Publié le 14 juillet 2011 | Temps de lecture : 1 minute
Autrefois, mon coin favori pour voir les feux d’artifice à la Ronde, c’était à un endroit précis sur le pont Jacques-Cartier.
Mais depuis qu’on a décidé d’emprisonner deux millions de Montréalais dans le but d’empêcher quelques fous de se jeter du pont — ils se jettent maintenant sur les voies du métro, ce qui est plus pratique pour eux — mon endroit favori est sous le pont Jacques-Cartier, à l’intersection de Notre-Dame et De Lorimier.
Hier soir, c’était le tour de l’Italie. J’avais le choix entre bien entendre la musique et mal voir les feux, ou voir les feux correctement de loin mais sans musique. Voilà pourquoi vous n’entendrez pas la bande sonore du spectacle sur cet extrait de moins de deux minutes des feux italiens.
Publié le 31 mai 2011 | Temps de lecture : 3 minutes
Cliquez sur l’image pour l’agrandir
Cliquez sur l’image pour l’agrandir
Établi à Shanghai en 1925 sous un autre nom, le théâtre Yifu fut jadis le plus célèbre d’Extrême-Orient. Rénové en 1994, son auditorium peut accueillir aujourd’hui 928 personnes.
Deux troupes originaires de Shanghai s’y produisent ; l’une spécialisée en opéra de Pékin, l’autre en opéra de Shaoxing (une ville située à 160 km de Shanghai).
Si les opéras de style pékinois sont connu en Occident grâce aux livres qui leur sont consacrés en anglais et qui furent traduits, les opéras de Shaoxing sont beaucoup moins connus hors de Chine.
Le dimanche 26 septembre 2010, le théâtre Yifu présentait « Décapiter mon père », un mélodrame de ce deuxième style, interprété ici par une distribution presqu’entièrement féminine.
Quelques rares Occidentaux assistaient à la représentation : le public était principalement composé de Chinois plutôt âgés. À l’opposé, la troupe de l’Opéra de Cologne présentait l’Or du Rhin de Wagner dix jours plus tôt au Grand Théâtre de Shanghai devant un public essentiellement jeune.
Ce soir-là au théâtre Yifu, le prix des billets variait de 50 à 280 yuans (soit de 7,50$ à 42$ ou de 5,4€ à 30€). Le mien — pour un siège au fond du parterre — coûtait 80 yuans (soit 12$ ou 8,6€).
J’étais prêt à tout et je ne fus pas déçu; gestes emphatiques, sanglots et trémolos de voix, changements de décor à vue, au moins le quart de l’assistance qui mange ou qui parle à haute voix au cours de la représentation — et qu’on entend d’ailleurs dans la vidéo — spectateurs qui changent de siège en tout temps pour rejoindre les amis ou pour être mieux placés, etc. Bref, on se serait cru en Italie au XVIIIe siècle.
Après les rappels, la Diva — déchargée des gerbes de fleurs qu’on venait de lui donner — chante a cappella pendant environ quinze minutes des airs typiquement chinois sur le devant de la scène, accompagnée du public qui en connait toutes les paroles.
Puisqu’il était permis de photographier et de filmer durant la représentation, j’ai capté des segments totalisant plus de 25 minutes du spectacle, résumés ici en moins de neuf minutes. Si le dépaysement ne vous effraie pas, je vous invite à regarder ce très rare document. Je vous préviens : c’est spécial…
Pour comparer avec un opéra de style pékinois — plus précisément avec « La Rivière d’automne » — cliquez sur ceci. Il est à noter que cet opéra, dont a distribution est au contraire entièrement masculine, raconte l’histoire d’une nonne taoïste qui s’est enfuie de son couvent afin de rejoindre son amoureux. Elle doit néanmoins traverser une rivière, aidée d’un vieux batelier qui, grâce au Ciel, est nul autre que son oncle.
Détails techniques de la photo : Panasonic GH1, objectif Lumix 14-45mm — 1/60 sec. — F/5,6 — ISO 100 — 45 mm
Publié le 6 février 2011 | Temps de lecture : 2 minutes
Le Théâtre du Nouveau-Monde présente jusqu’au 12 février prochain — avec quelques supplémentaires au-delà de cette date — une version contemporaine de « La Belle et la Bête ».
Essentiellement, une bonne partie du merveilleux qu’avait la version originelle de ce conte a été évacuée au profit d’effets spéciaux assez réussis de Michel Lemieux et Victor Pilon.
Mais à part les prouesses technologiques indiscutables de ces deux créateurs, le texte prétentieux et vide de Pierre-Yves Lemieux plombe très vite l’intérêt pour cette œuvre.
En deux mots : aucun des personnages de la pièce n’est attachant. On s’attend à une histoire d’amour et on assiste à une suite de brillantes chorégraphies visuelles espacées par des dialogues creux, dépourvus de tendresse.
La Bête (jouée par François Papineau) n’inspire ni la crainte, ni la fascination que suscitait Jean Marais dans le film de Cocteau, ni même la pitié. L’absence de sex-appeal de la Bête québécoise rend difficilement compréhensible la séduction qu’il exerce sur la Belle, devenue ici artiste rebelle.
On peut donc présumer que le « message » de la pièce, c’est que même la laideur peut constituer une source d’inspiration pour des artistes contemporains aptes à la sublimer par leur art. Cette hypothèse expliquerait alors la fascination de la Belle pour la Bête. C’est mince.
Après quarante minutes, je commençais déjà me demander si je devais rester jusqu’à la fin. À cause de l’absence d’entracte, je suis finalement sorti — exaspéré — dix minutes avant la tombée du rideau.
Détails techniques de la photo : Panasonic GF1, objectif Lumix 20mm F/1,7 — 1/8 sec. — F/1,7 — ISO 800 — 20 mm
Publié le 30 janvier 2011 | Temps de lecture : 2 minutes
Si vous êtes abonnés à Artv, je vous invite à regarder un spectacle musical demain, lundi 31 janvier, à 21h30. L’histoire est amusante et c’est chanté en français. Les interprètes sont excellents, l’histoire est rondement menée et tous les artisans du spectacle ont admirablement bien fait leur travail. Et en plus, c’est gratuit puisqu’on est ici à la télévision. Mais — vous l’avais-je dit ? — La fille du régiment est un opéra.
C’est en 1840 que le compositeur italien Gaetano Donizetti présente son premier opéra-comique composé en français. Cette année-là, les cendres de Napoléon (mort en 1821) sont rapatriées au Panthéon. La France toute entière connaît alors un regain patriotique pour la figure napoléonienne. L’oeuvre sera donc un immense succès.
Si vous pensez qu’un opéra, c’est une suite d’airs mélodieux, détrompez-vous : c’est du théâtre chanté. Évidemment, on y trouve des airs mémorables, dont l’extrait Militaire et mari qui vaudront au chant athlétique de Juan-Diego Florez (ci-dessus) un tonnerre d’applaudissements tellement long, lors de la représentation captée pour la télévision, qu’on a dû l’abréger au montage.
Quant à la prestation de Natalie Dessay, dans le rôle-titre, je ne crois pas qu’il soit possible de trouver une autre soprano capable de la surpasser d’ici plusieurs décennies tant par la diction et la qualité de sa voix, que par son sens de la comédie.
Publié le 28 janvier 2011 | Temps de lecture : 3 minutes
Cliquez sur l’image pour l’agrandir
Le théâtre Denise Pelletier est situé dans mon quartier (Hochelaga-Maisoneuve). Du 12 janvier au 10 février, on y présente la pièce « Münchhausen — Les machineries de l’imaginaire » qui raconte les aventures de Karl-Friedrich Hieronymus, baron de Münchhausen (1720-97).
Après une courte carrière militaire en Russie contre les Turcs, ce noble allemand prend sa retraite à 24 ans afin de se consacrer à l’administration de son domaine. Au cours des réceptions qu’il donne par la suite, le baron prend l’habitude de divertir ses invités en leur racontant ses exploits de jeunesse. Comme des histoires de pêche, d’une fois à l’autre, ceux-ci s’amplifient et deviennent de plus en plus extraordinaires. Au grand plaisir de tous. Car le baron est un merveilleux fabulateur.
Un de ses amis, écrivain, publie à Londres en 1786 un recueil de ces aventures. Cette publication obtient alors un immense succès, ce qui incitera une troupe ambulante à créer en France un spectacle basé sur la traduction de Théophile Gauthier. Pendant près de 200 ans, de 1797 à 1974, le Théâtre Galimard & Fils ne présentera qu’une seule pièce : celle basée sur les aventures du baron.
En 1988, on en a fait un film (qui est passé à la télévision récemment) sur lequel est basée l’adaptation présentée hier soir chez Denise-Pelletier.
Les récits du baron n’ont pas la poésie et l’humanisme de ceux de Fred Pellerin. En contrepartie, ce spectacle est — littéralement — un pur divertissement. N’y cherchez pas une réflexion profonde sur la condition humaine : il n’y en a pas et on s’en fout. Après quelques minutes, toute rationalité disparaît chez le spectateur : ce dernier devient alors, pendant plus de deux heures, un grand bébé émerveillé devant l’invraisemblance outrageuse des aventures du baron.
Je n’ai pas vérifié si, dans la salle, il restait quelqu’un qui n’avait pas le sourire étampé au visage durant le spectacle mais je serais très surpris qu’il y ait eu. J’avais mal dormi la veille et normalement j’aurais du m’assouplir un peu, ça et là, au cours de la représentation. D’autant plus que j’ai vu le film il y a moins de deux semaines. Or je ne suis pas ennuyé une seule minute.
Bref, si vous cherchez un agréable divertissement, le voici. C’est du bonbon.
Détails techniques de la photo : Panasonic GF1, objectif Lumix 20mm F/1,7 — 1/40 sec. — F/1,7 — ISO 100 — 20 mm
Hier le Metropolitan Opera de New York retransmettait par satellite Don Carlo (de Verdi) à des centaines de salles de cinéma autour du globe, dont le cinéma Quartier-Latin à Montréal.
L’œuvre dure plus de trois heures sans les entractes. Il s’agissait d’une production assez réussie créée par le Covent Garden de Londres.
Les décors sont stylisés. L’époque est suggérée par un minimum d’accessoires, laissant toute la place au drame. Les éclairages sont également discrets. De manière générale, les costumes sont réussis malgré le fait que si on avait évité les décolletés féminins, on aurait mieux souligné l’intégrisme religieux du règne de Philippe-II d’Espagne. En gros, les couleurs dominantes de cette production sont le noir et le rouge. La mise en scène est sobre et efficace.
En dépit d’un livret intéressant et admirablement bien écrit, cet opéra est rarement monté parce qu’il nécessite la contribution d’un grand nombre d’interprètes de premier ordre dont six (!!!) rôles principaux. Comme c’est habituellement le cas, le Metropolitan s’était payé le luxe de réunir une distribution impeccable.
À mon avis, la grande vedette de cette représentation, c’est l’orchestre du Metropolitan Opera sous la direction de Yannick Nézet-Séguin. Des duos d’amour aux affrontements violents, les musiciens ont soutenu les interprètes quand il le fallait et pris toute la place, dramatique, que la partition leur accorde.
Publié le 12 octobre 2010 | Temps de lecture : 4 minutes
Cliquez sur l’image pour démarrer
Pour ceux qui ne connaissent pas Le Ring de Wagner, c’est une série de quatre opéras (donc une tétralogie) dont l’histoire est tout simplement un conte de fée pour grandes personnes, avec ses dieux, ses géants, ses nains, ses dragons, son anneau et son heaume magiques, etc.
Ma première écoute de cette tétralogie remonte à il y a vingt ans. C’était la version dirigée par Georg Solti (un chef hongrois). Celle-ci avait fait sourciller les puristes à l’époque puisque les bruits qu’on entendait dans cette version captée en studio étaient ceux créés par des bruiteurs et non des bruits de scène. Dans le monde très conservateur de l’opéra, une telle chose était presqu’une hérésie. Toutefois, dès ce moment-là, j’avais acquis la conviction que seul le dessin animé et les trucages cinématographiques pouvaient rendre justice à l’histoire extraordinaire imaginée par Wagner.
Je suis demeuré du même avis après avoir vu, beaucoup plus tard, deux versions différentes sur DVD de l’Or du Rhin (le premier opéra de la série) dirigé respectivement par Boulez et Karajan, et après avoir assisté le 9 septembre dernier, à Shanghai, à une production allemande, mise en scène par le canadien Robert Carsen.
C’est donc avec intérêt que j’ai assisté, samedi dernier, à la retransmission de L’Or du Rhin mis en scène par Robert Lepage au Metropolitain Opera. Dramatiquement et musicalement, cette production a été qualifiée de réussite par le redoutable et capricieux critique de La Presse, M. Claude Gingras. Ce dernier a presque tout aimé sauf la scénographie de Lepage. Il faut préciser que ce critique a la réputation d’assister aux opéras en lisant la partition ouverte sur ses genoux. Si cette rumeur est vraie, on se doute bien qu’il n’a pas pu apprécier à sa juste valeur le dispositif scénique du spectacle.
Ce dispositif pèse 42 tonnes et a coûté 15 millions de dollars. Il se compose d’une série de panneaux verticaux d’aluminium pouvant pivoter sur un axe horizontal. Des vidéos projetées à leur surface transforment le tout successivement en masse aquatique, en rive du Rhin, en caverne et, de manière générale, créent tous les lieux exigés par le livret.
Par exemple, au début de l’opéra, lorsque trois ondines protègent le trésor qui leur a été confié au fond du Rhin, celles-ci sont attachés à des harnais et suspendues par des fils d’acier devant la vidéo projetée d’un immense bassin d’eau, tandis qu’un logiciel fait naître au dessus de chacune d’elles des bulles dont le nombre varie en fonction de l’intensité de leur voix respective ; plus elles chantent fort, plus le logiciel leur accorde de bulles. Voilà de nos jours, comment on motive les interprètes…
Dans cette production, le metteur en scène (Robert Lepage) est québécois. Le scénographe et créateur du dispositif scénique (Carl Filion) est québécois. Les costumes ont été créés par François St-Aubin, un québécois. Les éclairages sont d’Étienne Boucher, du Québec. Les programmeurs, eux, habitent les environs de la vieille capitale. Toutefois le compositeur et librettiste (Wagner) est allemand…
Et la question qui tue (comme dirait l’animateur de Tout le monde en parle) : Est-ce que tout cela a réussit à faire naître la magie et le merveilleux du livret de cet opéra ?
Personnellement, j’ai trouvé ce spectacle ahurissant. Les éclairages ont parfaitement contribués à créer les lieux et climats des différentes scènes. Le dispositif de Filion est extraordinaire et fait entrer cet opéra dans un monde multimédia digne de notre temps. Un bémol : le butin en or massif offert comme rémunération pour la construction du palais des dieux n’était pas très impressionnant.
Je serais surpris qu’il reste des billets pour les deux autres retransmissions prévues (les 20 et 29 novembre prochains). Toutefois, cet opéra sera gravé sur DVD. Si vous êtes amateur d’opéra, il ne vous reste plus qu’à attendre la sortie du DVD, chaudement recommandé.