Roxham : problème ou solution ?

24 février 2023

L’exemple polonais

De tous les pays membres de l’Otan, c’est la Pologne qui a accueilli le plus grand nombre de réfugiés ukrainiens, soit 1,4 million de personnes.

Des centaines de milliers de Polonais ont été chercher en auto les familles ukrainiennes qui se présentaient à la frontière pour leur offrir l’hospitalité. Si bien que l’immense majorité de ces réfugiés logent chez l’habitant.

Pour leur éviter de devenir un fardeau social, l’État polonais leur a aussitôt délivré les permis de travail nécessaires à leur insertion immédiate sur le marché de l’emploi. Ce qui a permis de combler dans ce pays la majorité des demandes pour du personnel non qualifié.

La scolarisation des enfants ukrainiens a permis à leurs parents de travailler. Et ces nouveaux contribuables ont eu accès au système de santé car des ouvriers en santé travaillent de manière plus efficace que s’ils sont malades.

Le résultat, c’est que la croissance économique de la Pologne a été de 4,9 % en 2022. C’est un des taux de croissance les plus élevés parmi les pays occidentaux. À titre de comparaison, ce taux fut de 2,6 % en France, de 2,2 % aux États-Unis, de 1,9 % en Allemagne, et de 1,1 % au Japon.

Le contre-exemple canadien

Le Québec a accueilli en 2022 près de soixante-mille immigrants, dont plus de 39 000 par le chemin Roxham.

Ces derniers représentent 99 % de tous les demandeurs d’asile au Canada.

le permis de travail

Dès leur arrivée en sol canadien, ces immigrants auraient pu, comme en Pologne, contribuer au développement économique du pays. Mais ils ne le peuvent pas en raison de la lenteur d’Ottawa à leur délivrer un permis de travail.

Selon Me Stéphan Handfield, avocat spécialisé en droit de l’immigration depuis trois décennies, les délais d’attente pour un permis temporaire sont actuellement autour de douze à quatorze mois.

Selon cet avocat, les services frontaliers possèdent les compétences et le pouvoir de livrer des permis de travail sur-le-champ. Il suffirait de leur donner des directives claires et simples : exigez la présentation d’une pièce d’identité, vérifiez s’il existe un mandat d’arrestation contre cette personne. Si tout est beau, donnez immédiatement un permis de travail de deux ans.

la répartition territoriale des demandeurs d’asile

Après leur avoir accordé sur-le-champ un permis temporaire de travail, Ottawa aurait pu laisser ceux qui parlent déjà français être pris en charge par le Québec et transporter les autres vers les provinces anglophones du pays.

C’est la suggestion que nous faisions sur ce blogue en septembre 2022.

Mais s’abstenant de le faire, Ottawa faisait en sorte que cet afflux de réfugiés dépasse la capacité de nos classes de francisation et contribue à l’anglicisation du Québec.

Il a fallu une lettre du premier ministre du Québec cette semaine pour qu’Ottawa apprenne officiellement que les organismes québécois d’aide aux réfugiés étaient débordés et qu’il était devenu impossible de trouver des appartements décents pour loger ces nouveaux venus.

Alors qu’Ottawa commence à peine à les répartir à travers le pays, des villes signalent déjà leurs difficultés à les recevoir. D’une crise québécoise, tout cela dégénère rapidement vers une crise canadienne.

Pour l’instant, on trouvera bien quelques hôtels désaffectés pour les loger aux frais des contribuables. Mais ce n’est plus qu’une question de temps pour que la crise du logement épuise toutes les capacités d’accueil au pays.

l’urgence de construire des logements sociaux

En principe, les logements sociaux ne sont pas destinés à loger les néoQuébécois; dans les faits, ils le sont partiellement en raison de la longue disette que leur fait subir l’incurie du fédéral à délivrer des permis de travail.

Mais dès qu’ils obtiennent ce document, l’immense majorité des demandeurs d’asile sont prêts à accepter les emplois qu’on leur offre. Même ceux pour lesquels ils sont surqualifiés. Voilà pourquoi ils ne demeurent pas longtemps sur l’assistance sociale.

En vertu du grand jeu de chaises musicales qu’est le marché locatif, il est important de construire des logements sociaux pour libérer des appartements qu’occuperont ces nouveaux travailleurs que sont les demandeurs d’asile. Parce que notre économie dépend d’eux.

Conclusion

Quand Ottawa ouvre les bras à tous les malheureux de la Terre, ce geste d’empathie s’avère irresponsable quand, au-delà des belles paroles, le pays a négligé de se doter des moyens de les accueillir.

L’exemple polonais nous enseigne que pour être digne de sa réputation surfaite, le Canada doit se doter en premier lieu d’une administration nationale compétente.

Puis il doit se doter des infrastructures d’accueil qui lui sont nécessaires. Ce qui implique que les demandeurs d’asile trouvent là où loger et n’en soient pas réduits à l’itinérance et au travail au noir.

En 2022, la croissance économique du Québec a été de 3,1 %. C’est mieux de bien des pays. Mais cette croissance aurait été encore meilleure sans le boulet des lenteurs administratives d’Ottawa.

En matière d’immigration, le gouvernement québécois n’est pas à l’abri de tout reproche. Mais tant que le Québec n’accèdera pas à l’indépendance, les défauts de son gouvernement ‘provincial’ s’ajouteront à l’incurie qui règne à Ottawa.

Références :
Chemin Roxham: Legault augmente la pression sur Trudeau
Des délais d’attente jusqu’en 2025: plus de 25 000 demandeurs d’asile sans permis de travail
Hausses de loyers abusives: plus de 100 000 logements abordables disparus au Québec en cinq ans
La Pologne passe la barre de 1 million de travailleurs étrangers
Le logement social à Vienne
Le Québec aurait franchi le cap des 300 000 immigrants temporaires
Pénurie de main-d’œuvre: et si on émettait des permis de travail à la frontière?
Roxham Inc.

Parus depuis :
Chemin Roxham : Windsor ne peut plus accueillir de nouveaux demandeurs d’asile (2023-02-28)
Pénurie de main-d’œuvre : il manquerait 18 000 travailleurs immigrants en région (2023-03-06)
50 infirmières prêtes à venir en Gaspésie, mais n’ont pas de logements (2023-03-08)
Des étudiants ne pourront pas étudier à Rimouski, faute de logements: du «jamais-vu» pour l’université (2023-05-23)
Malgré la fermeture du chemin Roxham, un nouveau record de demandeurs d’asile se profile (2023-08-01)
Le Canada ne peut pas loger plus d’immigrants (2023-08-08)
Fermeture du chemin Roxham: «Ça n’a pas donné grand-chose», admet le ministre Roberge (2023-11-10)
Plus de 144 000 demandes d’asile déposées au Canada l’an dernier, un record (2024-01-19)

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés au prix que nous payons pour appartenir au Canada, veuillez cliquer sur ceci.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les cinq pires séismes du XXIe siècle

23 février 2023

Le plus violent tremblement de terre enregistré jusqu’ici est celui survenu au Chili au XXe siècle, plus précisément le 22 mai 1960.

D’une magnitude de 9,5 sur l’échelle de Richter, ce séisme et le tsunami qui l’a accompagné ont tué entre trois et six-mille personnes et causé deux millions de sans-abris, principalement au Chili.

Mais qu’en est-il depuis le début du présent siècle ?

Selon la National Oceanic and Atmospheric Administration des États-Unis, le séisme d’une magnitude de 7,8 qui a dévasté la Turquie et la Syrie le 14 février dernier est le cinquième en importance parmi ceux survenus depuis le début du siècle. Il a fait entre quarante et soixante-dix mille morts.

Au premier rang du palmarès des pires séismes du XXIe siècle figure celui survenu à Haïti le 12 janvier 2010. D’une magnitude de 7, il a tué plus de 300 000 personnes et fait 1,5 million de sans-abris.

Au deuxième rang se trouve celui du 26 décembre 2004 au large de Sumatra. D’une violence extrême (9,1 à l’échelle de Richter), il a causé un tsunami dont les vagues de trente mètres de haut ont balayé les côtes de plusieurs pays du Sud-est asiatique, causant 230 000 morts, dont 170 000 en Indonésie.

Au troisième rang, on trouve celui survenu le 12 mai 2008 dans la province du Sichuan, située dans le sud-ouest de la Chine. D’une magnitude de 7,9, il a causé 87 000 morts et 4,45 millions de blessés.

Au Cachemire, le 8 octobre 2005, un séisme d’une magnitude de 7,6 a fait plus de 75 000 morts et jeté à la rue 3,5 millions de personnes.

Références :
Échelle de Richter
Le séisme qui a tué plus de 39 000 personnes en Turquie et en Syrie est le cinquième le plus meurtrier du XXIᵉ siècle
Séisme de 1960 à Valdivia

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La Place des Vosges en noir et blanc

22 février 2023





 
Note : Cliquez sur une photo pour l’agrandir.

Détails techniques : Panasonic GH1 infrarouge à 720nm, objectif Lumix 14-42mm
1re photo : 1/125 sec. — F/5,6 — ISO 100 — 22 mm
2e  photo : 1/80 sec. — F/5,6 — ISO 100 — 25 mm
3e  photo : 1/50 sec. — F/5,6 — ISO 100 — 21 mm
4e  photo : 1/400 sec. — F/5,6 — ISO 100 — 24 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Roxham : les prières canadiennes adressées aux États-Unis

22 février 2023

Le chemin Roxham vu des États-Unis

Le chemin Roxham est cette voie terrestre qui relie à pied le Québec à l’État de New York. Elle est empruntée annuellement par des dizaines de milliers de demandeurs d’asile.

L’admission au Canada de réfugiés en provenance des États-Unis est régie par l’Entente sur les tiers pays surs (ETPS), conclue entre ces deux pays en 2002.

Elle s’applique aux réfugiés qui se présentent à un des postes frontaliers officiels du Canada. S’ils accèdent au pays par un point d’entrée non officiel (comme le chemin Roxham), l’entente ne s’applique pas à eux.

Depuis des semaines, on nous répète l’importance de colmater cette faille de l’ETPS. De plus, on presse le premier ministre canadien d’aborder cette question lors de la visite du président américain au Canada prévue le mois prochain.

En réalité, les États-Unis se servent du Canada comme déversoir pour atténuer la crise migratoire à laquelle ils sont confrontés. Que le Canada aime cela ou non, il devra ronger son frein puisque nos voisins du Sud ne voient pas l’intérêt de revoir cette entente qui, renégocié ou non, ne changera rien à leur situation.

La défense de la frontière canadienne

Ottawa feint d’ignorer que les traités internationaux ne servent pas à protéger les frontières; ce qui protège les frontières, ce dont les douaniers et les garde-frontières… de préférence, armés.

Pour la personne qui veut échapper à la guerre, à la persécution, à la misère, ou pour celle qui souhaite tout simplement quitter un pays où ses enfants n’ont aucun avenir, les rêves sont irrépressibles.

Voilà pourquoi, au péril de leur vie, des millions de personnes entreprennent des odyssées au cours desquelles ils traverseront des pays ou des mers dans le but d’atteindre une terre où, selon la Bible, coulent le lait et le miel. C’est, dit-on, le cas du Canada.

Tous les pays au monde aimeraient que leurs demandeurs d’asile se présentent à un point d’entrée unique (officiel ou non). Ce qui leur éviterait de dépenser une fortune à la surveillance de la migration transfrontalière.

La frontière sud du Canada (ce qui exclut celle avec l’Alaska) est longue de 6 414 kilomètres. Elle est facilement franchissable d’un bout à l’autre.

Au lieu de passer par le chemin Roxham, si les demandeurs d’asile pénétraient au Canada de partout, il faudrait des milliers de garde-frontières.

Si ces agents sont distants d’un kilomètre, tout réfugié qui passerait au milieu de deux d’entre eux aurait, dès le départ, un demi-kilomètre d’avance.

Sans compter que le garde-frontière qui se lancerait à sa poursuite devrait alors quitter son poste et laisser un trou (de deux kilomètres de frontière sans protection) entre son collègue à l’ouest et celui à l’est.

Bref, à deux gardes par kilomètre, et à trois duos qui se relaient sur 24 heures, il en faudrait plus de 64 000 pour protéger la frontière canadienne.

Sans compter les pilotes des hélicoptères et les appareils de surveillance sophistiqués à acheter pour traquer les malfaiteurs.

À un salaire de seulement 60 000$ par année, c’est une somme de 3,8 milliards qu’il faudrait dépenser annuellement pour remplacer ce qu’une poignée de garde-frontières font au chemin Roxham. Et ce, à un cout dérisoire.

Et puisque la frontière canado-américaine sera toujours une passoire, peu importe les moyens qu’on consacrera à la protéger, aucun parti politique au pouvoir n’acceptera de porter le blâme des lacunes qu’on constatera à répétition.

Donc, ce que fera Ottawa, c’est de privatiser le contrôle des frontières. Comme la sécurité des aéroports américains était assurée par des agences privée avant les attentats du 11 septembre.

Pour le prix du contrat, l’agence de sécurité (probablement américaine) acceptera implicitement de servir de bouc émissaire pour les lacunes qui, inévitablement, surgiront.

Conclusion

Il y a douze ans, au sujet du blogueur Raïf Badawi (emprisonné en Arabie saoudite), le ministre des Affaires étrangères du Canada ne ratait jamais une occasion de dire qu’il était en discussion avec le ‘gouvernement’ (sic) d’Arabie saoudite et qu’il avait bon espoir qu’il serait libéré par ‘Sa Majesté’ (sic) le prince ben Salmane.

Finalement, Raïf Badawi a purgé l’intégralité de sa peine de dix ans d’emprisonnement et il est toujours incapable de quitter son pays.

L’échec diplomatique du Canada à l’égard de l’Arabie saoudite donne un avant-gout de son impuissance anticipée à forcer les États-Unis à aller à l’encontre de leurs intérêts; en vérité, chaque demandeur d’asile qui emprunte le chemin Roxham est un problème de moins pour les États-Unis.

Plutôt que d’affronter l’opinion publique et de travailler à convaincre les Canadiens que le chemin Roxham est un moindre mal et qu’une bonne partie de ces demandeurs d’asile seront utiles à l’économie canadienne, Ottawa a choisi de nous faire croire qu’il a le pouvoir de convaincre les États-Unis d’aller à l’encontre de leurs intérêts.

Références :
Chemin Roxham: Legault augmente la pression sur Trudeau
Chemin Roxham: Ottawa doute qu’un accord soit conclu lors de la visite de Joe Biden
Des délais d’attente jusqu’en 2025: plus de 25 000 demandeurs d’asile sans permis de travail
Le ministre François-Philippe Champagne, paillasson de l’Arabie saoudite
Le Québec aurait franchi le cap des 300 000 immigrants temporaires
Roxham Inc.

Paru depuis : Déshabiller Roxham pour habiller l’aéroport Trudeau (2023-12-22)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Montréal en lumière 2023 (en infrarouge)

20 février 2023
Prismaphonik sur l’esplanade de la Place des Arts
Vue du site d’ouest en est
Grande Roue vue de l’intérieur d’Iceberg

Après une première visite vendredi dernier, je suis retourné sur le site de Montréal en lumière le lendemain soir pour expérimenter la photo de nuit à l’infrarouge.

Pour que celle-ci se distingue d’une simple photo en couleur, il doit y avoir une souche de rayonnement infrarouge. Le jour, c’est simple; c’est le soleil.

Mais la nuit…

Dès le départ, j’ai dû renoncer à utiliser les trois filtres de l’infrarouge Rose bonbon car ils assombrissaient trop l’image.

Dans les photos ci-dessus, seul un filtre bleu Hoya C12 a été utilisé.

Dans la première de cette série, la colonnade de la Place des Arts est teintée rose. Ce qui prouve que même la nuit, certaines sources lumineuses émettent du rayonnement infrarouge (partiellement bloqué par le filtre d’Hoya).

Toutes ces photos manquent de netteté comme si le stabilisateur d’image de mon appareil n’avait pas fonctionné. En dépit de ce défaut, j’aime bien le résultat.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 infrarouge à spectre complet, objectif PanLeica 8-18mm + filtre bleu Hoya C12
1re photo : 1/40 sec. — F/3,2 — ISO 6400 — 10 mm
2e  photo : 1/25 sec. — F/4,0 — ISO 6400 — 18 mm
3e  photo : 1/50 sec. — F/3,2 — ISO 6400 — 11 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Victoire éclatante des États-Unis dans la Guerre des ballons chinois

19 février 2023

Introduction

Il y a quelques jours, les États-Unis et le Canada ont utilisé des missiles AIM-9X Sidewinder (au cout unitaire de 400 000 dollars) pour abattre quatre ballons à la dérive au-dessus de l’Amérique du Nord.

Depuis le 2 février, les États-Unis et la Chine se renvoyaient la balle, sinon le ballon; les premiers accusant la seconde d’utiliser ces ballons pour l’espionner alors que cette dernière accusait l’autre d’hystérie au sujet, disait-elle, de simples aérostats météorologiques déviés leur course par des courants atmosphériques.

L’espionnage

Depuis des siècles, les grandes puissances s’épient mutuellement.

Les premières utilisations de l’espace à des fins d’espionnage militaire sont survenues dès la naissance de la conquête de l’espace, à la fin des années 1950.

De nos jours, les grandes puissances de ce monde (dont la Chine) utilisent des centaines de satellites-espions qui épient la planète.

Pourquoi la Chine utiliserait-elle des ballons soumis aux caprices du vent pour espionner (comme on le faisait au XVIIIe siècle) alors que ses 260 satellites-espions peuvent effectuer des trajectoires précises au-dessus de bases militaires ennemies ?

En 2013, Edward Snowden révélait que les cinq pays à majorité anglo-saxonne — les États-Unis, la Grande-Bretagne, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande — avaient mis sur pied un vaste réseau satellitaire qui enregistre et sauvegarde tous nos textos, tous nos courriels et tous nos appels téléphoniques.

La banalité des ballons

Le journaliste Normand Lester publiait mercredi dernier un article où il recensait l’utilisation des ballons atmosphériques.

Chaque année, plus de cinquante-mille ballons sont lâchés dans la stratosphère (au-delà de 50 km d’altitude) par la National Weather Service des États-Unis.

L’Agence spatiale canadienne permet à des étudiants universitaires d’effectuer des expériences scientifiques à l’aide de ballons stratosphériques géants. En 2021, des étudiants de Polytechnique et de l’université Queen’s ont obtenu cette permission.

Au Texas, la Columbia Scientific Balloon Facility lance à 36,5 km d’altitude des ballons de 120 mètres de diamètre, également à des fins de recherche.

La raison invoquée pour abattre les ballons chinois est qu’ils comportaient un risque de collision pour les avions commerciaux. Ceux-ci circulent à une altitude inférieure à 12 km. Ce qui était le cas du quatrième ballon abattu; il voyageait à environ 6 km d’altitude. Les autres à plus de 12 km.

La paranoïa, arme politique

La paranoïa médiatique entourant ces incidents tire sa source dans la polarisation de la politique américaine; depuis deux semaines, les élus républicains et les médias qui relaient leur propagande ont utilisé cet incident pour tenter de dépeindre Joe Biden comme un président faible face à la menace chinoise.

Vue du Canada, cette bulle médiatique devrait nous paraitre risible. Pourtant, nos médias nous en ont parlé comme si nous étions effectivement au bord d’un affrontement cataclysmique entre les États-Unis et la Chine.

À défaut de correspondants à l’Étranger (sauf pour Radio-Canada), nos médias comptent sur les dépêches émises par des agences de presse pour s’approvisionner en nouvelles internationales. Or toutes ces agences répètent de la propagande américaine.

Résultat : insupportable aux yeux de la Chine, l’humeur belliqueuse des États-Unis motive encore plus celle-ci à aider secrètement la Russie en Ukraine.

La nouvelle théorie des dominos

Que ce soit la cybercriminalité russe, la guerre en Ukraine, les lacunes de nos défenses nordiques, la menace d’une invasion chinoise à Taïwan, toutes ces nouvelles ont une chose en commun; le message selon lequel nous sommes menacés de toutes parts.

Depuis un an, nous sommes passés de la confiance triomphaliste — « Nous jetterons l’économie russe par terre.» — à la plus vive inquiétude; « Si l’Ukraine tombe, l’Europe tombera tout entière aux mains de la Russie et l’ordre mondial s’effondrera

Entre les deux, la peur de manquer d’énergie aura convaincu les Européens de leur vulnérabilité.

En faisant flèche de tout bois et en exagérant la puissance militaire de la Russie — qui, rappelons-le, peine à conquérir l’Ukraine — le message subliminal qui nous est répété quotidiennement est le suivant : il est essentiel de consentir à acheter beaucoup plus d’armement américain.

Ce qui signifie qu’il faudra réduire notre ambition à verdir notre économie, à corriger les lacunes béantes de notre système de santé et de notre système scolaire, à investir dans le logement social et le transport en commun, etc.

Voilà comment s’amorce la fabrication du consentement politique en faveur d’un investissement massif en dépenses militaires.

Références :
Ballon abattu : Pékin a refusé un appel téléphonique avec le chef du Pentagone
Des ballons, en veux-tu? En v’là!
Edward Snowden
Incident des ballons chinois de 2023
La fabrication du consentement politique : un exemple américain
Le ballon-espion chinois a profité des « angles morts radar », indique le NORAD
Plouf, le missile à 400.000 dollars: comment les Américains ont traqué les “objets” volants

Parus depuis :
Le FBI espionne encore régulièrement les communications d’Américains (2023-05-19)
Protection de données : une amende de 1,75 milliards $ pour Meta, un record en Europe (2023-05-22)
Le ballon chinois ayant survolé les États-Unis n’aurait pas récolté d’informations (2023-06-29)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Montréal en lumière, édition de 2023

18 février 2023
Entrée du site à l’ouest, sur Sainte-Catherine
Entrée de l’Ilot Balmoral
Optik (par Urban Conga)
Sentier de patin Banque Scotia
Iceberg (d’APPAREIL architecture)
Grande Roue Loto-Québec
Les cinq tubes illuminés de la Glisse vite Tim Horton
Prismaphonik (de William Simard, Anthony Gagnon Boisvert)
Projections lumineuses sur la Maison symphonique
Prismatica (de RAW Design)
Patinoire de l’esplanade Tranquille

Interrompu en 2021 en raison de la pandémie, le festival Montréal en lumière est de retour cet hiver jusqu’au 5 mars 2023 pour sa 24e édition.

En plus de son volet musical et son volet gastronomique — qui met en vedette cette année des chefs scandinaves — le festival inaugure le Sentier de patin qui, à la différence d’une patinoire rectangulaire ou carrée, est un circuit en boucle, surélevé et long de 300 mètres, qui sillonne la place des Festivals.

Ce sentier fait symétrie avec la patinoire de l’esplanade Tranquille, de forme plus traditionnelle, située à l’autre extrémité du site.

Pour terminer, rappelons qu’il suffit de cliquer sur une des images ci-dessus pour l’agrandir.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 25 mm F/1,2 (4e et 9e photos) et PanLeica 8-18 mm (les autres photos)
  1re photo : 1/160 sec. — F/3,4 — ISO 1600 — 12 mm
  2e  photo : 1/60 sec. — F/4,0 — ISO 6400 — 17 mm
  3e  photo : 1/40 sec. — F/3,5 — ISO 6400 — 14 mm
  4e  photo : 1/60 sec. — F/3,6 — ISO 4000 — 14 mm
  5e  photo : 1/60 sec. — F/1,2 — ISO 1250 — 25 mm
  6e  photo : 1/60 sec. — F/3,1 — ISO 2500 — 9 mm
  7e  photo : 1/60 sec. — F/4,0 — ISO 6400 — 18 mm
  8e  photo : 1/60 sec. — F/3,2 — ISO 6400 — 10 mm
  9e  photo : 1/60 sec. — F/3,7 — ISO 5000 — 15 mm
10e  photo : 1/60 sec. — F/1,2 — ISO 250 — 25 mm
11e  photo : 1/60 sec. — F/3,7 — ISO 5000 — 15 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le briquet et l’essence

16 février 2023

L’affaire Tigana Mbidi Kiata

Le 14 octobre 2020, peu après 16h30, une ainée de 82 ans effectuait sa promenade quotidienne quand elle fut heurtée mortellement par une voiture qui roulait à environ 80 km/h sur le trottoir.

L’accident est survenu dans l’arrondissement de Saint-Léonard, plus précisément dans une zone de 30 km/h en raison de la proximité d’une école primaire.

La voiture a d’abord frôlé deux piétons, puis est montée sur le trottoir pour ensuite percuter la victime et finalement s’écraser contre un arbre.

Même si son véhicule est une perte totale, le chauffard n’a pas été blessé en raison de sa ceinture de sécurité et de son sac gonflable.

Défendu par l’aide juridique, le chauffard a été accusé de conduite dangereuse ayant causé la mort.

L’accusé travaillait cinquante heures par semaine. L’accident est survenu après une journée de douze heures commencée à 4h du matin.

Après l’accident, l’accusé s’est endormi sur le siège arrière de la voiture de police qui le conduisait au poste pour interrogation.

Lors de son témoignage, l’accusé a affirmé n’avoir conservé aucun souvenir des instants qui ont précédé la collision.

À l’issue récente du procès, la juge Dominique-B. Joly de la Cour du Québec a estimé qu’elle était en présence d’un cas de perte momentanée de contrôle inexpliquée. Du coup, elle a déclaré l’accusé non coupable.

La clé de l’énigme

L’explication de cette perte de contrôle se trouve dans le témoignage des policiers; l’accusé s’est endormi sur le siège arrière de leur autopatrouille.

Même si l’accusé a témoigné sous serment qu’il n’était pas fatigué du tout pendant qu’il conduisait, on doit se poser la question suivante : comment un assisté social (puisqu’il avait droit à l’aide juridique) peut-il s’endormir après avoir subi la perte totale de sa voiture et après avoir tué quelqu’un ?

La réponse est simple; parce qu’il était épuisé. Et parce qu’épuisé, il s’est endormi au volant.

La médiocrité des juges libéraux

L’avocate Dominique-B. Joly a accédé à la magistrature en 2005 alors qu’elle fut nommée juge à la Cour municipale de la ville de Montréal par le gouvernement libéral de Jean Charest.

À l’époque, selon la Commission Bastarache, le critère premier pour être nommé juge, ce n’était pas la compétence; c’était d’avoir contribué à la caisse du Parti libéral du Québec.

En 2014, elle fut promue à la Chambre criminelle et pénale de la Cour du Québec par le gouvernement libéral de Philippe Couillard.

En huit ans à la Chambre criminelle, on peut présumer qu’elle a déjà entendu des témoins se parjurer.

Pourtant, lorsqu’un accusé affirme sous serment qu’il n’était pas du tout fatigué après son quart de travail, la magistrate le croit dur comme fer.

Ce serait donc les yeux grands ouverts que le chauffard aurait passé proche de tuer deux piétons, aurait dévié sa course sur le trottoir pour y heurter mortellement sa victime et se précipiter sur un arbre.

Tout s’est passé tellement rapidement, écrit la juge Joly, qu’il n’est pas étonnant que l’accusé ait peu de souvenirs des évènements.

Parions que si, au cours du procès, le policier qui assurait la sécurité des lieux avait soudainement dégainé son arme et tiré en direction de la juge Joly, celle-ci conserverait de ce bref moment un souvenir indélébile…

Meurtre ou conduite dangereuse ?

Selon le Code criminel, on ne peut condamner un accusé pour meurtre que s’il n’existe aucun doute quant à sa culpabilité. Et dans le cas précis d’une accusation de meurtre au premier degré, on doit prouver la préméditation et l’intention coupable.

Dans l’accusation de conduite dangereuse ayant causé la mort, il faut, hors de tout doute raisonnable, prouver seulement deux choses. Premièrement, que la conduite était dangereuse; or rouler en voiture à 80 km/h sur un trottoir est clairement une conduite dangereuse. Et deuxièmement, que cette conduite dangereuse ait causé la mort de quelqu’un; or l’ainée est réellement morte d’avoir été happée par le véhicule conduit par l’accusé.

Prouver l’intention coupable n’est pas nécessaire. Pourtant, dans son jugement, la juge Dominique-B. Joly écrit :

« Il n’y a aucune preuve démontrant la moindre intention délibérée de créer un danger pour les autres usagers de la route. Il y a perte momentanée de contrôle inexpliquée. Tout ce qui a précédé semble toutefois s’inscrire dans le comportement usuel de tout conducteur automobile.»

Il n’est pas exclu de penser qu’en plus de la personne happée, cet accident de la route ait fait une deuxième victime; le conducteur lui-même, exploité par un employeur qui l’oblige à travailler indument, et dont le véhicule est une voiture de fonction.

Serait-ce par pitié que la juge Dominique-B. Joly a innocenté l’accusé ?

On en trouve peut-être des indices dans le texte de la magistrate, un document dont je n’ai pu obtenir de copie malgré mes très nombreuses démarches.

En dépit de cela, instaurer une jurisprudence selon laquelle tout automobiliste peut tuer un piéton du moment qu’il ne le fait pas par exprès est une connerie.

Les conséquences

Le 24 octobre 2021 dans un village de trois-mille habitants situé à 50 km à l’est de Montréal, un adolescent de 15 ans roulant en scooter était tué par le conducteur d’un véhicule utilitaire qui avait dévié de sa route.

La preuve recueillie par les policiers démontrait que le chauffard était en train d’utiliser son téléphone avant et pendant l’impact mortel. Ce que le conducteur a lui-même reconnu aux policiers lorsque ces derniers sont arrivés sur les lieux.

Le 13 février dernier — soit deux semaines après le jugement dans l’affaire Tigana Mbidi Kiata — l’avocat de la Direction des poursuites criminelles et pénales (la DPCP) annonçait sa décision d’abandonner ses accusations dans ce cas-ci.

Pour expliquer cette décision, la porte-parole de la DPCP a déclaré : « À la suite d’une analyse complète du dossier d’enquête, la DPCP a conclu qu’aucune accusation ne pouvait être portée relativement à cet évènement tragique, n’ayant pas la conviction d’une perspective raisonnable de condamnation.»

En d’autres mots, puisque la jurisprudence établie récemment par la juge Dominique-B. Joly exige qu’on prouve hors de tout doute raisonnable l’intention coupable d’un chauffard lorsqu’il happe mortellement un piéton, un cycliste ou un motocycliste, nous abandonnons la cause puisque nous n’avons pas la preuve qu’il l’a fait par exprès.

La plainte privée

Lorsque la DPCP refuse de porter plainte, les citoyens peuvent recourir à un processus rarement utilisé, soit la plainte privée.

Michel Gauvin est le père de Caroline, grièvement blessée dans un accident d’auto impliquant des tracteurs de déneigement en 2013.

Après que la DPCP eut refusé de poursuive les responsables de l’accident, M. Gauvin a décidé de donner une seconde chance au système judiciaire en déposant une plainte privée.

Mais devant les tribunaux criminels, seule la DPCP est habilitée à porter plainte. Mais si la DPCP avait remporté cette cause privée, elle aurait démontré sa faute à intenter d’elle-même les poursuites contre les coupables.

Après une préenquête bâclée, la DPCP a ordonné un arrêt de procédure pour insuffisance de preuve. Or il ne peut y avoir de procès sans plaignant. On peut avoir tous les témoins qu’on veut, pas de plaignant, pas de procès.

Au lieu d’acquiescer sommairement à la demande de la DPCP, le juge a néanmoins décidé de justifier une décision qu’il rendait à contrecœur.

Inconduite flagrante, partialité évidente, conduite répréhensible. Voilà les mots utilisés par le magistrat pour blâmer la DPCP d’avoir commis un abus de procédure en nuisant à un père de famille en quête de justice pour sa fille.

Les tribunaux civils

Lorsque les tribunaux criminels refusent de jouer leur rôle, les conjoints et les enfants endeuillés peuvent se tourner vers les tribunaux civils afin d’obtenir justice.

Se pose alors le problème de l’accessibilité économique au système judiciaire.

Dans une cause criminelle, c’est l’État (par le biais de la DPCP) qui se charge de punir les conducteurs fautifs d’avoir causé la mort d’un autre utilisateur de la voie publique.

Toutefois, dans une cause civile, les proches de la victime, en plus d’assumer leur deuil, doivent se choisir un avocat et entreprendre à leurs frais de longues et couteuses démarches juridiques en vue d’obtenir réparation. Ce qui peut prendre des années.

Dans les faits, les personnes aisées sont les seules qui peuvent se permettre le luxe d’entreprendre de telles procédures.

Pour l’assisté social, le travailleur à faible revenu et même le travailleur moyen — bref, pour la grande majorité de la population — la seule voie qui reste, c’est de se faire justice soi-même.

Quand l’État refuse d’assumer ses responsabilités, les citoyens doivent se tourner vers le privé. Or dans une cause criminelle, le privé, c’est le briquet et l’essence.

Se sortir de la faillite de l’État canadien

L’ordre professionnel des avocats du Québec (appelé le Barreau) déposait en 2018 une requête (financée en sous-main par Ottawa) qui était destinée à faire invalider toutes les lois du Québec. Cette entreprise insensée fut arrêtée par un vote obtenu de justesse lors d’une assemblée générale spéciale des membres du Barreau.

D’autre part, plus récemment, Julie Rondeau, juge en chef de la Cour du Québec, a ordonné une grève du zèle de tous les magistrats sous son autorité en leur demandant de ne siéger qu’un jour sur deux alors qu’en Ontario et en Colombie-Britannique, les juges en Chambre criminelle consacrent deux fois et demie plus de temps à entendre les causes qui leur sont soumises.

En favorisant une thrombose judiciaire, la juge Rondeau veut forcer le ministre de la Justice du Québec à instaurer une discrimination à l’embauche contre tous les avocats québécois qui ne sont pas parfaitement bilingues alors qu’un avocat unilingue anglais peut librement accéder à la magistrature au Canada anglais.

Bref, la profession juridique est minée de l’intérieur par un cancer que sont tous ces juges incompétents nommés par le fédéral ou par le Parti libéral du Québec.

Le seul moyen de s’en débarrasser est de faire table rase de cette monarchie constitutionnelle sclérosée qu’est le Canada et de repartir à neuf en créant un nouveau pays, digne du XXIe siècle, où le système judiciaire sera au service du peuple.

Références :
Acquitté après avoir fauché une piétonne en roulant sur le trottoir à 80 km/h
Adolescent happé mortellement en scooter: le conducteur distrait par son téléphone ne sera pas accusé
Aînée happée mortellement : «Le véhicule s’en venait rapidement»
L’esprit de caste de la juge Lucie Rondeau
Ottawa finance la demande d’invalidation de toutes les lois du Québec
L’utilité de la Commission Bastarache
Un chauffard tue une aînée dans une zone de 30 km/h
Un procureur du DPCP malmené par un juge

Postscriptum : Pendant que ce texte était l’objet d’une révision de dernière minute, Paul-Jean Charest, conseiller en communications de la Cour du Québec, nous expédiait une copie de la décision de la juge Dominique-B. Joly. À sa lecture, ce jugement ne remet pas en question le texte publié.

Ceci étant dit, nous remercions M. Charest pour son aimable collaboration.

Référence : Décision de l’honorable Dominique-B. Joly

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le sabotage des gazoducs Nord Stream par les États-Unis

14 février 2023

Avant-propos

Gagnant de plusieurs distinctions, dont le prix Pulitzer en 1970, le journaliste d’investigation Seymour Hersh a publié le 8 février un article qui explique comment les États-Unis auraient procédé, selon lui, pour obliger l’Allemagne à se sevrer de manière irréversible au gaz fossile russe.

Le texte qui suit résume sa thèse et en présente le contexte.

L’adoption du gaz fossile russe par l’Allemagne

En 2010, le nucléaire comptait pour environ le quart de la production électrique totale de l’Allemagne. À la suite de la catastrophe japonaise de Fukushima l’année suivante, l’Allemagne s’était donné une décennie pour fermer ses centrales.

Ses engagements internationaux en matière de réduction des gaz à effet de serre l’empêchaient de compenser cela par le recours accru au charbon comme combustible. L’Allemagne a donc investi massivement dans l’éolien et le solaire.

En raison de l’instabilité de la production électrique obtenue à partir de ces moyens, le pays adopta le gaz fossile comme moyen de stabiliser sa production électrique et comme source d’énergie privilégiée pour son industrie lourde.

À cette fin, l’Allemagne s’est tournée vers la Russie, deuxième producteur mondial, en raison de sa proximité et du prix de vente très bas de ses hydrocarbures (ce qui donnait à l’industrie lourde allemande un avantage compétitif).

Les États-Unis et Nord Stream 2

Le marché allemand étant convoité par les États-Unis (premier producteur mondial de gaz fossile), ces derniers ont exprimé leur opposition à la construction d’un premier gazoduc (Nord Stream 1) reliant directement la Russie à l’Allemagne.

Puis, dès novembre 2021, ils ont fait pression sur cette dernière pour qu’elle retarde le processus de certification du gazoduc Nord Stream 2.

Reliant lui aussi la Russie à l’Allemagne par le golfe de Finlande et la mer Baltique, ce gazoduc était destiné à accroitre l’approvisionnement de l’Allemagne en gaz fossile russe, sans toutefois être strictement nécessaire dans l’immédiat.

Deux semaines avant le début de l’invasion russe en Ukraine, le président américain déclarait :

« Si la Russie envahit [l’Ukraine], alors il n’y aura plus de Nord Stream 2. Nous y mettrons fin. […] Je vous le promets; nous serons en mesure de le faire.»

Au déclenchement de la guerre russo-ukrainienne, la certification de ce gazoduc fut refusée le 22 février 2022.

Dans un premier temps, ce refus n’empêcha pas l’Allemagne de continuer d’être approvisionnée par d’autres moyens, notamment par le gazoduc maritime Nord Stream 1, et par des gazoducs terrestres traversant la Pologne et l’Ukraine.

Pour les États-Unis, le sevrage allemand aux hydrocarbures russes était une pièce maitresse de la stratégie qu’ils entendaient déployer dans leur guerre économique et militaire contre la Russie.

En effet, tant que l’Allemagne dépendait du gaz russe, Washington craignait que ce pays hésite à adopter des sanctions économiques contre la Russie et à livrer des armes à l’Ukraine.

Le 1er mars 2022, une des premières sanctions américaines fut d’empêcher l’accès de la Russie au système SWIFT. Celui-ci facilite les flux financiers qui permettent, entre autres, aux banques russes d’encaisser le paiement des achats d’hydrocarbures par l’Europe (libellés en euros).

Le but de ce blocus financier était de faire en sorte que la Russie coupe l’approvisionnement en gaz à l’Allemagne pour non-paiement. Évidemment, d’autres pays européens étaient affectés, mais la cible américaine était principalement l’Allemagne.

Pour contourner ce blocus, Poutine décréta le 23 mars que le gaz russe se paierait dorénavant en roubles. Ce que l’Allemagne accepta quatre jours plus tard.

La Pologne, elle, refusa. Puisque la consommation de gaz russe se paie mensuellement, la Russie ferma le 26 avril le robinet du gazoduc Yamal-Europe qui approvisionnait la Pologne, privant indirectement l’Allemagne de ses approvisionnements par le biais de ce gazoduc.

Comble de malchance, le gaz russe destiné à l’Europe qui transitait par l’Ukraine fut détourné le mois suivant par l’armée d’occupation russe pour desservir les régions séparatistes de l’Est de l’Ukraine.

Les États-Unis et Nord Stream 1

Pour l’Allemagne, il restait heureusement Nord Stream 1. Mais les États-Unis avaient une autre carte dans leur jeu.

Les turbines et les compresseurs de tous les gazoducs au monde font périodiquement l’objet de maintenance et de réparations.

Or, pour des raisons inconnues, le conglomérat allemand Siemens avait décidé de confier imprudemment l’entretien des turbines de Nord Stream 1 à sa filiale canadienne.

Sous l’influence de la vice-première ministre canadienne (de descendance ukrainienne), le Canada refusa en juin 2022 de laisser partir les turbines remises à neuf au Canada, à la surprise des dirigeants allemands, soudainement conscients du piège qui se refermait sur eux.

Même si le Canada permit finalement en juillet 2022 aux turbines de quitter le pays vers l’Allemagne, il fut impossible de les acheminer en Russie.

Cette dernière exigeait que l’Allemagne, le Canada et la Grande-Bretagne lui garantissent que les turbines réparées au Canada ne seraient pas sabotées au cours de leur transit en Pologne et dans deux républiques baltes.

L’Allemagne échec et mat

En six mois, tout cela provoqua l’interruption de la fourniture directe du gaz fossile russe en Allemagne.

Par le jeu des vases communicants — celui du réseau de gazoducs qui sillonnent l’Eurasie — on estime qu’une bonne partie du gaz fossile que reçoit actuellement l’Europe est du gaz russe réacheminé par le biais de fournisseurs asiatiques.

Pour Washington, le sevrage imposé à l’Allemagne ne suffisait pas; il fallait qu’il soit irréversible.

La planification du sabotage

De mars à décembre 2021, Washington prétendait officiellement que l’armada que la Russie amassait aux frontières de l’Ukraine n’était qu’un bluff de Poutine.

Mais en décembre, l’administration Biden avait acquis la conviction que l’invasion de l’Ukraine par la Russie était imminente.

Au cours d’une réunion secrète tenue ce mois-là dans un édifice à proximité de la Maison-Blanche, Jake Sullivan, conseiller du président à la Sécurité nationale présenta un plan de destruction des gazoducs Nord Steam. Et ce, afin de donner suite à la volonté présidentielle exprimée secrètement bien avant la déclaration publique dont nous avons parlé plus tôt.

Toutefois, il était essentiel de tout mettre en œuvre pour que ce casus belli ne laisse aucune trace qui pourrait le relier aux États-Unis.

Le problème, c’est que cette partie de la mer Baltique est l’objet d’une surveillance étroite de la part de la marine russe en raison de son importance géostratégique

Ce sont les Suédois qui eurent la solution à ce problème.

Annuellement depuis 21 ans, l’Otan mène en juin un exercice militaire de grande envergure en mer Baltique.

Afin d’éviter un incident militaire qui pourrait dégénérer, il est coutumier pour l’armée russe de se tasser pour laisser la place aux armées occidentales. D’où l’idée de servir de cet exercice comme paravent à l’opération secrète de sabotage.

Conséquemment, du 5 au 17 juin 2022, un commando de plongeurs de la marine américaine a planté des explosifs à retardement qui, trois mois plus tard, allaient détruire les gazoducs Nord Stream.

Au cours des premiers mois de 2022, l’entrainement de ce commando eut lieu à Panama City.

Panama City est une ville américaine située au nord-ouest de la Floride. L’armée américaine y possède la deuxième plus vaste piscine interne du continent américain, après celle du spectacle ‘O’ du Cirque du Soleil.

C’est là qu’elle entraine ses plongeurs en vue de sauvetages en mer ou d’opérations de sabotage.

Les réactions au sabotage

Le 26 septembre 2022 eut lieu finalement le sabotage des gazoducs Nord Stream 1 et 2, scellant le sevrage officiel et définitif de l’Allemagne au gaz fossile russe.

En principe, le sabotage délibéré d’un oléoduc est un casus belli, c’est-à-dire un acte considéré comme justifiant une déclaration de guerre.

Mais l’Allemagne est gouvernée par une coalition politique de trois partis minée par des dissensions internes.

Incapable de s’entendre à ce sujet, la coalition au pouvoir n’a pas osé protester, préférant encaisser la gifle plutôt que de menacer de guerre un coupable (encore inconnu) qui pourrait s’avérer être le pays responsable de sa sécurité militaire.

Dès l’annonce du sabotage, les États-Unis et l’Otan ont tenté de faire diversion en accusant la Russie d’en être responsable. En réalité, on voit mal pourquoi la Russie se serait donné la peine de saboter ses propres gazoducs quand il lui suffit de fermer de chez elle les robinets qui les approvisionnent.

Conclusion

Indépendamment de savoir si la thèse du journaliste Seymour Hersh est exacte, il est certain que ce sabotage a été commis par les États-Unis.

Ce pays est le seul qui, à la fois, avait intérêt à ce sabotage, possédait les moyens d’une opération d’une telle envergure, et avait le pouvoir de s’assurer que l’enquête suédo-danoise n’aboutisse à rien.

Le silence de la Suède était facile à obtenir. Pour adhérer à l’Otan, ce pays a besoin de la bénédiction des États-Unis. Si ces derniers lui ont demandé de confier l’enquête à des inspecteurs dont le quotient intellectuel est en deçà du seuil de détection, comment pouvait-elle refuser cette faveur à un si bon ami…

Références :
Baisse des livraisons de gaz russe en transit via l’Ukraine
BALTOPS
Électricité en Allemagne
How America Took Out The Nord Stream Pipeline
La guerre russo-ukrainienne et la vassalisation de l’Europe
L’Allemagne suspend la procédure de certification du gazoduc Nord Stream 2
Liste des pays par production de gaz naturel
Nord Stream : des explosions équivalant « à des centaines de kilos » de TNT
Nord Stream : une 4e fuite, l’OTAN dénonce des sabotages « irresponsables »
Poutine menace de couper le gaz si l’Europe ne paye pas en roubles
Renvoi de turbines en Allemagne : des ministres convoqués par un comité parlementaire
Sabotage des gazoducs Nord Stream
Si la Russie envahit l’Ukraine, “il n’y aura plus” de gazoduc Nord Stream 2
United States Navy Experimental Diving Unit
Yamal-Europe

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les relations sino-saoudiennes

12 février 2023


 
Le 7 décembre dernier, les plateaux de France24 accueillaient quatre panellistes qui profitaient de la visite de trois jours du président chinois en Arabie saoudite pour discuter plus spécifiquement des liens économiques entre ces deux pays, et plus généralement de la perte d’influence de l’Occident dans cette partie du monde.

Étaient réunis :
• Jean-Joseph Boillot, économiste spécialiste des BRICS et auteur du livre “Utopies made in Monde”
• Jean-Paul Tchang, économiste et cofondateur de la Lettre de Chine,
• Clarence Rodriguez, consultante et seule reporter permanente accréditée en Arabie saoudite de 2005 à 2017,
• David Rigoulet-Roze, rédacteur en chef de la revue Orients Stratégiques et chercheur à l’Institut français d’analyse stratégique.

En résumé :
• l’Arabie saoudite veut montrer qu’elle est menée par ses propres intérêts,
• la guerre russo-ukrainienne ayant perturbé le transport ferroviaire entre l’Europe et la Chine, celle-ci veut solidifier sa ‘Route de la soie’ vers le Moyen-Orient (dans le but de faciliter l’importation des matières premières dont elle a besoin). Rappelons que par un nouveau pipeline passant par la Birmanie, la Chine importe de 20 % à 25 % de son pétrole d’Arabie saoudite et 52 % de son pétrole des pays arabes,
• les deux pays jettent les bases de discussions en vue d’un éventuel traité de libre-échange,
• la trentaine d’accords signés (30 milliards$) visent à vendre des équipements chinois en Arabie saoudite et notamment des technologies essentielles à l’industrialisation du monde arabe alors que les États-Unis n’investissent rien dans la région,
• ces accords sont partiellement des échanges culturels destinés à faire la promotion en Chine de la civilisation arabe et de l’influence positive de l’Islam, répondant ainsi au désir de considération de l’Arabie saoudite,
• le projet le plus cher à Mohammed ben Salmane est la construction de la ville futuriste Neom en plein désert, au cout de 500 millards$. Or ce projet suscite l’indifférence en Occident, mais l’intérêt (feint ou non) de la Chine.

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Écrit par Jean-Pierre Martel