Mouawad et la guerre civile libanaise

Publié le 26 avril 2011 | Temps de lecture : 6 minutes

Le dramaturge Wajdi Mouawad

Wajdi Mouawad est né au Liban le 16 octobre 1968. Il quitte son pays natal en 1976, émigre d’abord en France (où il demeurera sept ans) puis s’installe définitivement au Québec en 1983.

À 23 ans, il reçoit son diplôme de l’École nationale de théâtre du Canada. Lauréat du Prix littéraire du Gouverneur général du Canada dans la catégorie théâtre en 2000, il est récipiendaire en 2009 du Grand prix du théâtre de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre dramatique.

La guerre civile libanaise

La guerre civile libanaise déchira ce pays de 1975 à 1990. Elle fit entre 130,000 et 250,000 victimes civiles. Elle débute par une tentative d’assassinat à Beyrouth, la ville natale de Wajdi.

Le matin du 13 avril 1975, Pierre Gemayel (un ministre libanais) se rend à l’inauguration d’une église catholique dans la banlieue ouest de Beyrouth. Des miliciens pro-syriens échouent dans leur tentative de le tuer mais atteignent mortellement son garde du corps.

Quelques heures plus tard, en représailles, les miliciens de Pierre Gemayel arrêtent un autobus transportant 27 travailleurs palestiniens, l’aspergent d’essence, y mettent le feu et mitraillent tous ceux qui tentent de s’en échapper.

Je me rappelle vaguement d’une entrevue télévisée au cours de laquelle — si ma mémoire est bonne — Wajdi aurait déclaré avoir été témoin de ce massacre. Il avait six ans.

Cette journée du 13 avril 1975 marque le début officiel de la guerre civile libanaise. La tuerie survenue ce jour-là provoque une série d’actes de violence entre Musulmans et Chrétiens, chaque groupe enterrant ses martyrs et jurant de venger ses morts.

Au cours d’un samedi de décembre 1975, près de la capitale libanaise, les milices chrétiennes tuent 600 Musulmans pour venger la découverte, plus tôt cette journée-là, de quatre Chrétiens trouvés tués à coups de hache.

Le 18 janvier 1976, les milices chrétiennes tuent environ 1,500 Musulmans dans un quartier de Beyrouth-Est. Deux jours plus tard, les Palestiniens répliquent en attaquant la ville de Damour, située à 20 km au sud de Beyrouth, et y massacrent entre 300 et 1,500 Chrétiens.

Alors que s’accélère la violence inter-religieuse, la famille Mouawad quitte le Liban en 1976. Il est probable qu’à l’étranger, la famille de Wajdi a suivi les événements qui se déroulaient au Liban.

De tous les massacres qui ont jalonné cette guerre civile, le plus connu est celui de Sabra et de Chatila, du nom de deux camps palestiniens situés à la périphérie de Beyrouth.

Le massacre de Sabra et de Chatila

Le 6 juin 1982, l’armée israélienne envahit le Liban et s’arrête aux portes de la capitale libanaise. Le 20 août suivant, les États-Unis obtiennent un accord de cessez-le-feu en vertu duquel les soldats de l’Organisation de libération de la Palestine quittent Beyrouth tandis que l’armée israélienne accepte de ne pas avancer davantage dans la ville.

Le 23 août 1982, Bachir Gemayel (le fils de Pierre Gemayel, dont il a été question plus haut) est élu président du Liban.

Le 14 septembre 1982, il meurt assassiné par un militant pro-syrien.

Le 15 septembre, l’armée israélienne répond à l’assassinat de leur allié en investissant Beyrouth-Ouest, contrairement à l’accord de cessez-le-feu signé un mois plus tôt. Israël justifie ce redéploiement par la nécessité de maintenir l’ordre et de détruire l’infrastructure laissée par les terroristes.

Les 16 et 17 septembre, alors que les camps de Sabra et Chatila sont encerclés par l’armée israélienne et que la population y est désarmée, l’armée israélienne laisse entrer les milices chrétiennes qui y tueront hommes, femmes et enfants pendant ces deux jours et ce, afin de venger la mort de Bachir Gemayel. Le massacre fit entre 800 et 3,500 victimes.

Dès les premières heures de la tuerie, de sa chambre de l’hôtel Hilton, l’ambassadeur américain en avait été choqué et en avait informé aussitôt Washington : l’administration Reagan était intervenue promptement auprès du gouvernement israélien mais s’était fait répondre sèchement que les opérations cesseraient lorsqu’elles seraient terminées.

L’implication indirecte de l’armée israélienne dans ce massacre avait fait scandale au sein même de la population israélienne ; sur la principale place de Tel-Aviv, des dizaines de milliers de Juifs manifestaient leur indignation contre ces massacres.

Le gouvernement de ce pays avait dû créer une commission d’enquête dont le rapport blâma mollement le ministre de la Défense d’Israël de l’époque, Ariel Sharon.

Toutefois, l’enquête avait révélé que les milices chrétiennes du Liban étaient financées par Israël et que le chef de la milice qui procéda au massacre, Elie Hobeika, recevait ses ordres directement d’Ariel Sharon.

En 2001, Elie Hobeika déclarait que si un tribunal international était institué pour juger Ariel Sharon — devenu Premier ministre d’Israël — pour crime de guerre, il serait prêt à témoigner contre lui. Quelques semaines plus tard, Hobeika décédait dans un attentat à la voiture piégée.

La guerre dans l’œuvre de de Wajdi Mouawad

Je n’ai vu que deux œuvres de Wajdi Mouawad.

D’abord le film « Littoral », qui raconte les complications que connait une famille libanaise désirant enterrer la dépouille d’un des leurs et qui découvre horrifiés que les soldats syriens (occupant le Liban) profanent les cercueils libanais afin d’y voler les bijoux et arracher l’or des obturations dentaires des cadavres.

J’ai assisté également à la pièce de théâtre « Ciels » qui décrit le fonctionnement d’une équipe d’experts chargés d’intercepter et de décrypter des messages afin de prévenir des attentats terroristes.

À partir de cet aperçu de l’œuvre de Wajdi, il m’apparait évident que l’auteur dramatique québécois a été profondément marqué par les événements tragiques de son pays d’origine et par le cycle de représailles et de vengeances qui y ont alimenté la guerre civile.

Dans sa réponse à l’affaire Cantat, Wajdi Mouawad écrivait dans Le Devoir : « je tiens la justice comme l’espace pacificateur auquel je me dois de me rallier coûte que coûte, si je veux faire barrage à la barbarie de la vengeance que j’exècre plus que tout tant elle a déchiré le pays qui m’a vu naître

Références
Aimée, ma petite chérie
Elie Hobeika
Guerre du Liban
Karantina massacre
Massacre de Damour
Massacre de Sabra et Chatila
Wajdi Mouawad

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le premier empereur de Chine au MBA

Publié le 4 mars 2011 | Temps de lecture : 4 minutes
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Depuis le 11 février, et jusqu’au 26 juin 2011, le Musée des Beaux-Arts de Montréal présente l’exposition « L’empereur guerrier de Chine et son armée de terre cuite ». Cette exposition est basée sur 240 objets archéologiques dont certains sont montrés pour la première fois hors de Chine.

Ces objets furent prêtés par seize instituts de recherche et musées de la région de Xi’an (prononcer « scie Anne »), une ville qui fut capitale de la Dynastie Qin (prononcer « TChine »), soit celle du premier empereur (qui vécut approximativement de 259 à 210 av. J.-C.).

J’ai visité cette exposition à deux reprises et j’en ai retiré deux impressions diamétralement opposées.

Ayant déjà vu les collections de plusieurs parmi les plus importants musées de Chine — dont le Musée d’histoire du Shaanxi, à Xi’an — j’ai effectué une première visite il y a deux jours simplement pour juger du nombre et de la qualité des objets présentés. Puis, hier soir, je me suis procuré un audio-guide et j’ai pris le temps de lire toute la documentation affichée dans les salles consacrées à l’exposition.

À la première visite, j’ai trouvé que c’était une exposition mineure avec, par exemple, une seule cloche (tirée d’un carillon funéraire) et seulement cinq guerriers en terre cuite (sur des milliers existants).

À la deuxième visite, j’ai réalisé qu’il s’agissait d’une exposition très bien faite où prime l’aspect pédagogique. Pour reprendre l’exemple que je viens de donner, les cinq guerriers — un conducteur de char et un cavalier avec leur monture respective, de même qu’un fantassin, un arbalétrier, et un général — représentent les différents types de guerriers en terre cuite découverts jusqu’ici dans le mausolée du premier empereur. C’est ainsi que le général est l’un des très rares — il y en existe seulement neuf — généraux découverts jusqu’à présent : cela donne une idée du caractère exceptionnel des objets présentés à Montréal.

Bref, je me suis rendu compte qu’on retire de cette exposition ce qu’on y investit. Une visite superficielle peut laisser croire qu’il s’agit d’un événement culturel secondaire, alors qu’une visite approfondie permet de juger réellement de la valeur de l’exposition, consacrée non pas à la culture chinoise en général mais plutôt à l’histoire de cet empereur dont le règne relativement court a été déterminant pour l’histoire de la Chine et dont le mausolée, oeuvre de plus de 700 000 travailleurs, est la plus vaste nécropole au monde, couvrant une superficie de 56 km².

En somme, cette exposition tire son importance non pas de l’abondance des objets présentés mais de leur qualité, de même que de leur variété.

Contrairement à l’habitude d’éditer des catalogues dispendieux, le Musée offre cette fois-ci un catalogue de 72 pages de 20 x 12,5 cm qui ne coûte que 5$. Les parents n’auront pas à se ruiner cette fois-ci pour offrir à leurs enfants ce souvenir, illustré d’une centaine de photos et croquis et qui résume parfaitement ce qu’il faut retirer de cette exposition exceptionnelle.

Pour ceux qui parlent anglais, je recommande fortement de vous procurer le DVD « China’s First Emperor » à 37$, spectaculairement bien réalisé et disponible lui aussi à la boutique de l’exposition.

Références :
L’armée en terre cuite du premier empereur
Le mausolée impérial vandalisé
Un soldat en terre cuite

Détails techniques (Note : les 2e et 3e photos ont été prises en Chine) :
1re photo : Panasonic GF1, objectif Lumix 20 mm F/1,7 — 1/1,000 sec. — F/1,7 — ISO 100 — 20 mm
2e photo  : Panasonic GH1, objectif Lumix 14-45 mm — 1/25 sec. — F/3,5 — ISO 400 — 14 mm
3e photo  : Panasonic GH1, objectif Lumix 14-45 mm — 1/10 sec. — F/5,6 — ISO 400 — 45 mm

Extrait d’une vidéo relative aux soldats en terre cuite du mausolée du premier empereur de Chine :
 

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La Belle et la Bête au TNM : une éblouissante nullité

Publié le 6 février 2011 | Temps de lecture : 2 minutes


 
Le Théâtre du Nouveau-Monde présente jusqu’au 12 février prochain — avec quelques supplémentaires au-delà de cette date — une version contemporaine de « La Belle et la Bête ».

Essentiellement, une bonne partie du merveilleux qu’avait la version originelle de ce conte a été évacuée au profit d’effets spéciaux assez réussis de Michel Lemieux et Victor Pilon.

Mais à part les prouesses technologiques indiscutables de ces deux créateurs, le texte prétentieux et vide de Pierre-Yves Lemieux plombe très vite l’intérêt pour cette œuvre.

En deux mots : aucun des personnages de la pièce n’est attachant. On s’attend à une histoire d’amour et on assiste à une suite de brillantes chorégraphies visuelles espacées par des dialogues creux, dépourvus de tendresse.

La Bête (jouée par François Papineau) n’inspire ni la crainte, ni la fascination que suscitait Jean Marais dans le film de Cocteau, ni même la pitié. L’absence de sex-appeal de la Bête québécoise rend difficilement compréhensible la séduction qu’il exerce sur la Belle, devenue ici artiste rebelle.

On peut donc présumer que le « message » de la pièce, c’est que même la laideur peut constituer une source d’inspiration pour des artistes contemporains aptes à la sublimer par leur art. Cette hypothèse expliquerait alors la fascination de la Belle pour la Bête. C’est mince.

Après quarante minutes, je commençais déjà me demander si je devais rester jusqu’à la fin. À cause de l’absence d’entracte, je suis finalement sorti — exaspéré — dix minutes avant la tombée du rideau.

Détails techniques de la photo : Panasonic GF1, objectif Lumix 20mm F/1,7 — 1/8 sec. — F/1,7 — ISO 800 — 20 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’avenir du cinéma québécois passe par la 3D

Publié le 1 février 2011 | Temps de lecture : 2 minutes
© 2009 — Twentieth Century Fox Film Corporation

Dans les années 90, l’audience des films québécois représentait environ 4% des recettes des salles de cinéma de la province. Ce pourcentage grimpa à 11% au cours de la décennie suivante (soit 11,7% entre 2001 et 2005 et 10,3% entre 2006 et 2010).

En 2009, le Québec a produit trente longs métrages qui ont pris 12,2% des parts de marché. Cette bonne performance a été suivie d’une chute des entrées en 2010 : seulement 8,8%.

Cette diminution s’explique, au moins en partie, par l’arrivée en force des films 3D. Les films 3D présentés au Québec en 2010 — tous étrangers — ont accaparé près de 30% des recettes. Cela correspond précisément à la baisse de l’audience des films québécois l’an dernier. En d’autres mots, les films « 2D » québécois ont conservé leur part du marché en déclin des films « 2D ».

L’arrivée du cinéma 3D représente un bouleversement aussi important que l’arrivée du cinéma muet à la fin des années 1920. Notre industrie cinématographie doit donc s’adapter à ce phénomène qui, de toute évidence, n’a rien de passager.

Cela est d’autant plus important que le cinéma est davantage que du divertissement. Depuis des années, je me sers des meilleurs films québécois comme outil de francisation auprès de collègues néoquébécois.

Non seulement ces films véhiculent-ils nos valeurs sociales, mais ils offrent aussi un échantillonnage du vocabulaire usuel et de l’accent québécois. Il nous suffit donc de prêter nos DVD pour aider les nouveaux québécois à s’intégrer à la culture majoritaire — pour l’instant — du Québec.

Référence : François Macerola défend la performance du cinéma québécois

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La fille du régiment

Publié le 30 janvier 2011 | Temps de lecture : 2 minutes

 

 
Si vous êtes abonnés à Artv, je vous invite à regarder un spectacle musical demain, lundi 31 janvier, à 21h30. L’histoire est amusante et c’est chanté en français. Les interprètes sont excellents, l’histoire est rondement menée et tous les artisans du spectacle ont admirablement bien fait leur travail. Et en plus, c’est gratuit puisqu’on est ici à la télévision. Mais — vous l’avais-je dit ? — La fille du régiment est un opéra.

C’est en 1840 que le compositeur italien Gaetano Donizetti présente son premier opéra-comique composé en français. Cette année-là, les cendres de Napoléon (mort en 1821) sont rapatriées au Panthéon. La France toute entière connaît alors un regain patriotique pour la figure napoléonienne. L’oeuvre sera donc un immense succès.

Si vous pensez qu’un opéra, c’est une suite d’airs mélodieux, détrompez-vous : c’est du théâtre chanté. Évidemment, on y trouve des airs mémorables, dont l’extrait Militaire et mari qui vaudront au chant athlétique de Juan-Diego Florez (ci-dessus) un tonnerre d’applaudissements tellement long, lors de la représentation captée pour la télévision, qu’on a dû l’abréger au montage.

Quant à la prestation de Natalie Dessay, dans le rôle-titre, je ne crois pas qu’il soit possible de trouver une autre soprano capable de la surpasser d’ici plusieurs décennies tant par la diction et la qualité de sa voix, que par son sens de la comédie.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les merveilleux mensonges du baron Münchhausen

Publié le 28 janvier 2011 | Temps de lecture : 3 minutes
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Le théâtre Denise Pelletier est situé dans mon quartier (Hochelaga-Maisoneuve). Du 12 janvier au 10 février, on y présente la pièce « Münchhausen — Les machineries de l’imaginaire » qui raconte les aventures de Karl-Friedrich Hieronymus, baron de Münchhausen (1720-97).

Après une courte carrière militaire en Russie contre les Turcs, ce noble allemand prend sa retraite à 24 ans afin de se consacrer à l’administration de son domaine. Au cours des réceptions qu’il donne par la suite, le baron prend l’habitude de divertir ses invités en leur racontant ses exploits de jeunesse. Comme des histoires de pêche, d’une fois à l’autre, ceux-ci s’amplifient et deviennent de plus en plus extraordinaires. Au grand plaisir de tous. Car le baron est un merveilleux fabulateur.

Un de ses amis, écrivain, publie à Londres en 1786 un recueil de ces aventures. Cette publication obtient alors un immense succès, ce qui incitera une troupe ambulante à créer en France un spectacle basé sur la traduction de Théophile Gauthier. Pendant près de 200 ans, de 1797 à 1974, le Théâtre Galimard & Fils ne présentera qu’une seule pièce : celle basée sur les aventures du baron.

En 1988, on en a fait un film (qui est passé à la télévision récemment) sur lequel est basée l’adaptation présentée hier soir chez Denise-Pelletier.

Les récits du baron n’ont pas la poésie et l’humanisme de ceux de Fred Pellerin. En contrepartie, ce spectacle est — littéralement — un pur divertissement. N’y cherchez pas une réflexion profonde sur la condition humaine : il n’y en a pas et on s’en fout. Après quelques minutes, toute rationalité disparaît chez le spectateur : ce dernier devient alors, pendant plus de deux heures, un grand bébé émerveillé devant l’invraisemblance outrageuse des aventures du baron.

Je n’ai pas vérifié si, dans la salle, il restait quelqu’un qui n’avait pas le sourire étampé au visage durant le spectacle mais je serais très surpris qu’il y ait eu. J’avais mal dormi la veille et normalement j’aurais du m’assouplir un peu, ça et là, au cours de la représentation. D’autant plus que j’ai vu le film il y a moins de deux semaines. Or je ne suis pas ennuyé une seule minute.

Bref, si vous cherchez un agréable divertissement, le voici. C’est du bonbon.

Détails techniques de la photo : 
Panasonic GF1, objectif Lumix 20mm F/1,7 — 1/40 sec. — F/1,7 — ISO 100 — 20 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La censure de « Money for nothing » de Dire Straits

Publié le 14 janvier 2011 | Temps de lecture : 3 minutes

Dire Straits est un groupe de rock britannique créé en 1977 : le quatuor s’est dissout en 1993 après avoir vendu plus de 120 millions d’albums.

Un de leurs plus grands succès est « Money for nothing », publié sur l’album « Brothers in Arms » (1985). Cette chanson reprend ironiquement les propos hostiles entendus d’un vendeur d’appareils électroménagers contre les vedettes rock : selon lui, ces artistes mènent une vie aisée, l’argent coulant à flot et les filles acceptant de coucher avec eux facilement (money for nothing and chicks for free).

À la suite d’une plainte d’un auditeur de Terre-Neuve, le Conseil canadien des normes de la radiotélévision a récemment décidé d’interdire cette chanson sur les ondes canadiennes. En effet, à trois reprises, on peut y entendre le mot « tapette » (faggot). Selon l’organisme de règlementation canadienne, « Faggot est un mot qui, même s’il était entièrement ou marginalement acceptable à une époque précédente, ne l’est plus.»

À mon avis, on ne peut pas réécrire l’histoire. Toutes les œuvres artistiques reflètent les mentalités qui prévalaient au moment de leur création.

À titre d’exemple, dans les films de Sacha Guitry, les femmes ne servent que de faire-valoir au cinéaste-comédien. On comprend facilement que des spectatrices d’aujourd’hui peuvent ne pas apprécier son humour cinglant. Pourtant c’est lui le parolier d’une chanson féministe écrite pour sa maitresse Yonne Printemps (« J’ai deux amants »).

Ce qui n’était qu’un jeu ou une parodie à une époque, peut prendre ultérieurement un sens différent alors que le temps a effacé les repères qui permettaient aux spectateurs ou auditeurs du temps de relativiser l’œuvre.

Doit-on interdire tous les romans, films et opéras susceptible de heurter les mentalités d’aujourd’hui ? Si oui, vous risquez de ne jamais plus entendre « Cosi fan tutte » et « La flute enchantée » de Mozart, ni « Les pèlerins de la Mecque » de Gluck, ni « Il Trovatore » de Verdi, pour ne nommer que ceux-là ; les deux premiers accusés de misogynie, le troisième d’islamophobie et le dernier de racisme (les Bohémiens seraient des voleurs d’enfant).

Quelqu’un qui fredonnerait aujourd’hui un couplet de « Money for nothing » dans le but précis d’offenser ou de harceler un homosexuel, ou une station de radio qui ferait de cet extrait un hymne homophobe, joué à répétition, pourrait être accusé de harcèlement. Mais interdire une œuvre ancienne par rectitude politique est, à mon avis, excessif et nous prive de la faculté de constater l’évolution des mentalités dans nos sociétés depuis la création de cette œuvre.

Être cultivé, c’est avoir la faculté d’apprécier une œuvre au-delà des barrières culturelles qui se sont dressées depuis entre son créateur et nous.

Références :
Dire Straits
Dire Straits’ ‘Money for Nothing’ Banned in Canada
Une chanson de Dire Straits jugée homophobe

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Don Carlo du Metropolitan Opera

Publié le 12 décembre 2010 | Temps de lecture : 2 minutes
© 2010 — Metropolitan Opera

Hier le Metropolitan Opera de New York retransmettait par satellite Don Carlo (de Verdi) à des centaines de salles de cinéma autour du globe, dont le cinéma Quartier-Latin à Montréal.

L’œuvre dure plus de trois heures sans les entractes. Il s’agissait d’une production assez réussie créée par le Covent Garden de Londres.

Les décors sont stylisés. L’époque est suggérée par un minimum d’accessoires, laissant toute la place au drame. Les éclairages sont également discrets. De manière générale, les costumes sont réussis malgré le fait que si on avait évité les décolletés féminins, on aurait mieux souligné l’intégrisme religieux du règne de Philippe-II d’Espagne. En gros, les couleurs dominantes de cette production sont le noir et le rouge. La mise en scène est sobre et efficace.

En dépit d’un livret intéressant et admirablement bien écrit, cet opéra est rarement monté parce qu’il nécessite la contribution d’un grand nombre d’interprètes de premier ordre dont six (!!!) rôles principaux. Comme c’est habituellement le cas, le Metropolitan s’était payé le luxe de réunir une distribution impeccable.

À mon avis, la grande vedette de cette représentation, c’est l’orchestre du Metropolitan Opera sous la direction de Yannick Nézet-Séguin. Des duos d’amour aux affrontements violents, les musiciens ont soutenu les interprètes quand il le fallait et pris toute la place, dramatique, que la partition leur accorde.

Bref, un franc succès.

Références :
Don Carlo de Verdi: très fort
Don Carlo, Metropolitan Opera

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Ring de Lepage : ahurissant !

Publié le 12 octobre 2010 | Temps de lecture : 4 minutes
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Pour ceux qui ne connaissent pas Le Ring de Wagner, c’est une série de quatre opéras (donc une tétralogie) dont l’histoire est tout simplement un conte de fée pour grandes personnes, avec ses dieux, ses géants, ses nains, ses dragons, son anneau et son heaume magiques, etc.

Ma première écoute de cette tétralogie remonte à il y a vingt ans. C’était la version dirigée par Georg Solti (un chef hongrois). Celle-ci avait fait sourciller les puristes à l’époque puisque les bruits qu’on entendait dans cette version captée en studio étaient ceux créés par des bruiteurs et non des bruits de scène. Dans le monde très conservateur de l’opéra, une telle chose était presqu’une hérésie. Toutefois, dès ce moment-là, j’avais acquis la conviction que seul le dessin animé et les trucages cinématographiques pouvaient rendre justice à l’histoire extraordinaire imaginée par Wagner.

Je suis demeuré du même avis après avoir vu, beaucoup plus tard, deux versions différentes sur DVD de l’Or du Rhin (le premier opéra de la série) dirigé respectivement par Boulez et Karajan, et après avoir assisté le 9 septembre dernier, à Shanghai, à une production allemande, mise en scène par le canadien Robert Carsen.

C’est donc avec intérêt que j’ai assisté, samedi dernier, à la retransmission de L’Or du Rhin mis en scène par Robert Lepage au Metropolitain Opera. Dramatiquement et musicalement, cette production a été qualifiée de réussite par le redoutable et capricieux critique de La Presse, M. Claude Gingras. Ce dernier a presque tout aimé sauf la scénographie de Lepage. Il faut préciser que ce critique a la réputation d’assister aux opéras en lisant la partition ouverte sur ses genoux. Si cette rumeur est vraie, on se doute bien qu’il n’a pas pu apprécier à sa juste valeur le dispositif scénique du spectacle.

Ce dispositif pèse 42 tonnes et a coûté 15 millions de dollars. Il se compose d’une série de panneaux verticaux d’aluminium pouvant pivoter sur un axe horizontal. Des vidéos projetées à leur surface transforment le tout successivement en masse aquatique, en rive du Rhin, en caverne et, de manière générale, créent tous les lieux exigés par le livret.

Par exemple, au début de l’opéra, lorsque trois ondines protègent le trésor qui leur a été confié au fond du Rhin, celles-ci sont attachés à des harnais et suspendues par des fils d’acier devant la vidéo projetée d’un immense bassin d’eau, tandis qu’un logiciel fait naître au dessus de chacune d’elles des bulles dont le nombre varie en fonction de l’intensité de leur voix respective ; plus elles chantent fort, plus le logiciel leur accorde de bulles. Voilà de nos jours, comment on motive les interprètes…

Dans cette production, le metteur en scène (Robert Lepage) est québécois. Le scénographe et créateur du dispositif scénique (Carl Filion) est québécois. Les costumes ont été créés par François St-Aubin, un québécois. Les éclairages sont d’Étienne Boucher, du Québec. Les programmeurs, eux, habitent les environs de la vieille capitale. Toutefois le compositeur et librettiste (Wagner) est allemand…

Et la question qui tue (comme dirait l’animateur de Tout le monde en parle) : Est-ce que tout cela a réussit à faire naître la magie et le merveilleux du livret de cet opéra ?

Personnellement, j’ai trouvé ce spectacle ahurissant. Les éclairages ont parfaitement contribués à créer les lieux et climats des différentes scènes. Le dispositif de Filion est extraordinaire et fait entrer cet opéra dans un monde multimédia digne de notre temps. Un bémol : le butin en or massif offert comme rémunération pour la construction du palais des dieux n’était pas très impressionnant.

Je serais surpris qu’il reste des billets pour les deux autres retransmissions prévues (les 20 et 29 novembre prochains). Toutefois, cet opéra sera gravé sur DVD. Si vous êtes amateur d’opéra, il ne vous reste plus qu’à attendre la sortie du DVD, chaudement recommandé.

Références :
Das Rheingold au Metropolitan Opera – Lepage convainc New York
James Levine Is Back for Met’s Opening Night
Le «Rheingold» de Lepage au MET : tout… sauf la scénographie !

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’Avare au Monument-National

Publié le 18 juillet 2010 | Temps de lecture : 3 minutes

Dans le cadre du festival Juste pour rire, on présente cette année L’Avare de Molière jusqu’au 31 juillet 2010.

Cette production possède la particularité de n’être éclairée que par des bougies. Des centaines de bougies. Pour le spectateur, jamais cela n’est ressenti comme une lacune tant on a pris soin de tirer parti de ce choix artistique : mise en scène frontale, maquillage pâle (donc réfléchissant), etc. Par moments, des comédiens vont jusqu’à jouer étendus sur la scène, le visage près des chandelles, une audace que même Benjamin Lazar — dans sa production éblouissante du Bourgeois gentilhomme, disponible sur <a href= »https://www.fnac.com/a1738344/Le-Bourgeois-gentilhomme-DVD-Zone-2 — n’avait osée.

L’unique décor de la pièce, est simple; un escalier monumental, une table servant aussi de porte, et des lustres. Au lieu des décors métalliques du Bourgeois gentilhomme, l’arrière-fond est noir et mat. En somme, rien qui puisse nous distraire du génie littéraire de Molière.

La mise en scène de Serge Postigo est irréprochable. Par exemple, dans cette pièce (comme dans beaucoup d’autres), souvent les personnages pensent tout haut en s’adressant à l’assistance. Au lieu de gommer cette convention théâtrale, Postigo la souligne par un artifice (que je ne dévoilerai pas) qui la transforme en running gag.

Les défauts? Il y en a deux. L’Avare, incarné par Luc Guérin est toujours drôle mais jamais attachant. Lorsqu’on lui vole sa cassette — qui renferme toute sa fortune — il s’agit d’une occasion unique de faire ressentir le côté pathétique de cet homme dépossédé de tout.

De plus, une scène qui mériterait plus de soin est celle où la marieuse tente de soutirer un peu d’argent à l’avare. À la représentation à laquelle j’ai assisté, cette scène manquait de contraste.

Mais tout cela ne compte que pour moins de 5% de la pièce. Le reste est du bonbon.

Je n’essaierai pas de dresser la liste des comédiens qui méritent mes éloges; ils sont trop nombreux. D’abord, je serais injuste de passer sous silence la performance magistrale de Luc Guérin (malgré mon reproche ci-dessus). De plus, j’avoue avoir grandement apprécié le jeu de Bruno Marcil (le fils de l’avare), probablement le meilleur Cléante que j’ai vu à ce jour.

À moins d’être sourd et aveugle, il est impossible de ne pas rire au cours de cette production inventive où tous les acteurs réussissent à nous faire oublier du début à la fin, nos tracas et nos petits soucis. Chaudement recommandé.

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Écrit par Jean-Pierre Martel