La loutre de rivière

Publié le 23 novembre 2014 | Temps de lecture : 3 minutes
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Brun foncé sur le dos et crème sur le ventre, la loutre de rivière est un mammifère carnivore caractérisé par un corps fuselé, de courtes pattes, des doigts palmés et griffus, et une longue queue.

Enjoué, c’est un nageur exceptionnel qui tourne sur lui-même, virevolte, et peut rester en apnée sous l’eau jusqu’à quatre minutes.

Dépourvu de réserves de graisse, il ne peut pas hiberner et doit donc chasser en hiver. C’est sa fourrure, composée de poils longs et courts, qui l’isole du froid en emprisonnant de l’air, y compris lorsque l’animal nage sous l’eau.

Mesurant jusqu’à 1,4 mètre, il pèse environ 14 kg à l’âge adulte.

La loutre se nourrit principalement en fouillant la vase des rivières. Ses longues moustaches sont utilisées pour détecter les proies dans l’eau sombre. Son alimentation est composée surtout de poissons, mais aussi de grenouilles, de petits mammifères, de crustacés et de tortues.

Pour ouvrir un mollusque alors qu’il nage sur le dos, il lui arrive de placer une pierre sur son ventre et de s’en servir comme enclume jusqu’à ce que le mollusque ne se brise.

Spécifique à l’Amérique du Nord, la loutre de rivière y est répandue (sauf dans l’Arctique, à Terre-Neuve, au centre des États-Unis et au Mexique).

Apte à se reproduite dès l’âge de deux ans, la loutre peut avoir un à cinq petits par portée à l’issue d’une gestation de 60 à 63 jours. Les naissances ont lieu de novembre en mai, avec un pic en mars et avril. Jusqu’à ce qu’ils atteignent l’âge de six mois, la mère ne tolère pas la présence du père ou d’une autre loutre près de ses petits.

Aveugles à la naissance, les bébés ouvrent les yeux à la fin du premier mois de leur existence. Allaités jusqu’à l’âge d’environ trois mois, les petits apprennent à nager entre la dixième et la douzième semaine. Ils quittent finalement la tanière familiale entre l’âge de six mois à un an.

En milieu naturel, son espérance de vie est de huit ou neuf ans; en captivité, il peut atteindre 16 à 21 ans.

Détails techniques : Appareil Olympus OM-D e-m5, objectifs Tamron SP 90 mm Macro (les 1re et 2e photos), M.Zuiko 60 mm Macro F/2,8 (3e photo), et M.Zuiko 40-150 mm R (la 4e photo)
1re photo : 1/125 sec. — F/2,5 — ISO 320 — 90 mm
2e  photo : 1/100 sec. — F/2,5 — ISO 500 — 90 mm
3e  photo : 1/125 sec. — F/2,8 — ISO 800 — 60 mm
4e  photo : 1/250 sec. — F/5,1 — ISO 2500 — 108 mm


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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Cichlidé émeraude

Publié le 22 novembre 2014 | Temps de lecture : 1 minute
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Le Cichlidé émeraude est un poisson d’eau douce originaire d’Amérique du Sud. Adulte, il atteint la taille de 20 à 30 cm.

Originellement de couleur brique foncée, il acquiert en vieillissant des reflets verts et, dans le cas des mâles, une légère bosse frontale.

De nature calme et conviviale (pour les poissons de taille similaire), ce poisson mange de tout mais aime particulièrement les moucherons qui flottent à la surface de l’eau. D’où son habitude de nager incliné vers le haut.

Détails techniques : Appareil Olympus OM-D e-m5, objectifs Tamron SP 90 mm Macro (les deux premières photos) et Voigtländer 25 mm F/0,95 (la dernière photo)
1re photo : 1/100 sec. — F/2,5 — ISO 1250 — 90 mm
2e  photo : 1/125 sec. — F/2,5 — ISO 1600 — 90 mm
3e  photo : 1/100 sec. — F/0,95 — ISO 320 — 25 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Tamarin pinché

Publié le 21 novembre 2014 | Temps de lecture : 3 minutes
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Le Tamarin pinché ou Pinché à crête blanche (nom scientifique Saguinus oedipus) est un primate diurne dont l’habitat naturel est constitué des forêts humides de Colombie. On ne le trouve naturellement nulle part ailleurs. Il est considéré comme étant en danger critique d’extinction puisqu’il n’y en a plus que deux à trois mille spécimens.

Sa longueur moyenne est de 23 cm sans la queue qui fait à elle seule 37 cm. Les adultes pèsent entre 350 et 510 grammes.

Sa face est noire, hérissée de poils blancs. Sa tête est ornée d’une magnifique crinière blanche qui se termine en pointe sur le front. Sa robe de longs poils soyeux est blanche sur le devant et brun sur le dos, l’arrière des cuisses et la croupe. La queue est brune dans le tiers près du corps, devenant anthracite dans les deux autres tiers.

Son alimentation est constituée de végétaux (fruits, noix et exsudat d’arbres), d’invertébrés (insectes, grosses araignées et escargots), de petits animaux (oiseaux, jeunes lézards et grenouilles) et d’oeufs. Il préfère boire la rosée du matin sur les feuilles plutôt que s’abreuver aux cours d’eau.

Les experts ont identifié 38 sons différents émis par cette espèce, en plus d’un langage corporel comprenant diverses expressions faciales.

Contrairement à d’autres primates, ils n’appartiennent pas exclusivement à un clan mais peuvent migrer dans des groupes voisins. Chaque clan est caractérisé par la domination sociale d’un couple reproducteur. La femelle de ce couple monogame émet, croit-on, des phéromones qui inhibent l’ovulation des autres femelles du clan.

La maturité sexuelle des mâles est atteinte au bout de deux ans. Toutefois, dès l’âge de 18 mois, la femelle pourrait être fécondée.

L’intervalle entre les naissances est de sept à huit mois. Les naissances ont lieu en été, entre janvier et juin (Note : c’est l’été car l’animal vit dans l’hémisphère austral).

La gestation dure 140 jours. La femelle met bas un seul bébé dans le tiers des cas, de faux jumeaux dans le deux tiers des cas, et des triplés dans 2% des accouchements. À la naissance, il y a deux fois plus de bébés mâles que de bébés femelles.

Les nourrissons ouvrent les yeux au troisième jour et peuvent marcher à trois semaines. La mère ne prend ses petits que pour l’allaitement (qui dure environ deux mois). Après, l’ensemble du clan — mais surtout le père ou les frères et soeurs plus âgés — s’occupe de l’alimentation solide des petits en partageant leur nourriture avec eux.

Plus le clan est nombreux (jusqu’à 13 membres), plus la survie des enfants est assurée. L’animal peut vivre jusqu’à 13,5 ans.

Détails techniques : Appareil Olympus OM-D e-m5, objectifs M.Zuiko 75 mm F/1,8 (3e photo) et Tamron SP 90 mm Macro (les autres photos)
1re photo : 1/100 sec. — F/2,5 — ISO 320 — 90 mm
2e  photo : 1/125 sec. — F/2,5 — ISO 200 — 90 mm
3e  photo : 1/160 sec. — F/1,8 — ISO 500 — 75 mm
4e  photo : 1/100 sec. — F/2,5 — ISO 250 — 90 mm


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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Calliste varié

Publié le 19 novembre 2014 | Temps de lecture : 2 minutes
Calliste varié mâle
Calliste varié mâle
Calliste varié femelle

Le Calliste varié (Tangara velia) est un oiseau d’Amérique du Sud qui ne migre pas selon les saisons. Son habitat naturel, ce sont les basses terres de la forêt amazonienne.

Mesurant 12 à 15 cm de longueur, il pèse en moyenne 21 grammes.

En plus des yeux et du bec, il a le dessus de la tête et le dos noirs. Il porte également un collier de cette couleur.

La face est bleu satiné. La poitrine est d’un bleu plus foncé, légèrement violacé. Les plumes des ailes sont noir bordé de bleu. Le bas du ventre et le haut des pattes sont fauves.

Mâle et femelle se distinguent par la teinte bleutée de leur plumage, un peu plus cyan chez la femelle et plus intense chez le mâle.

Cet oiseau est à la fois frugivore et insectivore. Mais il n’est pas granivore. Les graines des petits fruits qu’il consomme sont avalées sans être broyées et expulsées telles quelles dans ses matières fécales. Cet oiseau contribue ainsi à la dispersion des espèces végétales desquelles il se nourrit. Dans ce sens, ce sont des jardiniers de la forêt.

Détails techniques : Appareil Olympus OM-D e-m5, objectifs M.Zuiko 40-150 mm F/2,8 (1re photo), Tamron SP 90 mm Macro (2e photo) et M.Zuiko 60 mm Macro F/2,8 (3e photo)
1re photo : 1/320 sec. — F/2,8 — ISO 2500 — 1500 mm
2e  photo : 1/125 sec. — F/2,5 — ISO 320 — 90 mm
3e  photo : 1/160 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 60 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le raton laveur

Publié le 17 novembre 2014 | Temps de lecture : 4 minutes
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Le raton laveur est un mammifère originaire d’Amérique reconnaissable à son masque foncé et à sa queue décorée de cinq à dix anneaux noirs ou bruns.

Sa tête est triangulaire, surmontée de petites oreilles, et terminée par un museau pointu. À son milieu, la face est traversée verticalement d’une bande foncée.

Sa fourrure est poivre et sel, légèrement teintée de roux au niveau de la queue et des pattes. Contrairement à beaucoup d’animaux, ses griffes ne sont pas rétractiles.

Queue comprise, le raton laveur adulte mesure entre 60 et 105 cm (pour une moyenne de 80 cm). Il pèse généralement entre 4 et 9 kg.

Amateur de petits animaux aquatiques — crustacés, mollusques, poissons, grenouilles, et tortues — de même que de petits mammifères, d’oeufs, de noix, d’insectes et de fruits, il habite la bordure des forêts, le bord des cours d’eau et les régions marécageuses de l’Amérique du Nord et d’Amérique centrale.

S’il vit près d’habitations humaines, cet opportuniste s’aventure la nuit à la recherche de nourriture (maïs, poulets, contenu des poubelles, etc.) et peut ainsi causer des dommages aux productions agricoles.

Introduit dans les années 1930 en Europe, il a tellement proliféré que le Conseil de l’Europe l’a classé comme espèce invasive.

Polygame, le mâle s’accouple dès sa deuxième année. Monogames, les femelles sont fertiles dès leur première année d’existence et n’ont qu’une seule portée annuelle, en avril ou en mai. Celle-ci comprend entre un et neuf petits (en moyenne quatre).

La gestation dure environ 63 jours. Aveugles à la naissance, les nourrissons acquièrent la vue vers l’âge de trois semaines. La mère seule s’occupe des petits. Ceux-ci demeurent dans le gîte maternel pendant environ deux mois. Dans les deux autres mois qui suivent, ils accompagnent leur mère à la recherche de nourriture, tout en étant partiellement allaités par elle. Ils sont donc totalement sevrés vers l’âge de quatre mois.

Les jeunes passent leur première année avec leur mère et ne la quittent qu’au début de l’été suivant. Durant cette période, celle-ci leur montre comment grimper, chasser et nager.

À l’automne, le raton laveur mange gloutonnement afin d’accumuler de la graisse qui lui permettra de passer l’hiver dans un sommeil léger au cours duquel sa température corporelle ne s’abaisse pas et où il perd jusqu’à 20% de son poids.

À l’état sauvage, le raton laveur vit généralement entre trois et cinq ans : en captivité, il peut dépasser l’âge de seize ans.

Généralement considéré comme attachant en raison de son minois sympathique, le raton laveur peut être porteur de la rage. Depuis 1983, plusieurs milliers de ratons laveurs succombent annuellement de cette maladie dans certains États américains. Au Québec, l’infection a été signalée pour la première fois chez cet animal en 2006; dès l’année suivante, on a dénombrait 58 cas.

Détails techniques : Appareil Olympus OM-D e-m5, objectifs M.Zuiko 45 mm F/1,8 (1re photo), M.Zuiko 40-150 mm F/2,8 (seul, 4e photo) + multiplicateur de focale M.Zuiko MC-14 (2e photo) et M.Zuiko 75 mm F/1,8 (3e photo)
1re photo : 1/100 sec. — F/1,8 — ISO 320 — 45 mm
2e  photo : 1/320 sec. — F/4,0 — ISO 200 — 200 mm
3e  photo : 1/160 sec. — F/1,8 — ISO 200 — 75 mm
4e  photo : 1/100 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 62 mm


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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’importance d’être Constant, d’Oscar Wilde, au TNM

Publié le 16 novembre 2014 | Temps de lecture : 1 minute
Distribution de la pièce

Depuis le 11 novembre et jusqu’au 6 décembre 2014, le Théâtre du Nouveau Monde présente la pièce L’importance d’être Constant de l’auteur britannique Oscar Wilde.

Il s’agit d’une intelligente comédie où Wilde se moque affectueusement de ses contemporains. C’est sans doute pourquoi les Britanniques eux-mêmes ont adoré cette pièce qui fut le plus grand succès de son auteur.

Sans entracte et sans temps mort, cette production s’articule autour d’une immense tasse de thé et de divers accessoires surdimensionnés (cuillère, poche de thé, carrés de sucre, et biscuit sec).

Le metteur en scène Yves Desgagnés a accentué l’humour absurde de Wilde par une série de running gags qui font mouche à chaque fois.

Bref, si vous voulez oublier les tracas de la vie quotidienne et passer 90 minutes le sourire aux lèvres, je vous invite à voir cette excellente production.

Détails techniques : Appareil Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 12-40mm — 1/160 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 40 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Gorfou sauteur

Publié le 15 novembre 2014 | Temps de lecture : 3 minutes
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Les gorfous sont des oiseaux de mer qui vivent dans les régions marines de l’hémisphère sud, plus précisément près des îles des régions sub-antarctiques. Pendant une bonne partie de l’année, le gorfou reste en mer et ne revient sur terre que pour se reposer, muer ou se reproduire.

On les distingue des manchots par leurs plumes (appelées aigrettes) qui forment des sourcils.

Comme les manchots, les gorfous sont incapables de voler. Ils ont le corps trapu, ont le dos noir et le ventre blanc. Leurs yeux et becs sont rouges ou orange.

La plus petite des huit espèces de gorfous porte le nom de Gorfou sauteur. Mâles et femelles sont identiques sauf quant au bec, plus fort chez le mâle. Leur poids varie de 2 à 4,3 kg et leur hauteur, de 40 à 58 cm. En captivité, ils peuvent vivre jusqu’à trente ans.

Leurs pattes courtes sont situées très en arrière du corps, ce qui permet une meilleure propulsion dans l’eau où l’adulte peut atteindre une vitesse de 40 km/h.

Leur nid est constitué d’un petit trou entouré de cailloux, de brindilles et de plumes. Il est situé en haut de falaises qu’il grimpe par une série de petits bonds successifs d’où son nom de sauteur.

La femelle pond deux œufs de tailles très différentes qui sont pondus à quatre ou cinq jours d’intervalle : le second est habituellement le seul viable. À tour de rôle, les parents s’occupent de cet œuf. L’incubation dure de trente à trente-cinq jours.

À l’éclosion, le poussin est recouvert d’un épais duvet gris-brun sur la tête et le dos. Tout comme l’adulte, son ventre est blanc. C’est lorsqu’il abandonne ce duvet pour un plumage qu’apparaissent ses aigrettes, plus petites et d’un jaune moins vif que celles qu’il arborera à l’âge adulte.

Le poussin est élevé alternativement par un ou l’autre de ses parents pendant environ un mois. Puis il est placé dans une crèche regroupant plusieurs oisillons pendant un autre mois. C’est donc environ deux mois après sa naissance, que le jeune adulte part en mer se nourrir lui-même.

Son alimentation est composé principalement de crustacées (du krill, notamment), de petits poissons, et de calmars. En plongée, le Gorfou sauteur peut atteindre une profondeur de cent mètres.

Détails techniques : Appareil Olympus OM-D e-m5, objectifs M.Zuiko 45 mm F/1,8 (la 1re photo) et Tamron SP 90 mm Macro (le 2e photo)
1re photo : 1/200 sec. — F/1,8 — ISO 200 — 45 mm
2e  photo : 1/125 sec. — F/2,5 — ISO 1250 — 90 mm


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Écrit par Jean-Pierre Martel


Venus & Adonis / Pigmalion

Publié le 14 novembre 2014 | Temps de lecture : 4 minutes

C’est hier soir qu’avait lieu la première de quatre représentations d’un spectacle donné par les étudiants en musique de l’université McGill.

À l’affiche, deux oeuvres lyriques : Venus & Adonis de John Blow (1649-1708) et Pigmalion de Jean-Philippe Rameau (1683–1764).

Cette année, le directeur des études d’opéra à McGill, M. Patrick Hansen, a exigé que tous les opéras soient placés sous le thème de la Première Guerre mondiale.

Conséquemment, les deux oeuvres ont été transposées dans un hôpital militaire anglais à l’époque de ce conflit.

Venus & Adonis

Au premier plan : Kimberly Lynch (Cupid), Sara Casey (Venus), Hank Knox (chef d’orchestre) et Jared Levin (Adonis)

Si la substitution de bergères par des infirmières n’a rien de répréhensible, je ne comprends pas comment on a pu imaginer que Venus & Adonis — le plus ancien opéra anglais qui nous soit parvenu — pouvait être chantée au son des bombes et des gémissements des blessés, sans en trahir l’esprit de cette pastorale.

L’oeuvre de John Blow — minée par des prémices aussi grossières que stupides — est donc devenue un prétexte à M. Hansen pour exposer narcissiquement son talent de metteur en scène.

De plus, probablement en raison de la nervosité, à peu près tout le monde chantait faux à cette première, sauf Kimberly Lynch (Cupid) et Sara Casey (Venus) qui ont brillé tout au long de la représentation.

Pigmalion

Au premier plan : Angela Musliner (la Statue) et Jan van der Hooft (Pigmalion)

Pour Pigmalion, je ne vous cacherai pas que je m’attendais au pire puisque cet opéra contient deux airs d’une extrême difficulté, redoutables même pour des chanteurs professionnels. Eh bien, j’avais tort.

Le court opéra-ballet de Rameau repose essentiellement sur trois piliers; le ténor, l’orchestre et la chorégraphie des ballets. C’est au premier que sont confiés les airs de bravoure dont j’ai parlé. Or la diction de John van der Hooft (un jeune chanteur de Winnipeg) est excellente. De plus, celui-ci s’est tiré d’affaire avec un brio qui nous laisse entrevoir pour lui un brillant avenir.

Ses trois consoeurs ont également été à la hauteur de ce qui les attendait, tant par leur diction française relativement bonne que la qualité de leur champ.

L’opéra-ballet était donné sans ballet puisque cette discipline ne semble pas être enseignée à McGill. L’orchestre — plutôt bien — a donc joué ces parties comme des intermèdes instrumentaux, ce qui a affaibli davantage la mise en scène déjà rudimentaire d’Aria Umezawa.

À la place, les blessés et le personnel de l’hôpital font irruption dans l’atelier du ténor-sculpteur sans autre justification que de pouvoir être sur scène pour chanter l’air final L’Amour triomphe après avoir entendu l’annonce de l’armistice à la radio.

Malheureusement, à l’époque, la radio était au stade expérimental; les stations radiophoniques diffusant des émissions et des nouvelles ne sont apparues que bien après la fin de la Première Guerre mondiale.

Cet anachronisme est évidemment un détail dans le grand projet des autorités de célébrer le centième anniversaire du déclenchement (et non la fin) de ce conflit qui fut — apprend-on ici — une merveilleuse occasion de faire triompher l’amour…

Grâce à l’université McGill, on sort de cette production presque heureux du déclenchement de cette guerre qui a fait neuf millions de morts et environ huit millions d’invalides.

Conclusion

À Montréal, la représentation d’opéras baroques est une entreprise inhabituelle qui mérite d’être encouragée. En dépit d’une première désastreuse pour l’opéra de John Blow (qui, espérons-le, s’améliorera dans les représentations subséquentes), la performance des quatre solistes et des autres jeunes chanteurs dans l’opéra de Rameau vaut à elle seule le prix des billets (25$ seulement).

Si un jour, un de ces chanteurs devait accéder à la célébrité (ce qui est bien possible), vous pourrez vous vanter d’avoir assisté à leurs premiers pas sur la scène montréalaise.

Détails techniques : Appareil Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8
1re photo : 1/80 sec. — F/2,8 — ISO 800 — 12 mm
2e  photo : 1/80 sec. — F/2,8 — ISO 400 — 17 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La commémoration du jour du Souvenir et la promotion du militarisme canadien

Publié le 12 novembre 2014 | Temps de lecture : 4 minutes

Le jour du Souvenir (ou jour de l’Armistice) commémore annuellement le sacrifice des soldats tués au combat. Le 11 novembre de chaque année, on commémore la signature de l’armistice en 1918 — c’est-à-dire le cessez-le-feu — mettant fin aux combats de la Première Guerre mondiale. Précisons que le Traité de Versailles, mettant officiellement fin à cette guerre, n’a été signé qu’un an plus tard.

Dans les pays européens qui ont été le théâtre des deux guerres mondiales, ces célébrations prennent tout naturellement une importance particulière alors que toutes les familles de ces pays ont souffert de ces conflits qui ont fait des millions de victimes.

En Amérique du Nord, ces célébrations se déroulent avec une ferveur variable selon les époques. Presque clandestines à l’issue de la guerre du Vietnam, elles sont l’objet d’une ferveur renouvelée au Canada depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement Harper. En effet, le jour du Souvenir est une occasion pour lui de promouvoir le militarisme auquel il est dévoué.

Les politiques du gouvernement Harper peuvent se résumer de manière sommaire à affamer les pauvres afin d’enrichir davantage le complexe militaro-industriel. Comme tous les gouvernements de droite, le gouvernement Harper coupe dans les mesures sociales, dans les fonds alloués aux organismes qui ne partagent pas son idéologie, construit de nouvelles prisons — en dépit du fait que la criminalité violente est en baisse au Canada depuis vingt ans — fait voter des peines minimales plus élevées pour divers délits (dont la simple possession de drogue), augmente sensiblement les budgets militaires, et adopte une politique étrangère agressive qui, dans le cas de tous les conflits armés, expose le pays au ressentiment d’une partie des belligérants.

À une époque où l’économie réelle stagne, le gouvernement Harper procède donc à des coupes budgétaires destinées principalement à financer l’accroissement de ses dépenses militaires (45 milliards$ pour l’achat de 65 chasseurs F-35) et très secondairement (3 milliards$ annuellement) à des réductions d’impôt qui servent de leurre afin de faire accepter la militarisation du pays et l’amincissement du filet de protection sociale.

Cela nous amène à nous demander quelle importance on doit attacher à la célébration du jour du Souvenir. La mère qui élève ses enfants, l’ouvrier à l’œuvre, l’entrepreneur qui crée de l’emploi, ne travaillent-ils pas eux aussi à la construction du pays, chacun à sa manière ? Alors pourquoi le jour du Souvenir devrait-il être l’objet d’un rituel officiel plus important que la fête du Travail ou la fête des Mères ? En somme, pourquoi le décès d’un militaire serait plus regrettable que la perte d’un ouvrier ?

En protégeant le monde du nazisme, les militaires qui ont participé à la Deuxième Guerre mondiale — qu’ils en soient morts ou qu’ils en aient survécu — ont accompli une tâche hors de l’ordinaire qui justifie notre reconnaissance et conséquemment, mérite une célébration particulière.

Mais on ne peut pas en dire autant de l’implication du Canada lors de la Première Guerre mondiale, lors de la guerre de Corée, au sujet de la mission de paix désastreuse dans les Balkans et de l’occupation militaire de l’Afghanistan. Tous les soldats morts à ces occasions ont subi les risques du métier sans que leur implication ait changé quoi que ce soit à ce qu’est devenu le Canada depuis.

Le jour du Souvenir possède une portée vaste qui dilue sa pertinence en valorisant l’implication du pays dans toutes les guerres auxquelles il a participé. Or ceux qui décident des guerres sont des êtres humains, sujets à l’erreur. La célébration aveugle de toutes leurs décisions est non seulement une valorisation de l’esprit guerrier (justifié ou stupide) mais des occasions de promouvoir des notions aussi dépassées que la Gloire de la nation ou l’Honneur de la Patrie.

Dans un monde où les frontières s’estompent et où les communications entre les peuples contribuent à leur compréhension mutuelle, le jour du Souvenir doit demeurer une commémoration privée, offerte à ceux qui le souhaitent, d’honorer le travail de nos militaires et non servir de propagande politique, ce à quoi les célébrations officielles sont malheureusement devenues au Canada.

Références :
Les miettes dorées du F-35
Ottawa va de l’avant avec le fractionnement du revenu

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Feu le pont Maurice-Richard

Publié le 6 novembre 2014 | Temps de lecture : 3 minutes

On apprenait aujourd’hui que le gouvernement fédéral renonçait à appeler le nouveau pont Champlain du nom d’une vedette de hockey, soit Maurice Richard.

Au bénéfice de nos lecteurs européens, rappelons les faits.

Un des ponts qui permettent aux automobilistes d’entrer ou de sortir de l’île de Montréal s’appelle le pont Champlain, du nom de celui qui fut officieusement le premier gouverneur de la Nouvelle-France.

Ce pont est de propriété fédérale, c’est-à-dire qu’il appartient au gouvernement central du Canada. On doit le remplacer en raison de son vieillissement prématuré.

Il y a quelques jours, on apprenait l’intention du gouvernement fédéral de nommer le nouveau pont « Maurice-Richard », du nom d’un hockeyeur célèbre.

La rumeur à ce sujet a déclenché une vive controverse, ce qui m’a incité à écrire un texte à ce sujet.

Soumis il y a deux jours au quotidien Le Devoir, ce texte — qui prédisait le recul du gouvernement à ce sujet — est devenu caduc en raison de la tournure des événements.

Parce que je déteste écrire pour rien, voici le texte que j’avais rédigé.

Il n’y aura pas de pont Maurice-Richard

À l’époque où Maurice Richard était une vedette, le Canadien de Montréal était une formation composée essentiellement d’athlètes canadiens francophones et anglophones travaillant de concert à remporter la victoire.

Mais ce n’est pas ce club — modèle historique de l’unité nationale — qui pourrait porter le nom du nouveau pont de Montréal : c’est plutôt un de ses athlètes.

Hockeyeur remarquable, Maurice Richard a néanmoins été l’objet de décisions injustes et a livré malgré lui un combat contre l’establishment anglophone et raciste de la National Hockey Leage, combat qui devait provoquer à Montréal une émeute demeurée légendaire.

À une époque où le nationalisme québécois ne pouvait pas s’exprimer par le biais d’institutions politiques, cet accès de violence fut une échappatoire à la frustration des émeutiers face à la discrimination quotidienne dont ils étaient l’objet.

Pour la très grande majorité de ses admirateurs, Maurice Richard symbolisait le combat du petit Canadien français contre les « maudits Anglais » qui cherchaient à l’humilier et à le dompter.

Que le gouvernement Harper ait songé à nommer ainsi le nouveau pont de Montréal — même si ce choix n’a pas été confirmé — illustre le populisme de ce gouvernement (ce qui n’est pas un défaut), mais également une profonde méconnaissance de l’histoire du Québec.

Dans son empressement à oblitérer les signes de la colonisation française au pays — afin de magnifier sans doute les bénéfices de la colonisation anglaise dont il est l’héritier — le gouvernement Harper a commis l’imprudence de proposer un choix qui se prête aisément à la récupération idéologique de la part des mouvements indépendantistes du Québec.

Voilà pourquoi ce choix est totalement inacceptable du point de vue fédéraliste. Conséquemment, il est impossible que ce choix soit retenu.

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Écrit par Jean-Pierre Martel