Prier Dieu autrement ?

Publié le 24 novembre 2017 | Temps de lecture : 3 minutes
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C’est en 1527 que l’Église de Suède s’est séparée de l’Église catholique romaine.

Jusqu’au XIXe siècle, l’appartenance à cette Église était obligatoire pour tout citoyen suédois. En 1972, 95,2% des Suédois en étaient membres, une proportion réduite du tiers depuis.

Depuis 2013, cette église est dirigée par une femme, l’archevêque Antje Jackelén.

À l’issue d’un concile de huit jours, les plus hautes instances de l’Église ont décidé hier qu’à partir du 20 mai 2018 (la Pentecôte), cette Église utiliserait une manière plus asexuée pour désigner l’Être Suprême.

Dans les pays à majorité protestante, cette nouvelle a presque fait scandale.

Théologiquement, Dieu n’a pas de sexe.

Les êtres sexués sont des êtres tarés. D’elle même, une femme ne peut pas engendrer une progéniture. Un homme non plus. Mais c’est en se complétant et en compensant pour leurs déficiences respectives qu’un homme et une femme peuvent s’unir pour donner la vie.

Dieu n’a pas de telles lacunes et n’a besoin de personne d’autre pour agir et créer.

Selon l’Église de Suède, il serait permis de parler de Jésus de Nazareth au masculin puisqu’en s’incarnant, Dieu s’est fait homme selon la tradition chrétienne.

Toutefois, dans le cas de ‘Dieu’ au sens de la Sainte Trinité chrétienne et de Dieu le Père, les rumeurs qui se sont répandues sur l’internet depuis hier sont très exagérées.

Essentiellement, les changements adoptés par le concile ne concernent que deux choses.

Premièrement, on apporterait une modification mineure à une phrase dans la version suédoise du Crédo.

La phrase ‘Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté’ se dit autrement en suédois. C’est ‘Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur Terre aux humains qu’Il aime’. C’est ce ‘Il’ final qui serait remplacé par autre chose.

De plus, le Saint-Esprit deviendrait féminin comme c’est le cas en hébreu. Comment tout cela se dira en suédois, cela reste à suivre.

Bref, une tempête dans un verre d’eau…  bénite.

Références :
Church of Sweden to stop referring to God as ‘he’ or ‘Lord’
Église de Suède
No, the Swedish Church has not banned the male pronoun for God

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 — 1/250 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 26 mm

La gravure ci-dessus est un détail de la page-titre du bouquin Figures de la Bible, publié à La Haye en 1728 par l’imprimeur Pieter de Hondt. Cette gravure exécutée en 1719 est du Huguenot Bernard Picart.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le peuple québécois n’existe pas

Publié le 23 novembre 2017 | Temps de lecture : 7 minutes

Introduction

La manière de désigner les collectivités humaines a varié avec le temps.

L’intellectuel québécois le plus influent de la première moitié du XXe siècle fut le chanoine Lionel Groulx. Dans ses écrits, celui-ci parle de la ‘race canadienne-française’. Comme d’autres parlaient fièrement de leur appartenance à la ‘race britannique’.

Depuis, le mot ‘race’ a mal vieilli. L’horreur des crimes nazis a rendu suspecte toute utilisation de ce mot pour distinguer autre chose que des êtres humains dotés de pigmentations de la peau différentes.

Le chanoine Groulx est typique de son époque.

Les paroles de l’hymne national canadien ont été écrites en 1880. La première strophe de l’Ô Canada est connue de tous. Mais on ignore généralement que la version officielle de ce chant comprend trois autres paragraphes.

L’une d’elles parle du Canadien — né d’une race fière — qui grandit près d’un fleuve géant. Ce fleuve est le Saint-Laurent. Il n’y a pas de fleuve géant qui traverse l’ensemble du Canada actuel.

C’est donc à dire que l’Ô Canada est un chant patriotique conçu spécifiquement pour les habitants de la vallée du Saint-Laurent, à une époque où ils se considéraient comme des ‘Canayens’.

Le peuple québécois

Dans la législation québécoise, on trouvait autrefois l’expression ‘peuple du Bas-Canada’ et de nos jours ses équivalents — soit ‘peuple québécois et ‘peuple du Québec’ — pour désigner la population qui habite le territoire du Québec.

Si la population du Québec est un peuple, cela relègue les Québécois francophones au rang de ‘communauté culturelle’ ou de ‘groupe ethnique’ à l’intérieur de ce peuple.

Le problème, c’est que le mot ‘ethnie’ se charge de plus en plus d’une connotation péjorative en raison de son utilisation courante dans des expressions comme ‘conflit ethnique’ (analogue à une guerre tribale), ‘épuration ethnique’, etc.

Dans la lutte idéologique que se livrent au Québec les indépendantistes et les fédéralistes, il est devenu suspect de parler de notre attachement à ceux avec lesquels nous partageons une même caractéristique ethnique (la langue).

Selon les chantres du fédéralisme, ce serait symptomatique d’un ‘repli identitaire’, d’une ‘régression identitaire’, voire d’un ‘blocage identitaire’.

En hésitant à nous désigner comme un ‘groupe ethnique’, il ne reste plus qu’à nous concevoir comme une ‘communauté culturelle’.

C’est une manière de nous reléguer au rang insignifiant d’une de ces innombrables minorités canadiennes qui sont engagées dans un lent processus d’assimilation au groupe ethnique dominant du pays.

D’où l’idée de redéfinir la portée de certains mots dans le but, notamment, d’ennoblir le sentiment d’appartenance à l’ensemble des Québécois francophones.

Le peuple français

Dans ses discours, le président de la République française parle du peuple français.

Pourtant, devant la Convention nationale, Louis XVI parlait de ses peuples et des peuples de France.

Pourquoi est-on passé du pluriel au singulier ?

C’est que sous l’Ancien régime, plusieurs langues étaient parlées sur le territoire national; le breton, le catalan, le basque, l’occitan, en plus du français. Or ces langues étaient de forts marqueurs identitaires.

Tout comme l’instruction publique, l’arrivée de la radio et surtout de la télévision ont achevé l’homogénéisation linguistique de la France, ne laissant essentiellement que des patois et des accents. Nos lecteurs corses pourraient ici différer d’opinion.

Voilà pourquoi aujourd’hui le président de la République française peut parler du peuple français au singulier.

La nation québécoise

Au Québec, assoyez à une même table un unilingue francophone et un unilingue anglophone et ces deux personnes ne se comprennent pas : ils font partie de peuples différents. Exactement comme en France sous l’Ancien régime.

C’est donc à dire que la nation québécoise est la collection des peuples qui habitent le territoire national.

Cette nation est donc formée des francoQuébécois, des angloQuébécois, de même que de onze peuples autochtones.

Peuples et autodétermination

Si les angloQuébécois forment un peuple, n’auraient-ils pas droit à faire sécession du Québec si celui-ci accédait à l’indépendance ?

Contrairement à ce qu’on pense généralement, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ne signifie pas nécessairement qu’ils ont droit à l’indépendance. Ce sont deux choses différentes.

Parmi les nombreux critères juridiques qui déterminent le droit à la sécession, il y a le fait qu’une aspiration à l’indépendance doit s’appuyer sur des frontières reconnues.

Si le gouvernement québécois a très mal accepté en 1927 la décision du Conseil privée de Londres de confier le Labrador à Terre-Neuve (alors colonie britannique), cet arrêt juridique possède l’immense avantage d’avoir établi de manière presque définitive les frontières du Québec.

Je dis presque définitive puisqu’en cas d’accession à l’indépendance, le Québec gagnera une zone maritime dans la Baie et le Détroit d’Hudson alors que sa frontière actuelle s’arrête à la rive (changeante selon les marées). De plus, tous les ports du Québec deviennent de propriété québécoise.

Si la nation québécoise possède le droit indéniable à l’indépendance, le peuple angloQuébécois en est privé parce qu’il n’a pas de frontière reconnue. Il possède le droit à l’autodétermination interne (comme les peuples autochtones), mais pas à l’indépendance.

Toutefois, dans la mesure où il possède déjà ses propres commissions scolaires et ses universités, contrôle certaines municipalités, possède ses périodiques, ses postes de radio et de télévision, de même que ses théâtres, on voit mal comment ce peuple — un des plus choyés au monde — pourrait se faire octroyer plus de pouvoir par un tribunal international.

En somme, le droit international ne lui donne rien de plus que ce qu’il a déjà.

Pour ce qui est des peuples autochtones, l’accession du Québec à l’indépendance ne change rien à leurs droits actuels. Ils possèdent déjà le droit à l’autodétermination interne (comme les angloQuébécois). Quant aux bases juridiques d’un droit à l’indépendance, elles ne changent pas, que le Québec soit indépendant ou non.

Conclusion

Le peuple québécois n’existe pas. Pas plus que le peuple canadien ou le peuple américain.

S’il en était autrement, les peuples autochtones, le peuple québécois et le peuple canadien seraient comme des poupées russes qui s’emboitent les unes dans les autres. Conséquemment, le mot ‘peuple’ ne voudrait plus rien dire.

Quant à ‘nation’, ce mot désigne une collection de peuples. La nation américaine, la nation canadienne et la nation québécoise sont la somme des peuples qui habitent leurs territoires respectifs.

Contrairement au Canada — duquel le Québec peut faire sécession — la nation québécoise est une et indivisible.

Références :
Autochtones du Québec
C’est quoi, être Québécois ?
Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes
Le parti des Anglais
Ô Canada

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Faits divers No 33

Publié le 22 novembre 2017 | Temps de lecture : 5 minutes
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On admet généralement qu’il faut limiter notre consommation des poissons qui sont de grands prédateurs comme le thon, l’espadon et le requin. Au sommet de la pyramide alimentaire, ils se nourrissent d’une grande quantité de poissons plus petits et accumulent le mercure que ceux-ci contiennent.

Mais doit-on se méfier du méthylmercure des petits poissons d’eau douce ? Des études récentes suggèrent que la cuisson à au moins 100°C (à l’étuvée, par exemple) réduit de 80% la biodisponibilité du mercure.

Mais que faire dans le cas du poisson mangé cru ?

Depuis longtemps, on sait que le thé empêche l’absorption du fer. Cette étude in vitro démontre qu’il fait de même avec le mercure; le thé vert et le thé noir réduisent la biodisponibilité du mercure des sushis respectivement de 77% et de 71%.

Référence : Des mythes alimentaires déboulonnés


 
La municipalité de Neuville est située à quelques kilomètres à l’ouest de Québec.

Après des années de démarches, le maïs de Neuville a enfin obtenu une certification d’identification géographique protégée.

Cela signifie que non seulement le maïs portant cette appellation réservée devra avoir été cultivé à Neuville, mais qu’il devra avoir été cueilli à maturité et qu’il s’agira d’une variété de maïs naturelle (pas un OGM).

Les tests récents de l’organisme Alerte OGM indiquent qu’il n’y a pas de maïs OGM parmi le maïs sucré — celui offert à la consommation humaine — dans les épiceries québécoises. Toutefois les producteurs québécois s’entêtent à refuser de l’indiquer clairement lorsque ce maïs est vendu emballé.

La certification ‘Maïs de Neuville’ brise donc cette omerta.

Référence : Appellation réservée pour le maïs sucré de Neuville


 
355 315 km² du territoire québécois sont recouverts d’eau, qui correspond à 99,4% de la superficie totale de l’Allemagne. Le Québec compte 3% des réserves d’eau douce du monde.

Référence : Le Québec, contrée liquide, « monte au lac »


 
L’obésité adulte affecte 77% de la population du Qatar, ce qui place cette pétromonarchie au cinquième rang mondial. Près du quart de la population est atteinte de diabète.

Parmi les personnes de moins de vingt ans, le surpoids et l’obésité affectent 22,1% des filles et 33,5% des garçons.

Les vêtements amples portés par les Qataris ne les motivent pas à surveiller leur ligne. 41% des adultes ne font pas d’exercice et 86% sont atteints d’une déficience de vitamine D (puisque seuls le visage et les mains sont exposés au soleil).

Les pétromonarchies voisines — Arabie saoudite, Émirats arabes unis et Koweït — sont à peu près dans la même situation.

Référence : 70% of Qatar population either obese or overweight


 
En 2015, les touristes chinois ont dépensé 215 milliards$ à l’Étranger (en hausse de 53% depuis 2014) alors que les touristes étrangers ont dépensé quatre fois moins, soit 57,5 milliars$ en Chine (en augmentation de 1,1%).

Référence : Anonyme. 215 milliards de dollars. La Revue 2016; no 63-4: 121.


 
Certaines plantes ajoutent une petite quantité de caféine à leur nectar, ce qui transforme celui-ci en boisson énergisante pour insecte pollinisateur.

Certaines variétés de caféiers et d’agrumes utilisent cette tactique pour fidéliser les abeilles, notamment. Celles-ci se rappellent mieux de leur parfum floral et ont plus tendance à indiquer à leur consœurs la localisation des fleurs caféinées.

Référence : Anonyme. Une boisson énergisante pour abeilles. Quatre-Temps 2016; vol. 40 no 2: 56.


 
Chaque année, le fisc québécois perd 177 millions$ de taxe de vente non perçue lors d’achats en ligne effectués auprès de sites web situés en Amérique du Nord, mais hors du Québec.

C’est 40 millions$ sur des sites canadiens et 137 millions sur des sites américains.

Dans certains cas, la taxe fédérale est perçue mais pas la taxe provinciale.

Référence : Le commerce de détail crie à l’injustice


 
Selon les témoignages entendus devant le Congrès américain, la Russie aurait posté plus de mille vidéos sur YouTube, envoyé plus de 131 000 tweets et acheté des milliers de publicités politiques ayant touché plus de 126 millions d’utilisateurs de Facebook et ce, dans le but d’influencer l’électorat américain.

Référence : Facebook et la vulnérabilité de la démocratie américaine


 
Afin de repenser l’école sur des bases nouvelles, le ministère de l’Éducation du Québec s’est attaché les services de trois sages : l’architecte Pierre Thibault, le cuisinier Ricardo Larrivée et l’homme derrière Le Grand défi, Pierre Lavoie.

Si l’idée de faire de l’école un milieu agréable afin de lutter contre le décrochage scolaire fait consensus, on ne doit pas oublier que le taux de décrochage scolaire dans Westmount est de 4%, il est de 40% à Pointe-Saint-Charles.

L’essentiel est donc que la pauvreté est le principal facteur de décrochage scolaire.

Références :
Lab-École: au moins cinq écoles modèles en 2021
Le prix de la pauvreté


Liste de tous les faits divers (des plus récents aux plus anciens)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Embourgeoisement des villes : l’échec des utopies

Publié le 20 novembre 2017 | Temps de lecture : 6 minutes

Rares sont les villes qui se développent uniformément. Les périodes de gloire et de déclin laissent successivement leurs marques. Les unes par le foisonnement de leurs témoignages : les autres, par leur rareté.

Et ces couches historiques inégales, amputées par quelques catastrophes que sont les guerres et les incendies, forgent habituellement la personnalité architecturale des villes.

Montréal n’échappe pas à cette règle.

Contrairement à Paris — où le remodelage urbain sous la férule de l’État a joué un rôle important — c’est l’étalage urbain qui fut la principale caractéristique du développement de la métropole.

Secondairement, plus que les incendies, ce sont des intérêts privés qui refaçonnent le bâti montréalais et sont donc responsables de la rénovation urbaine.

Lorsque les ‘riches’ s’achètent un condo, ils abandonnent leurs logements antérieurs qui devient alors disponibles à d’autres. Ces derniers libèrent les leurs. Et dans ce jeu de chaises musicales, en fin de compte, des logements deviennent disponibles pour des gens à faible revenu. Voilà comment Montréal se développe et vit depuis des décennies.

De nos jours, Hochelaga-Maisonneuve est précisément le résultat de ce jeu de chaises musicales; par exemple, les logements cossus construits autrefois pour héberger les ingénieurs anglais de la Vickers et les employés syndiqués du constructeur naval sont aujourd’hui habités par des gens moins fortunés qu’eux.

Toutefois l’excellent documentaire Quartiers sous tension de Carole Laganière permet de comprendre ce qui a provoqué la naissance d’un mouvement d’hostilité à l’égard de l’embourgeoisement de ce quartier.

Personne n’a d’objection à ce qu’une famille de jeunes professionnels aménage dans un logement laissé vacant par une personne décédée ou par un locataire qui a trouvé un logement qui lui convient mieux ailleurs.

Malheureusement, la législation adoptée par les gouvernements du Parti québécois afin de donner plus de pouvoir aux locataires a été érodée par de nouvelles tactiques qui permettent de contourner leurs droits.

De nos jours, pour 135$, un propriétaire n’a qu’à se procurer un permis municipal pour agrandissement ou subdivision. Ce document lui donne automatiquement le droit de mettre à la rue ses locataires, sans avoir même à donner suite à ce permis.

En d’autres mots, jamais la Régie du logement ne demandera à voir des contrats signés auprès d’entrepreneurs pour juger du sérieux de l’intention à rénover ou agrandir. Comme preuve, le permis suffit.

Des locataires qui ont vécu des décennies au même endroit sont donc sommés d’abandonner leur logement en quelques semaines.

Ceux qui ont le droit d’y rester — les locataires âgés de 70 ans ou plus — sont harcelés par des coupures intempestives d’eau, d’électricité ou de chauffage jusqu’à ce que, de guerre lasse, ils quittent les lieux.

Or l’accessibilité économique à la Justice fait défaut depuis que le système judiciaire tout entier a été pris en otage par une caste juridique qui l’a transformé en machine à sous pour servir ses propres intérêts.

Le résultat est que le peuple est à la merci de la rapacité de certains entrepreneurs. Voilà le problème.

Ce qui m’a stupéfait à l’écoute du documentaire dont j’ai parlé plus tôt, c’est la naïveté des anarchistes qui luttent contre l’embourgeoisement du quartier.

Comme moyen de s’y opposer, ces derniers ont choisi de s’attaquer à des petits marchands, perçus comme des « collaborateurs de la gentrification ».

Aucune banque au monde ne finance l’ouverture d’un commerce si la demande de prêt ne s’appuie pas sur une étude de marché. En d’autres mots, il faut d’abord l’établissement de bourgeois pour qu’on vienne ensuite offrir des biens et des services qui leur sont destinés.

Il y a deux solutions à ce problème; des changements législatifs afin d’éviter les abus et une politique de construction de logements sociaux.

Or ni l’une ni l’autre de ces mesures ne sont envisageables tant que nous serons gouvernés par des partis de droite. Or c’est le cas au fédéral, au provincial et au municipal (jusqu’à récemment) depuis presque deux décennies.

Le dernier grand projet municipal de construction de logements sociaux date du Plan Dozois (1957-1961).

Ceux qui luttent contre l’embourgeoisement de mon quartier se refusent à considérer l’action politique. Ils font partie d’une génération qui s’imagine que tous les politiciens sont interchangeables parce que c’est tout ce qu’ils ont connu depuis vingt ans.

Pour eux, seul compte l’action directe. Or leurs méfaits ne sont que des faits divers qu’on oublie le lendemain. La leçon est déjà évidente; le terrorisme utopique est voué à l’échec.

Il ne leur vient pas à l’esprit que les partis politiques sont des coquilles vides que chacun d’entre nous peut envahir et façonner à sa manière.

Lutter contre l’embourgeoisement d’un quartier est l’équivalent de lutter contre le vent. Veut-on réellement qu’Hochelaga-Maisonneuve devienne un ghetto de pauvres ? Ou veut-on qu’il redevienne un repère de drogués et de prostituées ?

Ce qui est important, c’est de lutter contre les abus de l’embourgeoisement. Cela est faisable. Il suffit de prendre les bons moyens. Ce qui veut dire, cesser d’élire des gouvernements de droite et façonner à notre manière les partis centristes ou de gauche.

C’est un peu plus long que de casser les vitrines d’un commerce, mais quand on ne veut pas simplement se défouler contre la propriété d’autrui, on prend les vrais moyens.

Sur le même sujet :
La noyade d’Archimède
Le logement social à Vienne
Montréal fait la guerre aux taudis (taille du fichier : 14,2 Mo)
Non au terrorisme utopiste

Parus depuis :
Logement social: le gouvernement fédéral en fera davantage (2017-11-22)
Haro sur l’« éco-embourgeoisement » (2019-08-05)
Hausses de loyers abusives: plus de 100 000 logements abordables disparus au Québec en cinq ans (2023-02-21)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


‘Vu du pont’ au TNM : une production parfaite

Publié le 19 novembre 2017 | Temps de lecture : 2 minutes
Distribution de la pièce

Depuis quelques jours et ce, jusqu’au 9 décembre 2017, le Théâtre du Nouveau Monde présente Vu du pont d’Arthur Miller.

Comme une tragédie grecque qui plonge ses racines dans l’Antiquité pour nous parler d’un drame dont la portée est actuelle, cette pièce située dans l’Amérique des années 1950 nous parle d’amour possessif, de domination, de préjugés, d’aveuglement, de trahison, de haine et de sang.

En dépit d’un peu d’ironie çà et là, ce n’est pas une pièce drôle. Et ne vous attendez pas à y verser quelques larmes. Mais ce drame sans entracte vous captivera du début jusqu’à la fin.

Grâce à une traduction qui n’a pas l’air d’une traduction, le texte de Miller est porté par des acteurs qui incarnent parfaitement leurs personnages. Tout ici fait vrai.

La mise en scène de Lorraine Pintal, précise comme le mécanisme d’une pièce d’horlogerie suisse, n’offre aucun répit au spectateur, rivé à son siège jusqu’au paroxysme de violence qui termine la pièce.

Grâce des éclairages expressifs, cette production multiplie les atmosphères qui nous font oublier un décor unique qui — Dieu merci — ne nous distrait jamais de ce qui se passe sur scène.

Si vous ne deviez voir qu’une seule pièce cette année, jetez-vous sur les derniers billets disponibles pour assister à cette production que vous n’oublierez pas de sitôt.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Quand on s’oppose à la légalisation du cannabis

Publié le 18 novembre 2017 | Temps de lecture : 3 minutes

— « Chérie, veux-tu aller reconduire les enfants à la garderie; je n’ai pas fini mon joint.»
— « Trouve-toi pas des prétextes. Finis ton joint et va reconduire les enfants.»

Voilà le scénario du très mauvais téléroman qui pourrait être écrit par nos politiciens québécois ces jours-ci.

Comme une bonne partie de la population québécoise, le gouvernement Couillard est contre la légalisation du cannabis et cherche des motifs pour retarder son entrée en vigueur.

Toutes les provinces seront prêtes mais il se pourrait que le Québec ne le soit pas.

On comprend donc l’image des Québécois dans le reste du pays; des gens inefficaces, toujours en retard, des plaignards, qui préfèrent boire leur bière payée par la péréquation canadienne.

La ministre Lucie Charlebois, responsable du dossier du cannabis, est une des meilleures ministres du gouvernement Couillard. Je l’aime bien.

« Donnons-nous le temps de bien faire les choses », répète-t-elle ad nauseam. Ceci, pour justifier sa demande de nouveaux délais à Ottawa.

Une ministre ne peut pas tout savoir. Ce qu’elle ignore, c’est que le cannabis est déjà commercialisé; n’importe quel adolescent majeur peut s’en procurer très facilement.

Le fantasme apocalyptique selon lequel toute légalisation condamnerait notre belle jeunesse à la fainéantise, que les conducteurs prendraient soudainement l’habitude de fumer un joint avant de prendre le volant, est parfaitement ridicule.

Ils ne le font pas déjà; pourquoi se mettraient-ils à le faire ?

Si tous les alcooliques sur Terre abandonnaient l’alcool pour le cannabis, on assisterait à une réduction dramatique des cirrhoses à travers le monde en contrepartie d’une petite augmentation des cancers du poumon. Quant au reste, être stone ou être ivre, c’est pareil.

On peut mourir d’une intoxication aigüe à l’alcool. Mais on s’endort avant d’avoir fumé une dose mortelle de cannabis.

Quant au danger du cannabis par voie orale, la Commission LeDain écrivait à la page 114 de son rapport : « Le cannabis compte donc parmi les drogues qui comportent le moins de risque d’intoxication mortelle, qu’il serve à des fins thérapeutiques ou autres

Pour ce qui est du danger d’accidents automobile, la consommation de toute substance qui affecte la vigilance est dangereuse, que ce soit le cannabis, l’alcool ou les psychotropes.

On s’inquiète du fait que les policiers ne seraient pas équipés d’instruments permettant de mesurer l’intoxication au cannabis. Cela est également vrai des psychotropes.

Pourtant, ils font passer des tests simples — toucher le bout de son nez, marcher en ligne droite — qui leur permettent d’appréhender le conducteur intoxiqué par des médicaments. Ce sera pareil avec le cannabis.

Bref, la véritable protection de nos jeunes, ce n’est pas de prolonger sous divers prétextes une prohibition qu’ils contournent facilement, c’est au contraire de hâter la légalisation afin qu’ils cessent de consommer la cochonnerie que la pègre ajoute au cannabis de contrebande.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Vive les paradis fiscaux !

Publié le 14 novembre 2017 | Temps de lecture : 7 minutes

Introduction

Il est de ces documents qui tombent mal.

Une semaine après l’éclatement du scandale des Paradise Papers, voilà le ministère des Finances du Québec qui publie un document de 246 pages qui, implicitement, se porte à leur défense.

Au contraire de son titre — Paradis fiscaux : plan d’action pour assurer l’équité fiscale — ce document est un plaidoyer qui justifie l’inaction du gouvernement Couillard.

En réplique au rapport de la Commission des finances publiques, remis en mars dernier et salué unanimement, ce document, préparé en secret par les hauts fonctionnaires du ministère, est publié au pire moment, alors que toute la planète se scandalise de l’ampleur du phénomène de l’iniquité fiscale.

Le lendemain de sa publication, le ministre des Finances écartait toute possibilité pour le Québec de se retirer des ententes avec des paradis fiscaux, parce que cela, disait-il, « entrainerait une hausse du fardeau fiscal au Québec ». Ceci est un contresens.

La lutte contre les paradis fiscaux a précisément pour but d’augmenter le fardeau fiscal de ceux qui y recourent.

Cela n’augmente pas le fardeau fiscal des gens comme vous et moi. Au contraire, dans la mesure où les riches se mettent à payer leur juste part des dépenses de l’État, le simple citoyen a moins à le faire.

Faits saillants du document

D’entrée de jeu, le document établit la distinction entre l’évasion fiscale et l’évitement fiscal. En réalité, l’évitement fiscal n’est que de l’évasion fiscale légalisée.

Puis le document souscrit au principe qui justifie les ententes fiscales avec les paradis fiscaux : éviter la double imposition.

En vertu de ce principe, les profits transférés dans un paradis fiscal seront imposés dans cette juridiction plutôt que dans le pays où ces profits ont été réalisés.

Or ce principe est complètement illogique. Tout profit réalisé au Québec doit être imposé au Québec. Est-il juste que ce même profit puisse l’être une deuxième fois s’il est transféré dans un paradis fiscal ? On s’en fout; ce n’est pas notre problème.

Puis le document suggère que les politiques du Québec soient coordonnées avec celle du gouvernement canadien. Il est évident qu’une telle coordination facilite les choses.

Mais qu’arrive-t-il si ce gouvernement est complice de l’évasion fiscale, comme le révèlent les Paradise Papers ? Ah, ce n’est pas prévu.

Le gouvernement Couillard se veut l’intendant régional du régime colonial canadien. Donc si le fédéral ne fait rien, on ne fait rien. Couché le bon chien.

Et l’argument central de ce laissé-faire : s’attaquer à l’évitement fiscal inciterait les compagnies à déplacer leurs activités à l’extérieur du Québec.

À la page 117, le document reconnait qu’il existe peu de données concernant l’ampleur du phénomène des paradis fiscaux et l’impact de ceux-ci en matière de pertes fiscales pour les pays touchés.

Ce qui ne l’empêche pas d’affirmer catégoriquement à la page 31 — comme le magicien qui sort soudainement un lapin de son chapeau — qu’une taxe sur les profits détournés au Québec pourrait entrainer une perte d’environ 68 000 emplois, une baisse du PIB de 7,5 milliards$ et une diminution des revenus fiscaux de 672 millions$.

Bref, ce serait la catastrophe.

La réalité

Sur les 468 753 sociétés en activité au Québec, des milliers sont des particuliers incorporés.

Pourquoi des avocats, des médecins, des copropriétaires de pharmacies, et divers professionnels fortunés s’incorporent-ils ? Pour sauver de l’impôt. Et pour en épargner encore plus, il leur suffit d’ouvrir un compte dans un paradis fiscal. Pourquoi devraient-ils y renoncer puisque c’est parfaitement légal ?

Il suffit d’avoir des amis ou des connaissances qui exercent une profession libérale ou qui possèdent une entreprise prospère pour savoir que le recours aux paradis fiscaux est monnaie courante.

Bref, il n’y a que le ministre des Finances qui feint de l’ignorer. Il fait semblant parce que ces personnes font partie de la clientèle-cible du Parti libéral.

Je ne peux pas croire que ces milliers de particuliers qui profitent des paradis fiscaux vont fermer leurs cabinets professionnels ou leurs lucratifs commerces de vente au détail afin de recommencer leur vie et de se partir une nouvelle clientèle ailleurs dans le but d’épargner quelques dizaines de milliers de dollars au fisc québécois. Et ce, sans savoir si quelques années plus tard, la province canadienne ou l’État américain dans lequel ils auront déménagé ne suivra pas l’exemple du Québec.

Regardez le compositeur Luc Plamondon. Il s’est établi en Irlande afin d’économiser de l’impôt. Nommez-moi un seul grand succès qu’il a créé depuis ce temps. Depuis qu’il y est, sa source créatrice s’est tarie. Déraciné, il est devenu un has-been.

Quant aux véritables entreprises internationales, elles sont au Québec non pas grâce aux paradis fiscaux, mais grâce aux généreuses subventions qu’elles ont reçues afin de s’installer chez nous et grâce à la présence d’une main-d’œuvre qualifiée et d’infrastructures qui rendent leurs opérations rentables.

Conclusion

L’argument central du document est que les bénéficiaires des tactiques d’évitement fiscal sont des gens importants dans l’économie québécoise et que si on s’attaque à eux, ils risquent de déménager leurs opérations sous d’autres juridictions et ainsi créer du chômage au Québec.

Cet argument est central au néolibéralisme; il ne faut surtout pas s’attaquer aux riches parce que cela pourrait nous retomber sur le nez.

Dans le film République, un abécédaire populaire, Alain Deneault — cité sur ce blogue — taille en pièces cette argumentation fallacieuse.

Alors que les Paradise Papers provoquent une indignation planétaire, on s’étonne que le gouvernement Couillard ait choisi ce moment pour afficher une position aussi réactionnaire.

Par-dessus tout, il est regrettable que nos impôts servent à produire ce genre de propagande néolibérale et à essayer de nous faire croire qu’il est dans notre intérêt d’accepter que la classe moyenne soit la seule à supporter le poids fiscal de l’État.

Références :
La filière canadienne
Le phénomène du recours aux paradis fiscaux
Paradis fiscaux : plan d’action pour assurer l’équité fiscale
Paradis fiscaux: Québec crée une escouade pour traquer les mauvais contribuables

Parus depuis :
Toujours plus d’intimité entre Bay Street et les paradis fiscaux (2017-11-25)
Où sont les 25 milliards dus au fisc? (2017-12-04)
Panama Papers : 500 millions récupérés dans le monde, rien au Canada (2018-01-09)
Gabriel Zucman : « Comprendre les implications de l’évasion fiscale » (2018-05-28)
Panama Papers : 1,2 milliard de dollars ont été récupérés dans le monde (2019-04-02)
L’impôt sur le revenu presque à son plus bas en 26 ans (2019-09-25)
Des dizaines de dirigeants mondiaux exposés dans les « Pandora Papers » (2021-10-04)
Les intouchables : KPMG a caché l’argent de riches clients (2022-06-21)
La Banque Royale forcée de révéler qui se cache derrière 97 comptes aux Bahamas (2022-07-27)
La Caisse de dépôt et placement du Québec légitime de plus en plus les paradis fiscaux (2023-04-29)
Les cadeaux fiscaux aux entreprises ont augmenté de 80% sous la CAQ (2023-10-19)
La grande évasion fiscale des multinationales continue (2023-10-22)

Sur le même sujet :
Les réductions d’impôts consenties aux riches, stimulent-elles l’économie ?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’écriture inclusive

Publié le 12 novembre 2017 | Temps de lecture : 10 minutes


 
Introduction

L’écriture inclusive se définit comme l’ensemble des procédés graphiques et syntaxiques permettant d’assurer une égalité des représentations entre les femmes et les hommes.

L’écriture inclusive vise trois objectifs d’importances inégales :
• la féminisation des titres,
• l’élimination du masculin générique,
• l’élimination de la majuscule de prestige à ‘Homme’.

Encore controversée en France, la féminisation des titres est une chose acquise au Québec. Voilà pourquoi il n’en sera pas question ici.

Le troisième objectif, mineur, vise à éviter, par exemple, que ‘droits de l’Homme’ désigne les droits communs aux hommes et aux femmes.

Le texte qui suit concernera donc exclusivement le deuxième objectif, beaucoup plus ambitieux.

Le masculin générique

Offensés par la règle selon laquelle le masculin l’emporte sur le féminin, ses promoteurs accusent celle-ci d’invisibiliser (sic) les femmes.

À titre d’exemple, dans le paragraphe qui précède, ‘promoteurs’ comprend à la fois les promoteurs de sexe masculin et les promotrices. Conséquemment, le mot masculin pluriel ‘promoteurs’ englobe donc implicitement les promotrices, ce qui a pour résultat de les occulter.

En somme, le masculin générique aurait pu très bien s’appeler ‘masculin inclusif’ parce que c’est précisément ce qu’il fait; inclure implicitement le féminin.

Aussi offensante soit-elle, cette règle concerne le genre grammatical et non le sexe des êtres (vivants ou inanimés).

Une table n’est pas de sexe féminin, mais plutôt du genre féminin. De la même manière, un divan n’est pas de sexe masculin, mais plutôt du genre masculin.

Les promoteurs de l’écriture inclusive en sont conscients mais soutiennent que le langage construit les mentalités et entraine un impact important sur les représentations sociales.

Il s’agit donc pour eux de combattre les stéréotypes sexistes en remaniant l’écriture.

Langue et société

Dans le combat en faveur de l’égalité des sexes, le désir d’éliminer le masculin générique repose sur le mythe selon lequel la langue façonne les mentalités.

Est-il possible que ce soit l’inverse ? En d’autres mots, ne pourrait-on pas croire que toute langue soit le reflet de l’histoire et de l’évolution de la société qui l’utilise ?

Dans tous les cas, peut-on effacer les ‘stigmates’ des mentalités qui prévalaient autrefois ?

La mitraille de points

En France, le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE), un organisme étatique, recommande de structurer les phrases selon le schéma suivant : racine du mot + suffixe masculin + point + suffixe féminin.

Dans tous les cas, le HCE prescrit que le suffixe masculin ait préséance sur le suffixe féminin. Pour une solution à l’écriture sexiste, cette préséance est antinomique.

À titre d’exemple, au lieu de « Pour entrer en fonction, le sénateur doit prêter serment au roi d’Angleterre », on écrira : « Pour entrer en fonction, le.la sénateur.rice doit prêter serment au.à la roi.reine d’Angleterre » (p. 29 du guide du HCE).

Pour le pluriel, au lieu des « agents territoriaux », on écrira : « agent.e.s territoriaux.ales» (p. 29 du guide du HCE).

Imaginons un instant que l’abolition du masculin générique devienne une réalité. Tout comme les textes écrits sous l’Ancien régime sont aujourd’hui publiés avec une graphie moderne (ex.: estudier est devenu étudier), toute la littérature française devra être réécrite.

On aura le choix.

On pourra alors modifier le texte. Dans l’exemple donné précédemment, « Pour entrer en fonction, le sénateur doit prêter serment au roi d’Angleterre », on écrira tout simplement « Pour entrer en fonction, chaque membre du Sénat doit prêter serment à la monarchie britannique ».

C’est pareil. Malheureusement, si ce texte avait été écrit par Lamartine, la nouvelle version ne serait pas vraiment ce qu’il a écrit. Et sur l’ensemble de son œuvre, le génie de cet auteur serait amoindri aux yeux des lecteurs d’aujourd’hui.

Par contre, si on opte pour la mitraille de points, imaginez la difficulté du jeune écolier à qui le professeur demande de lire à voix haute un texte rédigé ainsi.

Dans le même ordre d’idée, à chaque fois qu’il sera question d’un être sexué, l’acteur de théâtre, de cinéma ou de télévision se butera sur le texte écrit ou traduit en écriture inclusive.

À l’époque de l’Empire romain, tous les textes étaient en majuscules et aucun signe de ponctuation ne l’interrompait.

Au Moyen-âge, on a inventé à la fois les minuscules et les plus importants signes de ponctuation; la virgule pour insérer une pause dans la phrase et le point pour la terminer.

De nos jours, l’auteur doit user de finesse lorsque vient le temps d’utiliser une abréviation comme etc. En effet, le point de l’abréviation peut être confondu avec un point final. On pourra donc placer l’abréviation à la fin de la phrase pour que son point fasse une pierre deux coups. Autrement, la minuscule ou la majuscule au début du mot suivant permet d’indiquer au lecteur la nature du point qui le précédait.

Mitraillé par l’écriture inclusive, le lecteur doit constamment analyser la phrase pour en deviner le sens.

Le point médian

Afin d’évider cette confusion, certains suggèrent le point médian, appelé également point d’altérité. Au lieu d’être à la ligne, ce point est situé à mi-fauteur des caractères. Par exemple, les citoyen∙ne∙s.

À l’heure actuelle, le point médian n’est pas offert sur le clavier de nos ordinateurs mais pourrait l’être à l’avenir si la demande s’en fait sentir.

Le point médian nuit moins à la lisibilité du texte lorsqu’il est utilisé de manière parcimonieuse. Mais dès qu’il devient abondant — ce qui est inévitable avec l’écriture inclusive — il partage la même lacune majeure que le point conventionnel; une diminution de la lisibilité.

L’énumération du féminin et du masculin

Parmi les solutions alternatives, approuvées par le HCE, il y a l’utilisation conjointe du féminin et du masculin. C’est ce qu’on appelle la double flexion.

Prenons une communauté religieuse formée exclusivement de femmes. On les désignera collectivement comme étant des religieuses. Si cette communauté décide de devenir mixte, dès l’ajout d’un premier homme, ce sont des religieux en vertu de la règle selon laquelle le masculin l’emporte sur le féminin.

Face à ce genre de situation, l’Ordre des infirmières du Québec est devenu l’Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec.

L’accord de proximité

Dans certaines langues, les adjectifs se conjuguent en fonction du dernier nom qu’ils qualifient. Ainsi, dans une énumération, on y écrit « Les femmes et les hommes sont nés égaux » ou « Les hommes et les femmes sont nées égales ». Dans ces langues, l’un et l’autre sont parfaitement acceptables.

La première fois qu’on lit « Thomas et Jacynthe sont belles », on est un peu surpris. Mais si cela devait devenir la norme, on finira bien par s’y habituer.

Acceptabilité sociale

Selon un récent sondage, trois Français sur quatre seraient favorables à l’écriture inclusive sans trop savoir de quoi il s’agit.

Dans l’esprit du HCE, l’écriture inclusive se confond avec le combat pour l’égalité des sexes.

Français et Québécois sont d’accord avec l’égalité entre les hommes et les femmes, un des buts visés par l’écriture inclusive.

Mais dès qu’on parle spécifiquement de l’élimination du masculin générique, les choses se compliquent.

Lorsqu’un premier manuel scolaire basé sur l’élimination du masculin générique a fait surface en France, cela a déclenché un tollé.

Accusant l’écriture inclusive d’être un peu la version féministe de la ‘novlangue’ de George Orwell, des députés français s’y sont opposés vigoureusement.

Le ministre français de l’Éducation a déclaré que l’écriture inclusive ajoute à l’écriture une complexité qui n’est pas nécessaire. Son opposition est partagée par sa collègue de la Culture.

Dans un communiqué émis le 26 octobre dernier, l’Académie française a qualifié l’écriture inclusive de péril mortel.

Sans le dire explicitement, cette opposition concerne l’élimination du masculin générique. Ce qui contribue à la confusion puisque l’écriture inclusive, en principe, est une réforme plus vaste que cela.

Conséquemment, dans l’esprit du public québécois, l’écriture inclusive est devenue synonyme de l’élimination du masculin générique.

Pour le blogueur Raphaël Fiévez du Huffington Post, bannir le masculin générique dans le but de combattre le sexisme est aussi futile que de bannir le mot race pour combattre le racisme.

Conclusion

Que la ‘méchante’ Académie française ait décidé au XVIIe siècle d’imposer le féminin générique plutôt que le masculin générique, le résultat serait fondamentalement le même; une simplification de la langue aux dépends d’un genre grammatical.

Après des siècles d’usage, certaines décisions deviennent irréversibles.

À l’heure actuelle, aucune étude scientifique n’a prouvé qu’un programme éducatif basé sur l’écrit mitraillé de points n’entrainait pas de retard dans l’apprentissage du français auprès de jeunes écoliers.

N’importe qui est libre d’écrire le français comme il le souhaite.

Contrairement aux bouleversements actuels provoqués — à juste titre — par la dénonciation du harcèlement sexuel, le combat pour l’élimination du masculin générique fait partie de ces luttes bourgeoises et superficielles qui ne changent rien à la vie de tous les jours.

Ni plus ni moins, il s’agit ici d’une version moderne des Précieuses ridicules de Molière. Conséquemment, les organismes qui y ont recours pour faire ‘cool’ se discréditent.

Dans le cas du HCE, cela est dommage puisque dans l’ensemble des mesures qu’il préconise sous l’appellation générale d’écriture inclusive, il y a beaucoup de suggestions intéressantes que cet organisme aura du mal à promouvoir après le discrédit qu’essuiera probablement sa proposition extravagante d’abolir le masculin générique.

Références :
Écriture inclusive
Jean de La Fontaine en inclusif
L’écriture inclusive, fausse solution à l’iniquité des sexes
Pour l’Académie française, l’écriture inclusive est un “péril mortel”
Pour une communication publique sans stéréotype de sexe
Qu’est-ce que l’écriture inclusive et pourquoi pose-t-elle problème ?
3 Français sur 4 se disent favorables à l’écriture inclusive

Parus depuis :
L’écriture inclusive, un débat déjà vieux de 40 ans au Québec (2017-11-23)
Ecriture inclusive : malaise à l’Académie française (2017-12-13)
Le bannissement partiel de l’écriture inclusive sur ce blogue (2020-05-19)
L’«écriture inclusive» interdite à l’école française (2021-05-12)

Détails techniques : Appareil Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 12-40mm — F/2,8 — 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 640 — 22 mm


Pour consulter les textes de ce blogue consacrés à la grammaire et à l’orthographe, veuillez cliquer sur ceci.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Violence policière, port du masque et démocratie

Publié le 9 novembre 2017 | Temps de lecture : 5 minutes

Introduction

Plus tôt cette semaine, le Service de police de la ville de Montréal a été condamné à verser la somme de 175 000$ (plus les intérêts), pour un incident survenu lors d’une des premières manifestations du Printemps érable.

À cette occasion, une grenade assourdissante a explosé beaucoup trop bas et a causé une perte d’acuité visuelle presque totale de l’œil droit de Francis Grenier, alors âgé de 22 ans.

Dans son jugement de 86 pages, les reproches du juge Steve J. Reimnitz, adressés aux forces policières, sont les suivantes :
• le refus aveugle de tenir compte des mises en garde du fabricant au sujet de la létalité possible des grenades assourdissantes (paragraphes 405 à 428),
• la méconnaissance de leur puissance (par. 444-50),
• l’absence de mode d’emploi (par. 461-3) et conséquemment le fait que chaque policier avait sa propre méthode de les utiliser (par. 466-70),
• l’imprécision de la trajectoire suivie par ces grenades, de même que de la vitesse de leur descente sur une foule (par. 566-78, 619)
• l’utilisation superflue d’autres grenades assourdissantes après que les précédentes aient atteint leur objectif (par. 526-44).

L’interdiction du port du masque

À plusieurs reprises sur ce blogue, je me suis exprimé en faveur de l’interdiction du port du masque sur la voie publique… à moins que cela soit justifié par des raisons climatiques (le froid), médicales (des pansements chirurgicaux) ou sécuritaires (un casque de moto).

Il est rare que je change d’avis après avoir longuement réfléchi sur un sujet. C’est le cas cette fois-ci.

Au cours du Printemps érable, le gouvernement libéral de Jean Charest a autorisé les forces policières à recourir à des outils de répression d’une violence considérable.

Ces armes ont rendu borgnes Francis Grenier à Montréal et Maxence Valade à Victoriaville, en plus de fracturer la mâchoire, casser des dents et causer une commotion cérébrale chez d’autres manifestants.

Confronté au désastre de leur utilisation, le gouvernement Charest a refusé d’en interdire l’usage, se contentant de suggérer aux blessés de s’adresser aux organismes de déontologie policière.

Ce sont donc les tribunaux qui se voient aujourd’hui obligés de se dresser contre les dérives autoritaires de l’État. La cause de Francis Grenier est la première à connaitre son aboutissement. D’autres suivront.

À différence de la manifestation à Victoriaville (qui a tourné à l’émeute), celle au cours de laquelle Francis Grenier a été mutilé fut une manifestation essentiellement pacifique.

Comme le rappelle le juge Reimnitz, le droit de manifester est un droit constitutionnel. Ce n’est pas parce qu’une minorité de manifestants bloquaient illégalement l’accès d’un immeuble que les policiers étaient justifiés d’interdire l’ensemble de la protestation et surtout, de s’attaquer aux manifestants alors qu’ils étaient justement en train d’obéir à l’ordre de dispersion.

Par des agissements dignes d’un pays totalitaire, les forces répressives de l’État ont démontré qu’il est parfois indispensable de porter un casque de protection afin d’exercer un droit démocratique, soit celui de manifester.

Conséquemment, ils ont rendu impossible l’adoption d’une législation interdisant le port du masque sur la voie publique.

L’autoritarisme de l’État

La grande majorité des mutilations subies au cours du Printemps érable sont survenues au cours de la manifestation à Victoriaville. Celle-ci a tourné à l’émeute, justifiant l’usage de la force.

La question fondamentale à se poser est la suivante : dans quelle démocratie voulons-nous vivre ?

Oublions le cas particulier du Printemps érable.

Voulons-nous vivre dans un État où le gouvernement peut librement adopter des mesures très impopulaires et les imposer par la force, au prix d’une violence extrême ?

Regardons les moyens dont se dotent les municipalités américaines, qui vont jusqu’à l’achat de chars d’assaut. Cela est rendu nécessaire par la généralisation du port des armes par les citoyens, un système judiciaire dominé par des suprémacistes blancs et une société presque complètement dépourvue de justice sociale.

Après qu’il eut consenti à des réductions d’impôts ou offert des échappatoires fiscales aux gens fortunés, voulons-nous laisser l’État démanteler notre filet de protection sociale au nom de la nécessité d’équilibrer le budget tout en nous privant de tout moyen de nous y opposer ?

Ou, au contraire, voulons-nous, comme les Islandais, vivre dans un pays où la faiblesse des moyens répressifs de l’État est telle qu’elle oblige le gouvernement tenir compte de l’acceptabilité sociale de ses politiques et à servir humblement le peuple ?

Il ne s’agit pas ici de rendre l’État impotent mais de l’obliger, dans l’allocation de ses ressources, à privilégier la justice sociale et le développement économique plutôt que le respect de la loi et de l’ordre établi.

Références :
Décision du juge Steve J. Reimnitz
Manifestations étudiantes : un jeune blessé à l’œil obtient gain de cause

Paru depuis : Montréal paie 6 millions $ et s’excuse pour des arrestations de masse de manifestants (2023-02-28)

Sur le même sujet : Tirs de balles de plastique : attend-on de tuer quelqu’un ?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Coup de pouce contre Apple

Publié le 8 novembre 2017 | Temps de lecture : 2 minutes

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Il y eut une époque où le mari infidèle devait absolument éviter que son téléphone portable tombe entre les mains de son épouse.

Mais cette époque est bien révolue.

De nos jours, même le FBI peine à briser le code à quatre chiffres qui protège la confidentialité des téléphones d’Apple.

Or cette compagnie offre maintenant un code à six chiffres et, sophistication suprême, le déverrouillage par empreinte digitale.

Rien n’est plus distinctif qu’une empreinte digitale. Conséquemment, de nos jours, les maris infidèles peuvent dormir sur leurs deux oreilles.

C’est du moins ce qu’a cru un passager de Qatar Airways en partance hier de la capitale qatari en direction de l’Indonésie.

Durant son sommeil, son épouse soupçonneuse a d’abord allumé le téléphone de son mari en appuyant sur le bouton principal.

À l’écran de déverrouillage, l’épouse a délicatement placé le téléphone sous le pouce de son mari endormi. Et bingo ! le téléphone était prêt à livrer ses secrets; courriels expédiés à sa maitresse, factures électroniques des cadeaux somptueux offerts à celle-ci, etc.

Réveillé brutalement par les coups de son épouse, le mari n’a pu contenir la colère déchainée de son épouse. Même les agentes de bord en furent incapables. Les gardiens de sécurité ont bien maitrisé l’épouse, sans réussir à faire taire ses cris et le scandale qu’elle provoquait.

Si bien que l’avion dût atterrir d’urgence au port de Madras, en Inde.

Toute cette histoire prouve que si Apple est assez puissante pour se dresser contre le FBI, ses téléphones ne peuvent résister à la débrouillardise d’une épouse soupçonneuse…

Référence :
Qatar Airways plane forced to land after wife discovers husband’s affair midflight

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Écrit par Jean-Pierre Martel