par un déficit commercial de 4 milliards pour la production de fruits et de légumes, à quoi s’ajoute un déficit d’environ 4 autres milliards pour la viande.

En somme, pour nourrir sa population, la France dépend maintenant de l’Étranger.

L’entrée en vigueur en 2026 d’un traité de libre échange avec les pays du Mercosur produira des effets analogues à ceux produits en 2004 par l’élargissement de l’UE vers l’Est.

Cela entrainera la disparition d’un certain nombre de producteurs agricoles incapables de résister à la concurrence déloyale de leurs collègues sud-américains (ces derniers étant exemptés des exigences phyto-sanitaires de Bruxelles).

En cas de guerre

À partir du moment où un pays doit importer une partie de ses aliments de base, cela signifie qu’il doit imposer un rationnement alimentaire à sa population dès qu’il entre en guerre.

Et c’est sans compter les protéines végétales (soya et tourteaux), importées principalement des États-Unis et du Brésil, dont les éleveurs français ont absolument besoin pour nourrir leurs cheptels.

La France n’aura aucune difficulté à s’approvisionner auprès de pays voisins.

Toutefois, au sujet des vivres importés d’Europe de l’Est, il faudra anticiper que des groupes malveillants détournent vers d’autres pays des aliments destinés à la France. Comme ce fut le cas des masques N95 au début de la pandémie au Covid-19.

Quant à l’importation de denrées en provenance des pays du Mercosur ou des provinces canadiennes productrices de céréales et de légumineuses — les uns et les autres situés à six-mille kilomètres des côtes européennes — tout cela devra se faire en traversant un océan infesté de sous-marins hostiles.

D’où la question :

Face à l’ennemi, quelle force peuvent opposer des pays armés jusqu’aux dents, mais dont les soldats ne mangent pas à leur faim ?

Conclusion

Après avoir favorisé la délocalisation de leurs industries manufacturières vers le Sud global et ainsi saboté la puissance industrielle nécessaire à tout effort de guerre, après avoir poussé à la faillite une partie de leur paysannerie, certains pays européens s’imaginent qu’il suffit de se doter d’armes puissantes pour triompher de tout.

En réalité, en cas de guerre, leur population sera condamnée à vivre sur des tickets de rationnement parce que la production de denrées aura été délocalisée en 2026 par la dictature technocratique de Bruxelles.

Références :
Aides d’État à l’agriculture : plus de 18 milliards d’euros depuis 2021
À l’heure du mercosur, quel avenir pour l’agriculture française ? (vidéo)
Guerre russo-ukrainienne et désindustrialisation de l’Europe
Le loup dans le poulailler de l’Europe
Les lentilles canadiennes empoisonnées au défoliant avant la récolte
Les Etats-Unis et l’UE ont « conclu un accord » commercial de droits de douane généraux de 15 %, annoncent Donald Trump et Ursula von der Leyen
Les insatiables ambitions du roi du poulet ukrainien
Marché commun du Sud
Que contient l’accord UE-Mercosur et quels sont les points contestés ?

Un commentaire

| Agriculture, Économie, Géopolitique | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Souhait du jour

Publié le 25 décembre 2025 | Temps de lecture : 1 minute
Cliquez sur l’image pour l’agrandir


3 commentaires

| Graphisme, Photo infrarouge | Mots-clés : | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


90 milliards d’euros pour prolonger l’agonie de l’Ukraine

Publié le 20 décembre 2025 | Temps de lecture : 2 minutes

Depuis des années, l’État ukrainien vit sous le respirateur artificiel de l’Occident.

En effet, ce sont les sommes que lui versent les pays occidentaux qui permettent à ce pays de payer non seulement la solde de ses soldats, mais également les pensions de vieillesse et le salaire de tous ceux qui dépendent de l’État; les fonctionnaires, les professeurs, les médecins, les éboueurs, etc.

Puisque Washington refuse maintenant de poursuivre ses aides militaire et financière à Kyiv, l’Union européenne (UE) cherche depuis ce temps à prendre la relève. Ce dont elle n’a pas les moyens.

Dernièrement, les dirigeants européens se sont fait dire publiquement ce que nous soutenons sur ce blogue depuis le début de la guerre; on peut geler les avoirs d’un pays ennemi, mais pas les confisquer.

Pour pallier cette contrainte, l’UE a décidé en faveur d’un prêt de 90 milliards d’euros (dont dix-sept payés par la France) qui couvrirait une bonne partie des 135 milliards dont l’État ukrainien a besoin au cours des deux prochaines années.

Ces sommes ne serviront pas à la reconstruction de l’Ukraine, mais permettront plutôt à ce pays de s’acquitter de ses dépenses courantes.

Et pendant que l’UE tente de retarder de deux ans la capitulation inévitable de l’Ukraine, l’administration Trump a compris qu’il est plus pragmatique d’en tirer profit.

Pour ce faire, Trump maintient deux équipes de négociateurs, chacune sympathique au belligérant avec lequel elle transige.

Celle qui négocie avec le vainqueur (soit la Russie) a pour mandat d’établir la place des États-Unis dans la reconstruction de l’Ukraine.

Pendant ce temps, pour donner aux vassaux de Washington l’illusion qu’ils comptent encore dans les affaires du monde, Trump leur offre le hochet d’une négociation parallèle qui mène nulle part.

Référence : L’UE trouve 90 milliards d’euros pour l’Ukraine, sans recours aux avoirs russes

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la guerre russo-ukrainienne, veuillez cliquer sur ceci.

Laissez un commentaire »

| Géopolitique, Guerre russo-ukrainienne | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


L’intelligence artificielle au temps des Fêtes

Publié le 19 décembre 2025 | Temps de lecture : 1 minute

Kelly-Eldridge Boesch est une artiste numérique installée à Los Angeles.

Après dix-sept ans passés en production cinématographique, en marketing et en création graphique, madame Boesch s’intéresse maintenant à la vidéo pilotée par intelligence artificielle.

Ses images surréalistes se distinguent par :
• leurs teintes sous-saturées, automnales ou froides,
• leurs personnages insolites, habillés de la tête aux pieds,
• leurs animaux chimériques,
• leurs machines et objets volants rétrofuturistes, et
• leurs lents travelings.

En dépit de la froideur inexpressive qui s’en dégage, ses vidéos impressionnent par leur beauté.

Un commentaire

| Graphisme, Informatique, Vidéos | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Jacques Baud et la ‘stalinisation’ de l’Union européenne

Publié le 18 décembre 2025 | Temps de lecture : 6 minutes

Introduction

Le délit d’opinion est une infraction, punie par la loi, qui consiste à propager une idée politique qui menace l’ordre public.

Puisque l’ordre public est une notion vague, la frilosité de l’État à l’égard de ce qui est susceptible de le troubler distingue les régimes totalitaires de ceux qui ne le sont pas.

Le cas de Jacques Baud

Le 15 décembre dernier, les ministres des Affaires étrangères des pays membres de l’Union européenne (UE) ont placé l’analyste et politicologue Jacques Baud sur sa liste noire des personnes qui, au nom de la Russie, mènent des activités jugées déstabilisantes.

À l’origine, cette liste visait à combattre les méfaits commis par la Russie dans le cadre de sa guerre ‘hybride’ contre les autres pays européens.

Toutefois, depuis octobre 2024, la notion d’activité déstabilisante s’est étendue aux opinions de ceux qui, rémunérées ou non par le Kremlin, ne croient pas au narratif de l’UE au sujet de la guerre russo-ukrainienne.

Dans le cas de Jacques Baud, cette décision a pour effet de bloquer les avoirs qu’il détient dans les banques situées sur le territoire de l’UE et de lui interdire d’entrer ou de transiter par un pays de l’UE.

Précisons que la Suisse, son pays, n’est pas membre de l’UE et conséquemment, n’est pas concernée par ces sanctions.

Voyons en détail l’acte d’accusation de l’UE contre Jacques Baud.

Jacques Baud, ancien colonel de l’armée suisse et analyste stratégique, est régulièrement invité à des émissions de télévision et de radio pro-russes.

Il est à noter qu’on ne parle pas ici de médias russes, mais prorusses. C’est-à-dire de médias qui, à l’égard du conflit russo-ukrainien, sont d’un avis contraire à celui de l’UE.

En somme, Jacques Baud diffère d’opinion. Et après ?

Il agit comme porte-parole de la propagande prorusse…

Il ne suffit pas de partager le narratif russe pour être le ‘porte-parole’ de Vladimir Poutine. Selon le dictionnaire Antidote, un porte-parole est une personne chargée officiellement de prendre la parole au nom de quelqu’un, d’un groupe, d’une communauté.

Cette partie de l’accusation européenne est donc fallacieuse.

…et formule des théories du complot…

Il est vrai que Jacques Baud est un complotiste. Toutefois, de nos jours, le mot ‘complotiste’ ne veut plus rien dire tellement sont nombreuses les personnes qui se réclament des diverses théories du complot.

…[il accuse] l’Ukraine d’avoir orchestré sa propre invasion pour adhérer à l’OTAN.

Ce reproche est tellement invraisemblable que j’ai téléchargé la version allemande de l’acte d’accusation, convaincu qu’il s’agissait d’une erreur de traduction. Ce qui n’est pas le cas; les deux versions disent la même chose.

La thèse de Jacques Baud, c’est plutôt que Washington a orchestré la guerre russo-ukrainienne en dépensant une fortune pour manipuler le peuple ukrainien et lui faire croire qu’il avait intérêt à devenir un ennemi militaire de son redoutable voisin.

Avec le résultat qu’on sait.

Par conséquent, Jacques Baud est responsable de mettre en œuvre ou de soutenir des actions ou des politiques imputables au gouvernement de la Fédération de Russie…

Jacques Baud ne met rien en œuvre. Il ne fait pas le trafic d’armement en faveur de l’Armée rouge. Il ne possède pas d’usines qui participent à l’effort de guerre de Moscou. Il n’organise pas des collectes de fonds en faveur des soldats russes. Et il ne contourne pas les sanctions économiques contre la Russie.

…qui compromettent ou menacent la stabilité ou la sécurité d’un pays tiers (l’Ukraine) en recourant à la manipulation de l’information et à l’ingérence.

Jacques Baud soutient deux choses.

Premièrement, que le déploiement des ogives nucléaires de l’Otan dans la cour arrière de la Russie est une menace existentielle à sa sécurité. Une menace aussi grande que le déploiement en 1962 de missiles russes à Cuba pouvait l’être pour les États-Unis.

Et deuxièmement, que la Russie avait raison de se porter à la défense de la minorité russophone d’Ukraine. Une minorité que massacraient les milices néonazies venues de l’autre bout du pays que Kyiv armait et payait secrètement.

Conclusion

Nous allons jeter l’économie russe par terre’ prédisait triomphalement un homme politique européen au début de la guerre russo-ukrainienne.

Quatre ans plus tard, un grand nombre de soldats et de civils sont morts. Des millions d’Ukrainiens ont dû fuir à l’Étranger. L’Ukraine est ruinée. Et Bruxelles a gaspillé des centaines de milliards d’euros à soutenir une guerre perdue d’avance.

Pour les dirigeants européens, ce qui est gênant, c’est qu’un analyste comme Jacques Baud avait vu juste.

Si certaines de ses analyses sont sujettes à caution — notamment au sujet du conflit israélo-palestinien — celles au sujet de la guerre russo-ukrainienne sont remarquables par leur rigueur et leur précision.

Maintenant que cette guerre tire à sa fin, l’heure des règlements de comptes approche.

Alors que les révoltes éclatent aux quatre coins de l’Europe, les dirigeants corrompus de l’UE tentent désespérément de s’accrocher au pouvoir en muselant ces ‘complotistes’ qui les ont prévenus de ce qu’ils s’entêtaient à ne pas voir.

Plus un pouvoir se sent menacé, plus il est autoritaire…

Voilà pourquoi on assiste à la ‘stalinisation’ de l’UE.

Références :
Bruxelles sanctionne le Suisse Jacques Baud pour propagande prorusse
Décision du Conseil de l’Union européenne du 15 décembre 2025 (version française)
Décision du Conseil de l’Union européenne du 15 décembre 2025 (version allemande)
Jacques Baud : il donne trop d’informations trop précises. L’Union européenne le sanctionne !
L’Union européenne et la liberté d’expression
Opinion légale au sujet du cas de Jacques Baud

Complément de lecture : Le danger du contrôle étatique des flux financiers

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la guerre russo-ukrainienne, veuillez cliquer sur ceci.

Laissez un commentaire »

| Géopolitique, Guerre russo-ukrainienne | Mots-clés : , , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


La corruption des élus à Ottawa

Publié le 17 décembre 2025 | Temps de lecture : 3 minutes

Il y a six ans, nous écrivions :

Un des grands tabous de la politique canadienne est la corruption au sein du gouvernement fédéral.
[…]
…seulement pour 2017, c’est plus de 600 000 $ en voyages gratuits qui ont été payés par des gouvernements étrangers à des parlementaires fédéraux. Le tout de manière parfaitement légale parce que rien ne s’y oppose.

Précisons qu’Ottawa est libre de mettre sur pied des missions d’observation auxquelles participeraient un certain nombre de ses députés.

Mais est-ce normal que des gouvernements étrangers ou des ONG financées par des intérêts étrangers tentent d’influencer nos parlementaires en procédant à des visites guidées ?

Au Canada, il suffit que le tout soit déclaré au Commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique pour que ce ‘cadeau’ soit considéré comme parfaitement légal.

Imaginez qu’au lieu d’un voyage, toutes dépenses payées, un député reçoive plutôt une enveloppe brune dans laquelle se trouveraient un billet d’avion à destination d’un pays étranger, accompagné d’une liasse de ‘brownies’ destinée à défrayer ses frais de séjour, qu’en penserait-on ?

C’est pourtant ce qui est arrivé à cinq députés libéraux et un député du NPD, selon ce que nous apprenait hier un article publié par Radio-Canada.

Pudiquement, le diffuseur canadien parle d’un voyage effectué ‘à l’invitation’ de la Canadian Muslim Vote alors qu’en réalité, il s’agit bel et bien d’un voyage organisé et défrayé par elle.

Précisons qu’à Ottawa, le député qui n’occupe aucune fonction particulière reçoit annuellement 178 900 dollars. Cette indemnité de session est amplement suffisante pour lui permettre de faire le tour du globe, s’il le désire.


 
Non seulement le narratif de Radio-Canada évite soigneusement de présenter ce voyage comme une tentative d’influencer l’opinion de ces six députés à l’égard de la colonisation israélienne en Cisjordanie, mais le diffuseur public a également censuré et fait disparaitre toute trace des commentaires (comme celui ci-dessus) qui présentait ce voyage sous un autre angle que celui choisi par Radio-Canada.

Cette corruption systémique, taboue pour Radio-Canada, n’est sans doute pas étrangère aux déboires actuels du Parti libéral du Québec après qu’il ait choisi de confier sa direction à des gens qui ont fait carrière à Ottawa.

Sans vouloir insinuer que Pablo Rodriguez soit corrompu — sans preuve du contraire, je le crois innocent — il est clair que dans ses valises, il transportait des gens dont l’éthique politique laisse à désirer.

Références :
Corruption fédérale : les voyages forment la vieillesse
Des députés canadiens se voient refuser l’entrée en Cisjordanie
Gagnants ou perdants : ce qu’ils gagnent, ce qu’ils perdent

2 commentaires

| Corruption politique, Politique canadienne | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Centres de données, pillage de l’eau et la CAQ

Publié le 16 décembre 2025 | Temps de lecture : 3 minutes

Introduction

À l’époque où la chaleur dégagée par les centres de données pouvait être dissipée par de l’air froid, le climat nordique du Québec et de l’Islande en faisait des lieux de prédilection pour l’implantation de centres de données.

De nos jours, les centres de données qui font les manchettes sont ceux dédiés à l’intelligence artificielle (IA).

La taille colossale de ces usines représente un saut quantique en comparaison avec celle des plus gros centres de données qu’on construisait aussi récemment qu’il y a deux ou trois ans.

La densité de leurs microprocesseurs est telle que le simple refroidissement à l’air ne suffit plus; il faut les refroidir à l’eau.

Le refroidissement à l’eau

Puisque l’eau et l’électricité ne vont pas bien ensemble, ce refroidissement est assuré dans ces usines par une fine canalisation métallique qui frôle chacun de leurs milliers circuits électroniques.

En dépit de la fascination de nos médias pour l’intelligence artificielle, très peu de journalistes se sont intéressés à la consommation d’eau des centres de données consacrées à l’IA.

On sait que le centre de données Colossus-2 — construit à la frontière du Tennessee et du Mississippi — consomme 49 millions de litres d’eau par jour.

Pour assurer cet approvisionnement, il s’est doté d’une petite usine d’épuration afin de traiter les eaux usées de la ville de Memphis.

D’autre part, au début de 2026, Microsoft ouvrira dans le village de Mount-Pleasant (au Wisconsin), le plus grand centre de données au monde consacré à l’IA.

Il consommera 90 millions de litres d’eau potable par jour, fournis par la ville de Racine à partir de l’eau qu’elle puise dans le lac Michigan.

Une leçon pour le Québec

À l’heure actuelle, le Québec a plus de centres de données qu’il en a besoin pour assurer sa souveraineté numérique.

Pour faire oublier le fiasco de sa filière batterie, la CAQ veut maintenant attirer au Québec des centres de données dédiés à l’IA.

En plus des terres agricoles qu’il faudra dézoner, leur venue est susceptible de provoquer un désastre environnemental.

En effet, aucune municipalité ni aucune nappe phréatique au Québec n’est capable d’assouvir leur besoin gargantuesque en eau sans priver nos agriculteurs, nos industries et nos gens de l’eau dont ils ont besoin.

Prions pour que la CAQ soit chassée du pouvoir avant de mettre en œuvre cette nouvelle stratégie industrielle désastreuse.

Références :
Data Centers and Water Consumption
Data centers, backbone of the digital economy, face water scarcity and climate risk
Stratégie industrielle du Québec : la panne d’idée de François Legault
The environmental footprint of data centers in the United States
Water levels across the Great Lakes are falling – just as US data centers move in

Complément de lecture : US leads record global surge in gas-fired power driven by AI demands, with big costs for the climate (2026-01-29)

Laissez un commentaire »

| 2018-202X (années Legault), Économie, Environnement, Informatique, Politique québécoise | Mots-clés : , , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Les iles de Boucherville (suite et fin)

Publié le 14 décembre 2025 | Temps de lecture : 2 minutes


 
Notre dernier volet est consacré au Boisé Grosbois, c’est-à-dire à la partie boisée de la plus grande ile du Parc national des iles de Boucherville, soit l’ile Grosbois.

Originellement appelée ile Saint-Joseph, elle prit définitivement le nom de Grosbois à la fin du XVIIe siècle lorsqu’Ignace Boucher de Grosbois (1659-1699) décida d’y finir ses jours, après une brillante carrière militaire.

Ce dernier était le troisième fils de Pierre Boucher, seigneur de Grosbois et de Boucherville.


Camping Grosbois

C’est au Centre de services Grosbois que les campeurs peuvent s’enregistrer. C’est également là qu’on peut louer de l’équipement; vélos, remorques de vélo pour enfants, kayaks simples ou à deux places, canots, planches à pagaie, pédalos.


Reconstruction d’un campement iroquoien

Le site autochtone qu’on y trouve est qualifié d’iroquoien (et non d’iroquois), parce qu’il fait référence aux Iroquoiens du Saint-Laurent, un peuple aujourd’hui éteint qui fréquentait l’ile au XVIe siècle pour y chasser, pêcher et faire du commerce.

Les Iroquoiens du Saint-Laurent et les Iroquois (ou Mohawks) sont des membres distincts de la famille linguistique iroquoienne.

Alors que les premières peuplaient la vallée du Saint-Laurent (appelée Canada à l’époque), les seconds habitaient un territoire plus au sud, dans ce qui est devenu l’État de New York.


 
Détails techniques : Appareil Olympus OM-D e-m5 infrarouge à spectre complet + objectif Lumix 14-45mm + les filtres de l’infrarouge Jaune 3629.

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à l’infrarouge couleur, veuillez cliquer sur ceci.

Laissez un commentaire »

| Infrarouge couleur, Photo infrarouge, Photos de la banlieue sud de Montréal, Photos de voyage, Photos du Canada | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


La laïcité québécoise et le culte musulman

Publié le 12 décembre 2025 | Temps de lecture : 9 minutes

Introduction

À la suite des attentats du 11 septembre 2001, les États-Unis ont déclaré la guerre au terrorisme. Dans les faits, celle-ci vise spécifiquement le djihadisme armé financé par des pétromonarchies.

La multiplication d’actes terroristes à travers le monde et la mise en valeur de ces faits divers par nos médias ont propagé en Occident une crainte instinctive à l’égard de l’ensemble des Musulmans. En dépit du fait que ces derniers sont les principales victimes de ces attentats terroristes.

Cette crainte s’est répandue à l’égard des minorités musulmanes au sein de nos sociétés, accusées injustement d’être responsables d’actes posés par leurs coreligionnaires. Des coreligionnaires avec lesquels ils n’ont habituellement rien en commun, sauf la religion.

De plus, dans ce climat de suspicion, toute manifestation publique de la religiosité musulmane est perçue comme une provocation à l’égard du modèle de société dont le Québec tente de se doter en opposition au multiculturalisme canadien.

Lorsque ces manifestations dépassent clairement le domaine de la raisonnabilité (comme dans les exemples que nous allons voir), le législateur est sollicité afin qu’il intervienne.

Les scandales de Bedford, de Vanier et de Concordia

À l’école Bedfort

Protégés par la cellule de leur syndicat (dont ils avaient pris le contrôle) et par la lâcheté de la directrice du Centre de services scolaires, onze professeurs ont fait la pluie et le beau temps à l’école primaire et secondaire Bedford pendant des années.

Invoquant leur autonomie professionnelle, ceux-ci ont négligé l’enseignement de matières qu’ils jugeaient contraires à leurs croyances religieuses, notamment les sciences, l’éthique et la culture religieuse, de même que l’éducation à la sexualité.

Certains professeurs se lavaient les pieds dans les éviers des toilettes de l’école pour ensuite effectuer leurs prières en classe devant leurs élèves.

Au Collège Vanier

Le Collège Vanier a aménagé un lieu de prière pour les élèves musulmans.

Ce local possède un lavabo pour les ablutions ainsi qu’un rideau séparateur pour éviter que les femmes et les hommes prient ensemble.

À l’université Concordia

Alors que les projecteurs étaient braqués sur le cas de l’école Bedford, voilà qu’on apprenait que depuis des décennies, deux salles de prière existent à l’université Concordia; une pour les Musulmans de sexe masculin et l’autre, plus petite, pour les Musulmanes.

Elles sont fréquentées par plus de 500 étudiants par jour.

L’idée de réserver un local universitaire à une religion en particulier est une très mauvaise idée puisque cette exclusivité mène à des conflits interconfessionnels.

Pour pallier toute plainte invoquée au motif de discrimination religieuse, on devra aménager dans nos universités des lieux de prière pour chacune des religions qui y sont pratiquées.

Une rédaction brouillonne

Ces abus ont amené le gouvernement québécois à renforcer la laïcité dans les maisons d’enseignement et les garderies en présentant le projet de loi 9.

À sa lecture, ce qui est frappant, c’est à quel point il est bavard. On y lit des paragraphes interminables comme s’ils résultaient du travail brut d’un comité.

À titre d’exemple, l’article 3 fait partie des dispositions qui manquent de concision. On y lit : « La laïcité […] exige […] que tout membre […] doive agir…». Pourquoi ‘doive’?

Il aurait été plus simple (donc plus français) de souligner l’obligation d’agir et non le simple devoir d’agir. La différence ? Dans le premier cas, le défaut d’agir est une infraction à la loi alors que dans le second cas, c’est un manquement à ses devoirs. Ce qui en fait un délit moindre.

Par-dessus tout, ce projet de loi est une collection d’amendements à d’autres lois déjà en vigueur. Conséquemment, il est particulièrement ennuyeux à lire.

Faits saillants

Interdiction du voile intégral

Le projet de loi caquiste prescrit que toute demande ou toute prestation de service gouvernemental se fasse à visage à découvert. Une exigence que la loi étendra aux maisons d’enseignements et aux garderies.

Toutefois, la loi n’interdira pas le voile intégral sur la voie publique pour deux raisons.

Premièrement, parce que de nombreuses personnes se couvrent le visage au Québec durant la saison froide.

Deuxièmement, au cours du ‘Printemps érable’, l’utilisation d’armes à mortalité réduite par les forces policières a occasionné des commotions cérébrales, des fractures de la mâchoire, des dents brisées et dans un cas, la perte d’un œil.

Conséquemment, les tribunaux ont déjà statué que le droit à la vie et à l’intégrité physique était un droit fondamental. Conséquemment, les gens ont le droit de porter un casque protecteur et donc, de refuser de déambuler à visage découvert (comme l’exigeait un règlement municipal adopté à l’époque).

Les prières dans l’espace public

On verrait mal les corps policiers donner une contravention à une personne qui, attablée dans un parc, fait un signe de la croix et récite à voix basse un bénédicité avant de manger un sandwich.

De toutes les activités qui peuvent être menées sur la place publique, la prière est une des plus inoffensives. Voilà pourquoi la prière individuelle n’est pas ciblée par le projet de loi 9.

Toutefois, les pratiques religieuses collectives dans l’espace public seront interdites à moins d’être autorisées par résolution d’un conseil municipal. Comme le serait une marche de protestation.

Donc, lorsqu’elle ne perturbe pas la circulation et se fait sans portevoix, la prière de rue pourra donc être permise.

Les lieux de prière

Ce qui est nouveau, c’est également l’interdiction des lieux de prière dans les écoles ou les établissements de santé. Ils seront toutefois permis dans les résidences pour personnes âgées.

Sera donc interdite toute pratique religieuse dans ces lieux à l’exception d’une activité facultative organisée par une institution scolaire confessionnelle en dehors des heures d’enseignement.

Autant je suis hostile à l’aménagement de lieux de prière dédiée à une religion en particulier, autant je suis favorable à l’aménagement de lieux de recueillement partout où cela est possible. Même si, dans les faits, ces lieux serviront, entre autres, à prier.

Ce qui menace la loi 9, ce n’est pas la Canadian Constitution de 1982, mais le droit coutumier. La clause dérogatoire permet de se soustraire à la première, mais pas au second.

Le droit de prier seul ou en groupe est un droit universel consacré par le droit coutumier. À moins d’un amendement, il est improbable que la loi 9 sorte indemne d’une contestation juridique.

D’autre part, il est sain qu’il y ait des lieux de quiétude — à l’école où à l’hôpital — où on peut se réfugier à l’abri de la clameur du monde.

Des lieux où le silence est obligatoire, où aucun symbole religieux n’est visible, où aucun texte ni message n’est affiché, et qui ne serait pas réservé à une confession religieuse en particulier.

Les accommodements raisonnables

Tout accommodement demandé doit respecter le droit à l’égalité entre les sexes ainsi que le droit de toute personne d’être traitée sans discrimination.

Cette égalité des sexes n’est pas synonyme de mixité sexuelle. Par exemple, on pourra réserver une piscine à l’usage exclusif des femmes au cours de certaines plages horaires si on fait de même pour les hommes.

Étrangement, si j’ai bien compris (à la page 20), un mari pourrait s’opposer à ce que sa femme soit examinée par un médecin de sexe masculin.

Favoriser le consensus

Selon un sondage effectué récemment en France, 78 % de musulmans croient qu’on peut vivre des principes de sa foi dans la société française.

Par contre, ce qui irrite la majorité des Musulmans, c’est que toute visibilité de la pratique religieuse de l’islam soit perçue comme une manifestation de l’islamisme radical, voire dans des cas extrêmes, comme une menace pour la civilisation occidentale.

Les Musulmans ne représentent que pour trois pour cent de la population québécoise. S’imaginer qu’une si petite minorité puisse ‘prendre le contrôle’ de notre société relève de la paranoïa.

En réalité, les adversaires de la laïcité québécoise ne sont pas les Musulmans d’ici mais une poignée d’imams inféodés à l’idéologie misogyne de l’Arabie saoudite.

Dans leurs prêches, ceux-ci présentent la laïcité et la démocratie comme incompatibles avec la Volonté Divine. À leurs yeux, les contraintes de la laïcité sont des mesures discriminatoires dirigées contre leurs fidèles.

Évidemment, cette rhétorique victimaire sert à les rallier autour d’eux en plus d’être une menace à la cohésion sociale.

Voilà pourquoi l’État québécois ne doit pas seulement s’attaquer aux apparences, mais travailler à ce que la laïcité soit perçue par tous comme un moyen de pratiquer sa religion ‘incognito’, sans crainte de préjudice et de stigmatisation.

Tout comme l’uniforme aplanit virtuellement les distinctions sociales et assoit la cohésion de la nation.

Références :
Des étudiants dénoncent le projet du gouvernement d’interdire les salles de prière
Des prières de rue islamistes à Montréal
École Bedford: l’histoire d’une déresponsabilisation généralisée
Interdiction des salles de prière : des étudiants dénoncent le projet du gouvernement
Laïcité: une majorité de Québécois favorables à l’interdiction des prières de rue
La laïcité dans les cégeps est loin d’être une fausse question
Loi sur le renforcement de la laïcité au Québec
Pour le droit de respirer
Rapport au sujet de l’école Bedford
Rapport Pelchat-Rousseau sur la laïcité: la fin des signes religieux dans les CPE?
Si l’école était importante (20)
Tirs de balles de plastique : attend-on de tuer quelqu’un ?
« Toute visibilité de la pratique religieuse de l’islam est vue comme une manifestation de l’islamisme »

6 commentaires

| 2018-202X (années Legault), Politique québécoise, Religion | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel