Les compagnies aériennes, voyous corporatifs

Publié le 23 avril 2020 | Temps de lecture : 7 minutes

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Une anecdote personnelle

Le 3 octobre 2005, alors que je m’apprêtais à prendre un vol vers Berlin avec correspondance à Paris, j’ignorais que plus de 40 000 bagages s’accumulaient depuis plusieurs jours en raison d’une grève à l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle.

Tous les bagages en transit par Paris étaient séquestrés par les grévistes.

Les employés d’Air France avaient reçu des consignes strictes de cacher la vérité, voire de mentir aux passagers, afin que personne n’annule sa réservation.

Partout à travers le monde, aux comptoirs de réclamation d’Air France, on pouvait voir de longues files de passagers déçus d’arriver à destination sans leurs bagages.

Si bien que je suis arrivé à Berlin sans les miens.

Je les ai finalement obtenus à l’issue de la grève, le 12 octobre 2005, soit huit jours après mon arrivée dans la capitale allemande.

À mon retour à Montréal, j’ai appris la vérité. Et je me suis juré de ne plus jamais voyager à bord d’Air France. Une promesse que j’entends respecter jusqu’à la fin de mes jours.

Le Covid-19 et la fermeture des frontières

La France et le Canada ont tardé à fermer leurs frontières.

Parmi les très nombreux motifs qui expliquaient cette hésitation, il y avait les représentations de compagnies aériennes. Celles-ci faisaient savoir qu’un tel interdit leur causerait d’importantes pertes financières.

En raison de ce retard, ces dizaines de milliers de passagers ont ensemencé le Covid-19 au Canada et en France puisqu’à l’époque, les voyageurs internationaux furent les uniques foyers de la propagation de la pandémie.

Le transport régional

La fermeture des frontières n’empêche pas la poursuite des vols régionaux.

Depuis des semaines, les autorités sanitaires répètent l’importance de la distanciation sociale.

On aurait pu croire que les compagnies aériennes se seraient volontairement conformées à ces directives, quitte à majorer le prix de leurs billets.

Il n’en est rien.

La semaine dernière, une journaliste rapportait que son vol Paris-Marseille s’était effectué sur un appareil d’Air France où plus aucun siège n’était disponible et où une bonne partie des passagers ne portaient pas de masque.

À la suite des pressions du secrétaire d’État français aux Transports, la compagnie aérienne a annoncé lundi qu’elle offrirait dorénavant des masques à ceux qui en ressentiraient le besoin lorsque la distanciation ne sera pas possible.

Mais elle n’a pas l’intention d’en imposer le port à tous ses passagers.

De plus, Air France n’a pas précisé si ces masques seraient offerts gratuitement ou vendus comme tout ce qu’elle offre à bord (sauf l’eau potable et l’air qu’on y respire).

Imaginez-vous enfermé dans un lieu exigu pendant 95 minutes à côté d’un inconnu qui tousse à s’époumoner et qui n’a pas senti le besoin de se procurer un masque…

D’ailleurs, même avec un masque, il y a-t-il un seul expert en santé publique qui soutienne que le masque est un substitut à la distanciation sociale ?

Air France n’est pas la seule compagnie aérienne qui rechigne à protéger ses passagers de cette pandémie mortelle.

Le grand patron de Ryanair a qualifié d’idiotes les règles de distanciation sociale. De plus, il a annoncé qu’il est hors de question que sa compagnie les respecte à moins que l’État irlandais paie pour les sièges restés vides.

Qu’en est-il au Canada ?

À 13h20 cet après-midi, je me suis rendu sur le site de réservation d’Air Canada.

Sur le premier avion qui partira demain matin de Montréal vers Toronto, il ne restait plus que six places sur 64 (celles gris pâle, sans ‘X’).

Voilà comment les compagnies aériennes respectent la distance sanitaire au pays avec la bénédiction du gouvernement fédéral.

Et pour ce qui est des passagers dont les vols ont été annulés en raison de la fermeture des frontières, on ne les rembourse pas. À la place, on leur offre un crédit sur un autre vol d’ici 24 mois.

Si ce nouveau vol coute plus cher, les passagers doivent évidemment payer la différence. Toutefois, dans le cas contraire, ils perdent la différence.

D’ici là, ces personnes financent le transporteur aérien à zéro pour cent d’intérêt.

Et si ce transporteur fait faillite, soyez assurés que le président partira avec son parachute doré de plusieurs millions de dollars. Mais les passagers, eux, n’auront pas un sou.

Tout cela est parfaitement conforme à la nouvelle Charte fédérale des voyageurs qui — soit dit en passant — est une farce.

Mais ce n’est pas tout.

Les associés sociaux corporatifs

L’Association internationale du transport aérien représente 290 compagnies responsables de plus de 80 % du trafic aérien mondial.

Auprès de divers gouvernements, l’organisme réclame un plan de sauvetage de 200 milliards de dollars pour sauver ses membres de la faillite.

Une aide qui, évidemment, sera payée par les contribuables qui auront survécu à la pandémie que ces compagnies auront propagée.

Alors récapitulons

Nous sommes en présence de compagnies qui délocalisent leurs profits dans des paradis fiscaux. Qui ne versent presque rien à leurs gouvernements respectifs. Qui accordent des salaires faramineux à leurs dirigeants. Qui insistent pour qu’on les laisse propager une pandémie partout à travers le monde. Qui, encore maintenant, manquent totalement de conscience sociale en faisant tout pour que leurs passagers deviennent des foyers d’infection… et qui supplient pour qu’on leur vienne en aide.

Quel culot !

Je vais vous dire comment l’État devrait les traiter; comme le ferait n’importe quel capitaliste digne de ce nom. Ce qui veut dire les laisser faire faillite et racheter leurs actifs pour une bouchée de pain.

Air Canada et Air France redeviendraient alors des sociétés d’État comme elles l’ont été pendant des décennies.

Puis, quand les choses reviendront à la normale, l’État les revendrait avec de juteux bénéfices.

C’est ça, le capitalisme.

Références :
Air France, voyou corporatif
Air France distribuera des masques dans les avions trop pleins
Avant de voler au secours de l’industrie du voyage
Covid-19 : les prix citron à Ottawa et à la STM
Ryanair boss says airline won’t fly with ‘idiotic’ social distancing rules

Parus depuis :
La France et les Pays-Bas au secours d’Air France-KLM (2020-04-24)
Les compagnies aériennes doivent rembourser leurs clients, vote l’Assemblée nationale (2020-05-28)
Presque 70 vols commerciaux avec des cas confirmés de COVID-19 dans les dernières semaines (2020-08-28)
Thousands of passengers on commercial flights may have been exposed to coronavirus in 2020, CDC says (2020-09-23)
Covid-19 : cinquante-neuf personnes infectées en Irlande par le coronavirus après un vol intercontinental (2020-11-06)
Two-thirds of passengers on first flight to Covid-free Kiribati diagnosed with virus (2022-01-21)

Postscriptum du 4 mai 2020 : La Compagnie Air France a annoncé qu’à partir du 11 mai 2020, le port du masque serait obligatoire dans tous ses avions pour tous ses voyageurs.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : Évolution en vingt jours

Publié le 21 avril 2020 | Temps de lecture : 1 minute

Voici la liste des pays les plus durement affectés par la pandémie au Covid-19.

À titre comparatif, cette liste est complétée par le cas du Québec et de quelques pays d’Extrême-Orient.

Ont été exclus de cette liste, les pays de moins d’un demi-million d’habitants.


Tableau comparatif des pays les plus atteints, en nombre de morts par million d’habitants

Pays 01 avr 06 avr 11 avr 16 avr 21 avr
Belgique 72,6 126,9 293,5 426,1 526,1
Espagne 194,0 270,9 355,9 410,0 456,1
Italie 205,5 262,7 321,9 366,6 407.5
France 52,6 120,6 206,5 267,5 310,4
Grande-Bretagne 35,4 74,2 148,6 206,6 260,9
Pays-Bas 68,3 102,8 153,8 193,0 227,9
Suède 23,6 39,6 87,6 131,7 174,4
Suisse 53,8 83,4 120,9 149,5 172,4
Irlande 14,7 32,7 66,3 100,6 151,1
États-Unis 12,4 29,4 62,9 105,4 138,4
Québec 3,7 11,1 34,0 74,2 122,6
Portugal 18,2 28,7 45,7 61,1 74,1
Danemark 18,6 32,0 46,4 57,3 66,1
Iran 37,4 44,4 53,7 60,0 65,3
Allemagne 9,9 19,1 34,7 47,6 61,4
Autriche 16,6 23,1 38,2 46,5 55,7
           
Corée du Sud 3,2 3,6 4,1 4,4 4,6
Chine 2,4 2,4 2,4 2,4 3,3
Japon 0,4 0,5 0,9 1,5 2,2
Hong Kong 0,5 0,5 0,5 0,5 0,5
Taïwan 0,2 0,2 0,3 0,3 0,3


Référence : Covid-19 Coronavirus Pandemic

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : l’art d’éviter 250 000 morts au Canada

Publié le 21 avril 2020 | Temps de lecture : 7 minutes


 
Introduction

On estime qu’il faut un taux d’immunisation de 60 % à 70 % pour qu’une population soit jugée réfractaire à une épidémie.

Lorsque c’est le cas, le pathogène peut toujours s’attaquer à quelques personnes parmi la minorité encore vulnérable sans que ces personnes soient en mesure de provoquer une généralisation de l’infection autour d’eux.

En absence de vaccin, l’immunité est acquise uniquement par l’exposition au pathogène.

Les données officielles

En raison de la progression logarithmique de l’épidémie, la majorité des personnes atteintes luttent présentement contre la maladie, alors qu’une minorité en est sortie indemne.

Aujourd’hui, on compte officiellement au Québec :
• 20 126 cas totaux,
• 15 238 cas actifs,
•   1 041 morts et
•   3 847 rétablis.

En dépit d’une mortalité de plus de cent morts par million d’habitants, le nombre total de personnes touchées par la pandémie représentent actuellement moins de 0,2 % de la population québécoise.

Conséquemment, à l’heure actuelle, 99,8 % des Québécois n’ont aucune immunité contre le Covid-19.

On est donc très loin du taux d’immunité requis pour que l’épidémie ne soit plus capable de faire des ravages.

Toutefois, ces données sont trompeuses.

En effet, pour être considéré comme un ‘cas’, il faut qu’un diagnostic d’infection à la Covid-19 ait été porté.

Un des critères pour être testé, c’est d’être symptomatique. Cela signifie que toutes les personnes qui ont été infectées par le Covid-19 sans développer de symptôme finiront par être immunisées sans jamais avoir été un ‘cas’.

Et parmi ceux qui sont symptomatiques, plusieurs de ceux atteints légèrement n’ont pas jugé bon consulter leur médecin puisque de toute manière, il n’y pouvait rien.

Bref, le nombre officiel de personnes guéries et immunisées est nécessairement une sous-évaluation de la réalité.

En Californie

Les tests de diagnostic effectués à partir de sécrétions prélevés dans le fond du nez et dans la gorge permettent d’identifier les personnes contagieuses.

Mais ils ne permettent pas de déceler ceux qui ne fabriquent plus de virus parce qu’ils sont guéris de l’infection depuis longtemps.

Depuis peu, les scientifiques ont accès à des tests sanguins.

En quinze minutes, ceux-ci décèlent la présence d’anticorps au Covid-19. Ce qui est la preuve irréfutable que la personne testée a été exposée au virus de manière suffisamment intime pour en développer des anticorps.

La semaine dernière, 17 chercheurs de l’université Stanford ont publié les résultats d’une étude effectuée chez 3 330 adultes et enfants du comté de Santa Clara, le plus affecté du nord de la Californie.

Les sujets de cette expérience ont été recrutés les 3 et 4 avril dernier et l’étude, terminée une semaine plus tard, fut publiée vendredi dernier.

À partir de tests sérologiques, les chercheurs ont trouvé que l’immunité totale ou partielle au Covid-19 est de 50 à 85 fois plus élevée que celle mesurée par les autorités sanitaires californiennes à partir de prélèvements au fond du nez et de la gorge.

En somme, environ 3 % de la population du comté serait réellement immunisée contre le virus.

En France

Officiellement, on comptait en France :
• 158 050 cas totaux,
•   90 073 cas actifs,
•   20 796 morts et
•   39 181 rétablis.

En excluant les morts, c’est environ 0,3 % de la population française. Ce qui voudrait dire que 99,7 % des Français n’ont aucune immunité contre le virus.

Une équipe de chercheurs (en majorité de l’Institut Pasteur) ont trouvé que le confinement promulgué le 17 mars en France a prévenu (c’est-à-dire différé) 84 % de la mortalité qui, autrement, serait survenue.

Selon la modélisation des chercheurs, ceux-ci prédisent qu’au 11 mai prochain, 5,7 % de la population française aura été immunisée au virus.

Ce qui, encore une fois, est loin de l’immunité grégaire souhaitée.

Effet sur le déconfinement

Par des mesures de mitigation, lorsqu’on ‘aplatit la courbe’, on amortit l’impact d’une pandémie sur les ressources hospitalières et on diminue la croissance du taux de mortalité.

Or ces mesures pourront être définitivement abandonnées lorsqu’un vaccin aura été trouvé, lorsque la pandémie sera terminée, ou lorsque l’immunité grégaire aura atteint 60 %.


 
La modélisation du gouvernement fédéral, datée du 9 avril dernier, prévoyait que l’atteinte d’une immunité grégaire de 60 % se ferait au prix de plus de 250 000 morts, soit environ 140 fois plus qu’actuellement.

La vitesse de déconfinement affecte la rapidité avec laquelle on atteint cette immunité, mais n’en diminue pas le prix macabre.

La meilleure stratégie consiste donc à aplatir la courbe à un point tel que la mise au point d’un vaccin ou la fin de la pandémie survient avant l’atteinte d’une immunité grégaire suffisante.

Pour ce faire, il faudra donc ajouter aux mesures de mitigation déjà en vigueur, une mesure qui aurait dû l’être depuis bien longtemps; l’obligation du port du masque sur la voie publique et au travail.

Références :
Antibody study suggests coronavirus is far more widespread than previously thought
Blood tests show 14% of people are now immune to covid-19 in one town in Germany
COVID-19 Antibody Seroprevalence in Santa Clara County, California
Estimating the burden of SARS-CoV-2 in France
Immunité collective : les conclusions pessimistes d’une étude dans un hôpital de Wuhan
La COVID-19 au Canada: Des données et une modélisation qui éclairent les mesures de santé publique
Le pari risqué de l’immunité grégaire
Les pays cherchent la recette pour mettre fin au confinement de façon sécuritaire

Parus depuis :
No, You Should Not Have or Participate in a Coronavirus Party. Here’s What to Know About Herd Immunity (2020-04-24)
L’immunité «bouclier» plutôt que l’immunité de groupe (2020-05-14)
Coronavirus : même des malades faiblement atteints pourraient être immunisés (2020-05-26)
COVID-19 : l’immunité « diminue assez rapidement », selon une étude (2020-10-27)
L’INSPQ avait un « scénario catastrophe » à 56 000 morts (2021-11-29)
Le rêve « utopiste » de l’immunité collective contre la COVID-19 (2022-05-01)
Le cercle vicieux des vagues de COVID-19 à répétition (2022-07-18)

Postscriptum du 6 aout 2020 : Réalisée chez 7 691 donneurs de sang âgés entre 18 et 69 ans, une étude récente de l’immunité sérologique des Québécois au Covid-19 a révélé que 2,25 % d’entre eux auraient contracté le virus.

Par extrapolation, l’atteinte d’une immunité grégaire de 60 % se ferait au prix d’un peu plus de 150 000 morts si les sujets de cette étude sont représentatifs de l’ensemble de la population québécoise.

Référence : Près de 3% des adultes auraient contracté la COVID-19 au Québec
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : Doit-on espérer la venue de l’été ?

Publié le 20 avril 2020 | Temps de lecture : 3 minutes

Puisque les épidémies de grippe — y compris celles causées par d’autres coronavirus — surviennent généralement l’hiver et disparaissent l’été, certaines personnes espèrent que la saison chaude viendra à bout du Covid-19.

La pandémie est actuellement aux portes de l’Afrique et de l’Amérique du Sud. Ces pays ont été atteints tardivement parce que la pandémie se propage d’une région du monde à l’autre par le biais des voyageurs intercontinentaux.

Or ces voyageurs sont infiniment plus nombreux dans les pays riches que dans les pays pauvres.

Voilà pourquoi, dans ceux-ci, les foyers d’infection sont apparus exclusivement dans les capitales et les grandes métropoles, là où se concentre une bourgeoise locale qui seule possède les moyens d’effectuer de tels voyages.

En raison de la nature exponentielle de la contagion au Covid-19, qu’on parte avec un petit nombre de foyers d’infection ou de beaucoup plus, après quelques semaines, les pays finissent par être gravement atteints quand même.

Or beaucoup de pays pauvres sont situés dans l’hémisphère austral, là où les saisons sont inversées par rapport aux nôtres. Ce qui veut dire que les pays d’Amérique du Sud, par exemple, connaissent une température estivale depuis des mois.

On aurait tort de penser qu’en raison de leur membrane lipidique, les virus du Covid-19 ‘fondent’ les journées chaudes de l’été. Puisque les virus maintiennent leur intégrité à la température corporelle, ils le feront à l’air ambiant estival.

Si les épidémies de grippe se propagent généralement l’hiver, c’est peut-être parce qu’on y passe davantage de temps à l’intérieur, où l’air circule moins et où les gens vivent plus près les uns des autres.

Dans les faits, qu’en est-il réellement ?

Dans cette région du monde, les trois pays les plus atteints actuellement sont l’Équateur avec 27 morts par million de personnes (mpm), le Pérou avec 12 mpm et le Brésil avec 11 mpm.

Ce qui se compare aux données québécoises du 6 avril dernier.

Dans dix jours, on pourra comparer leur évolution à celle que nous avons connue entre le 6 avril et le 16 avril, alors que nous passions de 11 à 74 mpm.

Je vous donne donc rendez-vous le 30 avril prochain. Je complèterai ce texte d’un postscriptum qui permettra de juger si la température estivale est ce remède économique et universel que certains espèrent.

Références :
Covid-19 Coronavirus Pandemic
Covid-19 : Évolution en quinze jours

Paru depuis :
Impact of climate and public health interventions on the COVID-19 pandemic: A prospective cohort study (2020-05-08
Finalement, l’été va-t-il ralentir la pandémie? (2020-05-26)


Postscriptum du 29 juin 2020 : Voici l’évolution du nombre de morts par million d’habitants en soixante-dix jours (du 20 avril au 29 juin 2020) dans trois pays d’Amérique du Sud comparée à l’évolution en soixante-dix jours (du 6 avril au 15 juin 2020) au Québec et dans les provinces anglophones du Canada (RoC).

L’époque de référence au Québec est antérieure puisque la pandémie a débuté plus tôt en Amérique du Nord.


Tableau comparatif de l’évolution en soixante jours

Pays 1er 11e 21e 31e 41e 51e 61e 71e
Pérou 12 32 57 95 133 179 226 288
Brésil 11 28 52 87 136 184 228 275
Équateur 27 51 121 169 189 216 236 255
Québec 11 74 178 282 410 488 581 617
RoC 8 20 38 61 79 89 97 103


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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les mystères du Covid-19 (2e partie)

Publié le 17 avril 2020 | Temps de lecture : 6 minutes

Introduction

Il y a deux jours, la revue Nature publiait une étude qui répond enfin à une question que tous se posent depuis le début de la pandémie au Covid-19 : Comment et quand ce virus se propage-t-il ?

Cette question est fondamentale puisque toutes les stratégies qui visent à limiter la propagation de la pandémie dépendent de sa réponse.

Les récepteurs à coronavirus

Pour coloniser l’être humain, tout coronavirus doit en premier lieu se fixer à un récepteur appelé ACE2.

Dans le système respiratoire, il en existe deux types que nous appellerons ACE2a et ACE2b.

Les récepteurs ACE2a

Les récepteurs ACE2a se répartissent à la surface des cellules sécrétrices des voies respiratoires supérieures (nez et gorge) alors que les récepteurs ACE2b se trouvent dans les voies respiratoires inférieures (les poumons).

De tous les coronavirus découverts, seuls sept sont connus pour s’attaquer aux humains.

Quatre d’entre eux font partie du groupe hétéroclite des virus responsables d’infections respiratoires bénignes. Pour ce faire, ils se fixent préférablement aux récepteurs ACE2a.

Ils provoquent alors des infections qui se répandent facilement, mais dont la gravité est généralement mineure.

Puisque les épidémies qu’ils provoquent se propagent surtout au cours de l’hiver, il est possible que l’air froid inspiré, en rafraichissant les muqueuses des voies respiratoires supérieures, provoque, à leur surface, une légère déformation des récepteurs ACE2a. Une déformation qui augmenterait l’affinité des coronavirus pour ces récepteurs.

Les récepteurs ACE2b

Deux autres coronavirus — celui du SRAS et celui du SRMO — s’attaquent aux poumons en se fixant aux récepteurs ACE2b.

Les infections respiratoires qu’ils causent se transmettent plus difficilement, mais provoquent des symptômes beaucoup plus graves.

Le septième coronavirus est celui du Covid-19. Il est capable de se fixer autant aux récepteurs ACE2a qu’aux récepteurs ACE2b. Ce qui le rend à la fois très contagieux et très virulent.

Jusqu’ici, on ignorait la séquence exacte de l’infection au Covid-19. Ce mystère est maintenant résolu.

Contagiosité au cours de la phase présymptomatique

On appelle ‘charge virale’ la quantité de virus prélevée par un écouvillon dans l’arrière du nez ou dans la gorge des personnes infectées.

Chez 94 personnes dont l’infection au Covid-19 a été confirmée en laboratoire, on a effectué 414 prélèvements sur une période pouvant aller jusqu’à 32 jours après le début des symptômes.

La charge virale la plus élevée fut mesurée le jour de la mise sous observation des personnes atteintes. Ce qui correspond au jour de l’apparition de leurs symptômes.

Cela nous indique qu’à ce moment-là, le virus se multipliait déjà de manière importante.

Dans tous les cas, les patients étaient donc contagieux avant d’avoir le moindre indice qu’ils l’étaient.

Au contraire du SRAS. Dans le cas de la pandémie de 2003, les choses étaient claires; pas de symptôme, pas de contagion.

On pouvait donc combattre cette pandémie en effectuant des tests réservés aux patients symptomatiques, mettre en quarantaine les cas positifs, retracer leurs contacts pour vérifier l’apparition des premiers symptômes et, le cas échéant, les mettre en quarantaine eux aussi.

Dans le cas du Covid-19, cette stratégie est vouée à l’échec parce qu’initiée trop tard.

Dans ce sens, le Covid-19 s’apparente à la grippe ordinaire qui, elle aussi, est à son maximum de contagiosité lorsqu’apparaissent les premiers symptômes (ou même un peu avant leur apparition).

Dans la majorité des cas, le Covid-19 colonise sournoisement les voies respiratoires supérieures avant de déclencher la fièvre et de se lancer à l’assaut des poumons pour y provoquer la toux.

Selon la modélisation des chercheurs, l’infection débute par l’incubation asymptomatique du virus dans le nez et la gorge. Ce qui dure en moyenne 5,2 jours.

Cette incubation se fait d’autant plus efficacement que c’est dans le nez que se trouve la plus forte concentration de récepteurs à coronavirus de tout le système respiratoire.

La période contagieuse débute à 2,3 jours, soit presque trois jours avant l’apparition des symptômes.

Puis la présence virale décline jusqu’au 21e jour, alors que le virus devient indécelable dans la plupart des cas. Au-delà du 21e jour, du matériel génétique viral est parfois décelé sans qu’on sache si ce matériel est capable de contagion.

Font exception à cette règle, ceux qui perdent leur combat contre le virus et dont la charge virale pulmonaire augmentera inexorablement jusqu’à leur décès.

Conclusion

Cette étude permet de comprendre trois choses :
• le rôle capital du nez et de la gorge comme sites d’incubation du Covid-19,
• la contagiosité de la personne atteinte, maximale avant et dès l’apparition des symptômes, et
• l’échec des stratégies mises en œuvre trop tard, c’est-à-dire après l’apparition des premiers symptômes.

Les grosses gouttelettes émises par les personnes contagieuses sont celles qui s’arrêtent au niveau du nez et de la gorge des gens qu’elles rencontrent puisque ces gouttelettes sont incapables d’aller plus profondément dans le système respiratoire.

Or ce sont précisément ces grosses gouttelettes que bloquent les masques chirurgicaux et les masques artisanaux filtrants.

Ce qui explique la faible mortalité des personnes qui habitent les pays où le port du masque est généralisé.

Références :
Covid-19: la contagion possible avant même l’apparition de symptômes
Temporal dynamics in viral shedding and transmissibility of COVID-19

Parus depuis :
Les vieux, les malades les plus contagieux (2020-04-23)
SARS-CoV-2 entry factors are highly expressed in nasal epithelial cells together with innate immune genes (2020-04-23)
Covid-19 : la muqueuse du nez est la porte d’entrée du nouveau coronavirus (2020-05-01)
Que savons-nous de la COVID-19 à ce jour? (2020-05-02)
Les cellules nasales : actrices majeures de l’infection initiale par le coronavirus SARS-CoV-2 (2020-05-28)
Nasal ciliated cells are primary targets for SARS-CoV-2 replication in the early stage of COVID-19 (2021-07-01)
Omicron : une biologie et une dynamique virale différentes de celles observées chez les précédents variants (2022-02-09)

Compléments de lecture :
Les mystères du Covid-19 (1re partie)
Le Covid-19 chez les enfants prépubères

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : Évolution en quinze jours

Publié le 16 avril 2020 | Temps de lecture : 1 minute

Voici la liste des pays les plus durement affectés par la pandémie au Covid-19.

À titre comparatif, cette liste est complétée par le cas du Québec et de quelques pays d’Extrême-Orient.

Ont été exclus de cette liste, les pays de moins d’un demi-million d’habitants.


Tableau comparatif des pays les plus atteints, en nombre de morts par million d’habitants

Pays 1er avril 6 avril 11 avril 16 avril
Belgique 72,6 126,9 293,5 426,1
Espagne 194,0 270,9 355,9 410,0
Italie 205,5 262,7 321,9 366,6
France 52,6 120,6 206,5 267,5
Grande-Bretagne 35,4 74,2 148,6 206,6
Pays-Bas 68,3 102,8 153,8 193,0
Suisse 53,8 83,4 120,9 149,5
Suède 23,6 39,6 87,6 131,7
États-Unis 12,4 29,4 62,9 105,4
Irlande 14,7 32,7 66,3 100,6
Québec 3,7 11,1 34,0 74,2
Portugal 18,2 28,7 45,7 61,1
Iran 37,4 44,4 53,7 60,0
Danemark 18,6 32,0 46,4 57,3
Allemagne 9,9 19,1 34,7 47,6
Autriche 16,6 23,1 38,2 46,5
Norvège 5,4 13,2 22,2 28,3
         
Corée du Sud 3,2 3,6 4,1 4,4
Chine 2,4 2,4 2,4 2,4
Japon 0,4 0,5 0,9 1,5
Hong Kong 0,5 0,5 0,5 0,5
Taïwan 0,2 0,2 0,3 0,3


Référence : Covid-19 Coronavirus Pandemic

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 et peuples autochtones : mieux vaut prévenir que guérir

Publié le 15 avril 2020 | Temps de lecture : 3 minutes

Depuis quelques jours, des voix s’élèvent pour réclamer que le gouvernement canadien vienne en aide aux peuples autochtones afin qu’ils se puissent se prémunir contre le Covid-19.

C’est ainsi qu’Anna Banerji, professeure à l’Université de Toronto, a lancé une pétition réclamant l’envoi de militaires et de réservistes canadiens, de même que l’expédition de matériel médical aux communautés nordiques du pays.

Sans qu’il y ait encore de morts, on compte actuellement 8 personnes infectées au Yukon, 5 dans les Territoires du Nord-Ouest, aucun dans le Nunavut et un nombre inconnu dans le Nunavik (le Nouveau-Québec).

À sa conférence de presse de ce matin, le premier ministre du Canada a déclaré : « On a eu deux demandes spécifiques du Québec pour envoyer l’armée au Nunavik et à la Basse-Côte-Nord

Il est certainement souhaitable que les dispensateurs de soins qui exercent dans ces collectivités éloignées aient des tests de diagnostic, du matériel de protection (gants, masques et visières), des respirateurs, de même que les médicaments nécessaires au soulagement symptomatique des gens atteints.

Mais il faut être très prudent quant à l’envoi de militaires canadiens, c’est-à-dire de gens qui pourraient provoquer l’éclosion de la pandémie là où elle n’est pas encore apparue.

Entre le quart et la moitié des personnes contagieuses sont asymptomatiques.

De plus, certaines personnes sont entrées en contact avec le virus depuis tellement peu de temps que leur nez et leur gorge ne sont pas encore devenus des centres de production du virus.

Parmi les militaires et les réservistes que pourrait envoyer le gouvernement, il y aura très certainement des gens qui seront contagieux une fois sur place alors qu’ils étaient encore négatifs au moment de leur départ pour le Grand-Nord canadien.

Bref, si le gouvernement québécois demande l’aide d’Ottawa pour que l’armée achemine du matériel médical au personnel soignant, c’est une excellente idée.

Par contre, l’envoi de soldats et de réservistes fait partie de ces fausses bonnes idées, susceptibles de faire plus de tort que de bien.

Le meilleur remède contre le Covid-19 est de ne pas l’attraper. S’il est vrai que l’éloignement des peuples autochtones est un handicap à leur accès aux soins, par contre cet isolement est un grand avantage lorsque sévit partout ailleurs une pandémie mortelle.

Références :
Au moins 15 cas dans les communautés autochtones, l’armée prête à intervenir
Canada’s bid to beat back coronavirus exposes stark gaps between the provinces
Covid-19 : évaluation actuelle de l’importance des porteurs asymptomatiques

Parus depuis :
L’intense mobilisation des communautés autochtones pour lutter contre la pandémie (2020-05-11)
Une situation « pire qu’elle ne l’a jamais été » ailleurs au Québec (2021-11-08)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : évaluation actuelle de l’importance des porteurs asymptomatiques

Publié le 13 avril 2020 | Temps de lecture : 5 minutes

Introduction

Au cours des premières semaines de la pandémie au Covid-19, les seules personnes qu’on testait au Québec étaient celles qui répondaient à un petit nombre de critères; on devait avoir effectué récemment un voyage à l’Étranger et être atteint de symptômes du Covid-19 (dont la toux et/ou la fièvre).

Lorsqu’on limite les tests aux personnes déjà atteintes de symptômes, il est impossible de déterminer le pourcentage des personnes contagieuses qui sont asymptomatiques.

Pourtant, on sait qu’elles existent.

Les connaissances actuelles

Le 30 janvier 2020, des chercheurs allemands rapportaient le cas d’une transmission du Covid-19 à quatre personnes par une porteuse du virus chez qui les symptômes sont apparus plusieurs jours après avoir été en contact avec eux.

Le 13 février, l’International Journal of Infectious Diseases recevait le sommaire d’une étude qui a cherché à déterminer la proportion des porteurs asymptomatiques parmi les 565 passagers japonais d’un vol de retour en provenance de Wuhan, le berceau de la pandémie.

À leur arrivée en sol japonais, 63 passagers (soit 11,2 %) présentaient des symptômes suggérant une infection au Covid-19.

Toutefois, quelques jours plus tard, lorsque l’ensemble des passagers furent testés, seulement 7 passagers symptomatiques se sont avérés être réellement atteints du Covid-19.

Par contre, chez les 502 passagers qui étaient asymptomatiques (et qui n’ont pas cessé de l’être), 5 étaient positifs au Covid-19.

Ce qui signifie que sur 12 personnes réellement atteintes, 41,6 % étaient asymptomatiques.

Le 21 février, trois médecins chinois rapportaient le cas d’une patiente asymptomatique au sein d’un foyer d’éclosion familiale de six personnes.

Le 19 mars, au cours d’une étude concernant deux foyers d’éclosion du Covid-19 à Zhuhai (près de Canton), on a vérifié la présence du virus chez des personnes atteintes et chez leurs contacts.

Des 18 personnes testées, l’une d’elles était porteuse asymptomatique. Elle l’est demeurée tout au cours de la période d’observation. Sa charge virale au niveau du nez et de la gorge était semblable à celle des personnes qui présentaient des symptômes.

Le 26 mars, le CDC (Centers for Disease Control and Prevention) rapportait que sur les 3 711 passagers du paquebot Diamond Princess, 712 ont été testés positifs au Covid-19. De ce nombre 331, soit 46,5 %, étaient asymptomatiques.

Conclusion

Depuis plusieurs semaines en Allemagne, on vérifie la présence du virus même chez ceux qui n’éprouvent aucun symptôme de l’infection.

Puisqu’on y a déjà testé des centaines de milliers de personnes (symptomatiques ou non), on attend avec impatience la publication d’une étude d’envergure qui résumerait le fruit de l’expérience acquise dans ce pays.

D’ici là, au sein d’une population frappée par la pandémie, on estime grossièrement que la proportion de porteurs asymptomatiques parmi ceux réellement atteints est située entre 25 % et 40 %.

D’où l’importance du port d’un masque filtrant.

Références :
Clinical characteristics of 24 asymptomatic infections with COVID-19 screened among close contacts in Nanjing, China
Could SARS-CoV-2 be transmitted via speech droplets?
COVID-19 : les leçons du dépistage à grande échelle de l’Islande
Estimation of the asymptomatic ratio of novel coronavirus infections(COVID-19)
La nébulisation du Covid-19 en parlant
Nearly half of Diamond Princess cruise ship passengers and crew who had coronavirus were asymptomatic when tested, CDC report says
Not wearing masks to protect against coronavirus is a ‘big mistake’
Presumed Asymptomatic Carrier Transmission of COVID-19
Public Health Responses to COVID-19 Outbreaks on Cruise Ships — Worldwide, February–March 2020
Rational use of face masks in the COVID-19 pandemic
Saliva spray during speech could transmit coronavirus
SARS-CoV-2 Viral Load in Upper Respiratory Specimens of Infected Patients
Transmission of 2019-nCoV Infection from an Asymptomatic Contact in Germany

Parus depuis :
Le coronavirus, maître viral dans l’art du camouflage (2020-04-16)
Coronavirus: le même matériel génétique chez tous les porteurs, avec ou sans symptômes (2020-04-22)
Germany’s Covid-19 expert: ‘For many, I’m the evil guy crippling the economy’ (2020-04-26)
Screening of healthcare workers for SARS-CoV-2 highlights the role of asymptomatic carriage in COVID-19 transmission (2020-05-11)
En Espagne, le tiers des personnes infectées sont asymptomatiques (2020-06-05)
États-Unis: 2 à 13 fois plus d’infections que les chiffres officiels (2020-07-21)
Un nombre plus élevé qu’estimé de Québécois auraient eu la COVID-19 (2020-08-05)
Clinical Course and Molecular Viral Shedding Among Asymptomatic and Symptomatic Patients With SARS-CoV-2 Infection in a Community Treatment Center in the Republic of Korea (2020-08-06)
Asymptomatic transmission of covid-19 (2020-12-20)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : Évolution en dix jours

Publié le 11 avril 2020 | Temps de lecture : 1 minute

Voici la liste des pays les plus durement affectés par la pandémie au Covid-19.

À titre comparatif, cette liste est complétée par le cas du Québec et de quelques pays d’Extrême-Orient.

Ont été exclus de cette liste, les pays de moins d’un demi-million d’habitants.


Tableau comparatif des pays les plus atteints, en nombre de morts par million d’habitants

Pays au 1er avril au 6 avril au 11 avril
Espagne 194,0 270,9 355,9
Italie 205,5 262,7 321,9
Belgique 72,6 126,9 293,5
France 52,6 120,6 206,5
Pays-Bas 68,3 102,8 153,8
Grande-Bretagne 35,4 74,2 148,6
Suisse 53,8 83,4 120,9
Suède 23,6 39,6 87,6
Irlande 14,7 32,7 66,3
États-Unis 12,4 29,4 62,9
Iran 37,4 44,4 53,7
Danemark 18,6 32,0 46,4
Portugal 18,2 28,7 45,7
Autriche 16,6 23,1 38,2
Allemagne 9,9 19,1 34,7
Québec 3,7 11,1 34,0
Norvège 5,4 13,2 22,2
       
Corée du Sud 3,2 3,6 4,1
Chine 2,4 2,4 2,4
Japon 0,4 0,5 0,9
Hong Kong 0,5 0,5 0,5
Taïwan 0,2 0,2 0,3

Référence : Covid-19 Coronavirus Pandemic

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : la nécessité du port du masque

Publié le 10 avril 2020 | Temps de lecture : 8 minutes
Distributeur automatique de masques chirurgicaux à Shanghai

Introduction

Selon le directeur général du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies, le port du masque est essentiel puisque le virus se transmet principalement par les gouttelettes respiratoires, de personne à personne.

Effectivement, si cette pandémie a réussi à se répandre tout autour du globe en seulement trois mois, c’est qu’elle se propage par l’air inspiré.

Le lavage des mains, tout comme le lavage des pieds, est une bonne habitude à prendre. Mais ni l’un ni l’autre ne sont des moyens efficaces de combattre une pandémie qui se propage en inhalant les gouttelettes respiratoires de personnes atteintes.

L’essentiel est d’éviter l’exposition à des particules virales dans l’air que nous respirons.

La science

Dans de nombreux pays, les directeurs de la Santé publique affirment qu’il n’est pas prouvé scientifiquement que les masques protègent contre le Covid-19. Un avis que partage l’Organisation mondiale de la Santé.

Ces gens ont raison; cela n’est pas prouvé.

Ce qu’on oublie de dire, c’est qu’il n’y a pas grand-chose qu’on a réussi à prouver scientifiquement depuis trois mois au sujet du Covid-19.

Tout ce qu’on possède, ce sont des études publiées à la va-vite en court-circuitant les mécanismes de validation par des pairs.

Pourtant, depuis des semaines, dans les pays où le port du masque est devenu une habitude sociale (pour différentes raisons), il y a beaucoup moins de morts par million d’habitants.

Plus importante contre l’usage généralisé des masques est l’objection selon laquelle les masques procurent un faux sentiment de sécurité.

Les limites des masques

Il n’existe pas de tissus dont la trame est suffisamment fine pour filtrer des particules aussi petites que des virus.

Le Covid-19 mesure environ 20 nm, soit vingt-milliardièmes de mètre.

Les masques N95 sont composés d’une pâte filtrante et non de fibres tissées. Ces masques peuvent filtrer au moins 95 % des particules de cette taille (d’où leur nom).

Qu’en est-il des masques chirurgicaux et des masques artisanaux au cœur desquels se trouve un filtre à café (comme celui suggéré par The Guardian) ?

Les masques chirurgicaux (habituellement bleus) filtrent des gouttelettes de plus de 5 µm tandis qu’un filtre à café bloque des particules de 10 à 15 µm.

Or un nanomètre (nm) est mille fois plus petit qu’un micromètre (µm).

Ce qui veut dire que le virus du Covid-19 est 500 fois et 1000 fois plus petit que les pores respectifs d’un masque chirurgical et d’un filtre à café.

Donc, pour filtrer une particule virale ‘sèche’, tous deux seraient totalement inutiles… si cette particule n’était pas animée d’un mouvement brownien.

Mais précisément en raison de ce dernier, le volume occupé par une particule virale ‘sèche’ en suspension dans l’air est plus grand que la taille réelle du virus. Donc plus grandes sont les chances que le virus soit capté par un filtre.

D’autre part, si le but est de filtrer des gouttelettes de salive chargées de virus, c’est encore mieux.

Il y a deux jours, nous avons résumé les résultats d’une étude comparant les propriétés filtrantes de différents tissus.

Une étude plus récente arrive à des résultats semblables. Celle-ci mesurait le nombre de microorganismes bloqués par un masque porté par des volontaires.

Contre une bruine dont les gouttelettes contenaient un microorganisme de la taille d’un virus (le bactériophage MS2), le pourcentage d’efficacité de masques fabriqués à partir de différents matériaux fut :
• 48,9 % — foulard
• 51,9 % — gaminet (T-shirt)
• 54,3 % — soie
• 57,1 % — taie d’oreiller
• 61,7 % — lin
• 72,5 % — torchon
89,5 % — Masque chirurgical

Dans une étude dont le rapport préliminaire a été rendu public le 2 avril dernier, quatre chercheurs de l’US National Institute of Health ont démontré qu’un masque facial artisanal humide peut bloquer totalement les microgouttelettes émises en parlant.

Une question non résolue concerne justement la contribution de l’humidité à l’efficacité du masque.

Ce rapport préliminaire ne peut en aucun cas constituer une preuve formelle. Toutefois, il est certain que le virus du Covid-19 ne pourrait pas se fixer à des cellules pulmonaires humides s’il était repoussé par l’eau. Doit-on en conclure qu’un masque humide peut davantage arrêter la course du virus vers les poumons ?

Conclusion

Dans la mesure où la pandémie au Covid-19 se propage par des gouttelettes respiratoires, les masques artisanaux, à défaut de mieux, offrent une protection de nature à contribuer de manière importante à l’efficacité des moyens mis en œuvre jusqu’ici pour combattre la propagation du Covid-19.

Aux États-Unis, les plus récentes recommandations du CDC (Centers for Disease Control and Prevention) se lisent comme suit :

CDC recommends wearing cloth face coverings in public settings where other social distancing measures are difficult to maintain (e.g., grocery stores and pharmacies), especially in areas of significant community-based transmission.

Traduction libre : ‘Le CDC recommande le port public d’un masque artisanal là où les autres mesures de distanciation sociale sont difficiles à respecter (par exemple, à l’épicerie ou à la pharmacie), particulièrement dans les milieux touchés par une importante propagation communautaire.’

Références :
Airborne transmission of SARS-CoV-2: the world should face the reality
Could SARS-CoV-2 be transmitted via speech droplets?
Detection of Air and Surface Contamination by Severe Acute Respiratory Syndrome Coronavirus 2 (SARS-CoV-2) in Hospital Rooms of Infected Patients
Devrions-nous tous porter des masques?
Du N95 au P100 : comprendre l’utilité des masques contre le coronavirus
La nébulisation du Covid-19 en parlant
La place des masques en tissus dans la prévention du Covid-19
Montreal student in virus-plagued China: ‘I try not to freak out’
Not wearing masks to protect against coronavirus is a ‘big mistake’
Pandémie de Covid-19 : mesures barrières renforcées pendant le confinement et en phase de sortie de confinement
Rational use of face masks in the COVID-19 pandemic
Respiratory virus shedding in exhaled breath and efficacy of face masks
Saliva spray during speech could transmit coronavirus
Testing the Efficacy of Homemade Masks: Would They Protect in an Influenza Pandemic?
Transmission Potential of SARS-CoV-2 in Viral Shedding Observed at the University of Nebraska Medical Center
Use of Cloth Face Coverings to Help Slow the Spread of COVID-19

Parus depuis :
Comment un masque protège-t-il contre le virus SARS-CoV-2 ? (2020-04-14)
Visualizing Speech-Generated Oral Fluid Droplets with Laser Light Scattering (2020-04-15)
Fabriquer un masque : quel tissu est plus efficace pour se protéger? (2020-04-18)
Qu’attend Québec pour imposer le masque? (2020-04-18)
L’Académie de médecine favorable au port obligatoire du masque (dès maintenant) (2020-04-22)
Coronavirus face masks: why covering up is becoming the new normal (2020-04-26)
Masks protect the wearer, too – and lower our risk for contracting COVID-19 (2020-04-26)
Des masques périmés depuis 11 ans qui craquent sur le visage des infirmières (2020-04-28)
A Hongkong, la prise en charge au plus tôt des malades a permis d’éviter la crise sanitaire (2020-05-07)
Risque de transmission aéroportée du coronavirus SARS-CoV-2 : de l’importance du port du masque et de locaux bien ventilés (2020-05-09)
Face Coverings, Aerosol Dispersion and Mitigation of Virus Transmission Risk (2020-05-15)
A modelling framework to assess the likely effectiveness of facemasks in combination with ‘lock-down’ in managing the COVID-19 pandemic (2020-06-10)
Coronavirus : le port généralisé du masque pourrait empêcher une deuxième vague (2020-06-10)
Québec doit rendre le port du masque obligatoire, réclament médecins et experts (2020-06-11)
Association of country-wide coronavirus mortality with demographics, testing, lockdowns, and public wearing of masks (2020-06-15)
Face Masks Considerably Reduce COVID-19 Cases in Germany (2020-06-15)
Visualizing the effectiveness of face masks in obstructing respiratory jets (2020-06-30)
Absence of Apparent Transmission of SARS-CoV-2 from Two Stylists After Exposure at a Hair Salon with a Universal Face Covering Policy (2020-07-17)
Two metres or one: what is the evidence for physical distancing in covid-19? (2020-08-25)
Ability of fabric face mask materials to filter ultrafine particles at coughing velocity (2020-09-04)
(Historique) Panique à Québec : dans les coulisses de la course aux masques (2020-12-15)
COVID-19 : les masques bloquent 99,9 % des grosses gouttelettes à risque (2020-12-23)
Talking can spread Covid as much as coughing, says research (2021-01-20)
Les travailleurs de la santé veulent être mieux protégés (2021-01-23)
Des masques N95 aux soignants… 10 mois après une recommandation (2021-03-16)
COVID longue : Des milliers de travailleurs de la santé atteints (2023-09-21)

Pour la fabrication d’un masque artisanal :
Un patron de masque artisanal contre le Covid-19

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