Les États-Unis nous emmerdent !

Publié le 3 décembre 2022 | Temps de lecture : 6 minutes
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Profiter de nos égouts

Jeudi dernier, l’émission Enquête révélait que des matières fécales humaines (appelées biosolides) sont utilisées pour la fertilisation des terres agricoles.

En principe, ceci est une bonne chose. Qu’il s’agisse de fumier animal ou humain, le compost créé à partir d’eux contient de l’azote, du phosphore et du potassium (comme dans les engrais chimiques), mais également des oligoéléments, c’est-à-dire des sels minéraux essentiels au métabolisme des plantes.

Dans tous les cas, on doit simplement éviter que ces engrais organiques contiennent des niveaux élevés de contaminants toxiques.

Par mesure de prudence, la règlementation québécoise stipule également que lorsque du compost est fait à partir de fumier humain, il ne doit pas servir à engraisser des sols où poussent des plantes destinées à l’alimentation humaine.

Autre avantage : leur utilisation à titre de fertilisants évite que les résidus de nos usines d’épuration soient déversés dans nos cours d’eau. Ce que des municipalités comme Montréal et Longueuil font occasionnellement.

Voilà pourquoi les municipalités paient des entreprises spécialisées pour que celles-ci les débarrassent des résidus solides de leurs usines d’épuration.

Cela est tellement payant que celles-ci donnent littéralement ces engrais aux agriculteurs qui acceptent de s’en servir.

Or cela tombe bien.

La guerre en Ukraine

Sous l’influence de la vice-première ministre, Chrystia Freeland (de descendance ukrainienne), le Canada est le seul pays du G7 à imposer des tarifs sur les engrais russes.

Si les provinces de l’Ouest produisent de la potasse, cette production est insuffisante à alimenter les producteurs de l’Est du pays.

Avant l’imposition des tarifs canadiens, 85 à 90 % des engrais utilisés au Québec provenaient de Russie. En catastrophe, nos importateurs se sont tournés vers d’autres pays (dont l’Algérie et l’Égypte) qui leur en vendent maintenant à prix d’or.

Dans ce contexte, le don d’engrais naturels à nos agriculteurs tient du miracle.

L’an dernier, le Canada a importé 70 000 tonnes de matières fécales des États-Unis. Annuellement, on estime que 2 300 camions chargés d’excréments américains traversent la frontière canadienne.

Encore un peu et le Canada offrira gratuitement des laxatifs aux Américains pour aider nos agriculteurs…

Pour l’instant, ce trafic est beaucoup plus répandu en Ontario qu’au Québec.

Autre différence, cette fois majeure, c’est que l’Ontario importe ses résidus solides d’États du Midwest américain alors qu’au Québec, nous les recevons de la Nouvelle-Angleterre.

Or, en Amérique du Nord, les contaminants éternels (nous y reviendrons) sont principalement produits dans le Midwest américain. Et c’est là qu’ils ont davantage contaminé les humains et l’environnement.

Les contaminants éternels

En 2009, la Convention de Stockholm a classé le PFOS (l’acide perfluorooctane sulfonique) et ses sels comme des polluants organiques éternels en raison de leur nature omniprésente, persistante, bioaccumulable et toxique.

Depuis, leurs fabricants les ont remplacés par des dérivés à chaine courte (les PFOA), également considérés comme des polluants majeurs.

Il est à noter que dans la rubrique qu’il leur consacre, Wikipédia affirme qu’en 2006, une étude de Santé Canada concluait en leur innocuité, ce qui est faux. Au contraire, partout à travers le monde, ces substances sont considérées comme préoccupantes.

En vertu du principe de précaution, l’État du Maine a totalement interdit leur utilisation et a condamné les terres agricoles (de même que le bétail) contaminées par ces substances.

Les entreprises qui en faisaient le commerce ont donc cherché d’autres débouchés et se sont tournées vers le Québec.

Le contraste entre les réactions

Au gouvernement québécois

À la suite du reportage de Radio-Canada, le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, a déclaré :

Dans les prochaines semaines, on va modifier la règlementation pour interdire l’épandage des biosolides qui nous parviennent des États-Unis, notamment.
Et pour ce qui est des biosolides québécois, on va passablement resserrer la règlementation pour s’assurer qu’on ne compromet pas l’intégrité nos terres agricoles [et] qu’on ne menace pas la santé humaine.

Au gouvernement fédéral

Le premier ministre Justin Trudeau s’est dit troublé par les révélations de Radio-Canada et assuré que son gouvernement ‘va faire les suivis’.

En d’autres mots, c’est inquiétant mais nous allons rester, pour l’instant, assis à regarder passer le train.

De son côté, Marie-Claude Bibeau, sa ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire a été plus explicite :

Quand on parle de la gestion des matières résiduelles, c’est vraiment de juridiction provinciale. Si on a un rôle à jouer au niveau fédéral, on va prendre les actions rapidement.

Dieu merci, lorsque j’ai entendu la déclaration de la ministre fédérale, c’était au Téléjournal de 18h et non à celui de 22h parce que dans le cas contraire j’aurais mal dormi tellement cette réponse à la Ponce-Pilate m’a rendu furieux.

Comment peut-on être ministre au fédéral et ignorer ceci :

Le transport transfrontalier des marchandises est un domaine de compétence exclusive du gouvernement canadien.

Si le Québec est pris à adopter une règlementation que les États-Unis pourraient contester en vertu des traités de libre-échange conclus par Ottawa, c’est parce que ce dernier ne fait pas son job de protéger la population canadienne des dangers provenant de l’Étranger.

Conclusion

Le gouvernement canadien est toujours prompt de se servir de son pouvoir de dépenser pour envahir des domaines de compétence des provinces et ainsi leur dicter ses volontés.

Mais quand vient le temps de faire son job — délivrer des passeports ou empêcher les États-Unis de se servir du Canada comme d’une toilette — le voilà qui se soustrait à ses responsabilités.

En réalité, si le Québec veut que ses frontières servent à quelque chose, il ferait bien de penser à s’en occuper lui-même, c’est-à-dire devenir un pays indépendant.

Références :
Québec resserrera la réglementation sur l’épandage des biosolides dans les champs
Rapport d’évaluation écologique préalable sur le sulfonate de perfluorooctane, ses sels et ses précurseurs
Substances per- et polyfluoroalkylées
Tarifs sur les engrais russes : « On se pénalise nous-mêmes! »

Parus depuis :
Chemicals in sewage sludge fertilizer used on farms pose cancer risk, EPA says (2025-01-14)
Vu comme la poubelle des États-Unis, le Québec fait la manchette à l’international (2025-01-15)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le début de la délocalisation industrielle de l’Allemagne

Publié le 26 novembre 2022 | Temps de lecture : 2 minutes

BASF est le plus important groupe chimique au monde.

En juillet dernier, alors que le ministère allemand de l’Industrie effectuait des consultations pour déterminer quels secteurs industriels seraient autorisés à fonctionner cet hiver en cas de pénurie énergétique, le Conseil d’administration de BASF décidait, devant cette incertitude, d’effectuer à l’Étranger le plus important investissement de l’histoire de cette compagnie.

Dix-milliards d’euros : c’est la somme que BASF a décidé d’investir d’ici 2028 à son complexe industriel de Zhanjiang, une ville portuaire située dans le sud de la Chine.

Moins de deux mois plus tard, on procédait déjà à l’inauguration de la première usine de ce complexe. Celle-ci produira annuellement 60 000 tonnes métriques de matières plastiques à des fins électroniques ou destinées à l’industrie automobile.

BASF a choisi d’investir en Chine parce que la main-d’œuvre y est relativement économique, que les droits des travailleurs sont presque inexistants et surtout parce que ce pays s’assure de l’approvisionnement énergétique des entreprises sur son territoire (au contraire de l’Allemagne).

À l’occasion de la guerre en Ukraine, le harakiri économique des pays d’Europe occidentale accélère le déplacement du centre de gravité du développement économique mondial vers la région indopacifique (que vise justement à alimenter le complexe de Zhanjiang).

Références :
BASF inaugurates the first plant of its new Zhanjiang Verbund site
Germany Plans for a Winter Without Gas from Russia

Parus depuis :
Germany confronts a broken business model (2022-12-06)
Ford to cut 3,200 jobs in Europe and move some work to US (2023-01-24)
En Allemagne, l’angoisse monte face à la vague d’investissements industriels aux Etats-Unis et en Chine (2023-05-05)
L’entreprise allemande Duravit ouvrira une usine de céramique carboneutre à Matane (2023-07-13)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Quand Santé Canada complote dans le dos du peuple

Publié le 24 octobre 2022 | Temps de lecture : 6 minutes

Plus de glyphosate

À la demande de Bayer/Monsanto, Santé Canada annonçait l’an dernier son intention de hausser substantiellement les taux permis de défoliant dans le blé et les légumineuses canadiennes. Ce qui se serait répercuté sur de nombreux produits alimentaires, dont le pain, les pâtes, les pâtisseries, la bière, etc.

Dès le départ, Santé Canada avait fait savoir que sa décision serait basée exclusivement sur ‘la science’.

Puisque vous et moi n’avons pas les moyens de financer une étude au sujet de la toxicité du glyphosate, seules les études (presque toutes secrètes) des fabricants auraient été prises en considération.

Devant le tollé provoqué par cette nouvelle, le gouvernement Trudeau — à quelques semaines des élections fédérales — a obligé Santé Canada à abandonner ce projet.

L’industrie veut qu’on autorise plus d’OGM

Le mois dernier, l’organisme fédéral annonçait son intention de faciliter la commercialisation d’une nouvelle génération d’organismes génétiquement modifiés (OGM).

Avant qu’un projet de réforme législative ou règlementaire soit dévoilé, il n’y a pas de mal, en principe, à ce qu’on consulte l’industrie quant à la faisabilité des changements souhaités par l’État.

À l’opposé, ce qui n’est pas normal, c’est que Santé Canada entreprenne une démarche non seulement à la demande de l’industrie, mais que cette dernière soit autrice du projet de réforme fédéral.

En pareil cas, Santé Canada ne serait qu’une façade utilisée par l’industrie pour dicter les politiques fédérales qu’elle voudrait voir implanter au pays.


 
Ayant obtenu à l’avance le document qui devait être soumis à la consultation publique, le journaliste d’investigation Thomas Gerbet (de Radio-Canada) a découvert que ses métadonnées révèlent que sa co-autrice est une démarcheuse de l’industrie agrochimique.

Ce que nie catégoriquement Santé Canada. Mais en raison de la controverse suscitée par les révélations journalistiques, Santé Canada a décidé de retirer son projet de réforme.

Une complicité honteuse ?

L’organisme Vigilance OGM a profité de la loi fédérale sur l’accès à l’information pour demander une copie des études qui avaient convaincu l’an dernier Santé Canada de vouloir autoriser encore plus de pesticides dans les aliments (ce dont nous avons parlé plus tôt).

En réponse à sa demande, l’organisme a reçu 229 pages blanches.

Selon Santé Canada, les études sur lesquelles elle s’est basée sont des documents qui ne lui appartiennent pas.

Contrairement aux exigences imposées à l’industrie pharmaceutique à la suite du scandale du thalidomide, l’industrie agrochimique n’est pas tenue de révéler toutes les études de toxicité en sa possession. Un producteur de pesticide est libre de maintenir secrètes les études qui ne lui conviennent pas.

Puisque ces études ont été financées par l’industrie, celle-ci estime qu’elle en détient la propriété intellectuelle et interdit à Santé Canada d’en révéler le contenu tout en l’invitant à se baser sur elles pour prendre ses décisions.

Le gouvernement canadien pourrait décider qu’il n’accepte de recevoir que des études sur lesquelles l’ensemble de la communauté scientifique peut s’exprimer. En d’autres mots, dire à l’industrie que ses études secrètes ne l’intéressent pas.

Si l’industrie veut qu’on autorise plus de produits chimiques dans la nourriture de la population canadienne, elle serait forcée de rendre publiques les études qui, à son avis, justifient sa requête.

Bref, pas d’études publiques, pas de changement règlementaire.

Conclusion

Dans tous les ministères fédéraux à vocation économique — y compris ceux qui ont une incidence indirecte à ce sujet comme Santé Canada — leurs mandarins se conçoivent comme les gestionnaires suprêmes du marché intérieur canadien.

En effet, l’idéologie néolibérale a perverti les démocraties parlementaires en faisant en sorte que ceux qui nous dirigent ne sont plus les serviteurs de la souveraineté du peuple, mais des courtiers vantant les avantages juridictionnels du pays à des investisseurs devenus souverains.

Or, en contrepartie des centaines de millions de dollars qu’il compte transférer aux provinces dans le but d’améliorer les soins prodigués dans nos hospices, le gouvernement fédéral veut les assujettir à des normes édictées par Santé Canada.

Les lacunes observées au cours de la pandémie dans les hospices du Québec et de l’Ontario, entre autres, s’expliquent par le sous-financement provincial, un sous-financement qui résulte de la diminution des transferts fédéraux en matière de Santé.

Si le fédéral veut rétablir son financement à ce sujet, c’est une bonne nouvelle. Mais pas si sa volteface se fait en contrepartie d’une ingérence encore plus grande dans un champ de compétence constitutionnel exclusif des provinces, cela n’est pas souhaitable.

La dernière chose dont les Canadiens ont besoin, c’est qu’on soigne nos vieillards selon les directives de Santé Canada (alias Pesticides Canada).

Références :
Est-il juste que les riches paient autant d’impôt ?
OGM : Ottawa présente sa réforme en utilisant les fichiers d’un lobby agrochimique
Normes fédérales en CHSLD — « Nous voulons travailler avec les provinces », affirme Ottawa
Ottawa recule sur la « transparence volontaire » des nouveaux OGM
Santé Canada = Pesticides Canada
Santé Canada envoie 229 pages blanches en réponse à une demande d’accès à l’information

Parus depuis :
Ottawa s’associe au lobby agrochimique en pleine réforme controversée (2023-05-03)
« Tiger Team » : quand fonctionnaires et lobbyistes coopèrent dans l’ombre (2023-09-26)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Guerre russo-ukrainienne et désindustrialisation de l’Europe

Publié le 12 octobre 2022 | Temps de lecture : 4 minutes

Depuis des décennies, la mondialisation repose sur un réseau extrêmement complexe d’échanges internationaux régis par des contrats à long terme. Conclus au prix le plus bas, ces contrats assurent à la grande entreprise la stabilité de ses approvisionnements.

La Russie est un important exportateur d’hydrocarbures, de charbon, de blé, d’engrais chimiques, d’acier, d’aluminium, de palladium, de néon, etc.

En décidant, à la demande de Washington, de rompre brutalement leurs relations commerciales avec la Russie, les pays occidentaux ont provoqué la rupture de milliers de chaines d’approvisionnement.

Afin de maintenir leur production, les géants industriels ont dû se tourner vers le marché libre, où les prix sont substantiellement plus élevés. Voilà pourquoi cette remondialisation, opérée en catastrophe, s’avère extrêmement couteuse.


 
Cela se répercute sur les consommateurs par une accélération marquée de l’inflation. Une inflation qui devrait s’aggraver cet hiver.

Avec la destruction des gazoducs Nord Stream I et II, le divorce économique russo-européen est consommé.

Ne pouvant plus compter sur les hydrocarbures bon marché en provenance de Russie, le prix de l’énergie dans l’Union européenne sera plus élevé que dans la plupart des pays concurrents de l’Europe. Et ce, pour quelques années.

On peut donc anticiper que cette remondialisation s’accompagne d’une délocalisation industrielle.

En effet, les unes après les autres, les industries lourdes européennes — grandes consommatrices d’énergie — seront incitées à délocaliser leur production si elles veulent demeurer compétitives.

D’autre part, après deux ans de contraintes sanitaires, les peuples occidentaux ont la mèche courte.

Avant même que cette désindustrialisation soit amorcée, on assiste déjà à une augmentation de l’instabilité sociale en Europe en raison de l’inflation.

Au cours des années qui viennent, cette désindustrialisation accélérée provoquera la perte de millions d’emplois chez des travailleurs syndiqués, c’est-à-dire chez des gens dont la colère organisée peut facilement dégénérer.

Pour préserver la paix sociale, ces pays devront compter sur des gouvernements et des chefs d’État dont l’autorité morale aura été sapée par leur consentement au déclin économique de leur pays et de ce fait, leur trahison à l’intérêt national.

Références :
En Belgique, la colère sociale gronde face à l’explosion des factures énergétiques
La guerre russo-ukrainienne et la vassalisation de l’Europe
Le cout de la dé-Merkellisation de l’Allemagne
The Energy Shock — Germany Plans for a Winter Without Gas from Russia
Au Royaume-Uni, nouvel épisode des grèves de la colère face à l’inflation

Parus depuis :
Le Canada en voie de devenir une puissance de l’électrification automobile (2022-10-17)
Hauts-fourneaux à l’arrêt : « La flambée des prix de l’énergie n’est pas seule en cause » (2022-11-04)
Gaz, armes, céréales, Otan… Les Etats-Unis, grands gagnants de la guerre en Ukraine (2022-11-22)
Germany confronts a broken business model (2022-12-06)
Investissements industriels : l’Europe court derrière la Chine et les Etats-Unis (2022-12-11)
Le modèle industriel tchèque ébranlé par la crise énergétique (2023-01-03)
Ford to cut 3,200 jobs in Europe and move some work to US (2023-01-24)
BASF to cut 2,600 jobs as energy crisis puts Germany on track for recession (2023-02-24)
En Allemagne, l’angoisse monte face à la vague d’investissements industriels aux Etats-Unis et en Chine (2023-05-05)
Duravit investit 90 millions à Matane (2023-07-13)
Le moteur de l’Europe cale (2023-09-18)
Volkswagen envisage de fermer des usines en Allemagne, une première historique (2024-09-02)
German firms buck R&D trend in China, seek ecosystem partners to gain edge (2024-09-03)
En Allemagne, l’incertitude sur les grands projets industriels affecte la crédibilité de la politique de Berlin (2024-09-23)
La grande panne de l’industrie européenne (2024-09-23)
Volkswagen to shut three factories, axe jobs and cut pay by 10%, says union (2024-10-28)
L’équipementier automobile Schaeffler supprime 4 700 emplois en Europe (2024-11-05)

Compléments de lecture :
L’engrenage ukrainien
L’épouvantail russe

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le salaire médian au Québec

Publié le 1 octobre 2022 | Temps de lecture : 3 minutes

Introduction

Lorsqu’on trace un graphique du nombre de personnes en fonction de leur salaire, on obtient une cloche déformée vers la droite.

Cela est également vrai de la rémunération totale, comprenant les salaires, les revenus de placements et les transferts gouvernementaux.

Au sein d’un groupe de personnes, le revenu moyen est la somme de tous les revenus divisée par le nombre de personnes dans ce groupe. Par exemple, si quatre personnes gagnent 50 000$ par année alors qu’une cinquième gagne un million$, le revenu moyen sera de 240 000$ par année (1,2 million$ divisé par cinq).

Par contre, dans le même exemple, le revenu médian sera celui gagné par la troisième personne de ce groupe de cinq lorsque leurs revenus sont classés en ordre croissant, soit 50 000$ par année.

Voilà pourquoi le revenu médian est beaucoup plus représentatif du niveau de vie d’une population que le salaire moyen.

Les salaires médians et moyens au Canada

Le salaire des personnes âgées de 25 à 54 ans est le meilleur indice de la rémunération de la population active puisqu’elle exclut les étudiants universitaires et les pré-retraités.

Selon les données les plus récentes de Statistique Canada (ceux de 2020), le revenu médian au Québec était de 51 560$ par année.

Il était inférieur à celui en Alberta (53 750$), mais légèrement supérieur à celui en Ontario (50 210$) et en Colombie-Britannique (50 140$).

Par contre, toujours chez les 25 à 54 ans, le revenu moyen est supérieur en Ontario (64 420$) et en Colombie-Britannique (62 770$) qu’au Québec (61 070$).

Comment se fait-il que le salaire médian soit plus élevé au Québec alors que le salaire moyen est inférieur ? C’est qu’au Québec, il y a une meilleure répartition de la richesse.

Conclusion

Lorsqu’on tient compte du fait que le Québec est la seule province avec un système public de garderies et que les frais universitaires y sont les moins chers au pays (exception faite de Terre-Neuve), on doit conclure que le niveau de vie réel des Québécois est beaucoup mieux qu’on pense…

Référence : Revenu médian des particuliers — Surprise, le Québec dépasse l’Ontario

Parus depuis :
Une hausse exceptionnelle du revenu d’emploi médian en 2021 (2023-02-23)
Qu’est devenue la classe moyenne ? (2025-01-30)
Combien faut-il gagner pour vivre dignement au Québec? (2025-06-02)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La Banque Royale du Canada et l’écologie de façade

Publié le 5 septembre 2022 | Temps de lecture : 3 minutes

Il suffit de consulter le site web de la Banque Royale du Canada pour s’en convaincre : cet établissement financier est résolument voué à la cause environnementale.

Après avoir parlé de l’importance de lutter contre les changements climatiques et plus précisément d’atteindre un bilan ‘zéro émission nette’, la banque expose sa stratégie basée sur quatre objectifs :
• aider ses clients à passer à la carboneutralité,
• assumer ses responsabilités en tant qu’investisseur,
• favoriser un avenir durable par l’information et l’inspiration, et
• faire valoir son leadeurship ‘zéro émission nette’ dans ses activités.

Qu’en est-il dans les faits ?

La Banque Royale du Canada est le plus grand prêteur du secteur des combustibles fossiles au Canada.

Toutefois, si on veut lui accorder le bénéfice du doute, ne pourrait-on pas dire que son portefeuille actuel de titres financiers reflète une politique ancienne d’investissements dont la banque a simplement tardé à se départir ?

Effectivement, lors de l’assemblée générale de ses actionnaires en avril dernier, le grand patron de la banque a annoncé son intention de publier cet automne ses objectifs de réduction de son portefeuille concernant les énergies fossiles.

Pour juger de sa sincérité, transportons-nous au Texas.

L’an dernier, la législature de cet État a adopté une loi interdisant aux institutions financières qui boycottent le pétrole de participer au marché obligataire et à la gestion des caisses de retraite du gouvernement texan, de ses sociétés publiques et des municipalités de l’État.

Résultat : le gestionnaire d’actifs BlackRock, la banque suisse UBS et 348 firmes d’investissements ont été bannis.

C’est le contrôleur financier de l’État qui est chargé de débusquer et d’ajouter les établissements financiers fautifs à la liste noire créée à ce sujet.

Contactée par celui-ci, la Banque Royale a été sommée de faire la preuve qu’elle n’était pas antipétrole. Heureusement pour elle, ses engagements climatiques ont été jugés suffisamment insignifiants pour plaire à l’État.

Conséquemment, la Banque Royale n’apparait pas sur la liste noire texane.

Signalons que c’est aussi le cas de toutes les banques canadiennes. On peut donc en conclure que leurs engagements à la cause environnementale relèvent du domaine des relations publiques…

Références :
BlackRock, UBS and 348 ESG funds « banned » in Texas
La Banque Royale veut une « transition climatique ordonnée »
Le Texas en guerre contre les investisseurs « wokes »
Loi contre les institutions financières antipétroles

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’inflation européenne en juillet 2022

Publié le 20 août 2022 | Temps de lecture : 1 minute


 
Devant acheter à prix fort sur les marchés internationaux l’énergie dont elles ont besoin, les trois républiques baltes connaissent un taux d’inflation record.

Celui qui a cours au Royaume-Uni est le plus élevé depuis février 1982.

Au sein de la Zone euro, la France est le pays où l’inflation est la moindre. Toutefois, le cout de l’énergie pourrait y augmenter d’ici peu puisque la sècheresse actuelle a fait dangereusement baisser le niveau des cours d’eau qui normalement refroidissent ses réacteurs nucléaires.

Référence : ‘I am not blaming anyone’: Estonians shrug off 23% inflation

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Corriger la crise du logement à Montréal en deux ans

Publié le 5 août 2022 | Temps de lecture : 9 minutes

Avant la pandémie

Les mesures destinées à protéger les locataires contre les augmentations abusives de loyer ont fait de l’immobilier un placement stable mais beaucoup moins attrayant que la spéculation boursière.

En conséquence, les propriétaires des immeubles résidentiels existants ont négligé de les rénover. Si bien que dans la région métropolitaine, huit pour cent des locataires vivent dans des logements qui nécessitent des réparations majeures.

Cela n’a pas empêché la construction annuelle de 24 000 nouveaux logements depuis 2016. À 87 %, il s’agit de logements en copropriété à forte densité ou des tours résidentielles à loyer élevé.

Cette densification urbaine a été observée sur l’ile de Montréal, à Laval et dans les couronnes sud et nord de l’agglomération métropolitaine.

Dans le cas précis du centre-ville de Montréal, un grand nombre de logements en copropriété sont simplement des pied-à-terre, généralement inoccupés, qui appartiennent à des non-résidents. Leur nombre est tel qu’ils représentent deux pour cent des logements en copropriété de toute l’agglomération métropolitaine.

Depuis soixante ans, le sous-investissement public a lentement raréfié le logement social et communautaire. En 2016, celle-ci était tombée à 9,1 % du parc immobilier. Depuis ce temps, seulement 7,6 % des mises en chantier l’ont été pour de tels logements.

Cette évolution du marché de l’immobilier, combiné à l’augmentation démographique, a provoqué une pénurie de logements à prix abordable; près de 200 000 locataires éprouvent des difficultés à se loger pour moins de 30 % de leurs revenus bruts.

En 2020 et 2021

Dans la ville de Québec et à Montréal, l’annulation des festivals et la fermeture des frontières ont rendu vacants les 20 000 appartements autrefois réservés à la location à court terme par des touristes.

De plus, l’attrait du télétravail et de la vie champêtre en temps de pandémie, ont fait augmenter le taux d’inoccupation à Montréal et à Québec, mais inversement, l’ont fait diminuer ailleurs en province.

En 2022

Avec la levée des mesures sanitaires et la diminution du télétravail, la situation du marché locatif s’est inversée dramatiquement; dans toutes les villes du Québec (mais particulièrement dans les plus populeuses), on assiste à une crise du logement.

Cette crise affecte de manière disproportionnée les milieux défavorisés et les travailleurs dont le revenu annuel est inférieur à la moyenne.

D’autre part, la montée des taux hypothécaires, l’inflation du prix des matériaux, et les délais occasionnés par la rupture des chaines d’approvisionnement — causés d’abord par la pandémie, puis par les sanctions occidentales contre la Russie — ont provoqué une chute brutale des intentions d’accéder à la propriété.

Ce qui signifie que les jeunes familles qui songeaient à se faire construire une unifamiliale hors de l’ile préfèrent continuer à être locataires. Du coup, les logements qu’ils devaient libérer en devenant de nouveaux propriétaires ne pourront pas servir à d’autres.

On aurait donc tort de penser que la stabilisation du marché immobilier — qui concerne que les transactions immobilières — signifie que la pénurie de logements abordables se résorbe. Au contraire, elle s’aggrave.

Une règlementation contreproductive

Aux élections montréalaises d’il y a cinq ans, la candidate Valérie Plante promettait qu’une fois élue, les permis municipaux de construction pour de grands projets domiciliaires seraient assortis à la condition d’y consacrer une partie pour du logement social.

Mais comme l’administration Plante mit trois ans et demi pour accoucher de son règlement, toutes les tours résidentielles construites ou actuellement en voie d’achèvement ont été autorisées à la hâte avant l’adoption du règlement en question.

Cet empressement fait en sorte qu’il n’y a pas de pénurie de condominiums de luxe à Montréal.

Maintenant que le règlement est en vigueur, la ville et les constructeurs en habitation sont à couteaux tirés.

Ce n’est pas le rôle d’un entrepreneur d’accomplir de bonnes œuvres; son but est de faire des profits. Et si c’est plus facile de faire des profits en banlieue, c’est là qu’il ira construire ses logements.

Pavé de bonnes intentions, le règlement de l’administration Plante nuit à l’offre de logements abordables. Son approche serait couronnée de succès dans une économie dirigée, mais elle est vouée à l’échec là où le droit au logement abordable n’existe pas.

Voilà pourquoi il faut adopter une approche diamétralement opposée.

Un projet-pilote d’envergure

Étant multifactorielle, la crise du logement ne pourra pas être résolue par une recette miracle.

Au sujet des logements sociaux, leur pénurie ne peut être corrigée que par l’injection de fonds publics. Dans les faits, l’argent doit venir d’Ottawa puisque c’est le seul gouvernement qui a de l’argent de trop ou sinon, qui a le pouvoir d’en imprimer.

Pour le reste de la société (incluant les travailleurs à faible revenu), la crise du logement pourrait être résolue en moins de deux ans dans une ville comme Montréal par le projet-pilote suivant.

Et s’il s’avère fructueux, on pourrait l’étendre au reste du Québec. Si ce projet ne peut pas s’adapter à une autre réalité que celle montréalaise, soulager les problèmes de la moitié de la population québécoise serait déjà ça de fait.

En résumé, les projets immobiliers répondant aux critères du projet-pilote seraient exemptés de taxes municipales pour les dix ans qui suivent leur achèvement.

Quels seraient ces critères ?
• respecter les règles d’urbanisme de la ville (hauteur maximale permise, distance entre la façade et le trottoir, etc.)
• toute la partie hors du sol devrait être en bois lamellé croisé,
• l’immeuble devrait avoir de 8 à 40 étages (ou plus, si la technologie du lamellé-croisé le permet),
• si l’immeuble remplace un immeuble existant, le nombre de ses logements devrait être au moins le triple de celui de l’édifice qu’il remplace tout en ayant au moins autant d’appartements dont le nombre de pièces égale ceux d’origine,
• tout projet soumis à la ville est adopté par défaut au bout de deux mois, sauf s’il a fait l’objet d’un refus justifié ou d’une demande de précision parce le devis était incomplet.

Il est à noter que certaines agglomérations — comme le Plateau-Mont-Royal — seraient exclues du projet-pilot en raison des critères architecturaux qui y prévalent.

Il est à souligner que les entrepreneurs ne seraient pas tenus de prendre l’engagement d’offrir leurs nouveaux logements à un prix qui ne dépasse pas la moyenne des appartements de même taille.

Toutefois, si ce projet-pilote rencontre le succès prévu, l’abondance des logements disponibles renversera le rapport de force entre les locataires et les propriétaires. Conséquemment, les logements offerts au-delà de la moyenne resteront inoccupés.

Et si, au pire des cas, il ne freine pas la hausse des loyers, il stimulera au maximum la construction d’immeubles résidentiels. Ce qui ne peut être que bénéfique contre la crise du logement.

Pourquoi le bois lamellé-collé ?

Contrairement au béton, le lamellé-collé stocke le CO₂ et c’est un excellent isolant thermique.

Et à la différence des maisons traditionnelles du Québec — qui sont des maisons de bois recouvertes de briques — le lamellé-collé est ignifuge.

De plus, comme les panneaux de ce type de bois sont fabriqués sous forme de modules, leur assemblage est un jeu d’enfant. À Vancouver, on a édifié en 66 jours un gratte-ciel de 18 étages. Normalement, cela aurait pris au moins cinq fois plus de temps.

Voilà pourquoi c’est le matériau parfait pour un projet qui vise à corriger en un temps record une pénurie de logements.

Références :
Autopsie de la crise du logement
Bois lamellé croisé
Bois lamellé-collé
Canadian cities take wooden skyscrapers to new heights
Crise du logement au Québec : « On a perdu le contrôle »
Le logement social à Montréal : les promesses en l’air
Le logement social à Vienne
Les ventes de propriétés résidentielles ont diminué de 18 % en juillet à Montréal
Le taux de logements libres atteint 10 % à Montréal et à Québec
Portrait de l’habitation dans le Grand Montréal
Valérie Plante veut faire la paix avec les promoteurs immobiliers

Parus depuis :
Hausses de loyers abusives: plus de 100 000 logements abordables disparus au Québec en cinq ans (2023-02-21)
« SVP, rénovez mon HLM » : mobilisation contre la détérioration coûteuse des logements (2023-02-27)
Logement social : c’est la faute à… Québec ! (2023-02-28)
Les promoteurs préfèrent payer plutôt que de construire du logement social à Montréal (2023-08-22)
Logement social : le milieu des affaires tire à boulets rouges sur le règlement montréalais (2023-11-10)
« Un frein majeur » (2024-05-28)
Bâtir nos maisons comme des meubles IKEA (2025-02-25)
‘It shapes the whole experience’: what happens when you build a city from wood? (2025-04-25)
L’état des HLM s’améliore tranquillement (2025-07-01)
Taxe sur les logements vacants : une solution espérée, puis boudée par les municipalités (2025-11-21)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Glencore et la vie humaine

Publié le 4 août 2022 | Temps de lecture : 3 minutes
Minerai de sulfure d’arsenic

Le Québec est un paradis fiscal pour l’industrie minière; les redevances y sont parmi les plus basses au monde.

Dernièrement, le gouvernement a décidé de hausser de cinq fois la limite maximale de poussière cancérigène de nickel que la minière Glencore pourra soulever lors de ses transbordements au port de Québec.

Cette minière — dont les revenus ont été de 203 milliards de dollars en 2021 — est aussi propriétaire de la mine Horne à Rouyn-Noranda. C’est une des mines les plus polluantes au Canada.

Au cours des cinq dernières années, on y a incinéré plus de 340 000 tonnes de déchets industriels provenant principalement des États-Unis, du Canada, d’Allemagne et de Russie.

En réaction aux études médicales effectuées par le bureau régional de la Santé publique du Québec qui prouvaient que l’arsenic et le cadmium rejetés par la Fonderie Horne étaient la cause d’excès de cancer du poumon à Rouyn-Noranda, les avocats de la minière ont d’abord exigé, sous menace de poursuites, d’avoir accès aux données nominatives de ces études.

En clair, la compagnie voulait les noms et les numéros d’assurance maladie des personnes participantes.

Ce qui lui aurait permis de trouver leurs addresses et de les intimider puisque la minière est le plus important employeur de la région.

Devant le refus de la Santé publique régionale de révéler ces informations confidentielles, la fonderie Horne s’est adressée aux tribunaux où le juge Marc-Aurèle Racicot a dernièrement refusé de donner raison à la minière.

Références :
Des déchets dangereux du monde entier brûlés à la Fonderie Horne
Horacio Arruda a empêché la diffusion de données sur le cancer à Rouyn-Noranda
La Fonderie Horne a tenté d’obtenir l’adresse des enfants contaminés à l’arsenic
Nickel : la science a le dos large
Plan nord : redevances basées sur les profits ou sur la valeur brute ?

Parus depuis :
La Fonderie se bat pour la non-divulgation de documents (2022-08-08)
Des poussières contaminées à l’arsenic à l’intérieur d’une garderie et de maisons (2022-08-24)
Fonderie Horne : Québec a ignoré les alarmes de la santé publique régionale (2022-10-18)
Glencore: London court forces Glencore to pay record £281m for bribery in Africa (2022-11-03)
Glencore abandonne son projet de réduire les émissions d’arsenic à Rouyn-Noranda (2024-11-12)
Déchets dangereux : la Fonderie Horne a fait plier Steven Guilbeault (2025-01-30)

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 60mm Macro F/2,8 — 1/125 sec. — F/10,0 — ISO 1250 — 60 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La Grande démission aux États-Unis

Publié le 20 novembre 2021 | Temps de lecture : 8 minutes

Introduction

Depuis décembre 2000, le gouvernement américain publie mensuellement des statistiques au sujet des travailleurs qui quittent volontairement leur emploi.

Leur nombre atteignit un sommet d’environ 4 478 000 démissions en aout 2019.

À titre de comparaison, en 2018, ce nombre mensuel était en moyenne de 3,5 millions (soit 21,8 % de moins).

En raison de la stagnation du revenu des salariés aux États-Unis depuis plus deux décennies, la seule manière d’augmenter sa rémunération était de papillonner d’un emploi à l’autre, d’où le nombre élevé de départs volontaires.

De janvier à aout 2021, plus de trente-millions de travailleurs américains ont quitté volontairement leur emploi.

Au mois de septembre dernier, le nombre d’embauches et de pertes d’emplois aux États-Unis ont été respectivement de 6,5 et de 6,2 millions.

Les pertes d’emplois ont consisté en 4,4 millions de démissions, de 1,4 million de licenciements et de 0,4 million de suppressions d’emploi. Ce qui est comparable à la situation qui prévalait avant la pandémie.

Avec la différence qu’une partie des démissionnaires ne font pas que quitter leur emploi; ils quittent le marché du travail. Ce dont ne tiennent pas compte les statistiques officielles.

Si bien que tout ce qu’on voit, c’est le nombre croissant des emplois qui ne trouvent pas preneur.

Travailler sous la terreur

Au cours de l’administration de Donald Trump, les mesures de mitigation adoptées par les États américains ont varié selon l’idéologie de leurs dirigeants.

Quand des gouverneurs instauraient les mesures recommandées par les autorités sanitaires, le président Trump incitait ses partisans à la révolte. Toutes les autorités compétentes ont fait face à des menaces de mort si elles osaient recommander les mesures appropriées.

Le bilan de ce régime de terreur, c’est qu’en 2020, l’espérance de vie aux États-Unis a diminué d’un an, en moyenne, et de 2,7 ans dans le cas précis des Américains à la peau très pigmentée.

Lorsqu’on dit que plus d’un demi-million d’Américains sont morts du Covid-19, cela signifie que des millions de collègues ont continué de travailler alors qu’ils apprenaient leur hospitalisation, leur admission aux soins intensifs, puis leur décès. Et tous se sont demandé qui serait le suivant.

Lorsque des employeurs étaient hostiles au port du masque, cela voulait dire qu’ils interdisaient à leurs employés de le porter sous menace de congédiement.

Et quand leur employeur l’obligeait, le salarié devait affronter l’hostilité de clients qui y étaient violemment hostiles.

Une pénurie aigüe de travailleurs

Partout aux États-Unis, les employeurs peinent à remplacer ceux qui ont démissionné ou ont de la difficulté à se doter du personnel nécessaire après une fermeture de leur établissement (restaurant ou hôtel, par exemple) depuis plusieurs mois.

Certains politiciens ont soutenu que les allocations versées aux chômeurs par Washington étaient trop généreuses. Mais la fin de ces subsides n’y a rien changé.

Même la croissance des salaires semble inefficace à inciter les chômeurs à retourner sur le marché du travail.

Où est donc le problème ?

Une occasion d’introspection

Avant la pandémie, beaucoup de jeunes adultes menaient une vie de fou, partagés entre leurs vies familiale, professionnelle et sociale.

Or la pandémie a été une occasion d’introspection.

Un grand nombre de jeunes ont réalisé qu’entre d’une part l’emploi rêvé pour lequel ils ont consacré des années de formation, et d’autre part la réalité concrète de l’exercice de ce métier ou de cette profession, il y avait un gouffre.

La Grande démission est essentiellement féminine

Au cours de la pandémie, les travailleuses ont été deux fois plus nombreuses à quitter le marché du travail que leurs collègues masculins.

Et ce, parce que beaucoup de pertes d’emploi se sont produites dans l’industrie de l’hospitalité — c’est-à-dire dans la restauration et dans l’hôtellerie — où les femmes représentaient une part importante des travailleurs.

De plus, les difficiles conditions de travail dans le secteur de la santé ont poussé bien des travailleuses à l’épuisement professionnel.

Quant à celles qui œuvraient dans le secteur de l’éducation, la polarisation violente des parents au sujet du port du masque à l’école a grandement atténué leur zèle à enseigner. Si bien que bien des enseignantes ont pris leur retraite prématurément.

Les fermetures d’écoles atteintes par des éclosions de Covid-19 ont obligé un des parents (le plus souvent la mère) à s’absenter du travail pour s’occuper d’un ou de plusieurs enfants. Ces absences subites et répétées du travail ont souvent occasionné leur licenciement.

Dans les États où les gouverneurs interdisent le port du masque à l’école, certains parents préfèrent garder leur enfant à la maison. À l’inverse, certains des parents qui sont violemment opposés au port du masque feront de même là où il est obligatoire.

Dans ce pays où il n’existe pas de garderies publiques, les garderies privées sont hors de prix pour de nombreuses familles. De plus, un nombre record de ces garderies ont fermé leurs portes au cours de la pandémie.

Si bien que le tiers des mères consacrent maintenant plus de temps à leur famille. Soit parce qu’elles ont réduit leurs heures de travail ou parce qu’elles ont quitté le marché du travail.

Tout cela réduit le nombre de femmes disponibles alors que le taux de chômage était déjà très bas avant la pandémie.

Si bien que la participation des femmes au marché du travail est le plus faible depuis trente ans. Ceci est la principale cause de la pénurie de travailleurs américains.

Les solutions

La Grande démission représente une importante perte de productivité pour l’économie américaine. Puisqu’elle est principalement féminine, l’intention du président Biden d’instituer un réseau de garderies publiques est essentielle.

Si le Congrès américain refuse cela pour des raisons partisanes ou idéologiques, le déclin économique des États-Unis face à la Chine se poursuivra.

D’autre part, prolonger la vie ‘utile’ d’un travailleur, c’est aussi profitable pour un employeur que de prolonger la vie de sa machinerie. Conséquemment, un régime public d’assurance maladie contribue à la santé des travailleurs et prolonge leur contribution à l’économique du pays.

Une des choses qui m’ont frappé au cours de cette pandémie, c’est que dans ce pays centré sur l’automobile, même les pauvres avaient besoin d’une auto pour faire la file dans une banque alimentaire.

Pour rendre le marché du travail plus attrayant, il faudra que le travailleur moyen perde moins de temps à voyager de la maison au travail et vice versa.

Quand un travailleur prend quotidiennement trente minutes pour aller et revenir du travail, c’est une heure de sa vie qui est perdue chaque jour. Après cinquante ans de carrière, c’est deux années de sa vie perdues dans le transport automobile.

Ce qui nécessite une révolution urbanistique dans toutes les grandes villes américaines et des investissements majeurs dans le transport en commun (ce qui fait également partie du plan Build Back Better du président Biden).

Dans un autre ordre d’idée, on doit se rappeler que le quart de tous les prisonniers au monde sont incarcérés aux États-Unis. Plus de vingt-millions d’Américains possèdent un dossier criminel. Or ce sont des gens qui, après avoir purgé leur peine, sont stigmatisés dans leur recherche d’un emploi. Ils contribuent à la demande de biens et de service sans contribuer à leur offre, accentuant le déséquilibre entre les deux.

Pour augmenter le nombre de personnes sur le marché du travail, les élus américains doivent atténuer le caractère répressif du système judiciaire de leur pays.

De plus, la police américaine devra cesser le profilage racial qui a pour résultat que de nombreuses personnes à la peau pigmentée voient leur permis de conduire révoqué à la suite de nombreuses infractions anodines du code de la route. Or sans auto, pas de travail dans l’Amérique d’aujourd’hui. Ce qui réduit d’autant le nombre de travailleurs disponibles.

Références :
Annual total separations rates by industry and region
‘An unbelievable sense of freedom’: why Americans are quitting in record numbers
Inégalités sociales aux États-Unis de 2000 à 2010
Job Openings and Labor Turnover Summary
L’urbanisme cellulaire
Pandémie de Covid-19 aux États-Unis
Part of the ‘great resignation’ is actually just mothers forced to leave their jobs
United States – Average Commute Time by State
Workers Are at the Heart of Our Economic Recovery
Workers quit their jobs at the fastest rate on record in 2019—here’s why

Paru depuis :
A record 4.5 million Americans quit their jobs in November (2022-01-04)

Sur le même sujet :
Réouverture des restaurants : certains ont claqué la porte pour toujours (2022-01-30)

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Écrit par Jean-Pierre Martel