Au début de cette année, au Forum économique mondial de Davos, le premier ministre canadien a appelé les pays occidentaux d’importance moyenne à se regrouper pour mieux contrer l’intimidation des puissances hégémoniques.
En mars dernier, sur les dix-huit pays invités par Ottawa, seulement cinq ont accepté de participer à la mise sur pied de la Banque de la défense, de la sécurité et de la résilience.
Classés selon le rang mondial de leurs dépenses militaires en 2025, les pays participants sont le Canada (16e rang), la Turquie (18e), la Grèce (34e), la Lettonie (69e) et le Luxembourg (89e).
De plus, la Norvège (au 24e rang mondial) a accepté de s’y joindre à titre d’observateur.
Puisque, pour l’instant, c’est le Canada qui paie les frais de la création de cette banque, tous les participants ont accepté que le siège social de cette institution soit situé dans notre pays.
Il est possible que cette banque acquière de l’importance à l’avenir. Mais pour l’instant, l’espoir d’Ottawa de la voir se doter d’une capitalisation de 185 milliards de dollars et d’y faire travailler 3 500 personnes relève d’un grand optimisme.
Il n’en fallait pas plus pour que quatre grandes villes canadiennes se montrent désireuses de l’accueillir, soit Montréal, Ottawa, Toronto et Vancouver.
Il est très improbable que Vancouver soit choisie en raison des milliers de kilomètres supplémentaires qu’auraient à parcourir les délégations des pays participants, principalement européens.
Ottawa n’a pas la stature internationale de ses rivales que sont Montréal et Toronto.
Toronto est la capitale financière du Canada. De plus, l’Ontario possède une industrie militaire plus développée que celle du Québec grâce au fait qu’Ottawa a toujours refusé de donner au Québec sa juste part des contrats du ministère de la Défense.
Montréal, ville mi-américaine et mi-européenne, jouit du meilleur écosystème pour accueillir des institutions internationales.
Alors que les industries militaires ontariennes ne sont que des usines d’assemblage de produits basés sur de la technologie américaine, l’industrie aéronautique québécoise est le fruit du génie québécois puisque les avions de Bombardier ont été conçus au Québec.
Ce qui signifie que la contribution canadienne au partenariat canado-européen de la défense a plus de chance de réussir s’il s’appuie sur les avantages que possède Montréal.
En somme, en décidant d’établir le siège social de cette banque à Montréal, Ottawa ne fait pas une faveur au Québec; à l’inverse; c’est plutôt Montréal qui fait profiter Ottawa de son écosystème diplomatique et industriel.
Quant à l’argument selon lequel Ottawa ne devrait pas investir dans une province qui risque bientôt de faire sécession du Canada, rappelons que, pour l’instant, les Québécois paient des taxes.
Si Ottawa punit le Québec pour une indépendance qu’il ne fait pas, il est aussi bien de la faire puisqu’au moins, il en retirerait les avantages, ce qu’il n’a pas en restant dans le Canada.
Références :
Banque de la défense : comment les 4 villes candidates veulent se démarquer?
Banque de la défense : « Idéalement » un dirigeant qui parle français, dit Québec
Forum économique mondial de Davos : lisez le discours intégral de Mark Carney
Future Banque de la défense : le Canada obtient le siège social
Future Banque de la défense : Ottawa veut rallier davantage de pays avant le sommet de l’OTAN
Liste des pays par dépenses militaires
Écrit par Jean-Pierre Martel