Quand la police craint d’être accusée de racisme

Publié le 5 juin 2026 | Temps de lecture : 7 minutes

Une arrestation qui tourne mal

Tard dans la soirée du 3 décembre 2025, les services d’urgence de Southampton (une ville portuaire du sud de l’Angleterre) reçoivent un appel au sujet d’un incident qui vient de survenir.

L’appelant est le frère de Vickrum Singh Digwa. Celui-ci a eu une dispute qui a mal tourné avec un inconnu.

Vickrum Singh Digwa est un Britannique de 22 ans de religion Sikh. L’inconnu est Henry Nowak, 18 ans, étudiant en première année en comptabilité à l’université de Southampton.

À l’arrivée des patrouilleurs, Vickrum Singh Digwa se présente comme la victime d’un ‘assaut raciste’ au cours duquel Henry Nowak a arraché son turban.

Henry Nowak git au sol sur le terrain d’un voisin.

Interrogé à son tour, Henry Nowak accuse Vickrum Singh Digwa de l’avoir poignardé et se plaint d’avoir de la difficulté à respirer.

Toutefois, il fait noir. De plus, Henry Nowak porte des vêtements sombres. Si bien que les policiers n’arrivent pas à voir où seraient situées ses blessures.

Ne disposant d’aucun indice qui leur permettrait de croire que l’état de faiblesse apparente d’Henry Nowak s’expliquerait par une intoxication à l’alcool ou à une drogue, les policiers font fi du principe de précaution, n’appellent pas des secouristes, et se contentent de lui réciter ses droits civiques pendant qu’ils le menottent.

Une minute plus tard, l’état d’Henry Nowak s’est tellement détérioré qu’un patrouilleur tente une réanimation cardiorespiratoire.

En vain; Henry Nowak meurt sous leurs yeux.

Ces jours-ci, cet assassinat provoque de vives réactions en Grande-Bretagne et ailleurs dans le monde. Sur les médias sociaux, le Département d’État américain a accusé la police britannique de partialité en créant deux classes de citoyens.

Pourquoi un crime commis il y a six mois provoque-t-il maintenant autant de réactions ?

C’est que le jugement en première instance vient d’être publié.

Les détails

Dans son jugement de dix pages, le juge Willima Mousley révèle le fond de l’histoire.

Ce soir du 3 décembre 2025, Henry Nowak revient à pied d’une fête organisée pour célébrer la fin de sa session universitaire. Il a bu, mais son taux d’alcoolémie ne dépasse pas la limite légale pour prendre le volant.

Sur son chemin, il passe devant la résidence familiale de Vickrum Singh Digwa. Ce dernier s’en prend à lui pour des raisons demeurées obscures.

Comme le feraient bien des jeunes de son âge, Henry Nowak a le réflexe de sortir son téléphone et de filmer ce qui se passe.

C’est alors que Vickrum Singh Digwa le lui arrache des mains. Ce vol déclenche une bagarre au cours de laquelle Vickrum Singh Digwa perd son turban. Fou de rage, il sort un couteau d’une vingtaine de centimètres et poignarde Henry Nowak à cinq reprises.

Lorsqu’arrivent les policiers, Henry Nowak se trouve sur le terrain du voisin (plutôt que devant la maison familiale de Vickrum Singh Digwa).

Cela s’explique par la tentative d’Henry Nowak d’échapper à son agresseur. Il a donc escaladé une clôture, avant de glisser du capot de la voiture du voisin stationnée devant son entrée de garage.

Avant l’arrivée des policiers, Vickrum Singh Digwa s’est contenté de filmer sadiquement, sur son propre téléphones, la fuite désespérée de sa victime. Voilà pourquoi, c’est son frère qui a appelé les services d’urgence.

En raison de la mort d’Henry Nowak, les journalistes n’ont pas pu obtenir son témoignage et se sont contentés de la version officielle des faits.

Jusqu’à maintenant, on ignorait la nature de cet assaut raciste à l’origine du conflit. La lecture du jugement nous apprend que l’adolescent de 18 ans a qualifié Vickrum Singh Digwa de ‘Paki’ (un diminutif de Pakistanais).

Voilà donc le ‘crime’ qui a motivé les policiers à menotter cet adolescent, trop faible pour se relever.

Les viols collectifs de Telford

Ce fait divers survient huit ans après la révélation des viols collectifs de Telford (une agglomération située au sud-ouest de l’Angleterre).

Pendant quatre décennies à partir du début des années 1980, un réseau d’environ deux-cents personnes — à 84 % des Britanniques d’origine pakistanaise — a agressé sexuellement près d’un millier d’adolescentes ‘blanches’ (sauf trois d’entre elles).

Si ce réseau a pu opérer en toute impunité pendant une si longue période, c’est qu’à chaque fois, le rapport des policiers ou des intervenants des services sociaux a été classé sans suite par leurs supérieurs par crainte d’être accusés de racisme par la communauté sikhe, renommée pour son activisme politique.

C’est une vaste enquête du Sunday Mirror, publiée le 11 mars 2018, qui a révélé l’ampleur du scandale.

Se taire pour ne pas alimenter l’intolérance

Dans n’importe quelle société, rien n’est plus dangereux que de faire croire à une majorité de citoyens qu’elle est victime d’une minorité ethnique facilement reconnaissable.

Pour éviter d’alimenter ce faux sentiment d’injustice, les pouvoirs publics ont le devoir de faire en sorte que tous les citoyens soient égaux devant la loi.

Comment se fait-il que devant une ‘agression’ insignifiante — qualifier quelqu’un de ‘Paki’ — les policiers ne trouvent rien de mieux que de menotter un adolescent de 18 ans dans le but apparent de judiciariser l’affaire ?

Normalement, ils auraient dû donner une contravention à Vickrum Singh Digwa pour les avoir dérangés pour aussi peu et chercher plutôt à comprendre l’état dans lequel se trouvait Henry Nowak.

Dans sa décision, le juge Willima Mousley prend soin de n’adresser aucun reproche aux policiers impliqués dans cette affaire.

S’appuyant sur l’avis de l’expert médical qui a témoigné devant lui, le juge soutient que la condition d’Henry Nowak était tellement précaire à l’arrivée des policiers que même s’ils avaient, par mesure de prudence, appelé une ambulance, cela n’aurait rien changé à l’issue fatale de cette affaire.

Compte tenu de la perforation d’un de ses poumons et de la quantité de sang retrouvé à l’autopsie dans la cavité thoracique ou abdominale d’Henry Nowak (1,2 litre de sang), il est clair que relever une personne étendue au sol pour la faire assoir et l’incliner vers l’avant afin de lui menotter les mains dans le dos était une idée dangereuse qui a très certainement accéléré la mort d’Henry Nowak.

Aucun ambulancier au monde n’aurait transporté un tel patient autrement qu’étendu sur une civière, quitte à lui attacher les membres par des sangles si on soupçonne qu’il fait semblant.

Le tollé provoqué par l’attitude policière envers Henry Nowak fait l’affaire des milieux xénophobes, heureux de condamner la partialité des policiers dans ce cas-ci.

Mais si les milieux dits ‘de gauche’ faisaient davantage preuve de discernement, ils ne laisseraient pas à la droite le monopole de l’indignation populaire contre les abus du wokisme.

Références :
Affaire des viols collectifs de Telford
Europe’s far right exploit Henry Nowak murder in UK with populist rhetoric on race
Former police officer in hiding after being falsely linked to Henry Nowak arrest
Le kirpan et la sécurité
Man who said he carried knife as part of Sikh faith guilty of murdering Southampton student
No 10 dismisses US claim of ‘two-tier’ UK policing after Henry Nowak murder
The King -v- Vickrum Singh Digwa

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Écrit par Jean-Pierre Martel