Un plan B au texte de ‘refondation’ du PQ

Publié le 6 septembre 2019 | Temps de lecture : 3 minutes

J’ai publié hier mon appréciation négative au sujet du texte de ‘refondation’ du Parti Québécois.

Ai-je une solution de remplacement à proposer ?

Oui, la voici.

Le texte de trois pages devrait être remplacé par une seule phrase, simple, claire et précise :

Les deux objectifs du Parti Québécois sont de réaliser l’indépendance du Québec et de défendre le peuple francoQuébécois.

Le reste, on n’en parle pas parce que cela n’est pas distinctif.

J’entends déjà deux objections.

Première objection.

Défendre le peuple francoQuébécois, c’est bien. Mais qu’en est-il des peuples autochtones du Québec ?

Un gouvernement du Parti Québécois sera juste et équitable pour tous les citoyens et tous les peuples du Québec. Sans distinction. Tout en manifestant un biais acceptable en démocratie pour la majorité francophone de la population.

Mais dans l’esprit de tous, en tant que formation politique, le PQ devra être résolument le Parti des francoQuébécois.

Deuxième objection.

Ne craint-on pas que le PQ soit accusé de nationalisme ethnique ?

Quand l’État français se porte à la défense de la langue française et des locuteurs francophones sur son territoire, cela est du nationalisme ethnique. Et ce, en dépit de la présence de centaines de milliers de ses citoyens qui parlent le corse ou le breton, mais qui acceptent que le français soit la langue commune du pays.

En somme, oublions le nationalisme sanglant des États génocidaires. Il existe un autre nationalisme ethnique qui est parfaitement légitime; c’est celui des États dont l’existence se justifie par la nécessité de défendre un groupe ethnique sur le territoire national.

Au Québec, ce groupe ethnique, vulnérable, est le peuple francoQuébécois.

Qu’était la Loi 101 sinon une loi ethnique destinée à défendre ce peuple ?

Elle interdisait aux institutions scolaires anglophones du primaire et du secondaire d’accueillir d’autres élèves que ceux nés de la communauté angloquébécoise. N’importe quel élève avait accès à l’enseignement gratuit en français. Mais l’école anglaise devenait ‘ghettoïsée’.

Face à l’influence assimilatrice de plus de 300 millions d’anglophones nord-américains, cette loi ordonnait que la seule langue au travail au Québec était celle de l’ethnie francoquébécoise.

Quotidiennement, le PQ doit se rappeler que le moteur des révolutions, c’est le sentiment d’injustice.

Au Québec, la moitié des francoQuébécois sont unilingues. Ceux-ci connaissent bien quelques mots d’anglais. Mais leur connaissance rudimentaire de cette langue les empêche de postuler à des postes bilingues.

Chaque fois que le bilinguisme est exigé inutilement, ils sont victimes d’une discrimination à l’embauche. Ici même dans leur propre pays.

Or il est aussi normal d’être unilingue français au Québec qu’il est normal pour un Allemand d’être unilingue en Allemagne. Ou pour un Italien d’être unilingue en Italie.

Sans que cela soit écrit explicitement, la version originale de la Loi 101 prescrivait l’unilinguisme français au Québec.

Le PQ doit donc revenir à ses origines.

S’il hésite à être le Parti des francoQuébécois, le pire qui pourrait lui arriver, c’est que la CAQ le devienne à sa place.

À bon entendeur, salut !

Un commentaire

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le texte de ‘refondation’ du PQ : le paroxysme de l’insignifiance

Publié le 5 septembre 2019 | Temps de lecture : 7 minutes

Introduction

À la suite de la cuisante défaite électorale subie l’an dernier, le PQ s’est engagé dans un exercice de remise en question de ses orientations politiques.

Le texte de ‘refondation’ — qui sera soumis aux congressistes dans quelques semaines — était très attendu.

Ce document de trois pages vient d’être publié par Le Devoir.

Analyse du texte

Du strict point de vue littéraire, c’est un texte bien.

Il est clair. Les arguments se suivent logiquement et l’ensemble est cohérent.

Le texte est formé de 674 mots. Les 278 premiers mots établissent ce qui suit.

Les trois premiers paragraphes découlent d’un patriotisme convenu; ils auraient pu être écrits par n’importe quel politicien fédéraliste.

C’est alors qu’on arrive au cœur du document, soit la liste des valeurs fondamentales du PQ renouvelé :
• la liberté,
• la justice et l’équité,
• le nationalisme, et
• la protection de l’environnement.

Dans son désir obsessionnel de ‘susciter l’adhésion’, de ‘bâtir des consensus’ et d’en arriver à ‘des décisions rassembleuses’, on fera la promotion de valeurs qui ne permettent pas au PQ de se distinguer des autres formations politiques du Québec.

En réalité, dès qu’un parti sécessionniste renonce à choquer l’opinion publique, voire à simplement susciter la controverse, il se coupe les ailes.

S’il est vrai qu’une partie des Québécois sont des indépendantistes purs et durs, il existe une proportion encore plus grande de fédéralistes tout aussi convaincus qui ne peuvent qu’être scandalisés par un discours qui s’attaque au Canada qu’ils aiment.

Conséquemment, être soucieux de ne pas faire de vague tout en affirmant que son ‘action politique se concentrera sur la fondation d’un pays’ (le Québec) est un oxymore.

Pour tous les peuples qui aspirent à l’indépendance, le chemin qui mène à la liberté est un combat contre l’adversité.

La seconde partie du texte, composée de 396 mots, est une profession de foi selon laquelle la meilleure manière de concrétiser ces quatre valeurs serait l’indépendance.

Le texte a raison de dire, en résumé, que si le Québec avait tous les pouvoirs d’un pays souverain et disposait de tout l’argent envoyé à Ottawa, il pourrait faire plus.

Mais cette idéologie positive échoue depuis des décennies à convaincre une majorité de Québécois de voter pour l’indépendance. Pourquoi ? Parce que ceux-ci estiment qu’un tiens vaut mieux que deux tu l’auras.

Normalement, ce texte de ‘refondation’ devrait être la charte politique du PQ. Or ce texte mièvre est en fait une camisole de force idéologique.

En se limitant à n’être qu’un beau discours et en évitant de recourir également à la critique frontale de l’État colonial canadian, il prive le PQ d’un argumentaire qui suffirait à convaincre les voix qui lui manque pour rallier une majorité de Québécois à l’indépendance.

Pour terminer, les deux derniers paragraphes sont de la même inspiration que le début du texte, mais en plus pompeux.

Le cliché du ‘Parti de la chicane’

Pendant des années, le PQ ne s’est pas défendu de l’accusation libérale d’être le ‘Parti de la chicane’.

En réalité, c’est sous un gouvernement libéral, plus précisément au cours du Printemps érable, qu’on crevait des yeux, cassait des dents, fracturait des mâchoires et provoquait des commotions cérébrales.

Aussi controversé que soit un référendum, une consultation populaire au Québec n’a jamais tué personne.

Tel un enfant dévoré par la culpabilité, le PQ promet maintenant qu’il ne recommencera plus.

Cette reconnaissance par le PQ — dans un texte fondateur en plus — que les accusations libérales sont fondées est pathétique.

L’âge des révoltes

Pour qu’un parti suscite l’enthousiasme, il doit être en phase avec son époque.

Pendant des années, ici comme ailleurs, on a cru au mirage du néolibéralisme.

Selon la théorie du ruissèlement, plus les riches s’enrichissent, plus cette richesse finit par atteindre les gens ordinaires.

Or partout en Occident, les peuples se soulèvent parce qu’ils réalisent que le néolibéralisme ne tient pas ses promesses.

Aux États-Unis, le pouvoir d’achat du travailleur moyen stagne depuis des décennies. Parallèlement apparaissent des objets technologiques (ex.: téléphones multifonctionnels) de plus en plus couteux que réclament leurs enfants.

Désespérée, une partie importante de l’électorat américain soutient un président instable, menteur, misogyne et raciste, dont l’équilibre psychologique est douteux.

En Grande-Bretagne, on a voté pour le Brexit afin de protester contre l’immigration en provenance de l’Europe continentale et par ressentiment contre la cupidité de l’élite financière du pays.

La France est confrontée à la révolte des gilets jaunes.

En Italie et en Europe de l’Est, les partis populistes incarnent la colère du peuple.

Quant au président Bolsonaro du Brésil, on a toujours l’impression, les rares fois qu’il sourit, que le visage est sur le point de lui craquer.

Bref, au lieu de critiquer le colonialisme économique d’Ottawa contre le Québec — ce qui susciterait inévitablement la controverse — le PQ préfère devenir la version Peace & Love du discours nationaliste de la CAQ.

Conclusion

Les Québécois qui sont devenus adultes depuis le début de ce millénaire — et qui n’ont donc connu, essentiellement, que des gouvernements libéraux — ne savent pas que le PQ a déjà été un parti révolutionnaire.

Ce parti a instauré des politiques radicales, nées presque toutes dans la controverse :
• la Charte de la langue française (1977),
• la loi limitant le financement des partis politiques (1977),
• la loi antibriseurs de grève (1977),
• la protection de la vocation des terres agricoles (1978),
• la création du ministère de l’Environnement (1979),
• la création de la Régie du logement (1979),
• la création du droit à la non-discrimination à l’égard des femmes enceintes (1982),
• la création du Fonds de solidarité de la FTQ (1983),
• la loi sur l’équité salariale (1996),
• la création des centres de la petite enfance (1997),
• la création de l’assurance médicaments (1997),
• la loi sur l’assurance-parentale (2001),
• la signature de la Paix des Braves avec les peuples autochtones (2002),
• le rétablissement de la paix sociale lors de la grève étudiante (2012),
• l’interdiction de la production d’amiante (2012),
• la fermeture des centrales nucléaires (2012).

Et j’en passe.

Avec son texte de ‘refondation’ de couleur pastel, le PQ aspire à devenir la version aseptisée de ce qu’il a déjà été; une formation politique bourgeoise qui se fond dans le bleu poudre des murs de l’Assemblée nationale.

Ce texte de ‘refondation’, aussi lisse et insignifiant qu’une publicité de cosmétique, rappelle l’époque joyeuse où l’électorat choisissait ses dirigeants politiques à la blancheur de leurs dents.

Le PQ doit être en phase avec le temps présent et ne pas hésiter à créer la controverse en ouvrant les yeux du peuple, de même qu’en lui disant ce qu’il a peur d’entendre. Apparemment, ce sera pour une autre fois.

Avec ce texte de ‘refondation’ accueilli dans l’indifférence générale, le PQ s’enfonce dans la redondance politique.

J’espère qu’il se réveillera avant qu’il ne soit trop tard.

Référence : La déclaration du Parti québécois

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Crise des médias, démocratie et décentralisation

Publié le 30 août 2019 | Temps de lecture : 5 minutes

La logique du déclin

En Occident, les quotidiens et les hebdomadaires sont des entreprises capitalistes victimes du capitalisme.

L’affaiblissement des États — mis en concurrence les uns contre les autres par la mondialisation — a provoqué l’émergence du capitalisme sauvage.

Or la dynamique du capitalisme sauvage, c’est que les gros mangent les petits. Sa finalité est donc la disparition des petits au profit de la croissance monopolistique des gros.

Dans le cas des médias nationaux, les subsides de l’État ne sont que des solutions temporaires qui ne changent rien au problème.

C’est la prédation des revenus publicitaires par les géants du numérique qui menace la survie des créateurs de contenu journalistique.

Au Québec, cette crise occidentale a pris une acuité particulière en raison de l’imminence de la faillite d’un groupe de presse.

Les accommodements

Au lieu de contester un ordre établi qui entraine inexorablement leur disparition, les médias se sont contentés pendant des années de s’en accommoder.

Lorsqu’on observe attentivement le contenu des articles publiés dans nos quotidiens, on remarquera que la très grande majorité d’entre eux ne sont que des reproductions de dépêches d’agences de presse. Ce qui leur évite de rémunérer des journalistes.

Au Québec, l’immense majorité des nouvelles internationales sont rédigées par l’Agence France Presse, détenue partiellement par l’État français.

Si les médias privilégient cette agence plutôt que les autres, c’est que ses dépêches sont en français, ce qui fait épargner les frais de traduction.

Peu importe le quotidien québécois que vous lisez, c’est la même propagande occidentale que vous y trouverez.

Dans le cas des nouvelles pancanadiennes, le relai est passé à l’agence Presse canadienne. Le monopole de celle-ci n’est pas absolu, mais demeure prédominant.

Nos journaux se sont accommodés du déclin de leurs revenus en devenant des intégrateurs de dépêches, complétés des textes de quelques chroniqueurs et éditorialistes.

Exceptionnellement, on peut y lire les articles remarquables de journalistes d’enquête comme Alexandre Shields (au Devoir) et d’autres à La Presse.

Quant à Radio-Canada, son site web bénéficie du travail des créateurs de contenu de ses émissions télévisées.

En somme, tous les quotidiens privés, devenus perroquets d’agences de presse, pourraient ne publier qu’une seule page recto verso si toutes les nouvelles internationales et nationales étaient monopolisées ailleurs. Et on serait tout aussi bien (ou mal) informés.

Subventionner ou non les grands médias, cela ne change rien de fondamental; devenus les béni-oui-oui de l’ordre établi, ils ont eux-mêmes construit leur insignifiance et leur inutilité relative.

Le cas particulier des médias locaux

Pendant des siècles, les nouvelles et les potins s’apprenaient sur le parvis de l’église, à l’issue de la messe dominicale.

Avec la diminution de la pratique religieuse, les médias régionaux sont devenus un outil indispensable à l’exercice de la démocratie locale.

Mais depuis quelques années, les petits commerçants ont découvert les avantages du commerce électronique et ont commencé à détourner une partie de leur budget de publicité vers l’internet où règnent les géants du numérique.

Conséquemment, les médias régionaux vivotent ou cessent leurs opérations les uns après les autres.

À l’examen des diverses missions de l’État, leur disparition ne concerne aucun ministère autre que le ministère du Développement régional.

En effet, l’appui de l’État ne s’inscrit que dans une politique d’occupation du territoire.

On s’imagine souvent que puisque l’Humanité s’accroit, quand des Humains s’installent quelque part, leur nombre ne peut qu’augmenter.

On ignore que des centaines de villages québécois n’ont connu aucun développement économique important depuis des décennies. Ils sont souvent ‘dans leur jus’ tel qu’ils ont toujours été de mémoire d’homme.

Dans quelques cas, le gouvernement doit ordonner la fermeture de quelques villages en déclin démographique parce qu’on ne peut plus y justifier la fourniture de certains services essentiels comme le déneigement des routes ou le maintient en bonne condition de certaines infrastructures municipales.

Voilà pourquoi le déploiement de l’internet en région et l’appui aux médias locaux — pour ne citer que ces deux exemples — découlent d’une politique d’occupation du territoire.

Sous-estimée dans l’esprit populaire, l’occupation du territoire est un exercice de souveraineté; un peuple prend possession d’un territoire en l’occupant.

Dans le cas précis de l’appui de l’État aux hebdomadaires locaux, cela ne peut pas être décidé par des fonctionnaires à Québec puisque ceux-ci ignorent généralement les réalités sur le terrain.

Voilà pourquoi, la dépossession des pouvoirs détenus par des instances régionales ou l’abolition de ces structures au nom de l’efficience est une sottise.

Le soutien aux médias régionaux va de pair avec la décentralisation des pouvoirs l’État québécois. Le premier est impossible sans l’autre.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Boycottons les vins australiens

Publié le 17 juillet 2019 | Temps de lecture : 5 minutes
Un vignoble québécois

Introduction

L’Organisation mondiale du commerce (OMC) entendra demain et vendredi la plainte logée l’an dernier par l’Australie contre le Canada.

L’Australie reproche à Ottawa de violer ses obligations internationales en tolérant dans quelques provinces (dont le Québec) des modes de distribution qui favorisent ‘injustement’ les producteurs locaux au détriment de ses producteurs de vins à elle.

La production de certains vignobles québécois est tellement limitée que leurs vins ne peuvent être offerts en succursale de la SAQ puisque ces produits seraient constamment en rupture de stock.

Le gouvernement québécois a donc décidé de permettre à ces petits producteurs d’offrir leurs vins dans les épiceries et dépanneurs de leur région, sans avoir à passer par les entrepôts de la SAQ.

Depuis 2016, la loi 88 permet donc aux vins québécois d’être vendus directement à l’épicerie.

Par contre, les épiceries québécoises ne peuvent obtenir de vin importé qu’en s’approvisionnant auprès des entrepôts de la Société des alcools du Québec (qui impose sa marge de profit, ce qui en fait monter le prix).

Voilà ce que l’Australie juge discriminatoire.

Mondialisation et OMC

La mondialisation est un processus qui a débuté il y a des milliers d’années avec l’invention de la roue. Cette dernière permettait l’offre de marchandises bien au-delà de ce qu’on pouvait livrer à pied.

Avec l’amélioration des moyens de transport, ce phénomène a pris une ampleur considérable dans la deuxième moitié du XXe siècle.

Mais il repose sur des couts de transport négligeables.

Ce qui nécessite qu’on maintienne bas le prix des hydrocarbures, notamment par le déclenchement de guerres dans les pays producteurs. Ce qui les obligent à maintenir maximale leur production afin de soutenir l’effort de guerre.

Ce mode de développement mène la planète à sa perte.

D’où l’idée de favoriser l’achat de produits locaux dont l’empreinte environnementale est généralement moindre que leurs alternatives qui parcourent des milliers de kilomètres pour nous arriver.

La question est donc de savoir dans quelle mesure la liberté de l’accès aux marchés doit primer sur toute préoccupation environnementale.

La parole citoyenne

Au Québec, les producteurs australiens vendent seize fois plus de vin que nos producteurs. Ailleurs, la concurrence québécoise n’existe pas.

Mais cette industrie milliardaire en veut plus; comme le loup de la fable, l’industrie viticole australienne accuse indirectement la SAQ de troubler son breuvage.

Le simple citoyen se croit impuissant face aux accords commerciaux négociés en catimini par le gouvernement fédéral alors que ce dernier accepte une perte de la souveraineté du peuple sans que le peuple, justement, ait à se prononcer.

Dans ce cas-ci, nous avons affaire à un produit de consommation — le vin australien — dont nous pouvons nous passer en raison des nombreuses alternatives provenant d’ailleurs.

Quelle belle occasion de donner une leçon à ce grand capital dont la recherche effrénée de profits conduit au saccage de la planète.

D’où l’idée, simple, de boycotter les vins australiens.

D’ici à ce que l’OMC rende son jugement, j’ignore si l’Australie peut encore retirer sa plainte. Mais même s’il est trop tard, une chute brutale et permanente des ventes de vins australiens au Québec sera de nature à dissuader d’autres pays à suivre l’exemple de l’Australie.

De plus, aucun traité international ne peut forcer le citoyen à acheter un produit dont il ne veut pas. Donc l’OMC ne peut rien faire contre chacun d’entre nous.

C’est la loi du marché. Or le marché, c’est nous.

Au-delà de nos actions individuelles, il serait bon qu’elles soient appuyées par nos institutions.

La Société des alcools du Québec pourrait mettre bien en évidence, dans la section des vins australiens, une grande affiche où on pourrait lire : ‘Chaque fois que vous achetez un vin australien, une partie de votre argent servira à nuire à l’économie du Québec’.

Les employés de la SAQ devraient être formés pour être capables de bien répondre aux questions que susciterait cet avis.

Quant au gouvernement de la CAQ, j’imagine que son nationalisme économique serait compatible avec un tel boycottage, ce qui trancherait avec l’immobilisme niais du gouvernement qui l’a précédé.

Références :
Le sort du vin québécois en épicerie débattu lundi à l’OMC
Litige canado-australien sur le vin: le Québec à l’OMC

Paru depuis :
Devrait-on boycotter des vins? (2019-08-23)

Sur le même sujet :
Combien y a-t-il de régions viticoles au Québec ? (2020-04-20)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Quelques écoles anglophones à moitié vides vs l’intérêt public

Publié le 7 juillet 2019 | Temps de lecture : 5 minutes

Avant-propos

Il a fallu dix ans de lutte juridique pour que le gouvernement de Colombie-Britannique accepte de financer adéquatement le transport des élèves des commissions scolaires francophones de cette province.

Toujours dans cette province, les commissions scolaires francophones surpeuplées ne peuvent obtenir depuis 2009 le financement public nécessaire pour de nouvelles écoles.

Les élèves francophones de Colombie-Britannique vont à l’école dans des ‘portables’ sans eau courante, d’où ils doivent sortir l’hiver pour aller à la toilette extérieure non chauffée.

Lorsqu’ils protestent devant les tribunaux, ceux-ci refusent d’admettre en preuve les procès-verbaux des institutions francophones sous le prétexte que seules des preuves en anglais sont admissibles en cour dans cette province.

Quelques écoles anglophones à moitié vides

En raison du sous-investissement consécutif à l’austérité libérale, la Commission scolaire (francophone) de Montréal (CSDM) manque cruellement de locaux.

Alors on installe des classes préfabriquées dans les cours d’école. Mais parfois, même cela ne suffit pas.

Pour soulager la crise, le ministre de l’Éducation veut obliger deux ou trois écoles anglophones à moitié vides de passer sous l’autorité de la CSDM.

Cette intervention ministérielle, exceptionnelle, résulte du blocage des négociations entre les commissions scolaires anglophone et francophone de Montréal à ce sujet.

En fait, des négociations, il n’y en a jamais eu vraiment, la Commission scolaire English Montreal refusant obstinément de se départir de ses écoles.

Cela est typique de cette mentalité coloniale qui consiste à ne jamais céder un pouce de ce qui a été conquis. Même quand l’intérêt public l’exige.

Des droits constitutionnels

Les élites anglo-montréalaises font valoir que la décision ministérielle est une violation du droit constitutionnel des angloQuébécois à l’enseignement dans leur langue.

Le droit à l’enseignement est immatériel. Autrement dit, cela n’implique pas le droit d’être propriétaire foncier. Une province pourrait très bien s’acquitter de ses obligations constitutionnelles tout en obligeant les commissions scolaires de sa minorité à louer ses locaux plutôt que d’acheter ou de bâtir des écoles.

De plus, les droits constitutionnels canadiens en matière d’enseignement ne sont pas absolus; ils ne sont garantis que là où le nombre le justifie.

Dans toutes les provinces anglaises du pays, des classes à moitié vides, c’est la ‘preuve’ que le nombre ne le justifie pas.

Cela ne remet pas en question le droit à l’enseignement sur l’ensemble du réseau de la Commission scolaire English Montreal. Mais cela le fait dans les quartiers abandonnés par les jeunes familles anglophones dont les écoles sont à moitié vides.

Conclusion

Après quelques années d’application de la Loi 101, les Anglophones de Montréal s’étaient réconciliés avec une loi qui leur garantissait la paix sociale au Québec.

Mais depuis, de nouvelles générations d’angloQuébécois sont apparues.

L’égoïsme de ces dernières a été exacerbé par quinze ans de régime libéral qui a traité cette minorité comme une vache sacrée.

Au point que de jeunes Anglophones, pas plus tard que l’an dernier, venaient nous cracher leur mépris (« Shame on you ») alors que des nôtres se rendaient paisiblement au théâtre au bras d’un être cher.

Quand des éléments issus d’une minorité, soutenus par l’élite médiatique anglo-montréalaise, sont encouragés à exprimer leur mépris envers la majorité, nous avons-là une menace sérieuse à la cohésion sociale.

Les bons vieux réflexes coloniaux font en sorte que cette minorité — la plus choyée au monde — crie au scandale quand on porte atteinte au moindre de ses privilèges.

Et elle recourt aux tribunaux d’autant plus facilement que leurs frais juridiques sont payés par le gouvernement fédéral. Qui se sert d’eux comme de l’avant-garde du colonialisme canadian au Québec.

Il est temps que dans les écoles anglophones, on enseigne comment les communautés francophones sont traitées ailleurs au pays.

D’ici là, le ministre a raison, au nom de l’intérêt commun, de s’opposer à l’égocentrisme de la Commission scolaire English Montreal.

Références :
Droits linguistiques des anglophones au Québec
Écoutons les intérêts de la communauté anglophone
Les Franco-colombiens se rendront devant la Cour Suprême du Canada pour défendre le droit à une éducation en français réellement équivalente à celle offerte en anglais
Macpherson: Under the CAQ, the exceptional is becoming normal
‘Shame!’ ou l’expression du mépris

Parus depuis :
La CSEM échoue à bloquer le transfert de deux écoles vers le réseau francophone (2019-07-09)
Les exagérations des dirigeants scolaires anglophones (2019-07-17)
Cinquante ans de gestion hypocrite du déclin des francophones (2019-09-07)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La corruption généralisée des agronomes québécois

Publié le 6 juillet 2019 | Temps de lecture : 5 minutes
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Sur les 3 300 agronomes du Québec, 15 ont émis en 2018 de près de la moitié des 1 500 ordonnances d’atrazine, un herbicide cancérogène interdit en Europe depuis plus d’une décennie.

Ces quinze agronomes sont employés principalement par des fabricants ou des distributeurs de pesticides.

Selon Radio-Canada, de manière générale, la majorité des agronomes qui conseillent les agriculteurs sur l’utilisation des pesticides sont des salariés des entreprises qui vendent ces produits.

Inversement, la majorité des agriculteurs qui se font prescrire ces produits reçoivent leurs ordonnances d’agronomes payés par l’industrie.

Environ 80% des entreprises qui emploient des agronomes leur versent un salaire. Mais elles leur versent également des commissions associées à la vente de pesticides ou de défoliants.

Par exemple, si l’agronome vend suffisamment de poches de graines de maïs enrobées d’un pesticide, il gagne un voyage dans le Sud, toutes dépenses payées.

Dans quelques cas, l’agronome est payé exclusivement à commission : pas de vente de pesticides, pas de salaire. Selon l’Ordre des agronomes, il ne s’agit-là que d’une apparence de conflit d’intérêts.

Accusé de laxisme, l’Ordre a répliqué en soutenant que ceux qui blâment ses membres ne font qu’essayer de se faire du capital politique sur leur dos.

Cet organisme estime que son rôle est de faire appliquer les lois. « Que le gouvernement légifère et l’Ordre va suivre », déclare son vice-président.

Mais voilà, le gouvernement a déjà légiféré.

Plutôt que de déterminer lui-même les bonnes pratiques agricoles, l’État québécois a décidé en 2018 de s’en remettre au jugement professionnel des agronomes en obligeant les cultivateurs à obtenir une ordonnance d’un agronome pour pouvoir acheter des pesticides ou des défoliants.

Or l’article 31 du Code de déontologie des agronomes interdit déjà tout avantage, ristourne ou commission relatifs à l’exercice de sa profession.

Il est inacceptable qu’en violation de leurs règles déontologiques, la majorité des agronomes aient intérêt, personnellement, à ce qu’on vende le plus possible de pesticides et de défoliants.

L’Ordre est incapable de donner le moindre exemple de mesure cœrcitive prise contre un seul de ses membres à ce sujet.

Les propositions visant à renforcer l’indépendance des agronomes ont toutes été battues en assemblée générale en raison de la mobilisation des agronomes-pushers, accourus massivement pour le vote.

Bref, la profession des agronomes est pourrie de l’intérieur à un point tel que même l’Ordre des agronomes est paralysé.

Pour étirer le temps, cet organisme professionnel a créé un comité d’experts mandatés pour faire des recommandations. Son rapport est attendu d’ici la fin de l’année 2019.

Le comble de la mauvaise foi est sa décision d’y nommer des agronomes à la solde de l’industrie des pesticides.

Gênée par cet exemple flagrant de conflit d’intérêts, la puissante Union des producteurs agricoles a refusé de faire partie de ce comité.

Ce qui n’a pas empêché le nouveau président de l’Ordre de soutenir que les agronomes provenant de l’industrie s’exprimeront en toute indépendance par rapport à leur entreprise.

« On peut vous garantir que s’il y a des représentants de l’industrie, ils ne sont pas là pour noyauter le comité » a-t-il déclaré.

Je pense que l’Ordre des agronomes nous prend vraiment pour des imbéciles.

D’où la question : ne devrait-on pas mettre cet Ordre professionnel sous tutelle en raison de sa faillite à défendre l’intérêt public comme l’y oblige la loi ?

Références :
Agriculture: l’industrie siège au comité de révision sur l’usage des pesticides
Des agronomes payés par l’industrie prescrivent davantage d’herbicide
Des incitatifs illégaux versés à des agronomes pour vendre plus de pesticides
Pesticides: «Beaucoup de monde essaie de se faire du capital politique»
Pesticides : le manque d’indépendance d’agronomes et de chercheurs continue de faire des vagues
Pesticides : le sous-ministre de l’Environnement est inquiet de ce qu’il a découvert
Québec a perdu le contrôle des pesticides
Toujours plus de pesticides

Parus depuis :
Le CEROM fait fausse route, dit Louis Robert (2019-09-20)
Louis Robert, agronome, « Pour le bien de la terre » (2021-05-04)
Un lobbyiste de l’agrochimie dirigera l’Ordre des agronomes du Québec (2024-03-25)
Fumier humain : des « apparences de conflit d’intérêts » dénoncées (2024-10-30)
Les ventes de pesticides augmentent encore (2025-04-02)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Pétrole traversant le Québec: l’anesthésie péquiste

Publié le 3 juin 2019 | Temps de lecture : 6 minutes
Puits de pétrole

Introduction

En vertu de la Canadian Constitution de 1982, le transport interprovincial de marchandise est un domaine de compétence constitutionnelle du fédéral.

Depuis 2015, c’est un des messages que ce blogue répète inlassablement.

Selon le British North America Act de 1867 — et la constitution de 1982 qui en découle — les provinces n’ont que des pouvoirs locaux alors que tout ce qui est transprovincial tombe sous l’autorité exclusive du gouvernement central.

C’est logique.

L’intérêt du Canada

Pour bien comprendre quelqu’un, il faut se mettre à sa place.

Après l’Arabie saoudite et le Venezuela, le Canada occupe le troisième rang mondial quant aux réserves exploitables de pétrole (173 milliards de barils).

Dans cinquante ans, il est possible que l’économie mondiale soit devenue postpétrolière et que cette ressource n’ait plus aucune valeur.

D’ici là, indépendamment de toute considération environnementale, l’intérêt économique du pays est de s’enrichir en vendant le pétrole pendant que cette ressource naturelle vaut encore quelque chose.

Voilà ce que pensent massivement les angloCanadiens. De plus, l’immense majorité des automobilistes québécois préfèrent même carburer au pétrole de l’Ouest, de préférence à n’importe quel autre.

Bref, la production pétrolière au Canada augmentera inexorablement, que cela nous plaise ou non.

Le déni des politiciens québécois

En 2016, Jean-François Lisée soutenait que le Québec possédait les moyens d’empêcher la construction d’oléoducs traversant son territoire, un bluff que j’avais aussitôt critiqué.

J’écrivais : «…les seules manières d’empêcher la construction d’Énergie-Est, ce sont soit l’indépendance du Québec ou des cours pétroliers tellement bas qu’ils rendent cette construction non rentable.»

Et au sujet de ce bluff, je précisais :

« La principale faille idéologique du PQ, c’est de faire croire aux Québécois qu’on peut obtenir à peu près tous les avantages de l’indépendance sans avoir besoin de la faire.»

C’est ce message que j’ai livré à la plénière du XVIIe Congrès national du PQ, suscitant un profond malaise.

La fin des illusions

La Cour d’appel de la Colombie-Britannique est la plus haute instance juridique de cette province; seule la Cour suprême du Canada peut casser ses décisions.

Ses juges sont nommés par le gouvernement de cette province.

Dans une décision unanime rendue le 24 mai dernier, les cinq juges de ce tribunal ont tranché; la province ne possède aucun pouvoir de bloquer le passage d’oléoducs sur son territoire.

La Colombie-Britannique se propose de porter cette cause en appel.

La Cour suprême du Canada est le bras judiciaire de l’État canadien; elle a intérêt à refuser d’entendre l’appel puisque l’odieux de la décision repose alors sur les épaules d’une cour provinciale.

La résurrection d’Énergie Est

Vers 2030, l’augmentation prévue de la production pétrolière canadienne dépassera les capacités des pipelines Trans-Mountain et Keystone.

Dans les années qui précèderont cette date fatidique, il faudra envisager la construction d’un troisième pipeline afin d’éviter la saturation du réseau.

Après un pipeline vers l’Ouest débouchant sur l’océan Pacifique (Trans-Mountain), après un pipeline vers les États-Unis (Keystone), on complétera le dispositif par l’ajout d’un troisième pipeline vers l’Est, jusqu’à l’océan Atlantique. En clair, on ressuscita le projet Énergie Est, possiblement sous un autre nom.

Si le gouvernement canadien a eu l’audace de faire adopter une nouvelle constitution sans le Québec en 1982, il faut être naïf pour croire que l’opposition du gouvernement québécois empêchera Ottawa de nous passer ce pipeline sur le corps.

Un dernier aveuglement

Le député péquiste Sylvain Gaudreau est très fier d’avoir été à l’origine d’une résolution adoptée unanimement par l’Assemblée nationale du Québec le 28 mai dernier, soit quatre jours après la décision de la Cour d’appel de Colombie-Britannique.

Essentiellement, cette résolution est un appui du Québec à la lutte juridique que mène cette province contre le projet Trans-Mountain.

En préambule, la résolution réitère que l’Assemblée nationale est souveraine sur son territoire et rappelle que tout projet pouvant avoir un impact environnemental — notamment ceux ayant trait au transport d’hydrocarbures — ne peut aller de l’avant sans l’accord du gouvernement du Québec.

De toute évidence, les députés de l’Assemblée nationale vivent dans le déni.

Conclusion

Le doute ou le déni est souvent la première réaction qu’on éprouve lorsqu’on apprend une nouvelle qui ne nous convient pas.

Cela est vrai des particuliers comme des peuples.

Si le PQ prêchait depuis des années que seul un Québec indépendant peut empêcher un pipeline de traverser son territoire, la décision de la Cour d’appel de Colombie-Britannique serait une preuve susceptible de réveiller les sceptiques.

Au lieu de cela, cette décision juridique est sans effet sur l’opinion publique québécoise puisque la résolution péquiste à l’Assemblée nationale a pour effet de nous aveugler.

En réalité, du point de vue environnemental, le choix entre le fédéralisme et l’indépendantisme se résume entre le financement obligatoire (par nos impôts) du Nation Building de l’État pétrolier canadien ou la création d’un pays moderne, respectueux de l’environnement et conforme à ce que nous aspirons à être.

Il serait temps que le PQ nous parle comme à des adultes.

Références :
Décision de la Cour d’appel de la Colombie-Britannique (en anglais)
La Colombie-Britannique ne peut pas bloquer Trans Mountain
La sainte citation
Le PQ et Énergie-Est
Pétrole et élections : un rendez-vous manqué avec le destin
Procès-verbal de l’Assemblée nationale
Sondage : des Québécois préfèrent le pétrole de l’Ouest

Au sujet de la dangerosité environnementale des pipelines :
Keystone pipeline raises concerns after third major spill in five years (2022-12-21)

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectifs M.Zuiko 12-40mm F/2,8 — 1/4000 sec. — F/2,8 — ISO 160 — 40 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Projet de loi 21 : la peur d’un blâme de l’ONU

Publié le 27 mai 2019 | Temps de lecture : 3 minutes

C’est par le biais du Conseil des droits de la personne que des particuliers ou des organismes peuvent dénoncer auprès de l’ONU toute violation des droits de la personne.

À la suite d’une plainte, une quarantaine de ‘rapporteurs’ vérifient et peuvent intervenir directement auprès des États pour leur rappeler leurs obligations.

Le 17 mai dernier, trois de ces rapporteurs adressaient une lettre à la Mission permanente du Canada — c’est-à-dire à l’ambassade canadienne — auprès de l’ONU.

Dans ce document, les signataires expriment leurs préoccupations au sujet au projet de loi sur la laïcité (PL21) que veut faire adopter le gouvernement de la Coalition Avenir Québec (CAQ).

Les auteurs craignent que cette loi, si elle est adoptée telle quelle, ne porte atteinte à la liberté de pensée, de conscience et de religion.

Ils demandent au Canada de justifier dans quelle mesure le PL21 respecte les engagements du pays au sujet des droits de la personne.

Parlons franchement.

Essentiellement, l’ONU est un moulin à résolution. À tout instant, des comités adoptent des propositions. Rares sont les pays qui n’ont jamais été visés par l’une ou l’autre des milliers de résolutions adoptées par la multitude des comités de l’ONU.

En 2015, la dictature saoudienne a été élue au Conseil des droits de la personne (celui dont on parle). En 2017, cette dictature devenait également membre de la Commission de la condition féminine de l’ONU.

Ceci prouve qu’à l’ONU, tout s’achète.

À ce jour, le Conseil n’a pas condamné le démembrement des dissidents à la tronçonneuse.

En raison de la présence généreuse de l’Arabie saoudite, le Conseil s’inquiète plutôt des graves persécutions que le Québec s’apprête à infliger, entre autres, aux femmes qui perpétuent des coutumes préislamiques que le wahhabisme promeut à coup de milliards$.

Les seules résolutions qui ont la moindre valeur à l’ONU sont celles adoptées par le Conseil de sécurité ou par l’Assemblée générale. Les autres sont des résolutions de complaisance.

Mais revenons au vif du sujet.

Depuis une décennie, le Québec s’est engagé dans une profonde réflexion au sujet de la laïcité.

S’inspirant de mesures adoptées en Europe — mesures validées par les plus hautes instances juridiques européennes — le Québec est en train de définir sa propre conception des règles qui devraient régir la séparation entre l’État et l’Église.

Dans les notes explicatives destinées à l’interprétation du PL21, le Québec réitère le caractère fondamental de la liberté de conscience et de la liberté de religion.

En résumé, cette loi interdira les manifestations extérieures de la foi dans tous les lieux où l’État offre ses services.

En dépit des réserves qu’on peut avoir au sujet du PL21, il est clair que les très graves violations des droits de la personne dont sont coupables certains membres du Conseil des droits de la personne privent ce comité corrompu de l’autorité morale qui lui serait nécessaire pour faire la leçon au Québec.

Références :
Des experts de l’ONU préoccupés par le projet de loi sur la laïcité
Lettre de l’ONU

Paru depuis : Government offices in EU can ban wearing of religious symbols, court rules (2023-11-29)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les sparadraps du ministre Pierre Fitzgibbon

Publié le 30 avril 2019 | Temps de lecture : 5 minutes

Introduction

Le ministre québécois de l’Économie et de l’Innovation se heurte à un problème; il possède des investissements ‘collants’. Collants comme le sparadrap dont n’arrive pas à se débarrasser le capitaine Haddock dans Tintin.

Selon le Code d’éthique des membres de l’Assemblée nationale, tout député doit déclarer annuellement la liste de ses placements.

En plus, dans le cas d’un ministre, celui-ci doit se départir de ses investissements privés. Il a un délai de soixante jours après sa nomination pour ce faire.

‘Se départir’ signifie vendre ses titres financiers ou les confier à une société de fiducie sans droit de regard.

Le ministre Pierre Fitzgibbon s’entête à refuser de confier ses actifs à une société de fiducie. Ce qui ne lui laisse qu’une seule alternative, soit la vente. Or trouver un acheteur pour de tels placements n’est pas facile et prend du temps.

Le placement en fiducie, une plaisanterie

La loi québécoise oblige l’entrepreneur-ministre à confier temporairement ses avoirs à une fiducie sans droit de regard.

À l’insu de l’intéressé, ces sociétés possèdent le pouvoir de vendre des actifs et d’en acheter d’autres.

Si bien qu’en quittant la politique, l’entrepreneur peut se retrouver avec un portefeuille de titres financiers complètement différent de celui confié au départ à la fiducie.

Pendant qu’il est ministre, pourquoi se servirait-il de son influence pour favoriser des entreprises dont il ignore s’il en est toujours le propriétaire ou l’actionnaire principal ?

Voilà donc comment on évite les conflits d’intérêts… en théorie.

Il en va autrement dans les faits. Prenons un exemple concret.

Le premier ministre canadien Paul Martin avait confié sa compagnie maritime à une société de fiducie sans droit de regard administrée par son fils.

Peut-on imaginer qu’une compagnie aussi importante que la Canada Steamship Lines puisse être vendue sans que la nouvelle ne se répande ?

Présumons de la discrétion absolue du fils, muet comme une carpe. Si fiston avait vendu ‘secrètement’ la compagnie de papa, Paul Martin l’aurait appris le lendemain en ouvrant la section financière de son quotidien.

Mais les compagnies ‘collantes’ de Pierre Fitzgibbon n’ont pas l’envergure d’une compagnie maritime. Ce sont de petites entreprises à capital de risque dont la vente de gré à gré passerait facilement sous le radar des analystes financiers.

Si le ministre de l’Économie est si réticent à les confier à une société de fiducie, c’est que la gestion des entreprises à capital de risque est beaucoup plus délicate.

Ces entreprises n’étant pas inscrites en bourse, la gestion de leurs titres nécessite un suivi différent du suivi habituel des gestionnaires de portefeuilles financiers.

Les risques du métier

Selon le premier ministre, «…quand on entreprend, on prend des risques (et) quand on prend des risques, parfois ça va bien, parfois ça va moins bien.»

En somme, les pertes financières font partie du métier d’investisseur. Or se lancer en politique comporte des imprévus, dont celui d’être élu.

La semaine dernière, le ministre n’a pas pu cacher sa contrariété face aux pressions qu’il subit de se conformer à la loi et de se séparer de l’or qu’il aime tant caresser.

Au sein du gouvernement caquiste, on s’interroge sur l’opportunité d’assouplir les règles plutôt que de risquer la démission de M. Fitzgibbon. Ce qui aurait pour effet de priver le Québec des talents incroyables de cet homme d’affaires.

Personne ne doute de sa compétence. Mais la terre tournait avant lui et elle continuera de tourner après.

On peut se rassurer en se souvenant du cas du ministre libéral des Finances, Carlos Leitão, sorti lui aussi de la cuisse de Jupiter.

Ce qui n’a pas empêché le bilan économique du gouvernement Couillard d’être désastreux, confondant gestion du budget de l’État et gestion de l’économie québécoise.

Conclusion

Contrairement au préjugé populaire, les gens d’affaires sont une plaie en politique.

Il est à noter que ce jugement sévère ne s’applique pas à François Legault puisque ce dernier fait son apprentissage des affaires de l’État depuis vingt ans.

Les gens d’affaires néophytes en politique ont la désagréable manie de vouloir transformer l’État en machine à sous face à laquelle les citoyens sont dépouillés de leur statut de propriétaires de l’État pour celui de simples bénéficiaires (toujours trop couteux) de services gouvernementaux.

Le pleurnichage du ministre a assez duré. Ses lamentations
au sujet des investissements qu’il risque de vendre à perte sont aussi ridicules que les gesticulations du capitaine Haddock pour se débarrasser de ses sparadraps.

Le ministre doit obéir à la loi. Et si cela veut dire perdre un peu d’argent, ce sont les risques du métier comme dirait le premier ministre. Pierre Fitzgibbon aurait dû y penser avant.

Références :
Délicat, faire le saut en politique
Éviter les conflits d’intérêts des membres de l’Assemblée nationale
L’Affaire Tournesol
Legault encense «le goût du risque»
Les regrets d’Henri-Paul Rousseau
Pour la déclaration obligatoire des investissements des élus dans les paradis fiscaux

Parus depuis :
Pierre Fitzgibbon blâmé par ses pairs (2020-11-12)
Fitzgibbon blâmé une deuxième fois par la commissaire à l’éthique (2020-12-08)

Post-Scriptum : Le 2 juin 2021, monsieur Pierre Fitzgibbon a finalement remis sa démission à titre de ministre de l’Économie afin de se conformer aux règles d’éthique de l’Assemblée nationale du Québec.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’ubérisation du taxi québécois

Publié le 8 avril 2019 | Temps de lecture : 8 minutes

Introduction

Le 20 mars dernier, en déposant son projet de loi 17, la CAQ concrétisait sa promesse d’ubériser l’industrie du taxi québécois.

Cette industrie compte 6 500 propriétaires de taxi et emploie 17 500 chauffeurs.

Dans tous les pays soumis à une économie de marché, le métier de chauffeur est une porte d’entrée au marché du travail pour les nouveaux citoyens qui peinent à trouver un poste à la hauteur de leur compétence.

Ces nouveaux citoyens ne sont pas nécessairement des immigrants; à Barcelone, les chauffeurs de taxi parlent le castillan (l’espagnol), mais rarement le catalan parce qu’ils proviennent du reste de l’Espagne, attirée par la prospérité barcelonaise.

Être propriétaire d’un commerce de proximité ou posséder son propre taxi sont deux moyens d’intégration pour le nouveau venu qui possède des talents d’entrepreneur.

Il s’astreint ainsi à une vie de renoncement — caractérisée pas ses longues heures de travail souvent mal payées — afin qu’au moins ses enfants reçoivent l’éducation qui leur permettra de réussir dans le pays.

Depuis des décennies, il faut un permis pour opérer un taxi au Québec. En quantité limitée, le permis a acquis une valeur spéculative qui a fait que certains propriétaires de taxi ont déboursé plus de deux-cent-mille dollars pour l’acquérir.

Devenu inutile, le permis n’a plus de valeur depuis que le gouvernement caquiste a présenté sa loi.

Le système Uber

Uber, c’est une infrastructure logicielle qui permet à tout propriétaire d’un véhicule de devenir conducteur de taxi sans détenir de permis. Et cela permet à tout citoyen inscrit à titre de passager de se commander un véhicule ubérisé.

Dix à vingt pour cent du tarif payé par le passager est versé à Uber à titre de commission. Les profits bruts d’Uber ne sont pas imposables car détournés vers des paradis fiscaux.

En novembre 2017, les données personnelles de 57 millions d’utilisateurs d’Uber ont été dérobées.

La ruine provoquée par l’État

De nombreux propriétaires de taxi ont amorti l’achat de leur taxi au fil des années. D’autres, ayant acquis leur permis plus récemment, trainent encore cette dette.

Le ministre des Transports souligne les nombreux avantages de sa réforme pour les artisans de cette industrie.

Dorénavant, il ne sera plus nécessaire de posséder un permis spécial (dit de classe 4C) pour opérer un taxi.

Et l’obligation d’acheter une plaque spécifique d’immatriculation (la plaque T) est supprimée. D’où une économie de mille dollars.

Affranchi des limites territoriales de son agglomération, le chauffeur pourra prendre n’importe quel passager sur son chemin et accéder à la clientèle réservée des aéroports.

Tout comme les chauffeurs d’Uber, il pourra accéder à la tarification dynamique (nous y reviendrons).

Et pour couronner le tout, les chauffeurs n’auront plus besoin de louer le taxi d’un propriétaire. La location de permis représente une dépense de 300$ à 600$ par semaine pour le chauffeur, soit une économie de quinze à trente-mille dollars d’économie avec cette réforme.

Une offre ‘finale’ insuffisante

Pourquoi les artisans de l’industrie du taxi refusent-ils l’offre gouvernementale ?

C’est que les chauffeurs d’Uber ont déjà tous ces avantages. Mais ils ne trainent pas une lourde dette résiduelle.

En tant qu’ex-chef d’entreprise, le premier ministre fait valoir que cela fait partie des risques pour n’importe quel investisseur. Certains investissements s’avèrent profitables. D’autres, pas.

On ne peut pas associer un changement de gouvernement à une catastrophe naturelle ou à un simple aléa du marché. Nous sommes en présence d’une décision gouvernementale qui a pour effet de condamner à la misère une partie de son propre peuple.

Le chauffeur de taxi qui a tenté de s’ouvrir les veines en direct sur les ondes d’une chaine télévisée, ce n’est pas un truc publicitaire; c’est un acte de désespoir.

On aura beau lui dire que l’offre du gouvernement représente des déboursés de 500 millions$, cela est une réponse technocratique; pour lui, l’ubérisation de son métier, c’est l’effondrement du monde qu’il croyait avoir créé afin de nourrir sa famille.

Après avoir hypothéqué tous ses biens (souvent malgré les réticences de son épouse), après avoir emprunté de ses amis, le voilà ruiné. C’est ça, l’ubérisation forcée décrétée par la CAQ.

Une politique sans cœur

Personne ne peut reprocher à un gouvernement de vouloir réaliser une promesse électorale. Mais on peut lui reprocher de s’entêter à poursuivre dans cette voie quand il est évident qu’il s’agit d’une décision arbitraire qui coutera cher en dédommagements imposés par les tribunaux.

Uber n’est pas une compagnie internationale toute puissante. Lorsqu’Uber opère dans l’illégalité, il suffit à n’importe quel policier de s’inscrire en tant qu’utilisateur, d’appeler un taxi, et de donner une contravention au chauffeur à la fin de la course. Bref, Uber est un colosse aux pieds d’argile.

Pour prospérer, Uber doit nécessairement jouir de la complicité des autorités politiques. Or ils se trompent ceux qui pensent que la complicité de la CAQ sera avantageuse pour les consommateurs.

La facturation dynamique

En cas de panne du métro — il y en a plus de mille par année — les chauffeurs de taxi doivent respecter la tarification en vigueur.

Avec la loi 17, cela ne sera plus le cas; les tarifs seront soumis à la loi du marché. Seuls les taxis coiffés d’un lanternon (les ‘vrais’ taxis) seront soumis à une limite maximale.

Quel pouvoir de marchandage possède l’utilisateur du transport en commun quand le métro tombe en panne ? S’il ne peut se permettre d’arriver en retard, il est pris à la gorge puisque la tarification sera alors soumise à la loi du marché, c’est-à-dire la loi du plus fort.

Or la loi du plus fort finit toujours par avantager ceux qui possèdent les moyens de production ou d’échange au détriment des citoyens les plus vulnérables.

Parmi ceux-ci, on compte les personnes âgées qui n’ont pas les moyens de payer un supplément pour disposer de l’internet sur leurs téléphones multifonctionnels et qui seront incapables de comparer les prix en vigueur.

On comprend donc mal comment des gens dits ‘de gauche’ peuvent appuyer une réforme qui se fera essentiellement sur le dos des citoyens à faibles revenus.

Conclusion

Soumettre les utilisateurs aux lois du marché, c’est revenir cinquante ans en arrière, plus précisément avant l’adoption de la loi québécoise de protection des consommateurs en 1971.

Un pays régi par la loi du marché, c’est un pays où le puissant possède le droit d’exploiter ceux à sa merci.

La loi 17, c’est la capitulation de l’État aux intérêts privés d’une compagnie richissime qui, pour réussir, dépend totalement de la complicité des gouvernements que nous élisons.

Ces temps-ci, le gouvernement québécois nage dans les surplus budgétaires. Le gouvernement de la CAQ utilisera partiellement cette marge de manœuvre à légaliser Uber.

Au contraire, il suffirait de priver Uber de sa flotte de taxis amateurs, pour que prix de la réforme caquiste — entre cinq-cents millions et 1,4 milliard$ — puisse être affecté à des fins plus utiles.

Imaginez le nombre de maisons des aînés, de nouvelles écoles ou d’infrastructures municipales qu’on pourrait construire avec cette somme…

Au lieu de cela, le gouvernement Legault gaspillera des centaines de millions$ à régler le problème d’une compagnie étrangère désireuse de percer le marché règlementé du taxi.

À quand une révolution socialiste à la Bernie Sanders où les besoins du peuple deviendront réellement prioritaires ?

Références :
Comment utiliser Uber
Enrichir des Québécois… avec le taxi
La « libre entreprise » du Taxi
La valeur des permis de taxi poursuit sa baisse à Québec
« Les travailleurs ubérisés sont les prolétaires du XXIe siècle »
Nombre record de pannes dans le métro : les conséquences du laisser-faire
Piratage massif chez Uber : les données de 57 millions de personnes dérobées
Projet de loi no 17
Québec veut déréglementer l’industrie du taxi et régulariser Uber, l’industrie du taxi fulmine
Surplus budgétaire de 3,5 milliards à Québec

Paru depuis : Les dérapages d’Uber (2022-07-10)

Postscriptum du 21 juin 2024 : La Cour supérieure vient de condamner le gouvernement de la CAQ à donner 143 millions de plus aux anciens propriétaires d’un permis d’opération d’un taxi au Québec.

Si on tient compte de la somme jugée insuffisante déjà versée, soit 873 millions$, le cout total de l’ubérisation de l’industrie québécoise du taxi dépasse maintenant le milliard de dollars.

Référence : Perte de valeur des permis de taxis : Québec devra verser plus de 143 millions $ (2024-06-21)

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Écrit par Jean-Pierre Martel