Vues estivales du Jardin botanique de Montréal

28 octobre 2023




En fouillant dans ma photothèque, il m’arrive de trouver des photos qui auraient mérité d’être publiées mais que j’ai oubliées. Ou qui, au départ, n’avaient pas attiré mon attention.

Je vous en présente quatre, prises en 2022.

Puisque le verre qui recouvre les serres du Jardin botanique n’est pas parfaitement neutre, la dernière de ces photos était plus orangée que les autres. J’ai pris la liberté d’harmoniser les teintes des trois premières afin de rendre cette série plus cohérente.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 infrarouge à spectre complet, objectifs Lumix 14-42 mm (1re photo) et M.Zuiko 12-40mm F/2,8 (les autres photos) + filtre bleu B+W KB20 + filtre VertX1 B+W 061 + filtre bleu Calumet 80c + filtre polarisant Hoya PL-CIR.
1re photo : 1/125 sec. — F/4,0 — ISO 200 — 17 mm
2e  photo : 1/125 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 36 mm
3e  photo : 1/320 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 26 mm
4e  photo : 1/200 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 12 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Québec, Dollarama des études postsecondaires ?

26 octobre 2023

L’exemple des Pays-Bas

En raison du Brexit, des milliers de jeunes qui espéraient obtenir leur formation auprès d’une université britannique se sont tournés vers la formation universitaire donnée en anglais dans certaines universités d’Europe continentale.

Aux Pays-Bas, c’est exclusivement en anglais que 122 287 étrangers y font leurs études postsecondaires annuellement.

La popularité des études dans la langue de Shakespeare s’est répercutée sur le marché locatif; on estime que le pays a besoin de 26 500 chambres pour y loger ses étudiants.

En raison de la hausse des loyers causée par cette pénurie; les étudiants néerlandais dépensent en moyenne la moitié de leurs revenus pour se loger.

Sur des sites locatifs offrant de l’hébergement, on commence à voir apparaitre les avertissements ‘No Internationals’ et ‘Dutch only’. Une discrimination illégale que les autorités tolèrent.

En juin 2022, les universités de Maastricht et d’Utrecht ont écrit à toutes les personnes qui voulaient y étudier de ne pas y venir à moins d’avoir trouvé un lieu pour habiter.

Afin de pallier cette crise, le gouvernement néerlandais a décidé de réduire radicalement le nombre de ses étudiants étrangers.

En premier lieu, sauf exception, les deux tiers de toute formation universitaire qui mène à l’obtention d’un baccalauréat devront se faire en néerlandais.

Au cas où cette mesure ne serait pas suffisante, le gouvernement des Pays-Bas obligera, à partir de septembre 2024, tous les étudiants étrangers qui veulent s’inscrire dans l’une ou l’autre des universités du pays à connaitre les rudiments du néerlandais.

Comme l’Allemagne oblige déjà la connaissance préalable de l’allemand à ses étudiants étrangers.

Finis bientôt ces étudiants qui, employés comme serveurs à Amsterdam, répondent “Oh, I’m so sorry; I don’t speak Dutch” aux clients néerlandais qui aimeraient être servis dans leur langue dans leur propre pays.

Le cas québécois

Après Terre-Neuve, le Québec est la province où les frais universitaires sont les moins élevés au Canada.

Non pas parce que nos universités ‘produisent’ des diplômés à moindre cout, mais parce que nous avons fait le choix de société de favoriser l’accès de nos adolescents aux études supérieures en subventionnant celles-ci.

Depuis le gouvernement libéral de Philippe Couillard, les frais universitaires varient selon la catégorie à laquelle l’étudiant appartient. Or il y a trois catégories :
• les étudiants internationaux,
• les étudiants canadiens des autres provinces, et
• les étudiants québécois.

Les universités québécoises sont libres de charger les frais de scolarité qu’elles veulent aux étudiants internationaux.

Par contre, jusqu’ici, les étudiants canadiens des autres provinces payaient la moitié du cout réel de leur formation universitaire (8 992$ sur 17 000$). L’autre moitié était déboursée par les contribuables québécois.

Quant aux jeunes d’ici, l’État subventionne la très grande majorité des couts de leur formation.

Effets de la dérèglementation libérale

Des dizaines de pays occidentaux convoitent la clientèle lucrative des étudiants internationaux en leur offrant une formation universitaire en anglais.

C’est l’argument qu’avaient invoqué les démarcheurs des universités anglophones du Québec pour convaincre le régime libéral de Philippe Couillard de dérèglementer les frais universitaires à l’égard des étudiants provenant de l’extérieur du Québec.

Mais comme le ‘marché’ des étudiants internationaux anglophones est beaucoup plus important que le ‘marché’ étudiants internationaux francophones, cette manne a surtout profité aux universités anglophones.

De 2019 à 2022, les frais d’inscription des étudiants hors Québec aux universités McGill, Concordia et Bishop ont rapporté 282 millions de dollars soit plusieurs fois ce que les étudiants étrangers ont versé aux universités francophones du Québec.

Les étudiants non québécois paieront plus cher

Plus tôt cette semaine, le Québec a annoncé son intention de majorer les frais universitaires imposés aux étudiants originaires de l’extérieur du Québec qui s’inscrivent aux universités d’ici.

Sont exclus de cette hausse, les étudiants français ou belges puisque leurs pays ont signé des ententes de réciprocité avec le Québec (ce que les provinces anglophones du pays ont refusé de faire).

Dans le cas des étudiants internationaux, les universités continueront de facturer le montant qu’elles veulent. Sauf qu’on établira un tarif plancher de vingt-mille dollars par année.

De plus, le Québec cessera de subventionner la formation des étudiants des autres provinces qui sont inscrits aux universités anglophones du Québec.

Pourquoi ? Parce que la majorité de ces étudiants quittent le Québec à la fin de leurs études et donc, parce que nous investissons à perte dans leurs études universitaires.

Réaction au Canada anglais

Ces jours-ci, la population des autres provinces est beaucoup plus préoccupée par les bruits de guerre que par les nouvelles d’une hausse des frais de scolarité au Québec.

Malgré cela, incapables de résister à la tentation de casser du sucre sur le dos du Québec, certains politiciens se sont empressés de confier leur déception aux journalistes.

L’enflure lyrique a probablement atteint un sommet avec la réaction de Pablo Rodriguez, ministre fédéral des Transports :

Pour moi, les universités, c’est comme une fenêtre sur le monde. Puis là, j’ai l’impression qu’on ferme un peu nos fenêtres.

Oh, comme la formule est mignonne !

Mais relisez cette phrase : elle n’a du sens que si le Québec avait décidé de fermer tous ses campus universitaires.

On doit savoir que son collègue, le ministère fédéral de l’Immigration, approuve 92 % des demandes de requérants étrangers pour étudier à l’université McGill.

Par contre, il refuse la moitié des demandes pour étudier à l’université Laval. Le pourcentage des refus grimpe même à 72 % dans le cas des établissements scolaires francophones lorsqu’il s’agit de demandeurs provenant d’Afrique.

En somme, oublions les fenêtres; le colonialisme anglais d’Ottawa ferme les portes de nos universités à des milliers de jeunes Francophones talentueux de partout à travers le monde.

Réactions au Québec

Lundi dernier, à l’émission Mordus de politique de Radio-Canada, l’ex-ministre libérale Michelle Courchesne déclarait :

Là, on est en train de dire que des étudiants étrangers anglophones au Québec, on n’en veut pas.

Rappelons que le gouvernement libéral de Philippe Couillard est celui qui a dérèglementé les frais universitaires pour les étudiants étrangers, provoquant une forte majoration de leurs frais d’inscription.

Si on fait exception du prix plancher fixé à 20 000$ par année, le gouvernement de la CAQ ne change rien à leur sujet. Où est le problème ?

En plus des oppositions attendues des Chambres de commerce et du Parti libéral du Québec, la mairesse de Montréal s’en est mêlée.

Que voulez-vous, depuis l’incendie à la Place d’Youville, la mairesse a le feu…

Celle-ci déclarait donc :

Je pense qu’on peut accomplir cet objectif-là [la défense du français] sans se pénaliser d’étudiants et de talents dont on a tellement besoin. Puis ça porte un coup dur à la réputation internationale de la métropole du Québec.

Ces jours-ci, je lis quotidiennement Le Monde (de Paris), The Guardian (de Londres), Al Jazeera (de Doha, au Qatar), et le South China Morning Post (de Hong Kong). Et c’est étrange : sur la scène internationale, personne ne s’intéresse à la hausse québécoise des frais universitaires pour la étudiants des autres provinces.

Depuis un an, ce qui a dominé l’actualité internationale concernant Montréal et porté un dur coup à la réputation de la ville, c’est justement l’incendie à la Place d’Youville.

À l’occasion de ce feu, toute la presse internationale a exposé l’incurie de l’administration Plante; le moratoire des inspections par les pompiers, les permis de la location attribués pour des chambres sans fenêtre, autorisations du morcèlement des chambres, de la destruction des coupe-feux, etc. Bref, le laisser-faire complet.

Compte tenu du cout de la vie qui y est moindre, Montréal demeure une ville attrayante pour ceux qui veulent y poursuivre leurs études. Malheureusement, leur plus grand souci, c’est de se loger.

Ce dont les étudiants universitaires ont réellement besoin, ce sont ces chambres et ces appartements abordables si abondamment promis, mais si peu construits depuis que Mme Plante est au pouvoir.

Conclusion

Si on fait exception de ses conséquences linguistiques et locatives, la venue au Québec de dizaines de milliers d’étudiants étrangers n’a que des bons côtés.

En France, sur les 260 000 étudiants étrangers, un peu plus de 110 000 (42 %) sont Africains. Ils y dépensent annuellement 1,5 milliard d’euros.

À Montréal, chaque étudiant étranger débourse environ 20 000$ par année pour assurer sa subsistance (logement, nourriture, transport, forfait téléphonique, etc.).

Collectivement, ils représentent un investissement annuel de plusieurs millions de dollars dans l’économie québécoise.

En contrepartie, la crise du logement rend nécessaire la construction de logements ou de chambrettes pour les accueillir.

Par exemple, la Caisse de dépôt et placement veut dépenser une somme colossale pour construire un complexe résidentiel (appelé ‘Cité universitaire’) destiné à loger les étudiants de McGill.

Cet investissement n’aidera pas les familles québécoises à la recherche d’un logement puisque ces chambrettes ne correspondent pas à leurs besoins.

Mais en rendant caduc ce projet immobilier, on libère des sommes qui pourront être dépensées plus judicieusement à s’occuper des nôtres.

Quant à l’aspect linguistique, il est regrettable que ces changements tarifaires ne soient pas accompagnés, pour toutes les personnes qui veulent étudier dans une université anglophone du Québec, de l’obligation préalable de connaitre le français.

Sans cette exigence, les changements tarifaires voulus par la CAQ sont, du point de vue strictement linguistique, des demi-mesures qui ralentiront sans doute un peu l’anglicisation de Montréal, mais probablement pas de manière importante.

Bref, la controverse autour de la hausse de certains frais d’inscription aux universités québécoises est une tempête dans un verre d’eau; en ajustant les frais universitaires au niveau de celui des autres provinces canadiennes, le Québec cesse tout simplement d’être le Dollarama des études postsecondaires.

Références :
Don’t come unless you have a place to live, universities warn international students
‘Dutch by default’: Netherlands seeks curbs on English-language university courses
Étudiants étrangers : les préférences canadiennes
Frais de scolarité des étudiants étrangers : « Un coup dur » pour Montréal, dit Plante
La façade ministérielle de l’État canadien
L’anglicisation du Québec et la Caisse de dépôt et placement
L’apport économique des étudiants étrangers
Le feu à la place d’Youville : pour la scission de l’arrondissement Ville-Marie
Student housing shortfall rises 20% as more international students come to NL

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Pendant ce temps en Chine : les semi-conducteurs

20 octobre 2023

Introduction

Le 2 mars dernier, l’Institut australien de politique stratégique publiait une étude effectuée sur plus d’un an et qui concluait que la recherche chinoise était en avance dans 37 des 44 technologies de pointe étudiées.

Les semi-conducteurs sont un des sept domaines où l’Occident prime encore. Ceux-ci sont des composants essentiels de tout produit de consommation dit ‘intelligent’, du réfrigérateur haut de gamme, au téléviseur branché, en passant par l’auto électrique, etc.

À l’intérieur de ces puces, le courant électrique parcourt un grand nombre de circuits. Plus ces circuits sont courts et rapprochés les uns des autres, plus le courant électrique effectue ses tâches rapidement.

Actuellement, la technologie la plus sophistiquée pour graver ces puces, c’est la lithographie UV extrême (Deep UV Lithography). Celle-ci est capable de graver des circuits d’une finesse de 2 nanomètres.

La seule compagnie au monde qui peut graver des circuits intégrés avec une telle précision, c’est TSMC (Taiwan Semiconductor Manufacturing Company).

Ses puces haut de gamme actuelles sont à 3 nm; elle projette de fabriquer des puces à 2 nm à partir de 2025.

Les plans quinquennaux chinois

Périodiquement, les grands mandarins de l’État chinois planifient l’économie du pays pour les cinq années suivantes.

En 2014, la Chine mettait sur pied un fonds d’investissement de 21,8 milliards$US destiné à rendre la Chine autosuffisante en matière de semi-conducteurs.

Dans son plan quinquennal de 2019, la Chine haussait son investissement à 29,1 milliards$US.

Et finalement, en 2023, c’est 40 milliards$US que la Chine investira au cours des cinq prochaines années.

En 2021, l’importance stratégique des semi-conducteurs est apparue lorsque les carrossiers américains et certains fabricants d’appareils électroménagers ont dû interrompre leur production en raison de problèmes d’approvisionnement en semi-conducteurs asiatiques.

Cette crise des semi-conducteurs a facilité l’adoption en 2022 d’une des deux plus importantes pièces législatives de l’administration Biden, soit le ‘CHIPS and Science Act’.

Huit ans après la Chine, les États-Unis se dotaient d’un plan d’investissement de 280 milliards$US destiné à soutenir la recherche fondamentale au sujet des semi-conducteurs et à encourager leur fabrication en sol américain.

Afin d’empêcher la Chine de combler son retard dans ce domaine, les États-Unis ont interdit l’exportation dans ce pays :
• de puces électroniques puissantes, notamment celles qui servent à l’intelligence artificielle,
• du matériel robotisé nécessaire à leur fabrication,
• des ingrédients qui entrent dans leur composition, et
• des logiciels nécessaires à leur conception.

Au départ, le blocus technologique concernait uniquement l’exportation par des entreprises américaines. Mais depuis le début de 2023, les États-Unis ont conclu des accords avec le Japon et les Pays-Bas qui calfeutrent les fuites possibles vers la Chine de puces fabriquées dans ces deux pays.

Signalons que Taïwan ne participe pas à ce blocus technologique qui n’est ni dans son intérêt commercial ni son intérêt sécuritaire.

Le microprocesseur à 7 nm de Huawei

Malgré son bannissement occidental en tant qu’équipementier téléphonique, Huawei est encore la marque de téléphone multifonctionnel la plus populaire en Chine.

Il y a six semaines, cette compagnie lançait le Mate 60 Pro et le Mate 60 Pro+ 5G. Ces modèles sont propulsés par un microprocesseur dont les circuits intégrés ont été gravés à 7 nm.

Pourtant, depuis octobre 2022, quiconque vend à la Chine des semi-conducteurs à 16 nm ou moins est passible des sanctions prévues par la loi américaine.

Or non seulement Huawei a été capable de concevoir les prototypes de ses nouveaux modèles avec des puces ‘interdites’, mais l’entreprise assure être capable d’en trouver des dizaines de millions d’autres pour équiper ses nouveaux appareils au cours des mois qui viennent.

Ce qui veut dire qu’il existe en Chine un ou plusieurs fabricants en mesure de graver des semi-conducteurs à 7 nm pour Huawei.

Aparté : En raison du blocus technologique imposé par Washington contre la Chine, Apple a dû rompre ses liens commerciaux avec Ofilm. Celle-ci est la compagnie chinoise qui fabriquait les modules photographiques des périphériques mobiles d’Apple. Ofilm a pris sa revanche en devenant le fournisseur officiel… d’Huawei.

Le secret de la percée chinoise

Nous avons vu plus tôt que seule la Taiwan Semiconductor Manufacturing Company était capable de produire des semi-conducteurs à 3 nm. Et bientôt à 2 nm.

Mais le mérite de cette prouesse technologique ne lui appartient pas. Il revient revient plutôt à une compagnie néerlandaise, l’ASML Holding. Celle-ci est le principal fabricant des machines qui servent à graver les semi-conducteurs.

Cette entreprise ne fabrique pas de puces électroniques; elle fabrique les microlithograveuses, c’est-à-dire les robots dont ont besoin les entreprises fabriquent des semi-conducteurs.

Ses machines de cent-quatre-vingts tonnes coutent près de 150 millions de dollars canadiens (environ 100 millions d’euros) et nécessitent dix-huit mois d’assemblage.

À la suite de pressions américaines, les Pays-Bas ont imposé à ASML Holding l’obligation d’obtenir un permis pour exporter ses machines les plus précises. Comme c’est déjà le cas pour du matériel militaire.

Cette mesure est partiellement entrée en vigueur le 1er septembre dernier et sera pleinement opérationnelle le 1er janvier 2024.

À partir de cette date, les fabricants étrangers de semi-conducteurs ne pourront plus vendre à la Chine des puces à 16 nm ou moins. De plus, leurs succursales en sol chinois sont astreintes à cette même limite.

C’est ainsi que la TSMC fabrique ses puces à 3 nm dans ses installations taïwanaises. Mais à Nanjing, son unique filiale chinoise fabrique des semi-conducteurs limités à 24 nm.

Jusqu’ici, la seule manière de graver en Chine des semi-conducteurs plus performants était d’acheter des microlithograveuses néerlandaises.

C’est ce qu’on fait les clients chinois d’ASML Holding. Ceux-ci représentaient 8 % de son chiffre d’affaires au premier trimestre de 2023, 24 % au deuxième et 46 % au troisième trimestre.

De toute évidence, les fabricants chinois de semi-conducteurs se sont empressés d’acheter tout ce qui leur était permis jusqu’à la date limite. Or l’un d’eux, de toute évidence, a pu se procurer une microlithograveuse à 7 nm.

À l’inverse de la croissance de ses importations de microlithograveuses néerlandaises, la Chine réduisait de 15 % ses importations de puces électroniques, probablement parce qu’elle est maintenant en mesure de les produire elle-même.

Mais dès 2024, il sera impossible pour ce pays de se procurer de nouvelles machines. Au fur et à mesure que la technologie évoluera, l’Occident disposera de semi-conducteurs de plus en plus performants alors que la Chine sera limitée à fabriquer de vieilles puces électroniques.

C’est du moins le pari de Washington. Mais déjà, le ciel s’assombrit.

Jusqu’à maintenant, l’unique fabricant de microlithograveuses en Chine, la Shanghai Micro Electronics Equipment (SMEE) ne pouvait pas fabriquer des robots capables de graver avec une précision plus fine que 90 nm.

On est loin de 5 nm.

Mais cet été, la SMEE annonçait la mise au point d’une microlithograveuse qui fabriquera des puces à 28 nm. C’est un saut technologique important.

Ce qui signifie que la Chine comble à grands pas son retard technologique dans ce domaine.

Conclusion

Alors que l’administration Trump a voulu combattre la montée en puissance de l’économie chinoise en imposant des tarifs douaniers, l’administration Biden a réalisé que l’hégémonie mondiale des États-Unis reposait, entre autres, sur leur supériorité technologique.

D’où la nécessité pour eux d’investir massivement afin de maintenir leur position dominante.

Aussi sage soit l’approche Biden, elle arrive quand la Chine est déjà en avance dans la grande majorité des technologies de pointe actuelles.

Et dans les domaines où les États-Unis ont conservé un leadeurship, leur avance rétrécit avec une vitesse telle qu’on peut anticiper que l’écart n’aura bientôt plus d’importance.

À la tête du pays comme au sein de sa population, la Chine compte beaucoup plus d’ingénieurs et de polytechniciens.

Par contre, les États-Unis — dirigés majoritairement par des avocats et des millionnaires — souffrent d’un manque d’accessibilité économique qui empêche des millions de jeunes issues de la ‘classe moyenne’ d’accéder aux études supérieures dans les domaines scientifiques et techniques.

Ce qui entraine inévitablement l’érosion de l’avance technologique des États-Unis dans les domaines où ils excellent.

Références :
ASML
ASML chip-making equipment sales fall as China rushes to secure tools ahead of widened US export controls
China’s chip imports decline 15% in first nine months of 2023 as the country braces for a new round of US tech export controls
China Expecting Key Native Lithography Machine This Year: SCMP
China Integrated Circuit Industry Investment Fund
China plans to build a giant chip factory driven by particle accelerator
CHIPS and Science Act
For Chinese chip-making, lack of advanced lithography systems becomes a focal point in wake of Huawei’s breakthrough
Huawei bolsters its push for 5.5G networks with operators from the mainland, Hong Kong and the Middle East
Pénurie de semi-conducteurs : de petites puces, mais de gros problèmes
L’invasion de Taïwan par la Chine continentale
Lithographie extrême ultraviolet
Part de marché des différentes marques de smartphone en 2023, selon les régions du monde
Huawei helps China to win ‘symbolic’ victory in defying Washington’s sanctions with Mate 60 Pro but headwinds remain
Ofilm, formerly blacklisted by US and dumped by Apple as supplier, is contractor for Huawei’s Mate 60 phone
The Netherlands has started limiting chip gear exports to China
TSMC Gets China Chip Waiver From US, Eyeing ‘Permanent’ Permit
World’s largest chipmaker TSMC sees biggest drop in profit in nearly five years

Paru depuis : China’s YMTC makes world’s most advanced memory chip in ‘surprise technology leap’: TechInsights report (2023-10-26)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les miscanthus de Chine

19 octobre 2023
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Grâce à leurs inflorescences plumeuses qui semblent jaillir au sommet de leurs tiges, les miscanthus de Chine enjolivent les jardins à l’automne.

Si certains miscanthus sont des plantes envahissantes, ce n’est pas le cas des miscanthus de Chine sous nos climats; celles-ci n’ont pas suffisamment de temps pour faire murir leurs graines quand nos hivers arrivent.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 40-150mm F/2,8 — 1/200 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 32 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Pendant ce temps en Chine : la construction automobile

14 octobre 2023

L’exportation chinoise de voitures à essence

Pendant des décennies, le transport individuel en Chine se faisait essentiellement à pied ou en vélo.

Depuis les réformes économiques de Deng Xiaoping en 1978, des dizaines de millions de Chinois sont passés de cyclistes à automobilistes, faisant de leur pays le plus important marché quant à la vente d’autos.

Parallèlement, la Chine a haussé sa production pour atteindre annuellement quinze-millions de voitures à essence.

Toutefois, contrairement aux années antérieures, la demande intérieure pour celles-ci a diminué en 2023. Du coup, la Chine a dû accroitre ses exportations pour écouler ses excédents.

Les exportations étaient déjà de 2,5 millions de véhicules en 2022 et devraient dépasser 3,1 millions de voitures cette année. Cela fait de la Chine le premier producteur et le premier exportateur mondial de voitures à essence.

Leurs modèles les moins dispendieux arrivent en tête des ventes dans l’hémisphère sud du globe. Au point qu’on manque en Chine de navires spécialisés pour les transporter.

Avant ce boum des exportations, on construisait quatre porte-voitures par année à travers le monde. Actuellement, les armateurs qui font affaire en Chine en ont commandé 170, principalement de chantiers maritimes chinois.

La pénurie actuelle de ces navires a fait en sorte que le tarif de leur location est passé de 16 000 à 105 000 dollars par jour.

Dans la plus importante zone économique du pays (celle située près de l’embouchure du Yangtsé), les chantiers maritimes travaillent jour et nuit à construire, entre autres, des porte-voitures d’une capacité minimale de cinq-mille voitures.

La concentration géographique de cet effort industriel n’est pas sans inquiéter les plus hautes autorités chinoises. Au nom de la sécurité nationale, le président Xi Jinping mit en garde jeudi dernier les gestionnaires de l’économie chinoise contre une concentration excessive des usines dans cette zone économique qui fournit déjà 45 % du PIB national.

Pendant que les pays anglo-saxons construisent des porte-avions et des sous-marins afin de conserver leur supériorité militaire, la Chine construit des porte-voitures pour favoriser sa suprématie économique en temps de paix.

Et quand les États-Unis se mettront réellement à produire des automobiles électriques et à vouloir les exporter massivement hors du Continent américain, ils ne devraient pas être surpris d’apprendre que les opérateurs de porte-voitures ont des contrats d’exclusivité… avec la Chine.

D’autre part, la guerre en Ukraine a obligé la Russie à détourner une partie importante de sa capacité industrielle vers la fabrication d’armement. Conséquemment, la demande russe pour des voitures est comblée de nos jours par des autos chinoises acheminées par voie ferroviaire.

L’exportation chinoise de voitures électriques

Lancée par Xi Jinping à son accession au pouvoir, sa campagne anticorruption a coïncidé avec la disparition de plusieurs des personnes les plus riches de Chine. Malgré cela, ce pays demeure celui qui, après les États-Unis, compte le plus de millionnaires.

C’est en bonne partie sur ces derniers qu’a reposé la demande intérieure chinoise de biens de luxe (dont les voitures électriques).

En 2018, l’administration Trump a imposé une taxe de 30 % sur les voitures chinoises, leur fermant du coup le marché américain. L’Europe devint alors le marché cible de l’exportation des voitures électriques chinoises.

Dès le début de la guerre en Ukraine, l’Allemagne a cessé de s’approvisionner en gaz fossile russe, le moins cher au monde. Ce faisant, toute l’industrie lourde allemande perdait un avantage compétitif face à ses rivaux américains.

Dans le cas des carrossiers allemands, leur priorité depuis un an et demi, c’est de délocaliser leur production ou d’ouvrir des usines en Amérique du Nord (où l’énergie est à la fois abondante et économique).

Ce qui signifie choisir des lieux d’implantation, adopter des plans, commander des robots, et planifier les budgets nécessaires.

Et justement parce qu’ils ont l’esprit ailleurs, beaucoup d’entre eux ont été pris de court par l’abondance de l’offre chinoise aux plus récents salons de l’auto tenus en Europe.

L’acceptation de ces modèles par les consommateurs européens est facilitée par le fait que les carrossiers chinois ont acheté, il y a bien des années, quelques marques célèbres; Volvo (de la suédoise homonyme, achetée en 2010), la marque anglaise MG (de la britannique MG Motor, en 2006), etc.

Dans le cas particulier du Modèle 3 de Telsa, les voitures vendues aux États-Unis sont de fabrication américaine, mais celles, identiques, vendues en Europe, sont fabriqués près de Shanghai.

Si bien que depuis le début de l’année, l’Europe importe davantage de voitures électriques chinoises que de voitures électriques fabriquées hors de Chine.

Face à ce raz-de-marée, les dirigeants européens font semblant d’être surpris. Comme s’ils ignoraient que tout cela est la conséquence de leurs décisions…

L’Union européenne accuse donc Beijing de dumping; selon Bruxelles, la Chine accorderait des subventions dans le but de maintenir artificiellement bas le prix de ses voitures électriques.

Il est à noter que beaucoup de pays accordent une aide aux acheteurs d’une voiture électrique neuve. Cette subvention ’verte’ sert à rendre ces voitures moins onéreuses.

Vous voyez une différence ?

L’avantage actuel des batteries chinoises

Les batteries qui alimentent les voitures électriques fabriquées en Occident contiennent une quantité minime mais indispensable de cobalt.

Le plus important fabricant chinois de voitures électriques s’appelle BYD. Fondé en 1995, il s’agissait au départ d’un fabricant de batteries. Mais en 2003, il a fait l’acquisition d’un carrossier au bord de la faillite. Et c’est depuis que BYD fabrique avec succès des autos. Et ce, dans les usines les plus robotisées de l’industrie.

Les voitures électriques BYD sont équipées de batteries de marque BYD. Leur technologie est différente.

À puissance égale, celles-ci sont un peu plus volumineuses et plus lourdes que les batteries ordinaires.

Leur principal défaut est la dégradation de leurs performances à basse température. Voilà pourquoi on leur ajoute un système de chauffage capable de faire passer leur température (dans une voiture éteinte en hiver) de -30°C à +60°C en 90 secondes.

Par contre, ces batteries ont l’avantage d’être très résistantes à l’emballement thermique, d’être rechargeables un plus grand nombre de fois et d’être moins couteuses à produire.

De plus, ces batteries ne contiennent pas de cobalt, un métal dont la République démocratique du Congo est, de loin, le principal exportateur.

Or les sanctions économiques occidentales contre la Russie ont donné à la Chine une idée de ce qui l’attend si elle devait s’attirer les foudres de Washington.

Voilà pourquoi BYD a préféré équiper ses voitures de batteries sans cobalt, évitant ainsi tout risque de pénurie d’approvisionnement en ce métal.

C’est pour cette même raison sécuritaire que les voitures Telsa fabriquées en Chine seront dorénavant alimentées de batteries sans cobalt (probablement faites par BYD).

L’avenir de l’industrie automobile

Dans un marché naissant, l’accès à un bassin important de consommateurs permet d’amortir plus rapidement les investissements consentis jusque là, puis d’abaisser les prix afin de conquérir les marchés et se s’en tailler une position dominante.

C’est ce qu’a fait l’industrie automobile américaine au début du XXe siècle. Et du chaos originel ont surgi trois grands fabricants: GM, Ford et Chrysler.

C’est ainsi que, de nos jours, le marché intérieur de la Chine donne un avantage compétitif à ses carrossiers.

La taxe de 30 % imposée par Washington aux voitures électriques chinoises transforme l’Amérique du Nord en marché captif pour les constructeurs américains.

Par contre, les dirigeants européens ont sacrifié l’avenir de leur industrie lourde — dont celui de leurs constructeurs automobiles — sur l’autel des sanctions économiques exigées par les États-Unis contre la Russie.

Par ailleurs, l’obligation de maitriser tous les domaines d’expertise nécessaires à la fabrication des voitures d’aujourd’hui rendront difficiles les activités des constructeurs de pays comme la Corée du Sud, le Japon et l’Inde.

On pourrait donc voir apparaitre deux blocs principaux en matière de construction automobile; le bloc nord-américain et le bloc régional de la Chine (dont seront exclus la Corée du Sud et le Japon).

Le Québec a choisi son camp; il sera un fournisseur important de batteries auprès du bloc américain.

Il ajoute ainsi la fabrication des batteries de voiture électriques à la grappe industrielle qu’il consacrait déjà à l’électrification des transports, mais qui était limitée jusque là à l’assemblage de véhicules électriques (wagons de métro, trains et autobus scolaires).

Malheureusement, le talon d’Achille des voitures électriques occidentales, c’est leur batterie, sujette (rarement) à l’emballement thermique. Un risque n’ont jamais (ou presque) les batteries chinoises.

Au cours des toutes prochaines années, les poursuites les plus médiatisées à l’encontre les constructeurs automobiles concerneront des voitures qui auront spontanément pris feu.

N’est-il pas risqué pour le Québec d’investir des sommes colossales à subventionner la fabrication de batteries ‘inférieures’ ?

En réalité, ce risque est partagé avec toute l’industrie nord-américaine. Voilà pourquoi la recherche d’une solution sécuritaire de remplacement aux batteries chinoises est une priorité absolue, non seulement pour l’industrie, mais également aux yeux de Washington.

Tout comme au sujet de la recherche vaccinale contre le Covid-19, quand les États-Unis font de la recherche une priorité nationale, aucun problème n’est insurmontable.

Lorsque les nouvelles usines québécoises ouvrirent leurs portes, leurs batteries seront les meilleures que l’Occident peut produire.

Compte tenu de la vitesse des découvertes scientifiques qui concernent les batteries, il est certain que les fabricants québécois auront prévu la flexibilité nécessaire à l’adaptation à tout changement technologique majeur.

Références :
Guerre russo-ukrainienne et désindustrialisation de l’Europe
G20 poured more than $1tn into fossil fuel subsidies despite Cop26 pledges
La Chine inonde le monde de ses voitures
Les conséquences géostratégiques du basculement vers les énergies vertes
Les millionnaires chinois
Les nouvelles batteries au phosphate de fer sans nickel ni cobalt
Les voitures fabriquées en Chine envahissent le monde
L’Union européenne ouvre une enquête sur les subventions publiques chinoises aux automobiles électriques
Xi Jinping tells China’s biggest economic zone to ‘balance growth and security’ – and no more mega projects

Paru depuis : Sodium batteries: is China sparking a new revolution in the electric vehicle industry? (2023-11-10)

Postscriptum du 25 octobre 2023 : À Montréal, le nombre de feux causé par les batteries lithium-ion utilisés dans les vélos, les trottinettes ou encore les quadriporteurs, est passé de 7 en 2020 à 21 en 2022.

Référence : Montréal prolonge son opération spéciale d’inspection des vieux bâtiments

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le grand-père de la vice-première ministre du Canada, un collabo nazi

7 octobre 2023

Introduction

En 2017, Chrystia Freeland venait à peine d’être nommée ministre des Affaires étrangères du Canada qu’est soudainement apparue la rumeur selon laquelle son grand-père maternel, d’origine ukrainienne, était un collabo du Troisième Reich.

Soulignant cette coïncidence, le gouvernement fédéral avait déclaré que cette rumeur était essentiellement de la propagande russe. Et la plupart des grands journaux du pays, en bons patriotes, s’étaient tus afin de ne pas faire le jeu des Communistes.

Qu’en est-il ?

Le trésor secret

Le grand-père dont il est question est Michael Chomiak. Mort au Canada, il est né dans ce qui s’appelait autrefois la Galicie.
 

 
La Galicie était une province polonaise qui sera scindée en 1945; sa partie occidentale (en violet sur la carte), peuplée à 13 % de Polonais ukrainophones, est demeurée en Pologne alors que sa partie orientale (en mauve), peuplée à 65 % d’Ukrainophones, a été cédée à l’Ukraine.

Depuis le rattachement définitif de ce territoire à l’Ukraine, ceux qui y sont nés et qui y ont vécu sont considérés des Ukrainiens. Tout comme les personnes nées en Alsace à l’époque où celle-ci faisait partie de l’Allemagne, sont aujourd’hui considérés comme des Français.

Au décès de Michael Chomiak en 1984, son gendre découvre que son beau-père conservait secrètement un trésor.

Ce trésor, c’était une collection de numéros de Krakivs’ki Visti — ce qui signifie ‘Les Actualités de Cracovie’ — un quotidien tiré à environ dix-sept-mille exemplaires et qui fut publié en langue ukrainienne de 1940 à 1945, c’est-à-dire au cours de l’occupation allemande de la Pologne.

Légués aux archives provinciales de l’Alberta, ces documents comprennent également de la correspondance éditoriale entre le quotidien et l’occupant nazi, notamment les directives de ce dernier.

Mais revenons un an avant la création de ce quotidien.

Sous l’occupation allemande

Après le partage du territoire polonais entre l’Allemagne et la Russie en 1939 (qui précède le partage définitif du pays en 1945), l’ouest du pays, sous contrôle allemand, devint le refuge pour les Polonais qui ne pouvaient pas souffrir la domination russe.

Ce fut le cas d’un bon nombre de Polonais de langue ukrainienne, dont Michael Chomiak. Celui-ci et sa famille s’installèrent en 1939 à Cracovie, la deuxième ville de Pologne (le point rouge sur la carte ci-dessus).

Il y arrive alors que le Comité central ukrainien de Pologne préparait le lancement d’un quotidien destiné à galvaniser la minorité ukrainienne de Pologne contre la Russie. Ce quotidien, ce sera Les Actualités de Cracovie.

L’occupant nazi avait facilité la naissance de ce quotidien en lui octroyant les presses qu’il avait confisquées d’une maison d’édition juive.

Les Actualités de Cracovie était l’organe officiel du Comité central ukrainien. Cet organisme à vocation partiellement caritative était dirigé par un Ukrainien renommé pour son fanatisme pronazi.

Ce biais était tel que Les Actualités de Cracovie fut le seul quotidien polonais dont le rédacteur en chef n’était pas un Allemand nommé par les forces d’occupation; cela n’était pas nécessaire.

Un mois après la parution du premier numéro (daté du 7 janvier 1940), Michael Chomiak devient le rédacteur-en-chef des Actualités de Cracovie et le demeura jusqu’à la fin de la guerre.

Au fil des années, le quotidien publiera de très nombreux textes de propagande, dont toutes les nouvelles relatives au déroulement de la guerre.

Ce qui est normal en temps de conflit armé. Cette propagande ne prouve rien quant aux convictions profondes des artisans du journal dirigé par Michael Chomiak,

Le quotidien publiait par ailleurs des textes d’intérêt général écrits par des historiens, des écrivains, des poètes, des critiques littéraires et des théologiens, assurant de maigres revenus aux intellectuels ukrainiens réfugiés dans la partie de la Pologne occupée par les Nazis.

En 1943, l’Allemagne essuya plusieurs défaites sur le front oriental. Pour renflouer ces pertes, on se résigna à créer des milices SS indépendantes de l’armée régulière allemande, des milices formées de Slaves zélés de la cause nazie.

Le président du Comité central ukrainien (dont nous avons parlé plus tôt) fut celui qui mit sur pied la Division SS Galicie dont a fait partie le vétéran nazi ovationné récemment à la Chambre des Communes.

Rappelons que cette milice ukrainienne sous commandement allemand est responsable de quelques-uns des pires massacres survenus au cours de la Deuxième Guerre mondiale.

Afin de motiver les lecteurs des Actualités de Cracovie à adhérer à cette milice, le Comité central ukrainien demanda aux dirigeants du quotidien de rédiger toute une série de textes particulièrement haineux contre les Juifs et contre l’Armée rouge (qui, rappelons-le, était alliée du Canada dans cette guerre).

En raison des difficultés à trouver des auteurs pour cette série, il est probable que Michael Chomiak ait mis les mains à la pâte.

Collabo ou non ?

De nos jours, ceux qui désirent que la mémoire de Michael Chomiak soit honorée plaident deux arguments pour le disculper de l’accusation d’être un collabo.

Premièrement, disent-ils, parmi tous les textes haineux publiés dans son quotidien, on n’en trouve aucun signé par Michael Chomiak. C’est vrai.

Alors que les textes ordinaires du quotidien étaient signés par leurs auteurs, les textes antisémites étaient toujours signés d’un pseudonyme. Or on ignore celui qu’aurait pu emprunter le rédacteur-en-chef.

Deuxièmement, on prétend que ce dernier n’a fait que gagner sa vie comme il le pouvait sous occupation nazie. Ce qui veut nécessairement dire qu’il devait obéir à l’ordre de publier la propagande du Troisième Reich.

On pourrait réfuter cette thèse en disant que si le grand-père de Chrystia Freeland éprouvait des remords d’avoir publié une telle propagande, il aurait tenté d’en bruler tous les exemplaires. Comme pour tenter d’effacer un passé honteux.

Au contraire, il les a conservés précieusement pendant plusieurs décennies. Comme de précieuses reliques.

Il n’y a pas de preuve plus convaincante de ses sympathies nazies que sa nostalgie de l’époque sanglante de l’occupation de la Pologne par le Troisième Reich.

Probablement parce qu’à l’époque il était habité par deux sentiments qui le grisaient.

En premier lieu, par la conviction que son métier de journaliste lui octroyait le privilège de consigner par écrit l’Histoire au fur et à mesure qu’elle de déroulait sous ses yeux.

De plus, à voir le succès de la campagne de recrutement à la Division SS Galicie (orchestrée par Les Actualités de Cracovie), il devait être conscient de son pouvoir de modifier la trajectoire du conflit par ses écrits.

Conclusion

On n’est jamais coupable des fautes commises par ses aïeux. On ne peut donc pas reprocher à Chrystia Freeland d’avoir un grand-père qui était un collabo nazi. Elle n’y est pour rien.

De plus, on doit pardonner à ceux qui posent un regard indulgent sur ceux à qui ils doivent la vie. Sur les médias sociaux, Chrystia Freeland a toujours présenté sa famille de manière flatteuse. Sachant que l’amour est aveugle, on lui permettra de fermer les yeux sur certains secrets de famille.

Le seul reproche qu’on peut adresser à Mme Freeland c’est d’avoir rejeté du revers de la main, en 2017, les rumeurs au sujet de son grand-père collabo. En somme, d’avoir menti.

Comme un boomerang, on voit ce sujet revenir dans l’actualité alors qu’il peut aujourd’hui causer des dommages beaucoup plus importants en raison de la succession de bourdes commises récemment au parlement et qui ont terni la réputation du Canada à l’Étranger.

Références :
Freeland knew her grandfather was editor of Nazi newspaper
Krakivski visti and the Jews, 1943: A Contribution to the History of Ukrainian-Jewish Relations during the Second World War
Les squelettes de Chrystia Freeland et le silence de Justin Trudeau
Long-Distance Nationalism: Ukrainian Monuments and Historical Memory in Multicultural Canada
Michael Chomiak
Volodymyr Kubijovyč

Compléments de lecture :
La désinformation au sujet de la Division SS Galicie
La nostalgie nazie en Ukraine

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Centre de la nature de Laval

6 octobre 2023
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Le Centre de la nature de Laval est un parc urbain de cinquante hectares ouvert à longueur d’année, même les jours fériés.

Trois Dimensions Urzelle (1967), de Fritz Hartlauer

On peut y voir cette sculpture de l’Autrichien Fritz Hartlauer. Celle-ci décorait le pavillon de son pays à l’Expo67.

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Nos Traces (1989), de Roger Langevin



 
On y trouve également de nombreux sentiers, des tables pour y piqueniquer, une piscine, des pistes cyclistes, un terrain de pétanque, un petit zoo et un grand plan d’eau consacré au canotage. Aux enfants, on offre une ballade en minitrain et des aires de jeux.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 infrarouge à spectre complet, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 + filtre bleu FS KB20 + filtre FS VertX1a + filtre Lee No 354 (Special Steel Blue). Balance des blancs automatique.
1re photo : 1/200 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 14 mm
2e  photo : 1/160 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 12 mm
3e  photo : 1/60 sec. — F/5,6 — ISO 320 — 25 mm
4e  photo : 1/80 sec. — F/5,6 — ISO 640 — 35 mm
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6e  photo : 1/80 sec. — F/5,6 — ISO 640 — 30 mm


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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’extrémité nord de la portion montréalaise du SRB Pie-IX

4 octobre 2023

Le pont Pie IX relie le boulevard homonyme à l’ile Jésus (où se trouve la ville de Laval).



Au Parc-nature de l’Ile-de-la-Visitation

Sa partie montréalaise enjambe le parc-nature de l’Ile-de-la-Visitation, un parc linéaire de 2,5 km aménagé le long de la rivière des Prairies (et qui comprend l’ile de la Visitation, d’où son nom).

Rivière des Prairies vers l’Est

Centrale électrique de la Rivière-des-Prairies

À l’ouest du pont Pie-IX, on peut voir au loin la Centrale de la Rivière-des-Prairies.

Depuis longtemps, on connait l’impétuosité des rapides du Sault-au-Récollet.

Réputées infranchissables à l’époque de Jacques Cartier, elles obligèrent le navigateur français et ses coéquipiers — qui voyageaient vers l’ouest — à s’arrêter à cet endroit pour y célébrer une messe, le 24 juin 1615 (la première sur l’ile de Montréal).

Le nom ‘Sault-au-Récollet’ (où ‘sault’ est le nom ancien donné aux rapides) fait allusion à la noyade du père récollet Nicolas Viel quand son canoë y chavira le 25 juin 1625.

Au cours des siècles, leur force motrice alimenta des moulins, une scierie, puis un moulin à farine.

Finalement, au cours de la crise économique de 1929, on y construisit une centrale électrique, la seule à proximité de Montréal.

Elle fournit une puissance de 45 MV, soit près de trois pour cent de la puissance de la Centrale Manic-5.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 infrarouge à spectre complet, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 + filtre bleu FS KB20 + filtre FS VertX1a + filtre Lee No 354 (Special Steel Blue). Balance des blancs automatique.
1re photo : 1/320 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 13 mm
2e  photo : 1/60 sec. — F/5,6 — ISO 250 — 17 mm
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5e  photo : 1/250 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 24 mm
6e  photo : 1/200 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 17 mm

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La Vélocité des lieux

3 octobre 2023

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Formé en 1996 de Jasmin Bilodeau, de Sébastien Giguère et de Nicolas Laverdière, le Collectif BGL a créé en 2015 la sculpture La Vélocité des lieux qu’on peut voir au parc Carrefour Henri-Bourassa-Pie-IX.

Au premier coup d’œil, l’œuvre s’apparente à une grande roue immobile.

Toutefois, en l’observant attentivement, on remarquera qu’elle est formée de cinq structures squelettiques courbées, jointes bout à bout, rappelant des autobus.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 infrarouge à spectre complet, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 + filtre bleu FS KB20 + filtre FS VertX1a + filtre Lee No 354 (Special Steel Blue). Balance des blancs automatique.
1re photo : 1/320 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 12 mm
2e  photo : 1/250 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 32 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le long du SRB Pie-IX

2 octobre 2023
Stade olympique

Le SRB Pie-IX est une ligne express d’autobus reliant la station de métro Pie-IX à l’ile de Laval. Long (pour l’instant) de 8,4 km, cette ligne en comptera onze une fois complétée au sud jusqu’à la rue Sainte-Catherine.

Normalement, sur le boulevard Pie-IX, un terreplein sépare les trois voies en direction nord des trois autres en direction sud.

Dans chaque cas, deux voies sont consacrées à la circulation automobile : celles-ci sont situées le long du trottoir et sont pavées en asphalte noir. Asphaltée en rouge pour se distinguer, la troisième est consacrée au SRB : elle se déploie le long du terreplein situé au centre du boulevard.


Édicule du SRB

À l’approche d’un arrêt, cette configuration se modifie; le terreplein disparait et les deux voies opposées du SRB se touchent alors.

Au sud de l’intersection, un édicule accueille les futurs passagers en direction sud. Au nord de l’intersection, c’est l’inverse.

Ces abris du SRB sont confortables et sont équipés de panneaux électroniques qui indiquent le temps d’attente pour chacun des deux ou trois prochains autobus.

Au 6275 Pie-IX

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3e  photo : 1/160 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 24 mm
4e  photo : 1/80 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 20 mm

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