Pourquoi le PQ veut-il l’indépendance du Québec ?

Publié le 20 mars 2015 | Temps de lecture : 5 minutes

Introduction

Hier, M. Pierre-Karl Péladeau, aspirant à la chefferie du Parti Québécois, a déclenché une vive controverse après avoir déclaré : « On n’aura pas 25 ans devant nous pour réaliser l’indépendance. Avec la démographie, avec l’immigration, c’est certain qu’on perd un comté à chaque année. On souhaiterait pouvoir mieux les contrôler, mais ne nous faisons pas d’illusion. (…) Qui prend en charge les immigrés qui viennent s’installer ici au Québec ? C’est le gouvernement fédéral. »

Par souci de rectitude politique, les autres candidats à la chefferie se sont empressés de corriger M. Péladeau en soulignant que le projet indépendantiste du Parti Québécois devait rallier tous les Québécois, et que les néoQuébécois constituaient une richesse pour le Québec.

Les porte-paroles des autres formations politiques, dont le Premier ministre du Québec, ont accusé le Parti Québécois d’être animé par un nationalisme ethnique, et d’être un parti sectaire et xénophobe.

Désapprouvé de toutes parts, M. Péladeau a finalement présenté ses excuses.

Les faits

Déclin de l’appui à l’indépendance du Québec depuis une décennie

Depuis une décennie, l’appui à l’indépendance du Québec est passé d’environ 50% à environ 39% de l’ensemble de la population québécoise.

Si on tient compte du fait que la minorité anglophone du Québec est demeurée tout aussi opposée à l’indépendance, il peut conclure que ce déclin est essentiellement lié à une diminution de la ferveur indépendantiste des Francophones eux-mêmes.

Selon Statistique Canada, de 2006 à 2011, le pourcentage de Francophones sur l’île de Montréal est passé de 54,5% en 2006 à 53,3% en 2011 et, dans l’ensemble de la région montréalaise, de 69,2% à 68,4%.

Le déclin de 1% des Francophones montréalais en seulement cinq ans — aussi inquiétant que soit cette tendance à long terme quant à la survie de la majorité francophone au Québec — compte secondairement sur le déclin de l’option indépendantiste dans l’ensemble de la population québécoise depuis une décennie. La cause principale est sa perte de popularité chez les Francophones dits « de souche ».

Nationalisme ethnique vs nationalisme linguistique

Aussi maladroits qu’aient été les propos de M. Péladeau, ceux-ci reflètent une inquiétude sincère chez lui quant à l’avenir du français au Québec, préoccupation partagée par une bonne partie des Montréalais francophones, témoins quotidiens de l’anglicisation de la métropole.

Face aux accusations libérales d’ethnocentrisme et de xénophobie, les autres candidats à la chefferie ont raté une occasion de réitérer que la raison d’être fondamentale du Parti Québécois est la lutte pour la pérennité du caractère majoritairement francophone de la Nation québécoise; en effet, rien d’autre ne justifie l’indépendance du Québec et les risques entrainés par la sécession du Canada.

On a tort de penser qu’on pourra motiver les Québécois à faire l’indépendance pour des raisons aussi abstraites que le désir de voir le Québec écrire son nom dans le grand livre de l’histoire des peuples ou dans le but d’avoir sa propre voix à l’ONU. Même l’argument du chevauchement des domaines de compétence entre le fédéral et le provincial justifie autant la souveraineté du Québec que son contraire, soit la centralisation de tous les pouvoirs à Ottawa.

En diluant son programme afin de le rendre acceptable au plus grand nombre et le rendre aussi inoffensif que des granules homéopathiques, le Parti Québécois a perdu de vue les raisons qui justifient la création d’un pays appelé Québec. Il ne suffit pas de prêter allégeance à la cause souverainiste : le PQ doit expliquer ce qui justifie le partage du Canada.

La cuisante défaite de ce parti aux dernières élections aurait dû provoquer une profonde remise en question de son idéologie. Au contraire, afin d’éviter des déchirements internes, les rescapés du naufrage vivent depuis dans le déni.

Les programmes des candidats à la chefferie péquiste comportent des idées certes intéressantes, mais majoritairement réalisables à l’intérieur du cadre constitutionnel canadien. À titre d’exemple, a-t-on besoin de faire l’indépendance pour favoriser l’électrification des transports ?

Ces idées servent donc de paravent à la soumission à une idéologie qui a fait long feu et qui colle de moins en moins aux préoccupations actuelles des Québécois.

Seul le principal candidat dans cette course — se comportant parfois comme un cheval fou trop à l’étroit dans son enclos — laisse présager, en dépit de ses maladresses, qu’il est le seul qui ait l’envergure, la volonté et la poigne pour amener ce parti à de douloureuses mais nécessaires remises en question.

Références :
Déclin de l’option souverainiste: les immigrants n’y sont pour rien, dit un chercheur
Données linguistiques de Montréal selon le recensement de 2011
L’immigration menace le projet souverainiste, selon Péladeau
Péladeau sur l’immigration: dérive vers le «nationalisme ethnique», selon Couillard
Programme du Parti québécois

Publié depuis :
La rondelle ne roule pas pour le français dans la LHJMQ (2017-08-26)

Compléments de lecture :
Jacques Parizeau radote
La Charte de la laïcité : un mauvais départ
Parti Québécois : une décennie de dysfonctionnement électoral

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Terrorisme : le manque de jugement du premier Ministre du Québec

Publié le 14 février 2015 | Temps de lecture : 6 minutes

Introduction

À la fin du mois dernier, M. Couillard déclarait que l’intégrisme religieux était un choix personnel, digne de respect.

Le premier ministre a aussi plaidé en faveur des liens qui unissent le Québec aux pays qui bafouent les droits de la personne en général et ceux des femmes en particulier. « Il faut maintenir ces liens parce que la plus certaine façon de les rendre encore plus radicaux et éloignés de nos valeurs, c’est de les maintenir dans l’isolement. »

Donnons à M. Couillard le bénéfice du doute et présumons qu’il parlait des liens diplomatiques. De plus, supposons qu’il ne voulait pas vraiment dire qu’on doive éviter de critiquer les pays qui bafouent les droits des femmes, contrairement à ce que sa déclaration suggère.

Pour couronner le tout, il y a quelques jours, M. Couillard a indiqué que son gouvernement s’attaquerait non pas à l’intégrisme mais plutôt au radicalisme dont le meilleur exemple, selon lui, est l’option indépendantiste du Parti québécois.

Pauvre monsieur Couillard.

Le radicalisme politique violent

En 2012, l’attentat au Métropolis a été perpétré par un terroriste fédéraliste. Cet attentat a fait un mort et un blessé grave.

En 1984, la tuerie à l’Assemblée nationale du Québec a été perpétrée par un terroriste fédéraliste. Il a fait trois morts et treize blessés.

En 1970, des terroristes indépendantistes — le Front de libération du Québec — ont fait un mort.

Peu importe les efforts que M. Couillard tentera pour nous convaincre que ses adversaires politiques représentent un danger sécuritaire, le bilan du radicalisme politique au Québec est simple : depuis quarante ans, les terroristes fédéralistes ont tué quatre fois plus de personnes que les terroristes indépendantistes.

Cette utilisation de la peur par M. Couillard et cette déformation grossière des faits à des fins bassement partisanes sont indignes de sa fonction de chef d’État.

Coran et Charia

Ce qui distingue le Musulman « ordinaire » de l’intégriste islamique, c’est que le premier croit au Coran alors que le second respecte lui aussi le Coran, mais désire l’application intégrale de la Charia (un recueil de loi islamique datant des premiers siècles de l’Islam).

Cette distinction est fondamentale. Le Musulman « ordinaire » ne représente aucun danger sécuritaire. Contrairement aux idées reçues, le Coran ne prévoit aucune punition terrestre ni pour le blasphème ni pour l’apostasie.

C’est la Charia qui prévoit la peine de mort pour l’un et l’autre. De plus, ce sont les intégristes qui se croient investis de la Mission Divine de punir eux-mêmes les blasphémateurs et les apostats en les assassinant.

Le temps que M. Couillard et ses stratèges prennent à tenter de démoniser leurs adversaires politiques est du temps perdu. Ce temps perdu retarde le moment où son gouvernement se consacrera aux « vraies affaires », soit le radicalisme religieux saoudien, le mieux organisé et le mieux financé de tous.

Face à la montée de l’intolérance à l’égard des Musulmans d’ici, il est du devoir du premier Ministre d’affronter les préjugés en disant et en répétant à satiété que croire à la Bible juive, aux Saints Évangiles chrétiens ou au Coran, c’est pareil aux yeux de l’État; cela n’est pas identique, mais cela revient au même. Voilà ce que M. Couillard doit dire aux Québécois.

De plus, une mosquée, ce n’est rien d’autre qu’un local. Ce local n’est pas dangereux. Ce qui pourrait être dangereux, c’est ce qu’on prêche dans ce local.

Si on y prêche le Coran, pas de problème. Par contre, si on y prêche le respect scrupuleux de la Charia, on y promeut des croyances arriérées contraires aux valeurs québécoises. Voilà ce que M. Couillard doit dire.

Malheureusement, son refus de condamner l’intégrisme musulman et son refus d’utiliser ses bonnes relations personnelles avec le régime saoudien afin d’obtenir la libération inconditionnelle de Raïf Badawi, l’ont rendu suspect à beaucoup de Québécois et lui ont fait perdre l’autorité morale dont il a besoin pour calmer les esprits.

On ne peut pas maintenir la paix sociale au Québec, en laissant se répandre les préjugés, la suspicion, voire même la haine, à l’égard de citoyens respectables.

De plus, il est futile d’essayer d’empêcher des croyants de se réunir pour prier; cela est de la persécution religieuse.

L’islamophobie qui s’est emparée récemment du Québec est une honte. Et j’accuse publiquement M. Couillard d’en être partiellement responsable en s’abstenant de rassurer les Québécois.

Ce dernier n’a pas su faire preuve de leadership en défendant des citoyens au-dessus de tout soupçon accusés injustement. Ce que M. Couillard défend depuis le début, ce sont les intégristes alors qu’il laisse les Musulmans qui partagent nos valeurs en proie aux préjugés et à la suspicion.

Je ne comprends pas comment un parti politique responsable du Printemps érable et — par son immobilisme — de la montée de l’intolérance religieuse, puisse accuser ses adversaires d’aimer la chicane. Au contraire, le parti de la chicane, c’est le Parti libéral du Québec.

Depuis le début, M. Couillard fait preuve d’un grossier manque de jugement. Nous savons tous que des intérêts saoudiens sont au coeur du financement du terrorisme international. C’est peine perdue de tenter de nous convaincre que les intégristes saoudiens sont nos amis. Ils ne le sont pas.

Lorsqu’on sait que l’Arabie saoudite n’a même pas de constitution et que la Charia y fait office de code pénal, il est clair que tout dans nos valeurs s’oppose à l’obscurantisme de la dictature monarchique de ce pays.

De plus, confier implicitement la lutte à l’intégrisme aux municipalités du Québec, c’est abdiquer de ses responsabilités. C’est laisser l’esprit de clocher décider des enjeux sociaux du Québec.

M. Couillard doit se ressaisir, cesser les petites manigances idéologiques et se comporter en chef d’État.

Références :
L’Arabie saoudite et le financement d’Al-Qaida
L’intégrisme est un choix personnel, juge le premier ministre
Radicalisme: Péladeau et Drainville dénoncent les propos de Couillard
Sécurité: Couillard se fait rassurant

Paru depuis : Le Forum musulman affirme que les musulmans sont instrumentalisés (2015-02-20)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les principes asymétriques de M. Couillard

Publié le 27 janvier 2015 | Temps de lecture : 3 minutes

Le premier ministre du Québec a confirmé aujourd’hui s’être entretenu il y a quelques jours avec l’ambassadeur d’Arabie saoudite au sujet du cas de Raïf Badawi.

Précisant qu’il ne croit pas à l’usage de sanctions à l’endroit du régime saoudien, M. Couillard ajoute : « La plus certaine façon de les rendre encore plus radicaux et éloignés de nos valeurs, c’est de les maintenir dans l’isolement ».

Alors si je comprends bien, il ne faut pas hésiter à condamner les violations des droits de l’homme des régimes de gauche (Chine, Russie, Corée du Nord, Cuba). Mais dans le cas d’une dictature de droite, il faut se taire afin de ne pas l’effaroucher car elle risquerait de se braquer et devenir encore plus radicale. Wow !

J’aurais préféré entre M. Couillard nous dire comment il entend obtenir la libération de Raïf Badawi. Si M. Couillard n’a pas la moindre idée de la manière de s’y prendre, je trouve odieux qu’il tente de décourager ceux qui, au contraire de lui, se tiennent debout face à l’obscurantisme.

Le quotidien britannique The Guardian a publié une traduction anglaise d’extraits des écrits de M. Badawi. Ceux-ci illustrent leur caractère anodin.

Dans ses écrits, M. Badawi ose remettre en question le caractère théocratique de l’Arabie saoudite : cela équivaut à une hérésie selon n’importe quel imam de ce pays. Voilà pourquoi l’un d’entre eux, proche de la famille royale, a émis une fatwa contre M. Badawi, invitant les croyants à l’assassiner s’il ne se repentait pas.

Selon ces imams d’influence saoudienne, il est du devoir de chaque croyant de venger l’Islam. Par l’assassinat s’il le faut. En d’autres mots, ce qu’ils prêchent, c’est que le meurtre, les crimes d’honneur et le terrorisme sont non seulement normaux, mais sont du devoir du croyant. De plus, la volonté de Dieu a priorité sur les lois des hommes.

La très grande majorité des imams français s’opposent à cette conception. Il suffit de lire les quotidiens et hebdomadaires français pour prendre connaissance des nombreux témoignages d’imams découragés parce qu’un nombre croissant de leurs paroissiens — jeunes, notamment — préfèrent croire l’idéologie intégriste saoudienne. Tout comme n’importe quel Catholique préférait croire une encyclique de Rome plutôt que l’opinion divergente d’un curé de paroisse.

La frivolité avec laquelle M. Couillard associe l’intégrisme à un simple choix religieux personnel est consternante et sape les efforts des imams d’ici à inventer un Islam moderne, compatible avec les valeurs occidentales et en opposition totale avec l’obscurantisme de l’Arabie saoudite.

Références :
L’Arabie saoudite et le financement d’Al-Qaida
L’intégrisme est un choix personnel, juge le premier ministre

Paru depuis : Couillard doit expliquer ses liens avec l’Arabie saoudite, dit Khadir (2015-02-03)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’injustice et la peur

Publié le 23 septembre 2014 | Temps de lecture : 2 minutes

Le moteur des révolutions est le sentiment d’injustice.

En Tunisie, un vendeur voit son étal de fruits confisqué arbitrairement par la police. Dans son esprit, la perte de son unique gagne-pain condamne ses enfants à mourir de faim. Il s’immole par le feu pour dénoncer cette injustice et son sacrifice déclenche le Printemps arabe.

Aux États-Unis en 1764, une taxe jugée injuste sur le thé déclenche une révolte — animée par le slogan « No taxation without representation » — qui mène à la Révolution américaine.

En 1789, la misère du peuple et le faste de la cour entrainent la France sur la voie de la Révolution française.

Après près de 1,7 million de morts au cours de la Première Guerre mondiale — causés par une aristocratie militaire incompétente — il faudra un hiver rude et des pénuries alimentaires pour déclencher des émeutes (sévèrement réprimées) menant à la Révolution russe.

Sans qu’il s’agisse d’une révolution, rappelons que l’accession au pouvoir du Parti Québécois en 1976 a été favorisée par un fait divers; la suspension, par la Canadian Air Traffic Control Association, de pilotes et contrôleurs canadiens-français pour avoir parlé entre eux en français.

À l’opposé, le meilleur moyen d’étouffer une révolte, c’est la peur. La peur de la mitraille ou la peur des conséquences d’un bouleversement politique ou économique. De manière absurde, il faut que même le pauvre se dise : « J’ai rien mais je ne veux pas tout perdre. »

Voilà pourquoi la peur a été utilisée contre les indépendantistes d’Écosse et ceux du Québec. Elle le sera contre les indépendantistes de Catalogne.

Certains s’en offusquent. Moi, je trouve cela normal. Le recours à la peur est légitime de la part de ceux qui s’opposent au changement parce qu’ultimement, c’est le seul moyen qui marche. Or, lorsqu’il s’agit de la raison d’État, la fin justifie toujours les moyens.

À méditer :
Woodstock et la liberté comme domination (2019-09-08)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le colloque destiNation

Publié le 21 septembre 2014 | Temps de lecture : 8 minutes

Hier et aujourd’hui, j’ai participé au colloque indépendantiste « destiNation : Nouvelles idées » organisé par le Conseil de la souveraineté du Québec.

Ouvert à tous, ce colloque réunissait un millier de participants invités à entendre des conférenciers le matin et, en après-midi, à discuter de sujets précis en ateliers. Je me suis inscrit à celui relatif à la langue et à la culture. Le lendemain, les propositions adoptées en atelier étaient soumises pour adoption finale lors d’une plénière.

Parmi les conférenciers, quelques-uns furent plutôt bien. Mais la majorité des exposés furent exceptionnellement bons, présentés par des conférenciers brillants que j’entendais pour la première fois.

En atelier, les participants étaient invités à discuter de deux projets de propositions (susceptibles d’être amendées) et, si approprié, à soumettre de nouvelles propositions.

En plénière, les seules propositions retenues en atelier qui furent soumises à l’assemblée étaient celles qui apparaissaient originellement dans le cahier de propositions (à quelques détails près).

Globalement, il s’agissait de vœux pieux et dans certains cas, de propositions tellement ambitieuses qu’elles dépassent les capacités organisationnelles du Conseil de la souveraineté du Québec.

En effet, cet organisme est financé par les cotisations de quelques centaines de membres et par les profits réalisés lors d’événements-bénéfices (exemple : des méchouis).

Bref, n’importe quel stratège hostile à l’idéologie de cet organisme aurait très bien pu voter en faveur de certaines de ses résolutions dans l’espoir machiavélique qu’il se disperse dans tous les sens et épuise ses bénévoles à des projets mobilisateurs trop ambitieux.

Toutes les propositions ont été adoptées sauf une. Personnellement, j’ai voté contre un petit nombre d’entre elles.

Les propositions de l’atelier sur la langue et la culture

Les projets de propositions soumises à notre attention visaient quatre objectifs. Premièrement, réaffirmer l’importance de la défense du français. Deuxièmement, se prononcer en faveur du soutien de l’État aux industries culturelles. Troisièmement, inviter ces industries à réfléchir sur la manière de mieux orienter l’action du mouvement indépendantiste sur les enjeux culturels. Et dernièrement, inviter les artistes à promouvoir le mouvement indépendantiste.

Bref, rien de concret. De belles propositions charmantes et inoffensives, délicates comme de la dentelle et aussi consistantes que du Jell-O.

En lisant et relisant les résolutions de mon comité, l’image qui me venait constamment à l’esprit, c’est celle d’une famille qui se réveille alors que leur maison est en feu. Au lieu d’appeler les pompiers ou de se précipiter à l’extérieur afin d’éviter d’être brulés vifs, les membres de cette famille décidaient plutôt de se réunir autour de la table de la cuisine afin de discuter d’une proposition visant à sensibiliser les pompiers à l’importance d’éteindre les feux.

Bref, dans 500 ans, si des anthropologues devaient creuser le sol de Montréal dans le but d’essayer de comprendre comment la société québécoise s’est éteinte, il leur suffira de découvrir les résolutions dont ses élites discutaient alors que leur maison était en feu, pour comprendre pourquoi cette société a disparu.

L’erreur du Budget de l’An 1

J’ai également voté contre la proposition voulant «… que les organisations de la société civile entreprennent une réflexion sur la nécessité pour le Québec de mettre en œuvre une démarche constituante permettant aux Québécois de définir leur propre constitution ».

Ce charabia signifie que le petit nombre d’organismes qui soutiennent le Conseil s’uniraient à lui pour former une Assemblée constituante — à l’image de celle de 1789, au début de la Révolution française — qui s’attellerait à la tâche de rédiger, au nom de la nation québécoise, la constitution hypothétique d’un Québec indépendant.

J’ai voté contre parce qu’il est extrêmement prétentieux pour le Conseil, représentatif d’un minuscule pourcentage de la nation, de se donner le mandat de diriger les travaux menant à la rédaction de la constitution d’un pays à venir.

Au cours des deux référendums précédents, personne n’a demandé de voir la future Constitution du Québec avant de voter.

Pour le mouvement indépendantiste, il est donc imprudent de risquer que la stratégie de la future campagne référendaire dérape au sujet d’un obscur article d’un texte constitutionnel hypothétique et répéter ainsi l’erreur du « Budget de l’an 1 » du Parti Québécois.

D’où vient cette manie de créer des vulnérabilités inutilement ? De toute évidence, certains indépendantistes ne tirent jamais de leçon des erreurs du passé.

Les référendums-suicides

De plus, j’ai voté contre la résolution voulant qu’on tienne, dès que possible, un référendum sur l’indépendance du Québec.

La veille, un conférencier est venu expliquer que l’appui populaire à l’indépendance est en lent déclin depuis des années.

Déclin de l’appui à l’indépendance du Québec depuis une décennie

Depuis les deux référendums sur l’indépendance, battus de justesse, le Québec accueille annuellement 50 000 personnes, ce qui fait un demi-million d’immigrants par décennie.

À 60%, ceux-ci choisissent de s’angliciser. Au contraire, le Québec est francophone à 80%. Cet apport humain de néoQuébécois entraine donc un bouleversement démographique.

Au sein d’une population déchirée à se sujet, la diminution du pourcentage des Francophones qui habitent Montréal et sa périphérie entre 2006 et 2011 s’opère dans un contexte où chaque fraction de pourcentage compte.

Le seul groupe linguistique majoritairement favorable à l’indépendance, ce sont les Québécois francophones (de souche ou non). Or leur ferveur indépendantiste diminue depuis une décennie.

Il est donc impossible que la nation québécoise vote majoritairement pour l’indépendance tant et aussi longtemps que le pourcentage de Francophones à Montréal continuera de péricliter et tant qu’on n’aura pas convaincu davantage de Francophones à l’option indépendantiste.

À vouloir imposer aux gens un référendum dont ils ne veulent pas, certains Québécois en sont rendus à faire de l’urticaire simplement à entendre prononcer le mot « référendum » alors qu’il n’y a rien de plus démocratique que de donner au peuple le pouvoir de décider des enjeux importants qui le concernent.

L’aveuglement idéologique du Conseil explique à la fois sa volonté de promouvoir la tenue de référendums-suicides, et l’insignifiance des propositions qui nous ont été soumises à l’atelier sur la langue et la culture.

Conclusion

À la suite de la défaite électorale cuisante des deux principaux partis politiques indépendantistes — le Bloc Québécois sur la scène fédérale et le Parti Québécois sur la scène provinciale — les partis et mouvements indépendantistes sont plus que jamais ouverts aux idées nouvelles.

Toutefois, elles ont encore conservé les mécanismes de défense qu’elles ont mis en place depuis des décennies afin de se protéger des hurluberlus et des fanatiques.

Mais en dépit de ces réflexes défensifs, ces organisations ont perdu la suffisance qu’elles affichaient du temps de leurs heures de gloire. Même si les idées que j’ai exprimées dans l’atelier auquel je me suis inscrit n’ont pas été retenues et n’ont donc pas été présentées à l’assemblée du lendemain, ces idées — qui sont celles que j’exprime depuis quatre ans sur ce blogue — ont trouvé un autre terreau fertile et je suis convaincu qu’elles feront leur chemin.

Pour terminer, voici quelques photos prises à ce colloque.

L’animatrice Martine Desjardins et les conférenciers Pierre-Alain Cotnoir et Jean-François Nadeau
Flavie Payette-Renouf, Robert Laplante et Monique Pauzé
Danic Parenteau
Jean-Pierre Charbonneau
Jocelyn Caron
L’ex premier ministre Bernard Landry
Animateurs de mon atelier : Jean-François Payette, Simon-Pierre Savard-Tremblay, Maxime Laporte, Flavie Payette-Renouf Pierre Curzi et (hors champ) Andrée Feretti
Jason Brochu-Valcourt (vice-président) Gilbert Paquette (président) annonçant le changement de nom de « Conseil de la souveraineté du Québec » à « Organisations unies pour l’indépendance du Québec »
Clôture animée par des jeunes

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 40-150mm R
1re photo : 1/160 sec. — F/4,8 — ISO 1600 — 82 mm
2e  photo : 1/250 sec. — F/5,6 — ISO 1000 — 145 mm
3e  photo : 1/320 sec. — F/5,6 — ISO 2000 — 150 mm
4e  photo : 1/250 sec. — F/5,1 — ISO 2500 — 108 mm
5e  photo : 1/250 sec. — F/5,6 — ISO 2000 — 150 mm
6e  photo : 1/320 sec. — F/5,6 — ISO 1250 — 150 mm
7e  photo : 1/80 sec. — F/4,0 — ISO 1000 — 40 mm
8e  photo : 1/250 sec. — F/5,6 — ISO 1250 — 150 mm
9e  photo : 1/80 sec. — F/4,0 — ISO 320 — 40 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La faillite de la dérèglementation ferroviaire du gouvernement fédéral

Publié le 20 août 2014 | Temps de lecture : 6 minutes

C’est hier matin que le Bureau de la sécurité des transports du Canada rendait public son rapport de 219 pages sur la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic.

Rappelons qu’à cette occasion, un train mesurant 1,4km —
 transportant 7,7 millions de litres de pétrole de schiste — a déraillé. Ce déraillement a provoqué le déversement de six millions de litres de brut qui ont pris feu, détruisant 40 édifices et 53 véhicules. De plus, 100 000 litres de pétrole brut ont contaminé une bonne partie du sol du centre-ville de Lac-Mégantic ainsi que la rivière Chaudière adjacente, et le lac qui donne son nom à la ville.

Par-dessous tout, cette catastrophe a tué 48 personnes et provoqué l’évacuation d’environ deux mille autres. Bref, c’est la pire catastrophe environnementale de l’histoire du Canada.

La cause profonde de cette catastrophe est le laisser-faire des organismes responsables d’assurer la sécurité du transport ferroviaire. Précisons qu’il s’agit d’une responsabilité exclusive du gouvernement fédéral.

Dans les faits, cette tâche est assumée par trois organismes fédéraux aux responsabilités complémentaires; le Bureau de la sécurité des transports du Canada (qui enquête en cas de catastrophe), l’Office des transports du Canada (qui émet ou révoque les permis d’exploitation appelés certificat d’aptitude), et Transport Canada (qui voit au bon fonctionnement du système). Le plus important est ce dernier.

Depuis une quinzaine d’années, le transport ferroviaire est l’objet d’une dérèglementation, partout en Occident. Au Canada, cette dérèglementation a été entamée par des gouvernements dirigés par le Parti libéral du Canada, mais s’est considérablement accélérée depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement Harper.

L’idéologie conservatrice est à l’effet que l’État est, par sa nature même, mauvais. L’État serait une multitude de fonctionnaires paresseux, généreusement rémunérés grâce à nos taxes, et qui empêchent, par leurs exigences tatillonnes, les entrepreneurs de faire ce dans quoi ils excellent : créer de la richesse pour eux et des emplois pour les autres.

Au Canada, le transport ferroviaire de pétrole brut est passé d’environ 500 wagons complets en 2009, à 160 000 wagons complets en 2013, soit une augmentation de 32 000%. Pendant ce temps, le gouvernement Harper réduisait très légèrement le nombre d’inspecteurs de Transport Canada.

Dépourvu d’effectif adéquat, Transport Canada s’en remettait à l’autorèglementation des compagnies ferroviaires. Celles-ci devaient lui soumettre un « Système de gestion de la sécurité » à défaut de quoi, elles devenaient sujettes à des poursuites.

Mais une fois que les compagnies soumettaient un tel document, les règlements adoptés par le gouvernement Harper interdisaient à Transport Canada de poursuivre les compagnies en raison de lacunes observées dans la mise en œuvre de leur plan.

La MMA — un transporteur ferroviaire appartenant à des intérêts américains — a présenté le sien à Transport Canada en 2002, mais n’a commencé à le mettre en place qu’en 2010. Pendant sept ans, Transport Canada n’a rien fait d’autre que de recommander des améliorations.

Pendant ce temps, les autorités américaines n’hésitaient pas à lui imposer plus de 146 000$ d’amendes pour l’inciter à sécuriser ses activités ferroviaires du côté américain de la frontière.

L’enquête approfondie menée par le Bureau de la sécurité des transports du Canada à la suite de la catastrophe de Lac-Mégantic, a révélé des lacunes beaucoup plus inquiétantes que toutes celles découvertes par Transport Canada :
– une usure des rails sur la voie principale largement supérieure aux normes de l’industrie;
– des réparations non standard;
– une pratique systémique de laisser des trains sans surveillance sur la voie principale et sur une pente descendante pendant plusieurs heures sans mesure de défense en profondeur pour empêcher tout mouvement involontaire;
– des lacunes qui n’étaient pas analysées en profondeur par la MMA, de sorte qu’ils se perpétuaient.

Bref, le rapport accablant du Bureau de la sécurité ferroviaire démontre la faillite de la dérèglementation ferroviaire à laquelle le gouvernement fédéral a procédé, une dérèglementation qui se solde par 48 morts et le pire désastre environnemental de l’histoire canadienne.

En se trainant les pieds après la catastrophe, Ottawa a permis à la MMA de filer à l’anglaise sans verser un sou à la population de Lac-Mégantic. De plus, en évitant de saisir les actifs de la MMA, il lui a permis de les vendre à une autre compagnie américaine, empochant 15,8 millions$ pour son réseau ferroviaire en ruine.

Sous des habits de défenseur du contribuable, le gouvernement Harper n’est rien d’autre que le valet du capitalisme international et l’ennemi du peuple canadien.

Références :
Rapport d’enquête ferroviaire R13D0054
Sale of railroad blamed in Lac-Mégantic disaster finalized

Parus depuis : Les raisons de la colère (2014-08-23)
Lac-Mégantic : le BST minimise la responsabilité de Transports Canada, soutient un groupe de réflexion (2015-01-19)

Sur le même sujet, sur ce blogue :
La sécurité du transport ferroviaire (2013-07-09)
La responsabilité du gouvernement Harper dans la cinquantaine de décès au Lac-Mégantic (2013-07-11)
Lac-Mégantic : les calculs du gouvernement Harper (2013-07-24)
Pour une réforme complète des chemins de fer canadiens (2013-07-26)
La lourde responsabilité du gouvernement Harper dans la catastrophe de Lac-Mégantic (2013-07-30)
Plaidoyer pour la saisie des actifs de la MMA (2013-07-31)
Lac-Mégantic : le silence étrange du sénateur Boisvenu (2013-08-03)
Les déraillements ferroviaires et la roulette russe du gouvernement Harper (2014-01-20)
MMA : Maudite justice de merde ! (2018-04-03)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le ministre Bolduc : un vulgaire capitaliste ?

Publié le 31 juillet 2014 | Temps de lecture : 3 minutes

Finalement, Dr Bolduc ne remboursera que 12% de la somme qui lui a été versée pour la prise en charge de 1 500 nouveaux patients à l’époque où il était devenu député de l’opposition.

Ce remboursement a été calculé en vertu d’une interprétation stricte des conditions imposées aux médecins pour la prise en charge rémunérée de nouveaux patients : ces derniers devaient être choisis sur la liste officielle des personnes sans médecin de famille et le professionnel devait s’engager à les soigner pour une période minimale de douze mois.

Cette période minimale a été choisie pour éviter de prolonger indument une situation conflictuelle entre le médecin et son nouveau patient. Exemple : si ce dernier devait s’avérer être un narcomane faisant des pressions indues sur son prescripteur afin d’obtenir sa drogue.

On a calculé combien de mois il restait à traiter ces nouveaux patients et on est arrivé à la somme de moins de 28 000$.

Dans les faits, un médecin est soumis non seulement à des obligations contractuelles (comme celles de la Régie), mais également à des obligations déontologiques.

N’importe quel médecin qui s’engagerait à prendre en charge de nouveaux patients moyennant une prime, qui les abandonnerait un an plus tard, qui en prendrait d’autres moyennant une nouvelle prime, qui les larguerait un an après, et ainsi de suite, respecterait sans doute à la lettre les exigences de la Régie mais violerait ses obligations déontologiques et serait passible de poursuites devant le Comité de discipline de son ordre professionnel.

Bref, un médecin ne peut pas se comporter comme un vulgaire capitaliste.

Depuis le début de ce scandale, le ministre de l’Éducation nuit à la crédibilité de son gouvernement, désireux d’assainir les finances publiques. Au tribunal de l’Opinion publique, le comportement du Dr Bolduc fait de lui une sorte de capitaliste « Bougon », désireux de « fourrer le système » à son avantage (pour reprendre les mots de la série télévisée).

Parce qu’il faut bien l’avouer : on n’aurait probablement jamais entendu parler de cette affaire si la rapacité du Dr Bolduc n’avait pas été dénoncée publiquement par l’ex-ministre Claude Castonguay, père de l’Assurance maladie au Québec.

Considérant le refus catégorique du Dr Bolduc de démissionner, si le chef du gouvernement devait prendre l’initiative de le démettre de ses fonctions ministérielles, quelle est la probabilité que le milieu de l’éducation en soit chagriné ?

Sur le même sujet : Le cas déplorable du Dr Bolduc

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le cas déplorable du Dr Bolduc

Publié le 10 juillet 2014 | Temps de lecture : 5 minutes

Alors qu’il était ministre de la Santé, le Dr Bolduc a signé une entente avec la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec en vertu de laquelle les médecins qui accepteraient de prendre en charge de nouveaux patients recevraient une prime.

Cette mesure visait à réduire le nombre de citoyens incapables de se trouver un médecin de famille.

En novembre 2011, le Dr Bolduc haussait cette prime à 100$ pour chaque patient en santé, et à 200$ pour le patient atteint d’au moins une maladie déjà diagnostiquée.

Moins d’un an plus tard, après l’élection québécoise de 2012, le Dr Bolduc est devenu simple député de l’opposition. Profitant de sa plus grande disponibilité, il a décidé de retourner partiellement à la pratique médicale. En acceptant de prendre en charge 1 500 patients de plus, il a touché une prime de 215 000$.

Toutefois, à la suite de l’élection déclenchée par le gouvernement Marois, le Dr Bolduc s’est retrouvé de nouveau au Conseil des ministres, plus précisément à titre de ministre de l’Éducation. Afin de s’y consacrer, le Dr Bolduc a décidé de larguer ses nouveaux patients sans toutefois rembourser les sommes qui lui avaient été accordées.

Légalement, cette entente prévoyait une prise en charge minimale de douze mois. Dans les faits, n’importe quel médecin qui se serait engagé à prendre en charge cent personnes apparaissant sur la liste officielle des patients sans médecin de famille, qui toucherait une prime importante, qui les abandonnerait un an plus tard, qui en prendrait cent autres moyennant une nouvelle prime, qui les larguerait un an après, et ainsi de suite, respecterait sans doute la lettre de cette entente mais violerait ses obligations déontologiques et serait passible de poursuites devant le Comité de discipline de sa corporation professionnelle.

C’est ce qui explique la générosité apparente du programme gouvernemental : il tenait compte de l’obligation déontologique de suivi à laquelle tout médecin est astreint.

Jusqu’à ce que cette affaire devienne publique, le Dr Bolduc s’est bien gardé de rembourser le moindre centime des sommes qu’il a touchées. C’est ce qui a incité Claude Castonguay — ex-ministre libéral de la Santé et père du régime québécois de l’Assurance-maladie — à l’accuser publiquement de rapacité et de réclamer sa démission.

Depuis des mois, le Premier ministre prépare l’opinion publique à des hausses de tarifs et à des coupes draconiennes dans les dépenses de l’État. Dans ce contexte, le cas du Dr Bolduc est très gênant.

D’autant plus que la réponse du ministre de l’Éducation, tout en admettant les faits, s’est limitée à demander à la Régie de statuer sur la légalité de son cas.

Ceci est une diversion. Personne ne l’accuse d’avoir enfreint la loi. En fait, l’interprétation légaliste derrière laquelle il se réfugie, n’intéresse personne.

Ce qu’il ne comprend pas, c’est qu’il est inacceptable qu’un ministre se comporte comme un rapace sans scrupule et qu’en agissant ainsi, il mine la crédibilité du Premier ministre.

Tout au cours de la dernière campagne électorale, ce dernier a soutenu que le Parti libéral avait changé. Sans blâmer son prédécesseur, le nouveau chef a soutenu que son parti s’était renouvelé, qu’il avait accueilli un grand nombre de nouveaux candidats, qu’il avait appris les leçons du passé et qu’il se présentait en homme de principe, prêt à se consacrer de manière intègre au développement économique du Québec, aux « vrais affaires », selon son expression.

Malheureusement, le cas du Dr Bolduc est un boulet. Le Premier ministre serait bien avisé de reconsidérer la nomination du Dr Bolduc à titre de ministre de l’Éducation.

Comme beaucoup de ses prédécesseurs, M. Bolduc ne connaît pas grand-chose à l’éducation. Mais c’est un homme intelligent, capable d’apprendre rapidement. Il pourrait exceller à ce titre comme, sans doute, beaucoup de députés libéraux à qui le Premier ministre n’a pas décerné de ministère. En somme, à l’Éducation, le Dr Bolduc n’est pas indispensable.

À mon avis, le Premier ministre devrait rétrograder le Dr Bolduc à titre de simple député. Il enverrait ainsi un message fort à ses ministres, les invitant à souscrire à une éthique qui dépasse le simple niveau de la légalité. De plus, cela permettrait au Dr Bolduc de se consacrer au suivi de ses patients, ce à quoi il s’est engagé.

On pourrait difficilement faire mieux.

Références :
Au cœur de l’affaire Bolduc : l’accès à un médecin de famille
Claude Castonguay: le ministre Bolduc doit démissionner
Primes: Yves Bolduc demande une vérification d’urgence de la RAMQ

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La promotion du concept des cités États

Publié le 22 mai 2014 | Temps de lecture : 5 minutes
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Préambule

Au Québec, les municipalités sont des créatures du gouvernement provincial; c’est ce dernier qui détermine leurs pouvoirs — y compris celui de taxer — et qui met en tutelle celles qui sont particulièrement mal gérées.

Choisis par les citoyens, les élus municipaux voient à la bonne marche de leur ville à l’intérieur du cadre législatif déterminé par le gouvernement.

À l’étroit dans ce carcan, l’entreprenant maire de la ville de Québec milite depuis des années afin d’obtenir davantage de pouvoirs. Afin de simplifier les choses, celui-ci parle de faire de sa ville une cité État.

Il fait ainsi référence à ces villes antiques — Athènes et Sparte, notamment — qui constituaient des pays indépendants et qui, à ce titre, ont passé une bonne partie de leur histoire à se faire la guerre.

Une mauvaise idée

Favoriser l’émergence de cités puissantes n’est pas souhaitable tout simplement parce que dans nos municipalités, le pouvoir des villes est concentré dans les mains du maire.

Dans plus de 99% des municipalités du Québec, le chef de police est subordonné au maire (qui le nomme et le destitue à sa guise). Il y a donc concentration des pouvoirs politique et judiciaire entre les mains d’une seule personne.

S’il s’agit d’un visionnaire et d’un bon gestionnaire, c’est parfait. Sauf que cette situation se rencontre exceptionnellement. Les cas des maires Tremblay (à Montréal) et Vaillancourt (à Laval), nous rappellent l’imperfection de la nature humaine.

La corruption peut se développer partout. Mais au niveau municipal, on peut demeurer maire des décennies alors que ce n’est jamais le cas au niveau provincial et fédéral.

L’alternance du pouvoir au niveau des gouvernements supérieurs, au pire, remplace la corruption des uns par celui des autres alors que la stabilité du pouvoir municipal favorise sa généralisation.

Un concept séduisant

L’idée de créer des cités États, promue par le maire de Québec, a rencontré un accueil favorable dans l’Ouest de l’île de Montréal, où habite la majorité des Anglophones de la métropole.

Le Canadian Rights in Quebec est un organisme qui prétend regrouper 17 000 membres. Officiellement, celui-ci réclame plus d’autonomie pour la ville de Montréal. En réalité, ses demandes vont beaucoup plus loin.

La pétition qu’il a initiée réclame non pas simplement davantage de pouvoir, mais un statut spécial pour Montréal. Cette pétition recueille l’appui de la Montréal City-State (en français : la Fondation Montréal cité État), un autre organisme anglo-montréalais.

Que doit-on comprendre de tout cela ?

Le pot-aux-roses

En 1995, les Québécois étaient invités pour la seconde fois à se prononcer en faveur de la souveraineté au Québec. Le projet fut rejeté de justesse, par 50,58% des votants.

Traumatisés par un vote si serré, de nombreux Anglo-Montréalais domiciliés dans l’Ouest de la ville ont exprimé le désir que cette partie de la ville puisse faire sécession du Québec, advenant son indépendance.

Depuis, cette idée piétine puisque le découpage des frontières du Québec est susceptible de provoquer la même chose dans les provinces voisines du Québec, où les Francophones pourraient réclamer leur attachement à un Québec indépendant. Cela créerait un imbroglio juridique dans lequel personne ne désire s’embarquer.

Maintenant que les Francophones sont devenus minoritaires à Montréal, cette idée refait surface, cette fois étendue à l’ensemble de l’île.

Elle est promue notamment par le Canadian Rights in Quebec et le Montréal City-State, deux ONG-bidons soutenus financièrement par le gouvernement fédéral et dont le but est de faire la promotion de son idéologie.

L’idée sans arrière pensée du maire de Québec est donc récupérée dans l’ouest de Montréal avec l’intention inavouée d’essayer de donner des assises juridiques à une sécession montréalaise advenant l’accession du Québec à l’indépendance.

En se faisant le promoteur de la création de cités États au Québec, le maire Labeaume ouvre un nid de guêpes dont il n’a pas la moindre idée de l’étendue des répercussions politiques.

Références :
Des hommes d’affaires veulent faire de Montréal une Cité-État
Labeaume prône le retour aux «cités États»
Référendum de 1995 au Québec

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Dompter la machine

Publié le 25 avril 2014 | Temps de lecture : 3 minutes

Nouvellement élu à la tête d’un gouvernement majoritaire, le nouveau Premier ministre du Québec est confronté à plusieurs défis. L’un des plus importants sera de dompter la machine interne de son propre parti.

Les descentes policières effectuées chez des personnalités associées au financement du Parti Libéral la journée même de l’assermentation des nouveaux élus, sont venues assombrir cette cérémonie et rappeler combien l’intégrité est associée à l’actualité politique depuis des années au Québec.

Ils ont bien tort ceux qui croient qu’à l’issue du mandant de quatre ans de M. Couillard, tout aura été oublié. Après les descentes, ce sera des accusations. Celles-ci seront suivies de procès et de condamnations, le cas échéant. Bref, le processus judiciaire est lent et le sujet sera encore d’actualité pendant des années.

Au pouvoir, tous les partis politiques sont plus ou moins des machines de collecte de fonds, associées à des mécanismes de redistribution de faveurs (contrats, nominations, etc.). Dans le passé, ce fut le cas du Parti libéral et, dans une moindre mesure, du Parti Québécois.

La décision de M. Charest d’obliger chacun de ses ministres à participer à des collectes de fonds rapportant annuellement au moins 100 000$ à la caisse du Parti Libéral a eu pour effet de les asservir à la machine de financement de sa formation politique et de les obliger de travailler de concert avec des collecteurs de fonds aux procédés douteux.

Lorsque le gouvernement Charest était nouvellement élu, le Parti Libéral s’était doté d’une façade respectable incarnée par des députés et ministres originellement vierges. Cette respectabilité s’est effritée au fil des ans, au fur et à mesure que la perversion de la « machine » sous-jacente éclaboussait l’interface politique derrière laquelle elle opérait.

Le nouveau Premier ministre peut prétendre que son parti a beaucoup changé au cours de la courte période où il fut dans l’opposition. En réalité, sa formation politique cache toujours beaucoup de squelettes dans ses placards.

Inévitablement, ceux-ci feront surface. On pourra toujours, du côté libéral, s’en surprendre mais il arrivera un temps où le nouveau gouvernement ne jouira plus du bénéfice du doute et où sa surprise, voire sa candeur, apparaitra feinte.

L’exaspération croissante de ses nouveaux députés libéraux — qu’on peut présumer majoritairement consciencieux et honnêtes — se traduira par des pressions croissantes afin d’inciter le Chef de l’État à purger son parti de certains grands argentiers gênants qui ont confondu l’accession au pouvoir de M. Couillard comme étant le retour des belles années, celles où on s’en mettait plein les poches et où on intervenait effrontément dans les décisions prises dans l’appareil de l’État au profit des donateurs à la caisse du parti.

Monsieur Couillard pourrait refuser d’accorder un deuxième prolongement à la Commission Charbonneau, mais il ne pourra pas entraver le travail policier des unités anti corruption à l’œuvre et qui ont son parti dans leur mire. S’il devait choisir d’ignorer les appels au changement, il aura manqué une occasion de contribuer à l’amélioration des mœurs politiques du Québec.

Puisse-t-il saisir cette occasion pour effectuer les changements qui s’imposent, aussi douloureux soient-ils.

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Écrit par Jean-Pierre Martel