Religion et ségrégation sexuelle

Publié le 15 septembre 2016 | Temps de lecture : 3 minutes

Dans nos sociétés, la ségrégation sexuelle est légale. On la voit dans les toilettes publiques, les clubs sportifs et certains établissements scolaires.

Toutes les religions ont pratiqué ou pratiquent encore différentes formes de ségrégation sexuelle.

Il y a d’abord l’accès à la prêtrise, réservée aux hommes dans la majorité des confessions religieuses.

Puis il y a l’accès aux lieux de culte.

À la cathédrale Saint-Étienne de Vienne, il y a une entrée pour les femmes (à gauche) et une autre pour les hommes (à droite) parce qu’autrefois, femmes et hommes y assistaient à la messe chacun de son côté.

Abandonnée depuis dans toutes les églises catholiques, la séparation de l’assistance selon le sexe existe toujours dans les lieux de culte grecs orthodoxes, juifs, musulmans et sikhs.

De nos jours, ce qui choque est moins la ségrégation sexuelle en tant que telle que la manière avec laquelle elle s’exerce.

Dans une église, que les femmes soient à gauche et les hommes à droite (ou l’inverse), cela importe beaucoup moins que de savoir qu’il existe des lieux de culte (des mosquées, notamment) où les hommes assistent à un rituel sans qu’aucune barrière physique ne les sépare de l’officiant alors que les femmes sont à l’écart, cachées derrière une grille, un rideau ou une cloison amovible quand elles ne sont pas reléguées à l’entresol relié à un hautparleur.

Lorsque l’aménagement physique des lieux suggère symboliquement que la Volonté de Dieu est à l’effet que les femmes ne soient que des subalternes, cela apparait incompatible aux valeurs occidentales, y compris aux yeux de nombreuses Musulmanes.

Les religions pratiquées en Occident ont traversé diverses révolutions, dont la révolution féministe du XXe siècle. Ailleurs, les sociétés ont été beaucoup moins exposées à cette révolution, ce qui se reflète dans les mentalités religieuses qui y prévalent.

Contrairement au Christianisme et au Judaïsme, dont l’épicentre est situé en Occident, l’Islam tel que pratiqué chez nous est déchiré entre son enracinement séculaire dans nos sociétés et son enseignement dogmatique financé principalement par l’Arabie saoudite, un pays qui a échappé à cette révolution féministe et qui s’entête à promouvoir un Islam dominé par les mentalités qui prévalaient aux premiers siècles qui suivirent la mort de Mahomet.

Puisque le Dieu des Musulmans est le même que le nôtre, on comprend mal que Sa Volonté puisse être différente selon les confessions religieuses qui se réclament de Lui.

Conséquemment, un nombre croissant d’observateurs réclament que soit interdit le financement étranger des mosquées afin que la religion musulmane puisse se libérer du carcan que lui impose notamment le takfirisme saoudien, c’est-à-dire sa tendance à excommunier et condamner à mort tous ceux qui ont une interprétation de l’Islam le moindrement différente de la sienne.

Références :
Islam en France
Istanbul souhaite mieux accueillir les femmes dans les mosquées
Le prosélytisme de l’Arabie saoudite
La femme dans les religions monothéistes
Mosquée – Trudeau accusé de cautionner la ségrégation des sexes
Quelle place ont les femmes dans les mosquées ?
Une mosquée réservée aux femmes ouvre ses portes à Los Angeles

Paru depuis : Sarah Mullally enthroned as first female archbishop of Canterbury (2026-03-26)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le burkini et l’intolérance religieuse

Publié le 8 septembre 2016 | Temps de lecture : 8 minutes

Introduction

Imaginez qu’un grand couturier italien ait inventé une tenue de plage enveloppante, destinée à protéger les femmes du danger des rayons solaires ou à cacher les taches cutanées d’un mélanome.

Certains auraient réagi en affirmant qu’il serait plus simple pour ces femmes de demeurer chez elles. Mais d’autres auraient applaudi à cette occasion de profiter des joies de la baignade en évitant certains des dangers qui leur sont associés.

Dans tous les cas, ce nouveau vêtement — comme toute nouveauté vestimentaire féminine — aurait fait jaser. Mais pas au point de susciter les passions comme l’a fait le burkini cet été.

Historique

Le burkini n’est pas nouveau. C’est en 2003 que la styliste australienne Aheda Zanetti créa ce maillot de bain dans le but de libérer les femmes.

L’origine de ce vêtement remonte à un conflit.

La nièce de la styliste voulait jouer au ballon-panier. Mais aucune équipe féminine ne voulait l’admettre parce qu’elle portait un hijab et refusait de l’enlever (note : il s’agit de ce long vêtement qui ne laisse que le visage à découvert).

Lorsqu’une équipe l’a finalement admise, son hijab est rapidement apparu totalement inapproprié à la pratique du sport.

D’où l’idée de créer une tenue sportive moins encombrante tout en respectant les préceptes de modestie de la religion musulmane.

Mme Zanetti raconte sa propre expérience : « Je me souviens de la première fois que j’ai essayé le burkini (…) C’était la première fois de ma vie que je nageais en public. Et c’était absolument merveilleux. Je me souviens parfaitement de la sensation. Je me suis sentie libre, je me suis sentie émancipée, je sentais que la piscine m’appartenait. J’ai marché jusqu’au bout de la piscine avec les épaules bien droites.»

Ici même au Québec, depuis quelques années, trois commissions scolaires montréalaises permettent à des élèves musulmanes de porter le burkini aux cours de natation.

Passée inaperçue jusqu’ici, cette situation a été rattrapée par la controverse actuelle relative à ce vêtement.

Plusieurs arguments ont été invoqués pour s’opposer au port du burkini. Voyons-en quelques-uns.

Le burkini serait une régression

Si les femmes qui portent aujourd’hui le burkini revêtaient autrefois un autre type de maillot pour se baigner publiquement, il est difficile de voir en quoi le burkini serait une libération, comme le prétend sa créatrice australienne.

Mais si, au contraire, les femmes qui le portent étaient autrefois des femmes toutes vêtues qui demeuraient assises sur des chaises longues ou qui auraient aimé aller à la mer mais qui demeuraient chez elles, il faudrait conclure, en effet, que ce vêtement leur donne accès aux joies de la baignade.

A-t-on vérifié à quelle catégorie appartiennent les femmes qui portent ce maillot de bain ? À ma connaissance, il n’existe pas de données scientifiques à ce sujet.

Conséquemment, présumer que l’observabilité croissante du burkini soit un indice de la diffusion sournoise de l’extrémisme religieux dans nos sociétés est de l’ordre de la spéculation.

Le burkini est un affront aux valeurs républicaines

De quelle république s’agit-il ?

S’il s’agit d’un État dont la devise est Nudité, Égalité, Fraternité, il est évident que la modestie est un affront à ses valeurs profondes.

Mais si le premier mot de cette devise est plutôt ‘Liberté’, ne devrait-on pas laisser les femmes libres de décider par elles-mêmes de leur tenue vestimentaire.

De nos jours, chez les hommes, le port de la barbe et de la moustache redevient à la mode. Les choses étant ce qu’elles sont, ce n’est qu’une question de temps pour que la modestie féminine ostentatoire devienne ‘tendance’ et relègue la controverse du burkini aux oubliettes.

Ces femmes doivent être délivrées des mentalités qu’on leur a inculquées

Que sait-on des mentalités inculquées aux Musulmanes ?

Au point de vue culturel, chacun d’entre nous est une éponge. Sans le savoir, nous influençons et sommes influencés. Conséquemment, il est certain que les femmes portant le burkini sont ‘sous influence’, tout comme celles qui s’habillent autrement.

Vaincre les tabous et ses inhibitions est une forme d’affranchissement. Mais dans le cas précis de la modestie, est-ce que la combattre correspond à un avancement civilisationnel tel qu’il justifie que l’État s’en mêle ?

Le burkini, symbole de l’aliénation féminine

Le fond du problème, c’est que pour certains, l’Islam est une religion misogyne. Conséquemment, à leurs yeux, tout ce qui lui est associé est un symbole de l’exploitation des femmes.

Impuissants à combattre l’aliénation féminine, ils se donnent bonne conscience en s’attaquant futilement à ce qui, dans leur esprit, en fait figure de symbole.

Malheureusement, il est impossible de distinguer la persécution religieuse de la lutte contre ses symboles. Parce que tout dans une religion est de l’ordre du symbole et de son impact sur l’inconscient.

En réalité, les trois grandes religions monothéistes sont misogynes à des degrés divers, reflétant les mentalités de l’époque où elles sont nées.

Mais les religions pratiquées en Occident ont traversé diverses révolutions, dont la révolution féministe du XXe siècle.

Contrairement au Christianisme et au Judaïsme, dont l’épicentre est situé en Occident, l’Islam tel que pratiqué chez nous est déchiré entre son enracinement séculaire dans nos sociétés et son enseignement dogmatique financé par des pays qui ont échappé à cette révolution féministe et qui s’entêtent à promouvoir une pureté originelle fantasmée d’un dogme remontant au début du Moyen-Âge.

Et puisque le renversement de la dictature saoudienne n’est pas à l’ordre du jour, cela nous amène à nous poser cette question fondamentale : depuis quand l’émancipation de la femme se mesure en cm² de surface corporelle exposée à la lumière du jour ? A-t-on démontré que les femmes sont beaucoup plus libres dans les sociétés où tout le monde est nu ?

Le burkini trouble l’ordre public

Aux yeux de certains, le burkini est une provocation qui justifie leur animosité personnelle. Si bien que des stations balnéaires ont voulu l’interdire sous le prétexte qu’il troublait l’ordre public.

En 1668, Jean de La Fontaine publie la fable Le Loup et l’agneau. Il y écrit :


Un Agneau se désaltérait
Dans le courant d’une onde pure.
Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure,
Et que la faim en ces lieux attirait.
Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.

Dois-je en dire plus ?

La laïcité républicaine est sans issue

Sur ce blogue, j’ai eu l’occasion d’exprimer à plusieurs reprises mon opposition à la laïcité de type républicain.

Celle-ci est comme la chicane; on sait quand elle commence mais on ne sait pas quand elle finit.

Elle commence par une interdiction faite aux employés de l’État de porter des signes religieux dits ‘ostentatoires’ (ce qui autorise les signes chrétiens, généralement plus discrets).

Mais une fois que le public a bien compris que les valeurs républicaines exigent qu’on évite de porter des signes ostentatoires d’appartenance religieuse, pourquoi devait-on les tolérer au sein des entreprises privées ? Est-on justifié de piétiner les valeurs nationales lorsqu’on ne travaille pas pour l’État ?

Alors les employés qui portent de tels signes sont ostracisés.

Après avoir ignoré les regards désapprobateurs et les insinuations malveillantes, les personnes ‘déviantes des valeurs nationales’ doivent ensuite faire face aux affrontements et aux insultes de collègues zélés.

Suivent ensuite les tentatives d’exclusion de l’espace public, comme en témoigne l’interdiction du burkini.

Et peu à peu on finit par comprendre que les arguments invoqués contre les Musulmanes pour les contraindre aux dictats de la Droite française ne constituent qu’un paravent à l’intolérance religieuse. Puisqu’en fin de compte, il ne s’agit que de cela.

Références :
Burkini — Viser l’inclusion
J’ai créé le burkini pour libérer les femmes, pas pour enlever leur liberté
La Charte de la laïcité : un mauvais départ
La paille et la poutre
Le projet de loi libéral au sujet de la neutralité de l’État (2e partie : laïcité vs neutralité religieuse)
Le prosélytisme de l’Arabie saoudite
Les arrêtés anti-burkini pris en France favorisent la « stigmatisation » des musulmans, selon l’ONU
Une lecture féministe arrogante et cavalière

Paru depuis :
Musulmans de France: plus d’un quart de rigoristes, une majorité de laïcs (2016-09-19)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le prosélytisme de l’Arabie saoudite

Publié le 15 février 2016 | Temps de lecture : 6 minutes
© 2010 — Google Maps

Le prosélytisme se définit comme un zèle ardent à recruter des adeptes.

Le wahhabisme est la religion d’État de l’Arabie saoudite. Il s’agit d’un mouvement polico-religieux fondamentaliste qui propose une interprétation rigoriste de l’Islam.

Sans renoncer à la technologie moderne — électricité, télévision, ordinateurs, etc.— le wahhabisme croit que les problèmes actuels du monde arabe ont pris naissance du fait qu’on se serait éloigné de la pureté originelle du monde islamique.

D’où la nécessité de retourner à ses sources, notamment en encadrant la société par des règles de droit et en épousant les coutumes qui prévalaient en Arabie au temps de Mahomet.

Ali Mohammed al-Nimr
 
Coupable d’avoir manifesté pour la Démocratie dans son pays, un jeune saoudien chiite (ci-dessus) a été condamné à être décapité alors que son cadavre sera crucifié et exposé publiquement jusqu’à la décomposition évidente des chairs. Ceci est un exemple des châtiments saoudiens qui tirent leur justification du fait qu’ils étaient coutumiers à l’époque de Mahomet ou dans les premiers siècles qui ont suivi son décès.

La barbarie de l’Arabie saoudite montre la similarité de son idéologie avec celle de l’État islamique : ce qui a fait dire à certains observateurs que l’Arabie saoudite est simplement un État islamique qui a réussi.

Depuis le premier choc pétrolier de 1973, la dictature saoudienne dépense annuellement des milliards de dollars pour propager le wahhabisme. De nos jours, la Politique religieuse de la dictature saoudienne est évaluée à huit milliards américains par an.

Dans un rapport datant de 2003, le Comité sénatorial américain sur le terrorisme, la technologie et la sécurité nationale publiait les témoignages d’experts venus témoigner devant lui. En voici quelques extraits :

Le problème auquel nous faisons face aujourd’hui est (…) le financement étatique d’une idéologie extrémiste qui constitue le terreau fertile à l’émergence (…) du terrorisme international. Cette idéologie extrémiste est le wahhabisme, une force majeure derrière des groupes terroristes comme Al-Qaida…
(…)
Les revenus pétroliers ont permis aux Saoudiens de propager cette interprétation fanatique et destructrice de l’Islam partout dans le monde musulman et notamment parmi les Musulmans occidentaux.
(…)
Al-Qaida et les terroristes du 11 septembre 2001 sont les produits du système de valeurs haineux et intolérant du wahhabisme.
(…)
Même si nous détruisions complètement Al-Qaida, une autre Al-Qaida surgirait si nous ne prenons pas soin de détruire également les racines de l’extrémisme musulman.

Selon les documents officiels d’Arabie saoudite, celle-ci a dépensé 281 milliards de riyals (environ 70 milliards de dollars américains) entre 1975 et 2002 à des activités dites islamiques, c’est-à-dire la promotion de son idéologie.

C’est 2,5 fois les sommes que l’URSS, ensuite la Russie, dépensaient au cours de la même période pour propager l’idéologie communiste.

Cet argent saoudien a servi à la construction de 1 359 mosquées, 210 centres islamiques, des dizaines d’écoles coraniques et à prendre le contrôle des quatre cinquièmes de toutes les maisons d’édition musulmane à travers le monde.

Selon le même comité sénatorial, le contrôle saoudien des mosquées signifie le contrôle des droits de propriété de l’édifice, de la formation et l’embauche d’imams, du contenu des prêches — par le biais de la télécopie des sermons en arabe expédiés à partir de la capitale saoudienne — le contrôle des feuillets imprimés distribués aux fidèles, des messages affichés aux babillards, et des livres vendus aux librairies des mosquées.

L’équivalent de la messe du dimanche pour les Chrétiens se déroule le vendredi chez les Musulmans. Au cours du ‘Printemps arabe’, c’est ce jour-là, plus précisément au sortir des mosquées sunnites, qu’ont eu lieu les Vendredis de la dignité, c’est-à-dire ces grandes protestations en Égypte et en Syrie contre les dirigeants de ces pays.

Cela n’est pas une coïncidence. C’est par les prêches incendiaires saoudiens, expédiés électroniquement au clergé sunnite, que l’Arabie saoudite est en mesure d’inciter à la révolte des millions de Musulmans qui, réagissant comme un seul homme, protestent contre leurs dirigeants, contre Charlie Hebdo, contre la destruction par le feu d’un exemplaire du Coran, etc.

Ces protestations surviennent le même jour, simultanément dans une multitude de villes ou de pays, parce qu’elles sont orchestrées.

En France, au début des années 1990, la construction de la mosquée de Lyon a bénéficié d’un don saoudien de 2,9 millions$. Selon les dépêches diplomatiques américaines révélées en 2011 par Wikileaks, cette mosquée serait un des centres de recrutement d’Al-Qaida en Europe.

Les largesses saoudiennes comprennent 5 millions$ au Centre culturel islamique de Belgique à Bruxelles, 5 millions$ annuellement au Centre islamique de Genève, 7,1 millions$ au Centro Cultural Islámico de Madrid et 70% des couts de construction du Centro islamico culturale d’Italia à Rome.

En 2013, la famille royale saoudienne a versé un don personnel de 681 millions$ au premier ministre de Malaisie.

Ce pays est connu pour ses lois discriminatoires à l’égard des minorités religieuses. Grâce à celles-ci, la proportion de Musulmans en Malaisie pays est passée d’environ 45 à 49% au début des années 1990, à plus de 60% de nos jours.

Références :
10 questions pour comprendre qui sont les imams en France
Grande mosquée de Lyon
Le don saoudien de 681 millions au premier ministre malaisien
Les imams se verront bientôt délivrer des « certifications »
Malaisie: les chrétiens menacés par la charia
Terrorism: Growing Wahhabi Influence in the United States
Le scandale des ventes d’armes canadiennes à l’Arabie saoudite
L’État islamique : un trou noir
On a testé… suivre les conseils de « l’imam Google » pour se convertir à l’islam
Wahhabisme
WikiLeaks cables portray Saudi Arabia as a cash machine for terrorists

Parus depuis :
Où sévit le terrorisme islamiste dans le monde? La réponse en carte (2016-03-24)
La Belgique, foyer du djihadisme (2016-03-26)
Les trois lectures de la violence djihadiste (2016-03-26)
« Un islam à la dérive » (2016-05-21)
1MDB: The inside story of the world’s biggest financial scandal (2016-07-28)
Pour un nouvel islam de France (2016-08-02)
Saudis and Extremism: ‘Both the Arsonists and the Firefighters’ (2016-08-25)
L’Arabie saoudite dévoilée (2016-11-15)
Saudi Arabia and Gulf states ‘support Islamic extremism in Germany,’ intelligence report finds (2016-12-14)
Aux sources du djihadisme belge (2017-03-22)
Report calls for public inquiry into Gulf funding of British extremism (2017-07-05)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les inscriptions sur le drapeau de l’État islamique

Publié le 16 septembre 2015 | Temps de lecture : 1 minute

Au bénéfice de nos lecteurs qui ne comprennent pas l’arabe, voici la signification de ce qui est écrit sur le drapeau de l’État islamique.

Celui-ci est une variante de l’étendard noir de Mahomet. Les inscriptions qu’il porte paraphrasent la profession de foi musulmane.

Celle-ci se dit « J’atteste qu’il n’y a pas de divinité en dehors de Dieu et que Muhammad est l’envoyé de Dieu ».

Dans le cas du drapeau de l’État islamique, la ligne du haut signifie : « Il n’y a pas de dieu à part Dieu ».

Au centre, dans le cercle blanc, on trouve successivement : « Allah, prophète Mahomet ».

Précisons que cela ne signifie pas que Dieu est le prophète de Mahomet puisque c’est évidemment le contraire aux yeux du croyant.

Graphiquement, cela signifie que l’État islamique est centré sur sur Dieu (au-dessus de tout), puis sur le prophète.

D’autres inscriptions se greffent parfois sur ce noyau. À titre d’exemple, ces deux lignes sont parfois suivies d’une troisième sur laquelle est écrit : « État islamique en Iraq et au Levant ».

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La liberté d’expression des imams radicaux

Publié le 15 juillet 2015 | Temps de lecture : 3 minutes

Le 31 janvier dernier, le maire de Montréal avait déclaré que l’imam montréalais Hamza Chaoui était un « agent de radicalisation » et « un fomenteur de tension sociale ».

Ce qui a valu à l’imam Chaoui d’être qualifié ainsi, ce sont ses prêches qui font la promotion de la subordination des femmes à leurs époux et qui déclarent la démocratie contraire aux prescriptions du Coran (en d’autres mots, contraire à l’Islam).

Lésé par les propos du maire, l’imam Chaoui a répliqué en intentant une poursuite de 500 000$ pour libelle diffamatoire contre la ville.

Depuis la création en mai dernier de sa page Facebook, des milliers de visiteurs ont cliqué le bouton « J’aime » en signe d’appui.

On apprend aujourd’hui que M.Chaoui a également créé un site web permettant à ses partisans de financer son combat juridique grâce à un lien vers PayPal.

Cette cause s’annonce très intéressante. Sa portée dépasse très largement les frontières du pays. En effet, elle pose la question suivante : la liberté d’expression et la liberté de culte permettent-elles la promotion d’idées subversives ?

L’Islam promu par les imams radicaux n’est pas l’Islam pratiqué par l’immense majorité des Musulmans qui vivent dans nos pays.

Prétendre que la Volonté de Dieu est contraire à la Démocratie, cela est contraire aux fondements mêmes d’une société démocratique comme la nôtre.

Très précisément, l’Islam dont ces imams souhaitent la venue est un Islam qui transformerait radicalement notre société, présentement fondée par des valeurs d’égalité entre les Citoyens et sur la primauté du droit. Dans ce sens, il s’agit d’un discours subversif caché sous le couvert de la religion.

En raison de cette primauté du droit, un prédicateur ne peut inciter ses fidèles à assassiner un citoyen coupable d’apostasie ou d’insulte à l’Islam.

Mais si la Volonté de Dieu — du moins telle qu’eux la perçoivent  — a préséance sur la volonté des hommes, tout cela devient acceptable. C’est d’ailleurs le cas partout où la Charia a force de loi.

Ce que prêchent les imams qualifiés de radicaux au Québec — Chaoui et Charkaoui, entre autres — c’est très précisément le renversement de la Démocratie parlementaire et l’instauration de l’Islam politique.

Inspirées par l’idéologie de l’État islamique et le wahhabisme de l’Arabie saoudite — qui sont fondamentalement la même chose — leurs prédications font la promotion d’une dictature politique et religieuse exercée par eux et leurs semblables.

Les tribunaux seront donc invités à déterminer si la Constitution canadienne-anglaise — garantissant la liberté d’expression et la liberté de culte — va jusqu’à légaliser la promotion du renversement d’un ordre social qui asservit le discours religieux au respect des lois du pays.

Références :

L’imam Chaoui poursuit Denis Coderre et la Ville de Montréal
Une collecte pour la bataille juridique de l’imam Chaoui

Parus depuis :
Oui, l’islamisme radical existe ici (2015-09-14)
Marcel Gauchet : « Le fondamentalisme islamique est le signe paradoxal de la sortie du religieux » (2015-11-21)
Où sévit le terrorisme islamiste dans le monde? La réponse en carte (2016-03-24)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le projet de loi libéral au sujet de la neutralité de l’État (dernière partie : les quiproquos)

Publié le 15 juin 2015 | Temps de lecture : 4 minutes

Sauf pour combattre l’indécence, l’État n’a pas à dicter aux citoyens comment s’habiller.

Conséquemment, ceux-ci sont libres de manifester leur sentiment d’appartenance à un groupe par leur habillement, leur coiffure, ou par tout autre moyen.

La plupart des religions ne comportent aucune exigence vestimentaire sauf pour les membres de leur clergé.

Par contre, l’Islam exige la modestie vestimentaire de ses croyants. La très grande variabilité de ce qui est considéré comme modeste fait en sorte que certaines Musulmanes s’habillent comme n’importe quelle autre femme occidentale alors que d’autres peuvent se distinguer facilement à leur tenue vestimentaire. Les formes les plus rigoureuses de l’Islam exigent même que les Musulmanes en âge de se marier soient masquées en public.

Le port d’un masque pose des problèmes sécuritaires dans n’importe quel pays. Toutefois des pays comme l’Arabie saoudite ont choisi d’assumer ce risque en se transformant en État policier.

Dans un pays démocratique comme le nôtre, ce risque sécuritaire devrait normalement être réglementé par la loi sur la Sécurité publique. C’est ainsi qu’il y a cinq ans, je proposais sur ce blogue qu’on agisse dans ce sens.

Toutefois, en s’abstenant de le faire jusqu’ici, l’État québécois se trouve aujourd’hui à agir dans le cadre d’une loi sur la neutralité l’État. Et pour ne pas donner l’impression que les dispositions de cette loi visent certaines femmes musulmanes, les porte-paroles du gouvernement Couillard se retrouvent dans l’inconfortable position de nier l’évidence. Il aurait été plus simple d’appeler les choses par leur nom.

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De plus, trois mois avant le dernier scrutin, alors qu’il était chef de l’opposition, M. Couillard s’était déclaré opposé au port de la burka, du niqab et du tchador dans la fonction publique.

La jurisprudence actuelle est plutôt que les femmes musulmanes qui croient que l’Islam les oblige à porter le niqab ou la burka, ont le droit constitutionnel de le porter : on ne peut les obliger à l’enlever que pour des raisons d’identification, de sécurité ou de communication.

Pour ne pas donner l’impression que le Premier ministre a fait volteface à ce sujet, les rédacteurs du projet de loi No 62 ont posé les bases d’un important quiproquo.

Le premier paragraphe de l’article 9 dit que tout membre du personnel d’un organisme doit exercer ses fonctions à visage découvert. Le deuxième paragraphe étend cette exigence au bénéficiaire d’un service gouvernemental. Toutefois le troisième paragraphe déclare qu’on peut faire exception à ce principe sauf pour des motifs sécuritaires, d’identification ou de communication.

En somme, tout fonctionnaire qui n’est pas affecté à la prestation directe de service à la clientèle possède le droit constitutionnel de porter la burka ou le niqab au travail, contrairement aux déclarations des porte-paroles du gouvernement.

On peut donc anticiper la surprise feinte de ces derniers le jour où les tribunaux reconnaitront le droit de faire ce que le gouvernement prétendait avoir interdit.

Références
Fonction publique : Couillard prône l’interdiction de la burqa, du niqab et du tchador
En marge du débat sur le voile islamique intégral
Niqab et citoyenneté — Serment voilé
Projet de loi n°62 : Loi favorisant le respect de la neutralité religieuse de l’État et visant notamment à encadrer les demandes d’accommodements religieux dans certains organismes

Parus depuis
Angela Merkel calls for burqa ban ‘wherever legally possible’ in Germany (2016-12-06)
Le Maroc interdit la fabrication et la vente de la burqa (2017-01-10)
La CEDH juge «nécessaire» l’interdiction du voile intégral dans l’espace public (2017-07-12)
Le Danemark veut interdire le voile intégral dans les lieux publics (2018-01-06)
Denmark passes law banning burqa and niqab (2018-05-31)
Nouvel échec du Québec devant la Cour (2018-06-29)
L’Algérie interdit le port du niqab sur le lieu de travail (2018-10-19)
Switzerland to ban wearing of burqa and niqab in public places (2021-03-07)
Denmark’s ban on full-face veils to be extended to schools, universities, PM says (2025-06-05)
Burqa ban bill approved by Portugal’s parliament seen as targeting Muslim women (2025-03-17)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le projet de loi libéral au sujet de la neutralité de l’État (3e partie : les valeurs québécoises)

Publié le 13 juin 2015 | Temps de lecture : 4 minutes

À la suite de la présentation du projet de loi libéral sur la neutralité de l’État, j’ai pris connaissance de plusieurs centaines de réactions à ce projet.

Un des arguments qui reviennent les plus souvent est celui voulant que ce projet de loi ne respecterait pas les « valeurs québécoises », notamment la laïcité de l’appareil gouvernemental.

Il y a à peine cinquante ans, le Québec était tout sauf laïc.

En 1936, le premier ministre Maurice Duplessis fit ajouter un crucifix à l’Assemblée législative dans un geste d’éclat ayant pour but de s’attirer la sympathie des électeurs. Donc, il y eu une époque où la convergence entre l’État et l’Église était jugée favorablement par la population québécoise. Il aurait été impensable de se présenter à une élection sans chercher au préalable l’appui au moins tacite des autorités ecclésiastiques.

L’importance qu’on attache aujourd’hui, au contraire, à la séparation entre ces deux pouvoirs est donc préoccupation contemporaine.

De plus, en raison d’un filet de protection sociale presque inexistant, les communautés religieuses occupaient autrefois une place prépondérante en matière d’enseignement et de soins hospitaliers. La lutte à la pauvreté était plus ou moins combattue au moyen de la charité et des bonnes oeuvres.

Lors de ce qu’on a appelé la Révolution tranquille, le gouvernement québécois a étatisé la presque totalité des services sociaux assumés jusque là par les communautés religieuses.

Conséquemment, l’évacuation de la religion de la sphère publique a coïncidé avec les progrès économiques accomplis durant cette période par la société québécoise.

Si bien que dans l’esprit de beaucoup de personnes, modernisme et progrès sont associés au déclin de la ferveur religieuse.

Au sortir des années 1960, les valeurs québécoises n’étaient déjà plus ce qu’elles étaient une décennie plus tôt. On a donc tort de considérer ces valeurs comme innées et immuables. Au contraire, elles sont intimement liées aux croyances et aux idées partagées par ceux qui composent notre peuple à un instant donné.

De plus, la population québécoise n’est plus ce qu’elle était. Plus d’un million de personnes sont décédées, d’autres sont nées et ont grandi depuis la Révolution tranquille. Ici comme ailleurs, l’immigration a accru la diversité culturelle de la Nation.

Les mentalités ont donc profondément changé lors de la Révolution tranquille et elles se modifient perpétuellement sous l’effet de l’immigration, de la natalité, et de la volatilité de l’opinion publique.

Or chez les jeunes, l’importance du mariage (par exemple), et de la foi religieuse sont en porte-à-faux avec l’appréciation qu’en font les baby-boomers.

Conséquemment, le projet de loi libéral est probablement beaucoup plus conforme aux valeurs québécoises d’aujourd’hui qu’on pourrait le penser.

Ici même à Montréal, la plupart des jeunes n’accordent pas une grande importance au voile islamique; il n’est important que pour celles qui choisissent de le porter.

Quant à sa valeur symbolique — un symbole présumé de l’oppression faite aux femmes — il ne suscite pas l’indignation des jeunes Québécoises « de souche » qui se sont liées d’amitié avec des consoeurs voilées et avec lesquelles elles partagent les mêmes idées sur presque tous les sujets.

Bref, le « féminisme de chiffon », si présent dans certains milieux, semble complètement déconnecté des préoccupations des jeunes femmes d’aujourd’hui, toutes aussi hostiles à l’exploitation des femmes, mais relativement indifférentes à l’importance de lutter contre les présumés symboles de cette oppression.

Critiquer le projet de neutralité religieuse de l’État au nom du respect des valeurs québécoises, c’est donc indirectement un appel au conformisme et au respect d’une mentalité dominante en déclin au Québec.

En misant sur la neutralité religieuse de l’État plutôt que sur la laïcité, le gouvernement Couillard fait le pari que l’évolution des mentalités au Québec lui donnera raison.

Sur le même sujet :
La laïcisation au Québec : un sujet contemporain et non un projet de société inachevé
Quand la soutane et la gandoura siégeaient au Palais Bourbon

Paru depuis :
Les mystères des crucifix de l’Assemblée nationale (2018-10-22)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le projet de loi libéral au sujet de la neutralité de l’État (2e partie : laïcité vs neutralité religieuse)

Publié le 12 juin 2015 | Temps de lecture : 3 minutes

La laïcité de l’État

Un État laïc est doté d’une administration qui prend des décisions et qui rend des services sans tenir compte des convictions religieuses de ses citoyens.

Cet État prend soin de faire en sorte que le citoyen qui s’adresse à lui afin d’obtenir un service ne puisse pas deviner l’appartenance religieuse de ses officiers ou de ses représentants.

Depuis un demi-siècle au Québec, la religion a été reléguée à la sphère domestique. C’est devenu une affaire personnelle, intime, qui ne regarde personne d’autre.

Mais la religion n’a pas complètement évacué la sphère publique. Nombreux sont ceux qui arborent aujourd’hui des signes extérieurs plus ou moins manifestes de leur foi; broches et pendentifs en forme de symboles religieux, voile islamique, kippa, etc.

En apparence, un État ne peut être 100% laïc que s’il institue une surveillance et des moyens répressifs afin d’empêcher toute manifestation extérieure de la foi de ses représentants.

Afin d’éviter d’avoir à constituer une « police de la laïcité », certains pays ont choisi de n’interdire que les signes les plus évidents d’appartenance religieuse.

Dans les faits, cela signifie s’attaquer à la tenue vestimentaire de certaines femmes musulmanes.

Au Québec, le mouvement dans ce sens a culminé avec la présentation du projet de Charte de laïcité du Parti québécois (critiquée sur ce blogue) et abandonnée depuis.

La neutralité religieuse de l’État

Être neutre, c’est être indifférent.

La neutralité, c’est vivre et laisser vivre. C’est permettre à n’importe qui d’être différent tant qu’il n’essaie pas d’obliger les autres à devenir comme lui.

La neutralité religieuse de l’État consiste donc à laisser à chacun la liberté de vivre sa religion comme il l’entend… du moment que cela ne porte pas atteinte aux droits des autres de vivre selon leurs principes à eux.

Dans le cadre de la neutralité religieuse, le citoyen n’a pas à renier sa foi — ni aux manifestations extérieures de celle-ci — avant de donner ou de recevoir un service public.

Ce laisser-faire intentionnel signifie que les employés de l’État reflètent la diversité de la Nation; plusieurs pigmentations de la peau, des sexes différents, des croyances religieuses diverses, des tenues vestimentaires variées, des colorations capillaires semblables à ce qu’on voit dans la rue, et des accents qui reflètent les manières régionales de parler, etc.

Au Québec, le concept de la neutralité de l’État est promu par le Parti libéral et s’est concrétisée par le projet de loi No 62.

Présenté il y a deux jours, ce projet fait l’objet d’une vive controverse. Malgré cela, il s’agit d’un projet de loi avec lequel, en dépit de quelques réserves, je suis d’accord pour les raisons que nous verrons dans les textes suivants de cette série.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le projet de loi libéral au sujet de la neutralité de l’État (1re partie)

Publié le 11 juin 2015 | Temps de lecture : 3 minutes

C’est hier que le gouvernement Couillard a présenté son projet de loi relatif à la neutralité de l’État.

Contenu du projet de loi

Le document de onze pages — dont seulement sept sont consacrées aux dispositions législatives proprement dites — propose ce qui suit.

Les employés de l’État doivent faire preuve de neutralité religieuse dans l’exercice de leurs fonctions. En clair, leurs convictions religieuses ne doivent pas affecter l’accomplissement de leurs tâches.

Ils doivent également exercer leurs fonctions sans favoriser ni défavoriser quiconque en raison de son appartenance religieuse.

Font exception à ces règles, le clergé travaillant en milieu carcéral, les chargés d’enseignement religieux et ceux affectés à un service d’animation spirituelle.

L’article 6 permet à un pharmacien de refuser de vendre un contraceptif ou de prescrire la pilule du lendemain si cela est contraire à ses convictions religieuses à lui.

Actuellement, ce qui oblige un professionnel de la Santé à asservir son intérêt à celui de son patient, ce n’est pas une loi mais simplement les règles de déontologie professionnelle. Puisque toute loi a préséance sur un code de déontologie, cette loi légalise ce qui était interdit jusqu’à maintenant.

Ce matin, j’ai contacté à ce sujet l’Ordre des pharmaciens et le Conseil du statut de la femme, et je m’attends à ce que l’article 6 disparaisse du texte final de cette loi.

Pour terminer, celui qui dispense un service de l’État doit le faire à visage découvert. Celui qui reçoit ce service ne peut être obligé d’avoir le visage découvert que si cela est nécessaire à des fins d’identification, de communication ou pour des raisons de sécurité.

Les accommodements raisonnables

Le projet de loi établit les critères en vertu desquels on peut invoquer des croyances religieuses pour se soustraire à une obligation :
• cette demande doit respecter le droit à l’égalité entre les femmes et les hommes
• l’accommodement demandé ne compromet pas le principe de la neutralité religieuse de l’État
• l’accommodement ne doit imposer aucune contrainte excessive sur le bon fonctionnement de l’organisme ainsi qu’aux coûts qui s’y rattachent.

Portée de la loi

Si elle est adoptée, cette loi s’appliquerait à la fonction publique, aux commissions scolaires, aux hôpitaux publics, aux écoles publiques, aux garderies subventionnées par l’État, aux agents de la paix (policiers et gardiens de prison) et les juges de tribunaux administratifs.

Sont exclus le secteur municipal et, si j’ai bien compris, les tribunaux provinciaux autres que les tribunaux administratifs.

Sont également protégés les éléments emblématiques ou toponymiques du patrimoine culturel du Québec qui témoignent de son parcours historique. En d’autres mots, on ne peut demander qu’on change les noms des rues ou qu’on enlève les crucifix des églises.

Références :
La Charte de la laïcité : un mauvais départ
La ministre Vallée exaspère Paul Arcand en évitant de répondre 15 fois à ses 3 questions
Les libéraux disent finalement oui au tchador
Projet de loi n°62 : Loi favorisant le respect de la neutralité religieuse de l’État et visant notamment à encadrer les demandes d’accommodements religieux dans certains organismes

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Définitions : radicalisme, islamisme, fondamentalisme et intégrisme

Publié le 9 février 2015 | Temps de lecture : 9 minutes

Le radicalisme

Le radicalisme est l’expression d’une pensée en totale opposition avec la mentalité dominante dans une société donnée. Un communiste sera radical dans un pays démocratique alors qu’à l’opposé, le partisan de la démocratie parlementaire sera un contrerévolutionnaire (donc un radical) dans un pays communiste.

Le radicalisme est donc relatif. Le Carré rouge — c’est le surnom donné aux participants du Printemps érable — sera radical aux yeux d’un premier ministre chargé de maintenir la loi et l’ordre alors que les mesures destinées à réprimer les insurgés seront jugées excessives, voire radicales, par les protestataires, convaincus de la justesse de leur cause.

Islamisme, Islam et charia

L’islamisme se dit d’un mouvement politique et religieux prônant l’expansion et le respect de l’islam et visant l’islamisation complète et totale du droit, des institutions, et du gouvernement.

Islam et islamisme sont donc très différents.

L’Islam est une religion. C’est la plus récente des trois grandes religions monothéistes (religions où les fidèles n’adorent qu’un seul Dieu). Essentiellement, ces trois religions ont beaucoup plus de points en commun qu’elles ne se distinguent entre elles. C’est ainsi que l’Ancien Testament des Chrétiens est calqué sur la Bible juive. Autre exemple : Jésus de Nazareth est considéré comme un prophète par les Musulmans.

L’islamisme est un mouvement politique qui s’appuie sur l’exemple du prophète Mahomet. Ce dernier fut originellement un chef religieux, puis un chef militaire et un chef d’État.

C’est à partir de cet exemple que certains imams soutiennent que la religion musulmane doit non seulement être du domaine privé, mais que le droit de leur pays doit être basé sur la Charia, c’est-à-dire la jurisprudence du temps de Mahomet.

En réalité, la Charia date des premiers siècles de l’Islam et reflète la mentalité qui prévalait probablement à l’époque du prophète.

En Arabie saoudite, il n’y a pas de constitution; la justice grossière qu’on y pratique s’appuie sur la Charia.

Au Québec, où les Musulmans ne représentent que 3 % de la population, l’islamisme ne représente aucun danger. Non seulement le désir de voir la Charia avoir force de loi est combattu ici par de nombreux Musulmans eux-mêmes (notamment des Musulmanes), mais il est démographiquement impossible qu’une majorité de la population québécoise soit d’accord avec l’abandon de nos Chartes des droits et libertés au profit d’un texte dont de nombreuses dispositions sont d’un ridicule consommé.

Un exemple de ce ridicule ? Au moment de déféquer ou d’uriner, la Charia précise qu’il faut s’accroupir de façon à ne pas faire face ou à ne pas tourner le dos à La Mecque, la ville où Mahomet est né. Uriner en direction de La Mecque est une insulte à l’Islam. On doit donc conclure que nous devrions tous sortir de chez nous en possession d’une boussole et d’une carte du monde.

Malheureusement, on urine toujours en direction de quelque chose. En direction de La Mecque, cela manque de respect pour le Prophète. En direction du Vatican, cela pourrait offenser des Catholiques susceptibles. En direction de l’Arc de triomphe de l’Étoile, quel affront à la tombe du Soldat inconnu. En direction du Parlement canadien, c’est un manque flagrant de patriotisme. Bref, il est préférable de pisser couché, en direction des étoiles afin de n’offenser personne… du moins personne habitant notre système solaire. Quant à déféquer, je n’ose y penser…

Le blogueur Raïf Badawi a été condamné à dix ans de prison et mille coups de fouet pour avoir, entre autres, ridiculisé un imam saoudien qui soutenait que les astronomes devraient être punis lorsqu’ils publient des découvertes qui sont en contradiction avec l’interprétation littérale de la Charia.

Le fondamentalisme et l’intégrisme

Le fondamentalisme désigne l’attachement strict aux principes originels d’une doctrine religieuse.

L’intégrisme est l’attitude de certains croyants qui refusent toute évolution au nom d’un respect intransigeant et intégral de la tradition. Dans les faits, intégrisme et fondamentalisme sont synonymes.

L’intégriste prend le passé comme une référence absolue et voit le présent à la lumière d’une époque lointaine et fantasmée.

Ce phénomène n’est pas exclusif à la religion musulmane.

D’une certaine manière, on peut dire que les Juifs orthodoxes sont des fondamentalistes.

Au début de la réforme protestante, plusieurs chefs religieux incitèrent à la destruction des images religieuses — statues, peintures et reliques — dont la vénération était assimilée par eux à de l’idolâtrie et relevait donc du paganisme. Basé pourtant sur l’Ancien Testament — Tu ne te feras point d’image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre — ce mouvement iconoclaste peut être qualifié de fondamentaliste.

Tout fondamentalisme s’appuie sur la croyance à une pureté originelle des textes sacrés qui se serait perdue avec les siècles. En réalité, les religions monothéistes sont toutes aux prises avec des textes sacrés dont certains commencent à montrer leur âge.

Par exemple, la Lévitique est un des cinq livres de la Torah. Il fait partie de l’Ancien Testament et exprime donc la Volonté présumée de Dieu. À l’alinéa 13 du chapitre 20, la Lévitique dit : « Si un homme couche avec un homme comme on fait avec une femme, ils ont fait tous deux une chose abominable; ils seront punis de mort. Leur sang est sur eux. ».

À l’alinéa 10 du même chapitre, la Lévitique dit également : « Si un homme commet adultère avec une femme mariée, et s’il commet adultère avec la femme de son prochain, ils seront tous deux punis de mort, l’homme et la femme adultères. ».

C’est donc à dire que si la Volonté de Dieu avait préséance sur la volonté des hommes (interdisant l’homicide), on serait habilité à tuer tous les homosexuels et tous les hétérosexuels (hommes ou femmes) qui ont participé à une aventure extra-conjugale. Cela représente probablement quelques milliards d’Humains à tuer.

En séparant l’État de l’Église et en assujettissant les doctrines religieuses aux lois civiles, on prévient un tel carnage.

Malheureusement, cette séparation n’existe pas dans certains pays. Dans ceux-ci, les fidèles se sentent investis de la Mission divine de faire respecter la doctrine qui leur est enseignée. Voilà pourquoi il suffit à un imam de rédiger une fatwa (c’est-à-dire un avis religieux) pour condamner à mort l’apostat ou le blasphémateur pointé du doigt.

Chez les Musulmans sunnites, l’équivalent du Vatican est l’Arabie saoudite. Puisque chez les Sunnites, n’importe qui peut devenir imam, il est fréquent que des imams sunnites se tournent vers leurs collègues d’Arabie saoudite afin d’obtenir un éclaircissement doctrinal relativement à un problème soulevé par un fidèle. Cet avis est très souvent utile.

Mais l’Arabie saoudite est également un pays où prévaut une mentalité arriérée. C’est par le biais des écoles coraniques fondamentalistes financées par l’Arabie saoudite et par le biais des fatwas de ses imams, que ce pays répand sournoisement son fondamentalisme.

Tout comme le Vatican passe sous silence les exigences gênantes de la Lévitique, les Musulmans d’ici sont confrontés à l’impossibilité de concilier les exigences tatillonnes de la Charia avec le monde moderne dans lequel ils vivent. Ces pionniers sont en train d’inventer — souvent malgré eux — un Islam moderne. Par leurs écrits et leurs combats, ces Musulmans influencent déjà les parents et amis qui demeurent ailleurs et qui doivent, eux, lutter au quotidien contre la montée de l’intégrisme.

L’exemple de nos Musulmans est superflu pour des pays comme la Tunisie, la Turquie et l’Indonésie, trois pays musulmans déjà évolués qui ont réussi à marier Islam et valeurs démocratiques.

D’autres pays auront besoin de cet exemple. Chez eux, le pouvoir est basé sur des alliances tribales et le citoyen n’a pas de valeur intrinsèque; il se juge à son ethnie, à sa religion et à sa relation avec le chef de sa tribu. Ces pays ont déjà un déficit technologique important. Dès qu’ils réaliseront à quel point le passéisme de leurs imams les a maintenus en marge de l’Histoire, leur colère pourrait entrainer le déclenchement d’un véritable Printemps arabe. Ainsi soit-il.

Références :
Iconoclasme
Chapitre 20 de la Lévitique
Le petit livre vert de l’ayatollah Khomeyni
Les blasphèmes de Raïf Badawi

Parus depuis :
Oui, l’islamisme radical existe ici (2015-09-14)
Portland man accused of fatal train stabbing has outburst in court (2017-05-31)
Emprisonné en Russie, l’opposant Alexeï Navalny est maintenant accusé d’extrémisme (2021-09-28)

Compléments de lecture :
Analyse de la haine antimusulmane au Québec
Arabes vs Musulmans
Bilan de la déradicalisation islamiste dans le Nord de l’Europe

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Écrit par Jean-Pierre Martel