Lac-Mégantic : les calculs du gouvernement Harper

Publié le 24 juillet 2013 | Temps de lecture : 10 minutes

Musi-cafe
 
Rappel d’une autre catastrophe

Le 20 avril 2010, une explosion survenue sur une plateforme pétrolière appartenant à la compagnie British Petrolium fait 11 morts. Ce n’est qu’au mois de septembre suivant que BP réussira à colmater la fuite.

Entretemps, 780 millions de litres de pétrole brut seront répendus dans le golfe du Mexique, provoquant le plus important désastre écologique de l’histoire des États-Unis.

Le 16 juin, BP cède aux pressions de l’administration Obama et crée un fonds d’indemnisation de 20 milliards$. Il est à noter qu’à ce moment-là, la fuite n’avait pas encore été colmatée et conséquemment l’ampleur du désastre ne pouvait pas encore être estimé précisément.

L’enfer

Dans la nuit du 5 au 6 juillet dernier, un train est stationné à Nantes, un village situé à 12 km de Lac-Mégantic. Plus tôt dans la soirée, sa locomotive a pris feu sans qu’on sache pourquoi. Laissé sans surveillance, le convoi se met spontanément en branle et dévale la pente dans laquelle il se trouve. Après une course folle qui dure 18 minutes, le train déraille au centre-ville de Lac-Mégantic. Sa cargaison de millions de litres pétrole brut prend feu et déclenche un immense brasier.

À quelques pas de là, quelques dizaines de jeunes sont réunis au Musi-Café (photo ci-dessus). Dès la première explosion, les verres suspendus au dessus du bar s’entrechoquent bruyamment. En dépit de la musique ambiante, la plupart des personnes réunies soupçonnent que quelque chose d’anormal vient de se produire. Un petit nombre de fêtards tentent de calmer l’inquiétude des autres en plaisantant.

Seuls Christian Lafontaine et sa sœur Josée — dont c’est l’anniversaire — ont le réflexe de se précipiter vers la sortie : ils seront les seuls à avoir la vie sauve parmi tous ceux présents dans l’établissement.

Déjà, la rue Frontenac s’est transformée en un immense couloir de flammes et de suie tourbillonnantes qui lèchent les grandes vitres de la façade. Craignant l’éclatement de celles-ci, ceux qui pensaient se sauver par l’avant réalisent qu’il est trop tard et sont obligés de rebrousser chemin.

Ceux qui ont l’idée de sortir par l’issue de secours doivent y également renoncer; non seulement la poignée de métal est brulante mais, dès qu’on s’approche de la porte, on sent déjà la chaleur.

Gaétan Lafontaine, qui avait préféré aller chercher sa copine (Joanie Turmel), plutôt que de suivre immédiatement son frère et sa sœur, réalise qu’il est pris au piège.

Ceux attablés le long du mur nord n’ont que quelques instants pour quitter leur place alors que le revêtement commence à dégager de la fumée. L’assistance se déplace en panique du côté opposé, renversant sur son passage des chaises et quelques tables.

Pendant que quelques-uns textent nerveusement sur leurs téléphones portables, d’autres tentent de respirer au travers leurs vêtements afin de se protéger vainement de la fumée.

Quelques secondes plus tard, le mur nord s’enflamme spontanément, aux cris de l’assistance. Des débris tombent du plafond. Tout autour du comptoir du bar, les bouteilles de spiritueux répandent au sol la lumière bleutée de leur contenu enflammé.

Des personnes se mettent à pleurer. Bientôt les flammes jaillissent de partout tandis que crépitent les flammèches des courts-circuits.

En moins de deux minutes, la toux se généralise. Ceux qui n’ont pas encore perdu connaissance souffrent de l’air brulant qu’ils respirent. Bientôt chaque personne se transforme en torche vivante et se consume au milieu d’affreuses souffrances.

C’est ainsi, dans le Musi-café, que sont mortes la majorité des victimes de la tragédie de Lac-Mégantic.

L’inertie du gouvernement Harper

Le drame de Lac-Mégantic résulte de l’aveuglement bienveillant du gouvernement Harper à l’égard de l’industrie ferroviaire.

C’est le gouvernement Harper qui a permis aux compagnies ferroviaires d’opérer avec presque personne à bord. C’est lui qui a réduit le nombre d’inspecteurs de 215 à 204 entre 2011 à aujourd’hui alors que le transport de pétrole brut connaissait une croissance 2 800% en trois ans. C’est lui qui préfère laisser à chaque transporteur ferroviaire, le soin de s’assurer du respect des normes de sécurité. C’est lui enfin, qui a choisi de ne pas effectuer des vérifications aléatoires ayant pour but de s’assurer que les compagnies s’acquittent de leurs obligations.

Comme des parents qui veulent éviter d’afficher leur vulnérabilité devant des enfants revendicateurs, le gouvernement Harper veut éviter à tout prix de reconnaitre sa responsabilité. Cette catastrophe donnera naissance à des réclamations totalisant des centaines de millions$ : la priorité numéro un du gouvernement fédéral est de minimiser sa responsabilité dans ce désastre.

Il lui faut donc afficher de la compassion pour les victimes sans donner l’impression qu’il regrette quoi que ce soit. S’il se montre repenti, le gouvernement Harper devient vulnérable aux critiques de l’opposition. Sa priorité est donc de sauver la face.

Toutes les discussions à Ottawa depuis la tragédie concernent les aspects politiques de cette affaire. On ne sera donc pas surpris de la lenteur mise par le Fédéral à annoncer une aide de 60 millions$, ni de l’absence de précisions quant aux modalités.

Comment le gouvernement Harper en est-il arrivé à cette somme de 60 millions$ ? Pourquoi pas 50 ? Pourquoi pas 100 ?

Cette somme n’est pas moindre que celle promise par le gouvernement provincial parce que le Fédéral ne peut pas laisser un gouvernement local, indépendantiste par surcroit, lui voler la vedette et paraitre plus généreux que lui.

Elle n’est pas supérieure parce que toute générosité « excessive » pourrait être interprétée comme un désir de réparer des torts passés.

Une telle générosité est d’autant plus inappropriée qu’elle est inutile. Si le gouvernement Harper se montrerait généreux dans le cas d’une catastrophe en Alberta, tous les Albertains lui en seraient reconnaissants.

Ici, peu importent les sommes dépensées par le Fédéral, cela sera considéré comme normal puisque c’est de sa faute. Bref, les Québécois retiendront moins les millions$ du gouvernement Harper que la cinquantaine de morts que sa négligence a causée.

Le 12 juillet dernier, un déraillement est survenu en France, près de Paris, faisait six morts. La réaction immédiate de la Société nationale des chemins de fer a été d’ordonner une vérification complète du réseau. En quelques jours, l’entreprise publique a réalisé une vérification de l’ensemble des 5 000 aiguillages et 100 000 éclisses du réseau national.

Au Canada, à peu près rien n’a été fait; tout au plus, il faudra dorénavant au minimum deux personnes à bord lorsque le train est en marche. Et on n’a à peu près rien fait parce qu’on ne veut pas donner l’impression d’une précipitation dictée par le repentir.

Ce souci d’éviter toute précipitation explique pourquoi les représentants conservateurs au Comité permanent des transports ont torpillé la rencontre convoquée d’urgence par les représentants du Nouveau Parti Démocratique. On ne veut même pas reconsidérer le refus obstiné de donner suite aux recommandations des experts, soumises à la suite de déraillements passés.

D’autre part, dans le cas de la catastrophe dans le golfe du Mexique, l’administration Obama a forcé BP à créer un fonds d’indemnisation en fidéicommis, ce qui a facilité le paiement des réclamations aux victimes. Toutefois, cette initiative présidentielle lui a attiré les critiques de l’extrême droite américaine; ceux-ci ont estimé que l’agressivité du président des Etats-Unis envers le pollueur n’était pas conforme aux traditions américaines.

Le gouvernement Harper veut éviter de commettre une telle « erreur ». Il ne veut pas être accusé de créer un climat hostile à l’entrepreneurship. Voilà pourquoi il se traîne les pieds, ce qui permettra à la compagnie ferroviaire responsable de cette catastrophe de déclarer faillite, si elle désire, échappant ainsi aux poursuites entamées contre elle en territoire canadien.

Contrairement à BP dans le golfe du Mexique, la compagnie ferroviaire a perdu à Lac-Mégantic du pétrole qui ne lui appartient pas : elle ne faisait que le transporter. Conséquemment, elle devrait, théoriquement, le rembourser à ses clients.

Au départ, on croyait que le convoi transportait 100 000 litres de pétrole brut. Or on apprend aujourd’hui qu’il s’agirait plutôt de 5,7 millions de litres, selon des données divulguées par le ministère de l’Environnement du Québec.

Afin de ménager sa clientèle, la compagnie mère américaine préférera sans doute que les assurances de sa succursale canadienne servent à rembourser prioritairement le coût du pétrole à ses précieux clients corporatifs, plutôt que de dédommager quelques habitants de la République de banane du Canada.

C’est ainsi que les experts embauchés par la compagnie et qui travaillent depuis deux semaines, n’ont pas reçu un seul sou de la compagnie. Et parce qu’ils ont menacé de débrayer, la ville de Lac-Mégantic a consenti à leur verser les salaires que la compagnie leur devait afin qu’ils poursuivent leur travail.

Plus on en apprend dans ce dossier, plus la faillite de la compagnie ferroviaire devient probable. En gagnant du temps, le gouvernement Harper permet à cette compagnie de filer à l’anglaise. Cela compliquera les recours judiciaires et retardera les compensions aux sinistrés puisque ces recours devront être entamés aux Etats-Unis contre la société mère.

C’est apparemment le calcul cynique auquel est parvenu le gouvernement Harper, estimant qu’avec le temps, le souvenir de cette tragédie s’estompera au point que les électeurs s’en rappelleront à peine lors du prochain scrutin.

Si c’est le cas, il ne soupçonne pas à quel point les Québécois de descendance française forment une société tricotée serrée qui a la mémoire longue. Très longue…

Références :
Un arrêt de travail a paralysé le site de la tragédie de Lac-Mégantic
Deepwater Horizon oil spill
Lac-Mégantic : camouflage de la vérité derrière l’échec de la réglementation
La responsabilité du gouvernement Harper dans la cinquantaine de décès au Lac-Mégantic
Le NPD demande une réunion du comité des transports
Réseau ferré : les aiguillages sont sûrs, selon la SNCF

Paru depuis : Explosion à Lac-Mégantic: j’accuse! (2013-07-25)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La responsabilité du gouvernement Harper dans la cinquantaine de décès à Lac-Mégantic

Publié le 11 juillet 2013 | Temps de lecture : 8 minutes

Dans la nuit de vendredi à samedi derniers, un train stationné dans une pente l’a dévalée pendant 18 minutes — personne à bord — puis, ayant atteint une vitesse de 101 km/h, a déraillé dans une légère courbe : sa cargaison de plus de 100 000 litres d’essence a pris feu, déclenchant un immense brasier qui a brulé vif une cinquantaine de résidents de Lac-Mégantic, au Québec.

Le transport ferroviaire est une responsabilité exclusive du gouvernement fédéral. C’est lui qui en dicte les règles et qui voit à son application.

C’est le gouvernement Harper qui a permis aux compagnies ferroviaires d’opérer avec presque personne à bord. C’est lui qui a réduit le nombre d’inspecteurs de 215 à 204 entre 2011 à aujourd’hui alors que le transport de pétrole brut connaissait une croissance 2 800% en trois ans. C’est lui qui préfère laisser à chaque transporteur ferroviaire, le soin de s’assurer du respect des normes de sécurité. C’est lui enfin, qui a choisi de ne pas effectuer des vérifications aléatoires ayant pour but de s’assurer que les compagnies s’acquittent de leurs obligations.

Bref, c’est lui qui a choisi de se fermer les yeux. C’est son choix.

Grâce à cet aveuglement bienveillant et grâce à l’autorégulation de l’industrie, le gouvernement fédéral sauve beaucoup d’argent. Mais cela ne fait pas disparaitre pour autant sa responsabilité de garantir la sécurité du transport ferroviaire au pays.

Quand une catastrophe survient alors qu’elle aurait été impossible si des normes plus sévères avaient été respectées, le gouvernement est alors responsable de ses choix.

Dans le cas des préjudices subis par la population de Lac-Mégantic, la première coupable est évidemment la compagnie ferroviaire. Normalement, les réclamations sont acheminées à la compagnie : celle-ci se tourne ensuite vers son assureur pour qu’il paye la note.

Mais si le transporteur fait faillite, les personnes lésées ne pourront pas s’adresser directement à l’assureur. Il leur faudra s’adresser à la société mère située aux États-Unis et possiblement intenter des poursuites contre elle devant des tribunaux américains.

Cela rend le tout extrêmement compliqué et coûteux.

Même si le gouvernement du Québec a pris l’excellente décision de débloquer une somme de soixante millions$ dans le but de venir en aide aux sinistrés, ce n’est pas à lui de le faire. C’est au gouvernement Harper de payer pour les conséquences de ces choix idéologiques, quitte à poursuivre le transporteur ferroviaire ou sa société mère par la suite.

Lors de la crise du verglas au Québec en 1998, le gouvernement fédéral avait très bien agit en mettant une partie de l’armée canadienne au service du gouvernement provincial, afin de porter secours aux victimes.

Mais il avait trouvé des prétextes pour ne pas payer les 421 millions$ que lui réclamait le Québec en dépit du fait que deux autres provinces ont été dédommagées par le Fédéral à la suite de tempêtes de verglas survenues chez elles en 1984. Nos règles ont changé, s’était-il contenter de dire.

Et il aurait très bien pu ajouter : après tout, ces pylônes électriques qui se sont effondrés, c’est quand même votre société d’État québécoise qui les a construits. Pas nous.

Dans ce cas-ci, c’est l’inverse : on affaire à une catastrophe dans un domaine de compétence exclusive du fédéral. Et ce n’est pas la première à survenir.

En fait, c’est le quatrième accident impliquant le transport du brut au Canada au cours des six derniers mois, et le deuxième déraillement au Québec : l’autre incident québécois est celui à Frontenac, il y a deux mois à peine, impliquait un train de la même compagnie, transportant lui aussi du pétrole.

À la suite des attentats du 11 septembre 2001, l’administration Bush n’a pas attendu des rapports d’experts pour déclencher la guerre en Afghanistan. Elle n’a pas attendu qu’un tribunal international trouve Al Qaeda coupable. Une petite vidéo de Ben Laden disant « Coucou ! C’est moi » avait suffit.

Alors ici, quatre trains déraillent. Des centaines de milliers de litres de pétrole sont déversés aux quatre coins du pays et que fait M. Harper ? Il visite les sinistrés et les réconforte, ce qui est très bien. Mais quoi d’autre ? Rien.

Ce qu’on attend du Premier ministre, c’est qu’il donne un grand coup de poing sur la table pour que les autorités fédérales révoquent sans délai le permis d’opération de la compagnie ferroviaire concernée. Deux déraillements et une cinquantaine de morts, ça suffit.

De plus, sans attendre une faillite éventuelle du transporteur, il doit immédiatement exiger que des centaines de millions de dollars soient placées en fidéicommis par l’assureur afin de garantir le respect des sentences qui pourraient être imposées à titre posthume au transporteur, le cas échéant.

Il doit exiger la vérification immédiate de l’état du réseau ferroviaire canadien. S’il ne faut quelques heures aux journalistes pour trouver des rails dont les clous de fixation sont inopérants, je suis certain que le Premier ministre peut faire vite.

À preuve, dès le début du scandale des appels électoraux frauduleux, M. Harper a immédiatement pris fait et cause en faveur de la pègre conservatrice. Nous lui demandons aujourd’hui la même promptitude à protéger la population canadienne.

Après quatre déraillements en six mois, après des années à se fermer les yeux sur la dégradation du réseau, il est temps de les ouvrir. Cette catastrophe a ébranlé la confiance des élus de nombreuses villes canadiennes traversées par une voie ferrée. Avant qu’on adopte ici et là une multitude de règlements municipaux destinés à garantir la sécurité de la population, il serait préférable que le gouvernement du Canada prenne ses responsabilités.

Et si jamais, il viendrait à l’idée de M. Harper — Oh miracle ! — d’établir un mécanisme de dédommagement pour les sinistrés, il devra éviter d’imposer aux fonctionnaires fédéraux des quotas secrets à ne pas dépasser (comme c’est le cas envers les travailleurs saisonniers).

Cette série de suggestions n’est pas limitative. Si M. Harper a d’autres bonnes idées, je l’encourage à les mettre en application. Vite.

Pendant que le Premier ministre poursuit sa réflexion, voici la liste des victimes dont les noms ont été rendus publics : Marie-Semie Alliance, Alyssa Bégnoche (4 ans), Bianca Bégnoche (9 ans), Talitha-Coumi Bégnoche, Diane Bizier (46 ans), Guy Bolduc (43 ans), Stéphane Bolduc (37 ans), Yannick Bouchard (36 ans), Marie-France Boulet (62 ans), Yves Boulet (51 ans), Frédéric Boutin (19 ans), Geneviève Breton (28 ans), Karine Champagne (36 ans), Sylvie Charron (50 ans), Kathy Clusiault (24 ans), Réal Custeau (57 ans), Denise Dubois (57 ans), Maxime Dubois (27 ans), Marie-Noëlle Faucher, Natacha Gaudreau (41 ans), Jacques Giroux (65 ans), Michel Guertin Jr (33 ans), David Lacroix-Beaudoin (27 ans), Gaétan Lafontaine (33 ans), Karine Lafontaine (35 ans), Stéphane Lapierre, Jo-Annie Lapointe (20 ans), Henriette Latulippe (61 ans), David Martin (38 ans), Roger Paquet (61 ans), Éliane Parenteau-Boulanger (93 ans), Mathieu Pelletier (29 ans), Éric Pépin, Louisette Picard, Marianne Poulin (23 ans), Wilfrid Ratsch, Martin Rodrigue, Jean-Pierre Roy (56 ans), Kévin Roy (29 ans), Melissa Roy (29 ans), Andrée-Anne Sévigny (26 ans), Jimmy Sirois, Élodie Turcotte (18 ans), Joanie Turmel (29 ans), Lucie Vadnais (49 ans), Jean-Guy Veilleux (32 ans) et Richard Veilleux (63 ans).

Post-scriptum du 22 janvier 2014 : À cette liste, on ajoutera le nom d’un pompier de 25 ans qui s’est enlevé la vie aujourd’hui, soit quatre mois après avoir combattu l’incendie et extirpé des décombres le corps calciné de son ex-épouse.

Références :
Lac-Mégantic : camouflage de la vérité derrière l’échec de la réglementation
La sécurité du transport ferroviaire
Québec n’espère plus l’argent d’Ottawa
Quotas à l’assurance-emploi : une dénonciatrice suspendue sans solde

Parus depuis :
Les limites de l’autorégulation (2013-07-12)
Lac-Mégantic: «Ça y est, c’est arrivé…» (2013-07-20)
Lac-Mégantic – Le pire déversement terrestre en Amérique du Nord (2013-07-24)
Explosion à Lac-Mégantic: j’accuse! (2013-07-25)
Lac-Megantic train explosion: a regulatory failure? (2013-07-29)
Lac-Mégantic – Ottawa doit payer (2013-08-15)
Lac-Mégantic – Des travaux d’excavation colossaux (2013-09-18)
Un assureur de MMA refuse indemniser les victimes (2013-09-18)
Les trains à la dérive beaucoup plus nombreux qu’on le croit (2013-12-03)
Sécurité ferroviaire : hausse constante des infractions (2013-12-04)
Triste fin pour un pompier de Lac-Mégantic (2014-01-22)
Les travaux d’identification des victimes de Lac-Mégantic sont terminés (2014-04-09)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La sécurité du transport ferroviaire

Publié le 9 juillet 2013 | Temps de lecture : 6 minutes

Selon l’Association ferroviaire canadienne, le transport de pétrole brut est passé au Canada de 500 wagons-citernes en 2009, à 140 000 wagons-citernes en 2012, soit une augmentation 2 800% en trois ans.

La tragédie survenue dans la nuit de vendredi à samedi derniers au Lac-Mégantic est le quatrième accident impliquant le transport du brut au Canada au cours des six derniers mois et le deuxième au Québec. L’autre déraillement survenu en sol québécois, plus précisément à Frontenac il y a deux mois, impliquait un train de la même compagnie, transportant lui aussi du pétrole.

Jusque dans les années 1980, tout train de marchandise devait compter un wagon de queue, souvent rouge, qui servait à héberger un équipage supplémentaire et du personnel de surveillance. Ils pouvaient y dormir, y manger, et se reposer. À cette époque, les trains en transit n’étaient pas laissés sans surveillance.

Mais les compagnies ferroviaires ont convaincu le gouvernement fédéral que la technologie avait rendu inutile l’usage de ces coûteux wagons et du personnel supplémentaire. Tout ça a été remplacé par une lumière qui flashe à l’arrière des trains.

Les règlements fédéraux actuels prévoient que les transporteurs ferroviaires importants comme le CN et le CP — de catégorie 1 — peuvent opérer leurs trains avec un minimum de deux employés à bord, alors que les compagnies de moindre importance comme la Montreal, Maine and Atlantic Railway, impliquée au Lac-Mégantic — de catégorie 2 — peuvent faire fonctionner leurs trains avec un seul employé (lorsqu’il roule) et aucun quand le train est stationné pour la nuit.

Cet employé porte le titre d’opérateur de locomotive (souvent appelé ingénieur parce que cela fait plus chic, alors que c’est une mauvaise traduction du titre anglais, engine man).

En somme, depuis le 11 septembre 2001, vous ne pouvez pas entrer à bord d’un avion avec un tube de 100ml de pâte dentifrice, mais vous pouvez laisser 100 000 litres de mazout en zone urbaine sans surveillance.

Je vous ferai grâce des prétextes invoqués par la compagnie pour tenter de se disculper. Cela me rappelle l’attitude des entrepreneurs impliqués dans l’effondrement des viaducs du Souvenir et de la Concorde, à Laval.

La compagnie ferroviaire est responsable de ce que font ou ne font pas ses employés. S’ils sont incompétents, elle est fautive de les avoir embauchés. S’ils n’ont pas suivi les procédures et directives recommandées, elle est responsable de toute erreur humaine de son personnel, sauf si elle est en mesure de prouver que cette erreur a été commise malicieusement. En somme, ses excuses, on s’en fout : elle devra payer.

Elle devra payer pour ce vieux matériel roulant d’occasion, rafistolé et inspectés par des employés soumis à la cadence de travail qu’elle leur impose, pour des wagons-citernes pas assez solides pour retenir le carburant lors d’un déraillement, pour des locomotives qui prennent en feu sans qu’on sache pourquoi, pour un système de freinage qui ne répond pas aux normes et pour des trains qu’on stationne sur un voie principale en pente, sans dérailleur.

L’important est de s’assurer que les parents des victimes ne soient pas abandonnés. La suggestion du nouveau chef du Parti libéral du Québec de créer un guichet unique pour les réclamations m’apparait judicieuse.

L’enquête du Bureau fédéral de la sécurité des transports pourrait prendre des mois, sinon des années. Pendant ce temps, d’autres trains dérailleront. Il faut s’assurer que toute enquête publique éventuelle ne soit pas un simple paravent destiné à tromper les parents des victimes et à étirer le temps, de manière à les priver de leurs recours, comme ce fut le cas de la Commission Johnson (relativement aux effondrements de viaducs à Laval).

Sans chercher à prouver que les autorités fédérales sont responsables de ce déraillement en particulier, il est clair que leur laxisme créait une situation qui rendait un tel drame inévitable. Je le dis souvent : en matière de sécurité, tout de qui peut arriver finit toujours par survenir.

Puisque le transport de pétrole est d’une importance stratégique pour le pays, il est illusoire de penser que les gouvernements pourraient l’interdire. Il nous faudra donc faire des choix, et des choix douloureux. Or la seule alternative valable au transport ferroviaire du brut, c’est son transport par pipeline.

Si ce deuxième moyen comporte ses propres risques environnementaux en cas de déversement, le tracé des pipelines possède l’avantage indéniable de contourner généralement les zones urbaines — au contraire des trains — ce qui réduit d’autant les dangers inhérents au transport ferroviaire de matières dangereuses. Si cela était déjà le cas, les citoyens de Lac-Mégantic ne vivraient pas le deuil qui les afflige présentement.

Pour terminer, je ne vous cacherai pas que suis ulcéré d’entendre ces compagnies CRIMINELLES venir publiquement se laver les mains sur le conseil de leurs avocats. La question n’est même plus de savoir si la compagnie a commis une erreur quelque part, mais comment se fait-il que gouvernement fédéral, responsable du transport ferroviaire, laisse encore une telle compagnie opérer.

Cela fait deux déraillements en deux mois, tous deux dans la même région, tous deux causés par des trains de la même compagnie : combien faudra-t-il de morts avant que le gouvernement Harper se grouille le cul ?

Références
Explosion au Canada: la compagnie ferroviaire accuse les pompiers
Déraillement à Lac-Mégantic : inquiétudes en Ontario
L’accident ferroviaire de Lac-Mégantic ravive des souvenirs à Montmagny
40 still missing in deadly Canada oil train crash
Lac-Mégantic : la sécurité du type de wagons déjà mise en cause
Lac-Mégantic disaster: Railway’s one-man crew documents kept secret
Le président de la maison-mère de MMA et les pompiers se renvoient la balle
L’opérateur de train «est viré à l’envers»
MMA Railway – « Compagnie irresponsable »
« Une compagnie de broche à foin » – François Bonnardel
Une manœuvre fatale, selon le PDG de Rail World

Parus depuis :
Tragédie de Lac-Mégantic – Les irresponsables (2013-07-10)
Trains ou pipelines? Les deux, malheureusement… (2013-07-10)
La responsabilité du gouvernement Harper dans la cinquantaine de décès au Lac-Mégantic (2013-07-11)
Les réponses devront attendre (2013-07-13)
Explosion à Lac-Mégantic: j’accuse! (2013-07-25)
Lac-Megantic train explosion: a regulatory failure? (2013-07-29)
Unies pour améliorer la sécurité ferroviaire (2013-07-30)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le despotisme de Stiveniev Harperoff

Publié le 26 juin 2013 | Temps de lecture : 8 minutes

L’abus de pouvoir

En mars 2011, le gouvernement minoritaire de M. Harper devenait le premier gouvernement de l’histoire du Commonwealth à être renversé pour outrage au Parlement et ce, en raison de son refus obstiné de fournir les coûts de l’achat des avions militaires F-35, des baisses d’impôts accordées aux entreprises et de ses projets de loi en matière de justice criminelle.

Réélu à la tête d’un gouvernement majoritaire en mai 2011 avec seulement 39,6% des votes, il a utilisé la guillotine cinquante fois depuis ce temps pour limiter les débats concernant ses projets de loi, dont le quart au cours des deux derniers mois.

Le chef de l’État canadien n’en est pas à son premier mandat : toutefois ce record historique a été établi au cours de la première moitié de son mandat actuel. On peut s’inquiéter d’y voir là un dangereux glissement vers le despotisme et l’abus de pouvoir.

Gangstérisme et politique

Le député conservateur Maxime Bernier a été ministre des Affaires étrangères du gouvernement Harper. Il a démissionné après avoir oublié des documents ultraconfidentiels de l’OTAN au domicile de sa maitresse, une guidoune associée aux motards criminalisés.

Le 17 juin dernier, l’Unité permanente anti-corruption procédait à l’arrestation pour fraude et corruption de Saulie Zajdel, un ex-candidat du parti de M. Harper. Secrètement, celui-ci est à l’emploi du ministère du Patrimoine depuis sa défaite électorale. Sa description de tâche et son salaire sont confidentiels. Selon le Parti libéral, il serait payé à même les fonds publics aux seules fins d’intriguer et faire campagne en vue de déloger le député libéral élu.

Les forums de discussion de Radio-Canada et du Devoir fourmillent relationnistes payés pour défendre les politiques du gouvernement Harper. Ces infiltrateurs, zélés comme les espions de Staline, se reconnaissent facilement d’une part à leur français mal traduit de l’anglais, et d’autre part à leur ignorance totale du Québec (qu’ils sont censés habiter).

Pendant 39 ans, Gilles Vaillancourt a régné d’une main de fer à la tête de la troisième plus importante ville du Québec. L’ex-maire de Laval était un intouchable : il menaçait de poursuites quiconque osait publiquement mettre en doute son honnêteté. Pendant des décennies, il a donc distribué impunément des enveloppes brunes aux candidats de tous les partis politiques importants.

Lorsque Serge Ménard (ex-député du Bloc Québécois) a osé parler d’une tentative de corruption de la part du maire de Laval, ce dernier n’a eu qu’à effectuer quelques appels à Ottawa pour que M. Ménard soit sommé aussitôt de comparaitre devant un Comité parlementaire du gouvernement Harper, où des députés conservateurs et libéraux — notamment Denis Coderre — ont tenté par tous les moyens de miner la crédibilité de leur collègue et lui signifier qu’ils souhaitent la fin de ses révélations compromettantes. Rappelons que M. Vaillancourt a été arrêté depuis pour gangstérisme.

Affamer les pauvres

Le gouvernement Harper a coupé l’aide aux artistes, aux environnementalistes et aux travailleurs saisonniers. Par contre, il dépensera 45 milliards$ pour acheter des chasseurs-bombardiers F-35. Son bilan est simple : il consiste à affamer les pauvres afin d’acheter des joujoux dispendieux pour nos armées.

Son gouvernement est l’instrument de la Guerre interne du peuple : cette guerre consiste à dresser la classe moyenne contre les pauvres pendant que par ailleurs, on engraisse scandaleusement le complexe militaro-industriel américain et qu’on ferme les yeux sur les échappatoires fiscaux des particuliers et des entreprises.

L’achat des F-35 représente une dépense de 45 milliards$ dont seulement 450 millions$ (soit 1%) seront dépensés au Canada. Les retombées économiques totales sont estimées à dix milliards, soit une perte de 78% pour l’économie canadienne. Cette gestion désastreuse des dépenses militaires exige, en contrepartie, qu’on sabre dans les programmes sociaux.

Le mépris de la Démocratie

Après avoir identifié des électeurs qui s’apprêtaient à voter pour d’autres formations politiques, les organisations conservatrices de six circonscriptions ont procédés à des appels effectués faussement au nom d’Élections Canada.

On avisait ces électeurs qu’en raison d’un engorgement, ils devaient plutôt voter à un bureau de vote éloigné (où ils n’étaient pas inscrits). En essayant de décourager ces électeurs de voter, on sabotait ainsi le processus démocratique.

Lorsque l’affaire fut rendue publique, la première réaction de M. Harper fut celle de Vladimir Poutine, c’est-à-dire de nier le tout et d’accuser les autres formations politiques des torts qu’on reprochait à la sienne.

Dans tous les partis politiques, il y a des profiteurs et des individus louches. Leur présence ne met pas en cause l’intégrité des dirigeants politiques de nos partis politiques. Toutefois lorsque leur malhonnêteté devient publique, l’expulsion de ces éléments indésirables doit être prompte et non-équivoque.

En prenant fait et cause pour les fraudeurs et en agissant comme le défenseur aveugle d’une machine politique partisane truffée d’aventuriers et de parvenus, M. Harper s’est compromis et a déshonoré ses fonctions de chef d’État.

Dans son jugement de près de cent pages, le juge Richard Mosley a déterminé qu’effectivement des appels frauduleux avaient bel et bien eu lieu et que les banques de données du Parti conservateur étaient la source probable des listes de numéros de téléphone. De plus, le juge a accusé les Conservateurs de s’être livrés à une guerre de tranchées pour empêcher que l’affaire soit entendue sur le fond devant lui.

Il a refusé toutefois d’invalider les élections parce que rien ne prouve que l’ampleur du phénomène était telle qu’autrement les résultats auraient été différents.

À mon avis, il s’agit d’un très mauvais jugement. Les tribunaux ne refusent pas de condamner celui qui vole un pain à l’épicerie sous le prétexte que son délit n’a pas été suffisant pour acculer le commerce à la faillite. Donc, quand des députés sont élus à la suite de fraudes électorales graves qu’ils ont commises, les tribunaux ont le devoir d’être impitoyables. Sinon ils légalisent le droit à la fraude tant et aussi longtemps qu’on ne peut pas prouver qu’elle ait joué un rôle déterminant.

Cette fraude s’inscrit parfaitement dans la culture conservatrice qui veut que tous les moyens soient bons — :y compris les plus bas et les plus vils — pour s’emparer ou pour conserver le pouvoir, ce qui comprend le mensonge, la calomnie, la diffamation et, dans ce cas-ci, la fraude électorale.

À la suite de ce jugement, non seulement le gouvernement a prétendu faussement que ce jugement lui donnait raison, mais on apprend aujourd’hui que sept députés conservateurs ont l’audace de réclamer 355 000$ à ceux qui ont eu le courage de défendre la Démocratie canadienne en portant l’affaire devant les tribunaux mais qui, techniquement, ont échoué à invalider les résultats frauduleux.

Cette poursuite-bâillon s’apparente aux moyens juridiques qui ont permis au gangstérisme de régner sur l’hôtel de ville de Laval pendant des années.

Je m’attends donc à ce que le Premier ministre prenne les mesures qui s’imposent
 • pour mette fin à ces poursuites dans les plus brefs délais,
 • pour obliger les députés-fraudeurs à s’excuser publiquement sous menace d’expulsion du caucus conservateur,
 • pour purger sa garde rapprochée des voyous et des individus sans scrupule qui le conseillent et
 • pour contrer la tendance au despotisme qui caractérise de plus en plus son exercice du pouvoir.

Références :
Appels frauduleux – Les conservateurs balaient les critiques du jugement
Appels automatisés – Des conservateurs réclament 355 000 $
Arrestation de Saulie Zajdel: surprise au Parti conservateur
Conservateurs en mission
Corruption : la faille « Vaillancourt » doit être colmatée
Feds eyeing online forums to correct ‘misinformation’
Harper government monitoring online chats about politics
Le gouvernement Harper renversé par l’opposition
Les miettes dorées du F-35
M. Harper défend mollement la Démocratie canadienne
Pourquoi acheter des chasseurs F-35 ?
Se cacher derrière ses députés
Saulie Zajdel, fonctionnaire fantôme

Parus depuis :
Harper reste muet au sujet de la liste de fonctionnaires ennemis (2013-07-17)
Libre opinion – Nous ne sommes pas des «ennemis» (2013-07-30)
Liste d’«ennemis» – Ottawa doit changer de ton, disent les organismes visés (2013-08-03)
Accrochage impliquant un journaliste chinois durant un point de presse de Harper (2013-08-23)
La politique de la terre brûlée — Jusqu’où ira Harper pour faire taire ses «ennemis»? (2014-05-10)
Ottawa a intensifié la culture du secret (2014-09-15)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Pourquoi acheter des chasseurs F-35 ?

Publié le 16 avril 2012 | Temps de lecture : 5 minutes
Chasseur bombardier F-35

En 1999, le gouvernement fédéral de Jean Chrétien accepte que le Canada fasse partie d’un consortium de huit pays visant à mettre au point la prochaine génération de chasseurs bombardiers. Le protocole prévoyait une contribution monétaire du Canada au développement du projet mais aucun engagement d’achat.

Pourquoi le Canada a-t-il accepté de participer financièrement à ce projet ? Parce que cela rendait les entreprises militaires canadiennes éligibles à recevoir des contrats pour l’ensemble de la production du F-35 (et non seulement sur les appareils que le Canada aurait pu acheter).

Sous les Conservateurs de Stephen Harper, le Canada signe autre protocole en 2006 par lequel le Canada s’engage à faire l’acquisition de F-35. Le nombre d’avions de chasse se précise le 16 juillet 2010 : ce jour-là, le ministre de la Défense annonce que le Canada fera l’acquisition de 65 chasseurs F-35 Lightning II.

Dans toute l’histoire militaire du pays, le Canada a fait l’acquisition de plus de mille avions de chasse dont moins de cinquante ont été utilisés au combat : aucun durant la Guerre de Corée (1950-53), vingt-quatre durant la Première Guerre du golfe (en 1991), dix-huit durant la guerre du Kosovo (en 1999), aucun en Afghanistan (2001-2011), et six ou sept en Libye (en 2011).

Jusqu’ici, le Canada n’a déployé ses avions de chasse qu’en nombre limité et seulement lorsque la suprématie des airs était déjà acquise à ses alliés.

Les 1 053 autres chasseurs bombardiers servent donc à décorer magnifiquement les hangars dans lesquels le Canada les a entreposés afin de les protéger des intempéries.

Rien n’égal le spectacle de ces avions de chasse tout neufs, rutilants de propreté, que les musées militaires à travers le monde s’arracheront un jour à un prix d’or en raison de l’état impeccable dans lequel ils se trouvent. On comprendra facilement la réticence du Canada à utiliser ces coûteux appareils au combat alors qu’ils risqueraient de s’abimer…

Ces jours-ci, on s’interroge sur les coûts de ces appareils et sur la transparence (pour ne pas dire de la franchise douteuse) du gouvernement dans ce dossier.

Je ne doute pas que ces chasseurs bombardiers, lorsqu’ils seront mis en marché, seront les meilleurs au monde. Et, avec toute la naïveté qui me caractérise, je suis prêt à croire qu’ils offrent le meilleur rapport coût-bénéfice. Mais pour moi, la question fondamentale est : en avons-nous besoin ?

Malgré qu’ils se rendent plus rapidement sur les lieux d’une tragédie, aucun pays n’achète des avions supersoniques pour des missions de sauvetage en haute mer ou sur le territoire national.

On serait toutefois justifié d’acheter des avions de combat afin de protéger le pays contre des envahisseurs. Dans le cas du Canada, lesquels ?

Le Canada n’a que quatre voisins : la Russie, les États-Unis, les îles Saint-Pierre et Miquelon, et le Groenland.

La Russie ne se risquerait pas d’envahir le Canada puisque cela mettrait en péril l’approvisionnement des États-Unis en matières premières et provoquerait immédiatement l’entrée de ce pays en guerre. Si devenir un champ de bataille n’est jamais une perspective intéressante pour aucun pays, avoir 65 chasseurs F-35 ne changerait rien à ce scénario improbable.

Pour ce qui est des Américains, on voit mal pourquoi ils utiliseraient la force afin de s’emparer de ressources qu’ils obtiennent déjà pacifiquement pour une bouchée de pain, grâce à la bienveillance de nos dirigeants politiques.

Quant à la menace d’un envahissement par les milices redoutables de Saint-Pierre et Miquelon ou les Esquimaux du Groenland, j’imagine qu’un seul avion suffirait.

Il est donc évident que la seule raison qui pourrait justifier l’achat des F-35, ce sont des missions de combat à l’étranger auxquelles le Canada pourrait être invité à participer.

Puisqu’on ne peut prévoir la nature ni le lieu de ces futures missions, pourquoi ne pas nous préparer à tous les scénarios possibles en nous dotant des meilleurs avions de chasse au monde ?

Ce qui nous amène à nous demander dans quel type de guerre le Canada pourrait être invité à participer.

Si, à long terme, un conflit avec la Chine est une possibilité à envisager, il est certain que ce pays ne se risquera pas à se mesurer aux États-Unis tant que ces derniers conserveront une suprématie militaire écrasante.

Dans un avenir prévisible, le Canada aura à participer à des opérations anti insurrectionnelles comme celles menées en Afghanistan. Or dans de tels conflits, les hélicoptères et les drones sont nettement plus utiles que des chasseurs bombardiers dernier cri.

D’où la question, toujours sans réponse, pourquoi le Canada devrait-il acheter des F-35 ?

Références :
Brian Stewart: Rethink the F-35s? Let’s rethink the entire process
F-35 – Indécente insouciance
La prochaine génération du club des chasseurs : comment l’évolution des marchés façonnera-t-elle le débat sur les F35 du Canada?
Le dossier des F-35 – Vol à vue !

Parus depuis :
Trudeau annulerait l’achat des F-35 (2015-09-20)
Les drones armés vont-ils remplacer le Casque bleu canadien? (2017-12-07)
L’armée canadienne, au rapport (2018-07-14)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


M. Harper défend mollement la Démocratie canadienne

Publié le 2 mars 2012 | Temps de lecture : 4 minutes

La controverse des appels frauduleux survenus au cours de la dernière campagne électorale ne remet pas en question les résultats du scrutin; le gouvernement conservateur est majoritaire et il le demeurera peu importe l’issue de cette controverse.

Ce qui est en cause, c’est la Démocratie.

Tenter de décourager des électeurs d’aller voter en rendant cette tâche plus compliquée, c’est torpiller la Démocratie. Harceler des électeurs en leur faisant croire qu’un autre parti politique est responsable de cet harcèlement, c’est tenter de fausser leur choix.

La Démocratie est le pouvoir du peuple de choisir ses dirigeants. Idéalement, les gens devraient choisir leurs dirigeants d’après ce que les candidats se proposent de faire s’ils sont élus (ou réélus) et d’après leur compétence à gouverner. Dans l’exercice de ce choix, l’électeur doit tenir compte des antécédents des candidats, c’est-à-dire ce qu’ils ont accompli jusqu’ici.

Déjà, les stratèges politiques tentent d’orienter le vote d’après la personnalité des candidats, d’après l’image rassurante qu’ils projettent, d’après des slogans accrocheurs et d’après des campagnes de dénigrement ou des demi-vérités. Tout cela est regrettable, mais c’est parfaitement légal.

La ligne à ne pas dépasser est la légalité. Or cette ligne a été franchie.

Appeler, en se faisant passer pour Élections Canada, afin d’aviser des centaines électeurs qu’en raison d’un engorgement, ils devaient plutôt voter à un bureau de vote éloigné (et où ils n’étaient pas inscrits), c’est de la fausse représentation : or, qu’elle soit verbale ou écrite, la fausse représentation est illégale.

À l’heure actuelle, tous les indices portent à croire que certains stratèges du Parti conservateur ont été trop loin. Mais il n’est pas impossible que des zélés d’autres partis soient aussi fautifs. Aussi condamnables que soient leurs initiatives, on peut se rassurer à l’idée que nous vivons dans une société de droit et que les coupables devraient être démasqués et punis.

Par contre, ce qui est très inquiétant, c’est la stratégie utilisée jusqu’ici par le Premier ministre canadien pour se défendre. Ce que nous voyons, c’est son aveuglement politique et une agressivité — habituelle chez beaucoup de politiciens — qui consiste à accuser les autres des torts qu’on lui reproche.

Aujourd’hui, Radio-Canada nous apprend que le Premier ministre accuse l’opposition d’avoir aussi utilisé du télémarketing au cours de la campagne électorale. Ceci est une tactique de diversion : ce dont il est question, ce n’est pas le télémarketing politique — qui est légal et qui se fait depuis que le téléphone existe — mais d’un acte criminel, soit la fausse représentation.

Alors qu’il est trop tôt pour connaître l’ampleur de ce scandale, cette mauvaise foi évidente augure mal. En raison de la gravité des faits, on est en droit d’exiger du chef du gouvernement canadien qu’il se comporte en chef d’État et non en politicailleur.

De la même manière qu’on suspend un policier soupçonné d’agissements illégaux jusqu’à ce qu’il soit innocenté, M. Harper doit suspendre immédiatement les liens commerciaux qui unissent son parti à toute entreprise de télémarketing dont des employés ont déclaré avoir procédé à des appels illégaux.

De plus, au lieu de chercher des puces à ses adversaires, M. Harper doit se montrer intraitable dans sa détermination à restaurer la confiance de la population dans le processus électoral. En particulier, en défenseur auto-proclamé de la loi et de l’ordre, il a une occasion unique d’être cohérent et de faire adopter par le Parlement une loi prévoyant des peines minimales très sévères pour toute personne qui entreprendrait de nous priver du droit de choisir nos dirigeants.

Référence :
Appels frauduleux : Harper accuse les libéraux, l’opposition contre-attaque

Sur le même sujet :
Le despotisme de Stiveniev Harperoff
Torpiller la démocratie canadienne

Parus depuis :
Appels trompeurs: «scandaleux», dit le DGE (2012-03-30)
Appels frauduleux – Les conservateurs balaient les critiques du jugement (2013-05-15)
Point Chaud – Élections Canada en a assez des «tricheurs» (2013-10-15)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Torpiller la démocratie canadienne

Publié le 1 mars 2012 | Temps de lecture : 4 minutes


 
Depuis quelques temps, sur la colline parlementaire fédérale, on aime beaucoup la Monarchie britannique, mais aime-t-on toujours la Démocratie canadienne ?

La Chambre des Communes a été muselée à de nombreuses reprises depuis que les Conservateurs forment un gouvernement majoritaire (c’est-à-dire depuis qu’ils sont capables d’imposer le bâillon). À l’époque où ils étaient minoritaires au Parlement, les Conservateurs ont décrété quelques abrogations-surprise au Parlement dans le seul but de le mater.

Voilà qu’on apprend qu’un ou plusieurs petits futés, travaillant pour des intérêts obscurs, ont tenté de faire obstacle à l’expression démocratique des citoyens dans quelques circonscriptions canadiennes lors des dernières élections fédérales.

Des appels frauduleusement effectués au nom d’Élections Canada, avisaient les électeurs de ne pas se rendre au bureau de vote prévu, mais d’aller plutôt voter à un bureau de vote situé à quelques dizaines de km plus loin et où ils n’étaient pas inscrits.

Un individu appelé Pierre Poutine, domicilié à une adresse fictive de Joliette (sur la rue des Patriotes, qui n’existe pas) aurait réservé les services de RackNine Inc. Cette entreprise de télémarketing, associée au Parti conservateur, est installée à Edmonton. Le téléphone portable de l’individu a été activé deux jours avant les élections auprès de Virgin Mobile et n’a servi que pour placer deux appels, tous deux destinés à RackNine.

Il semble que RackNine a relayé le message frauduleux envoyé par « Poutine » auprès de centaines d’électeurs ontariens.

La réalisation de cette fraude a nécessité la complicité de très nombreuses personnes. Or les complices dans cette affaire ont joui d’une étonnante impunité, ce qui laisse croire à une fraude cautionnée par les plus hautes instances de l’État.

Jugez-en par vous mêmes :
• Depuis quand Virgin Mobile ouvre-t-il un compte sans effectuer d’enquête de crédit (ce qui nécessite qu’on lui fournisse son identité véritable) ?
• Comment RackNine a-t-il accepté le mandat de « Poutine » sans lui ouvrir un compte et, conséquemment, demander une enquête de crédit ?
• Par quels moyens « Poutine » a-t-il rémunéré RackNine pour ses services ? Par carte de crédit ? Si oui, à quel nom ? Par chèque ? Si oui, de quelle compte bancaire ?
• Si « Poutine » s’est servi du compte d’un client existant de RackNine, de quel compte s’agit-il et comment en a-t-il pu en connaître l’existence ?
• Comment RackNine a-t-il pu demander à ses employés de lire le message de « Poutine » sans en prendre connaissance et, conséquemment, sans réaliser qu’il s’apprêtait à être complice d’un acte criminel ?
• De la même manière, comment « Poutine » a-t-il pu transmettre à RackNine la liste des numéros de téléphone à appeler ? S’il a utilisé la liste du Parti conservateur, comment a-t-il pu obtenir la permission de s’en servir ?
• Le Parti conservateur a-t-il interrompu ses relations avec RackNine ou a-t-il continué de faire affaire avec cette entreprise comme si de rien n’était ?
• Pourquoi le Premier ministre se contente-t-il d’accuser l’opposition de se livrer à une campagne dénigrement contre son parti plutôt que d’envoyer le message clair à des partisans zélés que si ceux-ci ont porté atteinte à la Démocratie canadienne, ils seront exclus de son parti ?

Références :
Marketing strategist Stewart Braddick plays role in Conservative party’s electoral success
Documents show ‘Pierre Poutine’ owned disposable cellphone in robocall scandal
Robo-call furor focuses attention on massive Tory database
Robo-calls: ‘Pierre Poutine’ fingered in Elections Canada robo-call probe
Un autre «in and out» au Québec?
Faux appels électoraux – Un employé conservateur aurait quitté son emploi
Voter was told take 90-minute journey to cast ballot during federal election

Parus depuis :
Appels frauduleux – Élections Canada a été contactée 31 000 fois (2012-03-03)
La chasse au bureau de vote (2012-03-03)
Appels trompeurs: «scandaleux», dit le DGE (2012-03-30)
Appels robotisés illégaux : Michael Sona trouvé coupable (2014-08-14)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Canada et ses amis tortionnaires

Publié le 8 février 2012 | Temps de lecture : 5 minutes

À la suite de l’élimination d’Osama Ben Laden, de nombreux adversaires politiques du président Obama ont tenté de minimiser son mérite en soutenant que la traque réussie du chef d’Al-Qaida n’aurait pas été possible sans les mesures dites courageuses — nommément l’autorisation d’utiliser la torture à la prison de Guantanamo — prises par son prédécesseur républicain.

Depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale, plus précisément depuis la Convention de Genève, en 1951, la torture est contraire au droit international. Si bien que les dirigeants américains qui ont autorisé et défendu l’usage de la torture, de même que ceux qui l’ont pratiquée, sont légalement des criminels de guerre.

C’est ainsi que la conférence du 11 février 2011 que devait tenir en Suisse l’ex-président G.W. Bush a été annulée par ses organisateurs. Une semaine plus tôt, Amnistie Internationale avait présenté aux procureurs genevois et fédéraux, une analyse juridique détaillée concernant la responsabilité pénale de George Bush dans des actes de torture qu’il avait autorisés.

Glenn L. Carle, un officier du CIA aujourd’hui à la retraite, était chargé de surveiller le déroulement des séances de torture des détenus à Guantanamo en 2002. Son verdict est sans équivoque : « Les techniques coercitives ne permettent pas d’obtenir des informations utiles et fiables.»

Selon la sénatrice Dianne Feinstein, présidente du Comité sénatorial de renseignement, la torture pratiquée à Guantanamo n’a permis d’obtenir aucune information qui ait mené à la capture du chef d’Al-Qaida.

Interrogée par Le Devoir, Mme Sainte-Marie, la porte-parole d’Amnistie internationale au Québec, explique : « …le premier objectif (des personnes torturées) est de faire cesser la torture et pour cela, on dit n’importe quoi. Alors se fier sur ces informations peut faire au contraire perdre du temps en lançant les enquêteurs sur de fausses pistes.»

À la demande du Canada, la Syrie a torturé Ahmed el-Maati, soupçonné de préparer des attentats terroristes contre l’édifice du parlement canadien et contre des centrales nucléaires ontariennes. Sous la torture, il a révélé le nom de deux complices, dont Maher Arar (totalement innocent), à qui le gouvernement conservateur a finalement accordé une compensation de 10,5 millions de dollars pour la torture qu’il a subie lui aussi en Syrie.

Comme on s’en doute, les pays qui acceptent de torturer un citoyen canadien à la demande du Canada ne le font pas bénévolement : la torture est une affaire de gros sous. Mais il est illogique de payer pour de la torture si on refuse de considérer les informations qu’on obtient.

Selon une nouvelle parue hier, le gouvernement canadien autorise désormais le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) à utiliser des informations obtenues par la torture lorsque la sécurité des Canadiens est en danger, ce qui est toujours le cas lorsqu’une personne est soupçonnée de préparer un attentat terroriste.

Le gouvernement n’autorise pas la pratique de la torture au pays mais se réserve le droit de la commander aux pays qui l’exercent. En somme, le Canada officialise une politique déplorable qu’il exerce secrètement depuis des années. De plus, le gouvernement acquittera sans gène les déboursés nécessaires à l’obtention de renseignements auprès des criminels de guerre amis avec lesquels il fait déjà affaire.

Bref, le Canada se déclare officiellement client de le business de la torture. Tout cela conformément aux valeurs morales que le gouvernement Harper prêche depuis toujours.

Si les pays qui pratiquent la torture sont le moindrement intelligents, il leur suffit d’ajouter la question « Aviez-vous le projet de commettre un acte terroriste au Canada ? » pour accroitre leurs revenus. En effet, tous les torturés finiront par reconnaître une telle intention si on augmente leur souffrance suffisamment.

Et si la seconde question concerne la cible de leur projet d’attentat, cela n’est pas compliqué : il y a un parlement dans toutes les capitales du Monde, des hôtels de ville dans toutes les municipalités, des gares ferroviaires et des terminus d’autobus dans toutes les grandes villes. Le torturé n’a que l’embarras du choix. Il lui suffit de connaître le nom d’une grande ville canadienne pour donner une réponse crédible. Si le torturé est incapable d’indiquer un lieu, le tortionnaire peut lui suggérer la réponse : « Oui mais où ? À Ottawa, à Toronto, à Montréal, à Vancouver…».

Bref, la politique officielle du gouvernement Harper est rien de moins qu’un appel implicite à la torture, enrobé d’une bonne intention soit celle de protéger la population canadienne.


Post-Scriptum : Le 18 avril 2018, le gouvernement libéral de Justin Trudeau a annoncé son intention d’amender le projet de loi C-59 afin d’interdire l’utilisation des informations obtenues sous la torture par les agences de renseignements canadiens.

Références :
Ahmad El-Maati
Bin Laden Raid Revives Debate on Value of Torture
L’élimination d’Osama Ben Laden
Le président George W. Bush annule sa venue en Suisse
Ottawa autorise les services secrets à utiliser des informations obtenues sous la torture
The Torture Apologists
Torture: oui dans certains cas, dit Ottawa

Parus depuis la publication de ce billet :
Torture et sécurité publique – Une odieuse légitimation de la torture (2012-02-11)
Ottawa n’acceptera plus jamais les informations obtenues sous la torture (2018-04-18)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le sénateur Boisvenu, apôtre de la vengeance

Publié le 2 février 2012 | Temps de lecture : 4 minutes
« Le brasier de la haine »

Au début de l’adolescence, je m’étais laissé envahir par la haine. J’étais pensionnaire dans un collège et je me heurtais à la sévérité d’un surveillant zélé.

Aujourd’hui, avec le recul du temps, il m’apparait clairement que mon sentiment de l’époque était totalement injustifié. Mais cette expérience me fut profitable.

Il m’avait suffi de quelques jours pour réaliser que la haine était sans effet sur la personne haïe mais était plutôt destructrice à l’égard de celui qui déteste. Je pouvais être ulcéré contre quelqu’un mais cela n’empêchait pas cette personne de bien digérer. Même si j’avais passé mes nuits à imaginer des calamités susceptibles de s’abattre sur ce surveillant, ces nuits d’insomnie auraient été les miennes et non les siennes.

Si bien que plus jamais j’ai permis à la haine s’installer en moi. Face à une injustice présumée, l’indignation, une colère passagère peut-être, mais jamais la haine.

En 2002, Julie Boisvenu était assassinée par un récidiviste libéré en vertu d’une grossière erreur de jugement de la Commission des libérations conditionnelles. Ce jour-là, l’assassin a fait plusieurs victimes; Julie (privée de sa vie) et ses parents (dévastés par le chagrin).

Chez le père de Julie, le chagrin s’est transformé en colère. Une colère qui a motivé Pierre-Hugues Boisvenu à militer pour les droits des victimes d’actes criminels.

Avec les années, cette colère s’est transformée en haine. Or la haine est un cancer : elle prive de leur humanité les gens qui haïssent. Elle les transforme en zombies, aveuglés par la vengeance.

Hier matin, à son arrivée au caucus du Parti conservateur, M. Boisvenu a déclaré : « Moi je dis toujours : dans le fond, il faudrait que chaque assassin ait le droit à sa corde dans sa cellule. Il décidera de sa vie ».

Cette incitation au suicide des personnes condamnés pour meurtre a fait scandale. Un scandale d’autant plus compréhensible que quelques uns de ces condamnés, des années plus tard, s’avèreront avoir été victimes d’erreurs judiciaires.

Il serait facile de penser qu’il s’agit-là d’une boutade d’un homme public inexpérimenté. Ce n’est pas le cas. Il suffit de prendre connaissance du parcours politique de M. Boisvenu pour être convaincu qu’il est intimement habité par la vengeance, par la nécessité de punir coûte que coûte les criminels, et qu’aucune punition, aussi sévère soit-elle, ne peut réparer leurs méfaits.

Et comme un zombie, le sénateur Boisvenu est aveugle face à ses propres contradictions : il rationalise sa haine des meurtriers en souhaitant leur suicide afin de réaliser d’importantes économies dit-il. Mais il défend bec et ongles le projet de loi C-10 qui provoquera une croissance astronomique des coûts du système carcéral.

Sans avoir vécu un drame similaire au sien, beaucoup de personnes partagent son avis. Ce n’est pas mon cas. Au contraire, je trouve troublant que le Porte-parole officiel du gouvernement canadien en matière de Justice et de criminalité soit hanté par des démons intérieurs et soit quelqu’un dont l’âme a été privée de toute humanité à la suite d’un drame personnel odieux. On ne confie pas un pistolet chargé à un enfant qu’on vient de gifler.

Références :
À chaque assassin sa corde?
Le sénateur Boisvenu retire ses propos controversés sur l’option du suicide donnée aux assassins

Paru depuis : Pierre-Hugues Boisvenu devra verser 19 000 $ à sa victime (2025-09-16)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le « scandale » Duceppe : une manipulation grossière de l’opinion publique

Publié le 24 janvier 2012 | Temps de lecture : 4 minutes

Par définition, tout ce que fait un parti politique est partisan. Une levée de fonds pour un parti, c’est une activité partisane puisque l’argent est le nerf de la guerre. Une conférence du chef du parti est une activité partisane puisqu’elle sert à promouvoir l’idéologie de son parti. Les interventions à l’Assemblée nationale ou à la Chambre des communes, sont des activités partisanes puisqu’elles visent à dénoncer les adversaires politiques ou servent à suggérer des améliorations législatives qui sont de nature à convaincre l’électorat du sérieux de la formation politique.

Aussi ai-je été très surpris d’entendre les reproches adressés à M. Duceppe d’avoir rémunéré le Directeur général du Bloc Québécois à partir des sommes versées par l’État fédéral à des fins parlementaires alors que — entre deux élections — la totalité des activités de cette formation politique est orientée vers sa vie parlementaire ou à la présence de ses députés dans leurs circonscriptions respectives (ce qui nourrit leur activité parlementaire).

Chaque chef de parti reconnu à la Chambre des communes se voit attribué un budget supplémentaire pour remplir des fonctions parlementaires « additionnelles ». Selon les documents de la Chambre des communes, les activités parlementaires sont définies comme étant « les obligations et activités qui se rattachent à la fonction de député, où qu’elles soient exécutées, y compris les affaires publiques ou officielles et les questions partisanes. »

Seules les « activités relatives aux intérêts commerciaux privés du député ou de sa proche famille » sont spécifiquement interdites de financement par les budgets de la Chambre des communes.

On comprendra donc que la campagne de dénigrement de Radio-Canada et de La Presse, sont des coups montés pour saboter les ambitions de M. Duceppe de devenir chef du Parti Québécois.

Hier soir, j’ai été estomaqué d’entendre l’ex-ministre Maxime Bernier s’indigner moralement face à cette affaire, lui pourtant rendu célèbre pour sa liaison avec une guidoune associée aux motards criminalisés.

Il suffit de se rappeler des sommes destinées à la tenue d’un sommet du G8 au Canada que le ministre conservateur Clement à détourné à la réfection des trottoirs de sa circonscription située à 30 km de l’événement pour juger de l’hypocrisie de ceux qui aujourd’hui font tout un drame de l’affaire Duceppe.

En attribuant un ordinateur portable à chaque député de sa formation politique, en lui fournissant papier, crayons, en payant ses frais de photocopieur, en négociant le loyer de son local de comté, le directeur général est un soutien à l’activité parlementaire du député.

On peut couper les cheveux en quatre et considérer son salaire comme une dépense administrative, mais cela m’apparait aussi tatillon que de refuser payer le salaire de la secrétaire du député à partir des fonds public sous le prétexte que ce n’est pas elle qui se lève en Chambre pour parler.

M. Duceppe n’a pas mis cet argent dans ses poches. Il s’en est servi pour rendre sa formation politique plus efficace : dans une démocratie comme la nôtre, nous avons tous intérêt à ce que les partis d’opposition soient performants.

De plus, la question n’est pas de savoir si on est d’accord ou non avec le fait que des fonds publics servent à rémunérer le DG d’un parti fédéral, mais plutôt de savoir si cela est interdit, ce qui n’est pas le cas. Alors où est le problème ?

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Écrit par Jean-Pierre Martel