Irak : le discours aux Américains que jamais Stephen Harper ne prononcera

Publié le 27 septembre 2014 | Temps de lecture : 5 minutes

Le groupe armé État islamique est une menace pour le monde. C’est une menace parce qu’il est en position de conquérir facilement les plus importants sites d’extraction pétrolière du Moyen-Orient.

Or nous ne pouvons tolérer qu’un groupe extrémiste soit en position d’avoir le monde à sa merci; une telle menace est totalement inacceptable.

Voilà pourquoi, nous nous joindrons à vous dans la lutte que vous lui mènerez.

Mais nous ne sommes pas contents.

Nous ne sommes pas contents parce que le gâchis actuel en Irak est la conséquence directe de la politique extérieure menée par votre pays au Moyen-Orient.

Vous déstabilisez les gouvernements qui s’y trouvent, vous armez ou vous laissez vos alliés locaux équiper en armements les groupes les plus extrémistes et vous vous étonnez que cette région soit mise à feu et à sang. Mais où aviez-vous donc la tête en semant le désordre et en libérant la furie des armes ?

Et voilà que vous faites appel à nous pour réparer les pots cassés. Sans même avoir admis la lourde responsabilité de votre pays dans ce désastre.

Lorsque votre pays a voulu nous dicter notre participation à la guerre en Irak, nous vous avons répondu que la participation canadienne à cette guerre était conditionnelle au feu vert des Nations Unies. Il s’agissait d’une ruse de notre part puisque nous savions que jamais l’ONU ne l’autoriserait.

Des accusations sans fondement de possession d’armes de destructions massives et la production de documents falsifiés à l’appui de votre thèse à l’ONU ont miné la crédibilité de votre pays à travers le monde.

Mais par-dessus tout, notre ressentiment vient de vos accusations d’être « antiaméricains » parce que nous osions ne pas nous soumettre à vos dictats militaristes et refusions de vous suivre stupidement au doigt et à l’œil.

Le Canada est le principal partenaire commercial des États-Unis. Les Canadiens achètent plus de biens et de services américains qu’aucun autre peuple au monde, quelle que soit sa population.

Le Canada se considère comme le meilleur ami des États-Unis. Or le rôle d’un ami, ce n’est pas de vous dire ce que vous voulez entendre : c’est, entre autres, de vous prévenir quand vous allez commettre une erreur. C’est ce que nous avons fait.

Mais votre pays a préféré la compagnie des courtisans qui vous encourageaient à vous tirer dans le pied. Avec le résultat qu’on sait.

En dépit de cette rebuffade, nous nous considérons toujours comme votre meilleur ami. Et encore cette fois, nous allons être francs.

Cessez de nourrir la haine à votre égard.

Découragez activement la guerre coloniale d’Israël en Palestine. Comment ? Votre subvention annuelle de trois milliards$ devrait être réduite d’une somme équivalente à ce que ce pays consacre à la colonisation de la Palestine. Étant donné que les divers postes au budget de tout État sont des vases communicants, cela vous éviterait d’être accusé de financer indirectement cette guerre coloniale. Surtout, cela éviterait d’alimenter le ressentiment et la colère légitime des Arabes contre vous.

Et Israël, s’il le désire, pourrait recevoir cette subvention intégralement en cessant sa politique d’implantation de colonies israéliennes en Palestine.

Relativement aux pays arables, faites comme Louis-XV : reversez vos alliances.

Entre ces deux pays ennemis que sont l’Inde et le Pakistan, cessez de verser des milliards$ à l’armée pakistanaise qui vous méprise et vous déteste. Le Pakistan est le centre mondial de la haine. La haine de son voisin, l’Inde. La haine des Juifs. La haine des Chrétiens. La haine des valeurs occidentales. Bref, les Pakistanais sont des « pisseux de vinaigre ». Cessez de vouloir en faire des amis; cela n’arrivera jamais.

L’Iran chiite est le rempart contre l’intégrisme sunnite, représenté par l’Arabie saoudite. Quant à lui, l’intégrisme iranien est inoffensif dans la mesure où il ne se propage pas; sauf l’Irak, tous les autres pays musulmans sont sunnites, donc réfractaires à son influence. En contrepartie, l’Iran est le seul pays stable et fort du Moyen-Orient.

Cessez de servir les intérêts de la monarchie obscurantiste d’Arabie saoudite en affaiblissant l’Iran. À part le Hezbollah libanais, partout où des extrémistes musulmans se manifestent, ceux-ci sont financés par l’Arabie saoudite.

Quant à la bombe nucléaire iranienne, lorsque ce pays aura rejoint le club sélect des puissances nucléaires, jurez d’anéantir ce pays et de le rayer de la surface du globe s’il devait s’en servir. Ce devrait être suffisant pour l’en dissuader.

Bref, l’appui canadien à cette nouvelle guerre est inconditionnel. Toutefois, nous profitons de l’occasion pour vous parler avec franchise. Puisse-t-elle vous aider à cesser de vous mettre les pieds dans les plats…

2 commentaires

| Géopolitique, Politique canadienne | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


La faillite de la dérèglementation ferroviaire du gouvernement fédéral

Publié le 20 août 2014 | Temps de lecture : 6 minutes

C’est hier matin que le Bureau de la sécurité des transports du Canada rendait public son rapport de 219 pages sur la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic.

Rappelons qu’à cette occasion, un train mesurant 1,4km —
 transportant 7,7 millions de litres de pétrole de schiste — a déraillé. Ce déraillement a provoqué le déversement de six millions de litres de brut qui ont pris feu, détruisant 40 édifices et 53 véhicules. De plus, 100 000 litres de pétrole brut ont contaminé une bonne partie du sol du centre-ville de Lac-Mégantic ainsi que la rivière Chaudière adjacente, et le lac qui donne son nom à la ville.

Par-dessous tout, cette catastrophe a tué 48 personnes et provoqué l’évacuation d’environ deux mille autres. Bref, c’est la pire catastrophe environnementale de l’histoire du Canada.

La cause profonde de cette catastrophe est le laisser-faire des organismes responsables d’assurer la sécurité du transport ferroviaire. Précisons qu’il s’agit d’une responsabilité exclusive du gouvernement fédéral.

Dans les faits, cette tâche est assumée par trois organismes fédéraux aux responsabilités complémentaires; le Bureau de la sécurité des transports du Canada (qui enquête en cas de catastrophe), l’Office des transports du Canada (qui émet ou révoque les permis d’exploitation appelés certificat d’aptitude), et Transport Canada (qui voit au bon fonctionnement du système). Le plus important est ce dernier.

Depuis une quinzaine d’années, le transport ferroviaire est l’objet d’une dérèglementation, partout en Occident. Au Canada, cette dérèglementation a été entamée par des gouvernements dirigés par le Parti libéral du Canada, mais s’est considérablement accélérée depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement Harper.

L’idéologie conservatrice est à l’effet que l’État est, par sa nature même, mauvais. L’État serait une multitude de fonctionnaires paresseux, généreusement rémunérés grâce à nos taxes, et qui empêchent, par leurs exigences tatillonnes, les entrepreneurs de faire ce dans quoi ils excellent : créer de la richesse pour eux et des emplois pour les autres.

Au Canada, le transport ferroviaire de pétrole brut est passé d’environ 500 wagons complets en 2009, à 160 000 wagons complets en 2013, soit une augmentation de 32 000%. Pendant ce temps, le gouvernement Harper réduisait très légèrement le nombre d’inspecteurs de Transport Canada.

Dépourvu d’effectif adéquat, Transport Canada s’en remettait à l’autorèglementation des compagnies ferroviaires. Celles-ci devaient lui soumettre un « Système de gestion de la sécurité » à défaut de quoi, elles devenaient sujettes à des poursuites.

Mais une fois que les compagnies soumettaient un tel document, les règlements adoptés par le gouvernement Harper interdisaient à Transport Canada de poursuivre les compagnies en raison de lacunes observées dans la mise en œuvre de leur plan.

La MMA — un transporteur ferroviaire appartenant à des intérêts américains — a présenté le sien à Transport Canada en 2002, mais n’a commencé à le mettre en place qu’en 2010. Pendant sept ans, Transport Canada n’a rien fait d’autre que de recommander des améliorations.

Pendant ce temps, les autorités américaines n’hésitaient pas à lui imposer plus de 146 000$ d’amendes pour l’inciter à sécuriser ses activités ferroviaires du côté américain de la frontière.

L’enquête approfondie menée par le Bureau de la sécurité des transports du Canada à la suite de la catastrophe de Lac-Mégantic, a révélé des lacunes beaucoup plus inquiétantes que toutes celles découvertes par Transport Canada :
– une usure des rails sur la voie principale largement supérieure aux normes de l’industrie;
– des réparations non standard;
– une pratique systémique de laisser des trains sans surveillance sur la voie principale et sur une pente descendante pendant plusieurs heures sans mesure de défense en profondeur pour empêcher tout mouvement involontaire;
– des lacunes qui n’étaient pas analysées en profondeur par la MMA, de sorte qu’ils se perpétuaient.

Bref, le rapport accablant du Bureau de la sécurité ferroviaire démontre la faillite de la dérèglementation ferroviaire à laquelle le gouvernement fédéral a procédé, une dérèglementation qui se solde par 48 morts et le pire désastre environnemental de l’histoire canadienne.

En se trainant les pieds après la catastrophe, Ottawa a permis à la MMA de filer à l’anglaise sans verser un sou à la population de Lac-Mégantic. De plus, en évitant de saisir les actifs de la MMA, il lui a permis de les vendre à une autre compagnie américaine, empochant 15,8 millions$ pour son réseau ferroviaire en ruine.

Sous des habits de défenseur du contribuable, le gouvernement Harper n’est rien d’autre que le valet du capitalisme international et l’ennemi du peuple canadien.

Références :
Rapport d’enquête ferroviaire R13D0054
Sale of railroad blamed in Lac-Mégantic disaster finalized

Parus depuis : Les raisons de la colère (2014-08-23)
Lac-Mégantic : le BST minimise la responsabilité de Transports Canada, soutient un groupe de réflexion (2015-01-19)

Sur le même sujet, sur ce blogue :
La sécurité du transport ferroviaire (2013-07-09)
La responsabilité du gouvernement Harper dans la cinquantaine de décès au Lac-Mégantic (2013-07-11)
Lac-Mégantic : les calculs du gouvernement Harper (2013-07-24)
Pour une réforme complète des chemins de fer canadiens (2013-07-26)
La lourde responsabilité du gouvernement Harper dans la catastrophe de Lac-Mégantic (2013-07-30)
Plaidoyer pour la saisie des actifs de la MMA (2013-07-31)
Lac-Mégantic : le silence étrange du sénateur Boisvenu (2013-08-03)
Les déraillements ferroviaires et la roulette russe du gouvernement Harper (2014-01-20)
MMA : Maudite justice de merde ! (2018-04-03)

3 commentaires

| 2014-2018 (années Couillard), Politique canadienne, Politique québécoise | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Appels électoraux frauduleux : le Conservateur Michael Sona condamné

Publié le 15 août 2014 | Temps de lecture : 4 minutes

Michael_SonaÀ gauche sur la photo, Michael Sona — ex-responsable des communications du candidat conservateur dans le comté ontarien de Guelph — a été condamné hier pour les appels frauduleux effectués lors de la dernière campagne électorale fédérale. Ces appels visaient à décourager des électeurs de voter pour des partis rivaux.

Selon le témoignage du directeur adjoint de la campagne conservatrice du comté et supérieur hiérarchique de M. Sona, celui-ci lui aurait demandé comment télécharger des numéros de téléphone tirés d’une banque de données du Parti conservateur afin qu’ils servent à des appels automatiques.

Dans une campagne électorale, toute communication de masse est stratégique. La teneur des messages télévisés ou radiophoniques, de même que ceux des affiches et des dépliants, relève de la stratégie électorale du parti. Il suffit d’une initiative maladroite pour faire dérailler une campagne électorale soigneusement préparée.

Conséquemment, aucun directeur ou directeur adjoint d’une campagne électorale n’autorisera des appels automatiques sans savoir de manière précise ce dont il sera question lors de ces appels.

D’après ce qu’on nous dit, M. Sona se serait procuré une carte prépayée pour un téléphone mobile et aurait contacté sous un faux nom une firme de télémarketing afin qu’elle transmette des milliers appels.

Supposons qu’il s’agissait d’un message pré enregistré (faussement au nom d’Élections Canada) et que cette firme ait comme politique de ne pas vérifier la teneur de messages qui ne sont pas énoncés par ses propres téléphonistes.

Dans ce cas, cette entreprise ne porterait aucune responsabilité dans cette fraude. Mais comment a-t-elle été payée pour ses services ?

Il y a deux possibilités; ou bien le jeune directeur des communications a poussé le dévouement à la cause conservatrice au point de payer de sa poche une coûteuse campagne auprès de milliers d’électeurs ou, au contraire, il a réussi à faire porter les frais de cette campagne sur le compte que détient le Parti conservateur à cette firme de télémarketing.

Puisqu’aucune banque canadienne n’accepte de transférer de l’argent de manière anonyme, on comprend mal pourquoi Michael Sona a pris la peine de contacter une firme de télémarketing sous un faux nom, pour finalement la payer sous son vrai.

Donc, il faut qu’on lui ait précisé les coordonnées du compte du Parti à la firme de télémarketing. Il faut également qu’aucun vérificateur des dépenses du Parti conservateur (au niveau du comté et au niveau national) ne se soit rendu compte des coûts de cette campagne non autorisée.

Depuis le début de cette affaire, le gouvernement Harper a agi avec une mauvaise foi évidente. D’abord par une tactique de diversion; en accusant ses adversaires de faire, eux aussi, du télémarketing alors que ce dont il est question, c’est de la fausse représentation, soit un acte criminel.

Puis en refusant d’accorder à Élections Canada les pouvoirs d’enquête qui lui étaient nécessaires. Devant un comité permanent de la Chambre des communes, le directeur général d’Élections Canada s’est ensuite plaint du manque de collaboration des Conservateurs.

Puis, lors du premier procès relatif à cette affaire — ce procès concernait l’annulation possible de l’élection de 2011 — le juge Richard Mosley a accusé les Conservateurs de s’être livrés à une guerre de tranchées pour empêcher que l’affaire soit entendue sur le fond devant lui.

Dans les plaidoiries finales du procès spécifique de Michael Sona — c’est le seul accusé jusqu’ici — les avocats de la défense et de la poursuite étaient d’avis que le stratagème frauduleux de Michael Sona n’aurait pas été possible sans la complicité d’autres personnes. Dans son jugement, le juge Gary Hearn s’est dit d’accord avec cette hypothèse.

C’est donc à suivre…

Références :
Appels automatisés : Michael Sona n’a pas agi seul, estime un juge
Appels automatisés – Élections Canada veut plus de pouvoir d’enquête
Appels frauduleux – Les conservateurs balaient les critiques du jugement
Appels trompeurs – Le DGE confirme un manque de collaboration des conservateurs

Laissez un commentaire »

| Politique canadienne | Mots-clés : , , , , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Pénurie des médicaments : inaction du gouvernement Harper

Publié le 17 février 2014 | Temps de lecture : 2 minutes

Le 4 juin 2013, Mme Djaouida Sellah, députée du Nouveau parti démocratique pour le comté de St-Bruno – St-Hubert, déposait à la Chambre des communes un projet de loi destiné à atténuer les effets de la pénurie des médicaments au Canada. Celle-ci constitue un problème préoccupant, dont les causes ont fait l’objet d’un texte paru précédemment.

Le projet de loi visait à obliger les fournisseurs de médicaments d’aviser le ministre en cas d’interruption de la production, de la distribution ou de l’importation de médicaments. Une telle obligation existe déjà ou est en voie de l’être aux États-Unis et au sein de l’Union européenne.

De plus, le projet de loi visait à obliger le ministre de la Santé d’élaborer et de mettre en œuvre un plan d’intervention d’urgence pour remédier à ces pénuries.

Malgré le très large appui que ce projet de loi avait recueilli auprès des ordres de pharmaciens et des associations médicales, le gouvernement Harper lui était hostile parce que contraire à sa philosophie de dérèglementation et de laisser-faire. Conséquemment, le projet de loi a été battu en chambre le 12 février dernier.

Le gouvernement Harper invoque que les fabricants divulguent déjà leurs pénuries. Cela est exact. Toutefois, ils le font à la dernière minute ou lorsque cette pénurie est déjà en cours depuis un certain temps. Habituellement, les pharmaciens l’apprennent de leur grossiste au moment où ils tentent d’effectuer un achat : ils sont alors placés devant un fait accompli.

Dans le cas des médicaments protégés par un brevet, seul le gouvernement fédéral a le pouvoir de suspendre ce brevet afin de permettre à d’autres fabricants d’approvisionner le marché.

Bref, un autre exemple du refus obstiné du gouvernement Harper de protéger la population canadienne et de sa servilité à l’industrie, également hostile à ce projet de loi.

Références :
Le NPD demande la divulgation obligatoire des pénuries de médicaments
Les pénuries de médicaments
Loi sur la divulgation des pénuries de médicaments
Mandatory Disclosure of Drug Shortages Act
Ottawa montré du doigt par Québec et les médecins

3 commentaires

| Politique canadienne | Mots-clés : | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Canada et le business de la torture

Publié le 23 janvier 2014 | Temps de lecture : 4 minutes

Il y a deux jours, trois anciens procureurs internationaux rendaient public un rapport de 31 pages — commandité par le Qatar, qui appuie les rebelles syriens — démontrant que le régime de Bachar el-Assar est coupable de massacres et de tortures à grande échelle. Le document se base sur 55 000 photos prises de 11 000 personnes exécutées entre mars 2011 et aout 2013.

Ces trois anciens procureurs internationaux sont Desmond de Silva (ex-président du tribunal spécial pour la Sierra Leone), Geoffrey Nice (procureur en chef lors du procès de l’ex-président yougoslave Slobodan Milosevic), et David Crane (qui a fait condamner le président libérien Charles Taylor).

En Syrie, la torture est une industrie d’État. Tout comme l’abattage des animaux de boucherie, elle se pratique de manière rigoureuse. La photographie des corps est obligatoire. Elle permet l’établissement d’un certificat de décès et donne l’assurance qu’un ordre d’exécution a bien été respecté.

Depuis des années, la Syrie offre son expertise aux gouvernements étrangers. Ceux dont l’image de marque interdit une telle pratique chez eux peuvent donc s’adresser à la Syrie pour effectuer cette sale besogne. Évidemment, ces contrats sont rémunérés; on ne voit pas pourquoi la Syrie accepterait de procéder bénévolement.

C’est ainsi qu’en septembre 2002, l’ingénieur canadien Maher Arar est arrêté à New York par les autorités américaines à partir d’informations fournies par la Gendarmerie royale du Canada. Celle-ci décrivait M. Arar comme un « extrémiste islamiste soupçonné d’avoir des liens avec le mouvement terroriste Al-Qaida ». En réalité, il n’existait aucune preuve à ce sujet; que de vagues soupçons basés sur les aveux désespérés de quelqu’un d’autre, obtenus sous la torture.

Avec le silence complice du gouvernement canadien (informé de cette arrestation), les autorités américaines ont expédié M. Arar en Syrie dans le but d’y être torturé. À l’heure actuelle, il n’est pas possible d’affirmer que les États-Unis aient agi à la demande du Canada; le procès intenté contre des membres du gouvernement libéral de l’époque a échoué en raison de l’invocation du secret d’État.

Selon une nouvelle parue le 8 février 2012, le gouvernement canadien autorise officiellement le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) à utiliser des renseignements obtenus en violation du droit international. Cela se justifie par la nécessité de protéger la sécurité des Canadiens. Le gouvernement canadien n’autorise pas la pratique de la torture au pays mais encourage celle pratiquée ailleurs.

Dans les faits, à-peu-près n’importe qui avouera préparer un attentat terroriste au Canada s’il est suffisamment torturé. Lorsqu’elle devient un business, la torture peut donc connaître une croissance illimitée. Plus on torture, plus on obtient d’aveux. Et plus on est payé pour ces aveux, plus on peut mettre en œuvre de nouveaux moyens pour en obtenir davantage.

Le Canada ne veut pas risquer l’odieux de subventionner directement des pays tortionnaires. Il est donc partenaire du gouvernement américain, dont les dirigeants n’ont jamais hésité à faire l’apologie de la torture depuis les attentats du World Trade Center.

Ces temps-ci, le ministre des Affaires étrangères du gouvernement Harper peut bien s’indigner des pratiques du régime de Bachar el-Assar. La vérité, c’est que les photos rendues publiques ne font que documenter le résultat des méthodes que la Canada a lui-même encouragées et qui sont maintenant appliquées aux rebelles syriens.


Post-Scriptum : Le 18 avril 2018, le gouvernement libéral de Justin Trudeau a annoncé son intention d’amender le projet de loi C-59 afin d’interdire l’utilisation des informations obtenues sous la torture par les agences de renseignements canadiens.

Références :
Ahmad El-Maati
Le Canada et ses amis tortionnaires
Maher Arar
Massacres en Syrie : peut-on se fier au rapport du Qatar ?
Ottawa autorise les services secrets à utiliser des informations obtenues sous la torture
Rapport sur les événements concernant Maher Arar
Syrian regime document trove shows evidence of ‘industrial scale’ killing of detainees
Torture et sécurité publique – Une odieuse légitimation de la torture

Parus depuis :
Ottawa complice de la torture de Canadiens en Syrie (2016-09-18)
Ottawa n’acceptera plus jamais les informations obtenues sous la torture (2018-04-18)

Un commentaire

| Politique canadienne, Sécurité, Sociologie, Terrorisme | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Le projet de loi Chong est antidémocratique

Publié le 7 décembre 2013 | Temps de lecture : 2 minutes

Le député conservateur Michael Chong vient de déposer à la Chambre des communes du gouvernement canadien, un projet de loi privé visant à établir un mécanisme de destitution du Premier ministre en fonction, comme c’est le cas en Australie et en Grande-Bretagne.

Selon ce projet de loi, le caucus d’un parti pourrait, si 15% de ses membres en font la demande, tenir un vote de confiance — par vote secret — sur un collègue député ou le chef du parti. Si la majorité vote contre ce dernier, celui-ci est démis et conséquemment, une course à la direction est déclenchée.

En mai 2011, M. Harper a été réélu à la tête d’un gouvernement majoritaire avec seulement 39,6% des votes. Fort de sa suprématie parlementaire, il a agi comme s’il jouissait de la confiance de la majorité de la population canadienne.

Pour faire simple, imaginons que toutes les circonscriptions électorales aient le même nombre d’électeurs. Faites le calcul, si 51% de députés conservateurs décidaient d’un putsch, ils ne représenteraient que 20% de l’électorat.

D’où la question : doit-on déléguer le pouvoir du peuple de choisir ses dirigeants à une poignée d’invertébrés qui n’ont pas eu le courage de s’opposer au despotisme de leur chef mais qui, lâchement, dans l’anonymat d’un vote secret, pourraient le destituer ?

La Démocratie donne souvent de très mauvais résultats. Mais on ne corrige pas ses défauts par des mesures boiteuses qui ont pour effet de donner à quelques dizaines d’élus les pouvoirs de tout un peuple.

Références :
Le despotisme de Stiveniev Harperoff
Michael Chong: la revanche du «backbencher»
Un député conservateur veut donner plus de pouvoirs aux caucus

Laissez un commentaire »

| Politique canadienne | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Lac-Mégantic : le silence étrange du sénateur Boisvenu

Publié le 3 août 2013 | Temps de lecture : 6 minutes


 
Depuis l’assassinat de sa fille Julie, le sénateur conservateur Pierre-Hugues Boisvenu s’est fait le défenseur des victimes. Pendant des années, cet apôtre de la vengeance a utilisé toutes les tribunes à sa disposition pour réclamer des peines toujours plus sévères, allant même jusqu’à souhaiter publiquement qu’on laisse à chaque assassin une corde disponible dans sa cellule pour qu’il se pende, s’il le désire.

Le sénateur Boisvenu est membre du Comité sénatorial permanent des Transports et des Communications. À ce titre, il a adopté article par article, l’encadrement législatif du transport ferroviaire au pays. De plus, en tant qu’homme politique, il a défendu bec et ongles les politiques de dérèglementation du gouvernement Harper, politiques responsables de la tragédie de Lac-Mégantic.

Évidemment, il existe une grande différence entre un meurtre froidement exécuté et un accident involontaire. Mais jusqu’ici, le degré de responsabilité du tueur n’a jamais intéressé M. Boisvenu; en présence d’un homicide, qu’il soit volontaire ou non, le sénateur réclamait vengeance dans tous les cas.

Puisqu’un homicide se définit comme l’action de tuer un être humain, la tragédie de Lac-Mégantic s’est soldée, entre autres, par l’homicide de 47 personnes, toutes aussi attachées à la vie que sa petite Julie.

On aurait pu imaginer le sénateur Bienvenu réclamant l’emprisonnement à vie des dirigeants de la MMA et la saisie de leurs actifs. Il aurait pu réclamer la démission du ministre des Transports de l’époque ou de celle du gouvernement Harper, responsable par son laxisme de cette tragédie humaine.

Celui qui n’hésitait pas à pointer un doigt accusateur contre la Commission des libérations conditionnelles (qui avait remis en liberté l’assassin de sa fille), s’est transformé aujourd’hui en une limace qui glisse silencieusement dans l’ombre de ce gouvernement qui l’a utilisé comme un pion pour promouvoir son idéologie.

Références :
À chaque assassin sa corde?
Délibérations du Comité sénatorial permanent des Transports et des communications
Le sénateur Boisvenu, apôtre de la vengeance
Le sénateur Boisvenu retire ses propos controversés sur l’option du suicide donnée aux assassins

Entete_Boisvenu
Bonjour effectivement je garde silence. Je me remets lentement d’une crise médiatique qui a touché ma vie privée et ma santé cette année. Avoir été présent, j’aurais été critiqué. Ne pas l’être, je le suis quand même. Donc, d’une manière ou d’une autre, on m’aurait critiqué.

Ayant perdu deux filles dans des circonstances dramatiques aussi, je comprends la douleur des familles et mes prières quotidiennes sont avec elles.

Je saurai être près d’elles quand les caméras s’en seront éloignées.

Merci de me publier sur votre blogue.

Pierre-Hugues Boisvenu
Estrien d’adoption et de cœur,
Sénateur canadien

Entete_Boisvenu_2
Jean-Pierre,

Je n’avais pas lu encore votre blog quand je vous ai envoyé mon commentaire par courriel.

Après l’avoir lu, je constate votre ignorance de la chose politique et surtout votre mauvaise foi.

Comment pouvez-vous me traiter d’apôtre de la vengeance ? Sans doute parce je suis un conservateur convaincu. Comment pouvez-vous affirmer que je ne peux faire la différence entre un meurtre prémédité et un homicide involontaire ?

La preuve de votre ignorance: aucune commission de libération conditionnelle a libéré l’assassin de ma fille….il a été libéré par le directeur de la prison provinciale de Gaspé.

Je vous demande, si vous avez 5 onces d’honnêteté intellectuelle de retirer ce texte de votre blog.

Merci.

Pierre-Hugues Boisvenu
 
Réponse_JPM
 
Le rôle du gouvernement fédéral est, entre autres, de protéger la population canadienne contre ceux qui violent l’ordre public.

Lorsqu’un train fou tue 47 personnes, déverse 1,7 million de litres de pétrole brut, pollue une rivière qui constitue la principale source d’eau potable de plusieurs municipalités riveraines, et cause des dommages estimés entre 500 millions$ et un milliard$, cela s’appelle troubler l’ordre public.

Ce n’est pas vrai que nous, contribuables québécois, allons payer plus de 500 millions$ pour une catastrophe qui ne serait pas survenue si votre gouvernement s’était acquitté correctement de sa responsabilité de garantir la sécurité du transport ferroviaire.

Monsieur le Sénateur, je vous accuse publiquement, vous et vos complices, de nous avoir trahi. La population canadienne a élu le gouvernement Harper croyant que ce gouvernement la protégerait.

Au contraire, il a préféré dérèglementer l’industrie ferroviaire et remettre notre sécurité entre les mains d’aventuriers. Avec, comme résultats, 47 morts et la pire catastrophe environnementale de l’histoire du Canada.

Laissez-moi vous dire qu’il faudra plus que vos prières quotidiennes pour vous faire pardonner.

Le gouvernement Harper est, après la MMA, responsable de ce désastre. C’est à lui de payer la totalité des frais reliés à cette catastrophe, et non le minable 60 millions$ qu’il a annoncé afin d’aider à la reconstruction de la ville.

Au XIXe siècle, les compagnies minières n’hésitaient pas à risquer la vie de leurs travailleurs : en cas d’effondrement ou d’explosion, on se contentait d’envoyer des couronnes de fleurs mortuaires aux familles des victimes. De nos jours, le gouvernement Harper fait pareil avec nous.

Tant que ce sera plus économique pour lui de s’aplatir devant les compagnies de broche-à-foin qui mettent nos vies en péril — quitte à nous donner quelques cacahouètes en cas de problème — il poursuivra son aveuglement bienveillant à leur égard.

La seule manière de nous assurer que votre gouvernement prendra ses responsabilités à l’avenir, c’est que la tragédie de Lac-Mégantic lui coûte cher.

Le gouvernement fédéral n’a pas payé un sou des 421 millions$ qu’a couté la crise du verglas : cette fois-ci, il devra payer la totalité des sommes impliquées dans le désastre dont il est responsable et récupérer ce qu’il peut des compagnies imputables au premier degré.

Si vous pensez que le Québec acceptera le passage sur son territoire de matières dangereuses par train ou par pipeline à destination d’autres provinces, tout en assumant le prix des catastrophes éventuelles que votre laxisme aura causées, vous nous prenez vraiment pour des imbéciles.

47 morts, ça suffit !

Jean-Pierre Martel, blogueur

4 commentaires

| Politique canadienne | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Plaidoyer pour la saisie des actifs de la MMA

Publié le 31 juillet 2013 | Temps de lecture : 4 minutes

De toute évidence, la compagnie ferroviaire responsable du désastre de Lac-Mégantic pourrait faire faillite sans payer un sou pour les dommages qu’elle a causés.

La MMA a bien des défauts mais son président a le mérite d’être un homme franc et courageux : « You won’t get a penny from us. Go to hell.». Voilà le message qu’il n’a pas cessé de nous répéter. En d’autres mots. Qui n’a pas encore compris ?

Pendant qu’il en est encore temps, je propose la saisie de ses actifs. Que cela se fasse par le biais d’une nationalisation ou par un autre mécanisme, cette saisie devrait se faire en absence de compensation monétaire pour la compagnie. Et pour cause; cette compagnie ne vaut rien. Ses actifs sont un réseau ferroviaire en ruine et un matériel roulant vétuste.

Le but de l’opération est de faire en sorte que l’État devienne bénéficiaire de la (ou des) police(s) d’assurance de la compagnie sans pour autant transférer sur le dos des contribuables la responsabilité de la catastrophe que ce transporteur a causée (et dont nous paieront le prix de toute façon).

Selon les précisions fournies par la MMA, elle serait assurée pour 25 millions$. Si nous ne faisons rien, la compagnie dédommagera ses précieux clients américains pour le pétrole qu’elle a répandu. Pas un sou ne sera versé aux sinistrés de Lac-Mégantic.

Malheureusement, le gouvernement du Québec ne peut pas saisir les actifs de a MMA. Ce serait illégal.

En effet, sous Pierre-Elliott Trudeau, la Caisse de dépôt et de placement du Québec s’apprêtait à acheter un bloc important d’actions du Canadien pacifique (CP) et favoriser la prise de contrôle de cette compagnie par Paul Desmarais (c’est-à-dire Power Corporation).

Le président du CP téléphona au Premier ministre Trudeau et ce dernier fit adopter par le Parlement fédéral une loi qui interdit aux provinces et à leurs sociétés d’État d’investir dans les compagnies ferroviaires.

Voilà pourquoi la Teachers Pension Plan (privée et ontarienne) peut investir dans les transporteurs ferroviaires que sont le Canadien national et le Canadien pacifique, mais pas la Caisse de dépôt et de placement (publique et québécoise).

Donc seul le gouvernement Harper peut saisir les actifs de la MMA, quitte à ordonner au CN ou au CP de continuer à assurer la déserte ferroviaire sur le réseau nationalisé de la MMA.

Il est évident que pour un gouvernement comme celui de M. Harper, l’étatisation d’une entreprise privée représente une volteface idéologique. Son dilemme dans un tel cas serait donc de choisir entre l’aveuglement idéologique ou la loyauté envers la population canadienne.

En période de crise, le temps n’est pas aux déchirements cornéliens mais plutôt à l’action. J’invite donc M. Harper à faire preuve d’empressement à agir, cet empressement qui lui a fait si défaut jusqu’ici.

Sur le même sujet :
La sécurité du transport ferroviaire (2013-07-09)
La responsabilité du gouvernement Harper dans la cinquantaine de décès au Lac-Mégantic (2013-07-11)
Lac-Mégantic : les calculs du gouvernement Harper (2013-07-24)
Pour une réforme complète des chemins de fer canadiens (2013-07-26)
La lourde responsabilité du gouvernement Harper dans la catastrophe de Lac-Mégantic (2013-07-30)
Lac-Mégantic : le silence étrange du sénateur Boisvenu (2013-08-03)
Les déraillements ferroviaires et la roulette russe du gouvernement Harper (2014-01-20)

Un commentaire

| Politique canadienne | Mots-clés : , , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


La lourde responsabilité du gouvernement Harper dans la catastrophe de Lac-Mégantic

Publié le 30 juillet 2013 | Temps de lecture : 6 minutes

Le quotidien La Presse nous apprend aujourd’hui que les autorités américaines ont imposé vingt-huit amendes totalisant près de 146 950$ — dont 91 350$ pour la seule année 2010 — à la compagnie ferroviaire Montreal, Maine & Atlantic Railway (MMA) depuis sa création, en 2002.

Toutefois, aucune pénalité n’a été imposée à la MMA de ce côté-ci de la frontière. Depuis qu’il est au pouvoir, le gouvernement Harper a transformé le ministère des Transports en tampon encreur approuvant aveuglement les desiderata de l’industrie ferroviaire. Si bien que les responsables canadiens n’ont constaté aucune négligence de la MMA qui justifierait le recours aux tribunaux.

Le laxisme du gouvernement Harper

Actuellement, le Canada est beaucoup plus permissif que les Etats-Unis en matière de sécurité. Ce laxisme est le résultat du refus obstiné du gouvernement Harper d’améliorer la sécurité du transport ferroviaire.

Pendant des années, ce gouvernement a systématiquement ignoré les rapports d’experts lorsque la mise en application de leurs recommandations aurait pu représenter une dépense supplémentaire pour les compagnies ferroviaires.

Pourtant, quatre accidents ferroviaires impliquant le transport du brut sont survenus au Canada au cours des six derniers mois — dont deux au Québec. L’autre déraillement québécois était celui à Frontenac, il y a deux mois à peine : il impliquait un train de la même compagnie, transportant lui aussi du pétrole.

Cela ne tient pas compte de tous les autres déraillements qui n’ont heureusement pas eu de conséquences graves, dont celui à la gare centrale de Montréal, le 9 décembre 2011.

En dépit de ces déraillements à répétition, les représentants conservateurs au Comité permanent des transports ont dernièrement torpillé la rencontre convoquée d’urgence par les représentants du Nouveau Parti Démocratique. À la lumière de la catastrophe de Lac-Mégantic, cette rencontre était une occasion inespérée de reconsidérer dès maintenant le refus de donner suite à ces recommandations. Mais les Conservateurs ne veulent pas en entendre parler.

Toujours au chapitre du laxisme, c’est ce gouvernement qui réduit le nombre d’inspecteurs de 215 à 204 entre 2011 à aujourd’hui alors que le transport de pétrole brut connaissait une croissance 2 800% en trois ans.

C’est lui qui préfère laisser à chaque transporteur ferroviaire, le soin de s’assurer du respect des normes de sécurité. Or le train qui a déraillé à Lac-Mégantic avait été inspecté deux jours plus tôt. Quarante-huit heures plus tard, sa locomotive prend feu sans qu’on sache pourquoi. Cela en dit long au sujet de l’auto-inspection sur laquelle compte le gouvernement Harper afin d’assurer la sécurité du public.

Au chapitre de l’assurance responsabilité, la couverture est laissée à la discrétion du transporteur : ce dernier n’a que l’obligation légale de détenir une assurance jugée « suffisante ». Le gouvernement Harper s’est laissé convaincre que le montant de la protection était un secret commercial que l’État n’avait pas à savoir en temps normal.

À titre de comparaison, l’Ordre des pharmaciens du Québec n’émet un permis d’exercice qu’après avoir obtenu la preuve que le pharmacien (même simple salarié) est protégé par une assurance responsabilité minimale de deux millions$. Dans le cas des médecins québécois, ils ne peuvent exercer leur profession sans déclarer à leur corporation professionnelle qu’ils possèdent une assurance responsabilité minimale de dix millions$.

Le gouvernement Harper n’a donné le pouvoir à ses fonctionnaires de s’informer du montant d’assurance d’une compagnie qu’après un incident ferroviaire. C’est ainsi qu’il a fallu la tragédie de Lac-Mégantic pour que le gouvernement fédéral apprenne que la MMA n’avait qu’une protection ridicule de 45 millions$.

Un fonds d’indemnisation au bénéfice des sinistrés

Alors que la fuite de pétrole dans le golfe du Mexique n’avait pas encore été colmatée, l’administration Obama a forcé la compagnie British Petrolium à créer un fonds d’indemnisation de vingt milliards$.

De manière générale, en cas de sinistre, les réclamations doivent être adressées à la compagnie responsable, qui les transmet à ses assureurs. Personne ne peut s’adresser directement à ses assureurs.

Pendant que la compagnie MMA est toujours en opération au Canada, il est urgent que le gouvernement Harper force la compagnie à s’adresser à ses assureurs afin qu’un fonds d’indemnisation soit créé. Cela faciliterait grandement le paiement des réclamations aux sinistrés puisque ces derniers s’adresseraient alors aux gestionnaires du fonds, sans passer par la compagnie. Par la suite, que compagnie fasse faillite ou non, cela n’aurait plus d’importance.

En dépit de mes demandes répétées depuis le 11 juillet — chacun de mes textes à ce sujet est envoyé au bureau du Premier ministre — ce dernier est demeuré inflexible. Le résultat, c’est que la compagnie pourra déclarer faillite et filer à l’anglaise et ce, avec la complicité du gouvernement Harper : pas un sou n’aura été payé par la compagnie pour la catastrophe qu’elle a causée.

Afin de ménager sa clientèle, la compagnie mère américaine préférera sans doute que les assurances de sa succursale canadienne servent à rembourser prioritairement le coût du pétrole à ses précieux clients corporatifs, plutôt que de dédommager quelques habitants de la République de banane du Canada.

La faillite de la succursale canadienne compliquera les recours judiciaires et retardera les compensions aux sinistrés puisque ces recours devront être entamés aux Etats-Unis, devant des tribunaux américains, contre la société mère américaine.

On peut se demander comment il se fait que le gouvernement Harper trahisse ainsi les intérêts des Canadiens ? La réponse est simple : c’est un gouvernement de droite. Or tous les gouvernements de droite sont pareils : ils sont au service de l’argent et non de leurs citoyens. La catastrophe de Lac-Mégantic en est un exemple éloquent.

Références :
Deepwater Horizon oil spill
Des amendes à répétition pour MMA aux États-Unis
Explosion à Lac-Mégantic: j’accuse!
Lac-Mégantic : camouflage de la vérité derrière l’échec de la réglementation
Lac-Megantic train explosion: a regulatory failure?
La responsabilité du gouvernement Harper dans la cinquantaine de décès au Lac-Mégantic
Le NPD demande une réunion du comité des transports
Mise à l’amende 28 fois aux États-Unis, jamais au Canada
Réseau ferré : les aiguillages sont sûrs, selon la SNCF

Pour consulter les textes de ce blogue consacrés au prix à payer pour l’appartenance au Canada, veuillez cliquer sur ceci

Laissez un commentaire »

| le prix du fédéralisme, Politique canadienne | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Pour une réforme complète des chemins de fer canadiens

Publié le 26 juillet 2013 | Temps de lecture : 7 minutes

Après le transport maritime, le transport par train est le moins dispendieux. C’est ainsi que les entreprises touchées par l’arrêt des activités de la compagnie responsable de la catastrophe de Lac-Mégantic, devront débourser des millions$ supplémentaires pour acheminer leur marchandise par camion.

Il ne fait aucun doute que la dérèglementation de l’industrie ferroviaire, entamée bien avant l’arrivée au pouvoir du gouvernement Harper — mais qui s’est considérablement amplifiée depuis — avait pour but de réduire les coûts de cette industrie et de favoriser la compétitivité de l’économie canadienne.

Malheureusement, ceci s’est fait au détriment de la sécurité du public, avec les conséquences qu’on sait. Depuis la catastrophe de Lac-Mégantic, plus rien ne justifie la capitulation de l’État devant ses responsabilités.

Même si le gouvernement Harper décidait de mettre en application les recommandations nécessaires qu’il a ignorées jusqu’ici, les coûts supplémentaires entrainés par leur mise en œuvre ne devraient pas modifier le rôle stratégique du transport ferroviaire dans l’économie canadienne.

Dans bien des cas, les moyens utilisés seront d’ordre technologique. Par exemple, si on devait interdire le stationnement d’un train laissé sans surveillance, la solution ne sera pas le retour aux wagons de queue dans lequel un surveillant passait la nuit : on utilisera plutôt des capteurs et des caméras de surveillance infrarouges qui renseigneront en temps réel un centre de contrôle à l’affût.

De plus, on prévoira des moyens d’intervention destinés à arrêter un méfait sur le point d’être commis plutôt que de se contenter de le documenter à posteriori comme le font la très grande majorité des caméras de surveillance à travers le monde.

Mais le problème le plus coûteux à résoudre et le plus fondamental est l’état du réseau ferroviaire.

Nos voies ferrées datent de la fin du XIXe siècle ou du début du XXe. Le 9 décembre 2011, un train bimode a déraillé en pleine gare centrale à Montréal alors qu’il y circulait à moins de 10 km/h : une voiture a penché sur le côté et la locomotive neuve s’est inclinée contre le quai. Le poids des locomotives et l’état des rails expliquent cet incident.

De nos jours, les locomotives sont plus puissantes, circulent plus vite, et traînent une suite interminable de wagons plus lourds. Bref, il faut refaire presque complètement le réseau ferroviaire canadien.

Je suggère donc que le gouvernement Harper renonce à acquérir des avions de chasse F-35 et attribue les sommes économisées à la mise à niveau du réseau ferroviaire canadien.

L’achat des F-35 représente une dépense de 45 milliards$ dont seulement 450 millions$ (soit 1%) seront dépensés au Canada. Les retombées économiques totales sont estimées à dix milliards, soit une perte de 78% pour l’économie canadienne.

La mise à niveau du réseau ferroviaire nécessitera l’achat de traverses en bois canadien, de rails fondus au pays, et l’embauche de travailleurs d’ici.

Je propose également qu’on profite de l’occasion pour installer deux séries de rails : une compatible avec les trains existants, et une autre — de part et d’autre de la précédente — pour assurer la stabilité des trains à grande vitesse (TGV), entre autres, dont le pays aura besoin inévitablement à l’avenir pour le transport des passagers.

Tout comme le métro, les rails plus larges fourniront l’alimentation électrique aux moteurs, ce qui évitera aux trains électriques d’être équipés de lourdes piles. Seuls ces derniers seront autorisés à emprunter les voies plus larges, obligatoires pour le transport des matières dangereuses partout où ces voies auront été installées.

Dans certains pays, on s’est contenté d’acheter des trains à grande vitesse dont l’empattement était identique aux trains conventionnels et ce, afin d’assurer leur compatibilité avec le réseau ferroviaire existant. Ceci est une erreur.

En planifiant dès le départ la double vocation du réseau, le Canada se prépare au futur. En agissant vite, ce nouveau standard deviendra de facto celui de l’ensemble de l’Amérique du Nord. Si le gouvernement américain devait songer par la suite à établir son propre standard, l’industrie elle-même protesterait.

Quant à la nécessité de construire des TGV tout spécialement pour un tel empattement, cela n’est pas un problème puisqu’il s’agit toujours d’un travail fait sur mesure.

Je n’ignore pas les difficultés qu’une telle suggestion peut représenter en ce qui concerne les ponts suspendus. Voilà pourquoi des sommes importantes devront être consacrées à ce projet, réalisé sur plus d’une décennie.

Dans le cas des tunnels — comme celui du Mont-Royal — cela sera tout simplement impossible, rendant leur traversée réservée aux vieux trains conventionnels.

D’autre part, le réseau devra être redessiné pour être plus rectiligne et pour prévoir des courbes qui devront être inclinées pour accommoder la vitesse accrue des TGV mais qui ne le seront pas au point de faire basculer un train conventionnel qui s’y arrêterait.

De plus il faudra interdire le transport de matières dangereuses dans des wagons aux parois sujettes à la perforation, qu’on réservera au transport du grain, par exemple.

Quand à la prévention des catastrophes, Transport Canada comptabilise annuellement 20 000 inspections préventives effectuées par ses 101 inspecteurs.

Ce nombre impressionnant d’inspections cache en réalité une cadence de travail — c’est une inspection aux deux minutes — qui ne permet pas autre chose qu’un survol rapide des installations. Une réforme sérieuse du transport ferroviaire implique également la mise sur pied d’un système rigoureux d’inspections préventives.

Conclusion

La catastrophe de Lac-Mégantic est d’abord et avant tout une tragédie humaine. Mais c’est secondairement un désastre politique; l’aveuglement bienveillant du gouvernement Harper à l’égard de l’industrie ferroviaire trouve ici un aboutissement odieux.

Au risque de poursuites baillons, on n’hésite plus accuser publiquement ce gouvernement de porter une lourde responsabilité dans cette tragédie.

Le Premier ministre a une occasion en or de transformer son image de despote futile en celui de chef d’État qui initie les grands projets nécessaires à l’épanouissement du pays. Puisse-t-il saisir cette occasion.

En supposant que les 45 milliards$ des F-35 soient suffisants à la réforme ici proposée — ce qui n’est pas prouvé — ce projet connaitra sans aucun doute des dépassements de coûts et pourrait se transformer en gouffre financier.

Toutefois l’Histoire retiendra que cet ambitieux projet national était nécessaire.

Références :
AMT: les locomotives bimodes encore au garage
Déraillement d’un train – Le poids de la locomotive et l’état des rails en cause
Explosion à Lac-Mégantic: j’accuse!
Pourquoi acheter des chasseurs F-35 ?
Tunnel du mont Royal : un cadeau pour les terroristes

Paru depuis : Comment les compagnies ferroviaires inspectent-elles leurs chemins de fer?

Un commentaire

| Politique canadienne | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel