Histoire et description
Le premier juillet 1925, dans la ville ontarienne d’Orillia, les célébrations du Jour de la Confédération furent toutes spéciales.
Dans cette ville située au cœur de ce qui a été la Huronie (avant sa destruction par les Iroquois entre 1646 et 1653), on inaugurait ce jour-là un monument en honneur de Samuel de Champlain.
Commandé par le gouvernement canadien et réalisé par le sculpteur britannique Vernon March, le monument comprenait à son sommet une statue de Samuel de Champlain.
Plus bas, de chaque côté, on trouvait deux groupes.
À droite, l’un montrait un missionnaire récollet dans une pause aussi théâtrale que dominatrice à l’égard de deux Autochtones à ses pieds.
Le deuxième groupe représentait un coureur des bois évaluant les fourrures que deux autres Autochtones, assis eux aussi, lui apportent.
Au centre du piédestal, une plaque de bronze portait un texte anglais dont la traduction est la suivante :
« Ce monument est érigé pour commémorer l’arrivée en Ontario de la race blanche sous la direction de Samuel de Champlain.
L’intrépide explorateur et colonisateur français, accompagné de ses hommes, arriva dans nos contrées durant l’été de 1615 et passa l’hiver suivant auprès des Indiens, établissant ses quartiers au village huron situé près d’ici.
Ce monument est un symbole de la bonne volonté entre les peuples francophones et anglophones du Canada.»
La controverse
En 2017, la statue de Champlain a été déboulonnée en raison de l’érosion de son socle. Cette année-là, Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières nations du Québec et du Labrador s’était rendu à Orillia. À cette occasion, il avait exprimé le souhait qu’on remette en place la statue de Champlain sans la plaque et les sculptures secondaires qui l’accompagnaient.
De nos jours, lorsqu’on lit les commentaires des citoyens d’Orillia aux articles publiés dans le média local de la ville, il ne semble pas que la population de cette ville soit hostile à Samuel de Champlain.
De manière générale, les gens sont partagés entre ceux qui se désolent que la ville se prive d’un œuvre d’art et ceux qui, excédés par le vandalisme dont elle est la cible, préfèrent qu’on la vende plutôt que de débourser les 250 000$ que sa restauration couterait.
Bref, on aurait tort de penser que le vandalisme de la statue de Champlain à Orillia ressemble de près ou de loin à une hostilité généralisée envers le Québec.
Mais elle suscite la violente opposition d’une poignée de militants wokes pour qui la statue de Champlain est offensante parce que le fondateur de la ville de Québec est, à leurs yeux, une ‘figure coloniale’.
En effet, Champlain est une figure coloniale comme le sont tous les personnages célèbres de Nouvelle-France. C’est ainsi qu’une bonne partie des femmes auxquelles on rend hommage à la Place des Montréalaises sont des figures coloniales.
Quand le wokisme est l’allié d’Ottawa
Au début des années 2010, un mouvement anticolonial et antiraciste a déferlé dans les facultés de sciences sociales des campus américains. Ce mouvement fut ultérieurement appelé ‘mouvement woke’.
À juste titre, ce mouvement considère que l’histoire des États-Unis se résume à la dépossession violente du territoire étatsunien peuplé originellement par les Autochtones, et la tentative de les exterminer par la famine, la guerre ou par des épidémies volontairement provoquées.
Le peuple américain ayant tendance à juger le monde à partir d’eux-mêmes, on en vint à considérer que tous les colonialismes à travers le monde sont comme celui duquel les États-Unis sont nés.
Mais il y a une exception; c’est le colonialisme français en Amérique du Nord.
À l’époque de la Nouvelle-France, Paris ne cherchait pas à y déverser des surplus de population comme l’Angleterre l’a fait en raison de sa révolution industrielle. Chez nous, il ne s’agit donc pas d’un colonialisme de peuplement.
La France cherchait plutôt à y développer le commerce des fourrures.
Ce qui impliquait que Paris envoie au Canada des commis voyageurs — appelés ‘coureurs des bois’ — partis à la rencontre des peuples autochtones afin de développer des amitiés et d’y tisser des liens d’affaires dans le but de les inciter à ‘récolter’ des fourrures pour le compte, au final, de compagnies exportatrices françaises
À l’exception de quelques accidents maladroits dans les relations entre la France et la presque totalité des peuples autochtones d’Amérique du Nord, ces derniers étaient des alliés militaires et des partenaires d’affaires.
C’est ce que le wokisme canadien s’entête à ne pas voir, un entêtement encouragé par Ottawa.
Lorsqu’Ottawa prétend que le Canada est né en 1867 alors que la naissance du Canada (en tant qu’entité politique) remonte à la Renaissance, il insinue que tout ce qui s’est passé avant 1867 est de moindre importance.
De plus, il masque le fait que les descendants de colons français ont plus de légitimité que d’autres à occuper ce territoire parce que nos ancêtres sont arrivés dans cette partie du monde des siècles plus tôt. Tout comme la légitimité des peuples autochtones est indiscutable.
D’autre part, tout colonialisme visant à l’extinction d’un peuple s’accompagne d’une propagande destinée à convaincre ce peuple qu’il ne mérite pas d’exister, soit physiquement soit culturellement.
Quand le ministre fédéral Marc Miller se déclare favorable à ce que la statue de Champlain retrouve sa place à Orillia, il prend bien soin de ne pas expliquer pourquoi. Parce qu’il devrait alors s’attaquer aux préjugés wokes qui sont à la base de la contestation dont cette statue est l’objet.
L’extinction du peuple francoQuébécois par le biais, entre autres d’une immigration massive, s’accompagne d’une propagande qui vise à inculquer la honte de ce que nous sommes.
Une honte à l’œuvre auprès des jeunes francophones qui fréquentent les cégeps et universités anglophones du Québec où sévit le wokisme canadien et conséquemment, le mépris à l’égard de nos ancêtres, accusés de partager les torts du colonialisme génocidaire anglo-saxon. Ce qui est faux.
Faire disparaitre de l’espace public les hommages mérités qui sont rendus aux grands bâtisseurs de notre nation, c’est condamner à l’oubli la grandeur de notre histoire.
Références :
La statue controversée de Samuel de Champlain à Orillia: avec une seule photo, l’histoire se moque d’elle-même
Le ministre Miller souhaite la réinstallation de la statue de Champlain à Orillia
Massacre des Hurons
Sauver ou cacher Samuel de Champlain?
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Compléments de lecture :
Gabriel Sagard en Huronie
Les Sauvages
Écrit par Jean-Pierre Martel