Terrorisme et transport ferroviaire de passagers

Publié le 24 août 2015 | Temps de lecture : 6 minutes

À la suite des attentats du 11 septembre 2001, la sécurité du transport aérien a tellement été améliorée qu’un attentat semblable ne s’est répété nulle part ailleurs au monde depuis.

Mais on n’a rien fait quant au transport ferroviaire.

Si bien que le 11 mars 2004, un attentat a eu lieu dans des trains de banlieue de Madrid, tuant près de 191 personnes et en blessant 1 900 autres.

Les terroristes n’avaient pas lésiné sur les moyens : sur les treize bombes utilisées, dix ont explosé.

Qu’a-t-on fait depuis ?

En Espagne, on a instauré contrôle des bagages sur les trains longue distance.

De plus, sur l’Eurostar (le train qui relie la Grande-Bretagne à la France), on demande aux passagers d’arriver plus d’une demi-heure avant le départ et on leur fait passer un contrôle de sécurité comme dans un aéroport.

En 2006, sur le train qui m’amenait de Londres à Glasgow, il était interdit de photographier la partie du train qui servait de cantine. « Pour des raisons de sécurité », m’avait-on dit. Apparemment, c’était la seule mesure de sécurité à bord.

À l’embarquement, n’importe qui pouvait se présenter à la gare dix minutes avant le départ et prendre le train sans qu’aucune vérification des bagages ne soit exercée. La seule véritable mesure sécuritaire était constituée de quelques militaires armés qui arpentaient les gares à l’affût de passagers suspects.

Il suffisait donc d’avoir l’air normal pour pouvoir commettre n’importe quel attentat sur un train européen.

Profitant de ces graves lacunes, un individu armé jusqu’aux dents a tenté de commettre un carnage sur un train à grande vitesse (TGV) en partance d’Amsterdam pour Paris, le 21 aout dernier.

Plusieurs jours après cet incident, il est toutefois navrant de constater que les autorités cherchent encore des prétextes pour ne pas assumer leurs responsabilités.

En France, on compte renforcer le contrôle aléatoire des bagages, une mesure déjà existante. Or un tel contrôle n’a pas empêché le terroriste du TGV de prendre le train avec son arsenal. Tout au plus, le renforcement de cette mesure aurait augmenté les chances qu’on tombe sur lui. Mais pas nécessairement.

Le président de la Société nationale des chemins de fers français croit irréaliste d’étendre le système des aéroports aux gares en raison du nombre trop important de voyageurs dans les gares.

Précisons que le réseau ferroviaire français est constitué de trois mille gares, et que cinq millions de Français empruntent chaque jour quinze mille trains, soit vingt fois plus que ceux qui prennent l’avion.

Citée par le quotidien Le Monde, une source près des autorités règlementaires européennes déclare :  « …si on sécurise à outrance (sic) les trains à grande vitesse, les terroristes se mettront à cibler les trains roulant à moins de 160 km/h. »

Il y a donc des gens en position d’autorité qui n’ont pas encore compris que les terroristes s’attaquent à des êtres humains et non à des modes de transport.

Si les terroristes s’en prennent à des passagers de trains ou d’avions, c’est que les gens s’y entassent. Ailleurs, ils font sauter des mosquées le jour de la prière ou des marchés publics, pour les mêmes raisons.

Que le train soit rapide ou non, que de soit un train de banlieue ou de longue distance, que ce soit un métro souterrain ou un train de surface, cela n’a aucune importance pour le terroriste. Celui-ci veut terroriser et pour ce faire, frapper l’imaginaire par le moyen de la barbarie.

On trouvera ci-dessous des photos qui montrent les mesures de sécurité auxquelles doivent s’astreindre les passagers à toutes les stations du métro de Shanghai. Personne n’entre dans ce métro sans s’y soumettre. Précisons que les passagers n’y subissent pas de fouille corporelle à moins, exceptionnellement, qu’ils aient un comportement suspect.


 
À Paris, le métro a été construit à une époque où la capitale française était beaucoup moins peuplée. De nos jours, la largeur des bouches du métro est à peine suffisante pour accommoder l’achalandage actuel aux heures de pointe. De plus, dans bien des cas, les couloirs entre les bouches et les quais sont trop courts et trop étroits pour qu’on pense y ajouter un véritable contrôle sécuritaire.

Puisqu’on ne peut pas modifier le tracé du métro, il faudra un jour déplacer les bouches du métro parisien pour accommoder son achalandage devenu excessif. Cela sera une nécessité dans un avenir moyennement rapproché. Pourquoi ne pas déclencher un tel chantier dès maintenant et en profiter pour y ajouter des mesures sécuritaires à la Shanghai ?

D’ici là, il suffit d’ajouter des détecteurs de métal connectés à des sirènes d’alarme à l’entrée de toutes les gares pour déceler automatiquement tout individu armé. On ne décèlerait pas les bombes, mais il serait néanmoins impossible prendre le train ou le métro en étant armé comme l’était le terroriste du TGV.

Quant aux métros canadiens, plutôt que de gaspiller un demi-milliard de dollars par année à bombarder futilement l’État islamique, si on avait appliqué cette somme à sécuriser les gares et les métros du pays, le transport de passagers serait déjà parfaitement sécuritaire au pays.

Mais certains politiciens préfèrent parler de sécurité plutôt que de l’instaurer.

Références :
Attaque dans le Thalys : la sécurité dans les gares en question
Attaque du Thalys : Bruxelles veut accélérer son travail sur la sécurité et la sûreté des trains européens
Attentats de Madrid du 11 mars 2004
Attentats du 11 septembre 2001
Sécuriser les trains contre les attentats, débat récurrent depuis le 11-Septembre

Détails techniques des photos :
1re photo : Panasonic GH1, objectif Lumix 14-45 mm — 1/30 sec. — F/4,5 — ISO 125 — 20 mm
2e photo  : Panasonic GH1, objectif Lumix 20 mm — F/1,7 — 1/40 sec. — F/1,7 — ISO 100 — 20 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les États-Unis et le sabotage de l’économie française

Publié le 30 juin 2015 | Temps de lecture : 5 minutes

Depuis les révélations de l’informaticien Edward Snowden — concernant les programmes américains et britanniques de surveillance de masse — on se doute que les États-Unis ne font pas qu’épier les courriels et les appels téléphoniques à travers le monde dans le but de déjouer des complots terroristes.

On savait déjà que les Américains espionnaient les dirigeants politiques européens au cours des négociations internationales auxquelles participaient également les États-Unis.

Il y a plus d’un an, je prédisais sur ce blogue, au sujet de l’informatique dématérialisée : « La guerre au terrorisme devient donc le prétexte qui justifie l’espionnage industriel massif. Plus besoin d’espions; les grands éditeurs américains de logiciels comme Microsoft et Apple permettront au gouvernement américain de refiler aux entreprises américaines l’information confidentielle qui leur permettront d’enregistrer avant tout le monde les brevets et inventions piratés d’entreprises étrangères. »

Une fois de plus, la réalité dépasse la fiction.

On apprend aujourd’hui par WikiLeaks que les services secrets américains tentaient de recueillir toute information pertinente sur les pratiques commerciales françaises, sur les relations entre Paris et les institutions financières internationales ou encore sur les grands contrats étrangers impliquant la France.

À titre d’exemple, les espions américains rapportaient tout projet de plus de 200 millions$ visant la vente de biens français à l’étranger ou la participation française à des investissements internationaux.

Selon le quotidien français Libération, « Jamais la preuve d’un espionnage économique massif de la France, orchestré au plus haut niveau de l’État américain, n’avait été établie aussi clairement. »

Julian Assange, responsable de ces nouvelles révélations de WikiLeaks, faisait la manchette hier des journaux télévisés français par cette déclaration incendiaire dont on comprend aujourd’hui la portée : « Le chômage est particulièrement élevé (en France) mais il y a une raison à cela; c’est que les États-Unis jouent un sale jeu. »

Sous la plume d’Emmanuel Fansten et de Julian Assange, le quotidien Libération écrit aujourd’hui : « Sur les secteurs hautement stratégiques, cet espionnage peut aller du simple vol des plans d’étude au pillage des données technologiques confidentielles. Mais ce qui intéresse par-dessus tout la NSA, ce sont les renseignements sur des appels d’offres impliquant des entreprises américaines. Un avantage concurrentiel potentiellement désastreux pour les sociétés françaises. (…) Une structure a même été spécialement créée pour épauler les entreprises américaines dans la conquête des principaux contrats internationaux : l’Advocacy Centre, chargé de faire le lien entre le secteur privé et les services de l’Etat. »

Précisons que contrairement à ce qu’affirme Assange ci-dessus, les nouvelles révélations de WikiLeaks ne font pas la preuve du vol des plans d’étude et du pillage des données technologiques confidentielles. Les services de renseignement américains ont les moyens de le faire, ils le font très probablement, mais la preuve formelle à sujet reste à faire.

Dans une note confidentielle écrite en juillet 2008 par le chef de service investissement et politiques commerciales à la direction du Trésor français, celui-ci dresse la liste des contrats commerciaux perdus par les entreprises françaises, notamment ceux portant sur des matériels offshore, des équipements de télécommunications, des centrales à charbon ou à gaz, conçus par des entreprises françaises qui ont parfois brusquement capoté.

Il est impossible de faire un lien objectif entre la perte de ces marchés et les écoutes américaines. Toutefois la question est aujourd’hui posée : les entreprises françaises étaient-elles insuffisamment compétitives pour ces contrats ? Leurs offres technologiques étaient-elles inadéquates ? Ou est-ce que les Américains ont torpillé les offres françaises ?

Ce nouveau scandale est susceptible d’entrainer des répercussions diplomatiques importantes. Il pose notamment la question de savoir ce qui distingue un pays ami d’un pays ennemi.

Références :
Edward Snowden
La NSA a aussi pratiqué l’espionnage économique
L’espionnage économique, priorité de la NSA
L’informatique dématérialisée et l’espionnage industriel
Moscovici et Baroin écoutés sur fond d’espionnage économique
NSA : espionnage économique, le sale jeu américain

Parus depuis :
Le gouvernement néerlandais défend le chiffrement des données (2016-01-07)
Les Etats-Unis se servent du droit comme d’une arme de destruction contre l’Europe (rapport) (2019-07-01)
Alstom : la France vendue à la découpe ? (vidéo) (2019-07-08)
USA : Nos anciens alliés ? (vidéo) (2019-07-25)
États-Unis et Danemark sommés de s’expliquer sur l’espionnage d’alliés européens (2021-06-01)
Le gouvernement surveille le risque d’écoutes depuis des toits de Paris après le rachat de 600 sites de télécommunications (2022-10-24)

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| Espionnage, Géopolitique, Informatique, Sécurité | Mots-clés : | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


La rumeur meurtrière

Publié le 23 mars 2015 | Temps de lecture : 5 minutes

L’affaire Asia Bibi

De religion chrétienne, Asia Bibi est une travailleuse agricole pakistanaise d’une quarantaine d’années.

En juin 2009, en cueillant des baies de phalsa, elle suscita la colère de ses collègues musulmanes qui l’accusèrent d’avoir souillé l’eau potable qui leur était destinée, contaminée parce qu’une infidèle en aurait bu.

Ses collègues ont ensuite porté plainte à l’imam du village, accusant Mme Bibi d’avoir manqué de respect à l’égard du prophète Mahomet au cours de leur dispute (une accusation que l’accusée réfute).

Peu après, des hommes de son village se rendirent dans sa maison dans le but de la battre à mort. Elle échappa au lynchage grâce à l’intervention de la police.

Arrêtée, elle est condamnée à mort en novembre 2010. Au cours des procédures en appel, un clerc musulman a annoncé une récompense équivalente à 10 000$ pour quiconque assassinerait Asia Bibi.

L’imam du village, à l’origine de cette affaire, a déclaré que si Asia Bibi devait être ultimement innocentée ou graciée, ceux qui choisiront de rendre justice eux-mêmes auront raison.

Depuis, les deux ministres pakistanais qui lui ont témoigné de leur appui ont été assassinés respectivement en janvier 2011 et mars de cette année-là.

L’affaire est encore pendante devant les tribunaux.

L’affaire Rimsha Masih

En aout 2012, un imam pakistanais du nom de Hafiz-Mohammed Khalid-Chishti demande à un complice d’intercepter et de lui apporter un sac à ordures que transporte Rimsha Masih, une Pakistanaise chrétienne de 14 ans.

L’imam y ajoute quelques pages du Coran et la dénonce aussitôt aux autorités policières pour blasphème. Deux semaines après de début de l’enquête, un assistant du l’imam cède sous la pression et avoue le complot.

Innocentée en novembre 2012, Rimsha Masih (et sa famille) a immigré l’année suivante au Canada.

De son côté, en aout 2013, l’imam Khalid-Chishti a été libéré des accusations portées contre lui après que six des huit témoins de la poursuite aient modifié leurs versions des faits.

Le cas de Farkhunda

En Afghanistan, une Musulmane de 27 ans a été lynchée le 19 mars dernier après qu’on ait répandu à son sujet la rumeur voulant qu’elle ait brulé un exemplaire du Coran.

Récemment diplômée d’une école coranique, elle s’apprêtait à y entreprendre un poste d’enseignante.

Toutefois, en visite guidée à la mosquée du Roi des deux épées, à Kaboul, elle a déconseillé aux femmes d’y acheter des amulettes et a qualifié leurs vendeurs de parasites.

Pour se venger, ceux-ci ont répandu la rumeur selon laquelle Mme Farkhunda aurait brulé un exemplaire du Coran.

Peu de temps après, une foule presque exclusivement composée de jeunes hommes s’en est pris à elle, la hissant sur le toit incliné d’une maisonnette à un étage de laquelle elle glissa après y avoir reçu des coups. Puis, tombée au sol, elle fut violemment piétinée, rouée de coups de bâtons, lapidée, et trainée sur les berges de la rivière peu profonde qui traverse la capitale afghane où son corps fut brulé.

Le principal enquêteur dans cette affaire, le général Mohammed Zahir, a déclaré qu’il n’y avait pas l’ombre d’une preuve que la victime a détruit un exemplaire du Coran.

La télévision afghane a toutefois diffusé des images de pages brulées du Coran, trouvées à proximité de son domicile, ce qui suggère qu’on ait brulé un exemplaire du Coran afin de justifier les accusations calomnieuses portées contre elle.

Treize personnes ont été arrêtées en marge de cette affaire, dont deux vendeurs d’amulettes. Un certain nombre de policiers ont été suspendus de leurs fonctions pour s’être abstenus d’intervenir alors qu’ils étaient présents sur les lieux du crime.

Références :
Affaire Asia Bibi
Afghan protesters demand justice for woman killed by mob
Afghan woman killed by mob in Kabul was innocent, says investigator
How to commit blasphemy in Pakistan
Pakistani Christian Asia Bibi ‘has price on her head’
Rimsha Masih blasphemy case
Women break with tradition in Afghanistan to help bury ‘completely innocent’ Farkhunda who was beaten to death by Kabul mob

Parus depuis :
Afghanistan: peine de mort annulée pour les meurtriers de la jeune Farkhunda (2015-07-02)
Flawed Justice After a Mob Killed an Afghan Woman (2015-12-26)
Quashing of Asia Bibi’s blasphemy charge will not end her suffering (2018-10-31)
Man tortured and killed in Pakistan over alleged blasphemy (2021-12-03)
Local tourist killed in Pakistan’s Swat over blasphemy allegations (2024-06-21)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Terrorisme : le manque de jugement du premier Ministre du Québec

Publié le 14 février 2015 | Temps de lecture : 6 minutes

Introduction

À la fin du mois dernier, M. Couillard déclarait que l’intégrisme religieux était un choix personnel, digne de respect.

Le premier ministre a aussi plaidé en faveur des liens qui unissent le Québec aux pays qui bafouent les droits de la personne en général et ceux des femmes en particulier. « Il faut maintenir ces liens parce que la plus certaine façon de les rendre encore plus radicaux et éloignés de nos valeurs, c’est de les maintenir dans l’isolement. »

Donnons à M. Couillard le bénéfice du doute et présumons qu’il parlait des liens diplomatiques. De plus, supposons qu’il ne voulait pas vraiment dire qu’on doive éviter de critiquer les pays qui bafouent les droits des femmes, contrairement à ce que sa déclaration suggère.

Pour couronner le tout, il y a quelques jours, M. Couillard a indiqué que son gouvernement s’attaquerait non pas à l’intégrisme mais plutôt au radicalisme dont le meilleur exemple, selon lui, est l’option indépendantiste du Parti québécois.

Pauvre monsieur Couillard.

Le radicalisme politique violent

En 2012, l’attentat au Métropolis a été perpétré par un terroriste fédéraliste. Cet attentat a fait un mort et un blessé grave.

En 1984, la tuerie à l’Assemblée nationale du Québec a été perpétrée par un terroriste fédéraliste. Il a fait trois morts et treize blessés.

En 1970, des terroristes indépendantistes — le Front de libération du Québec — ont fait un mort.

Peu importe les efforts que M. Couillard tentera pour nous convaincre que ses adversaires politiques représentent un danger sécuritaire, le bilan du radicalisme politique au Québec est simple : depuis quarante ans, les terroristes fédéralistes ont tué quatre fois plus de personnes que les terroristes indépendantistes.

Cette utilisation de la peur par M. Couillard et cette déformation grossière des faits à des fins bassement partisanes sont indignes de sa fonction de chef d’État.

Coran et Charia

Ce qui distingue le Musulman « ordinaire » de l’intégriste islamique, c’est que le premier croit au Coran alors que le second respecte lui aussi le Coran, mais désire l’application intégrale de la Charia (un recueil de loi islamique datant des premiers siècles de l’Islam).

Cette distinction est fondamentale. Le Musulman « ordinaire » ne représente aucun danger sécuritaire. Contrairement aux idées reçues, le Coran ne prévoit aucune punition terrestre ni pour le blasphème ni pour l’apostasie.

C’est la Charia qui prévoit la peine de mort pour l’un et l’autre. De plus, ce sont les intégristes qui se croient investis de la Mission Divine de punir eux-mêmes les blasphémateurs et les apostats en les assassinant.

Le temps que M. Couillard et ses stratèges prennent à tenter de démoniser leurs adversaires politiques est du temps perdu. Ce temps perdu retarde le moment où son gouvernement se consacrera aux « vraies affaires », soit le radicalisme religieux saoudien, le mieux organisé et le mieux financé de tous.

Face à la montée de l’intolérance à l’égard des Musulmans d’ici, il est du devoir du premier Ministre d’affronter les préjugés en disant et en répétant à satiété que croire à la Bible juive, aux Saints Évangiles chrétiens ou au Coran, c’est pareil aux yeux de l’État; cela n’est pas identique, mais cela revient au même. Voilà ce que M. Couillard doit dire aux Québécois.

De plus, une mosquée, ce n’est rien d’autre qu’un local. Ce local n’est pas dangereux. Ce qui pourrait être dangereux, c’est ce qu’on prêche dans ce local.

Si on y prêche le Coran, pas de problème. Par contre, si on y prêche le respect scrupuleux de la Charia, on y promeut des croyances arriérées contraires aux valeurs québécoises. Voilà ce que M. Couillard doit dire.

Malheureusement, son refus de condamner l’intégrisme musulman et son refus d’utiliser ses bonnes relations personnelles avec le régime saoudien afin d’obtenir la libération inconditionnelle de Raïf Badawi, l’ont rendu suspect à beaucoup de Québécois et lui ont fait perdre l’autorité morale dont il a besoin pour calmer les esprits.

On ne peut pas maintenir la paix sociale au Québec, en laissant se répandre les préjugés, la suspicion, voire même la haine, à l’égard de citoyens respectables.

De plus, il est futile d’essayer d’empêcher des croyants de se réunir pour prier; cela est de la persécution religieuse.

L’islamophobie qui s’est emparée récemment du Québec est une honte. Et j’accuse publiquement M. Couillard d’en être partiellement responsable en s’abstenant de rassurer les Québécois.

Ce dernier n’a pas su faire preuve de leadership en défendant des citoyens au-dessus de tout soupçon accusés injustement. Ce que M. Couillard défend depuis le début, ce sont les intégristes alors qu’il laisse les Musulmans qui partagent nos valeurs en proie aux préjugés et à la suspicion.

Je ne comprends pas comment un parti politique responsable du Printemps érable et — par son immobilisme — de la montée de l’intolérance religieuse, puisse accuser ses adversaires d’aimer la chicane. Au contraire, le parti de la chicane, c’est le Parti libéral du Québec.

Depuis le début, M. Couillard fait preuve d’un grossier manque de jugement. Nous savons tous que des intérêts saoudiens sont au coeur du financement du terrorisme international. C’est peine perdue de tenter de nous convaincre que les intégristes saoudiens sont nos amis. Ils ne le sont pas.

Lorsqu’on sait que l’Arabie saoudite n’a même pas de constitution et que la Charia y fait office de code pénal, il est clair que tout dans nos valeurs s’oppose à l’obscurantisme de la dictature monarchique de ce pays.

De plus, confier implicitement la lutte à l’intégrisme aux municipalités du Québec, c’est abdiquer de ses responsabilités. C’est laisser l’esprit de clocher décider des enjeux sociaux du Québec.

M. Couillard doit se ressaisir, cesser les petites manigances idéologiques et se comporter en chef d’État.

Références :
L’Arabie saoudite et le financement d’Al-Qaida
L’intégrisme est un choix personnel, juge le premier ministre
Radicalisme: Péladeau et Drainville dénoncent les propos de Couillard
Sécurité: Couillard se fait rassurant

Paru depuis : Le Forum musulman affirme que les musulmans sont instrumentalisés (2015-02-20)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La révocation du passeport des djihadistes canadiens

Publié le 5 février 2015 | Temps de lecture : 3 minutes

Le 30 janvier dernier, le gouvernement canadien annonçait le projet de loi C-51, destiné à instaurer un certain nombre de mesures antiterroristes. Celles-ci rejoignent parfaitement celles que je proposais douze jours plus tôt.

Aujourd’hui, j’aimerais proposer une mesure supplémentaire. Il s’agit de donner aux services de renseignement le pouvoir de révoquer le passeport des citoyens canadiens lorsqu’ils ont des raisons de croire que ces citoyens sont partis à l’étranger combattre en faveur d’organisations terroristes.

Précisons qu’il n’est pas question ici de révoquer la citoyenneté canadienne des présumés djihadistes — ce qui en ferait des apatrides — mais simplement leur passeport. Ce dernier n’est qu’un document administratif qui atteste de leur citoyenneté. Ce n’est pas la citoyenneté elle-même.

En se présentant au comptoir de sa compagnie aérienne ou à un poste frontalier, la personne concernée apprend que le passeport qu’elle détient n’est plus valide : elle doit donc en obtenir un nouveau auprès du consulat ou de l’ambassade la plus proche.

Si cette personne a réussi à se rendre jusqu’au contrôle frontalier d’un aéroport canadien, elle est déportée dans le pays d’où elle vient jusqu’à ce qu’elle normalise sa situation.

Si cette personne possède une double citoyenneté, elle peut rentrer au pays sous cette autre citoyenneté mais son séjour au pays devient limité à quelques mois et, possiblement, conditionnel à l’obtention d’un visa.

De manière générale, dans le but d’obtenir un passeport, il y a deux procédures; la procédure standard (qui prend de dix à vingt jours) et le service urgent (qui prend 24h si on accepte de payer des frais supplémentaires de 100$, ou de deux à neuf jours si on paie 50$).

On n’a pas besoin de justifier pourquoi on recourt au service expresss : il suffit de payer.

En demandant un nouveau passeport, la personne soupçonnée d’être djihadiste devra se soumettre à un interrogatoire des services des renseignements. Aucun passeport ne lui sera délivré sans cet interrogatoire, d’une durée maximale d’une journée.

Si le requérant répond aux questions de manière satisfaisante, le passeport lui sera délivré comme il le serait à n’importe quel autre demandeur.

Par opposition, si le requérant ne répond pas d’une manière jugée satisfaisante, la délivrance du passeport sera conditionnelle à l’acceptation de porter un bracelet électronique. Ce bracelet devra être porté tant et aussi longtemps que les services de renseignement canadien le jugeront approprié.

Évidemment, une fois au pays, la personne concernée pourra s’adresser aux tribunaux civils afin de faire lever toute entrave à sa liberté.

Références
Dépôt d’un projet de loi antiterroriste qui ratisse large
La tuerie de Charlie Hebdo : les lacunes du renseignement (4e partie)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La tuerie de Charlie Hebdo : les lacunes du renseignement (4e partie)

Publié le 19 janvier 2015 | Temps de lecture : 11 minutes

Longtemps encouragé et financé par différents pays (dont les États-Unis), le terrorisme est devenu une préoccupation des pays occidentaux quand ils sont eux-mêmes devenus les cibles d’attentats terroristes.

Depuis les événements du 11 septembre 2001, on a fait appel aux talents de milliers d’experts pour améliorer les systèmes en place. Après toute attaque réussie (comme celle de Charlie Hebdo), les gouvernements déplorent les failles à la sécurité des organismes responsables et s’engagent à leur accorder plus de pouvoirs et de nouveaux moyens.

Et comme personne n’a le monopole des bonnes idées, les gouvernements, à juste titre, s’inspirent les uns des autres.

Si bien que depuis une décennie, on accumule couche par dessus couche de protection. Même quand ces mesures sont limitées dans le temps (comme le Patriot Act américain), ces mesures sont reconduites automatiquement. Plutôt que de courir le risque d’être accusés d’avoir placé le pays en état de vulnérabilité, les parlementaires préfèrent maintenir les dispositifs déjà en place, tout en les renforçant constamment.

Ces mesures se divisent en deux groupes : la surveillance planétaire et les mesures ciblées.

La surveillance planétaire

Avant même les attentats de 2001, les gouvernements des pays anglo-saxons — les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande — avaient mis sur pied un vaste réseau d’espionnage qui filtrait tous les courriels, textes, et conversations téléphoniques de la planète. De plus, grâce au géolocaliseur des téléphones multifonctionnels, on était en mesure d’épier tous les déplacements de leurs propriétaires.

Évidemment, il n’a jamais été question d’écouter chacun de milliards d’appels téléphoniques, ni de lire tous les documents expédiés par voie électronique. Cela nécessiterait des ressources humaines qu’aucun pays ne peut se permettre.

Ce qu’on a développé, ce sont des logiciels de reconnaissance vocale et de recherche textuelle dont le rôle est de déceler l’utilisation de mots suspects. La liste de ces mots-clés est évidemment secrète. Mais ce qu’on peut présumer, c’est que ce réseau indique comme inquiétants les messages qui ont une teneur particulièrement élevée de mots ou de verbes apparaissant sur cette liste.

Puis, une fois ces messages inquiétants découverts, on place sur surveillance particulière leurs expéditeurs et leurs récipiendaires, présumés potentiels comploteurs.

Ce réseau d’espionnage n’a été conçu spécifiquement comme mesure antiterroriste. Il sert donc également à l’espionnage conventionnel. C’est ainsi que les États-Unis ont espionné attentivement les appels de la chancelière allemande et de ses conseillers.

Selon Wikipédia, les données recueillies par ce réseau sur le territoire américain sont partagées avec l’Agence de lutte contre la drogue, le ministère du Revenu, ainsi qu’avec d’autres agences chargées de faire respecter la loi.

On peut donc présumer qu’il serait imprudent pour les ingénieurs de Bombardier ou de Dassault Aviation d’expédier des devis techniques par voie électronique puisqu’il est certain que ces documents ultra-secrets se retrouveraient chez leurs concurrents américains de la même manière que les États-Unis ont toujours aidé leurs industriels à découvrir les secrets de leurs concurrents étrangers.

Le problème majeur avec la surveillance planétaire, c’est qu’elle génère une somme de renseignements colossale qu’on n’arrive pas à traiter.

Afin de découvrir les liens qui unissent différentes personnes sur lesquelles ne pesait aucun soupçon, dans une seule journée de 2012, on a ramassé les données des carnets d’adresses électroniques de 22 881 comptes Gmail, 82 857 comptes Facebook, 105 068 comptes Hotmail et 444 742 comptes Yahoo.

Même s’il n’est pas exclu que la minuscule partie qu’on parvient à analyser donne un jour accidentellement des résultats, il ne semble pas qu’un seul complot ait été déjoué jusqu’ici par ce moyen. Ce qui pose la question de l’allocation des ressources.

Les mesures ciblées

La torture

Pendant des années, l’administration Busch a justifié l’utilisation de la torture au nom de la protection des vies américaines.

L’analyse minutieuse des informations obtenues sous la torture n’a trouvé aucune preuve indiquant que ces interrogatoires ont permis de déjouer des complots imminents. Après avoir épluché près de six millions de documents fournis par la CIA, les enquêteurs du Sénat américain n’ont découvert aucun cas d’information inédite ayant permis de sauver des vies américaines et ce, en dépit de méthodes qui ont laissé certains détenus dans un état suicidaire et en proie à des hallucinations.

L’analyse des listes de passagers des vols aériens

Aucun avion ne peut décoller d’un aéroport occidental ou à destination de nos pays sans que la compagnie aérienne ait au préalable divulgué la liste des passagers et que les services de renseignement aient eu le temps de vérifier qu’aucun passager n’est interdit de vol.

Cette mesure simple a fait en sorte qu’aucune organisation terroriste n’a été capable de perpétrer le moindre attentat terroriste par voie aérienne depuis 2001.

Dans les transports en commun, les seuls attentats survenus depuis ont été par train (Madrid en 2004), puis dans le métro et dans un autobus londoniens en 2005, parce que toujours aussi vulnérables.

L’isolement des terroristes en prison

À l’exemple de la France, le gouvernement canadien compte exiger l’isolement carcéral individuel des personnes accusées ou condamnées pour terrorisme. Voilà une excellente mesure.

La guerre cybernétique

Si la Chine est capable d’ériger un coupe-feu qui isole sa population de la propagande occidentale, comment se fait-il que nous gouvernements soient incapables de faire de même à l’égard de la propagande djihadiste ?

De plus, les services de renseignements devraient scruter l’internet à la recherche des sites djihadistes. Ces sites devraient être rendus inopérants sur-le-champ : se contenter de surveiller ceux qui y ont accès est ridicule. Veut-on combattre le terrorisme, oui ou non ?

La surveillance de suspects

Toutes les personnes soupçonnées d’avoir combattu au sein des milices de l’État islamique sont sur surveillance policière.

Si cette surveillance a échoué à prévenir la tuerie de Charlie Hebdo et l’incendie du Hamburger Morgenpost cinq jours plus tard, elle semble avoir réussie en Belgique vendredi dernier par l’arrestation de trois comploteurs rentrés depuis peu de Syrie et qui préparaient un attentat imminent dans ce pays.

Une surveillance ciblée semble également avoir déjoué des projets d’attentats au Canada en 2006 et en 2013, de même que quatre ou cinq complots en Grande-Bretagne en 2014.

Il y a cinq ans, sur ce blogue, je me suis prononcé pour l’interdiction du port du masque en public (sauf pour des raisons climatiques ou médicales). Toute personne masquée devrait faire l’objet d’un contrôle d’identité.

Aujourd’hui, j’irais plus loin.

Une des caractéristiques vestimentaires des familles musulmanes intégristes, c’est que leurs femmes portent presque toujours le voile musulman intégral (celui qui couvre tout sauf les yeux). En dépit du proverbe voulant que l’habit ne fasse pas le moine, je dis plutôt que lorsque quelque chose a l’air d’un poisson, s’il sent le poisson et qu’il goûte le poisson, c’est probablement parce que c’est un poisson.

Cela ne veut pas dire qu’on doive présumer que tous les conjoints ou tous les fils d’une femme voilée intégralement sont des terroristes. Cela veut dire que le risque qu’ils le soient est considérablement plus élevé que dans la population en général.

Portaient le voile intégral, les femmes d’Oussama ben Laden, la soeur de Farid Benyettou, l’épouse en fuite d’Amedy Coulibaly, la mère et les soeurs d’Omar Khadr, entre autres.

De plus, toutes ces femmes appartiennent à des familles musulmanes de confession sunnite. Les épouses ou les mères des terroristes qui frappent les pays européens ou nord-américains ne sont jamais musulmanes de confession chiite. Tout simplement parce que le terrorisme international est financé principalement par l’Arabie saoudite, terre religieuse des Sunnites.

Par crainte d’être accusé de discrimination ou de persécution religieuse, aucun pays au monde ne possède de registre où sont inscrits tous les membres d’un clan familial sunnite où vit au moins une femme voilée intégralement.

Pourtant, au lieu de se diluer leurs ressources à espionner l’Humanité tout entière, les services de renseignements seraient mieux avisés de cibler ce qui est évident aux yeux de tous.

Mais qu’est-ce qui nous dit que les services de renseignements ne le font pas déjà ? Sont-ils obligés de tout nous dire ?

Pour être efficace, un tel registre doit être exhaustif. Et pour l’être, il ne peut être constitué que par des forces policières qui ont le pouvoir de demander l’identité à toute personne masquée sur la voie publique. Or ce pouvoir habilitant n’existe pas.

Disponibilité

Au moment où ces lignes sont écrites, le site Web du Service canadien du renseignement ne donne que le téléphone et le télécopieur comme moyens d’entrer en contact avec eux; aucune adresse électronique n’est précisée. Cela est un obstacle pour tout citoyen qui aimerait signaler l’adresse internet d’un site djihadiste.

Testé il y a quelques instants, le réceptionniste du bureau montréalais répond immédiatement lorsqu’un appel y est logé. Une telle disponibilité est excellente.

Conclusion

La lutte contre le terrorisme doit être axée sur la prévention et la surveillance. Si on en juge par les résultats, les efforts déployés sont nettement insuffisants. Or ce n’est pas une question de budget, mais de stratégie.

À juste titre, on isolera bientôt les prisonniers djihadistes en milieu carcéral. Mais la propagande haineuse des milieux terroristes circule encore trop facilement. À titre d’exemple, il est inconcevable que les milices de l’État islamique puissent recruter nos jeunes sur l’Internet.

De plus, la prévention passe également vers la revision de notre politique extérieure afin de tenir compte de la montée en puissance du ressentiment que cette politique crée et des dangers qu’elle fait subir à la population canadienne.

Quant aux services de renseignement, ils devraient cibler davantage les milieux fondamentalistes sunnites et cesser de disperser leurs énergies en épiant tout et n’importe quoi.

Références :
Attentats de Londres du 7 juillet 2005
Attentats de Madrid du 11 mars 2004
Belgique : deux djihadistes tués lors d’une opération antiterroriste
Caricatures de Charlie Hebdo: incendie criminel dans un journal allemand
Complot terroriste au Canada en 2006
Edward Snowden
Espionnage de la NSA: Merkel, addicte des portables… non sécurisés
Isoler les islamistes en prison : Ottawa songe à imiter la France
La police britannique dit avoir déjoué «4 ou 5» attentats cette année
L’Arabie saoudite et le financement d’Al-Qaida
Profilage = efficacité
Projet d’attentats contre VIA Rail Canada de 2013
La torture par les États-Unis : un crime de guerre impuni
Surveillance globale

Parus depuis :
La radicalisation à la «mode» dans les prisons françaises (2015-01-24)
L’« infobésité » des services secrets britanniques (2016-06-08)
Le millefeuille de l’antiterrorisme français (2016-07-06)
« Contre le terrorisme, la machine législative est devenue folle » (2016-08-13)
Programme Hemisphere: des Canadiens surveillés de manière détournée? (2018-01-23)
L’alliance des Five Eyes veut des voies d’accès dans les applications cryptées (2020-10-11)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La tuerie de Charlie Hebdo : les lacunes du renseignement (3e partie)

Publié le 17 janvier 2015 | Temps de lecture : 8 minutes

De la fin de la Deuxième Guerre mondiale jusqu’à l’effondrement du mur de Berlin, le monde se divisait en deux clans hostiles; les Communistes et le monde libre.

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, nous sommes entrés dans un autre monde bipolaire; les terroristes et nous.

Tous les services de renseignement s’emploient à les différencier. Mais se peut-il qu’on ne naisse pas terroriste ? Et si on le devient, comment empêcher cette radicalisation ?

La plus grande menace terroriste qui plane actuellement sur les pays occidentaux est celle des milieux intégristes musulmans, mieux organisée et mieux financée que toute autre.

Si l’exclusion sociale prédispose à la criminalité, elle ne semble pas avoir grand importance dans la genèse du terrorisme, en dépit de ce que terrorisme en Europe semble suggérer.

Comme nous l’avons vu dans le second volet de cette trilogie, cette genèse nécessite seulement la rencontre de deux pré requis : un élément déclencheur et l’exposition à des idées radicales.

Si on devait enquêter auprès de chaque terroriste afin de savoir quel a été, dans son cas, cet élément déclencheur qui l’a bouleversé et rendu réceptif à une idéologie extrémiste violente, on obtiendrait sans doute autant de réponses qu’il aura de répondants.

Dans tous les cas où ce déclencheur est connu, il fait partie du contentieux déjà connu entre Musulmans et pays occidentaux. Ce contentieux s’articule autour de deux pôles : le conflit israélo-palestinien et la multiplication des guerres suscitées par les pays occidentaux dans des pays musulmans.

La guerre coloniale qu’Israël livre en Palestine

Tous les prétextes sont bons pour déposséder les Palestiniens de leurs terres, pour détruire leurs sources de revenus, pour massacrer ceux d’entre eux qui se révoltent, et pour implanter des colonies juives.

Fondamentalement, les dirigeants israéliens font aujourd’hui ce que les autorités britanniques ont fait pour affamer, puis décimer les peuples autochtones de l’Amérique du Nord afin de peupler leur territoire de braves pionniers européens.

Les 16 et 17 septembre 1982, alors que les camps palestiniens de Sabra et Chatila au Liban sont encerclés par l’armée israélienne et que la population y avait été désarmée, l’armée israélienne laisse entrer les milices chrétiennes qui y tueront hommes, femmes et enfants pendant deux jours. Le massacre fit entre 800 et 3 500 victimes. Ce carnage suscita une indignation généralisée, même en Israël.

À travers le monde, la population palestinienne est estimée à environ 11 millions de personnes, dont 3,7 millions en Palestine. On comprend donc l’importance de ce massacre pour ce peuple.

Au cours de la Seconde intifada, les soldats israéliens tiraient des balles réelles sur des adolescents arabes qui leur lançaient des pierres. De plus, l’armée israélienne postait des tanks devant les hôpitaux bombardés, tanks qui avaient pour mission de tirer sur les ambulances qui y apportaient des blessés.

Depuis quelques années, le gouvernement canadien est devenu l’allié inconditionnel d’Israël, contrairement au gouvernement américain qui exprime régulièrement des réserves précisément au sujet de cette politique coloniale.

Le Canada endosse totalement les politiques israéliennes en territoires occupés. Notre pays considère que les Palestiniens doivent éviter toute violence et accepter passivement la dépossession dont ils sont l’objet, comme les autochtones canadiens, idéalement, auraient dû le faire quand le colonisateur britannique les a confinés à des réserves indiennes.

Évidemment le zèle canadien expose notre pays (ses représentants et la population qui les porte au pouvoir), au ressentiment de ceux qui sont opposés violemment à cette politique coloniale.

La politique extérieure du gouvernement Harper augmente donc les risques que des attentats terroristes soient commis au pays.

La prévention du terrorisme au pays passe donc vers une révision de notre politique extérieure afin de la purger de ses éléments extrémistes et inutilement provocants.

Ceci étant dit, on aurait bien tort de croire qu’il suffirait d’adopter une politique extérieure rose-bonbon pour nous soustraire à la menace terroriste. Afin d’attirer du financement, les groupes terroristes ont besoin de réussir leurs attentats quelque part, n’importe où.

Les guerres suscitées en pays musulmans

La guerre du Golfe (1990-1991)

D’aout 1990 à février 1991, les États-Unis ont mené une coalition de 34 pays afin de délivrer un pays arabe, le Koweït, envahi par un pays voisin, l’Irak. Cette guerre justifiée par le Droit international a fait 1 100 morts et à peu près autant de blessés.

La guerre d’Afghanistan (2001-2014)

Les attentats du 11 septembre 2001 à New York étaient implicitement une déclaration de guerre contre les États-Unis. Leur réaction — la guerre d’Afghanistan — se justifiait donc par la légitime défense.

Dans un premier temps, les États-Unis se sont contentés de fournir une aide logistique aux rebelles Afghans (l’Armée du Nord) afin qu’ils chassent les Talibans du pouvoir.

Puis, à la demande des nouveaux dirigeants du pays, les pays occidentaux ont occupé l’Afghanistan.

Selon Wikipedia, cette guerre et cette occupation étrangère se sont soldées par la mort de plus de 20 000 personnes parmi la population civile.

La guerre d’Irak (depuis 2003)

La Guerre d’Irak et l’occupation militaire qui a suivi avaient pour but de libérer le pétrole irakien de l’embargo international dont il était l’objet et lui permettre d’être écoulé librement sur les marchés mondiaux afin d’en abaisser le prix.

Le décompte des pertes civiles en Irak varie selon les études. Il serait compris entre 100 000 et 1 450 000 morts.

La guerre civile libyenne (depuis 2011)

À l’occasion du Printemps arabe, divers soulèvements ont éclaté en Libye. Les pays membres de l’OTAN ont armé les rebelles et ont procédé au bombardement des défenses gouvernementales libyennes.

Après la chute du dictateur libyen, les mercenaires étrangers qui ont participé à ce renversement sont repartis avec leurs armes. Certaines de ces milices se sont mises depuis au service d’Al-Qaida au Sahel.

La guerre civile syrienne (depuis 2011)

Après avoir soutenu et armé les rebelles jugés modérés au régime de Bachar el-Assad, les États-Unis ont assisté, impuissants, à la montée en force des milices radicales de l’État islamique.

Celles-ci ont profité du vide créé par l’effondrement de l’état syrien pour créer une vaste zone de chaos et de violence en Syrie et en Irak.

Selon Wikipédia, le nombre de morts reliés à la guerre civile syrienne serait de l’ordre de 100 000 à 130 000.

La mondialisation du chaos

Le développement des moyens de transport a favorisé les échanges transfrontaliers. De nos jours, les appareils photo et les caméras captent des images prêtes immédiatement à être diffusées à travers le monde. Grâce à l’internet, textes et photos voyagent à la vitesse de la lumière.

Mais la mondialisation du commerce et de la finance s’est accompagnée de la confrontation d’idées et de cultures très différentes, voire opposées, qui s’ignoraient jusqu’ici en raison de l’éloignement.

Dans un premier temps, les gouvernements occidentaux ont puisé dans cette somme colossale d’information pour prouver leur supériorité morale et justifier la mission civilisatrice de leurs interventions militaires à l’étranger.

En semant la guerre et la désolation, les pays occidentaux ont favorisé les contrats d’armements au bénéfice de leur industrie militaire. Dans les pays atteints et les pays voisins, ils ont favorisé la fuite des capitaux et celle des cerveaux à leur avantage.

En contrepartie, ils ont favorisé l’émergence de dizaines de milliers de guerriers dont la seule expertise est dans l’art de piller, de violer et de détruire.

Ces barbares vivent à quelques heures de route d’Europe et à une dizaine d’heures de vol d’Amérique. Leurs idées sont à quelques millisecondes des ordinateurs de nos adolescents.

Selon un adage, celui qui sème le vent récolte la tempête. Il peut donc sembler naïf de penser qu’on peut semer la mort et la désolation sans susciter la haine et le désir de revanche.

C’est pourtant ce phénomène auquel nous assistons. Mais puisque nos gouvernements ne sont pas prêts à modifier leur politique étrangère prédatrice à l’égard des pays musulmans producteurs de pétrole, ils en sont réduits à essayer de contenir le mal qu’ils ont créé.

Dans le dernier texte de cette série, nos passerons en revue les moyens de lutte défensive contre le terrorisme.

Références :
Armée syrienne libre
Deuxième guerre civile libyenne
Guerre civile syrienne
Guerre d’Afghanistan (2001-2014)
Guerre d’Irak
Guerre du Golfe
La guerre en Irak ou l’aveuglement collectif américain
La mission canadienne en Afghanistan ou la perpétuation de coutumes arriérées
Le décès d’Ariel Sharon, criminel de guerre
Loi sur les Indiens
Mouammar Kadhafi
Première guerre civile libyenne
Syrie : la Turquie et les Etats-Unis à la rescousse de Kobané

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La tuerie de Charlie Hebdo : les lacunes du renseignement (2e partie)

Publié le 13 janvier 2015 | Temps de lecture : 7 minutes

Les attentats canadiens

Le deuxième texte de cette série passe en revue les divers attentats dont les Canadiens ont été victimes.

En raison de l’éloignement géographique du pays des zones de conflits armés à travers le monde, les attentats en Amérique du Nord se distinguent de ceux commis ailleurs.

Cette spécificité, loin de nuire à la compréhension du terrorisme, permet de le voir dans une perspective plus large.

La plus grave attaque terroriste de l’histoire du Canada a été l’explosion en 1985 d’un avion d’Air India en partance de Montréal.

Cet attentat a tué 320 passagers, dont 268 Canadiens (parmi lesquels se trouvait le pharmacien Gaston Beauchesne de la ville de Hull).

Les auteurs étaient des Canadiens de religion sikhe qui voulaient venger l’attaque menée par le gouvernement indien contre le Temple d’Or d’Amritsar, en juin 1984.

Les services de renseignement canadiens avaient été prévenus (notamment par le FBI) que la compagnie aérienne Air India devrait faire l’objet d’attentats à la bombe pour marquer le premier anniversaire de l’attaque du Temple d’Or. Pour cette raison, les services de renseignement canadiens avaient placé les comploteurs (qu’ils connaissaient) sous écoute électronique.

Mais on s’est contenté d’accumuler passivement des renseignements, laissant ainsi les comploteurs mener à terme leur projet.

Après l’attentat, en juin 1985, les dirigeants du service de renseignement ont donné l’ordre de détruire la majorité des données qu’ils possédaient afin de supprimer par le fait même l’évidence de leur incompétence. Pour cette raison, les principaux comploteurs accusés ont été innocentés par les tribunaux, pour insuffisance de preuve.

Les autres attentats canadiens et leurs motifs sont les suivants :
• ceux du Front de libération du Québec, dans les années 1960, prônant l’indépendance du Québec, (deux otages, dont un mort)
• la tuerie à l’Assemblée nationale du Québec, en mai 1984, visant à tuer les députés du Parti québécois (trois morts et treize blessés)
• la tuerie à Polytechnique de Montréal, le 6 décembre 1989, par haine du féminisme (14 mortes et 14 blessés)
• les divers attentats contre des médecins pratiquant l’avortement dans des provinces canadiennes-anglaises, dans les années 1990, dont plusieurs commis par un terroriste catholique américain (trois blessés)
• la tuerie de l’Université Concordia, en 1992, causée par la paranoïa d’un professeur (quatre morts et une blessée)
• la fusillade au Collège Dawson, en 2006, motivée croit-on par un comportement antisocial extrême (deux morts et 19 blessés)
• l’attentat du Métropolis, en 2012, destiné à tuer la nouvelle Première ministre et ses sympathisants, perpétré au nom du réveil des Anglo-Québécois (un mort et un blessé)
• l’attaque en voiture, le 20 octobre 2014, contre deux militaires à St-Jean-sur-Richelieu, conduite par pratiquant musulman radical déjà sous surveillance par les services de renseignement (deux morts, dont le terroriste, et un blessé)
• la fusillade du 22 octobre 2014 à Ottawa, causée par un pratiquant musulman radical auquel le passeport avait été confisqué par les autorités (trois morts, dont le terroriste).

En dépit de l’écoute électronique des comploteurs sikhs, de l’infiltration des milieux indépendantistes dans les années 1960, et de la surveillance ciblée des auteurs des attentats récents à St-Jean-sur-Richelieu et à Ottawa, aucun des attentats ci-dessus n’a été prévenu.

Même lorsque les services de renseignements savent qu’une personne veut commettre un attentat terroriste, la difficulté principale vient du fait que l’intention coupable présumée n’est pas un crime.

En absence de délit, on peut empêcher un terroriste étranger d’entrer au pays mais on ne peut pas arrêter et emprisonner à perpétuité un citoyen canadien sur la présomption de ses intentions.

Le seul moyen d’empêcher un attentat perpétré par un citoyen du pays est de l’arrêter au moment précis où il est sur le point de passer à l’acte.

Cela est apparemment très simple dans les séries télévisées et les films hollywoodiens. Dans les faits, c’est autre chose, autant au Canada qu’en France (où les auteurs des attentats récents étaient également connus pour leur dangerosité).

Analyse des causes

Comme on vient de le voir, il est faux de croire que les attentats terroristes sont l’apanage des fondamentalistes musulmans puisque le pire cas canadien est l’oeuvre de Sikhs et que la majorité des autres cas ne concernent pas des Musulmans.

Ce n’est pas non plus le résultat d’un conflit entre classes sociales. Osama Ben Laden appartient à une riche famille d’entrepreneurs saoudiens. Les cas canadiens comprennent des hommes d’affaires (Air India, Métropolis), un universitaire (Concordia), un militaire (Assemblée nationale du Québec) et des personnes occupant différents métiers.

Si la maladie mentale est à la source des attentats de Concordia et de Dawson, elle n’est pas en cause dans la majorité des autres cas.

Ce qui est commun, c’est le discours haineux. Tous ces gens, ont été choqués par un ou plusieurs incidents qui les ont rendus vulnérables à la radicalisation de leurs idées.

Ainsi la communauté sikhe du Canada a été scandalisée par l’assaut indien contre un temple sacré dans lequel des insurgés sikhs s’étaient retranchés.

C’est le cas des terroristes antiavortement, influencés par la propagande violente et l’intolérance de la Droite américaine, qui n’hésite pas à comparer les médecins avorteurs à des tueurs en série qui pratiquent leurs homicides en toute impunité.

Longtemps financé par les États-Unis, Osama Ben Laden leur est devenu hostile lorsque ce pays a établi une base militaire en Arabie saoudite. Selon lui, il était inacceptable que des soldats impies foulent le sol sacré de l’Islam.

Chez les auteurs parisiens de l’attentat à Charlie Hebdo, les humiliations infligées aux détenus musulmans par des militaires américains à la prison d’Abou Ghraib ont servi de déclencheur à leur radicalisation entre 2003 et le début de 2005.

Dans les années 1960, la rhétorique gauchisante qui dramatisait les humiliations dont étaient victimes les Québécois francophones a très certainement été à la cause de la naissance du Front de libération du Québec.

De manière analogue, la propagande haineuse publiée par les médias canadiens-anglais contre les gouvernements indépendantistes du Québec explique probablement les attentats terroristes à l’Assemblée nationale du Québec et au Métropolis.

Ce qu’il faut donc retenir, c’est deux prérequis indispensables dans tous les cas autres que la maladie mentale; un élément déclencheur et l’exposition à des idées radicales. L’un sans l’autre n’est pas suffisant.

Dans le cas de l’auteur de l’attaque à St-Jean-sur-Richelieu, on ne saura jamais ce qui fut son élément déclencheur : on sait seulement qu’il fréquentait la mosquée al-Imane, où l’intégrisme musulman sunnite est prêché à une poignée de fidèles.

Dans le dernier texte de cette série, nous verrons les pistes de solution.

Références :
Anti-abortion violence
Attentat du Métropolis
Front de libération du Québec
Fusillade au collège Dawson
Fusillade du 8 mai 1984 à l’hôtel du Parlement du Québec
Fusillade du 22 octobre 2014 à Ottawa
James Charles Kopp
Tuerie de l’École polytechnique de Montréal
Massacre annoncé
Rouleau était surveillé par la GRC et le renseignement canadien
Scandale d’Abou Ghraib
Tuerie de l’Université Concordia
Un imam controversé à Saint-Jean-sur-Richelieu
Vol 182 Air India

Paru depuis :
Le terrorisme et l’extrémisme violent au Canada (2018-05-20)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La tuerie de Charlie Hebdo : les lacunes du renseignement (1re partie)

Publié le 12 janvier 2015 | Temps de lecture : 5 minutes

La première partie de ce texte vise à démontrer que les auteurs des attentats de la semaine dernière à Paris étaient bien connus des services de renseignements et qu’ils avaient même fait l’objet de condamnations par les tribunaux civils pour leur association avec des groupements terroristes.

Le texte débute par la présentation d’une personne qui n’a joué aucun rôle dans les attentats eux-mêmes, mais qui est à l’origine de la radicalisation de deux des trois terroristes impliqués dans cette affaire. Son cas est relaté ici puisqu’il servira à l’examen des causes et solutions à cette radicalisation.

Farid Benyettou

À 16 ans, Farid Benyettou habite chez sa soeur. Celle-ci vit également avec son époux — un Algérien intégriste relié à Al-Qaida au Maghreb islamique — qui sera expulsé l’année suivante vers l’Algérie pour avoir projeté de perpétrer des attentats pendant la Coupe du monde en France.

En 2003, Farid Benyettou est préposé d’entretien le jour et imam autoproclamé le soir.

C’est dans la mosquée parisienne d’Adda’wa (aujourd’hui détruite) qu’il recrute des jeunes dans le but d’aller combattre les soldats occidentaux auprès d’Al-Qaida en Irak.

Emprisonné en 2005 sous l’accusation d’être associé à des malfaiteurs en vue de préparer des actes terroristes, il est condamné en mars 2008 à six ans fermes de prison en tant qu’organisateur principal de cette filière djihadiste. Il a été libéré en 2011, soit six ans après le début de sa détention provisoire.

Âgé aujourd’hui de 33 ans, il est étudiant infirmier, diplômable en mars 2015, sans toutefois avoir de possibilité de travailler dans le secteur public en raison de son casier judiciaire.

Les frères Kouachi

En 2003, les frères Kouachi habitent ensemble dans le 19e arrondissement de Paris, où ils font connaissance de Farid Benyettou.

Convaincu par ce dernier, le plus jeune des frères décide de participer au djihad en Irak.

Le 25 janvier 2005, au départ d’un périple qui devait le mener à Damas (en Syrie), puis en Irak, Chérif Kouachi est intercepté par police française et condamné trois ans plus tard pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste.

Ayant purgé sa peine en préventive, il est libéré à l’issue de son procès. Toutefois, c’est durant sa captivité qu’il rencontre Amedy Coulibaly (le troisième homme des attentats de Paris de janvier 2015).

En 2010, les forces policières déjouent un complot estimé à faire évader l’auteur d’une série d’attentats à Paris en 1995. Parmi les suspects arrêtés, les frères Kaouachi seront libérés pour insuffisance de preuve.

Au cours de leur incarcération préventive, ils retrouvent Amedy Coulibaly, que Chérif a connu en prison en 2005.

En 2011, Saïd Kouachi (l’ainé des frères) fait un stage de deux semaines dans un camp d’entrainement d’Al-Qaida au Yémen en 2011. Les services de renseignement américains informent leurs collègues français de ce fait.

Les deux hommes se retrouvent donc sur une liste d’interdiction de vol à destination des États-Unis.

Amedy Coulibaly

Amedy Coulibaly est un malfaiteur multirécidiviste.

Condamné en 2004 pour vol à main armée, il fait la connaissance de Chérif Koauachi en prison. Ce dernier y est détenu en raison de sa participation à la filière djihadiste de Farid Benyettou.

En juin 2010, Amedy Coulibaly est arrêté par les services antiterroristes. Il est accusé d’avoir participé à un projet d’évasion de l’auteur d’une vague d’attentats commis en 1995 dans le métro et RER parisien pour le compte du Groupe islamique armé (GIA, algérien).

Lors de la perquisition de son domicile en marge de cette affaire, les enquêteurs retrouveront 240 cartouches de kalachnikov. Condamné pour possession d’arme illégale, il est libéré en mars 2014.

Références :
Amedy Coulibaly
Attentat à « Charlie Hebdo » : « Vous allez payer car vous avez insulté le Prophète »
Attentat en France: au cœur de la traque, la filière des «Buttes Chaumont»
Attentats: le budget illisible du Renseignement
Charlie Hebdo : une faille béante dans le Renseignement
Chérif Kouachi, ami d’enfance d’un tueur de l’État islamique
Chérif Kouachi faisait déjà parler de lui en 2005
EXCLUSIF. « Charlie Hebdo » : l’itinéraire de Coulibaly, le troisième homme
Coulibaly et les frères Kouachi, itinéraire d’un trio terroriste
Filière des Buttes-Chaumont
L’avocat du co-prévenu de Chérif Kouachi: En 7 ans cet homme est devenu un monstre
Les frères Chérif et Saïd Kouachi ont bien été formés au Yémen
Les frères Kouachi étaient connus de Washington
Mohammed Merah
Un ticket pour le jihad

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Charlie Hebdo, paratonnerre de l’Occident

Publié le 9 janvier 2015 | Temps de lecture : 4 minutes
« Muhammad porté par l’ange Gabriel » (partie d’une miniature musulmane de 1583, au Musée de l’Art turc et islamique d’Istanbul)

L’Islam ne possède pas de clergé hiérarchisé. Chez les Sunnites, l’imam est désigné par n’importe quelle assemblée de croyants afin de diriger la prière.

En général, dans chaque mosquée, il y a un imam permanent qui officie et qui donne les sermons du vendredi, faute de quoi un simple Musulman peut devenir imam le temps d’une prière.

On trouve donc sur l’Internet, une foule de prédicateurs qui interprètent le Coran sans compétence particulière. L’influence qu’exercent ces imams autoproclamés dépend de deux facteurs principaux.

En premier lieu, leur langue de prédication. La grande majorité des Musulmans parlent arabe. Un prédicateur turc ou iranien ne sera compris que des internautes qui comprennent le turc ou le persan. Au contraire, les prédicateurs arabes pourront être compris de centaines de millions de personnes.

En deuxième lieu, celui qui possède des talents de pédagogue attirera plus de lecteurs que celui dont les écrits sont difficiles à comprendre.

Puisque la poésie occupe une grande place dans la culture de certains pays musulmans (en Iran et en Afghanistan, notamment), je présume que la noblesse du style littéraire d’un prédicateur contribue à son prestige.

Pour un imam, une connaissance approfondie du Coran ne fait pas partie des critères essentiels pour réussir à se créer un lectorat important sur l’Internet.

Or la prédication religieuse comble le vide engendré par la disparition des idéologies.

Voilà pourquoi les jeunes occidentaux, particulièrement dans les pays où l’ouverture de nouvelles mosquées rencontre beaucoup de résistance, se tournent vers la prédication sur l’Internet. Où on trouve de tout, du meilleur comme du pire.

À titre d’exemple, il est probable que les prêches de l’imam parisien Farid Benyettou — responsable de la radicalisation des auteurs de la tuerie de Charlie Hebdo — s’appuyaient sur une argumentation et des justifications trouvées sur des sites Internet radicaux.

Une des conneries véhiculées par les prédicateurs fondamentalistes, c’est qu’il est interdit de représenter le prophète Mahomet.

Au contraire, pendant des siècles, celui-ci a été représenté dans des livres musulmans, les traits respectueusement cachés par un voile blanc, rarement sans celui-ci.

Il est évident que les caricatures de Mahomet publiées par Charlie Hebdo étaient irrespectueuses à l’égard de l’islam. Comme d’autres caricatures de ce journal l’étaient au sujet du catholicisme ou du judaïsme.

Même si je n’aime pas l’idée de ridiculiser les croyances religieuses des autres, je crois que quiconque a le droit de se moquer d’une religion, n’importe laquelle, si tel est son désir.

En publiant ses caricatures, Charlie Hebdo s’offrait en paratonnerre de l’Occident, cible facile du fanatisme religieux.

Les auteurs de l’attentat contre la rédaction de cet hebdomadaire, aveuglés par leurs convictions stupides probablement importées d’ailleurs, ne réalisent pas que lorsqu’on est minoritaire, on ne peut pas tuer pour punir la majorité au sein de laquelle on vit.

Les Musulmans qui vivent en Occident sont des pionniers en train d’inventer sans le vouloir un Islam moderne, compatible avec les valeurs occidentales et en opposition totale avec l’obscurantisme financé notamment par l’Arabie saoudite. Ce n’est donc pas contre eux qu’on doit tourner notre colère et notre indignation à la suite de cet attentat terroriste.

Pour que le slogan Nous sommes tous Charlie ne soit pas qu’un slogan bon chic bon genre, c’est le devoir de chacun d’entre nous d’oser braver la colère des ultras. À mon avis, un peuple qui n’est pas prêt à payer le prix de la Démocratie de son propre sang, ne la mérite pas.

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Écrit par Jean-Pierre Martel