Les 965 millions$ gaspillés par la CAQ dans Nemaska Lithium

Publié le 19 septembre 2025 | Temps de lecture : 8 minutes

La filière batterie

On appelle intégration verticale la stratégie industrielle qui consiste, pour une entreprise, à posséder ou à contrôler les diverses étapes de la production ou de la distribution de ses biens ou de ses services.

Par exemple, le constructeur automobile qui achète l’entreprise qui fabrique les parebrises qui équipent ses voitures procède à une intégration verticale en plaçant ce fournisseur sous son autorité.

La création de ‘grappes industrielles’ par le gouvernement du Québec obéit à la même logique.

Cette stratégie consiste à susciter la création (ou à attirer chez nous) les ‘chainons manquants’ nécessaires à une intégration verticale volontaire qui va (idéalement) de l’extraction de la matière première au produit fini sans que toute cette chaine de production appartienne aux mêmes intérêts financiers.

La ‘filière batterie’ est une grappe industrielle que le gouvernement Legault a créée à partir d’un noyau fort, Hydro-Québec, auquel se sont greffées diverses entreprises.

Cette grappe industrielle comprend les éléments suivants :
Hydro-Québec, producteur étatique d’hydroélectricité.
Nemaska Lithium, dont nous reparlerons dans quelques instants.
Northvolt, une jeune pousse aujourd’hui en faillite, dans laquelle le Québec a investi 470 millions$ dans le capital-actions de la maison mère suédoise et un prêt de 240 millions$ destiné à acheter le terrain sur lequel devait être construite son usine québécoise (fermée avant d’avoir été complétée).
EcoPro BM, fabricant de matériaux de cathodes dont la maison mère sud-coréenne s’est placée à l’abri de ses créanciers. La succursale québécoise jouissait d’un prêt de 322 millions$ de Québec.
Ultium CAM, producteur des matériaux nécessaires à la fabrication des cathodes (auquel le gouvernement a accordé un prêt de 150 millions$). Sa maison mère sud-coréenne a été créée en 1968.
Solutions énergétiques Volta, dont la compagnie mère sud-coréenne, créée en 1959, fut la première à développer des feuilles de cuivre pour batterie. La filiale québécoise a reçu un prêt de 150 millions $ du gouvernement québécois.
La compagnie électrique Lion, un fabricant d’autobus scolaires à essence depuis 2008 mais dont le virage électrique s’est avéré désastreux. Dans les opérations financières qui ont permis à Lion d’éviter de peu la faillite, le gouvernement a perdu 227 millions $.
Taiga Motors, un constructeur québécois de motoneiges et de motomarines électriques, fondé en 2015, qui a évité la faillite grâce à son rachat par Vita Power. Québec a perdu 18 millions $ dans l’opération.

Dès novembre 2023, l’économiste Frédéric Laurin critiquait sévèrement la stratégie industrielle du gouvernement à ce sujet. Son principal reproche était l’absence d’activités d’innovation et de R et D puisque les investissements annoncés ne concernaient que des usines d’assemblage ou d’extraction minière.

Mais la CAQ a préféré croire les démarcheurs de l’industrie qui faisaient miroiter d’extraordinaires retombées économiques pour le Québec si l’État et ses sociétés investissaient massivement dans ce domaine.

Les limites de la spéculation

Depuis la création du Fonds des générations, l’État québécois a pris la détestable manie de spéculer en bourse avec l’argent du peuple.

Cette manie est illustrée par le cas de Nemaska Lithium. La CAQ y a investi 965 millions de dollars. Ce qui en fait son plus important investissement à ce jour, toutes catégories confondues.

Minée par les retards et les dépassements de couts, Nemaska Lithium, autrefois cotée en Bourse, s’était placée à l’abri de ses créanciers à la fin de 2019.

Le gouvernement Legault a participé à sa relance en devenant propriétaire de la moitié de l’entreprise, transformée en société à capital fermé.

L’argent investi par l’État québécois représente la moitié du capital-actions de l’entreprise. L’autre moitié est détenue par la minière Rio Tinto.

Nemaska Lithium possède une mine de lithium à Whabouchi, à 300 km de la baie James. Son minerai sera transporté à ses installations de Bécancour où il sera concentré et transformé en hydroxyde de lithium. Cette deuxième usine ouvrira ses portes d’ici 2026.

Toutefois, d’autres investissements seront nécessaires. En effet, Rio Tinto prévoit qu’à maturité, le projet aura nécessité des investissements de 3,6 milliards de dollars.

En supposant que la CAQ laisse la minière investir seule l’argent complémentaire pour pousser ce projet maturité, la CAQ aura investi deux-millions de dollars pour chacun des 500 emplois qui seront créés.

Au contraire, si le gouvernement du Québec veut demeurer propriétaire à 50 %, il devra débourser 800 millions de plus (soit la moitié des 3,6 milliards$ nécessaires). Ce qui fera que l’État québécois aura déboursé 3,6 millions$ pour chaque emploi créé.

Y a-t-il une limite à cette folie ?

Demandons-nous quel sera le retour sur cet investissement.

Comme toutes les minières canadiennes, Nemaska Lithium détournera ses profits vers des paradis fiscaux. En d’autres mots, même si le gouvernement québécois demeurait propriétaire à 50 %, l’entreprise ne lui déclarera que des profits faméliques, le reste ayant été détourné ailleurs.

Le seul moyen pour l’État de récupérer son investissement, c’est par l’impôt payé par les employés de l’entreprise. D’où les deux questions suivantes.

Premièrement, combien faudra-t-il d’années avant que chaque travailleur de Nemaska Lithium ait payé deux-millions$ d’impôts ?

Et deuxièmement, pendant combien d’années utilisera-t-on encore du lithium dans les batteries des voitures électriques ?

La domination chinoise

L’Agence internationale de l’énergie a été créée sous les auspices de l’OCDE. Son plus récent rapport annuel indique qu’à lui seul, le marché chinois représente 11 des 17 millions de voitures électriques vendues dans le monde en 2024.

Des six millions restants, les constructeurs chinois en fabriquent 62 %. Et ce, en dépit des taxes douanières imposées par une bonne partie des pays occidentaux.

Le plus important fabricant chinois de voitures électriques porte le nom de BYD. Fondé en 1995, il s’agissait au départ d’un fabricant de batteries.

Mais en 2003, il a fait l’acquisition d’un carrossier au bord de la faillite. Et c’est depuis que BYD fabrique avec succès des autos… dans les usines les plus robotisées de l’industrie.

Ses 120 000 ingénieurs (le dixième de sa main d’œuvre) déposent 45 brevets par jour, loin devant la concurrence occidentale. Si bien que l’entreprise possède environ 60 % de tous les brevets relatifs à la voiture électrique.

Indépendamment du professionnalisme de Northvolt, cette compagnie était condamnée à un retard technologique impossible à rattraper… à moins d’adopter des technologies chinoises et conséquemment, à payer aux entreprises chinoises des droits d’utilisation de leurs brevets. Ce qu’on lui aurait rapidement reproché.

Cette domination technologique est le fruit d’un choix politique. Pendant que les pays occidentaux investissement massivement afin de conserver leur suprématie militaire, la Chine investit des sommes tout aussi considérables afin d’accentuer sa suprématie économique en temps de paix.

On ne sera donc pas surpris d’apprendre que des chercheurs chinois ont mis au point une batterie où le sodium remplace le lithium. Normalement, il faudra moins d’une décennie pour voir apparaitre des voitures équipées de telles batteries.

À partir de son inauguration (idéalement) en 2026, on doit donc anticiper le rapide déclin de Nemaska Lithium dès l’apparition des batteries au sodium jusqu’à sa faillite, un peu plus tard, soit bien avant que les investisseurs aient récupéré les 3,6 milliards injectés dans l’entreprise.

Dans la guerre économique qui oppose la Chine aux pays occidentaux, la mise au point de la batterie au sodium est prioritaire puisque par ce moyen, la Chine affaiblit ses rivaux. Des rivaux qui auront investi des sommes colossales à financer un développement économique basé sur une technologie sans avenir.

Références :
120 000 ingénieurs, 45 brevets déposés… par jour ! Comment le chinois BYD va balayer la concurrence dans l’électrique
Du sable dans l’engrenage chez Nemaska Lithium
Filière batterie au Québec
François Legault doit-il revoir son approche?
Global EV Outlook 2025
Intégration verticale
La Compagnie électrique Lion
Le Fonds des générations ou Quand l’État spécule à la bourse
Lion électrique ressuscitée par un groupe d’investisseurs du Québec
Northvolt
Pendant ce temps en Chine : la construction automobile
Québec investit encore dans Nemaska Lithium, portant le total à près de 1 milliard $
Troisième arrêt pour un projet phare
Une critique économique du mode de développement de la filière batterie au Québec
What EV market share do Chinese OEMs have overseas?

Parus depuis :
Deux gros projets de la filière batterie tombent à l’eau à Bécancour (2025-10-16)
Filière batterie : Lithion Technologies se protège de ses créanciers (2025-10-30)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Notre-Dame de la Laïcité

Publié le 2 septembre 2025 | Temps de lecture : 6 minutes
Place d’Armes

Introduction

La prière de rue est une prière collective effectuée dans l’espace public par les pratiquants d’une même religion.

En France, dans de petites municipalités, des prières de rue ont été organisées en raison du refus des autorités locales d’accorder les permis nécessaires à la construction d’une mosquée.

À Clichy-la-Garonne, pendant huit mois, des Musulmans ont organisé des prières devant la mairie afin de protester contre la fermeture d’une mosquée. Cette dernière avait été fermée entre autres parce qu’on y avait trouvé des tracts appelant à tuer des Juifs… alors qu’il s’agissait d’un coup monté puisque les tracts avaient été placés là par un militant anti-islam.

De plus, en 2020, des Catholiques avaient pris l’habitude de se réunir à l’extérieur de leurs églises afin d’y prier au grand air, contournant ainsi la rigueur des mesures sanitaires décrétées en début de pandémie.

Les prières de rue sont devenues un sujet d’actualité au Québec depuis que sont organisées hebdomadairement des manifestations pro-palestiniennes devant la basilique Notre-Dame de Montréal à l’issue desquelles une partie des protestataires procèdent à une prière musulmane.

Ce qui a provoqué (évidemment) la controverse.

Si bien que le 28 aout dernier, le premier ministre a dévoilé son intention d’adopter une loi interdisant les prières de rue.

La provocation

L’organisation d’une manifestation pro-palestinienne devant une synagogue pourrait être interprétée comme une provocation.

Mais ici, le lieu de culte concerné est catholique.

Dans la mesure où le pape Léon XIV lui-même en appelle à la fin du conflit à Gaza, les manifestations de la Place d’Armes rejoignent essentiellement la position du Vatican.

Quant à savoir si une prière musulmane dite en face d’une église catholique constitue un sacrilège, rappelons que le Vatican a organisé de nombreuses rencontres œcuméniques au cours desquelles prêtres, imams et rabbins priaient ensemble.

L’espace public n’est pas une mosquée, dit-on

D’abord et avant tout, l’espace public est un milieu de vie.

Or, de toutes les activités humaines, la prière est sans doute une des plus anodines. Prier n’a jamais tué personne.

Mais on ne compte plus les morts causées par l’intolérance à l’égard des minorités religieuses, ethniques et sexuelles.

Le meilleur conseil qu’on peut donner à ces bonnes âmes scandalisées par la prière de rue des Musulmans, c’est de prier à leur tour… de préférence en silence.

Le prosélytisme

Il ne suffit pas de voir des gens prosternés ‘à la musulmane’ pour avoir envie d’adhérer à cette religion afin de pouvoir se prosterner comme eux.

Le prosélytisme, c’est plutôt ces Témoins de Jéhovah qui distribuent des tracts pour nous annoncer la fin du monde et l’urgence de nous convertir au plus vite à leur secte.

Si leur prosélytisme n’a rien d’illégal, il devrait en être de même de la prière de rue de quelques Musulmans.

La laïcité bien relative de l’espace public québécois

L’espace public comprend les places (comme la Place d’Armes), mais également les parcs et les rues.

On trouve une rue Notre-Dame dans probablement toutes les municipalités du Québec, exception faite de celles qui n’en ont qu’une, généralement appelée ‘rue Principale’.

Sur les 1 108 municipalités du Québec, plus de la moitié portent des noms à consonance religieuse, c’est-à-dire des noms de saints ou de fêtes religieuses (comme l’Assomption).

Comme ailleurs dans le monde, l’espace public québécois est un reflet de notre histoire. Voilà pourquoi la laïcité québécoise est un compromis qui s’accommode d’un passé où la ferveur religieuse faisait partie de notre identité.

Laïcité et apostasie

La laïcité de l’État ne concerne que les institutions étatiques.

Elle interdit l’exhibition de symboles religieux amovibles dans les lieux appartenant à l’État (comme l’ex-crucifix de l’Assemblée nationale). Et elle interdit à certains employés de l’état de porter des symboles religieux ostentatoires.

Jamais la laïcité n’a eu pour but d’obliger les citoyens à renoncer à leurs convictions religieuses ni à cesser de prier, tant dans l’intimité de leur domicile que publiquement.

Les processions religieuses — à la Vierge, à sainte Anne, au Christ-Roi, à saint Jean-Baptiste — ont longtemps fait partie de la culture populaire québécoise.

Si ces manifestations ont disparu, ce n’est pas parce que Québec s’est tourné vers la laïcité. C’est parce que les églises se sont vidées dans les années 1960. Conséquemment, les recettes de la dime dominicale ne suffisaient plus à financer toutes les activités des paroisses, les obligeant à une cure d’austérité responsable de la disparition des processions religieuses.

On peut donc anticiper que le renouveau actuel de la religiosité en Occident finisse par atteindre le Québec, ravivant ainsi l’idée d’organiser de nouveau des processions religieuses.

C’est sans doute ce qui explique que Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal, a publié une lettre ouverte dans laquelle il déclare : « Certaines propositions récentes visant à interdire la prière en public soulèvent de sérieuses inquiétudes quant au respect des libertés fondamentales dans une société démocratique.»

On doit donc conclure qu’en voulant interdire la prière de rue, M. Legault est plus catholique que le pape.

Références :
Appel à tuer les Juifs : le curieux document du maire de Clichy
Évangélisation de rue
Gaza : Léon XIV appelle à mettre fin immédiatement à la « barbarie » de la guerre
La CAQ va légiférer pour interdire les prières de rue
Les prières de rue, pas forcément liées à un manque de lieux de culte
Les prières de rue sont-elles illégales en France ?
Les prières de rue sont-elles légales?
Les « saints lieux » au Québec
Prière de ne pas exagérer
Prière de rue
Prières en public : « Il est où, le problème? »

Parus depuis :
Le Québec est un État laïc? Vraiment? (2025-09-04)
Texas attorney general wants students to pray in school… unless they’re Muslim (2025-09-07)

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 25mm F/1,2 — 1/80 sec. — F/1,2 — ISO 2500 — 25 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Collège LaSalle et les charognards du peuple francoQuébécois

Publié le 25 août 2025 | Temps de lecture : 3 minutes

Les mécanismes de l’assimilation

L’anglicisation de Montréal s’opère par trois moyens.

Premièrement par des flux migratoires qui dépassent largement notre capacité d’intégration.

Deuxièmement par un marché de l’emploi où la connaissance de l’anglais est exigée illégalement pour des postes où cette connaissance n’est pas essentielle.

Et troisièmement par le financement public des études post-secondaires en anglais effectuées par des étudiants francophones.

Le PQ vs la CAQ

Les programmes électoraux du PQ et de la CAQ sont très différents quant au financement des études post-secondaires.

Pour le PQ, si un étudiant francophone veut faire ses études en anglais, il est libre de le faire, mais totalement à ses frais.

Toutefois, s’il veut que l’État subventionne ses études, il doit les effectuer en français. En somme, l’école gratuite au Québec, c’est celle en français.

Tout comme l’école gratuite en Allemagne est celle en allemand. Celle en Italie, c’est en italien. Et ainsi de suite.

La seule exception, c’est le droit des angloQuébécois d’accéder à des études publiques dans leur langue. Un droit que le PQ entend respecter, même après l’accession du Québec à l’indépendance.

Toujours un peu molle quand vient le temps de défendre le français, la CAQ a préféré une solution de ‘compromis’.

Ce compromis, ce n’est pas de combattre l’anglicisation au Québec, mais de le plafonner à son niveau actuel. Ce qui est une manière de le pérenniser.

Malheureusement pour elle, ce que la CAQ est en train de découvrir, c’est que l’anglicisation n’est pas seulement un phénomène qui menace la survie du peuple francoQuébécois; c’est aussi une industrie. Et une industrie payante.

C’est ainsi qu’un collège privé s’obstine à violer une loi qu’il juge contraire à ses intérêts.

Dura lex sed lex

Ces jours-ci, le Collège LaSalle se plaint des pénalités (qu’il juge abusives) pour avoir violé la loi québécoise qui exige la limitation de l’accès des étudiants francophones aux études post-secondaires en anglais.

Si le Collège LaSalle est miné par des pénalités, c’est qu’il s’agit d’un multirécidiviste qui a longtemps fait fi de la loi, tant que ses finances le lui permettaient. Maintenant que les pénalités croissantes minent sa survie, il implore la pitié.

Pour être respectée, une loi doit être dissuasive. Et pour l’être, elle doit faire mal à ceux qui l’enfreignent.

La disparition du Collège LaSalle serait un signal fort pour ces maisons d’enseignement supérieur (Cégep et universités) qui, à Montréal, font partie de la machine assimilatrice à l’anglais.

Le petit Collège LaSalle est donc le canari dans la mine.

Références :
L’anglicisation du Québec et la Caisse de dépôt et placement
Quotas linguistiques : le torchon brûle entre Québec et le Collège LaSalle

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Hôpital Maisonneuve-Rosemont : relier par navette l’hôpital au stationnement du Stade olympique

Publié le 8 mai 2025 | Temps de lecture : 3 minutes


Treillis métallique retenant les briques et cadres de fenêtre pourris

Présentement, très peu de choses me scandalisent autant que l’état de décrépitude de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont (HMR). D’autant plus que le gouvernement de la CAQ n’a pas cessé de gaspiller les fonds publics depuis qu’il est au pouvoir.

Si j’ai évité d’aborder ce sujet jusqu’ici, c’est que je ne comprenais pas pourquoi la première étape de la réfection de cet hôpital était la construction d’un stationnement étagé.

C’est seulement ce matin que j’ai appris pourquoi. Beaucoup de personnes viennent y travailler en automobile. Or l’agrandissement du complexe hospitalier proprement dit se fera aux dépends du stationnement actuel. En d’autres mots, il faut d’abord détruire l’ancien stationnement pour agrandir HMR.

Résultat : c’est dans dix-huit mois, lorsque ce nouveau stationnement sera complété, qu’on pourra enfin débuter la réfection de l’hôpital.

Pourtant, il y a une solution qui permettrait de débuter le tout dès maintenant; par navette, relier temporairement l’hôpital au stationnement souterrain du Stade olympique. Sous-utilisé, celui-ci se trouve à 3,5 km.

En inactivant le feu de circulation à l’intersection des rues Viau et de Marseille (sauf au début et à la fin des matchs de soccer au stade Saputo), on pourrait assurer une navette aux dix à quinze minutes à la fois aux travailleurs et aux patients qui voudraient se rendre à l’hôpital en voiture.

Et par la même occasion, on pourrait également instaurer un tel service entre la station de métro l’Assomption, distante de seulement un kilomètre, qui serait reliée à l’hôpital aux cinq à dix minutes.

Voici les investissements nécessaires.

En premier lieu, il faut acheter quatre minibus comme ceux qui relient les clients des hôtels du centre-ville à l’aéroport de Montréal; deux reliant HMR au stationnement du stade, et deux autres le reliant à la station de métro. Ces minibus se relayeraient continuellement jour et nuit.

Entrée de l’urgence

À l’hôpital, ils s’arrêteraient à la porte de l’hôpital, et non à un débarcadère. Et ce, afin d’éviter que leurs passagers aient à marcher sous la pluie ou dans la neige.

En deuxième lieu, il faut embaucher douze conducteurs pour assurer un service continuel jour et nuit.

Cout l’implantation : deux à trois-millions de dollars. Cout récurrent : le salaire des chauffeurs et l’essence.

Le tout peut même se faire à cout nul en abolissant l’intermédiaire inutile et couteux qu’est Santé Québec.

Avec les 90 millions $ que Québec vient de débloquer, la presque totalité de cette somme pourrait donc être utilisée pour débuter dès maintenant la réfection du complexe hospitalier proprement dit.

Référence : Hôpital Maisonneuve-Rosemont : Québec s’engage à livrer le nouvel hôpital, l’opposition sceptique

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectifs M.Zuiko 40-45 mm R (1re et 2e photo) et Lumix 14-45 mm (3e photo)
1re photo : 1/400 sec. — F/4,7 — ISO 200 — 78 mm
2e  photo : 1/250 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 45 mm
3e  photo : 1/400 sec. — F/3,7 — ISO 200 — 16 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La cote de crédit du Québec et les cigales caquistes

Publié le 17 avril 2025 | Temps de lecture : 6 minutes


 
Introduction

On apprenait hier que l’agence de notation S&P Global avait abaissé la cote de crédit du Québec d’un cran, soit de AA− à A+.

Cela n’est pas catastrophique puisque le Québec se retrouve ainsi au niveau de quatre autres provinces canadiennes.

Mais cette décote s’explique; depuis son arrivée au pouvoir en octobre 2018, la CAQ gaspille.

Le gaspillage des ressources énergétiques

En sol québécois, il y a actuellement 52 centres de données, principalement américains. Ceux-ci emploient peu de main-d’œuvre et n’entrainent presque aucune retombée économique.

Au total, ces centres consomment approximativement 153 MV d’électricité. C’est environ la moitié de l’énergie qu’aurait consommée NorthVolt.

Pour les attirer, la CAQ n’a pas hésité à dézoner nos meilleures terres agricoles et à leur vendre notre électricité pour aussi peu que 3,98 cents du kilowatt-heure.

Quelle est donc l’idée de brader notre électricité en bas de son cout de remplacement quand il existe une pénurie mondiale d’énergie ?

Le gaspillage financier

L’ubérisation du taxi québécois

Grâce à la cure d’austérité libérale, la CAQ est arrivée au pouvoir en 2018 alors que le budget de l’État québécois était excédentaire.

En tant que parti de droite, la CAQ ne pouvait pas faire autrement que d’être séduite par le concept de capitalisme participatif promu par Uber.

Puisque l’industrie du taxi québécois reposait sur un système de permis — ce qui était incompatible avec le modèle d’affaire d’Uber — la CAQ a dépensé un milliard de dollars (sic) afin de racheter les permis déjà émis, de manière à permettre à Uber d’opérer chez nous.

Les maisons des ainés

En 2017, le Québec comptait 1,6 million de citoyens âgés de 65 ans ou plus, suivis par 1,8 million de personnes âgées de 50 à 65 ans.

Plutôt que de préparer notre système de santé à accueillir le grand nombre de personnes en perte d’autonomie qui cogneront aux portes de nos hospices (CHSLD) dans les années à venir, la CAQ a préféré investir 2,8 milliards de dollars dans la création de luxueuses ‘Maisons des ainés’, au cout de 804 000 $ par personne hébergée.

Les 40 résidences construites depuis 2018 accueillent présentement moins de quatre-mille personnes, majoritairement relogées à partir de CHSLD qui ont fermé leurs portes ou qui subissent des rénovations.

Les réductions d’impôts

En dépit du fait que la crise sanitaire a couté 19 milliards $ au Trésor public, la CAQ a réduit en 2023 les deux premiers paliers d’imposition d’un pour cent, privant le fisc québécois de 9,2 milliards de dollars de revenus d’ici 2027-2028.

La réfection du toit du Stade olympique

En mars 2024, la CAQ a préféré la signature d’un contrat de 729 millions $ pour la réfection du toit du Stade olympique. Ce qui est 279 millions$ de plus que le projet rival, à mon avis beaucoup plus sécuritaire.

Le scandale de SAAQclic

Le 20 février 2025, le gouvernement caquiste à été éclaboussé par le rapport dévastateur de la Vérificatrice générale (VG) au sujet de l’explosion des couts de l’informatisation à la Société d’assurance automobile du Québec.

Signé à la fin de l’administration libérale, le contrat originel de 458 millions a connu d’importants dépassements de cout. Au point que la facture finale sera de l’ordre de 1,1 milliard de dollars.

Malgré le scandale, la CAQ a continué d’ajouter de nouvelles dépenses pour cet éléphant blanc.

Le 3e lien

Le 25 février 2025, la CAQ s’engageait à verser 46 millions de dollars au consortium Parsons-Artelia-Hatch pour une étude au sujet du 3e lien autoroutier entre les villes de Québec et de Lévis.

Alors que tout le monde sait que ce projet ne se réalisera jamais.

Les déficits records

Les 5,6 millions de dollars dépensées en 2024 pour inciter une équipe américaine de hockey à venir à Québec jouer deux matchs préparatoires représentent une dépense dérisoire, mais significative. Lorsqu’on ajoute à cette dépense les deux déficits budgétaires records — 11 milliards l’an dernier et 13,6 milliards cette année — tout ceci achève le tableau d’un gouvernement fiscalement irresponsable.

Conclusion

Pour former son cabinet, François Legault s’est entouré d’excellents communicateurs qui, à l’instar de la cigale de La Fontaine, ont chanté tout l’été, mais se retrouvent dépourvus quand la bise fraiche des agences de notation fut venue.

Plutôt que de s’attaquer aux problèmes, le gouvernement caquiste a perdu son temps à changer les structures. Comme si, en éducation et en santé, les problèmes étaient structurels.

Le cas le plus patent est celui de Santé-Québec, une structure inutile insérée artificiellement entre le ministère et les établissements de santé et dont le seul but est de servir de bouc émissaire aux coupes budgétaires décidées par la CAQ.

Pour résoudre la crise du logement, la ‘Marie-Antoinette des pauvres’ s’est contentée d’espérer qu’une croissance importante des loyers motivera les entrepreneurs à construire plus de logements. Ce qui, d’ici une décennie, permettra résoudra cette crise.

En supposant que NorthVolt était simplement un pari financier qui a mal tourné, tout le reste de la gestion des finances publiques par la CAQ démontre l’incroyable médiocrité des beaux parleurs qui entourent le premier ministre.

Références :
Ce n’est pas fini pour les maisons des aînés
Des baisses d’impôts de 9,2G$ pour les Québécois
Et le montant de la facture pour les Kings est…
Fiasco SAAQclic : l’AMP ordonne à la SAAQ de suspendre les contrats
Fitzgibbon veut serrer la vis aux fermes de minage de cryptomonnaies
La cote de crédit du Québec abaissée
La crise sanitaire a coûté 15 milliards de dollars au réseau de la santé du Québec
L’électricité accordée aux centres de données : du gaspillage ?
Le nouveau toit du Stade olympique
Le rapport de la VG sur SAAQclic n’a pas eu l’effet escompté, l’incompétence règne encore
L’ubérisation du taxi québécois : le premier grand gaspillage de la CAQ
Maisons des ainés : un éléphant blanc ?
Pourquoi les maisons des aînés créent-elles moins de places que promis ?
Québec met la main à la poche pour le troisième lien

Paru depuis : Maisons des aînés 1,8 million la « porte » : j’hallucine ou quoi ? (2025-05-09)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’électricité accordée aux centres de données : du gaspillage ?

Publié le 10 février 2025 | Temps de lecture : 5 minutes

Introduction

Le 25 janvier dernier, une manchette du Journal de Montréal a attiré mon attention; ‘Intelligence artificielle: pas de nouveaux centres de données au Québec malgré les milliards de Trump’.

Ce que ce titre suggère, c’est que pendant que l’administration Trump débloque des milliards pour l’intelligence artificielle (IA), le Québec reste là à regarder passer le train.

Ordinateurs et IA : qui fait quoi ?

Le projet Stargate est une initiative de trois géants de l’informatique mondiale —  Oracle, la société de portefeuille SoftBank, et le groupe Open AI — dans lequel l’administration Trump a promis d’investir annuellement cent-milliards de dollars américains pendant quatre ou cinq ans.

D’après les informations rendues publiques, il semble que ces sommes ne serviront pas à développer l’IA elle-même, mais, dans un premier temps, à créer les infrastructures permettant d’exécuter et d’entrainer des modèles d’IA complexes.

Puis, en vue de l’utilisation massive de l’IA par le public, on créera en sol américain de pharaoniques centres de données qui alimenteront ses requêtes d’IA. Et il est possible que cet investissement serve également à assurer leur approvisionnement énergétique par la construction de minicentrales nucléaires.

Déjà, tous les logiciels de conception assistée par ordinateur, de traitement de texte ou de retouche photographique, par exemple, s’exécutent à la fois localement (sur l’ordinateur de l’utilisateur), et sur le serveur qui héberge sa version dématérialisée.

Lorsqu’un bouton ou un hyperlien change de couleur au passage du curseur de la souris, ce qui rend ce bouton suffisamment intelligent pour savoir qu’il doit alors changer d’aspect, c’est du code qui s’exécute localement.

Mais quand le logiciel aura besoin d’adresser une requête complexe d’IA, le serveur qui héberge sa version infonuagique transmettra cette requête aux ordinateurs surpuissants de Stargate.

Entre l’ordinateur infonuagique qui transmet une requête d’IA et le super-ordinateur qui l’exécutera, il y a le même rapport qu’entre l’employé d’un restaurant qui transmet votre commande au chef, et ce chef en cuisine qui prépare vos mets.

Et pour poursuivre cette analogie, le résultat de la requête qui apparait à l’écran est l’équivalent du mets qu’on dépose devant le client attablé du restaurant.

Les centres de données ‘ordinaires’

En 2021, le gouvernement de la CAQ souhaitait faire du Québec l’eldorado des centres de données.

Malheureusement, tout comme les fermes de minage de cryptomonnaie, les centre de données entrainent très peu de retombées économiques.

Ils ont besoin de main-d’œuvre au moment de la construction de leurs bâtiments. Mais une fois cela complété, ils fonctionnent tout seuls ou presque; ce sont de grands hangars dans lesquels on empile, du plancher au plafond, des milliers d’ordinateurs sur des étagères. Le tout est acheté en lot de l’Étranger (généralement de Chine).

Et ça roule avec très peu de personnel.

Entre vendre de l’électricité à des États américains — ce qui ne crée aucun emploi au Québec — et vendre la même chose à des centres de données qui en créent peu, c’est presque du pareil au même.

Toutefois, vendre de l’électricité à 3,98 cents du kilowatt-heure (le prix demandé par la CAQ à nos centres de données), et dézoner nos meilleures terres agricoles pour leur permettre de s’installer au Québec en dépensant le moins possible, on devrait faire cela quand on est très, très, très mal pris.

Il y a actuellement 52 centres de données en sol québécois, dont la moitié sont américains. Au total, ces centres consomment approximativement 153 MV d’électricité.

À titre de comparaison, le fabricant de batteries électriques Northvolt aurait eu accès à 360 MV (un peu plus du double) et son usine aurait employé trois-mille travailleurs.

Jusqu’ici, la CAQ a attribué des blocs d’énergie représentant 153 MV à des centres de données et encore plus, soit 287 MV, à des fermes de minage de cryptomonnaie.

Le résultat, c’est que le ministère de l’Économie a dû renoncer, par manque d’énergie, à des projets industriels majeurs totalisant 30 000 MV.

Références :
Critères d’attribution des blocs d’énergie: «On est dans le néant», déplore un entrepreneur
Intelligence artificielle: pas de nouveaux centres de données au Québec malgré les milliards de Trump
Le Québec se veut le nouvel eldorado vert des centres de données
Plus de 80% des centres de données ici appartiennent à des intérêts hors Québec
Stargate, le projet titanesque des États-Unis
Voici les gagnants des blocs d’énergie attribués par le ministre Fitzgibbon

Paru depuis : La face sombre des centres de données (2025-04-05)

Complément de lecture : Big tech’s new datacentres will take water from the world’s driest areas (2025-04-09)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Amazon et le plat de lentilles

Publié le 5 février 2025 | Temps de lecture : 3 minutes

D’ici le 22 mars, Amazon fermera ses sept entrepôts au Québec, congédiant environ 1 700 employés.

Avec ses 165 hectares, celui de Coteau-du-Lac (à 60 km de Montréal) était non seulement le plus important d’entre eux, mais également le plus important centre de tri robotisé au Canada. Inauguré en 2021, il employait 350 personnes.

Quatre ans plus tôt, le gouvernement libéral de Philippe Couillard avait déroulé le tapis rouge pour attirer Amazon. Par décret, il avait dézoné un terrain agricole de 165 hectares pour permettre à Amazon de s’installer.

Dans les antichambres ministérielles, les démarcheurs de la multinationale avaient fait miroiter la création de plus de 500 emplois à temps plein assortis d’une gamme complète d’avantages sociaux offerts dès le premier jour.

En réalité, le nombre d’emplois n’a jamais dépassé 350. De plus, à l’exclusion des cadres, le salaire des employés était de 16$ l’heure, soit à peu près le salaire minimum.

À Coteau-du-Lac comme à tous les centres de tri d’Amazon à travers le pays, le climat était qualifié de ‘toxique’ par de nombreux employés.

Quant aux ‘bonnes possibilités de carrière’, promises par la compagnie, elles se sont volatilisées avec la fermeture du centre, à peine trois ans après son inauguration en présence de la ministre libérale de l’Économie, Dominique Anglade.

À cette occasion, celle-ci soulignait l’ouverture du Québec sur le monde et son attractivité à l’égard des géants de l’économie mondiale.

Puisque la multinationale a pu plier bagage aussi facilement, on présume que la générosité du gouvernement libéral n’était assortie d’aucune obligation.

Pendant trois ans, l’entreprise a délocalisé ses profits québécois vers des paradis fiscaux. Si bien que pour ses bons et loyaux services, l’État québécois n’a été gratifié que de l’impôt payé par des travailleurs rémunérés au salaire minimum, soit presque rien.

La compagnie laisse derrière elle un terrain grand comme 232 terrains de football. Un terrain contaminé par l’asphalte de son immense stationnement, et par le béton sur lequel son centre de tri a été érigé.

C’est ainsi que les petits politiciens qu’on élit saccagent notre beau coin du monde pour un plat de lentilles.

Références :
Amazon Canada ouvre à Coteau-du-Lac un centre de tri à la fine pointe de la technologie et crée 500 excellents emplois offrant de bonnes possibilités de carrière
Le legs aride d’Amazon au Québec
Québec doit couper ses liens avec Amazon, disent des travailleurs licenciés
Salaires des employés à Coteau-du-Lac

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Comment assurer l’étiquetage en français ?

Publié le 14 novembre 2024 | Temps de lecture : 4 minutes

Le Journal de Montréal publiait hier une enquête effectuée dans un petit nombre de commerces situés dans la région montréalaise dans lesquels l’immense majorité des produits offerts étaient étiquetés dans diverses langues, mais pas en français.

La loi n’interdit pas l’étiquetage dans d’autres langues en plus du français. Mais le français est obligatoire.

La plupart des commerces montréalais offrent des produits généralement étiquetés correctement avec accessoirement un petit nombre de produits ‘déviants’.

Au début des années 1960, il était courant que des produits ne soient étiquetés qu’en anglais. Pour corriger cette situation, le gouvernement québécois avait adopté une loi qui bannissait l’étiquetage unilingue anglais.

En vertu de cette loi, n’importe quel consommateur pouvait porter plainte à la Cour des petites créances où il suffisait de se présenter et de soumettre l’étiquette unilingue, de même que le reçu de la caisse pour que, séance tenante, le commerçant soit condamné à payer une amende versée au plaignant.

C’est ainsi qu’un couple d’étudiants en droit avait financé leur formation universitaire en poursuivant les commerces fautifs. En quelques mois, il était devenu impossible à Montréal de trouver un seul produit étiqueté exclusivement en anglais. Ceux qui auraient pu l’être portaient dorénavant un collant qui traduisait en français la composition du produit et son mode d’emploi.

À l’époque, l’Office québécois de la langue française existait puisqu’il avait été créé en 1961.

Mais plutôt que d’embaucher des fonctionnaires pour recevoir les plaintes et des inspecteurs pour aller visiter les commerces fautifs afin d’y constater les infractions, l’État avait jugé plus efficace de remettre la défense du français entre les mains du peuple et surtout, de lui confier les moyens répressifs de faire appliquer la loi.

Ultérieurement, on a lui retiré ce pouvoir pour le confier exclusivement à l’Office.

En 2005, il a suffi au gouvernement de Jean Charest de nommer à la tête de l’Office une guenille libérale pour que l’Office cesse de jouer son rôle efficacement.

Aujourd’hui, il serait inutile d’essayer de refaire la même chose. Pourquoi ? Parce que, de nos jours, on doit attendre deux à trois ans pour qu’une cause soit entendue devant la Cour des petites créances.

Toutefois, on peut créer un mécanisme encore plus efficace en recourant au pouvoir de contravention.

Je m’explique.

Lorsqu’un policier — ou même un simple agent de la circulation qui n’a pas reçu de formation policière — constate qu’une voiture est mal garée, il ne porte pas plainte devant les tribunaux; il dresse un constat d’infraction et le glisse sous les essuie-glaces de la voiture.

Ce constat donne un délai au contrevenant pour faire parvenir l’amende à la ville à défaut de quoi il est poursuivi par les tribunaux. Ce qui coute beaucoup plus cher.

Au sujet de la langue d’étiquetage, une seule personne pour tout le Québec est capable de gérer des dizaines de plaintes reçues du public quotidiennement, soit cinq à dix-mille plaintes par année.

Pour ce faire, sa tâche doit être simple.

Sans quitter son bureau, il lui suffit de recevoir l’original de l’emballage du produit fautif, de même que le reçu de la caisse, pour être en mesure de délivrer un constat d’infraction, de sommer le contrevenant de lui faire parvenir un chèque émis au nom du plaignant, et de le poster à ce dernier par courrier recommandé.

Pour simplifier les choses, une plainte ne devrait concerner que la vente d’un seul produit même si plusieurs produits fautifs ont été achetés en même temps. Toutefois, le même produit ou un produit différent, acheté un autre jour, pourrait faire l’objet d’une autre plainte.

Pour prévenir les contestations juridiques, il suffit que l’amende soit raisonnable (disons 100 $ par plainte) pour qu’un commerçant comprenne rapidement le message et décide de retourner tous les produits fautifs à son grossiste afin qu’un collant en français soit apposé à leur emballage.

Références :
Du mandarin, du coréen, de l’anglais… et un peu de français chez T&T et Loblaw
Le doux sommeil de l’Office de la langue française

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à l’anglicisation du Québec, veuillez cliquer sur ceci

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les garderies-ghettos

Publié le 13 novembre 2024 | Temps de lecture : 5 minutes

Introduction

C’est le journaliste Francis Vailles, de La Presse qui révélait hier que dans la région de Montréal, trente-six garderies subventionnées par l’État n’acceptent que des enfants qui appartiennent à certaines minorités ethniques ou religieuses.

Ces garderies offrent environ deux pour cent des 134 000 places disponibles dans la région de Montréal⁠.

C’est en 1998 que le Québec a déconfessionnalisé son système scolaire, abolissant ainsi à la fois les commissions scolaires catholiques et protestantes.

Qu’un quart de siècle plus tard, apparaissent des garderies confessionnelles subventionnées par l’État, cela représente un retour en arrière.

Si une garderie veut se constituer en ghetto qui n’accepte que des enfants de parents qui partagent la même confession religieuse ou la même ethnie — voire la même aisance financière — elle ne doit pas être subventionnée par l’État.

Les dangers de la ghettoïsation

Quarante ans après que le parlement de Stockholm eut décidé de transformer la Suède en un pays multiculturel, celui-ci est devenu la capitale du viol en Occident.

Non pas que le multiculturalisme ou que l’immigration conduisent séparément à ce résultat, mais parce que de 2005 à 2016 ce pays a accueilli un grand nombre de réfugiés — majoritairement d’Afghanistan, d’Iran, d’Irak, de Syrie, de Somalie et d’Érythrée — qu’il n’a pas pris le soin d’intégrer à la culture du pays en raison du laisser-faire inhérent au multiculturalisme.

Or leur nombre n’est pas négligeable; en 2019, un Suédois sur cinq était né à l’Etranger.

De son côté, la France est opposée au multiculturalisme. Mais elle a laissé se développer des banlieues qui se sont constituées en ghettos mono-ethniques au sein desquels les valeurs républicaines sont demeurées étrangères à la mentalité de la majorité des jeunes qui y habitent.

Multiculturalisme vs convergence culturelle

Le multiculturalisme canadien encourage l’appartenance ethnique en tant que marqueur identitaire. Il favorise la tendance naturelle du repli rassurant entre semblables.

De son côté, la convergence culturelle n’oblige pas le Québécois né à l’Étranger à épouser les valeurs québécoises. Mais il le motive, entre autres, en pénalisant le repli sur soi.

Cesser le financement des garderies-ghettos par l’État les rend plus onéreuses et dissuade ainsi les parents d’y envoyer leurs enfants.

La solution du guichet unique

L’apparition des garderies-ghettos est le résultat du laisser-faire de la CAQ.

Ce laisser-faire s’explique par le fait que la manière pour la CAQ de diminuer les taxes tout en prétendant que cela n’affecte pas la qualité des services, c’est de ne jamais vérifier dans quelle mesure les normes sont respectées, notamment après l’adoption de budgets insuffisants.

Et comme chaque dollar dépensé en inspection est un dollar de moins pour créer une place en garderie, c’est une raison de plus pour ne pas aller voir ce qu’on a intérêt à ne pas savoir.

Pour empêcher les garderies de se constituer en ghettos, le gouvernement se propose de créer un guichet unique qui attribuera les places automatiquement à partir de l’automne 2025.

Comme c’est facile.

Dans un pays idéal, les parents devraient avoir le choix de la garderie où envoyer leurs enfants. S’ils jugent approprié de les retirer d’une garderie privée subventionnée parce que la salubrité ou l’encadrement pédagogique y laisse à désirer, ils devraient en avoir le droit.

Malheureusement, dans un contexte de sous-financement des garderies et du nombre insuffisant de places, le choix des parents est limité.

Si en plus, c’est un ordinateur qui détermine là où leurs bambins doivent aller, on abolit tout incitatif à l’excellence de la part des garderies subventionnées. C’est le nivèlement par le bas.

Évidemment, le guichet unique existe aussi en santé. Mais le nivèlement par le bas y est contré par les inspections des Ordres professionnels qui s’assurent du maintien de la qualité des services. Ce qui n’est pas le cas du personnel en garderie privée.

Ce que l’article de La Presse nous apprend, c’est qu’à défaut d’inspections de routine, avant que le gouvernement apprenne les lacunes qui sévissent dans une garderie, cela prend des années.

Après l’instauration de son guichet unique, commenceront les années au cours desquelles les parents seront forcés d’envoyer leurs enfants à la garderie déterminée par ‘l’ordinateur de la CAQ’.

Références :
Confessionnalisme et neutralité religieuse dans les écoles de Montréal
Immigration en Suède
La convergence culturelle : communion et symbiose
La Suède, capitale du viol en Occident
Le multiculturalisme ou le tribalisme des sociétés anglo-saxonnes
Places en garderie : un « vrai » guichet unique dans un an
Trente-six CPE sélectionnent selon l’ethnie ou la religion

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Transport en commun : les comptables à la rescousse de la CAQ

Publié le 8 novembre 2024 | Temps de lecture : 5 minutes
Passagers évacuant un train en panne dans le tunnel du métro

Le gouvernement de la Coalition Avenir Québec (CAQ) est pro-automobile et anti-transport en commun.

Contrariée d’avoir à payer le déficit croissant des sociétés de transport, la CAQ a demandé un audit à leur sujet, c’est-à-dire un examen de leurs comptes et leurs états financiers.

Hier, les comptables de Raymond Chabot Grant Thornton ont rendu public leur rapport. Celui-ci signale qu’il serait possible de réaliser 346 millions de dollars d’économies en ‘optimisant’ les dépenses des sociétés de transport.

On connait la chanson.

Depuis plusieurs décennies, nous élisons des partis politiques qui promettent ‘de couper dans le gras’, de procéder à la ‘réingénierie’ de l’État, de ‘remettre de l’argent’ dans les poches des contribuables. Le tout sans affecter la qualité des services que nous recevons, parait-il.

Le résultat, c’est que notre filet de protection est en ruine, que la construction de logements sociaux se fait au compte-goutte (aggravant la crise du logement), et qu’il y a annuellement mille pannes (de plus de cinq minutes) dans le métro de Montréal alors que certaines années, sur la ligne principale du métro de Paris, il n’y en a aucune (aucune comme dans zéro).

Évidemment, la firme Raymond Chabot Grant Thornton a raison; on peut toujours presser le citron encore plus tant qu’il n’est pas complètement sec, faire appel au privé (qui s’en mettra plein les poches) et appliquer au transport en commun les recettes désastreuses que la CAQ et le PLQ ont appliquées à notre système de Santé.

La vérité, c’est que le transport en commun souffre de sous-investissement chronique.

Si la CAQ disposait d’une véritable stratégie industrielle — autre que la filière batterie (qui bat de l’aile) — elle aurait compris que plus les Québécois achètent des voitures, plus des milliards de dollars quittent chaque année le Québec pour enrichir les pays qui produisent les voitures et l’essence que nous leur achetons.

Depuis qu’elle est au pouvoir, la CAQ a payé les factures du Réseau express métropolitain (déjà en construction), mais elle a différé tous les autres projets de transport en commun à l’exception du Service rapide par bus le long de la rue Pie-IX.

Elle a même retardé l’achèvement des stations à venir du REM (donc autres que les quatre déjà en service) puisque plus le réseau s’agrandit, plus son déficit d’opération s’accroit.

Finalement, rien ne nous assure que l’annonce toute récente du prolongement de la ligne bleue du métro de Montréal ne pourrait pas faire l’objet d’une autre volteface de la CAQ.

Avec un gouvernement réellement nationaliste au pouvoir, le Québec investirait massivement dans le transport en commun électrique fabriqué au Québec.

Dans l’étude que j’ai réalisée en 2018 en comparant la Finlande au Québec, cette étude concluait que si nous avions investi dans le transport en commun comme la Finlande l’a fait depuis quatre décennies, il y aurait 3,1 millions de véhicules de moins sur nos routes, dont 694 000 sur l’ile de Montréal.

Ce qui prouve qu’investir dans le transport en commun, ce n’est pas seulement avantageux pour ceux qui l’utilisent, mais également pour les automobilistes.

En effet, en faisant disparaitre un grand nombre de voitures qui encombrent nos rues, cela entraine une conduite plus agréable pour les automobilistes qui restent, moins d’accidents, moins de rage au volant, et des milliards de dollars de moins dépensés annuellement au Québec à l’achat de voitures et à leur entretien.

Finalement, si nous voulons sauver la planète, il faut moins consommer. Et un des moyens d’y parvenir, c’est de cesser, lorsque cela est possible, d’acheter des voitures, qu’elles soient à combustion ou électriques.

Et pendant que la CAQ cherche à assécher les finances de nos services de transport en commun, la Chine construit un TGV de 1 629 km qui traversera l’Himalaya au cout de cinquante-milliards de dollars. Et la Russie, en dépit des sanctions financières de l’Occident, annonçait en septembre dernier qu’elle construira un TGV entre Moscou et Saint-Pétersbourg, long de 680 km, au cout de 24 milliards d’euros.

Références :
Fizgibbon et le parc automobile du Québec
Le TGV entre Moscou et Saint-Pétersbourg prend forme et il sera un des plus rapides au monde
Le transport en commun finlandais : le matériel roulant
Métro de Montréal : le champion mondial des pannes
Portes palières et pannes de métro
Prolongement de la ligne bleue : les travaux sont lancés
Transport collectif : une firme mandatée par Québec a trouvé comment économiser 346 M$
Why is China Building a $50 Billion Railway in the Himalayas? (vidéo)

Paru depuis : 102 interruptions d’au moins une demi-heure: l’année 2024 fut pénible pour les usagers du métro (2025-01-27)

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Écrit par Jean-Pierre Martel