Les dessous de la Troisième guerre du Golfe

Publié le 19 mars 2026 | Temps de lecture : 12 minutes


Avant-propos : Alors que nous sommes entrés dans la troisième semaine de ce conflit, le nuage de la propagande — si opaque au début de n’importe quelle guerre — commence à se dissiper.

Si bien qu’on peut y voir suffisamment clair pour tenter d’analyser ses tenants et ses aboutissants.

Introduction

La guerre actuelle en Iran vise des objectifs différents selon les attaquants.

La motivation israélienne est double, politique et sécuritaire, tandis que celle des États-Unis est le fruit d’une vision géostratégique beaucoup plus vaste.

La motivation israélienne

L’aspect politique

Le succès de Benyamin Netanyahou et la longévité de sa carrière politique reposent en bonne partie sur la crainte de l’Iran. Une crainte qu’il entretient et qu’il exacerbe parmi la population israélienne.

Son discours apocalyptique a besoin que l’Iran soit perçu comme une menace imminente et terrifiante. Et que lui apparaisse comme le politicien le plus déterminé à y faire face.

De plus, il sait que, dès qu’il perdra le pouvoir, la justice israélienne procèdera dans les causes en suspens où il est accusé de corruption.

L’aspect sécuritaire

La sécurité d’Israël nécessite que le pays soit armé jusqu’aux dents et qu’il soit entouré de voisins inoffensifs.

Voilà pourquoi l’armée israélienne a décimé le Hezbollah au Liban et a profité de l’effondrement du régime de Bachar el-Assad en Syrie pour détruire les installations militaires du pays.

C’est maintenant au tour de l’Iran d’être ‘dégriffé’ sous les tonnes de bombes qu’Israël fait pleuvoir sur lui. Par la même occasion, les dirigeants israéliens rêvent d’une capitulation iranienne en vertu de laquelle ce pays renoncerait à son financement du terrorisme régional.

Malheureusement, la pacification du Moyen-Orient n’est possible qu’à la condition supplémentaire qu’aucun des pays de la région ne se démocratise.

Actuellement, le Liban est le seul voisin d’Israël où se tiennent des élections dignes de ce nom. Celles prévues cette année ont été reportées de deux ans en raison des attaques israéliennes.

Pourquoi la démocratisation du Proche et du Moyen-Orient est-elle contraire aux intérêts d’Israël ? En raison de la colonisation de la Palestine.

En Occident, celle-ci se fait dans l’indifférence générale. Mais ce n’est pas le cas dans les pays musulmans, où elle est suivie quotidiennement.

Voilà pourquoi les Musulmans de ces pays détestent les dirigeants israéliens. Et ils détestent également le peuple israélien. Et ce, pour le sort qu’ils font subir aux Palestiniens.

Donc, si les citoyens de ces pays pouvaient voter, ils éliraient des politiciens qui tiennent un discours haineux à l’égard d’Israël. Un discours qui ne peut mener qu’à des affrontements militaires.

Le moment choisi pour déclencher la guerre en Iran

Pourquoi maintenant ?

L’initiative israélienne est la deuxième tentative en moins d’un an de saboter les négociations américano-iraniennes au sujet du programme nucléaire iranien.

En juin 2025, la Guerre des 12 jours a été déclenchée par Israël juste avant l’ouverture d’un nouveau cycle de négociations à ce sujet.

Cette fois-ci, l’attaque survient alors que ces négociations avaient repris et que Washington répétait à qui voulait l’entendre que les discussions étaient positives, du moins quant au programme nucléaire iranien.

C’était bien la dernière chose que Netanyahou voulait entendre.

La perspective de voir Trump annoncer fièrement la conclusion d’un Big & Beautiful Deal avec l’Iran, c’est-à-dire d’une entente ‘garantissant’ une paix durable au Moyen-Orient, n’est-ce pas suffisant pour faire de l’insomnie lorsqu’on s’appelle Benyamin Netanyahou ?

D’où l’idée de saboter dans les plus brefs délais cette négociation avant qu’elle n’aboutisse. Comme Boris Johnson l’a fait au sujet des négociations russo-ukrainiennes en mars 2022.

L’éclatante victoire que constitue l’assassinat du Guide suprême et de centaines de dirigeants du pays ne doit pas nous empêcher que soupçonner que les frappes israéliennes visaient, entre autres, les négociateurs iraniens.

Ce qui rappelle qu’Israël a précédemment tenté d’assassiner ses vis-à-vis du Hamas lors des négociations israélo-palestiniennes au Qatar.

L’emprise de Netanyahou sur Trump

Le 17 mars, Joseph Kent, directeur du Centre national américain de lutte contre le terrorisme — l’organisme du gouvernement américain responsable de la lutte contre le terrorisme national et international — écrivait dans la lettre de démission qu’il adressait à Trump :

…il est clair que [les États-Unis] sont entrés dans cette guerre en raison des pressions d’Israël et de son puissant lobby américain.
[…]
Dès le début de [votre] administration, des officiels Israéliens haut placés et des membres influents des médias américains ont procédé à une campagne de désinformation afin de miner votre programme America First et de susciter le sentiment guerrier contre l’Iran.

En effet, Donald Trump a été entrainé dans cette guerre malgré lui parce qu’il a été incapable d’empêcher Netanyahou d’aller de l’avant. Et ce, même s’il était parfaitement conscient que le premier ministre israélien sabotait ainsi les négociations américaines avec l’Iran.

Trump aurait pu menacer de couper les milliards de dollars d’aide militaire versés annuellement à Israël par Washington. Une menace que Biden ou Obama n’aurait pas hésité à brandir derrière des portes closes.

Mais l’actuel président américain ne peut pas le faire en raison de l’importance capitale des sionistes chrétiens au sein de sa base électorale. En somme, si l’armée israélienne était partie seule au combat et que tout avait tourné à la catastrophe pour elle, jamais ces gens n’auraient pardonné la ‘trahison’ de Trump.

Pris de court, Trump a tenté de justifier cette guerre différemment chaque jour. Si bien que les chroniqueurs ont soutenu que Trump était une girouette qui ne savait pas ce qu’il faisait.

La stratégie américaine

La domination énergétique

Pour maintenir leur puissance hégémonique dans le monde en dépit de leur déclin industriel, les États-Unis entendent consolider leur domination énergétique.

Pour ce faire, Donald Trump a décidé de prolonger autant que possible l’ère thermo-industrielle puisque les États-Unis y jouent un rôle central en tant que plus grand producteur mondial de pétrole et de gaz fossile.

Cela implique l’opposition aux mesures destinées à la transition énergétique parce que les outils pour y parvenir sont produits par la Chine.

Le 14 février 2025, Donal Trump signait un décret présidentiel créant le Conseil national de la domination énergétique. Son objectif n’est pas seulement de favoriser l’augmentation de la production américaine, mais également de transformer les exportations américaines un moyen de vassalisation des pays importateurs.

Dans le cas des pays qui s’approvisionnent ailleurs qu’aux États-Unis (notamment la Chine), Washington entend asservir leurs fournisseurs.

En effet, pour Washington, il ne suffit pas que les États-Unis soient le plus grand producteur d’hydrocarbures. Pour dominer le monde, il faut que l’ensemble des autres producteurs d’hydrocarbures soient soumis à la volonté américaine.

Le Venezuela

Après s’être secrètement engagée à ne vendre le pétrole vénézuélien qu’aux pays désignés par Donald Trump, la vice-présidente du Venezuela a été placée à la tête de son pays.

Aussitôt, Washington lui a ordonné de ne plus vendre de pétrole à Cuba. Ce qu’elle a fait. Une fois ce test réussi, les Américains ont acquis l’assurance que si elle reçoit l’ordre de ne plus vendre de pétrole à la Chine, elle obéira de nouveau.

L’Iran

Enhardi par la facilité avec laquelle s’est opéré l’asservissement du Venezuela à la volonté américaine, Donald Trump s’est tourné vers un autre fournisseur de pétrole à la Chine; l’Iran.

Les toutes dernières négociations irano-américaines sont antérieures au déclenchement de la Troisième guerre du Golfe. Cela signifie que les concessions iraniennes n’avaient pas pour but de faire cesser la guerre, mais de faire lever les sanctions américaines.

Très rapidement, l’Iran avait fait des concessions majeures au sujet de son programme nucléaire. La pierre d’achoppement concernait le pétrole.

Rappelons que les seuls pays qui ont refusé de se plier aux sanctions américaines contre l’Iran sont la Chine, la Corée du Nord et la Russie.

Environ quatre-vingts pour cent du pétrole iranien est exporté vers la Chine. Sans ces revenus d’exportation, l’Iran serait en faillite.

De plus, même si l’Iran n’a pas de traité militaire avec la Chine ou la Russie, elle est néanmoins liée à ces pays par des accords de coopération militaire qui comprennent la fourniture de drones et de missiles, de même que des transferts technologiques.

Washington n’a aucune intention, pour l’instant, d’instaurer un blocus pétrolier contre la Chine. Toutefois, il est déterminé de se doter du pouvoir discrétionnaire de le faire afin de soumettre la Chine à son pouvoir hégémonique.

La Chine importe trois fois plus de pétrole d’Iran que du Venezuela. Si la visite de Trump en Chine a été retardée, c’est que le président américain n’a dans son jeu qu’un ‘deux de pique’ vénézuélien, sans le ‘roi de cœur’ iranien dont il espérait se doter à l’issue d’une guerre de courte durée.

Or, du point de vue iranien, accepter que les exportations pétrolières iraniennes vers la Chine soient soumises au bon vouloir de Donald Trump, c’est trahir un de ses plus importants alliés. Et c’est sans compter sur le fait que cela signifierait échanger un tiens pour deux tu l’auras.

L’Iran se rappelle qu’il a suffi que les États-Unis changent de président pour que le nouveau (Donald Trump) déchire l’accord sur le nucléaire iranien conclu par son prédécesseur Barack Obama. Donc, aux yeux de l’Iran, les États-Unis n’ont pas de parole.

Conclusion

Alors qu’ils ont perdu une bonne partie de leur puissance industrielle en délocalisant leurs usines vers la Chine et alors qu’ils sont aux prises avec une dette colossale, les États-Unis ont une position dominante dans le monde en raison du rôle central de leur devise dans les échanges internationaux, de l’importance de leur marché intérieur, et surtout du pouvoir de dissuasion de leurs armées.

Strictement parlant, ce n’est pas la puissance militaire en tant que telle qui est déterminante, mais la conviction, partagée par ses ennemis, que les États-Unis sont invulnérables. Or c’est précisément cette réputation d’invulnérabilité qui est en jeu dans la Troisième guerre du Golfe.

Incapable de tenir tête à Benyamin Netanyahou, Donald Trump s’est engagé imprudemment dans une guerre alors que les pays occidentaux, ses alliés, ont des stocks d’armement à leur plus bas.

Cette précipitation sabote, pour l’instant, les objectifs géostratégiques que poursuivait l’administration Trump par le moyen de la domination énergétique américaine sur le monde.

Cette guerre survient également à un moment où la grande majorité de la population des États-Unis est opposée à une invasion de soldats américains en Iran.

La mutinerie à bord du porte-avion Gerald-Ford (le plus grand au monde) en dit long sur la hâte des soldats américains à fouler le sol iranien. Ce qui rappelle l’histoire du cuirassé Potemkine.

En face des États-Unis se dresse un pays millénaire, à l’identité forte, qui, acculé au mur, est décidé à lutter jusqu’au bout.

Références :
Accord de Vienne sur le nucléaire iranien
États-Unis : l’importance politique des sionistes chrétiens
Géopolitique de l’opération Maduro
Guerre Iran-Israël (2025)
How ignorance, misunderstanding and obfuscation ended Iran nuclear talks
Incendie à bord, toilettes bouchées… Le porte-avions américain USS Gerald R. Ford quitte la mer Rouge pour des réparations
La troisième guerre du Golfe, un tournant majeur de l’architecture régionale
Les vraies raisons pour lesquelles Israël déclenche une guerre contre l’Iran
La vraie raison pour laquelle les troupes américaines entrent en Iran (vidéo – version courte)
L’expert de la guerre en Iran : 20 ans de simulations. Voici ce qui nous attend (vidéo – version intégrale)
National Counterterrorism Center
Pékin et Washington «restent en communication» sur une visite de Trump
Potemkine (cuirassé)
Qatar : Israël bombarde les négociateurs du Hamas à Doha et saborde encore l’espoir d’une trêve
Trump salue de « très bonnes » discussions avec l’Iran
UK security adviser attended US-Iran talks and judged deal was within reach
US counterterrorism chief quits, says Israel ‘trapped’ Trump into joining Iran war
US war on Iran isn’t likely to go as planned
‘You are all worse than each other’: anti-regime Iranians turn on Trump
Where China Gets Its Oil: Crude Imports in 2025 Reveal Stockpiling and Changing Fortunes of Certain Suppliers, Including Those Sanctioned
Why Trump’s push for China to help reopen the Strait of Hormuz may hurt trade talks

Complément de lecture : China has been preparing for a global energy crisis for years. It is paying off now (2026-03-20)

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés à la Troisième guerre du Golfe, veuillez cliquer sur ceci.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Deux semaines de guerre en Iran

Publié le 14 mars 2026 | Temps de lecture : 1 minute

Depuis 28 février dernier, jour du déclenchement de la guerre israélo-américaine en Iran, nos médias soulignent à quel point les dirigeants iraniens ont été décimés et suggèrent que le potentiel de nuisance de l’Iran a presque complètement disparu.

Ce qui annonce la fin prochaine des opérations. Ce dont je doute, pour des raisons que j’expliquerai en détail dans les jours qui viennent.

D’ici là, j’invite les personnes que le sujet intéresse à prendre connaissance de l’entrevue que le professeur américain Steven Starr accordait plus tôt aujourd’hui au Suisse Pascal Lottaz.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La guerre pour changer les mentalités

Publié le 13 mars 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

En Afghanistan, la charia (qui a force de loi) autorise le mari à battre son épouse si, pour ce faire, il évite d’utiliser une force excessive, c’est-à-dire une force provoquant des fractures, des plaies ouvertes ou des hématomes.

Plus tôt cette semaine, un juge afghan a refusé d’accorder le divorce à une femme fouettée par son mari à coups de câble métallique (le fil de recharge d’un téléphone multifonctionnel). Pendant plusieurs jours, la femme a porté les marques des coups appliqués sur son dos et sur ses bras.

Reconnu pour son tempérament vif, cet époux avait l’habitude de frapper sa femme et de l’humilier en lui rappelant son infirmité (une jambe plus courte que l’autre).

« Vous voulez divorcer rien que pour ça ?» lui a demandé le juge avant d’ajouter : « Quelques ‘corrections’ n’ont jamais tué personne.»

De 2001 à 2014, quarante-mille soldats canadiens ont occupé de facto ce pays afin de prévenir le retour au pouvoir des Talibans.

Auprès de l’opinion publique canadienne, l’opération a été présentée comme une ‘mission’ destinée à faire évoluer les mentalités arriérées du pays, notamment au sujet des femmes.

En 2006, nous prédisions :

Dès que les étrangers auront quitté le pays, les Afghans s’empresseront d’oublier la contribution insignifiante du Canada à l’évolution de leur pays : les insurgés seront présentés comme des patriotes et le régime en place comme l’équivalent du régime Pétain sous l’occupation nazie en France. Les soldats canadiens qui y auront laissé leur peau seront morts en vain.

Effectivement, les milliards de dollars dépensés par l’Occident n’ont pas empêché le retour au pouvoir du régime obscurantiste des Talibans.

Plus d’une décennie plus tard, nous voilà prêts à répéter la même erreur dans le pays voisin, soit l’Iran.

Comme pour les Talibans, il est difficile d’avoir la moindre empathie à l’égard du régime misogyne qui dirige actuellement l’Iran.

Mais ceux qui croient qu’une guerre dans ce pays permettrait aux Iraniennes d’échapper au joug qui pèse sur elles devraient se rappeler les leçons de l’histoire : on ne change pas la mentalité d’un peuple à la pointe du fusil.

Références :
A few beatings won’t kill you’: judge rejects divorce request of woman abused by husband in Afghanistan
La mission canadienne en Afghanistan ou la perpétuation de coutumes arriérées

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les ventes d’armement de 2021 à 2025

Publié le 12 mars 2026 | Temps de lecture : 4 minutes


 
L’importation d’armes

Au cours des cinq dernières années, les pays européens ont augmenté de 210 % leurs achats d’armement en comparaison avec les cinq années antérieures (soit de 2016 à 2020).

Ces achats massifs ont fait en sorte que le marché mondial d’armement s’est accru de 9,2 % en dépit d’une diminution des ventes en Afrique et en Asie-Océanie.

Si bien qu’à eux seuls, les pays européens représentent 33 % de toutes les importations militaires.

De ce 33 %, l’Ukraine en a reçu 9,7 % tandis que les autres pays européens (notamment la Pologne et la Grande-Bretagne) se partagent le 23,3 % restant.

L’hystérie provoquée par la crainte d’une invasion russe au-delà de l’Ukraine, couplée avec les incertitudes quant à la détermination des États-Unis à défendre l’Europe, sont les deux moteurs de la course aux armements dans l’Union européenne.

Tandis que les pays européens ont pu compter sur leurs propres industriels pour leur fournir des obus et des blindés, elles ont préféré acheter des avions de combat et des systèmes de défense aérienne de longue portée auprès des États-Unis plutôt que d’en acheter de leurs voisins qui en font.

Cette préférence vient de l’avertissement de Donald Trump que s’ils veulent être protégés par Washington, ils doivent acheter de l’armement américain.

Si bien que les grands industriels européens exportent la majeure partie de leurs armes hors d’Europe.

En Asie, les trois plus grands importateurs d’armes sont l’Inde, le Pakistan, le Japon.

Bien qu’en légère baisse, les achats de l’Inde en font le deuxième plus grand importateur d’armes au monde en raison de ses craintes quant à la montée en puissance de la Chine et de la présence de son belliqueux voisin qu’est le Pakistan.

La course aux armements déclenchée en 2014 par les pays de l’Otan a incité la Russie à réduire ses exportations, notamment vers l’Inde, afin d’augmenter ses stocks. L’Inde a comblé la différence en se tournant vers des fournisseurs occidentaux.

En comparaison avec la période 2016-2020, le Pakistan a augmenté ses achats d’armement de 66 % au cours des cinq dernières années. À 80 %, son principal fournisseur est la Chine.

De son côté, le Japon et Taïwan ont augmenté respectivement leurs importations de 76 % et de 54 %.

Ce qui plombe les statistiques relatives aux achats d’armement en Asie-Océanie, c’est la chute importante des importations chinoises (-72 %). Celle-ci résulte des investissements massifs de ce pays pour se doter d’une industrie militaire destinée à satisfaire ses besoins.

Trois des dix plus grands importateurs d’armement se trouvent au Moyen-Orient. Ce sont l’Arabie saoudite (6,8 % des importations mondiales), le Qatar (6,4 %) et le Koweït (2,8 %). Des trois, le Qatar et le Koweït ont substantiellement augmenté leurs achats au cours des cinq dernières années alors que l’Arabie saoudite a réduit les siens.

Ce sont trois pays armés jusqu’aux dents, mais dont les forces armées ont peu d’expérience des combats, se contentant — au sein de coalitions internationales mises sur pied par les États-Unis — de bombarder des pays une fois que l’armée américaine a pris le contrôle de l’espace aérien du pays cible.

Les pays producteurs

Premier exportateur mondial, les États-Unis ont augmenté leurs ventes de 27 % au cours des cinq dernières années, comparativement aux cinq années antérieures.

De 2016 à 2020, les États-Unis fournissaient 36 % des armes achetées à travers le monde, un pourcentage haussé à 42 % de 2021 à 2025.

Loin derrière les États-Unis, la France (à 9,8 % des ventes mondiales) est le deuxième plus grand fournisseur d’armes, en progression de 21 %.

Puisque ses voisins préfèrent acheter de l’armement américain, ses principaux clients sont l’Inde (24 % de ses exportations), l’Égypte (11 %) et la Grèce (10 %).

Malgré la chute importante de ses exportations militaires (-64 %), la Russie est au troisième rang mondial avec 6,8 % des ventes. Ses principaux clients sont l’Inde (48 %), la Chine (13 %) et la Biélorussie (13 %).

Suivent l’Allemagne, la Chine, l’Italie, et Israël.

Références :
Les flux mondiaux d’armes bondissent de près de 10 % tandis que la demande européenne s’envole
Trends in International Arms Transfers, 2025
Why have China’s arms imports plummeted by 72% over the past 5 years?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le partenariat nucléaire indo-canadien

Publié le 10 mars 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

Contrairement à l’Union européenne qui espère atteindre ses cibles climatiques en délocalisant son industrie lourde et son secteur agricole, l’Inde compte sur l’énergie nucléaire pour garantir sa croissance économique sans accroitre ses émissions de GES.

Actuellement, le nucléaire ne compte que pour trois pour cent du mix énergétique du pays, composé principalement du charbon, de l’hydroélectricité, du solaire et de l’éolien.

L’objectif qu’il s’est fixé est de faire passer la production nucléaire de 8 GW (actuellement) à 100 GW en 2050.

Pour assurer le financement de nouvelles centrales, le gouvernement indien a légalisé l’investissement privé dans son programme nucléaire civil, jusque-là propriété exclusive de l’État.

Mais pour ce faire, l’Inde doit garantir l’approvisionnement de ses centrales en combustible.

Actuellement, ses 8 GW sont produits à partir de l’uranium fourni par le principal producteur mondial, soit le Kazakhstan.

Situé à seulement 1 200 km de l’Inde, cet allié mou de la Russie est le pays le plus étendu d’Asie centrale.

Malheureusement, il est séparé de l’Inde par des pays qui sont soit des nids de terroristes ou des pays hostiles à l’Inde.

Pour acheminer l’uranium du Kazakhstan à l’Inde, on doit les contourner. Ce qui signifie, à l’Est, passer par la Chine. Ou à l’Ouest, passer par l’Iran.

Afin d’assurer ses approvisionnements en dépit des bouleversements géostratégiques que pourrait connaitre la région, l’Inde s’est rapprochée du Canada, deuxième producteur mondial d’uranium.

Cela a été rendu possible grâce à une volteface de la politique étrangère du Canada.

À l’époque où Justin Trudeau était premier ministre, le Canada tenait un discours moralisateur et menaçant qui était perçu dans les pays du Sud global comme une tentative de présenter leurs mœurs et leur culture traditionnelle comme arriérées.

En particulier, dans ces pays, la promotion de la théorie du genre ne passe pas et est jugée comme l’expression de la décadence occidentale.

De plus, dans le cas particulier de l’Inde, ce pays reprochait au Canada d’être devenu une pouponnière de terroristes sikhs opérant grâce à l’impunité que leur accordaient les autorités politiques du pays.

L’entente intervenue entre le Canada et l’Inde est principalement un effort de diversification de nos partenaires commerciaux.

Mais accessoirement, il annonce que le discours haineux envers l’Inde qu’entretient une minorité influente au sein de la diaspora sikhe ne sera plus toléré.

Références :
India’s 100GW nuclear push was missing one thing. Canada just provided it
La politique étrangère woke du Canada ou l’art de se peinturer dans le coin
Le conflit indo-canadien
Mark Carney arrive en Inde, qui convoite l’énergie canadienne

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Cuba : le silence du Vatican

Publié le 9 mars 2026 | Temps de lecture : 7 minutes

Les conséquences d’un embargo total

Sur l’industrie touristique

Le 22 janvier dernier, tous les Cubains qui louent une partie de leur logement à des touristes pour une courte durée ont été avisés par Airbnb que leurs réservations avaient été annulées en raison de l’impossibilité d’honorer leurs engagements.

Cette annulation n’a toutefois pas affecté les réservations effectuées dans la devise du pays puisque, selon toute probabilité, il s’agissait d’offres d’hébergement conclues entre Cubains.

Le 8 février suivant, les autorités ont informé les compagnies aériennes qui desservent l’ile que le pays serait bientôt incapable de les ravitailler pour tout vol de retour.

À l’annonce de cette nouvelle, les agences de voyages ont avisé leur clientèle de quitter l’ile dans les plus brefs délais.

Dans les jours qui suivirent, au fur et à mesure que se vidaient les hôtels des grandes villes du pays, on a concentré le nombre décroissant de touristes dans un nombre toujours plus petit de lieux, de manière à diminuer les couts de leur hébergement.

Sur le transport et le travail

Le 7 février, l’achat de carburant n’était possible qu’en dollars américains (à environ huit dollars du litre). Et ce, jusqu’à une limite de vingt litres par véhicule.

Précisons que la production cubaine de pétrole correspond à environ le tiers des besoins du pays.


 
Dans les rues des grandes villes du pays, les iconiques bagnoles américaines ont fait place aux tricycles (électriques ou non), aux poussepousses et aux voitures à traction animale.

En raison de la paralysie presque totale du transport en commun, les travailleurs se rendent à pied à leur lieu de travail lorsque celui-ci n’est pas trop éloigné.

Dans le cas contraire, ils comptent sur le covoiturage de collègues ou déménagent temporairement chez des amis capables de les héberger à proximité de leur lieu de travail.

Le gouvernement cubain a réduit à quatre jours la semaine de travail. Quant au télétravail, sa popularité soudaine est entravée par les fréquentes coupures d’électricité. Celles-ci peuvent atteindre seize heures consécutives.

En absence d’éclairage artificiel, les médecins réaménagent leur cabinet près d’une fenêtre alors qu’un grand nombre de chirurgies sont reportées.

Sur l’enseignement et les communications

À l’université de La Havane, la résidence étudiante a été privée d’eau potable pendant plusieurs jours. Ce qui a motivé de nombreux étudiants originaires des régions rurales du pays (moins affectées par les pénuries alimentaires) à retourner chez leurs parents.

Si bien que plusieurs facultés ou écoles ont temporairement cessé de prodiguer leur enseignement. Par contre, certains professeurs se sont adaptés en recourant au télé-enseignement grâce à la création d’outils didactiques que leurs étudiants peuvent télécharger.

Le jour, c’est l’arrivée soudaine de toute une série de messages sur son téléphone portable qui révèle que les tours de communication viennent d’être approvisionnées. C’est alors le moment de se jeter sur son téléphone pour obtenir des nouvelles de parents ou d’amis.

Sur l’alimentation

Autrefois, quand une crise économique frappait l’ile, les Cubains qui avaient accès à des fonds de la diaspora organisaient des cuisines populaires.

Mais cette fois-ci, l’administration Trump a interdit le transfert électronique d’argent (en particulier par Western Union).

Puisque le salaire mensuel moyen des travailleurs cubains est d’environ 19 $ par mois, presque plus personne ne peut s’acheter de la volaille, dont le prix varie de 35 à 55 dollars US du kilo.

Dans les faits, les seules poules qu’on abat sont celles qui sont trop vieilles pour pondre.


 
À Cuba, les œufs sont une importante source de protéine animale. À défaut de combustible, il est facile de cuire une omelette dans une poêle foncée exposée au soleil.

De plus, les boulangeries peuvent encore cuire le pain dans des fours à bois.

De manière générale, les mères de famille préparent les aliments la nuit, lorsque le courant électrique reprend. Elles s’empressent alors de cuire les mets du lendemain, de faire le café, et de recharger les périphériques mobiles de tous les membres de la famille.

Et le silence du Vatican dans tout cela ?

Cuba a déjà connu une époque semblable à ce que le pays traverse actuellement. À l’effondrement de l’URSS, la Russie a cessé d’approvisionner Cuba en pétrole. En conséquence, de 1991 à 2000, le pays connut une très sévère crise économique.

Dès les trois premières années de cette crise, le PIB cubain s’est effondré de 35 %. La disette alimentaire qui en a résulté a provoqué une perte pondérale moyenne de 9 kg par adulte. Sous-alimentées, les mères qui allaitaient voyaient leur nourrisson emporté par la maladie (généralement une infection respiratoire).

C’est ce qui attend Cuba.

À l’occasion d’une visite à Cuba en 1996, le pape Jean-Paul II dénonçait les « mesures économiques restrictives imposées de l’extérieur du pays, injustes et éthiquement inacceptables », faisant ainsi allusion à l’embargo américain de l’époque, moins sévère qu’actuellement.

Cette prise de position courageuse tranche avec la timidité dont fait preuve le Vatican ces jours-ci.

Le 27 février dernier, InfoVaticana publiait un communiqué affirmant que le Vatican jouerait un rôle de ‘médiateur’ entre les États-Unis et Cuba.

En réalité, le Vatican se bute à une fin de non-recevoir; la volonté irrévocable de Washington est de provoquer un changement de régime à Cuba, au prix d’une famine généralisée s’il le faut.

Le Vatican a une occasion de rappeler à l’administration Trump que la Volonté de Dieu prime sur la sienne.

En tant que vicaire du Christ sur terre, le pape Léon XIV devrait, sans demander l’avis de Washington, organiser une vaste collecte pour venir en aide à Cuba.

Toutes les églises catholiques seraient invitées à recueillir les dons des fidèles.

L’archevêché d’un pays voisin (en République dominicaine ou au Mexique) se servira de la somme collectée pour acheter des vivres qui seront placés à bord d’un bateau pour Cuba.

Idéalement, le pape en personne devrait s’y trouver de manière à décourager Washington de bombarder le navire.

Aux yeux de l’Histoire et dans le souvenir qu’en conserveront les dix-millions de Catholiques à Cuba, condamner l’injustice des puissants afin de préserver l’autorité morale de l’Église est ce que Jean-Paul II a fait en 1996.

J’invite respectueusement le pape actuel à faire de même.

Références :
Cuba’s economy on edge: Fuel shortages and rising hardship
In the other US target of regime change, Cuba, I saw real hardship – and resilience
Le Vatican agit comme médiateur entre les États-Unis et Cuba dans un contexte diplomatique complexe
Vatican – Cuba. Visite du pape Jean-Paul II à Cuba

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 + objectif Lumix 12-35mm
1re photo : 1/200 sec. — F/4,5 — ISO 200 — 35 mm
2e  photo : 1/320 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 25 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les menaces personnelles de Zelensky contre Orbán

Publié le 7 mars 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

Introduction

Exaspéré par le véto de la Hongrie au plan européen d’aide de 90 milliards d’euros à l’Ukraine, le président Volodymyr Zelensky a menacé son homologue hongrois, Viktor Orbán, plus tôt cette semaine.

Faisant allusion à ce dernier, Zelensky a déclaré en substance que si Orbán empêchait l’armée ukrainienne de toucher les sommes qu’elle espère obtenir, il donnerait à ses soldats l’adresse civique d’Orbán pour qu’ils aillent lui parler dans le nez.

Il est à noter que les traductions française et anglaise des propos du président ukrainien varient selon les sources. Toutes s’entendent pour dire qu’il s’agirait de révéler l’adresse (et non le numéro de téléphone) du président hongrois afin que des hommes armés ‘communiquent’ ou ‘appellent’ Viktor Orbán, ou lui ‘parlent dans leur langue’. Chacune de ces versions varie en dangerosité.

Plusieurs chefs d’État européens ont jugés inacceptables les propos de Zelensky. Tout comme la Commission européenne.

Dans ce dernier cas, le blâme n’est pas venu de la bouche d’Ursula von der Leyen ni de sa ministre des Affaires étrangères, mais d’un simple porte-parole. Ce qui, en terme protocolaire, est l’équivalent d’un blâme du bout des lèvres.

La position hongroise

La Hongrie reproche à l’Ukraine trois choses; deux griefs récurrents et un grief récent.

Le premier grief récurrent concerne la violation par l’Ukraine des droits de sa minorité magyare (c’est-à-dire des Ukrainiens de langue hongroise). Et ce, malgré les engagements pris par l’Ukraine en signant les accords de Minsk.

Le second grief récurrent concerne les hommages publics rendus dans la partie ouest de l’Ukraine aux alliés zélés de l’Allemagne nazie qui ont massacré des dizaines de milliers de civils hongrois au cours de la Deuxième Guerre mondiale.

Ces commémorations joyeuses sont des insultes pour les descendants de ceux qu’ils ont tués.

De loin le plus important pour comprendre la situation actuelle est le dernier grief : la Hongrie reproche à l’Ukraine d’interrompre volontairement le transit sur son territoire des hydrocarbures russes à destination de la Hongrie depuis janvier dernier.

Le gouvernement de Kyiv soutient que cette interruption aurait été causée par une frappe russe. Une version dont la Hongrie doute.

Précisons que Zelensky interdit que des inspecteurs de l’UE viennent sur place enquêter à ce sujet et promet que la livraison de ces hydrocarbures reprendrait uniquement si l’UE le demande. Sachant très bien qu’elle y est opposée.

Dans un autre ordre d’idée, l’Ukraine peut invoquer qu’elle est souveraine, donc libre de laisser transiter ce qu’elle veut sur son territoire. Ce à quoi Orbán répond que c’est son devoir de défendre les intérêts de son pays en recourant à son droit de véto contre l’Ukraine.

Bref, c’est un dialogue de sourds.

La saisie d’un convoi de fonds

Les propos menaçants de Zelensky plus tôt cette semaine font suite à la saisie par la Hongrie de deux camions blindés transportant quarante-millions de dollars américains, trente-cinq-millions d’euros et de neuf lingots d’or d’un kilo chacun (d’une valeur approximative de 1,5 million de dollars US).

Cette cargaison proviendrait d’une succursale bancaire autrichienne, au nom d’un ou de plusieurs de ses clients. Tout cela était destiné à l’institution bancaire Ochtchadbank, propriétaire de milliers de succursales en Ukraine.

En dépit du fait que ce réseau bancaire appartient au gouvernement ukrainien, on ne doit pas le confondre avec la Banque centrale ukrainienne (détentrice de l’or et des devises auxquelles est adossée la monnaie nationale, soit l’hryvnia).

Le transfert massif de devises étrangères est très inhabituel entre simples institutions bancaires puisque les épargnants y effectuent généralement leurs dépôts et leurs retraits dans la monnaie du pays.

La Hongrie a donc ouvert une enquête afin de s’assurer qu’on n’a pas affaire à un transfert d’argent liquide destiné à alimenter la corruption généralisée qui prévaut en Ukraine.

De leur côté, les menaces de Zelensky s’expliquent par la situation désespérée dans laquelle il se trouve, à la tête d’un État mafieux où oligarques, groupes criminalisés, et miliciens néonazis n’entendent pas à rire.

Références :
Bras de fer entre Orban et Zelensky
Convoi ukrainien saisi en Hongrie : lingots d’or, millions et un ex-général du renseignement
EU blasts Zelenskyy over veiled threat against Orbán
Hungary seizes millions of euros in cash and gold from Ukrainian convoy

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les drones en bambou

Publié le 4 mars 2026 | Temps de lecture : 2 minutes

S’il existe un sujet tabou que même les ONG qui luttent en faveur de l’environnement n’osent pas aborder, c’est le cout environnemental des guerres.

En raison de cette omerta, même les bonnes nouvelles passent inaperçues dans nos médias.

C’est le cas de l’annonce ce matin de la mise au point en Chine d’un drone en bambou, en remplacement de la fibre de carbone (qui n’est pas biodégradable).

Théoriquement, la fibre de carbone peut-être recyclée. Mais dans les faits, aucune armée au monde récupère la fibre de carbone des drones abimés. Ce sera le cas des drones en bambou. Sauf que ces derniers ont l’avantage de la biodégradabilité.

Comme on peut s’en douter, l’engin n’est pas complètement en bambou. Mais c’est le cas de son fuselage, de ses ailes, et son empennage (c’est-à-dire de ses ailes arrières).

Si bien que la structure du drone — ce qui exclut son moteur, ses circuits électroniques et sa charge explosive — est vingt pour cent plus légère et ses couts de production, réduits des trois quarts.

Le prototype mis au point par les chercheurs chinois possède une envergure de 2,5 mètres et pèse sept kilos. Son autonomie est d’une heure à la vitesse de 100 km/h.

Comme bien d’autres, il est capable de décoller et d’atterrir à la verticale.

Au-delà des applications militaires, on peut espérer qu’un jour prochain, les millions de drones grand public cessent d’être faits en plastique, réduisant d’autant leur empreinte environnementale.

Références :
Le cout environnemental de la guerre
75% cost cut: China unveils world’s first fixed-wing drone made of bamboo fibre

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le délit de frontiérisation

Publié le 2 mars 2026 | Temps de lecture : 6 minutes

L’usurpation du pouvoir législatif par les tribunaux

Sous l’appellation de ‘sanctions économiques’, l’Union européenne livre une guerre économique et financière à la Russie depuis quatre ans.

Après avoir rompu une bonne partie de ses relations commerciales avec ce pays, après avoir financé et armé l’Ukraine, après avoir menacé les avoirs souverains russes de confiscation (ce qui est illégal), l’Union européenne a décidé de ‘militariser’ ses tribunaux en entamant une guerre juridique avec la Russie.

Indépendamment du pouvoir législatif du parlement européen, la Cour européenne des droits de la personne (CEDH) estime avoir le pouvoir de fabriquer le droit en rendant justice.

En effet, depuis 1969, la Cour s’est affranchie d’une interprétation littérale des lois européennes au profit d’une interprétation dite téléologique des textes.

Cela signifie que si la Cour estime qu’un article de loi vise à atteindre un objectif, elle peut créer toute une série de délits non prévus explicitement par la législation sous le prétexte que les interdictions ainsi créées rejoignent, à son avis, l’intention du législateur.

C’est ainsi qu’en octobre dernier, cette cour a créé le délit de ‘frontiérisation’.

Ne cherchez pas ce délit dans les traités internationaux, dans les résolutions contraignantes de l’Onu ou dans n’importe document juridique qui ferait partie du Droit international; c’est une invention de la CEDH.

Concrètement, de quoi s’agit-il ?

La guerre russo-géorgienne de 2008

Comme dans une bonne partie des anciennes républiques soviétiques, la Géorgie adopta, à la suite de son indépendance en 1991, toute un série de mesures afin d’affirmer son identité nationale.

L’une d’elles fut l’adoption de la langue géorgienne en tant que seule langue officielle. L’imposition du géorgien ne se fit pas seulement au niveau du gouvernement central, mais également dans chacune des provinces du pays.

L’une d’elles était l’Ossétie du Sud. C’est là que vivait la minorité ossète, dernière descendante des grands peuples nomades d’origine iranienne, qui était majoritaire dans cette province.

Toujours en vertu de sa politique hypernationaliste, le gouvernement central annonça son intention d’abolir la province d’Ossétie du Sud en la fusionnant avec la province voisine (la Karthlie supérieure), beaucoup plus populeuse.

Résultat ? Les Ossètes n’auraient formés qu’environ quinze pour cent de la population de la Karthlie supérieure agrandie (où leur langue n’aurait plus été enseignée). Ce qui provoqua l’indépendance de l’Ossétie du Sud, une indépendance validée par voie référendaire en 1992.

Par la suite, la république indépendante d’Ossétie du Sud devint de facto un protectorat russe.

Mais en 2008, le gouvernement géorgien donna l’ordre à ses forces armées d’envahir cette province sécessionniste. Aussitôt, le parlement de cette dernière demande la protection de la Russie.

Depuis le Sommet mondial de l’Onu (tenu trois ans plus tôt), la Responsabilité de protéger (R2P) fait partie du Droit international. C’est ce qui permit à la Russie d’envahir l’Ossétie du Sud à la demande de son gouvernement.

La guerre russo-georgienne qui s’en suivit dura du 7 au 16 aout 2008. Pour l’armée géorgienne, cette guerre fut un désastre.

Non seulement une partie considérable de son matériel fut anéantie, mais elle fut totalement empêchée d’envahir la province sécessionniste.

L’armée russe avança même jusqu’à une trentaine de kilomètres de la capitale géorgienne pour ensuite se retirer volontairement à l’intérieur des frontières ossètes. Ce qui était une manière implicite de dire au gouvernement géorgien : ‘Nous aurions pu vous conquérir. Que cela vous serve de leçon.’

La Géorgie porte plainte

Le 22 aout 2018, la Géorgie porta plainte contre la Russie devant la CEDH. À l’époque, les deux pays en étaient membres.

La Géorgie fit valoir que l’érection d’une frontière entre l’Ossétie du Sud et le reste du pays entraina un certain nombre de violations des droits de la personne, dont la perte de vie ou l’arrestation des personnes qui tentaient de la traverser, la séparation des familles qui vivaient de part et d’autre de la frontière, et la perte — pour les Géorgiens demeurés dans le reste du pays — de la jouissance de leurs biens en Ossétie du Sud, etc.

Le 14 octobre 2025, dans son jugement final à ce sujet, la CEDH condamnait la Russie à payer la somme de 253 millions d’euros au gouvernement géorgien (au nom des victimes).

Les conséquences

La ‘frontiérisation’ de l’Ossétie du Nord a pénalisé moins de trente-mille Géorgiens. Par contre, ce nouveau délit a pénalisé des millions de personnes en Ukraine.

Si la CEDH avait eu à sévir contre la ‘frontiérisation’ dans ce pays, on peut extrapoler que la sanction infligée à la Russie représenterait des sommes considérables.

Toutefois, en juin 2022, la Russie adoptait une loi selon laquelle elle n’appliquera pas les décisions de la CEDH prises après le 15 mars 2022, date à laquelle elle a quitté le Conseil de l’Europe.

En principe, cela signifie que la sanction du 24 octobre 2025 et toutes les autres qui pourraient suivre demeureront sans effet… à moins que la Russie perde la guerre russo-ukrainienne et soit forcée d’abroger sa loi de juin 2022.

Ce qui est peu probable.

Références :
Cour européenne des droits de l’homme
Décision de la CEDG
ECtHR Orders Russia to Pay Georgia 253 Million Euros Over Post-2008 War Rights Violations
La Géorgie (2e partie) : le sommet de Bucarest et la guerre
Résumé de la décision de la CEDG

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’aide d’Ottawa à Cuba est insuffisante

Publié le 26 février 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

Introduction

Alors que l’ex-premier ministre Pierre-Elliott Trudeau (le père de l’autre) avait développé d’excellentes relations avec Cuba au point de devenir un ami personnel de Fidel Castro, son fils a détruit ce capital de sympathie par son désir narcissique de se définir comme un champion international des droits de la personne.

Depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, la grenouille canadienne a cessé de se croire aussi grosse que le bœuf américain.

En raison de l’attitude plus pragmatique de Mark Carney, le gouvernement canadien annonçait hier sa décision d’accorder huit-millions de dollars d’aide à Cuba. Ottawa espère pouvoir acheminer cette somme par l’intermédiaire des agences des Nations unies.

Peu importe le canal par lequel cette aide se rendra, elle est la bienvenue. Mais elle est insuffisante.

Dans le texte qui suit, nous envisagerons cette question non pas d’un point de vue humanitaire, mais du strict point de vue des intérêts canadiens.

Nos intérêts à Cuba

Jusqu’ici, Ottawa a gaspillé des milliards de dollars pour soutenir l’Ukraine dans une guerre perdue d’avance.

Pourtant, ce pays ne vend au Canada aucun produit essentiel à notre économie et, en contrepartie, l’Ukraine a toujours été un marché d’exportation insignifiant pour le Canada.

Par contre, les entreprises canadiennes ont investi des milliards de dollars dans les infrastructures touristiques de Cuba.

À titre d’exemple, l’ile de Cayo Largo — où n’existe aucun peuplement cubain permanent — est le lieu d’implantation d’une dizaine de complexes touristiques détenus conjointement par une entreprise d’État (le groupe hôtelier Gran Caribe) et le grossiste en voyages Sunwing (détenue par la compagnie aérienne WestJet).

En raison des investissements canadiens dans l’électrification des transports de l’ile et l’abondance des panneaux solaires, les Canadiens qui y séjournent vivent protégés de la grande majorité des vicissitudes qui font partie du quotidien des habitants de l’ile principale de Cuba.

Ces jours-ci, Sunwing perd quotidiennement des millions de dollars en raison de la fermeture forcée de ses installations.

Et puisque les tout inclus ailleurs qu’à Cuba sont sensiblement plus dispendieux, beaucoup de voyageurs ont renoncé à leurs vacances hivernales, privant Air Canada, Air Transat et WestJet de millions de dollars de revenus.

Et ce, sans compter les pertes subies par les agences de voyage.

Une occasion d’aider Cuba à s’électrifier

La transition énergétique coute cher. Voilà sans doute pourquoi Cuba est demeurée si dépendante des hydrocarbures importés. Ceux-ci représentent environ 60 % de sa consommation puisque Cuba est un producteur mineur de pétrole.

Même si Washington a décidé d’alléger son blocus pétrolier contre Cuba, le Canada devrait profiter de cette crise pour acheminer vers ce pays des produits canadiens susceptibles d’aider Cuba à s’électrifier. Un peu comme Sunwing l’a fait à Cayo Largo.

Toutefois, l’électrification de cette dernière s’est faite à l’aide de produits chinois (véhicules électriques, panneaux solaires et accumulateurs électriques destinés à palier les pannes).

L’aide canadienne devrait s’inscrire dans une stratégie industrielle destinée à promouvoir les solutions canadiennes en faveur de la transition énergétique.

Le ministère canadien de l’Industrie devrait normalement posséder une liste exhaustive de toutes des entreprises qui ont quelque chose à proposer pour décarboner l’économie.

Certaines de ces solutions sont couteuses, d’autres moins.

Il serait souhaitable que l’aide canadienne à Cuba — majorée de beaucoup — serve essentiellement à donner un coup de pouce à nos entrepreneurs, tout en aidant le peuple cubain.

N’oublions jamais qu’à la suite de la Seconde Guerre mondiale, le plan Marshall n’avait pas seulement pour but d’aider l’Europe, mais également de la rendre dépendante de la technologie américaine.

Comme quoi l’un n’empêche pas l’autre.

Références :
La Grenouille qui se veut faire aussi grosse que le bœuf
Le Canada enverra 8 millions $ d’aide aux Cubains
US to allow Venezuelan oil sales to Cuba as alarm grows in the Caribbean

Complément de lecture : Trump et Cuba : nuire pour nuire

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Écrit par Jean-Pierre Martel