La discrimination religieuse à l’embauche, une nécessité ?

Publié le 23 décembre 2013 | Temps de lecture : 4 minutes

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Introduction

Le 4 décembre dernier, le Tribunal ontarien des droits de la personne accordait 100 000$ à deux Musulmans qui avaient perdus leurs emplois de cuisiniers dans un même restaurant, essentiellement à cause d’une atmosphère de travail empoisonnée; entre autres, l’employeur les forçait à goûter les plats — dont certains contenaient du porc — contrairement à ce que prescrit l’Islam.

Il est à noter qu’il ne s’agit pas là de la principale raison de cette condamnation, mais d’une parmi les raisons majeures invoquées par le tribunal.

Aujourd’hui, la chaine de magasins britanniques Marks & Spenser s’excuse publiquement après avoir appris qu’une caissière musulmane eut refusé de servir un client dont le panier d’emplettes contenait une bouteille de champagne (la consommation d’alcool étant défendue par l’Islam).

L’entretien d’embauche

Il y a bien des années, en entrevue avant d’être embauché, on m’avait demandé combien je valais, c’est-à-dire de révéler la valeur de tous les biens que je possèdais. J’avais refusé de répondre. On m’avait signalé que si je refusais, je risquais de ne pas obtenir le poste. J’avais réitéré mon refus et j’avais été embauché quand même.

Depuis, le Code du travail a été modifié et il est interdit à un employeur de poser des questions en entrevue qui n’ont pas de rapport avec le poste à combler.

Jusqu’à ce que je prenne connaissance des deux faits divers mentionnés au début du texte, je ne voyais pas de raisons pour qu’un employeur s’informe des croyances religieuses de ses employés; cela ne le regarde pas.

Dans le domaine de la Santé, le professionnel doit assujettir son intérêt personnel à l’intérêt de son patient. Concrètement, un pharmacien ne peut pas refuser d’exécuter une ordonnance de contraceptif oral parce que la contraception est interdite par sa religion à lui. De la même manière, un chirurgien témoin-de-Jéhovah ne pourrait pas laisser un patient mourir d’hémorragie sous le prétexte que sa religion interdit les transfusions sanguines.

Mais à partir du moment où les croyances religieuses de l’employé ont une incidence sur le service à la clientèle, il est normal que l’employeur en soit prévenu.

Il serait imprudent pour un employeur de demander précisément le nom de la religion pratiquée par un postulant puisque si sa candidature est rejetée, ce dernier pourrait prétendre que cet employeur est hostile à sa foi.

Mais il est normal que l’employeur demande, de façon générale, si le postulant a des convictions (religieuses ou autres) qui sont en conflit avec sa description de tâche ou la nature du poste à combler.

Par exemple, s’il n’y a rien d’anormal à ce qu’un végétarien serve au comptoir des viandes d’une épicerie, cela devient conflictuel si ce végétarien croit avoir le devoir moral d’empêcher les carnivores de manger ce qu’ils veulent.

De la même manière, je n’arrive pas à comprendre comment les propriétaires du restaurant ontarien ont pu choisir un Musulman comme chef alors qu’une bonne partie des mets de leur établissement contiennent du porc. De manière analogue, comment ce Musulman a-t-il pu accepter ce poste alors qu’un chef doit nécessairement goûter à ce qu’il prépare.

Donc à partir du moment où la religion sort du domaine privé pour influencer l’exercice d’une fonction rémunérée, il est normal que l’employeur en soit prévenu. Et si ce patron a négligé de s’en informer, c’est le devoir de l’employé de le prévenir avant d’accepter le poste.

Références :
Décision du Tribunal ontarien des droits de la personne
M&S apologises after Muslim assistant refused to sell customer alcohol
Muslim M&S worker refused to sell ‘unclean’ Bible book to grandmother, customer claims
3 Muslim restaurant workers awarded $100,000 in discrimination case

Détails techniques : Appareil Olympus OM-D e-m5, objectif Lumix 12-35mm F/2,8 — 1/60 sec. — F/5,6 — ISO 6400 — 32 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Nourriture halal : controverses futiles

Publié le 16 mars 2012 | Temps de lecture : 6 minutes
Cantine de mets halal à New York

La nourriture halal est celle qui est préparée conformément prescriptions de la religion musulmane. Les aliments halal sont le sujet de deux polémiques récentes.

Le mois dernier, une candidate à l’élection présidentielle française déclarait que la totalité de la viande distribuée dans la région parisienne était halal. De plus, elle annonçait son intention d’intenter des procédures judiciaires pour « tromperie sur la marchandise » puisque l’étiquetage de ces aliments n’en informerait pas les consommateurs. Cette déclaration a soulevé beaucoup d’inquiétude.

Essentiellement, tout cela s’est avéré sans fondement : cette candidate a simplement été induite en erreur par un reportage télévisé mal fait. Toutefois, cela nous amène à nous poser une première question : « La nourriture halal, représente-t-elle un danger ? »

Une autre préoccupation découle d’une controverse dont l’origine remonte à un appel d’offre du Ministère de la sécurité publique du Québec destiné à fournir en prison de la nourriture cachère ou halal aux détenus juifs ou musulmans.

Il y a deux jours, le porte-parole du PQ en matière d’agriculture — lui-même vétérinaire — qualifiait de cruel l’abattage rituel des animaux de boucherie et, conséquemment, contraire aux valeurs québécoises. D’où la seconde question : « L’abatage rituel est-il cruel ? »

L’innocuité de la viande halal

Dans l’islam, le terme « halal » signifie ce qui est permis ou autorisé pour le pratiquant. La viande halal doit répondre à des critères précis : l’animal égorgé doit être conscient, sa tête tournée vers La Mecque (ce qui est rarement respecté au Québec) et des paroles précises doivent être prononcées.

La nourriture halal a le même aspect, la même odeur, la même texture et le même goût que la nourriture qui ne l’est pas. En somme, la nourriture halal ne contient aucune substance chimique particulière qui permettrait de l’identifier.

Les Musulmans croient que Dieu exige qu’ils mangent halal, tout comme les Chrétiens croient que l’hostie consacrée contient le corps du Christ. Et de la même manière que l’hostie consacrée contient le même nombre de calories que l’hostie qui ne l’est pas, la nourriture halal a exactement le même goût et la même composition que la nourriture ordinaire. En somme, c’est pareil… sauf pour le croyant : si vous ne l’êtes pas, il n’y a pas de différence.

L’identification de la nourriture halal

Certaines personnes ne veulent pas manger de nourriture halal ou cachère. C’est leur droit.

Parce que la certification halal ou cachère représente des coûts additionnels pour les fabricants, les aliments halal ou cachère coûtent habituellement plus cher. Mais ce n’est pas nécessairement le cas. Donc il est possible que de la nourriture présumément « ordinaire », trouvée à l’épicerie, soit en réalité halal ou cachère sans que le fabriquant ait senti le besoin de le préciser.

Devrait-on identifier la nourriture cachère ou halal ? Oui. Toutefois dans la longue liste des choses qu’on cache aux consommateurs, l’identification précise des constituants allergènes, la présence d’organisme génétiquement modifié et le nom du pays d’origine sont nettement plus prioritaires.

Quant à la précision de la certification halal ou cachère, elle est d’une importance très secondaire, compte tenu de la différence dérisoire de ces aliments avec la nourriture « ordinaire ».

L’abattage rituel est-il cruel ?

Depuis longtemps, les animaux de boucherie ne sont plus abattus à la ferme. On les transporte donc sur de longues distances vers un abattoir, habituellement situé à des heures ou des jours de distance. Au cours du transport, les animaux sont entassés les uns contre les autres, stressés, sans manger ni boire. Si bien qu’une partie d’entre eux décèdent en cours de route.

Arrivés à l’abattoir, les bovins, les moutons et les porcs doivent s’avancer dans des enclos de plus en plus étroits où finalement, une seule bête pourra passer afin d’y être électrocutée.

Entretemps, les employés guident les animaux à l’aide de tiges qui administrent des petits chocs électriques afin que les animaux avancent dans la bonne direction et accélèrent le pas. Afin de diminuer le stress des moutons, certains abattoirs néo-zélandais se servent de chiens pour faire avancer les animaux (comme ils le font aux champs).

Les gros animaux de boucherie sont d’abord assommés à l’aide d’une décharge électrique (électronarcose) avant qu’être égorgés.

Apparemment, tout ceci est conforme aux valeurs québécoises.

Alors que la réglementation française oblige les abattoirs à étourdir les animaux avant de les tuer, les viandes halal et cachère bénéficient d’une dérogation afin que les animaux soient abattus selon les rites religieux. Ces derniers consistent notamment à égorger l’animal encore conscient (comme on ébouillante le homard sans l’assommer au préalable).

Voilà enfin ce qui heurterait les valeurs québécoises. Comparé au reste, quel scandale, n’est-ce pas ?

Références :
Abattage rituel : le retour du refoulé
Des politiciens nourrissent une controverse sur la viande halal
Halal
Les propos de Le Pen sur la viande halal démentis par les professionnels
L’offensive anti-viande halal de Marine Le Pen
Viande halal – L’abattage rituel heurte les valeurs québécoises, selon le PQ
Viande halal : les experts de l’industrie se font rassurants, les politiciens réclament l’étiquetage

Compléments de lecture :
Arabes vs Musulmans
Impopularité d’Al-Qaida chez les Musulmans
La lapidation ou la barbarie participative
Les boucs-émissaires

Détails techniques de la photo : Panasonic GH1, objectif M.Zuiko 12mm f/2,0 — 1/30 sec. — F/2,0 — ISO 30 — 12 mm

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Dieu contre les puissants de ce monde

Publié le 13 mars 2012 | Temps de lecture : 4 minutes

Autrefois, ceux qui s’engageaient dans la prêtrise ou dans la vie religieuse consacraient une bonne partie de leur existence à soulager la misère des autres. Ici même au Québec, pendant des siècles, toutes les œuvres de charité ont été mises sur pied à l’initiative du clergé. Tous nos hôpitaux et nos écoles étaient la propriété de communautés religieuses.

Celles-ci pouvaient compter sur un immense bassin de bénévoles — c’est-à-dire tous ces Religieux ayant fait vœux de pauvreté — pour s’occuper des blessés, des analphabètes, des pauvres, des handicapés, et des laissés pour compte.

Mais une révolution sociale, survenue dans les années 1960, a incité de nombreuses personnes à quitter la vie religieuse. De plus, quand la médecine moderne s’est mise à dépendre moins du dévouement du personnel soignant que de techniques sophistiquées et de machines coûteuses, et quand le boom des naissances d’après-guerre a dépassé la capacité d’accueil des écoles existantes, l’investissement nécessaire a outrepassé les moyens financiers des communautés religieuses. Si bien que l’État a pris la relève.

Conséquemment, le rôle social des Églises chrétiennes est devenu microscopique comparativement à ce qu’il était.

Mais les choses commencent à changer, ici comme ailleurs.

Les manifestations les plus importantes qui ont jalonnées le « Printemps arabe » ont eu lieu des vendredis, plus précisément au sortir des mosquées, alors que les Musulmans y avaient été chauffés à bloc par des sermons incendiaires.

Dans de nombreuses villes occidentales, le mouvement des indignés a bénéficié de l’appui de religieux qui leur ont offert l’hospitalité en dépit de déchirements internes de leur congrégation.

Encore plus significatif est le cas de ces prêtres américains qui invoquent Dieu pour s’opposer aux saisies aveugles des banques contre leurs ouailles sans être aussitôt accusés d’être communistes, comme le veut la coutume de ce pays.

Depuis 2005, Ryan Bell est le curé de l’église Adventiste du Septième jour à Hollywood, en Californie. Il a entrepris de lutter en faveur d’une plus grande justice sociale en s’appuyant entre autres sur cette citation de l’Ancien testament (Jérémie 5:26-29) :
   • 26 – Parce qu’il s’est trouvé parmi mon peuple des méchants qui dressent des pièges comme on en dresse aux oiseaux, et qui tendent des filets pour surprendre les hommes.
   • 27 – Leurs maisons sont pleines des fruits de leurs tromperies, comme un trébuchet est plein des oiseaux qu’on y a pris : c’est ainsi qu’ils deviennent grands et qu’ils s’enrichissent.
   • 28 – Ils sont gras, ils sont vigoureux, et en même temps ils violent ma loi par les actions les plus criminelles. Ils n’entreprennent point la défense de la veuve; ils ne soutiennent point le droit du pupille, et ils ne font point justice aux pauvres.
   • 29 – Ne punirai-je point ces excès ? dit le Seigneur, et ne me vengerai-je point d’une nation si criminelle?

Afin de passer des paroles aux actes, ce pasteur protestant a dernièrement retiré les avoirs de son église à la Bank of America (plusieurs centaines de milliers de dollars) pour les placer ailleurs, afin de protester contre les saisies immobilières massives effectuées par cette banque.

Au cours des trois dernières années, plusieurs communautés religieuses américaines ont agi de la sorte. Au total, 16 millions$ ont été retiré des institutions financières jugées les plus rapaces : Bank of America, Wells Fargo and JPMorgan Chase.

Références :
A Hollywood, le révérend veut punir les banques au nom de saint Matthieu
La cathédrale Saint-Paul Inc.
Jérémie 5:26-29
Mortgage Crisis Inspires Churches to Send Lenten Season Message to Banks
Needed: Prophetic Voices for a Just Economy

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les boucs-émissaires

Publié le 5 janvier 2012 | Temps de lecture : 3 minutes
Centre islamique de l’Outaouais

Construit en 2008 à partir des économies personnelles de ses cinq cents membres, le Centre islamique de l’Outaouais est un édifice de trois étages situé dans un quartier résidentiel de Hull, à quelques rues de l’Université du Québec en Outaouais.

Vers 1h30 dans la nuit de dimanche à lundi dernier, des vitres de la mosquée du centre ont été fracassées. Il s’agit du troisième acte de vandalisme en cinq mois. Toutefois, cette fois-ci, le coupable — capté par une caméra de surveillance — s’en est pris également à deux voitures dans le stationnement (à gauche de la photo) dont il a fracassé les vitres avant de tenter d’y mettre le feu. Le tout a duré près d’une heure. Les voisins n’ont rien vu et n’ont rien entendu.

À mon avis, il n’y a pas de place dans ce pays pour les actes haineux dirigés contre une minorité religieuse, peu importe laquelle. Le Canada est un pays libre et doit le demeurer.

J’entends parfois des collègues de travail me dire : « Oui, mais quand on va dans leurs pays (d’origine), on est bien obligé de se plier à leurs coutumes : pourquoi ils ne se soumettent pas aux nôtres ? »

Ma réponse est toujours la même : « Depuis quand ces pays servent de modèles au Canada ? Voulons-nous vraiment devenir un pays intolérant simplement parce qu’on accepte ici des gens qui proviennent de pays qui le sont ? »

Pour les citoyens canadiens qui sont croyants, édifier des églises, s’y réunir pour prier a toujours fait partie des coutumes authentiques du Canada. Alors les musulmans qui élèvent des mosquées et qui y prient observent scrupuleusement les coutumes canadiennes. Sauf que Dieu, ils l’appellent Allah : grooooosse différence !

Quand à ceux qui font l’association entre « terroristes » et « Musulmans », je leur rappelle que les membres du Ku Klux Klan étaient tous des terroristes blancs et chrétiens. Or cela ne fait pas de moi un terroriste parce que je suis blanc et d’éducation chrétienne comme eux. La même chose est vraie pour les Musulmans.

Par contre, ceux qui tentent d’intimider les minorités religieuses et qui saccagent leurs biens sont clairement des terroristes et devraient être poursuivis devant les tribunaux comme tels.

Photo : © 2011 — Google

Référence :
La mosquée de Gatineau encore vandalisée

Compléments de lecture :
Arabes vs Musulmans
Impopularité d’Al-Qaida chez les Musulmans
La lapidation ou la barbarie participative
Nourriture halal : controverses futiles

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Un document pas cachère du tout

Publié le 11 décembre 2011 | Temps de lecture : 2 minutes

En me rendant au travail hier, j’ai trouvé dans le métro un imprimé anonyme qui proteste contre les produits cachère en invoquant l’argument que ceux qui n’ont pas besoin que leur alimentation le soit, paient pour cette certification, inutile dans leur cas.

Les consommateurs québécois attachent de l’importance au prix, à la qualité, à l’apparence et à la valeur nutritive d’un aliment mais rarement à sa certification cachère (ou halal) à moins d’être de religion juive (ou musulmane).

Par exemple, s’il m’arrive d’acheter de la viande fumée cachère de marque connue, ce n’est jamais parce que cet aliment porte cette certification, mais parce le produit m’apparait plus authentique que la viande fumée vendue sous la marque maison d’une chaine d’épicerie. Tout comme beaucoup de Québécois n’achèteront jamais de la poutine de tofu.

Pour un petit producteur, obtenir la certification cachère ou halal représente un coût additionnel qui se répercute sur le prix de ses produits. Pour un grand producteur, ce n’est pas nécessairement le cas puis que cette certification lui ouvre de nouveaux marchés qui occasionnent des économies d’échelle.

Donc, il est excessif de protester contre les aliments cachère ou halal : ces produits comblent un besoin chez une partie de la population québécoise et ne privent personne de ses droits.

Références :
Cacherout
Manger cacher… c’est quoi ?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La prière publique aux assemblées municipales

Publié le 22 février 2011 | Temps de lecture : 3 minutes

En 2004, la Commission des droits de la personne recommandait que le Conseil municipal de la ville de Laval cesse de réciter une prière publiquement à l’ouverture des séances du Conseil. Le maire de cette ville, M. Gilles Vaillancourt, refusant de se conformer à cette décision, porta l’affaire devant les tribunaux. Toutefois, l’interdit fut confirmé par le Tribunal des droits de la personne en septembre 2006 et la récitation de cette prière — une pratique vieille de 41 ans — fut donc abandonnée.

À l’époque, on estimait qu’environ le tiers des municipalités du Québec procédaient eux aussi à la prière publique en début de séance.

En décembre 2009, la Commission des droits de la personne prononçait une recommandation semblable à l’encontre de l’hôtel de ville de Trois-Rivières. Ici encore, la Commission se fondait sur le principe de la séparation entre l’Église et l’État ; dans l’exercice de ses fonctions, un représentant de l’État ne peut imposer à une personne qui ne partage pas ces croyances d’assister à un rituel de nature religieuse, quel qu’il soit.

Lundi le 14 février dernier, le Tribunal des droits de la personne ordonnait à la Ville de Saguenay de cesser de réciter la prière aux séances du conseil municipal et de retirer tous les symboles religieux des salles où se tiennent les assemblées publiques. De plus, la ville et son maire se voyaient condamner à payer une amende et des frais totalisant la somme de 33 500 $.

Après plusieurs condamnations, la jurisprudence est claire : la prière publique en début de réunion de Conseils municipaux est illégale. Tous les citoyens, croyants ou non, catholiques ou autres, sont égaux devant les administrations municipales. Les municipalités qui s’adonnent à la prière publique s’exposent donc à des poursuites et à des pénalités. Or tout cela est un gaspillage des fonds publics.

Avec toutes les allégations de corruption municipale qui circulent de ces temps-ci, il est évident que nos élus municipaux ont besoin des secours de la Sagesse Divine. Personne ne leur reprochera donc d’invoquer Dieu en privé puisque leurs prières publiques, en plus d’être illégales, donnent de si piètres résultats…

À tous les élus qui déchirent leurs vêtements et qui se frappent la poitrine en signe de désespoir face à cette jurisprudence, rappelons la Bible : « Malheur à vous, docteurs de la loi et Pharisiens, qui dévorez les maisons des veuves sous prétexte que vous faites de longues prières, c’est pour cela que vous recevrez une condamnation plus rigoureuse. »

Références :
Hôtel de Ville — Le crucifix restera à la salle du conseil
Le tiers des conseils municipaux récite la prière
Plus de prière au conseil municipal de Saguenay
Under Rumsfeld, Pentagon published Bible verses on top-secret intel reports

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Arabes vs Musulmans

Publié le 16 février 2011 | Temps de lecture : 2 minutes

Être Arabe, ce n’est pas une question de religion, ni de race : c’est une question de langue. Toute personne dont la langue maternelle ou dont la langue principale est l’arabe, se définit comme un Arabe.

De manière analogue, les pays dont la langue officielle est l’arabe (en vert foncé sur la carte ci-dessus) et ceux dont l’arabe est une des langues officielles (en vert pâle) constituent les pays arabes.

© 2008 — Keteracel (pour Wikipedia)

En Turquie, on parle le turc : ce n’est donc pas un pays arabe, malgré le fait que la très grande majorité de sa population soit musulmane. Alors qu’on parle arabe en Irak, ce n’est pas le cas en Iran. Dans celui-ci, on parle perse : l’Iran n’est donc pas un pays arabe non plus.

À l’est de l’Iran se trouve l’Afghanistan. Ce pays n’est pas un pays arabe puisque les Afghans parlent l’afghan. Cette langue correspond au perse classique alors que la langue perse moderne, celle parlée en Iran, est truffée de très nombreux mots étrangers dont celui pour dire merci et qui se prononce : « merci » (exactement comme en français).

Tous les pays arabes sont musulmans. Mais l’inverse n’est pas vrai. De nombreux pays sont musulmans sans qu’on y parle l’arabe. En plus de la Turquie, de l’Iran, du Pakistan et de l’Afghanistan, c’est notamment le cas de l’Indonésie.

Au total, l’Islam comptait 1,57 milliard de fidèles en 2009. Dans la carte ci-dessous, en vert sont représentés les pays à majorité sunnite, et en brun ceux à majorité chiite.

© 2010 — MacedonianBoy (pour Wikipedia)

Dans une vingtaine d’années, alors que cette planète sera partagée entre deux clans rivaux (pays occidentaux vs Chine), l’immense population musulmane pourrait très bien jouer un rôle déterminant. Si tel est le cas, de quel côté penchera-t-elle ?

Compléments de lecture :
Impopularité d’Al-Qaida chez les Musulmans
La lapidation ou la barbarie participative
Les boucs-émissaires
Nourriture halal : controverses futiles

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les Musulmans et Al-Qaida

Publié le 20 janvier 2011 | Temps de lecture : 5 minutes

Avant propos : Dans le cadre de la discussion relative à une vidéo de propagande sur YouTube « prouvant » que le Président Obama est musulman, j’ai rédigé le bref message suivant (en anglais) :

« Est-ce que les États-Unis sont en guerre contre les Musulmans (1,5 milliards de personnes) ou contre Al-Qaida ? Si les bigots du Parti républicain ne peuvent faire la différence entre les deux et continuent de prêcher l’intolérance contre les Musulmans, votre pays pourrait bien avoir à se chercher des amis lorsque la Chine sera la première puissance de la planète. »

À la suite de ce message, quelqu’un m’invitait par courriel à préciser mon opinion. On trouvera ci-après la traduction française de ma réponse. Il est à noter que la première moitié du texte explique la rage antimusulmane des participants américains à la discussion relative à la vidéo.


Le racisme viscéral du sud des États-Unis

Historiquement, le sud des États-Unis était pauvre, peu instruit, religieux et rural. Il était renommé pour sa violence raciale dirigée contre les Noirs et pour sa religiosité. Les personnes qui y habitaient, y menaient une existence rude destinée à assurer leur subsistance.

Depuis, un grand nombre d’entreprises de haute technologie ou reliées au complexe militaro-industriel s’y sont établies. Si bien qu’aujourd’hui, les États du sud rivalisent de prospérité avec ceux du nord de ce pays.

Toutefois, les mentalités n’ont pas évolué. La bigoterie et l’intolérance se rencontrent encore aussi couramment.

La violence, idéalisée dans le cinéma américain et les jeux vidéos, y est endémique. Par exemple, le taux d’homicides en Floride est le triple de la moyenne américaine, qui est lui-même le triple de la moyenne européenne.

Plus de 15 millions de personnes, principalement au sud des États-Unis, croient au créationnisme et s’opposent à l’enseignement scolaire de la théorie de l’évolution des espèces de Darwin (jugée contraire à la Bible).

Même si le Klu Klux Klan n’y fait plus semer la terreur, cette organisation terroriste américaine a toujours la sympathie de plusieurs Sudistes (comme en témoignent les messages racistes au sujet de la vidéo en question).

Ils ne connaissent presque rien du monde à l’extérieur des États-Unis et un grand nombre de jeunes adultes ont de la difficulté à épeler l’anglais correctement.

C’est la clientèle idéale pour la machine de propagande du Parti républicain. Celle-ci pratique le lavage des cerveaux avec succès, réussissant à faire croire aux Américains des choses aussi stupides que :

  • Saddam Hussain possédait des armes de destruction massive,
  • il est impossible que G.W. Bush ait menti relativement aux véritables raisons de la guerre contre l’Irak puisqu’un « born-again Christian » comme lui ne ment jamais,
  • plus on baisse les impôts des riches, plus l’économie prospère (ils suffit de regarder l’état actuel de l’économie américain pour juger de la stupidité de cette idée)
  • le monde déteste les États-Unis, donc les Américains sont justifiés de détester tout le monde.

Jésus de Nazareth a dit que lorsqu’on vous frappe sur une joue, présenter l’autre. Son message de tolérance est déformé par des prédicateurs qui, en son Nom, citent des extraits de l’Ancien testament pour propager la haine et l’intolérance. Tout comme Al-Qaida déforme le Coran en faisait de ce Document une arme de haine.

Le déclin de la sympathie pour Al-Qaida

Aux États-Unis, presque personne n’est conscient qu’Al-Qaida a été marginalisé — non pas par les bombes américaines — mais plutôt par les Musulmans eux-mêmes. En effet, ceux-ci ont réalisé que la plupart des victimes d’Al-Qaida, depuis des années, sont des Musulmans et non des Américains ou des Juifs.

La plupart des combattants d’Al-Qaida en Irak sont des étrangers en provenance d’Arabie Saoudite. Pourquoi ? Parce que l’organisation terroriste peine à recruter des gens en Irak : elle doit importer ses combattants d’Arabie, où Bin Laden demeure très populaire.

Au Pakistan, le chef des opérations d’Al-Qaida, Osama Hamoud al-Shehri, est saoudien et non pakistanais.

Les organisations terroristes dont les membres ne sont pas saoudiens sont simplement « affiliées » à Al-Qaida plutôt que d’en faire partie intégralement parce que Bin Laden s’en méfie, craignant qu’elles ne soient infiltrées d’espions américains.

Depuis les attentats du métro de Londres, le 7 juillet 2005, toutes les tentatives d’attentats en Occident d’Al-Qaida ont échoué, parfois à la dernière minute. Si bien qu’entretemps, ses revenus servent principalement à tuer d’autres Musulmans.

Ses hommes expérimentés ne parvenant pas à franchir la muraille de sécurité dressée afin de protéger les pays occidentaux, Al-Qaida doit se rabattre depuis quelques temps sur de jeunes recrues, nées en Occident, qui savent à peine manier les explosifs et qui, ayant échoué et ayant été capturées, fragilisent encore plus l’organisation par leurs révélations.

Jean-Pierre Filieu, un des plus grands spécialistes français de l’islamisme, dresse déjà le post mortem d’Al-Qaida et soutient que ce sont les Musulmans eux-mêmes qui ont eu raison de l’organisation de Bin Laden.

Bref, voir dans chaque Musulman un partisan d’Al-Qaida, prêt à contribuer à la destruction de la Civilisation occidentale, c’est profondément mal connaître le monde actuel.

Référence : Filieu JP, Al-Qaïda – c’est fini, La Revue, 2010;6:32-47.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le kirpan et la sécurité

Publié le 19 janvier 2011 | Temps de lecture : 2 minutes

Le 23 juin 1985, des Sikhs canadiens placèrent une bombe à bord du vol 182 d’Air India — en partance de Montréal — qui fit 329 morts. C’est le plus important acte terroriste de l’histoire du Canada. Parmi les victimes, on compte le pharmacien Gaston Beauchesne, de Hull.

Un an plus tôt, soit le 8 mai 1984, l’édifice du parlement québécois était le site d’un massacre qui fit trois morts et treize blessés. Cet acte terroriste fut commis par un québécois francophone dit « de souche ». Depuis, la sécurité y a été considérablement renforcée.

Hier, quatre Sikhs attendus à l’Assemblée nationale se sont vus interdire l’accès au parlement parce qu’ils étaient munis d’un kirpan. Celui-ci est un poignard qui a valeur de symbole dans la religion sikhe.

Il y a moyen de permettre aux Sikhs armés de pénétrer dans le parlement. L’an passé, l’accès à l’Assemblée nationale avec été interdit à un groupe de Sikhs. Dix-neuf d’entre eux avaient retiré leur kirpan. Le dernier avait retiré un kirpan de plus de 20 cm, mais en avait gardé un autre d’environ 6 cm. Il avait tout de même été escorté par un policier pendant toute la durée de sa visite à l’Assemblée.

Si les Sikhs veulent payer pour la présence de militaires armés de mitraillettes qui les escorteront dans l’enceinte du parlement — avec ordre d’abattre n’importe quel d’entre eux qui dégainerait son poignard — je n’y vois pas d’objection. D’ici là, je ne vois pas comment on pourrait compromettre la sécurité de l’Assemblée nationale au nom du folklore religieux.

Les Sikhs, peuvent-ils prendre l’avion à destination des États-Unis munis de leur poignard ?

Références :
Pas de kirpan au Parlement
Une attaque relance la débat sur le port du kirpan

Parus depuis :
Des camionneurs sikhs qui refusaient de porter un casque déboutés en Cour suprême (2020-04-30)
Attentat d’Air India : Ripudaman Singh Malik assassiné près de Vancouver (2022-07-14)
US border patrol accused of taking turbans from Sikh asylum-seekers (2022-08-04)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Mini « Nuit de Cristal » à Montréal

Publié le 17 janvier 2011 | Temps de lecture : 3 minutes
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Dans la nuit de samedi à dimanche dernier, trois synagogues, une école et une garderie juives ont été vandalisées dans l’ouest de Montréal. Cela n’est pas une coïncidence : il s’agit clairement d’actes racistes concertés, perpétrés par les même gens.

À mon avis, cette mini « Nuit de cristal » est totalement inacceptable.

On peut fermer les yeux, se dire qu’après tout personne n’en est mort, que ce ne sont pas des bombes, que c’est seulement quelques dommages matériels insignifiants, mais on aurait bien tort puisque nous sommes en présence d’actes haineux. Or la haine, on sait quand elle commence mais on ne sait pas quand elle finit.

Nous sommes tous québécois, peu importe notre religion ou notre groupe ethnique. Si quelqu’un a des griefs contre l’État d’Israël, il peut s’exprimer librement mais il n’a pas à tenter de se venger sournoisement sur les Québécois de religion hébraïque ou sur les institutions juives du Québec.

Voulons-nous voir des actes d’intimidation pousser des Québécois appartenant à des ethnies impliquées quelque part dans le monde dans des conflits — Juifs vs Arabes, Chiites vs Sunnites, Sikhs vs Indiens, Arméniens vs Turcs, etc. — sentir le besoin de créer leur propre milice armée pour se protéger ? Voulons-nous voir la multiplication des permis pour port d’arme ? Laissons s’installer un sentiment d’insécurité et c’est exactement ce qui va arriver.

Le pharmacien Gaston Beauchesne, de Hull, est décédé dans l’explosion du vol 182 d’Air India perpétré par des terroristes Sikhs du Canada pour se venger de l’assaut de l’armée indienne contre un temple dans lequel des rebelles Sikhs armés étaient retranchés. On a donc tort de croire que la violence interculturelle n’affecte que les groupes concernés. Par conséquent, que les peuples qui se détestent règlent leurs différents chez eux, pas ici.

Quant aux auteurs de ces actes de vandalisme, je leur souhaite une punition exemplaire qui fera réfléchir tous ceux qui seraient tentés de les imiter.

Référence : Cinq établissements juifs vandalisés

Détails techniques de la photo :
Canon Powershot G6 — 1/125 sec. — F/2,2 — ISO 50 — 7,2 mm


Post-scriptum : Ce texte a été publié dans le quotidien Le Devoir. On pourra lire les commentaires qu’il a suscités en cliquant ici.
 

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Écrit par Jean-Pierre Martel